« novembre 2005 | Main | janvier 2006 »

31 décembre 2005

Meilleurs voeux pour 2006 !

Cheminée.jpg

A l'instar de ce foyer rustique, ce sont des voeux chaleureux que j'adresse pour l'année 2006 à celles et à ceux qui lisent ce site. Je vous souhaite donc 12 mois à la fois sereins et palpitants, calmes et passionnants, pleins et stimulants, avec autant de santé que de félicité. Et je vous donne d'ores et déjà rendez-vous ici même pour de nouveaux billets qui, je l'espère, contribueront un tant soit peu à concrétiser ces souhaits ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 14h07 | Comments (12)

30 décembre 2005

Un souvenir d'octobre

La nuit dernière, les températures sont brutalement tombées en Suisse, atteignant -15°C dans ma région et jusqu'à -35°C à La Brévine, un endroit fort judicieusement surnommé la Sibérie helvétique. Cette information, comme à chaque mention de ce lieu, m'a rappelé une nuit d'octobre 1997 passée dans le secteur, durant l'exercice d'endurance de l'école d'officiers d'infanterie. Un souvenir pas très glorieux, mais qui reste instructif.

Nous avions franchi la moitié de la semaine, passée essentiellement à marcher, à pagayer, à grimper et à tirer autour du Moléson, et des Super Puma nous avaient déployés dans le Jura neuchâtelois pour un exercice avec le Corps des gardes-frontière. Les deux détachements rassemblant la petite centaine d'aspirants avaient été répartis en groupes de quatre le long de la frontière, avec pour mission de signaler par radio au CGFr tout passage de la frontière verte. Mais si certains postes d'observation avaient reçu des équipements de vision nocturne et étaient positionnés à proximité d'axes probables, comme près du Locle, d'autres aspirants n'avaient que leurs yeux et leurs oreilles pour exploiter un poste situé dans des coins complètement perdus. C'était le cas de mon groupe et de quelques autres, près de La Brévine.

La conjonction malheureuse d'une fatigue mortelle et d'une mission absurde ont ainsi amené deux groupes à choisir une interprétation très libérale des ordres reçus, et à favoriser au-delà du raisonnable la discrétion du poste sur sa capacité à détecter des passages ; en clair, on s'est planqué dans la forêt en espérant passer une nuit tranquille. Cependant, si les instructeurs contrôlant le dispositif n'ont jamais trouvé l'un des groupes, ils ont rapidement localisé le second, parce que l'un de mes camarades - dont j'estime bon et charitable de taire le nom - ronflait si fort que l'un des adjudants sous-officiers passant par là nous a découverts. Fort contrits, nous avons donc été amenés à veiller pendant des heures aussi longues que glaciales sur un champ et un chemin où personne n'est passé de la nuit. Heureusement, d'autres groupes ont contribué à intercepter des individus suspectés de trafics divers.

Le jour suivant, lors du rassemblement des aspirants, le soussigné s'est ainsi fait blâmer en termes vifs pour le comportement inqualifiable du groupe dont il avait la responsabilité, et ceci exactement 24 heures après avoir été félicité en termes tout aussi vifs pour ses qualités de conduite ; le contraste était assez amusant, mais c'est la dernière fois que j'ai pris le risque de ne pas remplir une mission dans le cadre du service militaire. Il est d'ailleurs intéressant de relever que les deux chefs de groupe ayant pris cette funeste décision ont également été les seuls aspirants de cette volée à poursuivre leur carrière si vite qu'ils sont aujourd'hui officiers supérieurs, qui plus est d'état-major général (un troisième, plus jeune, le sera également un jour! on se croise les doigts pour lui !). Comme quoi l'obéissance absolue n'est pas nécessairement la qualité primordiale du commandement! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 17h44 | Comments (20)

L'aveuglement des convaincus

Suite à mes réflexions sur le mythe du journalisme, certains commentateurs n'ont pas manqué de renchérir sur les professionnels des médias, jusqu'à mettre en doute ou nier leur honnêteté ; par ailleurs, on peut lire régulièrement sur la blogosphère des réquisitoires accusant les organes de presse d'avoir pris parti, contre leur camp, et donc d'être des ennemis. C'est un jugement que je ne partage en rien. Bien entendu, lorsque certains journalistes se transforment en combattants de l'infosphère, en soldats de la persuasion, ils deviennent de facto des belligérants ; mais je reste persuadé que, dans la plupart des cas, ce comportement découle avant tout de convictions profondes qui affectent leur vision du monde, et non d'une volonté délibérée d'usurper le statut journalistique afin d'influer sur le déroulement d'un conflit. L'idée de pouvoir se tromper vient si rarement à l'esprit des convaincus qu'elle explique à elle seule l'essentiel de leur aveuglement.

Ce matin, Le Temps en a livré deux exemples sous la plume prolifique du très militant Alain Campiotti. Les lecteurs de ce carnet savent à quel point cet individu constitue un fardeau pour ce quotidien francophone de qualité avec ses distorsions à sens unique, ses éditoriaux délirants, ses obsessions de défaite américaine, voire ses mensonges caractérisés. Mais une boussole indiquant constamment le sud a bel et bien son utilité, et Campiotti le démontre par un petit texte, accessible uniquement aux abonnés de l'édition électronique (qui le reçoivent par courrier électronique), décrivant une mésaventure qu'il a vécue en voulant aller au cinéma à New York ; suite à une bousculade, une altercation se produit :

Ce chahut n'intéresse pas les spectateurs que l'escalator continue de déverser au 3e. Sauf un type à la casquette plantée jusqu'aux sourcils: «Go back to Europe!» Il a entendu un accent étranger. Pas celui de Cécile - anglais parfait - mais mon bredouillement. Et pendant que nous redescendons vers la sortie, poursuivis par le videur furieux dans l'escalator, d'autres s'y mettent: «Go back to Europe!»
[...]
Devant l'impassibilité hostile du manager, je lui ai jeté les billets à la tête: «Rien à faire de votre argent!» C'était une erreur. Il est devenu fou. «Get out! Get out! Et vous ne remettrez plus jamais les pieds ici!» Après une dernière protestation, il s'est lâché: «Fuck yourself, fucking European!» On vous épargne la traduction. Il a appelé son service d'ordre.
C'était un conte de Noël, triste et lamentable. Cinq ans à New York, ville tendue, violente et douce. Mais jamais cette explosion de xénophobie haineuse. Cécile, en visite, en était malade. Et juste au pied de la nouvelle tour que construit le si poli New York Times!

On souhaite bien évidemment à Alain Campiotti de commencer à sérieusement s'intéresser aux petites gens qui font l'Amérique, et pas seulement à ceux qui orbitent dans la galaxie démocrate si présente à New York. Mais ce qui me frappe le plus, c'est la déduction de xénophobie qu'il fait de cet incident : comment fait-il pour ne pas voir que c'est son origine européenne qui est directement visée ? Encore peut-il s'estimer heureux de ne pas avoir été pris pour un Français, puisque son accent semble marqué. Mais est-il donc si difficile que cela que parvenir à la conclusion que certains Américains ont une haine de l'Europe ? L'universalisation spontanée de Campiotti, dans ce cas précis, est l'un des traits des élites européennes toujours persuadées d'être au centre du monde, d'avoir raison sur tous les points, d'être un exemple reconnu par la planète entière. Il leur faudra du temps pour ouvrir les yeux et accepter que l'Europe est détestée ou méprisée en raison de ses actions comme de ses inactions, de ses déclarations comme de ses silences. Tout comme le sont les Etats-Unis.

Un autre exemple d'aveuglement du même Campiotti est livré dans cet article publié aujourd'hui. Décrivant une nouvelle stratégie des démocrates pour les élections du mid-term et consistant à mettre en évidence des vétérans des conflits actuels, sans d'ailleurs qu'une unité apparaisse à ce sujet dans le parti d'opposition, le correspondant new-yorkais du Temps juge que "l'impopularité de la guerre" est un bon argument électoral. De toute évidence, il partage - une fois de plus, diront les mauvaises langues - l'avis des démocrates en la matière. Le problème, c'est que cette impopularité est plutôt difficile à percevoir comme majoritaire du côté de l'opinion publique américaine : contrairement au basculement maintes fois annoncé de cette opinion, les sondages les plus fiables montrent un soutien constant pour la gestion de la guerre en Irak (40% positif, 39% négatif) ainsi que pour le Président lui-même. On peut naturellement s'insurger contre l'opinion des Américains, mais l'ignorer est plutôt risqué en matière de politique intérieure...

Ces deux exemples décrivent brièvement, à mon sens, une tendance des croisés de l'information tels que Campiotti : la foi en leurs convictions occupe tellement de place qu'elle les amène à rechercher partout les signes permettant de lui accorder crédit et à interpréter dans ce sens nombre d'événements. Une démarche plus rationnelle et plus objective consisterait en premier lieu à rechercher les faits, dans leur totalité et leur complexité, pour ensuite en tirer un jugement d'ensemble rendant effectivement compte d'une situation et de son développement possible. En même temps, remplacer l'acte de foi par l'analyse est très déstabilisant, certainement sur le plan intellectuel, mais peut-être aussi sur le plan financier. Tôt ou tard, un organe de presse doit trouver son lectorat et répondre aux attentes de ce dernier. Si les rédactions européennes abritent des journalistes-combattants, c'est aussi parce que leurs publics respectifs partagent leurs causes. Les uns comme les autres sont mutuellement dépendants et influents. Et l'aveuglement des convaincus répond bel et bien à une demande.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h55 | Comments (10)

29 décembre 2005

Le redressement des esprits

En France, plus de 2 mois après le début des violences urbaines qui ont fait au moins 250 millions d'euros de dégâts avec notamment la destruction totale de 96 bâtiments publics, et fait 2 morts dans la population civile, l'heure est au redressement des esprits. Les réactions à un fameux entretien donné par Alain Finkielkraut ont été le signal de la contre-attaque, suite à la visibilité médiatique impressionnante des quartiers dits difficiles et au fait qu'ils ont imposé un débat sécuritaire jusqu'au plus haut niveau de l'Etat français. Le passage annoncé à l'état d'urgence, puis à une accalmie consensuelle, aboutit aujourd'hui à une reprise en main du débat, avec des arguments classiques mais dissuasifs tels que la "lepénisation" et le racisme. La haine brute et l'inconscience barbare démontrées par 3 semaines d'insurrection spontanée contredisaient bien trop les pensées en place pour ne pas provoquer cette réaction.

Il est fort possible que cette emprise de la pensée unique, avec ses tendances à l'autoflagellation et à la victimisation des agresseurs, soit plus forte en France qu'ailleurs. La perception de ces violences en-dehors de l'Hexagone a été particulièrement aiguë, et a servi de prétexte pour des retours de bâton parfois excessifs et vengeurs, mais a également favorisé une prise de conscience quant au potentiel de conflits armés au sein de nos propres sociétés. En Suisse, mes réflexions très atypiques sur le sujet m'ont valu d'obtenir ponctuellement un espace médiatique plus grand qu'à l'accoutumée. Bien entendu, parler d'intifada communautaire ou de guerre civile européenne n'a pas été du goût de tous, même si l'argumentation de certaines contestations s'est révélée pour le moins limitée. J'ai même eu les honneurs d'avoir été accusé de désinformation par le Réseau Voltaire, expert en la matière, pour avoir osé parler d'armes de guerre dans les cités - des armes qui pourtant existent bel et bien !

Mais les discours trop éloignés des réalités ne parviennent jamais longtemps à convaincre les populations ayant accès à d'autres sources d'information. La popularité de Nicolas Sarkozy, omniprésent au plus fort des violences urbaines, et la conviction des Français que celles-ci vont se reproduire, montrent les limites de ce redressement des esprits. C'est notamment l'analyse faite par Nidra Poller aujourd'hui sur TCS : il existe un décalage majeur entre la rhétorique bienpensante, multiculturelle et relativiste que l'on retrouve au sommet de l'affiche médiatique et l'opinion des citoyens confrontés, directement ou non, à des actes qui remettent en cause leur sécurité et leur mode de vie. La soudaine affluence de nouveaux adhérents aux partis d'extrême-droite en France ne peut pas être interprétée comme un signe positif, comme la preuve que la classe politique républicaine répond aux attentes de ses électeurs. Et la diabolisation du Front National n'a jamais été une stratégie efficace pour limiter son influence et contrer ses arguments.

Couplés à un décalage de cette ampleur, les efforts visant à orienter les discours publics par une pression morale et relationnelle sont un danger. S'il est toujours plus facile de s'en prendre au messager qu'accepter le message, surtout lorsque ce dernier impose des changements majeurs, cela ne fait que retarder la résolution du décalage - au mieux dans les urnes, au pire dans les rues. Lorsqu'un service de renseignement intérieur comme les Renseignements Généraux fait état d'une insurrection non organisée, lorsque celle-ci nécessite l'instauration de mesures sécuritaires exceptionnelles sans même relever d'un projet subversif, on mesure mieux à quel point les Etats modernes ont été fragilisés, et combien la transformation de nos sociétés en champs de bataille peut rapidement les confronter à une situation où le contrôle de l'ordre public et de la normalité leur échapperait. Une perspective à intégrer en priorité si l'on s'intéresse justement à la préservation ou à la restauration de cette normalité, comme toutes les armées sont désormais contraintes de le faire...

