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7 octobre 2005

L'éclatement du sens

La sphère de l'information n'en finit pas de subir les effets de la révolution due au progrès technologique et à la transformation des collectivités. Quelques exemples récents le démontrent : suite à la prolifération des images d'origine privée lors des attentats de Londres, la BBC déclare désormais qu'elle est davantage un facilitateur qu'un diffuseur d'information publique ; le réseau Al-Qaïda place des offres d'emploi dans le quotidien Asharq Al-Awsat, afin d'engager des spécialistes du montage vidéo capables de produire des séquences servant la propagande islamiste ; la facilité à trafiquer les images numériques avec des logiciels gratuits amène des experts à rechercher des méthodes toujours plus poussées pour détecter la falsification et préserver la crédibilité des supports visuels fixes.

Le point commun de ces faits épars, déjà souligné maintes fois sur ce site, n'est autre que le renforcement du petit face au grand, de l'individu face aux organisations, de la qualité face à la quantité. Les nouveaux espaces conflictuels et/ou concurrentiels ouverts par la technologie, soit l'infosphère et le cyberspace, offrent aux acteurs les plus démunis des possibilités d'action et d'influence inimaginables dans l'espace physique ou électromagnétique. La première puissance mondiale, la multinationale géante, l'organisation non gouvernementale, le réseau terroriste religieux ou Monsieur Tout-le-monde ont désormais une capacité de production sémantique comparable. La génération éclatée et libéralisée du sens aboutit à une gigantesque redistribution du pouvoir.

De même que la révolution industrielle a permis à la puissance mécanique de supplanter la puissance musculaire, la révolution de l'information amène aujourd'hui la puissance cognitive à prendre le pas sur le reste. Mais l'information est en parallèle devenue autant une arme qu'une ressource. Dès lors que les rapports de forces entre acteurs s'expriment davantage par la conquête des esprits et des marchés que celle des territoires, le savoir vaut plus par sa diffusion que par son acquisition. Le renseignement reste la première ligne de défense de toute organisation, mais sa première ligne d'attaque n'est autre que la communication. Puisque vaincre passe par convaincre, le succès dépend nécessairement de la faculté à développer une emprise supérieure sur les décisions et les comportements.

Ainsi, ces deux fonctions élémentaires et complémentaires que sont le renseignement et la communication forment l'axe de la puissance cognitive. Et les structures les mieux à même de les synchroniser concentrent cette puissance, comme le montre l'essor impressionnant des réseaux participatifs ouverts, axés sur l'échange volontaire. Par conséquent, les grandes organisations telles que les administrations nationales ou supranationales ne semblent guère adaptées à ces espaces immatériels, surtout lorsque le sens apparent importe plus que le sens réel. Leur survie, à l'âge de l'information triomphante, est un défi à relever sans tarder.

Publié par Ludovic Monnerat le 7 octobre 2005 à 17:47

Commentaires

Le problème est que le Grand n'en fini pas de se gargariser d'être grand et de croire encore et toujours que le petit ne peut pas réellement l'atteindre. On nie le problème. Même au niveau des services de renseignements, je suis persuadé que le système perd de sa splendeur car si la main est mise sur un individu, on cherchera toujours à vouloir comprendre qui il y a derrière. Ainsi, on perdra toujours du temps en voulant voir le tout, alors que le tout se résume souvent à une ou deux personnes. Il faut trouver un mode d'action qui permette de faire vite sans perdre l'essentiel.

Publié par variable le 7 octobre 2005 à 21:34

Certains analystes voient dans les guerres de la 4ème génération des conflits basés sur la notion du sens ; mais les conflits n'ont-ils pas toujours été basés sur le sens ? Déjà les guerres napoléoniennes: la « Lumière » contre « Dieu et le Roi » ! La guerre froide a vu le combat du Communisme contre le Capitalisme. Aujourd'hui c'est le Modernisme contre une vision dépassée d'un Islam radical. Toujours le sens a été - et est - au cÅ“ur de la confrontation.

