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28 février 2007

Le programme d'armement 2007

Le Conseil fédéral a approuvé aujourd'hui le programme d'armement 2007, qui porte sur des crédits d'engagement de 581 millions de francs. Axé avant tout sur des éléments de conduite, il ne devrait pas susciter de résistance particulière. La faute à une année électorale ?

La suite à lire ici, sur le site de la Revue Militaire Suisse !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h42 | Comments (26) | TrackBack

27 février 2007

La République des blogs

Tout à l'heure a eu lieu à Fribourg le second rendez-vous des blogueurs romands à caractère politique. Puisque l'on a exercé sur moi une pression aussi amicale qu'efficace, j'y étais, et avec plaisir, pour des discussions avec des blogueurs connus ou avec d'autres personnes fort diverses. L'occasion d'aborder différents sujets qui secouent la blogosphère romande, de traiter l'actualité en matière de sécurité, mais aussi de discuter politique avec les parlementaires romands les plus branchés sur le web.

L'occasion également d'entendre Renaud Gautier me rappeler gentiment que j'ai éreinté ses propos parus dans la presse, sans que je m'en souvienne... Toutes mes excuses pour cet oubli ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 22h02 | Comments (6) | TrackBack

26 février 2007

Une défense à réinventer

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Tel était le titre de ma conclusion, lors de l'exposé sur la guerre moderne que j'ai donné cet après-midi à l'Ecole d'Etat-major général, devant les 32 officiers ayant franchi les différents obstacles du second stage et appelés à être promus ce vendredi. L'un de mes anciens camarades de classe de l'école d'officiers (le 3e sur 12 à arborer tout bientôt les bandes noires et le 4e à devenir officier supérieur!) n'a manqué de m'interroger sur cette réinvention de la défense, et notamment sur sa dimension offensive. Je n'aborderai pas ici la question des bases juridiques, puisqu'une telle décision relève avant tout de la politique, mais plutôt le profil opérationnel d'une nouvelle compréhension de la défense nationale. Etant entendu que les effets recherchés doivent aboutir à défendre et à protéger le territoire, les esprits et les marchés.

La défense du territoire en conflit symétrique, avec le combat dès la zone frontière et la recherche de la décision militaire, voit son importance se réduire proportionnellement à l'amenuisement des capacités offensives au sein des armées européennes. En revanche, la défense du territoire en conflit asymétrique suppose la capacité à préserver et à restaurer le contrôle qu'exercent les autorités civiles sur des objets, des axes, des quartiers ou des secteurs. Dans la mesure où le renseignement ne permet que rarement d'effectuer au bon endroit et au bon moment des missions de protection, et comme les effectifs ne permettent pas d'assurer une protection généralisée (notamment en milieu urbain), cela signifie doit développer son aptitude à agir en milieu semi-permissif ou non permissif pour prendre le contrôle d'un périmètre donné, stabiliser la situation et assurer le retour de la normalité.

La défense des esprits ne peut cependant se satisfaire de telles actions contre-offensives : laisser volontairement l'initiative dans le domaine sémantique revient à abandonner par avance les éléments constitutifs des perceptions publiques, les points de repère et les références des jugements futurs. L'armée doit résolument prendre l'offensive dans ce domaine pour préserver le sentiment national, pour développer la volonté de servir, pour montrer les menaces contemporaines. Les représentations en matière de défense étant encore ancrées dans les conflits interétatiques, l'armée doit également rendre publiques les modalités belligérantes de notre ère, les méthodes de guerre susceptibles d'être utilisées contre nous - et celles qui l'ont déjà été. En plaçant la Suisse et ses intérêts au centre de sa perspective, l'armée doit lutter à son niveau contre la subversion du communautarisme et de l'incivisme.

La défense des marchés est la résultante des actions s'inscrivant dans le domaine matériel comme immatériel. En contribuant à la stabilité et à l'intégrité du pays, l'armée en préserve également l'attrait économique ; en contribuant à la protection des citoyens suisses et de nos intérêts hors des frontières, elle soutient aussi le dynamisme économique qui les caractérise. Enfin, l'armée doit rester en mesure d'appuyer l'approvisionnement économique du pays dans ses tâches régulières, en cas de crise menaçant ce dernier, pour éviter les pénuries dont nous aurions le plus à souffrir. Tout ceci suppose naturellement des intérêts communs avec d'autres nations européennes, et donc des engagements s'effectuant ponctuellement mais systématiquement en coopération multinationale.

Il reste à préciser que toutes les actions de l'armée, dans le cadre de cette défense rénovée du pays et de sa population, ne peuvent être limitées a priori par des frontières géographiques. Comme être suisse et vivre en Suisse sont de moins en moins synonymes, dans un sens comme dans l'autre, le critère déterminant pour un engagement de moyens militaires doit être l'intérêt national, et non l'emplacement géographique. Ce qui me paraît la condition pour qu'un Etat moderne conserve sa crédibilité et donc sa légitimité au cours des prochaines décennies.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h06 | Comments (34) | TrackBack

25 février 2007

L'armée et son engagement à l'étranger

Ce soir a été mis en ligne sur le site Internet de la Revue Militaire Suisse une version légèrement mise en forme de l'allocution prononcée par Micheline Calmy-Rey devant l'assemblée générale de la Société des officiers du Valais romand, le 16 février dernier, sur le thème des engagements militaires suisses à l'étranger. Ce texte est particulièrement intéressant, car il révèle les divergences de vues au sein du gouvernement par rapport à ces missions, comme l'ont montré de récentes déclarations de Samuel Schmid, et rappelle aux militaires que les décisions du Conseil fédéral in corpore sont celles qui comptent.

Posted by Ludovic Monnerat at 23h27 | Comments (3) | TrackBack

24 février 2007

Entre l'Irak et l'Afghanistan

Ces derniers jours, la Grande-Bretagne, le Danemark et la Norvège ont annoncé leur intention de renforcer leurs effectifs militaires en Afghanistan ; conjuguées à la réduction des troupes en Irak, ces décisions ont confirmé le mouvement de bascule qui s'opère depuis presque 3 ans entre ces 2 campagnes. D'autres pays, dont l'Australie, considèrent également l'envoi de contingents supplémentaires en Asie centrale ou le renforcement de leurs capacités, alors que les appels aux membres de l'OTAN pour accompagner ce mouvement sont fréquents. Ceci malgré des contestations en hausse face à ces déploiements sans terme visible, comme la chute du gouvernement Prodi l'a montré en Italie.