COMPLEMENT I (29.12 1305) : Cet article publié dans l'International Herald Tribune offre un aperu intéressant de la situation actuelle dans certaines banlieues françaises. Extrait :

As one of the young men films with a digital camera, the others move to the angry beat of music blasting out of an open car door, echoing into the dark December night.
They sing about the riots that erupted two months ago, about being Muslim and about not feeling French in France. For them the unrest is not over, it is waiting to break loose again.

Un facteur à prendre en compte, notamment en milieu urbain, est le très petit nombre d'acteurs violents nécessaires pour créer des troubles importants et nécessiter une intervention massive des forces de l'ordre. De ce fait, les propos ci-dessus ne peuvent pas être pris à la légère.

COMPLEMENT II (2.1 1105) : Les violences survenues lors de la Saint-Sylvestre en France font désormais l'objet d'une polémique dont les motivations ne semblent pas uniquement politiciennes, mais portent aussi sur la différence entre le discours officiel et la réalité locale en la matière. La discrétion entourant des incidents qualifiés de "très violents" devient ainsi un argument contre le Gouvernement.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h56 | Comments (34)

28 décembre 2005

Le mythe du journalisme

La blogosphère anglophone est agitée depuis lundi par un article du Washington Post décrivant certains efforts américains sur le plan de l'information en Irak, et liant directement aux opérations d'information militaires les blogueurs Bill Roggio et Michael Yon, au même titre que les actions effectivement entreprises par les formations arméees sur place. Cet article a suscité de nombreux commentaires dans le sens d'une lutte de pouvoir entre nouveaux et anciens médias, ainsi qu'un correctif détaillé de Bill Roggio lui-même. Le fond du problème est le suivant : les journalistes du Post décrivent des activités d'information publique sans une seule fois évoquer celles des médias, à commencer par leur propre organe de presse. Une séparation implicite et automatique entre l'information journalistique et celle qui ne l'est pas, sans que la question de leur différence ne soit posée.

Cette question est abordée par Wretchard sur son Belmont Club. D'après lui, c'est l'exactitude des faits rendus publics qui rend crédible une information et l'individu ou l'organisation qui la diffusent ; ce n'est pas la nature de l'organisation ou la profession de l'individu qui en soi assurent cette crédibilité, même si j'ajouterais qu'elles peuvent bien entendu y concourir. Les médias traditionnels vivent encore dans l'illusion qu'une carte de presse et une rédaction établie garantissent une information de qualité ; l'existence certes discrète d'un label de qualité en Suisse romande rappelle cependant, au même titre que l'article du Washington Post, que les médias sont juge et partie en la matière. A une époque où l'acquisition, le traitement et la diffusion de l'information échappent de plus en plus aux professionnels de la branche, comment encore se fier aveuglément à des corporations qui luttent contre le déclin ?

Il faut donc dénoncer le mythe du journalisme. Dans la conception implicite des médias traditionnels, le monde de l'information se divise entre les journalistes, qui avec honnêteté et courage s'efforcent d'informer le public, et les propagandistes publics ou privés qui ne visent qu'à influencer ce même public. Même les médias ouvertement engagés sur le plan politique revendiquent la même probité déontologique, et justifient leur orientation par la volonté de "donner du sens". Ces prétentions sont à mon sens sans objet : d'un point de vue pragmatique, tout producteur ou diffuseur d'information participe automatiquement à la guerre du sens, qu'il s'agisse de le donner, de l'altérer ou de l'imposer, et influence délibérément ou non les perceptions, et donc les opinions et les comportements. Au demeurant, on ne peut que s'étonner des prétentions affichées par les médias traditionnels face à la place accordée aux journalistes-combattants dans leurs rédactions.

Dès lors que la crédibilité de l'information repose sur l'exactitude des faits révélés, sur la transparence des méthodes utilisées et sur l'aptitude à corriger les erreurs commises, faire mieux que la production moyenne des journalistes professionnels est devenu possible. Mon expérience personnelle me l'a montré : à Sumatra, comme le montre ce billet sur les opérations aériennes et cet autre sur le transport retour des hélicoptères, j'étais en position de faire des reportages de qualité, à la fois exacts, transparents et interactifs, dont la plupart des journalistes n'auraient pas été capables, en partie par manque de connaissances sur le milieu militaire, mais surtout par leur distance vis-à -vis de l'action et de leurs auteurs. Etre au plus près des événements reste la meilleure manière de produire une information credible per se, comme l'oublient les reporters en chambre ; à plus forte raison lorsque l'on participe à l'action (un élément sur lequel je reviendrai prochainement).

Il convient toutefois de ne pas tomber dans l'excès inverse, en faisant de la position le critère déterminant pour la qualité de l'information. Pour en rester à mon propre sujet, ma formation journalistique est évidemment un avantage considérable sur le plan rédactionnel, mais ma fonction militaire limite également les sujets que je peux aborder ou les précisions que je peux donner. La sécurité opérationnelle impose ainsi l'auto-censure : dans le billet mis en lien ci-dessus sur le retour des Super Puma, j'ai parlé d'une "escale dans le sous-continent indien" ; je savais pertinemment que l'Antonov se poserait à Karachi, mais j'ai estimé préférable d'éviter tout risque, et ce type de décision s'applique naturellement à des informations bien plus sensibles. Il est donc logique de considérer toute information publique par définition imparfaite, incomplète et incorrecte, et de la juger d'un oeil critique, au besoin en vérifiant les faits sur lesquels elle repose. Ce qui est précisément incompatible avec les modes de consommation usuels.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h16 | Comments (11)

27 décembre 2005

Sous la neige

Vallee.jpg

C'est ainsi que je préfère ma vallée : enneigée, emmitouflée de blanc, effleurée par une légère bise qui trouble à peine les bruits étouffés et lointains de la vie. Une contrée qui me convient à merveille et que j'aime sillonner, en marchant ou en courant, pour une parenthèse vivante et sereine à la fois.

Une neige nouvelle et plus abondante est tombée cet après-midi. Je m'en réjouis ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h02 | Comments (3)

26 décembre 2005

Le terrorisme domestique

Un nouveau « crime d'honneur » a été commis au Pakistan : une jeune femme a été égorgée par son père pour avoir épousé l'homme qu'elle aimait, et ses trois jeunes sÅ“urs ont également été tuées, selon les dires du père pour éviter qu'elles ne comportent de la sorte. Chaque année, des centaines de femmes sont assassinées de manière similaire dans ce pays, et des milliers d'autres sont violées, brutalisées et humiliées lorsque leur comportement ne confine pas à l'obédience absolue envers la gent masculine ou l'autorité paternelle. Un phénomène que l'on retrouve à des degrés divers dans toutes les sociétés et communautés musulmanes à l'échelle de la planète entière, depuis les montagnes pakistanaises jusqu'aux quartiers immigrés allemands en passant par les villages palestiniens.

Voici un mois, j'ai parlé de la chasse à l'Occidental comme mode opératoire potentiel de la mouvance islamiste, en réponse aux démantèlements organisationnels qu'elle a subis ; il convient également de se pencher sur la chasse à l'Occidentalisée comme mode opératoire réel de la culture islamique, en réponse aux comportements individuels s'écartant de ses normes. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'un terrorisme limité, visant à influencer les opinions et les comportements par la multiplication de ses occurrences. Mais si le premier ne constitue qu'une menace intermittente et localisée, comme le montrent les prises d'otages et assassinats commis dans le monde, le second est une menace permanente et généralisée qui se matérialise même sous nos latitudes.

Ecrivons-le en toutes lettres : ce que l'on nomme indûment « crime d'honneur » n'est rien d'autre qu'un terrorisme domestique, plus traditionnel que machiste, destiné à préserver aussi bien des valeurs et des identités que le pouvoir qui en découle. Il s'agit d'une réaction face au souffle libérateur et contestataire émis à la fois de l'extérieur, par la déferlante propre à la culture occidentale, et de l'intérieur, par les aspirations propres aux jeunes gens. Dans ce contexte, le recours au meurtre délibéré et à la violence punitive est l'expression d'un conflit plus large, à la fois identitaire et générationnel, où le rôle des femmes et des jeunes au quotidien - et donc en premier lieu celui des jeunes femmes - est un enjeu décisif pour l'emprise sur les esprits. Un enjeu susceptible de gagner encore en visibilité.

J'en veux pour preuve l'intérêt croissant des médias planétaires pour ces événements tragiques survenus dans les provinces reculées de pays lointains, ainsi que le développement d'associations visant à lutter contre ces crimes ritualisés. Un autre élément intéressant est l'existence d'un service de traduction tel que MEMRI, qui permet de découvrir les contenus véhiculés par les médias moyen-orientaux, et dont le volet consacré à la situation de la femme est assez éloquent. La barbarie des « crimes d'honneur » est une faille, une vulnérabilité béante sur le plan éthique, une légitimation potentielle de toute action coercitive visant à le bannir, ainsi qu'on l'a vu dans les arguments avancés au sujet de l'Afghanistan. Plus on parlera de ces monstruosités et de leurs victimes, plus la société qui les génère sera tenue de s'adapter.

Mais les mots ne suffisent pas. Ce terrorisme domestique se répand uniquement en Occident en raison de la faiblesse et du laxisme que fondent le relativisme culturel et la contestation abusive de l'autorité. Chaque individu a le devoir de respecter les lois de son pays, de résidence et/ou d'adoption, mais il a aussi le droit de choisir librement un mode d'existence qui soit compatible avec ces lois. Accepter la restriction progressive de ces libertés au nom du respect des cultures différentes et de la primauté communautaire est un renoncement à nos valeurs et à nos idées qui en annonce d'autres. Jusqu'au jour où les exigences des communautés en viennent à s'appliquer à la société toute entière et accompagnent l'émergence d'un ennemi intérieur prenant la forme de jeunes hommes prêts à piller, à violer ou même à tuer en toute bonne conscience.

Les droits de la femme dépassent-ils le cadre des droits de l'homme pour être un enjeu civilisationnel ? J'en suis pour ma part convaincu.

COMPLEMENT (28.12 1050) : Je me permets de reproduire ci-dessous un extrait du commentaire d'elf, qui résume très bien l'aveuglement dont nous faisons preuve au sujet de ce terrorisme domestique et de tout ce qui le sous-tend :

Quant aux droits de l'humain, ils ne sont officiellement pas les mêmes pour tous les pays. Les pays arabo-musulmans ont accepté une version édulcorée, avec la bénédiction des pays occidentaux pour des raisons de relativisme culturel. Ils peuvent continuer à pendre les homosexuels pendant que nous les marions, à lapider les femmes adultères pendant que nous apprenons à nos filles qu'elles sont libres de leur corps et peuvent faire tous les métiers de mécanicien à pilote de chasse, à torturer ou lyncher les chrétiens qui leur tombent sous la main pendant que nous enseignons à nos enfants que toutes les religions se valent, à simplifier le monde entre nous et eux pendant que nous bêlons tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Je pense cependant que nous faisons des progrès, lents et incertains, dans la bonne direction. Aujourd'hui, il est possible de discuter certains problèmes posés par des communautés immigrées, en Europe, sans être automatiquement taxé de xénophobie ou de racisme. Cela n'était pas le cas voici 10 ans. Bien des tabous restent encore à abattre, mais ces progrès doivent être soulignés.

Posted by Ludovic Monnerat at 13h25 | Comments (27)

25 décembre 2005

Le jour du dauphin

Dauphin.jpg

Pour le cadeau de Noël de mon neveu, j'avais décidé cette année de frapper un grand coup. Cela n'a pas manqué : je lui ai offert un dauphin en peluche long de 1 mètre, dont la taille l'a d'ailleurs intimidé avant qu'il ne l'adopte comme nouveau - et agréablement doux - compagnon de sa ménagerie florissante. Jusqu'ici, en matière de peluches, je lui aurai donc offert un chien, un pingouin, un renne (made in Sweden !) et un dauphin. Il est bientôt temps de passer aux jeux vidéos pour de simples questions d'espace ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h40 | Comments (10)

24 décembre 2005

Mon cadeau de Noël

Comme tout un chacun, les cadeaux ont été l'une de mes préoccupations ces derniers jours. J'en ai ramené quelques uns de Suède, j'en ai déniché un - exceptionnel, j'en reparlerai - pour mon neveu, mais je n'ai pas oublié les visiteurs et contributeurs de ce site. Voici donc un petit cadeau pour vous : 4 images de fond que j'utilise régulièrement sur mon portable et qui sauront peut-être vous convenir. Leur format 1280 x 800 pixels est un brin spécial, mais comme j'ai pris ces images avec mon appareil, elles peuvent être utilisées et retravaillées comme bon vous semble. Joyeux Noël donc à toutes et à tous !

FondBrume.jpg FondMontsChevreuils.jpg FondSUMABandaAceh.jpg FondSuperPumaTiglio.jpg

Posted by Ludovic Monnerat at 20h02 | Comments (4)

23 décembre 2005

Le vrai combat des idées

Il est assez invraisemblable, en un sens, de voir à quelques jours d'intervalle des dirigeants du monde arabo-musulman - le président iranien et les chefs des Frères musulmans en Egypte - se livrer ouvertement au révisionnisme en qualifiant de mythe l'holocauste. Il est encore plus invraisemblable de voir que de tels propos ne suscitent que de molles réactions, alors que loin de relever d'une démarche historique, ils traduisent une intention stratégique génocidaire. On me dira que le caractère routinier de ces assertions, et de la réalité alternative qui les fonde, a simplement été intégré, et que l'on juge préférable de ne pas s'attaquer de front à ces fantasmes érigés en vérité. Mais n'est-ce pas laisser la possibilité de les voir précisément la devenir pour un nombre croissant de gens ?