Ce qui fait la différence entre ces conflits (au regard du sens) c'est l'évolution de la méthode de diffusion des Idées, du rôle des médias : pamphlets satiriques anti-napoléoniens à usage régional, propagande bolchevique à usage national (pays cible) mais avec un impact progressivement mondial et aujourd'hui, avec Internet, des messages essentiellement à usage mondial.

Par contre si ce nouveau média est disponible pour tous, nous ne sommes pas encore à la révolution aboutie et à une redistribution du 4ème pouvoir: la connaissance (compétence) et les moyens financiers et techniques disponibles font encore la différence. Nous somme d'accord que Monsieur Lambda peut créer son journal sur le web mais encore faut-il qu'il soit lu (donc référencé), que son contenu ait de la valeur (besoin de collecte et d'analyse de l'information), que ses moyens techniques soient à la hauteur du projet (financement)!Actuellement on a l'impression, l'illusion que chacun peut y arriver mais la réalité est autre. Combien de blogs lisons-nous chaque jour et combien existent de par le monde ? Répondre à cette question montre bien que le blog de Monsieur Lambda ne peut pas encore influencer de la même manière qu'un site aussi connu que celui de CNN ou d'Al Jazeera ! Cette nouvelle liberté de pouvoir crier à la face du monde ce que l'on a en soi, ce qui est notre sens, est une réalité mais croire que nous partageons le pouvoir des grands vecteurs médiatiques est un leurre.

Prenons l'exemple du Global Jihad et la manière dont il use de l'Internet : pour ces messages à destination de l'Occident il usera des grands vecteur classiques : télévisions et journaux. Lorsque son message se veut plus discret, à usage de ses affidés, l'Internet est là comme vecteur principal. Pourquoi le Global Jihad n'utilise-t-il pas un site Web référencé pour diffuser messages et idéologie!parce que les sites ouverts sont traqués et détruits. Nous ne sommes décidemment pas égaux devant ce nouveau média.

Enfin, si le renseignement est toujours (ou devrait être toujours) en première ligne, son objectif n'est pas de contrer directement la communication ennemie. Ce n'est pas le rôle d'un service de renseignement. Sa mission est d'identifier l'émetteur, de connaître son message, de trouver ses moyens financiers et techniques (proactivité de renseignement) ; aux Politiques (promulgation de lois) et aux services de police d'intervenir ensuite (réactivité policière).

Ceci étant, que le sens soit ou non l'essence des guerres de la 4ème génération, il est clair que, comme par le passé, la victoire physique devra se doubler d'une victoire des Idées. Mais plus que par le passé, le combat des Idées et, partant, la maîtrise des médias sera au cÅ“ur du conflit.

B.

Pour poursuivre la réflexion, deux livres :

FRANCART Loup, La guerre du sens, Economica, 2000, 310 p
COUTAU-BEGARIE Hervé (Dir), Les médias et la guerre, Economica, 2005, 1027 p

Publié par B. le 8 octobre 2005 à 9:16

Il est vrai que le renseignement est la première ligne de défense d'un Etat ou d'un groupe. On peut d'ailleurs s'étonner des ressources relativement faibles, aussi bien financières qu'humaines, qui lui sont allouées en comparaison avec d'autres postes, de défense ou civils, et surtout avec la masse de travail considérable que représentent les actions de renseignement.

Que pensez vous de l'avis de certains analystes qui prétendent que "le renseignement ne gagne pas les guerres" ?

Je suis pour ma part également convaincu que les Etats ont un très gros travail d'information à fournir, et ce sous toutes les formes.

Publié par Admin Osint.fr.nf le 8 octobre 2005 à 9:23

Entièrement d'accord: le renseignement ne gagne pas les guerres. Le renseignement est une "aide à la décision" mais sans lui on ne peut gagner les guerres. Pour cela il faut des moyens humains et techniques qui font, actuellement, cruellement défaut.