La perception originelle de ces deux campagnes explique naturellement cet engagement très différent. Lancée en réaction immédiate aux attentats du 11 septembre, la campagne d'Afghanistan a d'abord été une opération coercitive exclusivement américaine avant d'intégrer une opération de maintien de la paix commandée par l'OTAN ; la différence entre les deux a aujourd'hui presque disparu, mais l'action de la communauté internationale conserve une légitimité élevée. Au contraire, lancée de façon délibérée par les Etats-Unis sans lien direct avec des attaques terroristes, la campagne d'Irak est fréquemment présentée comme la mauvaise guerre, au mauvais endroit et au mauvais moment - en opposition à l'Afghanistan. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle certaines nations, comme la France ou l'Allemagne, ont refusé toute implication militaire en Irak et combattent aux côtés des Etats-Unis en Afghanistan depuis presque 5 ans.

Toutefois, dès lors que ces deux campagnes initialement très différentes ont connu un rapprochement notable, au niveau des pertes subies comme dans l'absence de succès immédiat, ce mouvement de bascule est intriguant. Hormis les raisonnements axés sur la politique intérieure, il n'existe en effet pas de raison évidente pour laquelle un engagement croissant en Afghanistan et un engagement décroissant - ou inexistant - en Irak doivent être préconisés. Le développement très inégal des forces de sécurité locales (60'000 en Afghanistan après 5 ans contre 343'000 en Irak après 3 ans, malgré une population de taille grosso modo comparable - 30 millions d'habitants contre 27 millions) trace même des perspectives plus sombres pour l'Afghanistan, notamment quand on considère en plus le caractère moins central de ce pays, le relief tourmenté et rigoureux ainsi que la proximité d'un sanctuaire (Waziristan). La lenteur des nations engagées à accepter la nature conflictuelle de l'opération y concourt aussi.

Une démarche rationnelle consisterait donc à se demander quels sont les objectifs atteignables pour chacune des deux campagnes, les effets potentiellements déclenchés, et donc laquelle devrait faire l'objet d'un effort plus fourni. En allant au-delà de la fonction stratégique d'interdiction, l'Afghanistan reste un théâtre secondaire : la naissance d'un Etat-nation moderne dans ce pays perclus de tribalisme et de criminalité serait un succès sensationnel, mais sans grand effet. En revanche, si parvenir au même résultat en Irak serait tout aussi sensationnel, l'effet symbolique et sémantique obtenu serait immense ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle les islamistes sont prêts à tout pour empêcher une telle défaite. Mais si une victoire aussi complète était inaccessible, à moyen terme du moins, ce qui semble bien être le cas, alors la campagne permettant d'infliger le plus de pertes à l'adversaire est celle qui devrait être privilégiée. Les chiffres avancés ici semblent une indication assez claire, du moins cohérente avec l'intensité des opérations...

Posted by Ludovic Monnerat at 23h29 | Comments (57) | TrackBack

23 février 2007

De passage au soleil

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Oserai-je faire l'affront à mes lecteurs d'identifier ce lieu ? :-) C'est en tout cas avec cette vue splendide que j'ai passé 3 jours la semaine dernière, en compagnie de mon état-major de bataillon et de mes commandants d'unité, afin de préparer notre prochain service de perfectionnement de la troupe (notre CR, quoi). Voilà qui promet !

Posted by Ludovic Monnerat at 23h51 | Comments (6) | TrackBack

22 février 2007

Le journalisme de l'ignominie

L'annonce de la réduction des troupes britanniques en Irak ne pouvait manquer de déclencher des débordements dans la presse, compte tenu de l'opposition forcenée de la majorité d'icelle. Alors que certains journaux ont publié des récits factuels, d'autres se sont livrés à des excès qu'il vaut la peine d'étudier. Un cas d'école est ainsi un article publié ce matin dans Le Temps et écrit par Luis Lema ; sous le titre "Irak: l'illusion rompue d'une force multinationale", ce texte est un exemple extrême des dérives médiatiques contre lesquelles il est nécessaire de se prémunir. Extrait :

Officiellement, le général américain qui vient de prendre le commandement des opérations dans l'ancienne Mésopotamie est toujours à la tête d'une armée internationale. Certes, avec quelque 141000 hommes déployés, les Américains ont toujours joué le premier rôle. Mais jamais les porte-parole de la Maison-Blanche ne se réfèrent aux troupes en présence autrement que par le terme de «forces alliées».
La décision de Tony Blair de ramener à la maison une partie des soldats britanniques, annoncée hier (lire ci-dessous), a fini de fissurer cette illusion. Même l'allié le plus fidèle de George Bush fait aujourd'hui machine arrière. Les 21500 soldats américains supplémentaires en voie de départ ne trouveront pratiquement en Irak que des collègues américains. Et des miliciens décidés à les combattre.

Ainsi, alors que le retrait progressif des troupes britanniques est rendu possible par la situation relativement stable des zones dans lesquelles elles sont engagées, cette décision logique est interprétée comme la preuve que les contingents multinationaux déployés depuis l'été 2003 n'étaient qu'une illusion, et que les Américains ont toujours été presque seuls, isolés, unilatéraux, opposés au monde entier (et surtout, crime inexpiable on le suppose, à l'opinion de l'auteur de ces lignes). On se demande comment de telles choses peuvent être écrites dans un journal aussi estimé que Le Temps. Car un tel niveau de déformation et d'aveuglement verse carrément dans l'ignominie.

Ce texte est ignoble du point de vue émotionnel. Depuis juillet 2003 à nos jours, entre 25'600 et 14'600 militaires internationaux non américains ont été présents en permanence en Irak, avec une moyenne d'environ 20'000 ; compte tenu de la durée générale de 6 mois des rotations, et du fait qu'une partie des militaires a probablement effectué plusieurs rotations, cela signifie qu'entre 120'000 et 140'000 militaires européens, asiatiques, océaniens et sud-américains ont servi en Irak. Au total, 213 d'entre eux ont trouvé la mort dans ce pays depuis juillet 2003, en majorité suite à des actions hostiles, et probablement 4 à 6 fois plus ont été blessés. A de nombreuses reprises, ces troupes ont été engagées dans des actions offensives et ont combattu, parfois au prix de pertes douloureuses. Cela est-il une illusion ?

Ce texte est également ignoble du point de vue factuel. Une opération militaire est multinationale ("combined") à partir de l'instant où deux nations au moins fournissent des troupes. Au moins 31 nations ont fourni des troupes à la coalition en Irak en-dehors des Etats-Unis, représentant environ 20'000 militaires répartis entre 3 et 5 brigades sous commandement multinational (et avec des contingents conservant in fine leur autonomie de décision nationale, comme c'est la règle). En guise de comparaison, la force multinationale au Kosovo a longtemps rassemblé 20'000 soldats non américains répartis en 4 brigades (aujourd'hui des MNTF) et 35 nationalités, alors que la force multinationale en Afghanistan rassemble près de 20'000 soldats non américains venant de 36 nations différentes et répartis en 5 brigades. La participation multinationale entre les 3 cas est donc similaire. Cela est-il une illusion ?