La contestation des faits historiques est l'un des symptômes des combats d'idées. Lorsque le déroulement de certains événements majeurs en vient à être réécrit ou carrément nié, c'est généralement que ceux-ci mettent en péril des perceptions ou des raisonnements servant des idéologies déterminées. Les regards excessivement critiques portés aujourd'hui en France sur la période de la colonisation illustrent ce phénomène de réinterprétation intéressée, ces démarches visant à aligner l'enchevêtrement des faits selon les schémas de la théorie. Un autre exemple frappant est fourni par l'affaire des fonds en déshérence, en Suisse, qui a permis à toute une frange d'intellectuels de gauchir la recherche historique en fonction d'intérêts politiques contemporains.

Cependant, la négation du holocauste dans le monde arabo-musulman va plus loin et pose la question, non seulement de la réécriture de l'histoire, mais bien de l'acceptation des principes logiques et scientifiques qui fondent la recherche de la vérité. Une lecture même distante des médias arabophones confronte le lecteur rationnel à un mélange incessant de fiction et de réalité, de fantasmes et de reflets, dont le musèlement fréquent de la presse n'est pas le seul responsable. Derrière l'affrontement entre démocratie libérale et fondamentalisme musulman qui embrase la planète, de cette lutte entre lois terrestres et célestes qui monopolise les attentions, se cache ainsi - à mon humble et incertain avis - un combat plus profond, un ressort plus fondamental.

Existe-t-il des idées derrière les idées ? Telle est la piste que je poursuis depuis quelques temps, même si pour l'heure je ne la perçois que de façon incomplète. Elle n'a rien de bien original : Victor Davis Hanson a par exemple montré dans Carnage & Culture que les armées occidentales ont dû leurs succès militaires au cours des siècles essentiellement à leur bagage culturel, et notamment à leurs méthodes factuelles et empiriques. Ainsi, la notion selon laquelle n'importe quel individu est capable par une approche rationnelle d'accéder au savoir, et donc d'atteindre la vérité, me semble l'un des principaux casus belli de notre époque. Et cette notion est exactement celle que propagent les économies de l'âge de l'information à travers les téléphones portables, les ordinateurs ou les sites Internet.

En d'autres termes, ce qui pose vraiment problème dans ces déclarations négationnistes, en mettant bien entendu de côté leur aspect moral, c'est que l'irrationalisme sur laquelle elles reposent n'est pas identifié, dénoncé et combattu. Il est vrai que l'irrationalisme n'a de meilleur allié que le relativisme...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h05 | Comments (29)

Les racines des Vikings

GamlaUppsala.jpg

Durant notre après-midi culturel, le dimanche de l'exercice, nous avons pu visiter Uppsala (l'autre alternative offerte consistant à faire un saut à Stockholm) et ainsi découvrir une tranche d'histoire. On voit ci-dessus les dunes tombales du Vieux Uppsala, qui était un centre de pouvoir politique et religieux jusqu'au Bas Moyen-Age ; à proximité se trouve un musée qui explique en détail la vie au temps des Vikings, et dont l'ouverture a été prolongée spécialement pour notre groupe de militaires en civil! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 8h01 | Comments (3)

22 décembre 2005

Le défi de la solidarité

Ces derniers mois, j'ai abordé à plusieurs reprises (ici et ici) le rôle offensif de l'aide humanitaire dans la conquête des cÅ“urs et des esprits - et même des âmes, afin d'intégrer la dimension morale aux dimensions psychologiques et cognitives. J'avais également annoncé, sans prendre de grand risque, que l'engagement militaire américain au Pakistan après le tremblement de terre allait leur valoir des retombées positives. C'est aujourd'hui chose faite, comme tendent à le montrer plusieurs reportages récents, et comme semble le confirmer cet article du Wall Street Journal :

Since then, U.S. helicopters have flown 2,500 sorties, carried 16,000 passengers and delivered nearly 6,000 tons of aid. Just as importantly, the Chinook has become America's new emblem in Pakistan, a byword for salvation in an area where until recently the U.S. was widely and fanatically detested. Toy Chinooks (made in China, of course) are suddenly popular with Pakistani children. A Kashmiri imam who denounced the U.S. in a recent sermon was booed and heckled by worshippers. "Pakistan is not a nation of ingrates," a local businessman told me over dinner the other night. "We know where the help is coming from."

Cette réalité admise, il convient de porter notre attention sur le défi actuel de la solidarité. Une planète chaque année davantage interconnectée, où les zones échappant au regard pénétrant des médias deviennent toujours plus rares, est comme une scène rassemblant de plus en plus de spectateurs : tout le monde entend et voit ce qu'il s'y passe sans être nécessairement mieux placé pour agir. En d'autres termes, la nécessité perçue de l'action augmente de façon découplée avec la capacité réelle d'influer sur la situation. Parfois, l'incitation morale amène ainsi à entreprendre des actions dont on n'imaginait pas être capable ; c'est ce que l'armée suisse a appris en se déployant pour une mission d'aide humanitaire à Sumatra, au point que désormais son secteur d'engagement potentiel se confond au monde entier.

De fait, la solidarité face aux urgences médiatisées est aujourd'hui une obligation, et la non participation à une opération multinationale d'aide humanitaire engendre un coût politique et diplomatique. Même une action d'ampleur limitée, dans une situation catastrophique, peut avoir des effets disproportionnés, impressionner les populations touchées, modifier les perceptions loin à la ronde par un mélange de séduction et de générosité qu'illustre parfaitement l'emploi des hélicoptères de transport militaires au Pakistan comme en Indonésie. Mais la capacité de mener de telles actions, dans des délais compatibles avec les opportunités stratégiques ouvertes par une crise donnée, exige des transformations et des développements majeurs aussi bien au niveau de l'instruction et de l'équipement que de la conduite.

Aider son prochain ne s'improvise pas.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h03 | Comments (4)

21 décembre 2005

La guerre de l'information

InfoOps.jpg

Durant l'exercice « VIKING 05 », j'ai eu la chance de pouvoir occuper une fonction particulièrement intéressante : chef des opérations d'information de la composante terrestre. Les tâches d'un tel poste peuvent être résumées en écrivant qu'il s'agissait pour moi de planifier, de conduire et/ou de coordonner toutes les actions exerçant délibérément un effet sur un processus de décision donné. Plus concrètement, j'ai été amené pendant 7 jours à mener la guerre de l'information dans tout le secteur d'engagement de la force multinationale, puisque la composante terrestre disposait de l'essentiel des capacités de planification et de production en la matière. Ma mission plus spécifique consistait à gagner la bataille pour les cÅ“urs et les esprits.

Les principaux outils organiques pour ce faire étaient les opérations psychologiques (comme élément d'influence) et la guerre électronique (comme élément d'acquisition et de perturbation) ; j'ai également été amené à émettre des directives pour la sécurité opérationnelle, afin notamment de régler le partage des informations avec les partenaires civils, mais les effets physiques étaient logiquement fort limités dans une opération de maintien de la paix, alors que les opérations des réseaux informatiques n'étaient pas intégrées à l'exercice (elles sont bien trop sensibles pour cela). Bien entendu, l'élément le plus important à coordonner était l'information publique, et une coopération étroite avec l'officier responsable de ce domaine a rapidement porté ses fruits.

Au début de l'opération, l'image de la force multinationale n'avait pas encore été établie auprès de la population, et la couverture médiatique était exagérément critique et réactive à notre endroit ; de plus, plusieurs chefs de guerre nous mettaient ouvertement au défi et semblaient se jouer de nos unités. Notre action a donc constitué en premier lieu à déployer des effets touchants les plus grandes audiences-cibles, en diffusant par radio et par tracts des messages-clefs axés sur notre légitimité et nos capacités sécuritaires ; nous avons ainsi élaboré un message journalier suivant de près l'actualité, ainsi qu'un événement du jour mis en évidence à l'attention des médias, et choisi parmi les actions d'appui ou de coercition effectuées au sein de nos brigades.

A la fin de l'exercice, ces actions ont commencé à avoir un effet palpable, dans le sens où le sens de l'opération était clairement connu et reconnu au sein de la population comme des dirigeants principaux de la région. Pourtant, nous avons également décidé de nous en prendre dès que possible aux chefs de guerres et organisations irrégulières qui posaient les risques les plus élevés, notamment en s'attaquant à leur réputation par le biais d'opérations psychologiques directes (une action appelant à la capture des « most wanted warlords ») et indirectes (des actions blâmant l'emploi d'enfants soldats ou le trafic de drogue ; voir ci-dessus à droite). Des produits prometteurs avaient commencé à être distribués ou affichés dans notre secteur.

De ce fait, une partie de notre attention s'est portée sur la recherche de deux types d'information. Nous recherchions des renseignements déclencheurs, c'est-à -dire des preuves d'implication de leaders adverses dans des activités immorales pouvant rapidement être exploitées dans les opérations psychologiques, et des faits déclencheurs, c'est-à -dire des actions effectuées par nos unités pouvant rapidement être exploitées dans l'information publique - les unes comme l'autre venant tout naturellement se compléter sans jamais se confondre. Je ne compte plus le nombre de rapports de situation ou de rapports du renseignement, y compris des interceptions de l'exploration électronique, que j'ai parcourus dans ma quête quotidienne.

Par ce biais, je me suis rendu compte qu'une bataille pour les cÅ“urs et les esprits repose autant sur l'appréhension des tendances que sur l'analyse des situations, et que le caractère incertain et instable des interactions, dans le domaine sémantique, exige au plus haut point des facultés intuitives et créatrices. Bien entendu, il est assez saisissant, lorsque l'on travaille dans un état-major focalisé sur des actions factuelles et mesurables, d'accorder une même valeur à des perceptions par définition émotionnelles et floues. Les machineries militaires ont encore des efforts considérables à produire avant de pleinement intégrer les facteurs de puissance des conflits modernes. Mais se trouver au cÅ“ur de cette problématique était un plaisir rare.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h07 | Comments (7)

20 décembre 2005

Un mince couche de neige

LucerneHiver.jpg

C'est ce qui recouvre Lucerne aujourd'hui et lui donne un air digne de vieille et fière cité, près des reflets argentés du Lac des Quatre Cantons. Une ville dans laquelle je me suis rendue pour des travaux essentiellement de doctrine qui vont m'occuper jusqu'à demain soir. De quoi apercevoir la fin des démontages du matériel nécessaire à la brigade multinationale jouée ici durant l'exercice "VIKING 05"...

Posted by Ludovic Monnerat at 20h26

Sankta Lucia

SanktaLucia.jpg

Voici une semaine à Enköping, les participants à l'exercice "VIKING 05" ont célébré tôt le matin la Sainte-Lucie, une fête qui reste en vogue chez les Suédois. Dans le mess bondé, une dizaine de jeunes filles sont venues nous chanter quelques morceaux traditionnels dans des tenues qui ne l'étaient pas moins. Une manière plutôt enchanteresse de commencer une journée...

Posted by Ludovic Monnerat at 8h11 | Comments (3)

19 décembre 2005

Le diplomate et le soldat

Un débat a été proposé par Ram Zenit sur ce thème, avec pour base un article de Jean-Jacques Roche publié la semaine dernière dans Le Figaro et disponible ici. La place respective de l'action armée et de la négociation diplomatique y est discutée, avec l'évolution notée ces dernières années. Extrait :

Face à ces nouvelles causes de chaos, l'intervention internationale est devenue la norme et remplace le très conservateur principe de non-intervention. Il est à ce titre significatif de voir Bernard Kouchner, l'un des fondateurs du droit d'ingérence, défendre le bien-fondé de l'intervention en Irak. Les modalités de ces nouveaux conflits sont loin d'avoir été mises au jour, mais les échecs répétés de la dernière décennie ne doivent pas occulter le principal enseignement de l'après-guerre froide. Même si le militaire tâtonne, le diplomate est encore moins bien placé pour traiter avec des terroristes, des preneurs d'otages aux mobiles crapuleux ou politiques, des narcotrafiquants déguisés en guérilleros...

A vous d'en discuter !

Posted by Ludovic Monnerat at 12h47 | Comments (9)

La digitalisation de nos vies

Depuis quelques mois, je me suis mis à utiliser MSN Music et à écouter puis à acheter en ligne des morceaux de genres divers. Grâce aux liaisons à large bande, ADSL chez soi ou WiFi en déplacement, le téléchargement de titres musicaux au format MP3 ou WMA est devenu d'une facilité et d'une rapidité déconcertante, et éviter les bousculades des échoppes de CD est tout autant appréciable. Bien entendu, on peut - comme l'un de mes proches - me faire remarquer qu'il est encore plus simple de télécharger des versions pirates sans débourser le moindre franc numérique ; mais un certain fond de morale rend une copie légitime parfois plus satisfaisante. Même si quelques fichiers légaux, somme toute, ne changent pas grand-chose à l'affaire !

Un aspect intéressant de cette consommation en ligne reste la liberté transversale offerte au mélomane numérique : il est possible de faire des recherches très sélectives aussi bien dans les titres les plus récents, au travers des genres, que plusieurs décennies en arrière. C'est ainsi un plaisir particulier que de réécouter des titres qui nous ont frappés voici 15 ou 20 ans, et d'enfin les acquérir si cela n'avait pas pu se faire à l'époque. Quelque part, il y a là comme une manière de compenser de lointaines et menues frustrations, lorsque l'augmentation du pouvoir d'achat et l'accessibilité des magasins en ligne permet de s'offrir ce que l'on avait manqué durant l'adolescence. Ecouter une ancienne chanson de Céline Dion (« Je Danse Dans Ma Tête ») devient un délice pleinement satisfaisant.