Le flux d'informations (parfois de renseignements) est tel qu'il est impossible de tout gérer et tout contrôler. C'est ainsi que, parfois, on passe à côté d'informations fondamentales comme celles que possédaient les services US concernant la menace du 9/11.

B.

Publié par B. le 8 octobre 2005 à 9:46

Le problème est que les missions données aux services de renseignement ne sont parfois pas asez claires. Ainsi, "on" cherche tout azimut, ce qui mène à une avalanche d'information. Si le politique sait poser correctement le cadre de recherche d'informations, afin que les missions soient le plus ciblé possible. On arrivera à faire mieux plus vite.

Publié par variable le 8 octobre 2005 à 10:50

Pour Variable: Je crois que nous partageons la même approche. D'ailleurs cela "sent" le vécu ;-)
Les Services manquent singulièrement de directives. Le Politique veut tout (la sécurité) et son contraire (ne m'em... pas avec des menaces). A ce train là on devient schyzo!

B.

Publié par B. le 8 octobre 2005 à 11:03

Nouveau service de renseignement en Suisse?

Mystérieux remue-ménage au sein des services de renseignement. In: Le Temps

http://www.letemps.ch/template/recherche.asp?page=rechercher&contenupage=identification&types=search&artID=165043

Extraits: "En juin dernier, le Conseil fédéral avait enfin répondu aux critiques appuyées de plusieurs commissions (gestion et politique de sécurité) du parlement, qui critiquaient depuis plusieurs années la gabegie régnant entre les trois services de renseignement suisses - le service de renseignement stratégique (SRS) du DDPS, le Service d'analyse et de prévention (SAP) du Département de justice et police, et le Centre politique de sécurité internationale (CPSI) du Département des affaires étrangères."

Le CPSI, service de renseignement? Le Temps est bien informé ;-)

B.

Publié par B. le 8 octobre 2005 à 11:45

A B. : Il va de soi que le renseignement n'a pas pour but de contrer la communication adverse, ce sont bien deux fonctions distinctes, comme je le disais dans mon billet. Maintenant, sans traiter la question des conflits de 4e génération (on aurait pu ajouter les écrits de François-Bernard Huyghe, que vous avez certainement lus, parmi les références en français - notamment La 4e guerre mondiale, "faire mourir et faire croire"), vos propos témoignent à mon avis d'une faille de raisonnement : il ne s'agit pas de "partager le pouvoir" des grands vecteurs médiatiques, mais bien de l'exploiter à son profit et avec des moyens minimes. En d'autres termes, la révolution de l'information ne permet pas à des individus ou de petites structures de construire des organisations rivales, mais bien de s'insinuer dans les flux des organisations existantes pour en influencer le contenu. Le cas du blogger qui parvient à faire plier le grand média, comme Charles Johnson face à CBS dans l'affaire des mémos truqués, reste extrêmement rare. En revanche, les cas de productions indépendantes reprises par les grands médias sans mélange, des cassettes d'Al-Qaïda aux communiqués des ONG, sont légion.

De ce fait, la victoire cognitive peut désormais se passer de la victoire physique en désarmorçant la crise, en faisant de l'ennemi un ami ou en détournant l'attention de la cible. L'infosphère est un espace conflictuel à part entière.

Pour plus de détails sur mes réflexions, je me permets de renvoyer à mon article "Matière, psyché, morale et savoir : le quadrant de la puissance", mis en ligne sur CheckPoint.

http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Activites/Doc0024-QuadrantPuissance.html

Publié par Ludovic Monnerat le 8 octobre 2005 à 13:22

Le CPSI fait un peu de rens... En complet cravate...

Publié par variable le 8 octobre 2005 à 14:07

Je reste décidemment très sceptique quant à la possibilité de victoire cognitive (non couplée à une victoire physique)et j'attendrai d'en voir une pour y croire!