Ce texte est enfin ignoble du point de vue intellectuel. Il fait en effet abstraction de la plus grande composante sécuritaire, les forces de sécurité irakiennes, qui comptent 135'000 militaires et 188'000 policiers. Le soldat américain hors de sa base trouvera en Irak systématiquement des alliés irakiens, en plus des miliciens et des terroristes (les attentats à l'explosif visant des non combattants ne sont rien d'autre que du terrorisme, le mot doit être utilisé). Malgré leurs faiblesses structurelles et identitaires ou encore leur dépendance envers les forces américaines sur le plan de la logistique et de la télématique, les forces de sécurité irakiennes portent le poids le plus lourd des efforts de contre-insurrection et de sécurisation en Irak ; elles ont d'ailleurs perdu plus de 6100 hommes depuis juin 2003. Cela est-il une illusion ?

Cécité émotionnelle, égarement factuel et corruption intellectuelle : voilà qui nous amène bien loin du journalisme, et bien près de la propagande, de la réécriture intéressée de l'histoire, de la belligérance sémantique. Un tel dysfonctionnement, à l'aune de la production médiatique en général, reste heureusement une exception. Mais il est frappant de constater que c'est une fois de plus à propos de l'Irak que de telles dérives se produisent.

Posted by Ludovic Monnerat at 23h05 | Comments (95) | TrackBack

21 février 2007

Le dévoiement de la milice

Une critique que l'on entend de façon répétée à l'endroit de l'armée de milice est le faible niveau d'instruction des troupes engagées, interprétée le plus souvent comme la preuve qu'une armée de métier est nécessaire. C'est notamment la rhétorique du parti socialiste ; je me rappelle en particulier que l'an dernier, durant la soirée célébrant le 150e anniversaire de la Revue Militaire Suisse, la conseillère nationale Barbara Haering avait ainsi fermement reproché aux écoles de recrues actuelles de produire des soldats insuffisamment formés (une critique un brin surprenante dans la bouche d'une parlementaire socialiste, n'était-ce le besoin de marteler une stratégie bien définie). Ça et là , après chaque opération majeure de l'armée ou dans le cortège des troupes défilant à l'enseigne de « AMBA CENTRO », on peut lire ou écouter des témoignages de soldats allant dans le même sens. Les uns comme les autres sont pourtant dans l'erreur complète.

Premièrement, les écoles de recrues n'ont pas pour but de fournir des soldats aptes à l'engagement dès leur mise sur pied ou presque ; elles visent à alimenter des corps de troupe qui, lors de leur entrée en service, doivent d'abord s'assurer qu'ils ont atteint leur disponibilité de base (« fit for mission », en matière de personnel, d'instruction, d'équipement, etc.), puis ensuite entreprendre une instruction axée sur l'engagement (IAE) pour atteindre leur disponibilité opérationnelle (« fit for the mission »). En d'autres termes, on ne peut pas reprocher à la milice d'avoir un niveau de disponibilité inférieur à celui de formations professionnelles alors que c'est précisément le principe sur lequel est construit l'armée suisse. Il faut environ 6 mois à des unités de la National Guard pour se préparer à un déploiement en opération extérieure ; et on demanderait à nos miliciens d'être prêts en 3 jours ?

Deuxièmement, et c'est encore pire, les formations engagées dans des opérations actuelles, telles que l'appui à la sécurisation du World Economic Forum, le font durant leurs services de perfectionnement de la troupe, c'est-à -dire durant ce que l'on appelait auparavant des cours de répétition. Autrement dit, non seulement on ne laisse pas à la milice le temps nécessaire pour l'IAE, mais en plus on consume son temps d'instruction régulier, essentiel pour le maintien de son savoir-faire comme de son pouvoir-faire, dans des engagements subsidiaires. Comment ose-t-on dans ces conditions faire le reproche à la milice de ne pas avoir un niveau professionnel, alors que nul dans ce pays n'a le courage politique d'appeler à la mise sur pied - hors service d'instruction - des troupes engagées, et donc de présenter le véritable coût de ces missions au lieu de ronger l'aptitude à l'engagement dans des missions principales ?

A force d'engager des soldats non préparés au lieu de les préparer à de vrais engagements, il est logique que l'on donne l'impression d'une armée incapable de tâches autres qu'auxiliaires et limitées. Et au lieu d'être un pilier de la sécurité collective, une sentinelle sur laquelle compte la société, le soldat de milice sert de main d'Å“uvre bon marché à des autorités cantonales et communales économisant sur la sécurité. En tant que commandant de corps de troupe, et même si mon bataillon est avant tout composé de volontaires dont l'emploi est différent, je trouve que ce dévoiement de la milice est un scandale dont notre classe politique porte l'essentiel de la responsabilité. Quant à la généralisation de la subsidiarité, si elle renforce le principe du fédéralisme et constitue un appui essentiel au niveau local, elle éloigne l'armée de menaces stratégiques qui n'ont pas disparu, mais simplement changé de forme et de nature.

Le principe de la milice est aujourd'hui en perte de vitesse, alors même que l'utilité de la milice ne cesse de croître. Et le contre-emploi de l'armée y contribue fortement.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h25 | Comments (17) | TrackBack

20 février 2007

Un porte-avions pour la Suisse ?

Ce titre évidemment trompeur est inspiré par les commentaires ci-dessous, à la question de savoir si un porte-avions européen, contribuant à la protection des intérêts européens, ne devrait pas recevoir une contribution financière helvétique. Cette approche n'est pas si invraisemblable qu'on pourrait le croire de prime abord : les négociations entre grandes communes, abritant des infrastructures coûteuses, et petites communes dont les habitants en bénéficient sans les payer, relèvent en partie du même raisonnement. Par ailleurs, la Suisse a bien financé la construction de centrales nucléaires en France pour assurer son approvisionnement énergétique face au refus de la population helvétique de construire des centrales supplémentaires. Alors, faut-il contribuer aux dépenses de sécurité dont le monde entier profite ?

La sécurisation des voies de navigation mondiales n'est bien entendu pas indifférente à notre pays : la flotte suisse de haute mer, moderne et performante, reste un outil important en cas de crise et de frictions dans le fret planétaire. La dépendance constante de la Suisse face aux importations (40% de la nourriture, 100% des carburants fossiles, etc.) reste d'ailleurs une faiblesse stratégique, et donc une incitation à une politique de sécurité axée sur la coopération. Sans aller jusqu'à la suggestion de participer au financement d'un porte-avions européen (et accessoirement d'avoir un droit de regard sur son emploi ainsi qu'un quota de son équipage), une intégration plus avancée à des prestations sécuritaires contre des espères sonnantes et trébuchantes est une démarche qui semble logique.