Le même phénomène de satisfaction post-adolescent existe avec d'autres espaces culturels, et l'un des plus prisés reste celui des jeux vidéos. Les ordinateurs individuels 8 bits des années 80, tout comme les consoles 16 ou 32 bits des années 90, ont en effet connu des jeux - de rôles, d'aventure et de stratégie surtout - qui sont en soi de véritables univers, et le fait de pouvoir les découvrir ou les retrouver via un émulateur tournant sous Windows tourne parfois à l'enchantement. Un jeu de rôle comme Chrono Trigger sur Super Nintendo, probablement l'un des meilleurs jamais publiés, devient ainsi une histoire interactive absolument merveilleuse, dont le déroulement, les images et les mélodies marquent durablement le cÅ“ur et l'esprit. Et ne prennent qu'une place minime sur un disque dur.

Cette digitalisation peut cependant aussi s'appliquer aux échanges humains. Les lettres et les tirages papier d'autrefois ont été remplacés par les courriels et les images numériques, de sorte qu'au terme d'une relation il peut nous rester quelques centaines de kilo-octets de textes et quelques dizaines de méga-octets d'images. Par rapport à des souvenirs qui immanquablement s'effilochent, ou même que l'on souhaite oublier si l'on a dû constater la fausseté ou la vanité de leur contenu, ces parcelles de données deviennent alors tout ce qu'il reste d'émotions, d'actions ou de paroles entre deux êtres. On peut avoir envie de les garder, à tout hasard, ou au contraire décider de les effacer en quelques clics de souris. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je trouve cette dernière pensée un brin perturbante!

Quoi qu'il en soit, cette digitalisation de nos vies ira aussi loin que la technologie le permettra. Autant en prendre son parti.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h43 | Comments (10)

18 décembre 2005

Encore des problèmes

Tout n'est pas encore réglé, contrairement à ce que je pouvais supposer. Ou alors de nouveaux réglages auront provoqué des dommages collatéraux, si j'ose dire. A l'instant, il semble impossible de poster des commentaires, et la première page est amputée de la colonne de droite, bassement recalée sous celle de gauche. J'en connais un qui doit s'activer furieusement en coulisse ! :)

COMPLEMENT (18.12 1957) : Effectivement, tout semble rentré dans l'ordre. Les commentaires sont à nouveau accessibles. Merci, JJ ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h15 | Comments (7)

La pudeur des distorsions

Les élections démocratiques ont l'immense avantage d'imposer au moins ponctuellement l'opinion des populations jusque dans les colonnes les plus biaisées des médias. C'est tout spécialement le cas en Irak, où les millions de votes parfois enthousiastes qui ont rempli les urnes cette année sont autant de gifles à l'endroit de tous les experts et commentateurs qui avaient jugé impossibles de tels scrutins. Au point de provoquer à chaque fois dans les médias des réactions dégrisées, des retours à la réalité et des aveux malaisés, qui d'ailleurs ne durent guère face aux exigences de l'idéologie, de l'uniformité corporatiste et de la réputation personnelle. Reconnaître ses erreurs ne fait pas partie de la culture médiatique. Les passer sous silence par de pudiques distorsions est souvent préféré.

C'est ce qu'il faut constater en lisant la dernière chronique (accès payant) de Bernard Guetta hier dans Le Temps. Placé à l'enseigne de la rubrique "Eclairages", dont je partage moi-même la rampe à l'occasion, ce texte titré "Le premier succès irakien des Etats-Unis" reste en effet une longue description des erreurs supposées des Etats-Unis, précédée d'un bref paragraphe consacré à ce succès :

C'est un succès. Les Irakiens votaient jeudi, et non seulement ces législatives n'ont été endeuillées par aucun attentat, mais la participation a été forte, comme si la population avait placé des espoirs de normalisation dans ce vote.

Les explications de Guetta sur la correction des erreurs américaines sont trop triviales pour être jaugées ici. Mais si l'on ne peut que le rejoindre dans sa conclusion ("les défis restent immenses"), il faut s'étonner du raisonnement utilisé pour y parvenir. D'emblée, il apparaît qu'une telle colonne, écrite par un homme dont l'ego et la visibilité sont considérables, ne constitue pas une analyse d'un événement donné. Derrière la rhétorique dédaigneuse (les Etats-Unis auraient "finalement compris" les erreurs que Guetta signale) et les détails sur la politique irakienne se cache à mon sens une tentative de rattrapage personnel. Où quand l'éclairage vise à aveugler le public.

L'argumentation générale, bien entendu, ne résiste pas une seconde à l'analyse. Comment peut-on affirmer que le troisième vote démocratique de l'année en Irak serait uniquement le premier succès des Etats-Unis dans ce pays? Ce scrutin est indissociable du processus politique lancé par les mêmes Etats-Unis depuis 18 mois au moins. En fait, cette remarque de Guetta montre l'incompréhension totale d'un éditorialiste pourtant renommé en matière de stratégie : l'action américaine en Irak est pensée le long de lignes d'opérations distinctes et coordonnées (selon le modèle DIME : diplomacy, information, military, economy), et chaque étape (ou point décisif) vise à se rapprocher du centre de gravité identifié (à mon avis, la consolidation de la conscience nationale irakienne) et de l'état final attendu.

En d'autres termes, c'est une succession de victoires américaines en Irak qui a abouti cette semaine à ces élections : le renversement de Saddam Hussein en 3 semaines de combats, le redémarrage de l'économie irakienne, l'ouverture aux libertés invididuelles, la refondation des forces armées irakiennes, la formation d'un Gouvernement intérimaire, l'obtention d'un mandat onusien légitimant la présence internationale en Irak, l'organisation des premières élections, la maîtrise de la guérilla sunnite et islamiste, la rédaction et l'adoption d'une Constitution - pour ne citer que les principales étapes. Bien entendu, ces victoires sont également entachées d'échecs, comme l'incapacité à assurer une sécurité dans l'ensemble du pays ou la lenteur de la rénovation des infrastructures énergétiques. Mais la tendance positive existe depuis longtemps. Seuls des êtres convaincus comme Guetta pouvaient ne pas la voir.

Et c'est bien ici que la dernière chronique de ce dernier prend tout son sens. Il suffit de remonter les archives de L'Express (Le Temps fait payer l'accès à ses archives) pour montrer à quel point notre homme a tenu un discours différent par le passé.

Le 3.4.03, comme tant d'autres, Bernard Guetta soulignait avec force son aveuglement stratégique en annonçant une Amérique au bord du gouffre, du soulèvement mondial contre elle :

Il y a encore un espoir. Si un missile tombe sur Saddam Hussein, si sa mort est annoncée, ses hommes se débanderont et les Américains pourraient, alors, s'assurer le contrôle de l'Irak. Ce serait bien provisoire, mais cette accalmie pourrait durer assez pour que les Britanniques rappellent leurs troupes et plaident, avec l'ensemble de l'Europe et du monde, le passage du pays sous tutelle de l'ONU.

Quelques semaines plus tard, après d'autres absurdités printanières sur la situation au Proche-Orient ("la démocratie est en marche à Téhéran", écrivait-il le 19.6.03), Guetta annonçait dès le 3.7.03 l'échec de la stratégie américaine en Irak :

L'idée n'était pas absurde. Les piliers de l'équipe Bush ne voulaient ni faire main basse sur le pétrole irakien ni, moins encore, transformer l'Irak en colonie américaine. Ils voulaient, disaient-ils, créer une «contagion démocratique» au Moyen-Orient, installer à Bagdad un régime suffisamment décent pour que les dictatures arabes soient ébranlées par ce contre-modèle.
[...]
Les Etats-Unis ont pris l'Irak en charge, mais, au lieu d'y apporter un minimum de bien-être après tant d'années de souffrances, ils y sont arrivés sans le sou, non préparés à l'après-guerre. Les Irakiens ont ainsi troqué la terreur policière contre l'insécurité générale.
La colère gronde dans toute la population. Il n'y a plus que les mollahs chiites pour canaliser le mécontentement. Les pertes américaines et britanniques se multiplient. Tony Blair, l'allié fidèle, plonge dans les sondages, et les Etats-Unis n'auront bientôt plus le choix qu'entre un départ précipité et une occupation prolongée. La réalité dépasse les craintes des plus pessimistes. Etrange, inconséquente, dangereuse Amérique.

On rappellera que cette idée de révolte populaire, tellement présente dans les propos des commentateurs opposés à l'opération militaire en Irak pour la légitimité qu'elle apporte à leur position, n'a jamais existé que dans leurs esprits. Avec les appels traditionnels à l'ONU ("Peut-être est-il encore temps de passer le relais aux Nations unies, de lancer un plan de reconstruction internationale de l'Irak et de souder ses trois composantes nationales dans une fédération dont la pérennité serait garantie par le Conseil de sécurité") et la critique de la conduite des opérations ("On ne peut pas vouloir aller renverser une dictature et exporter la démocratie au Proche-Orient sans même arriver avec les milliards et les forces nécessaires à cette ambition"), on trouve là les poncifs des médias européens à cette époque.

Toujours aux prises avec ses absurdités sur la question de l'Iran ("l'Europe unie a remporté son premier grand succès diplomatique, fait volontairement rentrer la République islamique dans la légalité internationale", écrivait-il le 23.10.03) et son obsession du désastre annoncé, Guetta n'a jamais caché le fond de sa pensée, à savoir que l'intervention américaine elle-même était une erreur. Il l'a écrit très clairement le 15.3.04 :

Ce n'est pas pour mettre la main sur le pétrole irakien que les Etats-Unis sont allés renverser Saddam Hussein, il y aura un an cette semaine. C'est réellement parce qu'ils ont voulu se faire les promoteurs des libertés et du changement au Proche-Orient, y transformer l'Irak en vitrine des valeurs occidentales pour susciter une «contagion démocratique» dans toute la région.
Il n'est plus besoin de dire qu'ils ont échoué, mais pourquoi? Avant tout parce qu'ils ont cru qu'on pouvait partout instaurer la démocratie du jour au lendemain, même dans un pays sans opposition ni traditions démocratiques et divisé, qui plus est, entre communautés ethnico-religieuses aux intérêts divergents.
A Bagdad, les Américains n'ont pas trouvé une seule force pouvant assumer un pouvoir souverain que tous les Irakiens reconnaissent. Ils y sont devenus des occupants non pas acclamés, mais de plus en plus impopulaires et, désormais, otages de la majorité chiite, dont les chefs religieux veulent faire de l'Irak leur Etat, théocratique et certainement pas fédéral.

Le discours de Guetta sur l'échec du projet démocratique américain en Irak est encore plus clair le 5.7.04 :

Les rêves américains se sont évanouis. Les Etats-Unis n'espèrent plus faire de l'Irak la vitrine occidentale du Proche-Orient, le pays qui allait susciter une contagion démocratique dans toute la région. [...] L'Amérique avait voulu rompre avec son image de parrain des potentats arabes. Elle avait voulu s'identifier à une démocratisation de l'Irak pour s'identifier à la liberté dans tout le monde arabo-musulman, mais c'est à la case départ qu'elle aboutit aujourd'hui.

Ce constat d'échec est généralement utilisé par Guetta pour avancer une autre antienne des médias européens, soit la nécessité supposée de mettre un terme au conflit israélo-palestinien comme première étape de toute action dans la région ("Tout est à reprendre de zéro, dans des conditions plus difficiles encore. Il est plus que jamais urgent de commencer par contraindre Israéliens et Palestiniens à la paix"). Alors sont venues les élections en Irak. Les huit millions de gifles de janvier dernier. Comme tant d'autres, Bernard Guetta en est venu au silence et s'est détourné de l'Irak, n'y revenant par la suite qu'épisodiquement, pour rappeler que tout va mal et que rien ne change.

C'est à l'aune de cette trajectoire idéologique qu'il faut évaluer la chronique parue hier. En décrivant ainsi la démarche américaine ("Cela ne signifie pas, loin de là , que tout soit réglé à Bagdad, mais quelque chose a changé car les Américains travaillent, depuis l'été, à réparer la grande bévue qu'avait été la révocation des officiers et fonctionnaires, médecins et enseignants compris, qui avaient été membres du Baas, le parti de Saddam Hussein"), Bernard Guetta tente d'expliquer l'évolution positive de l'Irak par les erreurs depuis corrigées des Etats-Unis, ce qui en retour devrait lui permettre de faire oublier les absurdités qu'il n'a cessé de proférer depuis presque 3 ans. Le désastre annoncé, la transmission des rênes à l'ONU, la primauté du conflit israélo-palestinien, l'impossibilité d'amener la démocratie par les armes : les piliers de son argumentation se sont effondrés.

Bernard Guetta a écrit que, d'après lui, George W. Bush est dangereux. C'est possible, mais ce dernier a été soumis au verdict électoral et son pouvoir reste limité. Il faut rendre grâce à l'Internet de limiter également le pouvoir de personnages qui, comme Guetta, en diffusant largement des textes biaisés et des propos aveuglants, sont eux aussi dangereux.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h20 | Comments (28)

17 décembre 2005

Des problèmes techniques

Depuis hier soir, ce site connaît des problèmes techniques qui n'ont pas encore été pleinement résolus. En se connectant, on pouvait en effet tomber sur une page affichant un texte pour le moins réprobateur, "This Account Has Been Suspended". Mon informaticien préféré a réagi sur le champ et rétabli le statu quo en fin de soirée, mais le problème a réapparu ce matin et il a été nécessaire de recopier le site sur un autre serveur pour le faire à nouveau fonctionner. Et encore : il s'agit de sa version de base, privée de tous les développements et compléments mis en ligne depuis sa création.