Ceci étant je ne vois pas de faille dans mon raisonnement: bien entendu qu'un individu ou groupe peut s'insinuer dans le flux de l'information véhiculée par l'Internet mais de là à dire que "La première puissance mondiale, la multinationale géante, l'organisation non gouvernementale, le réseau terroriste religieux ou Monsieur Tout-le-monde ont désormais une capacité de production sémantique comparable", ce n'est guère en phase avec la réalité.

Enfin, je vous rejoins sur le livre de Huyghe que j'ai pu apprécier (excellente collection d'ailleurs).

B.

Publié par B. le 8 octobre 2005 à 15:20

Vous voulez sans doute dire, j'attendrai de voir une victoire cognitive "de notre coté" pour y croire. Parce que la mobilisation de centaines d'hommes suite à une recrudescence d'activité sur des forums islamistes, ou l'évacuation d'une station de métro sur la base d'une publication gratuite de menace, c'est bien une victoire cognitive majeure à mon sens.

Et c'est bien différent des lettres de menaces/revendications des années 70: c'est immédiat, le coût et le risque sont nuls, c'est à l'echelle mondiale, et cela résulte souvent d'une action coordonnée.

En capitalisant sur quelques actions physiques (9/11, madrid, etc.), la diffusion des idées de quelques individus contribue à renforcer la perception que nous pouvont avoir de la menace. Cela ressemble à de la simple intoxication comme celle qui pouvait être pratiquée pendant la guerre froide. La différence c'est que cette intoxication devait être structurée et coordonnée, c'est de l'intoxication "top-down" (puissance vers individus), qui nécessite des moyens importants (cf Volkoff qui en a bien montré l'efficacité, mais aussi la difficulté). Aujourd'hui, c'est un phénomène "bottom-up" (individus vers puissance), qui emerge de lui meme lorsque les bonnes conditions sont réunies: individus, idées et technologies de communication modernes.

Enfin pourquoi séparer (opposer?) le champs physique et l'espace cognitif, ("la possibilité de victoire cognitive (non couplée à une victoire physique)"), une action physique comme la rupture des moyens de comunication (Cf. http://globalguerrillas.typepad.com/globalguerrillas/2005/10/journal_the_end.html pour l'application aujourd'hui en Iraq) constitue (pour le puissant) une victoire dans le champs cognitif.

Publié par nobody le 8 octobre 2005 à 17:00

Quand je parle de victoire, j'entends bien une victoire totale pas partielle. C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne sépare pas le champs cognitif du champs physique (vous m'avez mal lu) car la victoire doit recouvrir ces deux champs pour être totale.

Contrairement à Ludovic, je ne crois pas à une victoire du champs cognitif isolé du champs physique.

Enfin, si le terrorisme réussit à distiller la terreur par des communiqués ou par des alertes répétées, ce ne sont là que des gains temporaires. Le terrorisme n'a jamais vaincu par le passé. De plus, j'ajouterais que le terrorisme, lui aussi, ne sépare pas le cognitif (propagande, communiqués, menaces) du physique (attentats). La victoire contre le terrorisme devra ici aussi recouvrir ces deux champs.

B.

Publié par B. le 8 octobre 2005 à 18:49

je vais peut-être me planter mais j'aimerais vous lire " B. " sur la bataille des médias occidentaux qui à mon sens se seraient trouvés pendus à une verge pour haute trahison dans le passé. Loin d'être un quatrième pouvoir ces Médias me semblent choisir la subversion pour des intérêts aussi difficiles à cerner que ceux des groupes islamistes par exemple.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 9 octobre 2005 à 3:31

Si une victoire qualifie le fait pour un groupe ou une force d'atteindre le ou les objectifs qu'il s'est fixé, on peut observer plusieurs victoires cognitives contemporaines.
Si les terroristes qui retenaient Angelo dela Cruz avaient pour intention de faire quitter l'Irak aux troupes philippines alors ce fut une victoire cognitive dissociée de la victoire physique.
Si Al-Qaeda avait pour intention de générer la peur, de donner une impression de grande puissance et de bouleverser les marchés financiers en organisant les attentats du 11 septembre, c'est également pour eux une forme de victoire cognitive dissociée de la victoire physique.