A ceci près que la menace prioritaire de notre ère ne prend pas la forme d'une interruption du commerce planétaire, qui au contraire se libéralise chaque année davantage, mais consiste bien en cette lente et douloureuse décadence des Etats-nations. Que vaut la projection durable de puissance qu'autorise un porte-avions lorsque le territoire national, émanation théorique d'une telle puissance, est rongé par le chancre du non droit et du communautarisme ? A quoi bon défendre les marches de l'empire, si j'ose prendre une métaphore romaine pourtant rabâchée, si les barbares sont parmi nous ? Bien sûr, la projection de puissance contribue à une certaine fierté nationale et consolide l'identité qui la sous-tend. Mais aucun édifice ne supporte longtemps des flèches ambitieuses si ses fondations sont vermoulues et vacillantes. Elles accélèrent même son effondrement, comme le montre l'exemple de l'Union soviétique.

Je ne crois pas à un porte-avions européen, gadget politique privé de sens militaire (a-t-on déjà vu un bâtiment de guerre multinational apte au combat ?), pas plus qu'à une armée européenne sans le sens national qui en souderait les rangs. La mise en commun des moyens militaires n'est depuis longtemps qu'une manière déguisée de réduire les dépenses en la matière, et les capacités opérationnelles restantes n'ont jamais été testées par une véritable guerre. Le rôle stratégique des armées dans la préservation de la cohésion des Etats-nations vaut infiniment plus que le développement de niches "exportables" ou la multinationalisation des forces. Et la priorisation des investissements matériels par rapport aux investissements personnels, caractéristique des armées conventionnelles qui se piquent de chimères high tech, est un aveuglement pour le moins risqué.

Contribuer aux dépenses de sécurité des pays voisins n'a donc de sens que si ceux-ci sont davantage des producteurs que des consommateurs de sécurité. L'exportation de la criminalité et de l'incivisme français à Genève fournit une partie de la réponse à la question posée ci-dessus...

Posted by Ludovic Monnerat at 23h35 | Comments (16) | TrackBack

19 février 2007

Totalitarisme ou transparence

Faut-il, comme Alain Duhamel, penser que l'Internet est à la fois émancipateur et totalitaire ? Le commentateur politique vedette de RTL a sans doute mal digéré sa mise sur la touche pour cause de centrisme, mais la question mérite réflexion. Il est bien clair que le public gagne certainement à connaître les opinions de M. Duhamel dès lors que ce dernier les proclame en-dehors de sa vie privée, et cette transparence mal ressentie par les journalistes lorsqu'elle s'applique à eux-mêmes est bénéfique pour la démocratie. Pour un Duhamel qui s'oublie et crache le morceau, combien de commentateurs taisent leurs choix politiques alors que ceux-ci influencent immanquablement leur travail ? Associer pareille mise en perspective à un totalitarisme est grotesque.

En revanche, il vaut la peine de se poser la même question par rapport à la sphère privée, puisque nous vivons à une époque où la miniaturisation des capteurs et l'ubiquité des connexions nous placent constamment ou presque sous une caméra ou devant un micro. Est-ce que le franc parler ou même la vérité peuvent survivre lorsque chaque mot peut être retourné contre vous ? Peut-on se permettre des opinions tranchées lorsque l'on exerce des responsabilités, en sachant qu'il suffit d'un mot exagéré ou d'une phrase ambiguë pour vous clouer au pilori du politiquement correct ? Sans sombrer dans la paranoïa ou s'aventurer sur le terrain des détournements d'appareils électroniques, force est d'admettre que le risque d'exploitation augmente proportionnellement aux capacités de médiatisation.

Les responsabilités politiques, notamment durant les campagnes électorales, conjurent ce risque par un contrôle étroit de leur communication, avant comme après l'émission, et il faut des lacunes intellectuelles majeures pour mal s'en sortir (cet article paru dans Le Point sur Ségolène Royal est un exemple parmi d'autres ; on se rappelle les difficultés du gouverneur George W: Bush à nommer le président pakistanais). Ce contrôle n'est cependant jamais absolu, parce que les êtres humains sont condamnés à l'erreur, et surtout parce qu'une telle méthode est avant tout conçue par rapport aux médias traditionnels, et non aux franc-tireurs capables de mettre en ligne n'importe quel contenu. La décadence des entretiens "off" en est d'ailleurs la résultante.

Non, je pense que la vraie leçon de l'affaire Duhamel, outre le besoin d'une plus grande transparence de la part des médias, réside dans l'importance que revêt aujourd'hui la capacité à produire du contenu, à échapper à la dépendance du sujet pour exprimer ses idées hors de tout prisme inégal. La multiplication des sources et des relais engendre une telle cacophonie que la précision et l'exactitude voient leur valeur augmenter. Il n'y a pas de totalitarisme dans la liberté de communiquer, mais bien une concurrence saine, livrée entre individus plus qu'entre organisations, dans un environnement instable et évolutif. Et le fait de dissimuler en vain une information significative, consécutivement ou non à une perte de pouvoir dans l'infosphère, rappelle que la franchise et l'honnêteté sont à la base de la crédibilité.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h33 | Comments (3) | TrackBack

18 février 2007

RMS : nouveaux articles

Sur le nouveau site de la Revue Militaire Suisse, dont la phase de développement initiale s'achèvera dans quelques semaines, 3 articles ont été mis en ligne récemment :

Par ailleurs, la nouvelle revue "Axe & Alliés" fait l'objet d'une courte présentation.

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h42 | Comments (53) | TrackBack

De la réalité à la non correction

Loin de moi l'idée de m'acharner sur un cas difficile (on ne tire pas sur les ambulances), mais il était intéressant de voir comment Bernard Guetta, qui publie une colonne hebdomadaire au titre des Eclairages dans Le Temps, allait aborder son erreur magistrale de la semaine dernière. Eh bien, ce personnage fournit une nouvelle fois une illustration exemplaire des dérives auxquelles les médias hélas nous accoutument :

Les islamistes palestiniens n'ont fait qu'un demi-pas? Ils refusent toujours de reconnaître Israël? Ils ne veulent pas clairement renoncer à la violence? Oui, c'est vrai, mais l'avancée faite compte beaucoup plus que le chemin restant à faire. L'important est que le Hamas ait bougé, qu'il ait pris la direction de la paix et c'est cela que les grandes puissances devraient retenir en le prenant aux mots et poussant Israël à ouvrir, sans plus tarder, des négociations avec Mahmoud Abbas. Il ne faut pas hésiter. Où est le risque?