Mais cela ne saurait tarder, j'en mettrais ma main au feu...

COMPLEMENT (17.12 1255) : Qu'est-ce que je disais ? ;-)

Posted by Ludovic Monnerat at 12h32 | Comments (13)

16 décembre 2005

Le centre d'opérations

LOCDay.jpg

Bien des choses pourraient être dites sur l'exercice multinational auquel je viens de participer. Ces deux semaines alimenteront mes réflexions pendant longtemps, et les 4 « after action reviews » que j'ai remplis hier après-midi, alors que le QG de la composante terrestre était en train d'être démonté, ne sont qu'un premier pas dans cette direction. Il y a cependant un élément que je souhaitais décrire plus en détail : le centre d'opérations terrestres (nommé Land Operations Center, ou LOC, pour le distinguer du MOC et du CAOC ; il est d'ailleurs curieux que ce dernier porte un C pour « combined », soit multinational, alors toute la force l'était). De cet élément dépend en effet, en définitive, le fonctionnement de tout l'état-major ; et la qualité de ses produits comme de ses activités n'a cessé d'aller croissant, pour atteindre un niveau le rendant prêt au déploiement - dixit le mentor de la force.

En temps normal, le LOC comptait environ 20 personnes, rassemblées autour de tables formant un U et derrière lequel se trouvait une autre table, surélevée, pour les officiers dirigeant le centre. Les officiers présents en permanence au LOC fournissaient les compétences spécialisées nécessaires à la conduite des opérations, que ce soit plusieurs domaines de base d'état-major (renseignement, opérations terre, air et mer, logistique et coopération civilo-militaire) ou des branches spécialisées (opérations d'information, police militaire, NBC, protection des forces ou triage). Cette composition assurait l'échange des informations au sein de l'état-major, mais aussi la capacité de produire rapidement des ordres partiels pour réagir à des situations nécessitant une action de la composante terrestre ou une coordination entre les brigades subordonnées.

Le LOC faisait ainsi office de passage obligé : toutes les informations essentielles y parviennent, y sont représentées ou en sont issues. Pour avoir au plus vite une réponse à une question sans faire une recherche sur le réseau, il suffisait ainsi d'aller voir l'officier spécialisé au LOC. De plus, l'officier responsable du centre - le « battle captain » - assurait la cohérence et la coordination au niveau des documents, et notamment des ordres. Le même officier faisait également en sorte que les informations de première importance soient transmises au plus vite : certains événements marquants étaient ainsi annoncés sur les hauts parleurs du QG via le LOC, alors que certains renseignements étaient livrés aux officiers concernés ; ce dernier cas s'est produit à plusieurs reprises pour moi, afin de me permettre d'exploiter au plus vite des informations sur des acteurs adverses.

Une autre fonction du centre consistait à abritait les deux briefings donnés chaque jour au commandant, à 0800 et à 1400, en présence de tous les personnages-clés de l'état-major. Entre 25 et 35 slides étaient présentés par les officiers du LOC ou certains responsables de l'EM pour montrer la situation actuelle, fournir des évaluations ou proposer des actions. Etant donné que l'officier opérations d'information prévu au LOC n'est jamais entré en service, j'avais ainsi à présenter entre 2 à 4 slides à chaque briefing - ce qui est la meilleure manière d'assurer la circulation de l'information la plus large possible. Les intervenants du briefing utilisaient en effet un micro relié aux hauts-parleurs susmentionnés, et les membres de l'EM n'ayant pas accès au LOC à ce moment-là pouvaient suivre le briefing en ouvrant sur leur ordinateur le fichier PowerPoint correspondant.

Au final, la composante terrestre a remarquablement bien fonctionné, et notablement mieux que les autres composantes (l'émulation interarmées a été parfaitement rendue dans l'exercice). Le fonctionnement du LOC y a été pour beaucoup.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h09 | Comments (3)

En direct d'Arlanda

Arlanda.jpg

La cérémonie de clôture s'étant achevée aux alentours de midi, je me trouve à l'instant à l'aéroport de Stockholm et profite de quelques heures libres pour reprendre contact avec le monde réel. C'est impressionnant de constater à quel point l'intensité de l'exercice nous a isolés des événements qui continuent d'agiter la planète. Vivement le retour au pays ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 15h43

15 décembre 2005

Le pied total !

LePiedTotal.jpg

L'exercice vient de se terminer. Sa durée était la bonne, et il est vraiment temps de conclure, parce que l'essentiel des enseignements et des expériences qui pouvaient en être tirés l'ont été. Les prochaines heures seront d'ailleurs consacrées essentiellement à cela, avant un souper de Noël qui s'annonce joyeux. Demain, nous aurons une cérémonie de clôture, puis quelques heures d'attente avant de rentrer au pays. Mais "VIKING 05", c'était le pied total !

Juste une information supplémentaire : le disque réseau de la composante terrestre, dans les répertoires des différentes sections, rassemble après 1 semaine d'exercice 6096 fichiers et 1993 dossiers, faisant au total 5,01 giga-octets.

Posted by Ludovic Monnerat at 13h17 | Comments (2)

14 décembre 2005

Le log du LOC

LOCLOG.jpg

Le centre d'opérations terrestres (Land Operations Center, LOC) maintient plusieurs fichiers ouverts en permanence, dont le journal de combat - le log en anglais. Ce fichier Excel [et non PowerPoint, je devais être bien fatigué hier soir...] alimenté par plusieurs officiers, dont les connaissances en anglais ne sont pas nécessairement parfaites, fournit une vision à très court terme des événements. A suivre, tout en prenant du recul.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h21 | Comments (10)

Le premier bloganniversaire

Voici donc une année que le premier billet a été écrit sur ce weblog. C'est à l'étranger que je célèbre bien modestement cet anniversaire, ce que d'ailleurs je savais déjà à l'époque. En douze mois, ce sont au total 627 billets qui ont été écrits, avec 4515 commentaires placés à leur suite ; mis à part deux exceptions pour cause de vacances, chaque jour de l'année écoulée a connu au moins un billet, ce qui correspond à mon idée d'un weblog tel que celui-ci. Merci donc à toutes celles et ceux qui consultent ce carnet de notes analytique ; une année après, mon envie de poursuivre cette démarche est plus forte que jamais ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h03 | Comments (7)

13 décembre 2005

La simulation des effets

Dans tout exercice d'état-major, l'une des choses les plus difficiles consiste à faire en sorte que les décisions prises par l'état-major exercé soit répercuté dans les événements simulés. La question de savoir comment le tout fonctionne a été posée ci-dessous, et ces quelques lignes ont pour but d'essayer d'y répondre. Et je peux d'autant mieux le faire que nous avons eu aujourd'hui les premiers résultats tangibles de nos actions dans le domaine de l'information depuis vendredi dernier : une diminution frappante du nombre d'incidents ou d'attaques verbales contre nos troupes de la part de la population, avec en parallèle une augmentation des informations fournies sur les groupes irréguliers et leurs activités, ainsi qu'une couverture médiatique davantage favorable et factuelle. Cela fait toujours plaisir !

L'exercice repose sur un logiciel de simulation nommé TYR, qui reproduit les mouvements et les interactions des unités impliquées. Ainsi, les ordres donnés aux unités simulées (certaines brigades simulent des bataillons, d'autres ont des EM de bataillons qui actionnent des compagnies simulées) aboutissent à des opérateurs qui entrent les instructions correspondantes dans le système ; après coup, il est ainsi possible de suivre en temps réel le mouvement des unités grâce à une interface graphique spécifique. Cependant, toutes les actions ne peuvent pas être intégrées par un tel logiciel, en particulier dans mon domaine d'activité. De ce fait, des cellules de réponses sont créées pour simuler ce que les unités feraient, en fournissant manuellement les rapports de situation et autres informations nécessaires.

Mais cela ne suffit pas encore à tout couvrir, et une partie de l'exercice constitue un véritable jeu de rôle grandeur nature. Les médias sont simulés par des étudiants en journalisme, qui participent à des conférences de presse parfois houleuses (les médias de la région sont nationalistes à souhait!) et rédigent des articles sur les événements qui se sont produits ; des séquences télévisées sont également tournées, et elles sont diffusées dans un journal télévisé tous les matins à 0830 (le fichier MPEG est également disponible). De même, la coopération civilo-militaire est jouée avec des rapports de coordination impliquant des représentants d'agences onusiennes et d'ONG (les civils sont d'authentiques membres de ces organisations), alors que les commissions militaires tripartites mettent aux prises nos généraux avec des généraux simulés par des officiers suédois de haut rang - qui, subtilité appréciable, portent comme signe distinctif des vestes de la tenue de camouflage suisse modèle 83! :)

L'environnement de l'exercice est ainsi très réaliste dans plusieurs domaines. Il l'est moins dans d'autres, parce que l'on ne parvient pas obtenir toutes les informations qui devraient être disponibles dans la réalité, parce que les cellules de réponse livrent ce qui figure dans le scénario. Aujourd'hui, en voulant creuser un incident que nous avons décidé de placer en tête de notre couverture médiatique (une unité mécanisée, attaquée par un groupe irrégulier à un checkpoint illégal, a repoussé l'attaque, détruit le checkpoint et infligé des pertes), je me suis vite rendu compte que l'officier opérations du groupement de combat auquel je m'adressais n'en savait pas plus que le document écrit fourni par la direction d'exercice, en provenance de la compagnie (simulée) en question. Ce manque de profondeur est un brin frustrant, mais inévitable.

En revanche, d'autres problèmes sont parfaitement rendus par l'exercice, notamment ceux de communication. Cet après-midi, j'ai tenté d'obtenir des informations auprès de notre 3e brigade multinationale, sous commandement ukrainien, mais l'officier au TOC à Kiev s'exprimait dans un anglais tellement rudimentaire que j'ai finalement dû renoncer à ma demande.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h56 | Comments (3)

Sous le soleil rasant

ApresMidi.jpg

Cette image a été prise dimanche après-midi, peu après 1500, dans le vieux Uppsala, non loin des tertres servant de tombeaux depuis l'ère des Vikings. Puisque nous passons l'essentiel de nos journées sous les néons, ce soleil si bas reste une surprise dès que nous mettons le nez dehors. Ce qui était un vrai plaisir à faire !

Posted by Ludovic Monnerat at 13h42 | Comments (5)

12 décembre 2005

Une paix entachée

Les opérations de soutien à la paix - pour reprendre la dénomination OTAN - sont une matière bien trouble à traiter. Durant la cérémonie d'ouverture de l'exercice, je n'ai pas compté le nombre de fois que le mot « paix » ou ses équivalents ont été prononcés, mais j'ai eu l'impression que l'on nous traitait comme de valeureux soldats chargés de préserver la paix et voués à réussir une mission au-dessus de tout dilemme moral ou intellectuel. Dans les faits, la réalité de l'exercice - si j'ose m'exprimer ainsi - est toute autre : en quatre jours d'opérations, notre composante terrestre a eu 17 soldats tués et plus de 100 blessés, pour la plupart suite à l'explosion de mines terrestres, et des combats avec nos troupes ont éclaté ce matin avec un bataillon d'irréguliers adverses. Pour sa part, la composante aérienne a abattu plusieurs avions. En matière de paix, on peut mieux faire.

En fait, comme le scénario le reproduit fidèlement, les autorités politiques légales de la région ont toutes accepté un accord de paix signé sous les auspices de l'ONU (qui perd également du personnel), mais ne se privent pas d'instrumentaliser ou de susciter des groupes armés irréguliers pour continuer les hostilités. Attentats à la voiture piégée, trafics d'armes lourdes et de drogue, endoctrinement d'enfants pour en faire des combattants, prises et meurtres d'otages, menaces d'assassinats contre tout « collaborateur » : les choses que l'on subit sont entièrement en phase avec les conflits déstructurés des zones les plus chaotiques de notre planète. Et tenter de remettre de l'ordre dans tout cela, face à des actes barbares qui ne font somme toute que des perdants dans tous les camps, revient à se lancer dans une entreprise particulièrement amère.

Ce soir, j'ai décidé de lancer une opération psychologique contre un leader local appartenant à une organisation armée pratiquant le trafic d'armes, et suspectée d'entretenir des contacts avec un chef de guerre national dont la fortune est due au trafic de drogue. Demain soir, des affiches portant son visage, son nom et son prénom seront affichées dans sa ville, avec un appel à récompense pour toute information permettant de le capturer en raison des trafics d'armes et de drogues auxquels il est mêlé. Compte tenu du profil clandestin du groupe et de ses membres, et des valeurs propres aux personnages, sa réputation sera sérieusement entachée et des renseignements devraient nous parvenir au sujet de ses activités. Et ce n'est même pas un coup bas, tout au plus une manière de répondre et de reprendre l'initiative sur un terrain peu familier aux militaires.