La notion de victoire totale peut également être relativisée. Pour certains remporter une portion de terrain est suffisant, pour d'autres il faut un pays entier, voire un continent.

On peut attendre qu'Al-Qaeda et ses "partenaires" réussissent à instaurer un califat planétaire, comme ils prétendent vouloir le faire, on peut également attendre de voir disparaître l'intégrisme sous toutes ses formes, mais on risque de passer à côté de victoires plus discrètes, notamment des victoires cognitives.
"La guerre hors limites" de Qiao Liang et Wang Xiangsui donne un bon aperçu des nombreux types d'opérations qui peuvent être mises en place au XXIè siècle et des victoires qui leur correspondent. Nous pouvons nous concentrer sur les victoires totales et éblouissantes qu'annoncent les discours idéologiques des uns et des autres, mais dans ce cas les victoires et les défaites qui correspondent aux objectifs réels qu'ils se fixent nous échapperont.

Publié par Admin Osint.fr.nf le 9 octobre 2005 à 10:42

Une fois encore, comme dans toute tentative d'élaboration d'une théorie ou d'une doctrine, il faut au préalable un travail de définition et de contenu sémantique!

B.

Publié par B. le 9 octobre 2005 à 11:40

A B. : L'objection de nobody est pertinente, car les victoires cognitives ne sont pas exactement dans le camp des "grands". Maintenant, comment définissez-vous une victoire totale? Quelle différence avec une victoire partielle? Est-ce que la victoire totale passe par l'anéantissement d'un acteur adverse, par sa reddition, par sa conversion, par sa neutralisation durable? Poser le débat en vos termes sans les définir nous contraint à rester dans une certaine superficialité. Si vous en avez la disponibilité, je vous enjoins à creuser le sujet. Car si l'on entend la victoire comme le fait d'atteindre des objectifs donnés contre la volonté d'autrui, votre doute à l'endroit des victoires cognitives n'est pas soutenable. Les propos de Admin.Osint (au fait, un pseudo plus buvable ne serait-il pas souhaitable ?) me paraissent fondés.

Permettez-moi par ailleurs de corriger une distorsion de mes propos qui est malencontreusement apparue sous votre clavier. J'ai écrit que "la victoire cognitive peut désormais se passer de la victoire physique" ; vous écrivez que "contrairement à Ludovic, je ne crois pas à une victoire du champs cognitif isolé du champs physique". Non : je parlais bien de victoire physique, pas d'action dans le champ physique, et donc je ne sépare pas le physique du cognitif (ce d'autant moins que je vois quatre domaines en tout : physique, psychologique, éthique et cognitif). La crise de Cuba est un excellent exemple d'une victoire immatérielle (et essentiellement cognitive) sans victoire physique (pas de contact physique entre les forces), mais avec une action essentielle dans le domaine physique.

Entièrement d'accord avec vous concernant l'inefficacité à terme du terrorisme (du moins tant qu'il n'utilise pas des ADM). Le meilleur livre à ce sujet est certainement celui de Caleb Carr, The Lessons of Terror, Random House, 2003.

A nobody : je partage votre raisonnement sur le passage du "top-down" au "bottom-up", mais est-ce qu'il n'y a pas également une sorte de nivellement qui fait que toutes les interactions deviennent de plus en plus horizontales? Je lis régulièrement le blog Global Guerrillas et j'y trouve plein de réflexions pertinentes. Dans un autre registre, le concept de "swarming" procède d'une orientation similaire.

A variable : n'est-il pas étonnant que l'on ne parle pas, ou si peu, du renseignement militaire - ni même du renseignement des Forces aériennes? Ces services existent et fournissent quotidiennement des contributions. Je trouve étrange que les médias ne les mentionnent pas... non?

Publié par Ludovic Monnerat le 9 octobre 2005 à 18:14

Pour Ludovic:

"Poser le débat en vos termes sans les définir nous contraint à rester dans une certaine superficialité" Je vous renvoie le compliment: c'est à vous définir le champs sémantique si vous souhaitez que l'on parle tous de la même chose.