Il y aurait beaucoup à dire sur la mentalité pacifiste qui suinte de ses lignes, mais il vaut mieux tout d'abord se concentrer sur le propos déontologique. Guetta annonce que le Hamas reconnaît l'Etat d'Israël et parle d'un "immense progrès" ; le Hamas reitère son refus de le reconnaître, affirme que la reconnaissance n'a jamais été discutée, et se cantonne dans sa rhétorique habituelle. N'importe quel être humain honnête et intelligent devrait aussitôt reconnaître son erreur, s'interroger sur ses causes et la corriger à la première occasion. Mais reconnaître ses erreurs n'est pas fréquent dans les médias occidentaux, et Guetta se borne à admettre entre les lignes une demi-erreur, en s'appuyant sur une avancée bien contestable pour laisser penser que, malgré les déclarations du Hamas, c'est la vision de Guetta qui est juste et qui finira par se réaliser.

On ne peut juger un individu sur un seul thème et sur la base de quelques articles. En revanche, on peut juger les médias qui tolèrent la publication d'erreurs et de mensonges sans se sentir l'obligation de les corriger dès que la réalité a supplanté la fiction. Et déléguer cette fonction élémentaire aux blogs n'est pas une option...

Posted by Ludovic Monnerat at 8h46 | Comments (10) | TrackBack

17 février 2007

France : candidats et défense

Grâce à Guillaume Payre, les positions des 2 principaux candidats à la présidence de la France en matière de défense font l'objet d'une récapitulation qui sera régulièrement mise à jour. De quoi en savoir un peu plus sur certaines polémiques de la campagne électorale, notamment en matière de porte-avions...

Posted by Ludovic Monnerat at 7h26 | Comments (25) | TrackBack

16 février 2007

Commander un bataillon

Dans la carrière d'un officier de milice, le commandement d'un bataillon est souvent réputé pour être la fonction la plus gratifiante : on est suffisamment élevé dans la hiérarchie militaire pour avoir de l'influence, et on est suffisamment proche des hommes pour rester concret et réaliste. Mes premiers mois à la tête du bataillon de grenadiers 30 confirment cette affirmation, car un tel commandement est le compromis idéal entre d'une part le contact humain et l'activité dans le terrain, et d'autre part la planification des services et la transformation des capacités ; entre la poignée de mains et la décision militaire, pour prendre un raccourci.

Ainsi, un commandant d'unité est ancré dans sa troupe et possède une influence déterminante sur son comportement, mais il n'a pas la latitude de choisir les efforts principaux de l'instruction ; un commandant de régiment (par le passé) ou de brigade peut orienter fortement l'activité des formations subordonnées, mais il n'a pas - à mon avis ! - la proximité nécessaire pour en sentir le pouls et il perd l'unité d'espace et de temps des niveaux inférieurs. La taille des états-majors respectifs reflète d'ailleurs aussi la distance entre un commandant et l'homme du rang, qui peut donner lieu à bien des malentendus (et NON, je tairai toute anecdote à ce sujet !).

En septembre dernier, avec mon bataillon, j'ai mené un entretien individuel avec chaque officier ayant effectué la totalité du cours (à une exception près, nul n'est parfait!) afin d'avoir de vive voix son avis sur le cours, d'entendre ses idées pour améliorer les services d'instruction, ainsi que son intérêt pour l'avancement. Il n'y a rien d'exceptionnel à cela, et cela n'empêche pas de parler avec les sous-officiers et les soldats, mais c'est un tel contact - 2 échelons en-dessous pour ce qui est des chefs de section - qui permet d'avoir la connaissance des détails humains, matériels, techniques ou tactiques sur lesquels doivent être fondées les décisions d'ensemble.

Cette position fait des commandants de bataillon des pivots essentiels dans l'armée de milice actuelle ; encore plus que par le passé, suite à la suppression de plusieurs échelons (régiment, division, corps d'armée). Pour ma part, avec le statut spécifique des bataillons de grenadiers et leur vocation à mener des opérations particulières, je commande environ 1300 hommes (sur le papier!), avec au-dessus de moi un commandement tactique de niveau brigade, puis directement le commandement de l'armée pour tous les éléments liés à l'engagement. Une subordination qui raccourcit immensément la chaîne de commandement, et qui renforce ce rôle de pivot.

Sinon, je me réjouis du prochain service! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 22h07 | Comments (7) | TrackBack

14 février 2007

En reconnaissance bataillonnaire

Un certain amenuisement des mises à jour va se faire sentir jusqu'à la fin de la semaine, car je suis actuellement en service dans le cadre des premières reconnaissances de mon bataillon pour le service de perfectionnement de la troupe 2007. Merci donc pour votre patience... Servir son pays mérite bien quelques sacrifices ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 22h21 | Comments (4) | TrackBack

13 février 2007

Information pulvérisée ou diversifiée ?

Je me permets de revenir sur un article mis en ligne voici une semaine par Philippe Barraud, qui n'y va pas avec le dos de la cuiller quant aux nouveaux médias. Extrait :

Ah! Le blog... C'est la Terre promise des éditeurs qui ne savent plus à quel saint se vouer pour ne pas perdre des parts de marché. Même La Première s'y met, croyant faire moderne en développant à tour des bras des solutions qui, en réalité, sont déjà dépassées.
Pourquoi font-ils des blogs? Parce que tout le monde fait des blogs, pardi! Pourquoi chercher plus loin? Bien sûr, on vous explique doctement qu'on veut ainsi «prolonger le débat», donner la parole au lecteur ou à l'auditeur, fournir des informations supplémentaires, des liens, lui donner l'occasion de mieux connaître les personnes qui font le journal ou la chaîne. Bla-bla-bla... Pardon: le lecteur et l'auditeur n'en ont rien à braire de «prolonger le débat», de «réagir» sur commande, ou de savoir si M. Pain aime le Cenovis. Réagir? Ils le feront s'ils le veulent, et par les moyens les plus appropriés, par exemple au moyen d'une lettre de lecteur signée de leur nom (et non d'un «pseudo» débile) à 24 Heures, ce qui est encore le meilleur moyen de se faire entendre à coup sûr dans ce pays.
Preuve en soit l'audience moyenne dérisoire de ces instruments indéfinissables que sont les blogs, qui dit assez leur inanité dans le domaine de l'information, et le peu d'intérêt qu'ils suscitent (en dehors du genre «Journal de Bridget Jones» quand on a du talent). Selon une étude du New York Times, il n'y a qu'un seul lecteur par blog en moyenne, précieux lecteur qui est peut-être bien l'auteur du blog lui-même. Le témoignage d'un éminent rédacteur en chef romand, dans une excellente enquête du Temps (5 février), est éloquent à cet égard: on aurait pu penser que son prestige personnel et celui de son magazine draineraient les foules. Hélas... Il espérait des commentaires, des réactions, des débats, mais rien n'est venu, calme plat.