Que tout cela permette de mener à la paix reste à démontrer. Cela permet déjà d'éviter une reprise des hostilités, ce qui est beaucoup.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h20 | Comments (35)

Un soleil de retour

BatimentInstruction.jpg

Depuis trois jours, le soleil a eu le bon goût de refaire son apparition dans les cieux suédois. Même s'il donne l'impression de constamment vouloir nous quitter, ce qui accorde à ses rais une rougeur touchante, sa brève apparition quotidienne, à travers les rares fenêtres du bâtiment d'instruction (voir ci-dessus) dans lequel je me trouve, est une bénédiction... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 11h57 | Comments (2)

11 décembre 2005

En route pour Uppsala

On aurait pu s'attendre que le rythme de l'exercice ralentisse aujourd'hui, mais nous avons au contraire dû appuyer des unités subordonnées pour des actions dans le domaine de l'information. Le 7e groupement de combat a par exemple remarqué que des émeutes dans son secteur étaient coordonnées depuis le port de la ville par des téléphones GSM ; des brouilleurs ont donc été engagés pour interrompre les communications autour du port et mettre un terme aux émeutes. Une brigade a également demandé un appui dans la mise en oeuvre d'un couvre-feu, au sein d'une ville dont les forces de l'ordre ont perdu le contrôle, ce qui nécessite l'emploi de l'information publique et des opérations psychologiques. Par ailleurs, des planifications en cours ont également nécessité une intégration avancée des opérations d'information. Pas le temps de s'ennuyer !

Mais une visite collective à Uppsala va certainement nous changer les idées ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 12h02 | Comments (8)

10 décembre 2005

Un récit circonstancié

Aujourd'hui, c'est à un récit de mes activités que je vais me livrer. Quelques esprits chagrins pourront peut-être y voir une preuve d'un incommensurable narcissisme, mais je pense que les lecteurs de ce carnet seront intéressés à découvrir quelles activités peuvent être celles d'un officier d'état-major occupant un poste à haute responsabilité dans un vaste état-major. Cette machinerie repose sur de nombreux rouages, et j'ai la chance de me situer à un niveau qui me donne accès à toutes les informations essentielles et qui me permet de travailler directement avec le commandant. Il faut donc prendre ce qui suit comme un témoignage ponctuel au milieu d'un exercice.

Je suis arrivé à mon bureau à 0655 ce matin. Après avoir entré mon code d'accès (les ordinateurs ne sont jamais éteints), j'ai commencé à consulter mon courrier électronique, à parcourir rapidement les extraits de presse ainsi que les rapports arrivés depuis mon départ du QG le soir précédent (vers 2200). Cela m'a permis de mettre à jour le folio que je comptais présenter au briefing du matin. L'entraînement du briefing au centre d'opérations terrestre (LOC) a eu lieu entre 0730 et 0740, et je suis retourné à mon bureau consulter d'autres informations avant de participer au briefing matinal du commandant, de 0800 à 0820. Ce matin, j'avais une demande au commandant (la subordination de deux avions émetteurs Commando Solo), et il m'a ordonné de l'émettre par écrit au nom de son second à destination de l'échelon supérieur.

C'est ce que j'ai fait promptement (on prend vite l'habitude de rédiger des documents en anglais, même les abréviations OTAN deviennent digestes avec le temps), pour la retourner avec signature au LOC, puis partir ensuite au rapport de coordination avec le CEM et tous les SCEM, afin de parler des actions prévues et d'autres questions. La discussion s'est prolongée avec le L2 et le L3 (L pour Land, au lieu de G, afin de ne pas confondre avec les brigades) concernant l'emploi des moyens de guerre électronique. Je suis revenu juste à temps dans ma cellule, à 1000, pour une discussion de 15 minutes avec les observateurs spécialisés dans les opérations d'information. C'est également à cet instant que je me rends disponible pour des contacts téléphoniques avec les Chief Info Ops des autres composantes.

J'ai cependant bien vite été accaparé par une tâche que m'avait confiée le commandant en second le matin : planifier une opération pour parvenir à corriger la couverture assez négative des médias sur la situation dans le pays de l'exercice. Après une appréhension du problème, je lui ai proposé de reprendre l'initiative dans le domaine sémantique en ayant un événement majeur chaque jour, choisi parmi les actions planifiées ou réactives de nos unités subordonnées, pour ensuite l'utiliser comme argumentaire dans l'information publique et dans les opérations psychologiques en vue de montrer que l'on fait quelque chose de concret et de positif dans le pays. J'ai donc utilisé la fin de la matinée pour effectuer une planification rapide, coordonner la chose avec l'officier d'information publique, et avoir un contact avec le Chief Info Ops de l'échelon supérieur. J'ai aussi pris une demi-heure pour aller manger!

Vers 1300, j'étais de nouveau à mon bureau et j'ai passé un certain temps à décrypter des rapports d'interception provenant de nos moyens de détection radio. Parmi les 25 pages des différents systèmes engagés, je n'ai pas trouvé ce que je cherchais : la localisation d'émetteurs radio pirates mobiles diffusant de la propagande contre nous. J'ai également préparé un folio pour résumer ma démarche au commandant au sujet de l'opération projetée, ai participé de 1330 à 1340 à la préparation du briefing, et au briefing lui-même de 1400 à 1415. Par la suite, j'ai pris quelques minutes pour coordonner des activités avec les officiers des opérations psychologiques (un largage de tracts est en préparation, conformément à mes directives 2 jours plus tôt), et je me suis rendu - un brin en retard d'ailleurs - à la vidéoconférence entre le commandant en second, les SCEM et les commandants directement subordonnés, de 1445 à 1515.

A cette heure-là , il est temps pour moi de préparer le groupe de travail quotidien que je dirige (Information Operations Working Group), ce que j'ai fait en 20 minutes environ, et surtout de procéder à la rédaction de l'ordre partiel (FRAGO) concernant l'opération en question (une page A4 seulement, mais en Times New Roman 10!). Cela m'a permis de présenter ce FRAGO durant le rapport, qui rassemble des représentants de presque toutes les cellules, des officiers d'opérations psychologiques et de guerre électronique, ainsi que l'officier d'information publique, et donc d'obtenir les réactions de points de vue très différents. J'ai également discuté un concept OPSEC durant le rapport, ainsi qu'un concept pour une opération psychologique de sensibilisation au danger posé par les mines, concept d'ailleurs créé par un officier de la 1ère brigade située en Suisse.

A l'issue du rapport, qui a duré de 1630 à 1700, j'ai corrigé mon FRAGO et l'ai soumis au commandant en second avant d'aller manger ; quand je suis revenu, un peu avant 1800, le document était approuvé tel quel et j'ai pu le faire envoyer à nos subordonnés. J'ai alors commencé à préparer le bilan de la journée (le « hot wash up », quoi) tout en consultant les rapports de situation ; le mien était d'ailleurs parti peu avant 1630. La discussion avec les officiers des opérations psychologiques - dont un détaché auprès de la CJTF pour un rapport Info Ops - a duré de 1845 à 1930 environ, puis j'ai participé à la critique générale après 2 jours d'exercices, de 1945 à 2045, sous la houlette du général Reinhardt - déjà croisé à Oberammergau - et en présence de tous les personnages-clefs de l'EM. Une critique d'ailleurs très positive : la composante terrestre est très bien jugée.

Revenu au bureau, j'ai préparé mon folio pour le briefing de demain matin, consulté encore quelques rapports et coupures de presse, eu une conversation avec une brigade, et mon travail ici s'est achevé vers 2130. A la suite de quoi j'ai commencé à rédiger ce billet. Il est maintenant 2206, et je pense que j'ai bien mérité une bière finlandaise au mess de la base. Demain dimanche, nous aurons une pause dans l'exercice dès 1300. Ce sera bien apprécié!

Posted by Ludovic Monnerat at 22h07 | Comments (3)

9 décembre 2005

Sous les néons

MCC.jpg

Voici une vue partielle du QG de la composante maritime ; je m'y suis rendu parce qu'un escalier permet de prendre une telle image, contrairement à la composante terrestre, mais la disposition des lieux est sinon identique. L'espace global n'est pas gigantesque, mais les parois en aluminium autorisent la formation de nombreuses cellules dans lesquelles on peut travailler assez confortablement. Et les hauts-parleurs reliés au centre d'opérations permettent à tous de suivre les événements importants.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h36 | Comments (5)

Les principes de travail

Faire fonctionner un état-major de 120 personnes, avec la responsabilité d'engager 6 unités de manoeuvre directement subordonnées, exige des principes de commandement clairs. La structure de commandement adoptée par la composante terrestre, au niveau supérieur, a ainsi consisté à séparer les fonctions opérationnelles des fonctions coopératives, placées chacune sous la responsabilité des deux colonels épaulant le brigadier commandant la force. Le chef d'état-major, pour sa part, a la responsabilité du personnel engagé, des processus, des flux d'information, et donc de toutes les choses permettant à la machine de fonctionner sur le plan interne. Pour ce faire, le commandant a communiqué 10 principes que chaque membre de l'EM doit appliquer en permanence :

1. Adopter une routine, afin de fournir à des temps fixes les produits nécessaires, sans pour autant sacrifier à la flexibilité.

2. Appuyer les unités subordonnés, au lieu d'adopter un fonctionnement propre déconnecté de la réalité.

3. Donner son opinion de manière franche et directe, et non dire au commandant ce qu'il veut entendre.

4. Voir de l'autre côté de la colline, avoir une perspective à moyen terme (quelques jours au moins).

5. Employer systématique la langue anglaise en présence d'officiers de langue maternelle différente.

6. Rester simple. C'est souvent le plus difficile !

7. Faire preuve de bon sens. Dans l'effet « tunnel » propre à toute activité de ce type, ce n'est guère évident.

8. Les fautes sont acceptées, mais pas une mauvaise attitude.

9. Trouver son rôle dans l'ensemble et le jouer, afin de contribuer au fonctionnement de cette grande machinerie.

10. Prendre du plaisir à l'exercice. Etre joyeux. C'est un ordre !


Ces directives sont très largement appliquées, pour ce que je peux en juger. L'ambiance est ici excellente et la composante terrestre remplit tout à fait sa mission, après la première vraie journée d'exercice. Bien des choses peuvent encore être améliorées, mais elles le seront. Et pour ce qui est de prendre son pied, je ne suis pas le seul à être dans ce cas ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h29 | Comments (4)

8 décembre 2005

Un défi technologique

La grande répétition générale de la première journée de l'exercice s'achève à l'instant. Je n'ai pas vu le temps passer, entre les meetings, les briefings et autres événements aux mêmes consonances, et bien entendu mon bureau, sans lequel je ne sers effectivement pas à grand chose. Tout le monde tire un bilan positif de ces dernières heures, parce qu'elles ont surtout permis de prendre les contacts nécessaires avec les commandemements voisins et les unités subordonnées. La proximité due à l'exercice facilite notablement les choses : il suffit en effet de marcher quelque 20 mètres pour se rendre dans le QG de la composante navale, qui dans la réalité se trouverait en mer, à bord de l'USS Mount Whitney. Idem pour la composante aérienne, située dans le bâtiment voisin, et non dans une autre ville comme dans le scénario de l'exercice.

Cette centralisation est cependant une exception, et les différents participants sont au contraire répartis à l'échelle du continent. Cet après-midi, j'ai ainsi assisté à la première vidéoconférence entre le commandant de la composante terrestre et ses subordonnés directs ; soit la première brigade en Suisse (à Lucerne), la troisième brigade en Ukraine, la quatrième brigade en France, la cinquième brigade en Slovénie, le sixième bataillon en Irlande et le septième groupement de combat (de taille régimentaire) ailleurs en Suède. Les différents commandants pouvaient ainsi se voir et se parler, avec un son de grande qualité et une image assez saccadée, pour échanger leur opinion sur la situation et transmettre certaines demandes précises. Installer et entretenir un tel réseau de communications implique des efforts considérables.

Pour cet exercice, c'est un réseau gigantesque qui d'ailleurs a été mis sur pied. Chaque participant dispose en effet d'un accès personnel à un ensemble de répertoires virtuels dans lequel tous les documents sont disponibles. Il ainsi possible de regarder les documents établis ou obtenus par la cellule rens d'un quelconque commandement pour trouver les informations les plus fraîches. Et comme ce sont en tout quatre niveaux différents qui sont joués dans l'exercice (force de circonstance multinationale interforces, soit CJTF, composante de force, brigade et bataillon), le tout est d'une complexité majeure. Evidemment, le réseau a parfois du mal à répondre aux demandes de ses utilisateurs, même si ces derniers ont l'interdiction d'échanger des fichiers attachés sur l'e-mail interne dont ils disposent (mon adresse actuelle est ainsi [email protected] - il y a plus simple !).

Un tel système est cependant exactement celui qui serait employé lors d'une opération de maintien de la paix comparable dans ses dimensions et entreprise sous la bannière de l'OTAN. Même si la Suède est le pays organisateur et que la majorité des participants sont suédois, ce sont bien les ressources de l'Alliance - et notamment des Etats-Unis - qui ont été mises à contribution. Un point intéressant à relever est la répartition entre nations des personnages-clefs dans le commandement opérationnel de la composante : sur 14 officiers (avec le commandant) prenant part aux rapports tenus au plus haut échelon, on compte ainsi 8 Suédois, 3 Suisses, 1 Français, 1 Autrichien et 1 Américain. En d'autres termes, seuls deux membres de l'OTAN. Ce qui montre les possibilités offertes aux pays qui s'engagent dans le cadre du Partenariat pour la Paix créé voici plus de 10 ans.