Cuba pourrait être une victoire cognitive si elle avait totale. Or elle n'a été que partielle (concernant les missiles ) et dans le temps (Castro est toujours là ).

Mais la responsabilité de cette erreur est certainement liée à ma superficialité sémantique ;-))

B.

Publié par B. le 9 octobre 2005 à 19:58

B., lorsqu'un interlocuteur vous demande de préciser ce que vous entendez par "victoire totale" ou "victoire partielle", il ne faut pas prendre cela comme une remise en cause, mais bien comme un intérêt pour le concept ainsi évoqué. La superficialité supposée du propos n'implique pas celle de la personne. Et si l'on devait tous piquer la mouche lorsque l'on doit faire face à des questions pointues, cet espace de débat se tarirait assez rapidement.

Votre phrase sur la crise des missiles de Cuba laisse ainsi songeur. Pensez-vous donc que le règlement de la crise n'ait pas été une victoire pour les Etats-Unis? Est-ce que l'on peut sans autre mélanger le fait d'empêcher l'URSS d'implanter des missiles à Cuba et celui de renverser Fidel Castro, alors que ce dernier objectif n'a jamais été poursuivi durant les fameux 13 jours de la crise? Sans explication complémentaire, vos propos restent difficiles à comprendre. Du moins pour moi!

Publié par Ludovic Monnerat le 9 octobre 2005 à 22:59


"conquête des esprits" but ultime après lequel il n'y a plus de "guerre moderne" possible ... Trinquier est toujours actuel :)

Le terrorisme a gagné et plusieurs fois même, quoi qu'on aime en dire!
Le terrorisme n'est pas un but, c'est un moyen pour influencer, contrôler des populations ... aux sceptiques de lire Mao, Trinquier, Lao Tse :)


D'accord avec L.M. (qui ne décroche pas même en vacances) sur "s'insinuer dans les flux des organisations existantes pour en influencer le contenu".

Je propose la lecture de http://balagan.blog-city.com/lislamisme__la_conqute_du_monde.htm
excellent site, toujours.


PS
pour les mouches ... voir la "la Suisse et la croix rouge"

Publié par Mikhaël le 9 octobre 2005 à 23:16


L'incompréhension est certainement due au mélange dans ce fils entre les diffèrent intervenants entre action psychologique et cognitive (différence d'age et de culture peut-être?). Sur quelques-uns des exemples donnés dans les différents commentaires, il s'agit parfois uniquement de l'exploitation de phénomènes psychologiques.

De même, l'utilisation du terme « espace physique » est presque une source de confusion, puisque les champs psychologiques et cognitifs sont dans une certaine mesure des espaces physiques : ils sont délimités et autorisent une certaine liberté de manÅ“uvre. Donc, il semble plus efficace de parler des espaces physiques 'matériels' (les 'chars'), 'psychologiques' (les 'tripes') et 'cognitifs' (les 'cervelles').

Concernant le nivellement, effectivement cela semble être le cas, probablement 2 raisons :

Le facteur technologique, qui permet de remonter plus d'informations au commandement et autorise plus d'interactions, cela a été beaucoup discuté au USA avec les méfaits du micro management.

Sur le champ cognitif, ce nivellement est probablement la conséquence de notre propre faiblesse en matière doctrinale sur le sujet. C'est un phénomène qui est encore difficile à modéliser, et donc difficile à intégrer dans un cadre stratégique/tactique et une chaîne de commandement classique. C'est peut être pourquoi les échelons supérieurs « héritent au final du bébé » et sont condamnés à régler directement des problèmes qui mériteraient d'être pris en charge à des niveaux divers.

Sinon, je rejoins B. sur la nécessité, pour bien se comprendre, de donner quelques définitions précises ! (Sans aller jusqu'à compromettre le contenu d'un éventuel livre)

Publié par nobody le 19 octobre 2005 à 19:04