Bon, ceux qui ont un "pseudo" débile ou un blog personnel à audience intime pardonneront ces lignes un brin acides. Pour ma part, j'ai pris note avec intérêt que le rédacteur en chef de Bilan se lamentait de ne pas avoir d'audience avec ses billets ; mais après avoir en consulté sur son blog, je me suis dit qu'il y était peut-être pour quelque chose - et pas le support médiatique utilisé. Quant à l'enquête du New York Times, dont le nom ne suffit d'ailleurs à assurer la fiabilité, j'aimerais bien savoir comment elle intègre des blogs extraordinairement populaires pour parvenir à cette moyenne de 1 lecteur par blog. Autrement dit, ce n'est pas parce que la grande majorité des blogs ont une audience minime que ce média n'a pas de valeur médiatique propre. Et leur rôle dans la dissémination de l'information ne peut pas être rejeté avec de tels arguments.

Ce site est naturellement un exemple de blog spécialisé qui possède une audience relativement modeste mais stable, avec un peu plus de 2000 visites par jour ; on trouve peu d'équivalents en la matière, surtout en langue française, mais l'audience est avant tout obtenue par la qualité de l'information, de la réflexion, de l'analyse et du dialogue (libre à chacun de me contredire !). On est fidèle à un blog parce que l'on apprécie le contenu régulièrement ajouté par son ou ses auteurs, parce qu'il apporte en soi une plus-value et/ou parce qu'il contient des liens vers des textes intéressants. Ce sont les individus qui, par leur travail, par leur talent et par leur assiduité, donnent vie à un blog et sont mis en valeur par ce média. Et comme la blogosphère est aussi volatile que les intérêts ou les relations humaines, il est normal que souvent elle ne vaille guère plus que la presse de caniveau. Son désavantage comparatif est la durée de vie de ses manifestations.

Toutefois, là où je ne peux suivre Philippe Barraud dans sa réflexion, c'est dans sa défense des journalistes capables de "hiérarchiser le déluge des informations" et par conséquent indispensables en tant que tels. L'essor des blogs comme source d'information n'aurait jamais été aussi rapide sans les travers criants de la presse traditionnelle, et sans la difficulté à obtenir des informations à travers le filtre idéologique ou économique qu'elles appliquent en permanence. Les journalistes ne sont pas nécessairement les plus qualifiés à hiérarchiser les informations : de nombreuses professions ont été numérisées à un rythme similaire et ont dû développer une telle compétence. L'inestimable valeur des blogs réside en fait dans la liberté qu'ils octroient : liberté de raconter ou de montrer n'importe quoi, bien sûr, mais aussi liberté de démasquer l'imposture, de nuancer les grands titres, de rappeler les faits oubliés, de mettre les savoirs en réseau.

Les bons journalistes sont indispensables. Ce que je lis dans la presse traditionnelle me montre que les rédactions n'ont pas que ce profil. Et ce n'est que mon avis ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h51 | Comments (41) | TrackBack

12 février 2007

Des armées sur étagère

Un article très pertinent publié la semaine dernière par Tech Central Station fournit une perspective originale sur l'accession des fortunes privées aux vecteurs militaires. L'auteur, Robert Haddick, montre qu'un combattant moderne, déployé au sein d'une formation tactique aéromécanisée, coûte environ 2000 dollars par jour, et que ceci met à la disposition des non Etats un ensemble de capacités à même de vaincre des Etats :

Still, $2,000 per man per day adds up quickly. A 500-man mercenary force composed of 350 shooters and 150 aviation and other support personnel would run $1 million per day, or $365 million per year. What private activist could afford such an expense?
Quite a few. A glance at the bottom of the Forbes 400 list of richest people in the world finds numerous people with a net worth of $2 billion. Assuming a modest investment return of 5% per annum, such a person could employ the 500-man air and ground-mobile mercenary force described above for over three months, spending only his annual investment earnings and without ever touching his investment principal.
This list of the 50 largest private foundations in the United States shows a similar finding. Number 50 on this list has the financial capacity to employ, using only the foundation's annual investment income, the 500-man force for almost two months. On the other end of the spectrum, the $60 billion Bill Gates/Warren Buffett foundation could, in theory, employ a 4,100-man air and ground-mobile brigade for a year, using only the foundation's annual investment income. Such a brigade of former special forces men would have the capability of removing just about any government in Africa, many in Asia, and more than a few in Latin America. When Mr. and Mrs. Gates and Mr. Buffett seethe with frustration over the corruption, incompetence, and tribalism that interfere with their public health efforts in Africa, one wonders whether the thought of more direct measures ever enters their minds.

Cette analyse me paraît cohérente. On peut relever que la disponibilité de 4100 hommes n'est pas assurée pour n'importe quel client (les sociétés militaires privées ont des préférences, voire même des servitudes héritées de leurs contrats avec les Etats), et que la cohésion comme l'interopérabilité d'une brigade ainsi achetée sur étagère ne peut résulter que d'un long entraînement commun. Cependant, en prenant en compte les bénéfices des plus grandes entreprises et les budgets qu'elles consacrent déjà à la sécurité, avec donc le personnel employé à cette fin, on se rend compte que la formation d'armées privées projetables est désormais dans le domaine du possible. Sans les restrictions politiques et juridiques qui entravent les armées nationales et les empêchent (heureusement, dans bien des cas) d'obtenir la décision sur le champ de bataille.

Une telle réalité est un spectaculaire retour en arrière, au temps des condottieri, du moins en apparence. A cette époque, un chef de guerre suffisamment talentueux pouvait en effet lever et administrer une armée comme une entreprise, vendre des prestations sécuritaires au plus offrant, et ainsi jouer sur la faiblesse des Etats pour se tailler une part bien juteuse du marché de la violence armée. C'est l'avènement de l'artillerie et la transformation subséquente des fortifications qui ont placé la guerre hors de portée des non Etats, en rendant nécessaire pour prendre l'offensive des investissements tels que seuls les Etats stables en étaient capables; ils préféraient d'ailleurs souvent recourir à la petite guerre pour éviter de telles dépenses. Le monopole de la guerre de haute intensité existe encore aujourd'hui, comme le montrent les armements lourds de haute technologie.