Malgré cela, le défi technologique représenté par cet exercice exige une expérience et des moyens que seule possède l'Alliance en Europe.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h49 | Comments (11)

7 décembre 2005

Une cérémonie sympathique

Ceremonie.jpg

Ce matin a eu lieu la cérémonie d'ouverture pour l'exercice, dans une grande halle de sport à Enköping, avec tous les participants en Suède. Après les discours convenus, avec néanmoins quelques effets pyrotechniques plutôt réussis (voir ci-dessus), nous avons eu droit à de la musique dans trois genres diffèrents : deux fanfares militaires de bonne qualité, un groupe musical traditionnel chantant la culture lapone, ainsi que le groupe formé par l'armée suédoise pour distraire ses contingents déployés de par le monde. Ce dernier était absolument exceptionnel, avec une chanteuse, un chanteuse et des musiciens portant l'uniforme et capables de reprendre des titres anciens (Abba) ou récents (Maroon 5) presque mieux que les originaux. Ce n'est pas en Suisse que l'on verrait cela...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h32 | Comments (2)

Une machinerie imposante

La journée s'est déroulée à une vitesse phénoménale, et je profite d'un instant de calme dans le QG, en début de soirée, pour écrire quelques impressions. Il faut dire que j'ai hier soir été promu chef des opérations d'information de la composante terrestre, ce qui certes entre dans mes compétences professionnelles, mais m'amène surtout à être l'un des éléments-clefs de l'état-major. Du coup, ma charge de travail est notablement augmentée, puisque je dois maintenant penser l'emploi de toutes les méthodes classiques des opérations d'information (effets physiques, guerre électronique, opérations des réseaux informatiques, opérations psychologiques et sécurité opérationnelle) ainsi que coordonner les éléments connexes et d'appui (renseignement, coopération civilo-militaire, conventions et droit, ainsi que l'information publique). Un défi guère pour me déplaire, bien entendu. Les opportunités ne manquent jamais de se présenter à moi ! :)

Ce d'autant que les opérations d'information jouent un rôle essentiel dans toute opération militaire de basse intensité. Le centre de gravité de la BFOR, la force multinationale dont nous représentons la composante terrestre, n'est en effet autre que le soutien de la population locale et la légitimité de notre présence sur le sol de la République de Bogaland. Et les médias du coin, 9 jours après le début de notre déploiement, commencent à prendre un ton critique et péjoratif à notre endroit. Autrement dit, c'est par l'influence des perceptions et la fédération des volontés que l'on parviendra à éviter une décrédibilisation complète et l'échec rapide de la mission. Toutes choses qui impliquent une focalisation coordonnée des effets projetés à l'intérieur comme à l'extérieur du théâtre d'opérations. Dissuader les ennemis (nous en avons, le scénario le dit), séduire les hésitants et encourager les amis : vaste programme !

Le rythme des activités est réglé par les rapports à fournir ou à recevoir, par les briefings à conduire ou à recevoir, ainsi que par les rotations internes aux cellules. En ce qui me concerne, je dois assister à plusieurs briefings et me tenir prêt à fournir des informations suivant l'évolution de la situation ou à contribuer aux travaux qui y sont effectués, notamment en matière de ciblage, de planification ou de reconnaissance ; je conduis également l'Information Operations Working Group, qui rassemble des représentants de tous les domaines de base d'état-major (toutes les cellules, quoi) ainsi que quelques spécialistes (officier d'information publique, officier de guerre électronique, officier conventions et droit) pour assurer la coordination des effets déployés contre des cibles désignées, et en premier lieu les acteurs susceptibles d'entraver la réussite de notre mission et d'empêcher la stabilisation de la région.

Demain, nous entamerons l'exercice avec une journée de répétition générale. Les premières heures seront immanquablement chaotiques et échevelées : lorsqu'un état-major de 120 officiers se met en place, avec la responsabilité d'une composante terrestre d'environ 15'000 soldats, le plus difficile consiste à faire en sorte que les multiples rouages le composant s'emboîtent les uns dans les autres et commencent à tourner dans la direction ordonnée. Une structure de ce type possède une telle complexité, avec toute la somme de compétences dispersées en son sein, qu'elle peut fort bien au pire aboutir à se neutraliser elle-même. Ce sont en général les connaissances générales, l'ouverture d'esprit, les contacts transversaux et surtout l'esprit de corps qui permettent de limiter les frictions et de faire fonctionner cette grande machinerie. Exactement les raisons pour lesquelles les officiers d'état-major général ont été nécessaires, à l'origine!

Posted by Ludovic Monnerat at 21h24 | Comments (2)

6 décembre 2005

En direct du QG

PlaceTravail.jpg

Ça, c'est mon bureau ! Y'en a beaucoup comme ça, mais lui c'est le mien. Mon bureau, c'est mon vrai copain. Lui, c'est ma vie. Il faut que je maîtrise mon bureau comme il faut que je maîtrise ma vie. Car sans moi, mon bureau ne sert à rien et sans mon bureau je ne sers plus à rien. :)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h28 | Comments (24)

La morale et les affaires

De part et d'autre de l'Atlantique, les accusations d'immoralité sont chose fréquente : on les retrouve actuellement avec la polémique sur les vols secrets de la CIA, par lesquels auraient transité des prisonniers islamistes à destination de geôles indéfinies, ou bien entendu avec les relations commerciales qu'entretient l'Union européenne avec des dictatures avérées comme le Soudan ou l'Iran. Il est fréquent de se reprocher, entre dirigeants européens ou américains, des comportements indignes de leurs valeurs officielles. Et la discorde sur l'existence d'une guerre planétaire entre démocraties et islamistes, martelée à Washington et minimisée à Bruxelles, n'explique pas la totalité du problème.

Dans l'Airbus A319 de Swiss qui m'emmène à l'instant [ce billet a été écrit hier] en Suède figure le dernier exemplaire de la revue de la compagnie. Celle-ci contient un long article vantant les mérites de la Libye et incitant le passager à s'y rendre pour des vacances loin des flux touristiques habituels. Il est vrai que ce pays à de nombreuses facettes séduisantes, comme ces vestiges de l'époque romaine ou carthaginoise, ces paysages désertiques à perte de vue ou encore ces marchés traditionnels chamarrés à souhait. Mais les photos qui illustrent contiennent également à deux reprises, certes au deuxième plan, des portraits du colonel Kadhafi. Et si l'accent du texte est mis sur le confort et les opportunités touristiques, les conditions de vie locales sur le plan des libertés individuelles sont pour le moins mises entre parenthèses.

Le sujet ici n'est pas simple, dès lors que l'on renonce à un moralisme manichéen. D'un côté, on peut affirmer que passer des vacances en Libye contribue à augmenter les rentrées financières d'une dictature, et donc constitue un soutien indirect mais réel à un régime qui n'a aucune légitimité populaire ; on notera que ce type d'argumentation a été utilisé contre la Suisse en l'accusant d'avoir prolongé l'apartheid en Afrique du Sud, mais pas contre les pays ayant eu des rapports commerciaux intenses avec l'ancienne Union soviétique. D'un autre côté, on peut affirmer que le tourisme en Libye contribue à reconnecter ce pays avec l'économie globale, avec les flux de personnes et d'informations, et donc avec un élan poussant inexorablement vers la démocratie et la promotion des droits de l'homme ; une argumentation qui est fréquemment utilisée pour justifier les grands contrats passés par exemple avec la Chine.

Présenté sous cet angle, le dilemme est insoluble, car il revient à mettre en balance des activités qui n'ont pas de rapport direct. A eux seuls, les échanges économiques ne suffisent en aucun cas à préserver ou à abattre un régime dictatorial, et il serait malvenu de leur prêter une telle fonction ; bien entendu, l'embargo commercial constitue une mesure coercitive que la diplomatie affectionne, mais il doit venir en complément de pressions politiques efficaces pour être justifié - le cas de l'Irak l'ayant démontré. En fait, la recherche du profit, en tant que base des échanges économiques, qui contribue bon gré mal gré à une optimisation générale des productions et des distributions, n'a pas de lien direct avec la recherche du bien, en tant que base des jugement éthiques, qui contribue en définitive à une amélioration générale des mÅ“urs et des actions.

Prétendre agir de façon répréhensible ou louable par des échanges commerciaux licites ne me semble donc qu'un argument facile et hypocrite. La conquête des marchés peut précéder ou faciliter celle des esprits, mais ce sont en définitive les idées qui touchent ceux-ci.

COMPLEMENT (29.12 2050) : Ce reportage de Michael Totten sur le tourisme en Libye fournit un contrepoint assez piquant à la publicite mentionnée ci-dessus. La pesanteur totalitaire y est bel et bien une réalité immanente...

Posted by Ludovic Monnerat at 8h35 | Comments (6)

Une mer de nuages

MerNuages.jpg

Comme espéré, j'ai profité de la présence d'un officier suisse dans la direction d'exercice pour introduire subrepticement des fichiers sur le réseau (en fait, je me les envoie à moi-même sur le web...) et donc alimenter ce carnet en images. Voici donc un premier reflet visuel de mon voyage, avec une mer de nuages vue d'avion toujours aussi propice à la réflexion, au souvenir et à l'imagination. Le tout est d'ailleurs dans une nouvelle rubrique, "en images", visant à se rapprocher du "photoblog" suggéré par ici...

Posted by Ludovic Monnerat at 7h54 | Comments (5)

5 décembre 2005

Un début encourageant

Après un voyage sans histoire, la délégation suisse s'est séparée à l'aéroport d'Arlanda pour les deux emplacements principaux de l'exercice "VIKING 05", soit les bases de Kungsängen et Enköping. C'est dans cette dernière que je me trouve à l'instant, devant un ordinateur au quartier-général du commandement de la composante terrestre (LCC), et plus précisément dans la cellule de la force de circonstance multinationale interforces d'opérations psychologiques (traduction militaire suisse romande de Combined Joint Psychological Operations Task Force). Mon rôle durant l'exercice consistera ainsi à planifier, à concevoir et à distribuer des messages-clefs à destination d'audiences-cibles données, en vue d'appuyer la mission d'une force multinationale de maintien de la paix.

Petite déception : il me sera très vraisemblablement impossible de mettre en ligne des images durant mon séjour suédois. Le réseau de la base, que j'emploie à l'instant, ne permet en effet pas l'introduction de données et toutes les entrées des ordinateurs (lecteurs CD et disquettes, ports USB) ont été neutralisées à cette fin. Par ailleurs, il m'est impossible de se connecter avec mon ordinateur portable, puisque l'opérateur local refuse catégoriquement d'inscrire ma carte Swisscom sur le réseau GPRS. Peut-être parviendrai-je à trouver une solution avec la direction d'exercice... En revanche, je serai en mesure jour après jour de décrire mes activités ou de mettre en ligne diverses réflexions, discrètement assis dans la cellule de 5 mètres sur 5 où j'ai pris position.

Cela commence plutôt bien. Vivement que l'on passe aux choses sérieuses ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 15h13 | Comments (11)

De nouveau en voyage

Dans quelques minutes, je repartirai pour la troisième fois de l'année en Suède, à destination d'Enköping, après être passé par Kungsängen en septembre et Kungsholmen en juin. Cette fois-ci, ce sera pour effectuer un exercice multinational en tant qu'officier d'état-major dans le commandement de la composante terrestre de la force constituée pour l'occasion. Les cours effectués cette année à la NATO School et à SWEDINT étaient d'ailleurs une préparation pour une telle fonction, qui permet ensuite de participer à une mission de maintien de la paix comme celles que remplit l'OTAN au Kosovo ou en Afghanistan. Le vol Swiss à destination d'Arlanda emmène ainsi pas moins de 30 officiers suisses en vue de l'exercice « VIKING 05 ».

Partir pour presque 2 semaines au mois de décembre est également l'occasion de tirer un bilan de l'année écoulée. La seconde moitié de 2005 a été pour moi particulièrement intense, avec des développements inattendus et accélérés qui m'ont amené à m'investir énormément dans plusieurs domaines ; une transition professionnelle occasionnant un dédoublement des tâches, depuis la mi-août, a notamment constitué un défi et une opportunité de taille. Conserver un juste équilibre n'a pas toujours été aisé, mais ce voyage en Suède marque précisément la fin d'un cycle et la poursuite marquée d'une progression. Mon horizon s'élargit, et certaines choses - accomplies ou échues - sont désormais derrière moi. L'année prochaine s'annonce déjà palpitante, avec bien sûr d'autres voyages à la clef !

Dans l'immédiat, j'ignore quelles possibilités de connexion et quelle latitude temporelle me seront laissées dans mon nouveau gîte scandinave. Ne m'en veuillez donc pas si je suis moins présent qu'à l'accoutumée! c'est pour la bonne cause !

Posted by Ludovic Monnerat at 7h24 | Comments (5)

4 décembre 2005

Le culte de l'autoflagellation

Nous avons dans ce pays un don phénoménal pour monter en épingle chaque imperfection et lui donner l'apparence d'un échec flagrant, imminent ou même total. Prenez cet article publié aujourd'hui par Le Matin sur les chemins de fer fédéraux. Le trafic voyageurs augmente de 7%, voire de 10% sur les lignes principales, le 95% des trains sont à l'heure et le 99,87% des transports sont assurés. Cela n'empêche pas le journaliste de dépeindre le tout d'une manière outrageusement négative : « l'année des désillusions », « des trains qui disparaissent », « des billets trop chers », « un transfert de la route au rail à la traîne » et pour finir une « réputation détruite. » On pourrait vraiment croire que les CFF sont au bord du gouffre, avec une clientèle sur le point de se révolter !