Mais la technologie confère désormais à la précision, à la flexibilité et à la synchronisation une force plus efficace que la puissance brute d'origine mécanique. Ce n'est pas seulement qu'une patrouille de forces spéciales dispose aujourd'hui d'une capacité offensive supérieure à celle d'une section d'infanterie 6 fois plus nombreuse de la Seconde guerre mondiale, grâce en particulier à un feu plus précis et plus dense ; c'est que la mise en réseau de petites unités indépendantes, capables de se fondre dans l'environnement jusqu'à l'exécution d'une action concentrée dans le temps et non dans l'espace, offre des capacités militaires d'une tout autre dimension. Une division d'infanterie classique, telle que les armées occidentales alignaient par dizaines voici encore 20 ans, serait tout simplement mise en pièces par une brigade de forces spéciales numérisée et disposant de ses propres appuis aériens, telle qu'elle est décrite dans l'article mis en lien.

Il est donc exact que nombre d'armées nationales ne pourraient faire le poids face à une telle force, qu'elle soit en mains privées ou non. Toutefois, il faut relever que la supériorité militaire exprimée de façon conventionnelle sur le plan matériel a toujours été contrée par des actions non conventionnelles recherchant indirectement le succès sur d'autres plans. Une armée sur étagère permettrait ainsi d'user, de neutraliser, de détruire ou d'anéantir un acteur militaire classique, mais certainement pas d'obtenir à elle seule un succès décisif auprès d'une société. Seul le chaos peut lui permettre un temps de prospérer...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h44 | Comments (13) | TrackBack

MF : Les dangers de l'hypersécurité

Voici un extrait de ma dernière chronique pour Mondes Francophones, mise en ligne aujourd'hui :

Toutes les entraves sécuritaires à la liberté des personnes possèdent ainsi cette propriété duale consistant simultanément à rassurer et à exaspérer, à réduire la possibilité d'actes violents et à augmenter la volonté de les commettre. Même avec l'emploi de technologies moins visibles et intrusives, les lignes de séparation deviennent fréquemment des symboles puissants, des objets dont l'importance sémantique dépasse rapidement la fonction protectrice. Et leur sens est d'autant plus fort si la séparation s'applique de manière généralisée, face à des pans entiers d'une société, sur des critères financiers, ethniques ou religieux qui ont une résonance immédiate avec les identités.

Pour en savoir plus sur les dangers cachés de l'hypersécurité, allez donc par ici ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h12 | Comments (7) | TrackBack

11 février 2007

De la fiction à la réalité

Les faits sont corrigés et remâchés, écrivais-je ci-dessous, mais la réalité peut parfois rapidement démasquer le tout. Prenez le texte de Bernard Guetta que j'ai mis en lien hier, sous le titre "Le tournant du Hamas" :

C'est allé vite. L'Histoire s'accélère. Ce chemin de l'acceptation d'Israël que Yasser Arafat avait mis quarante ans à prendre, les islamistes du Hamas n'auront, eux, mis que treize mois pour s'y engager.
Ce n'est bien sûr pas qu'ils aient déjà reconnu un Etat que leur charte continue à vouer à la destruction mais, en s'engageant, jeudi, à La Mecque, à «respecter» les accords déjà signés entre Israël et l'OLP, les islamistes palestiniens ont repris à leur compte des textes dont le fondement même est la coexistence de deux Etats et, donc, leur reconnaissance mutuelle.
C'est un immense progrès, d'autant plus notable qu'ils ont franchi ce pas devant le souverain saoudien qui est ainsi devenu, de fait, le garant de cette évolution.

Un immense progrès, donc ? On aimerait croire Guetta qui rêve ainsi à pleines lignes, mais voilà ce qu'en dit le Hamas, loin de telles illusions sidérantes :

The Palestinian unity government which will be formed under an agreement reached in Saudi Arabia will not recognize Israel, a political adviser to Hamas Prime Minister Ismail Haniyeh said on Saturday.
"The issue of recognition was not addressed at all (in Mecca)," Ahmed Youssef said. "In the platform of the new government there will be no sign of recognition (of Israel), regardless of the pressures the United States and the Quartet would exert," he said.

Autrement dit, le strict contraire... Voici plus d'une année, la dualité du pouvoir palestinien aurait permis de mettre une telle contradiction sur le compte des rivalités entre mouvements concurrents. Mais avec la victoire électorale de mouvement terroriste, le Hamas ne peut désormais plus tolérer un pareil double langage. Et les idiots devenus inutiles tels que Bernard Guetta, dont on espère qu'il aura l'honnêteté de corriger sa lecture complètement biaisée et dangereuse des faits, n'ont plus l'espace sémantique nécessaire pour corriger le tir.

Posted by Ludovic Monnerat at 7h01 | Comments (22) | TrackBack

10 février 2007

Le prisme inégal des médias

D'un point de vue médiatique, les conflits armés peuvent grosso modo être divisés en trois catégories : ceux qui plaisent, ceux qui déplaisent et ceux qui indiffèrent. Les premiers doivent être mis en évidence, ramenés à leurs éléments les plus saillants, dépourvus de nuance pour mieux être exploités ; les seconds doivent être resitués et recadrés, entourés d'interprétations et d'explications, recouverts d'un voile relativisant pour ne pas être exploités. Enfin, les troisièmes ne revêtent aucun intérêt et doivent être traités comme des faits divers, comme des événements naturels et inévitables, indignes de toute implication émotionnelle ou morale.

La guerre en Irak fait naturellement partie de la première catégorie. Il suffit de consulter régulièrement la colonne de gauche de ce site pour voir de quoi est fait l'essentiel de l'information donnée au public concernant l'Irak : les attaques terroristes, les pertes en soldats américains ou coalisés et les luttes politiques à Washington. Occasionnellement, lorsqu'un aperçu positif parvient à passer le filtre, il apparaît comme une incroyable surprise, comme le montre l'exemple de la croissance économique irakienne ; et bien vite on en revient à la "normalité" biaisée d'une opération d'emblée combattue. Les dissonnances internes aux rédactions sont réprimées, et certaines données contradictoires - comme les pertes en combattants infligées par la coalition - sont systématiquement ignorées. Les faits sont sélectionnés d'après le sens recherché.

La guerre au Congo fait partie de la troisième catégorie. Les événements dramatiques vécus en RDC sont relatés comme des "incidents" ou présentés comme tels les rares fois où ils émergent dans l'actualité planétaire. La présence d'organisations internationales et non gouvernementales dans le pays assure pourtant une livraison régulière des informations, mais celles-ci ne convoient aucun enjeu à même de mobiliser les rédactions, pas de bons et de méchants, pas de victimes et de coupables. Le drame congolais se perd dans le marasme africain, dans les Etats échoués, dans les divisions locales, et le coût humain inouï du conflit depuis 1998 ne suffit pas à générer la moindre émotion durable. Les faits ne sont pas sélectionnés, ils sont minorés, dédramatisés, objectivés.