Quels sont les faits permettant à Michel Jeanneret de porter ces jugements aussi tranchés ? Aucun ne résiste à l'analyse. En premier lieu, il parle d'une « forte grogne » du côté du public sans citer aucune preuve, aucune enquête d'opinion pour attester celle-ci, alors que l'augmentation du trafic voyageurs tendrait à prouver l'inverse. Son assertion quant à la perte d'image consécutive à la panne du 22 juin dernier, d'autre part, serait reprise d'un quotidien allemand érigé en référence (la Süddeutsche Zeitung) sans que les articles disponibles sur le Net (ici et ici) confirment ou fondent en quoi que ce soit ce jugement (fournir la source éviterait ce doute). Enfin, les déclarations de responsables politiques sont utilisées pour appuyer le propos, alors que tous appartiennent à des partis de gauche. Bel effort journalistique !

Bien entendu, on me rétorquera qu'il ne s'agit après tout que d'un article paru dans le quotidien de boulevard romand par excellence, que le public sait ne pas prendre au sérieux tout ce que les médias racontent pour tenter d'augmenter leur lectorat, et que de tels articles sont bien vite oubliés. La semaine dernière, lors du cours donné à nos fractions d'état-major d'armée à Berne, l'étude de plusieurs articles de FACTS a également amené certains spécialistes à dire que son contenu n'est que de l'infotainment, c'est-à -dire un mélange d'information et de distraction qu'il s'agit de ne pas trop prendre au sérieux. Pourtant, ces organes de presse n'en revendiquent pas moins une déontologie et une qualité identiques à tous les autres, avec toutes les garanties de précision, d'exactitude et de suivi que cela devrait supposer. Une manière de jouer sur les deux tableaux ?

Ce phénomène est naturellement présent dans tous les pays occidentaux, et le problème de l'impact à long terme du négativisme compulsif des médias, à motivation idéologique ou économique, ne peut être ainsi écarté d'un revers de manche. Mais j'y vois également une spécificité suisse, un culte de l'autoflagellation qui, au choix, assombrit le présent, idéalise le passé ou diabolise l'avenir. En termes de densité, de rapidité, de confort et de ponctualité, les CFF se situent au sommet de la hiérarchie mondiale, et un usager presque quotidien comme moi peut l'apprécier ; pourquoi ne pas faire le point à leur sujet avec nuance et précision, avec des informations transparentes et fondées ? Il est assez significatif de constater qu'un tel succès soit dénaturé de façon aussi délibérée et inavouée.

Relevons cependant qu'un seul article de cette nature, même décrypté et analysé de la sorte, ne suffit pas à juger l'ensemble d'un journal ou d'une corporation. Une vue d'ensemble des travers médiatiques commis en Suisse nous manque.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h58 | Comments (8)

3 décembre 2005

Alerte média : Swissinfo

Voici près de 3 semaines, Olivier Pauchard de Swissinfo/Radio Suisse Internationale m'a posé quelques questions sur le général Jomini et la place de sa pensée dans les doctrines stratégiques et militaires contemporaines, ceci en vue du 200e anniversaire de la bataille d'Austerlitz. Son article a paru hier et inclut une bonne partie des éléments fournis ; je précise d'ailleurs que j'ai pu lire et corriger le texte avant publication, ce qui est la meilleure manière d'éviter des imprécisions et des corrections.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h23 | Comments (2)

Un raid dans la nuit

TE-Gren.JPG

Entièrement vêtus de blanc avec quelques notes sombres, le visage éclairci par le camouflage également blanc, l'arme surmontée d'un grand appareil de visée, les deux tireurs d'élite attendent patiemment l'ordre d'ouvrir le feu. Dans la nuit noire, leurs cibles sont parfaitement identifiées : les positions de tir des mitrailleuses adverses pour le calibre 8,6 mm, et les charges dirigées placées autour de l'objectif d'attaque pour le calibre 12,7 mm. Les tireurs sont chargés d'appuyer la section qui va effectuer le raid. Les groupes participants à l'appui sont prêts. Le chef de section prononce quelques mots à la radio ; peu après, plusieurs détonations retentissent, pendant que les balles lumineuses déchirent la nuit. L'attaque commence.

Un élément de couverture se met en position dans l'obscurité, chaque tireur équipé d'un pointeur laser invisible à l'Å“il nu. Chaque fois qu'une silhouette adverse apparaît, une tache l'illumine et précède une balle de 5,6 mm qui, en moins de 2 secondes, neutralise la menace. Pendant ce temps, un élément d'assaut se rue près de la clôture qui entoure les maisons de l'objectif et place une charge explosive conçue pour ouvrir une brèche ; après la détonation, les groupes se précipitent dans l'ouverture et se lancent à l'assaut des bâtiments. Les chefs de groupe annoncent à la radio leur position respective pour éviter tout feu ami. Aucune lumière n'appuie l'entrée de la troupe dans le périmètre enneigé.

La premier groupe parvenu dans une maison y applique une mécanique standardisée : après avoir défoncé la porte d'entrée, les hommes engagent une grenade à main et pénètrent dans la pièce, utilisant le délai avant l'explosion pour décrocher leurs intensificateurs de lumière résiduelle ; ils nettoient ensuite chaque pièce, à la lumière de leurs lampes blanches, et éteignent celles-ci lorsque, parvenus sur le toit, ils prennent des positions de tir pour appuyer l'action de leurs camarades. Pendant ce temps, l'élément de couverture continue de combattre les adversaires qui apparaissent derrière le village. Une par une, les maisons sont attaquées et prises. Les détonations des grenades et les reflets des lampes se succèdent.

La sixième maison constituant l'objectif final de l'attaque, des charges explosives y sont placées par le troisième groupe d'assaut. Placé sur le toit de l'une des premières maisons, le chef de section ordonne ensuite le repli ; les groupes sortent du périmètre dans l'ordre inverse de leur arrivée et courent dans la neige, le pas alourdi par l'équipement individuel, et notamment le gilet pare-éclats avec toutes ses plaques de protection. L'élément de couverture continue un temps de remplir sa mission, et les points lumineux des pointeurs lasers se promènent furtivement sur les silhouettes des adversaires résiduels ; son repli est couvert par les tireurs d'élite. Une dernière balle lumineuse de gros calibre, et le raid est achevé. Il n'a pas duré plus de 15 minutes.

PS : Les lignes ci-dessus décrivent un exercice auquel j'ai assisté mercredi dernier à Isone. Une section renforcée de grenadiers, à la 23e semaine de leur école de recrues, a fait la démonstration de son niveau d'instruction remarquablement élevé au cours d'un raid de nuit que seul ce type de formation est capable d'accomplir. Une preuve éclatante de la validité du principe de la milice lorsqu'une instruction professionnelle et adaptée est donnée.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h17 | Comments (35)

2 décembre 2005

Un point focal stratégique

En Irak, la prise en otage de militants pacifistes et l'attentat suicide d'une femme convertie à l'islamisme - tous occidentaux - ont montré, à quelques jours d'intervalle, combien ce pays reste aujourd'hui un point focal à l'échelle de la planète. Que des personnes s'y infiltrent individuellement ou en groupe révèle aussi bien leurs convictions que leur impression de pouvoir agir, d'avoir une influence. Nous ignorons à quoi pensait la femme belge qui s'est faite exploser à proximité d'un convoi US, et qui comme souvent n'a réussi à provoquer que sa propre mort, mais ce n'est certainement pas en désespoir de cause. Bien au contraire : l'Irak est bien un symbole causal de l'affrontement en démocratie libérale et fondamentalisme musulman.

Ce point focal a naturellement été choisi par les Etats-Unis, et aurait fort bien pu se trouver ailleurs ; depuis quelques mois, l'augmentation des accrochages en Afghanistan rappelle d'ailleurs que cet autre secteur avait le potentiel symbolique nécessaire. Mais nulle part ailleurs qu'en Irak ne sont autant cristallisées les luttes que superpose la mutation accélérée de notre monde, ce combat acharné entre la modernité, la liberté, l'ordre et leurs contraires. Que les Etats-Unis et Al-Qaïda aient simultanément identifié ce pays comme un point décisif à l'échelon stratégique confirme cet énoncé. De plus, dès lors que la « guerre contre le terrorisme » se déroule en premier lieu dans l'espace sémantique, il est en outre logique que l'intérêt des médias favorise le passage à l'acte des individus.

Dans le cas présent, il est bon de souligner qu'une bonne dose d'endoctrinement islamiste ou pacifiste a très certainement été nécessaire. Ce n'est pas sur un coup de tête que l'on décide ainsi de jouer sa vie dans un pays qui abrite un conflit aussi déstructuré. Il faut ainsi reconnaître que l'Irak est devenu une cause planétaire, un enjeu susceptible d'être exploité par l'ensemble des belligérants, un arrière-fond où se succèdent en un kaléidoscope effréné des images telles que le procès de Saddam Hussein, les sévices d'Abu Ghraib, les doigts encrés des électeurs, les visages implorants des otages, ou encore l'apparence tour à tour imposante et impuissante des Forces armées US. Le conflit irakien va largement faire entrer notre époque dans l'histoire, tout comme le conflit vietnamien voici 40 ans.

Une lutte d'une telle importance, par le verbe et l'image, par les idées et les valeurs, transperce inévitablement toute société et toute communauté, indépendamment des frontières géographiques et culturelles. Le passage à l'acte de quelques dizaines ou centaines d'individus vivant en Europe ou en Amérique du Nord n'est que la portion la plus visible de réactions dont l'ampleur est encore ignorée. Et le fait que les médias occidentaux aient majoritairement pris position dans ce conflit, et soient donc entrés de plain pied dans la lutte pour les cÅ“urs et les esprits, nous condamne à l'éclatement du sens, au morcellement mimétique, à la reproduction sur notre sol et à échelle réduite des affrontements érigés en symboles.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h57 | Comments (10)

Le bilan de novembre

Comme d'habitude, je profite de ce début de mois pour remercier chaleureusement celles et ceux qui lisent régulièrement ce carnet et qui prennent part à ses débats. La fréquentation au mois de novembre a connu une brusque augmentation du nombre quotidien de visites (1642 contre 1217), avec une hausse également au niveau des pages vues chaque jour (4235 contre 3068) ainsi que des hits (10277 contre 5096). Il convient cependant de relever que cette affluence a été en partie due à l'intérêt suscité par les violences urbaines en France, même si la courbe reste sans conteste ascendante.

La tradition d'ajouter un brin d'humour à ces chiffres sera bien entendu respectée. Voici donc quelques commentaires à certaines entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé d'honorables visiteurs par ici :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 6h40 | Comments (6)

1 décembre 2005

Quelques mots du "gardien"

Ces deux derniers jours, ce carnet a été le lieu d'échanges très animés, au caractère émotionnel indéniable, qui ont enflammé plusieurs intervenants jusqu'à entrer sur le terrain de l'anathème. C'est une chose à peu près inévitable dans un espace de discussion public sans filtre préalable, même si j'ai tenté de l'éviter dès le mois de juillet en intervenant de façon plus fréquente et plus décidée pour contrer les propos qui, à mon sens, n'avaient pas lieu d'être ou ne menaient qu'à des égarements. Pour quelqu'un qui n'a en rien l'âme d'un censeur, mais qui a une habitude certaine des débats, il s'agissait de trouver un équilibre parfois difficile.

Je suis actuellement dans le train qui me ramène chez moi de Zurich, et je sors de 4 jours de service dans plusieurs régions du pays. Le plus souvent, je n'ai pas eu le temps ou la connexion pour intervenir dans le débat et parvenir à le contrôler. C'est une chose qui va se reproduire à l'avenir, en raison de mes activités militaires, et pas plus tard que la semaine prochaine, puisque je partirai pour la Suède afin de participer à l'exercice multinational « VIKING 05 ». Il est donc assez logique que je me pose certaines questions quant à l'avenir d'un espace public qui porte mon nom et mon prénom.

Un temple dont le gardien est aux abonnés absents peut-il s'autogérer par la grâce de ses fidèles ? Je prends bien entendu ces termes avec ironie, car ce serait vraiment se prendre bien trop au sérieux que se donner l'apparence d'une telle charge. Malgré cela, il est assez rare de voir un sport collectif fonctionner durablement sans la présence d'un arbitre. La passion, les pulsions et les imperfections qui nous caractérisent immanquablement nous mènent à l'excès comme à la cécité. Raisonner et dialoguer exigent des efforts. Il est impossible d'accorder une grande place aux réflexions si les individus en viennent à les primer.

Un weblog en accès libre et drainant une certaine attention peut-il être détourné de son intention initiale ? Voilà plusieurs mois que l'on m'avertit de ce risque, et il est assez ironique de constater que les auteurs de tels avertissements peuvent parfois se comporter de façon hégémonique et occuper - à des fins qui les regardent - un terrain ouvert à tous. En général, cela se termine par un échange de courriels plutôt abrupt avec le soussigné et une retraite en plus ou moins bon ordre, et plus rarement par un exil outré. Ce qui somme toute importe peu, tant il est vrai que les absents ont toujours tort, et que le respect impose le compromis des échanges - et non celui des idées.

Vous restez donc tous les bienvenus sur ce carnet. J'espère simplement que la discussion sur des thèmes liés à la stratégie, à l'infosphère et à la prospective saura rester rationnelle, sereine, plurielle et respectueuse.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h19 | Comments (7)