La guerre en Palestine fait partie de la deuxième catégorie. Voici plusieurs mois que les violences interpalestiniennes font rage, mais la brusque augmentation d'attaques depuis quelques semaines a poussé cette population au bord de la guerre civile. Pourtant, le nombre de victimes reste étonnamment tu, et on ne le trouve approximativement ça et qu'avec peine, alors que l'AFP a pour coutume d'établir un décompte précis des Palestiniens tués par Israël. De même, il est très rare de lire dans la presse grand public un reportage comme celui-ci, qui montre la réalité d'un massacre commis de sang froid par le Hamas sur des recrues du Fatah et brise le tabou de la guerre civile. Mais le redressement des esprits a tôt fait d'être entrepris pour noyer ces vérités insupportables dans une explication lénifiante. Les faits sont corrigés et remâchés dans le sens recherché.

Que faire face à ce traitement extraordinairement inégal des conflits armés dans le prisme des médias ? Rechercher obstinément les faits, démasquer les interprétations abusives, acquérir la vue d'ensemble, identifier les enjeux et les causes, accepter des perspectives différentes, considérer les sources d'un oeil critique, éviter les trous de mémoire, mesurer l'implication des médias eux-mêmes ? Probablement tout cela, et bien d'autres choses encore. A l'heure de l'information immanente, il est plus que jamais important d'apprendre à s'informer.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h28 | Comments (10) | TrackBack

9 février 2007

La forge de la civilisation

Sur le Meilleur des Mondes, Stéphane a rebondi sur mon billet ci-dessous concernant l'avenir pour s'intéresser à la fragilité de la civilisation. Il écrit notamment ces lignes limpides :

Il est triste de le réaliser, mais la civilisation n'est pas donnée. Elle ne le sera sans doute jamais. Vivant au milieu d'un ensemble sécurisant et stable, il est facile de tomber dans l'illusion selon laquelle notre environnement serait acquis. C'est un piège. Ceux qui la minent pour y bâtir un ordre, ou un désordre, plus conforme à leurs valeurs, le savent bien. L'édifice est en équilibre, constamment régénéré à tous les niveaux par le renouvellement de la population. Il n'est pas besoin de le détruire dans son intégralité pour le faire tomber, simplement jouer de quelques faiblesses dans la structure.
Il incombe à ceux qui ont à coeur de défendre la société dans laquelle ils vivent de comprendre ses fondations pour mieux les préserver. Mais il est vrai, réaliser que nous sommes finalement toujours si proches de la sauvagerie primitive a quelque chose de décourageant.

Je pense que ces lignes mettent le doigt sur l'élément essentiel : la civilisation est d'abord une prise de conscience, une compréhension civique de ce qui fonde une société durable, un dépassement des intérêts individuels pour mieux servir ceux de l'humanité. Il y a bel et bien un éternel recommencement dans la succession des générations, de même qu'une vague incessante dans l'avènement d'être jeunes et moins sages. Les tenants des vérités absolues comme du relativisme pavlovien sont étrangers à ce mouvement, à cette remise en question didactique, à cette destruction créatrice. Il ne s'agit pas de réinventer la roue, mais de faire tourner les manèges de notre époque, de préserver l'incandescence de la forge où la civilisation est appelée à renaître avec effort.

Je ne trouve pas décourageant que nous soyons en permanence menacés de redevenir barbares, et que les barbares eux-mêmes soient parmi nous. Je trouve en revanche désolant que des individus intelligents et parvenus à de hautes responsabilités en viennent à nier les constantes de l'Histoire, comme la nature consubstantielle de la guerre ou le caractère belligène des conflits d'intérêts, ou s'escriment à promouvoir des concepts contraires à notre vocation tels que la décroissance. Car ces aveuglements et ces renoncements, loin d'être universels, ne sont que les premiers pas de la chute qui menace toute civilisation oublieuse de ses racines et indifférente à son futur. Tel est d'ailleurs le prix fréquent des certitudes détachées des réalités.

Oui, chaque génération est appelée à tout recommencer. Il faut donc accepter les défis de ce recommencement, identifier les acteurs et les phénomènes qui menacent la civilisation, et prendre les mesures nécessaires pour en venir à bout et réinventer l'ordre, les règles, les accords, les compromis permettant au monde de vivre et de survivre pour quelque temps. Avant que tout cela ne soit périmé et doive être réinventé.

Puissent l'espace de réflexion et de dialogue ouvert sur ce site jouer un rôle positif dans ce sens !

Posted by Ludovic Monnerat at 23h38 | Comments (10) | TrackBack

8 février 2007

Jeu de dupes au Liban

Voici presque 6 mois, j'ai esquissé 3 scénarii pour l'évolution de la situation au Liban Sud. Le scénario le plus probable était décrit de la manière suivante :

La force multinationale préside à un gel précaire de la situation. Les apparences prévalent : le Hezbollah dissimule ses armes et annonce son respect de la FINUL, sans rien entreprendre de concret dans son sens ; Israël s'abstient d'user de la force et négocie la libération de ses soldats, tout en laissant une petite partie de ses troupes sur territoire libanais, ou prête à y entrer à tout instant ; l'armée libanaise s'installe au Sud Liban, assure ouvertement des tâches de sécurité, sans exercer le moindre contrôle effectif. Les emplacements, les moyens, les procédures, les règles d'engagement de la force multinationale sont consciencieusement étudiés ; ses installations, ses services sont infiltrés par des informateurs. Et si les unités de la FINUL décident de mener une action coercitive, elles sont neutralisées par des foules "spontanées", leurs chefs menacés personnellement sur leur lieu de travail et dissuadés par leurs "contacts", leurs soldats soudain confrontés à un environnement non permissif. Bref, le scénario d'une prise d'otages géante, ou de l'instrumentalisation de la FINUL dans les rapports de force internationaux.

Que vaut aujourd'hui cette perspective ? Cette information sur le Hezbollah, qui demande la restitution d'un camion d'armes saisies par les autorités libanaises, cet article du Figaro, qui explique que la FINUL ralentit le réarmement du Hezbollah, et d'autres informations non confirmées sur les pressions dont la force multinationale ferait l'objet, montre que l'on assiste très probablement à un déroulement de ce type. Sans surprise, le Hezbollah s'abrite derrière la FINUL pour retrouver ses capacités militaires, durement entamées par les forces armées israéliennes, et la communauté internationale (dont la France) ne veut ou ne peut l'en empêcher. Puisque cela signifierait la guerre.

L'élément essentiel de la situation libanaise est bien entendu la lutte pour le pouvoir qui se joue aujourd'hui à Beyrouth. Avec la FINUL comme bouclier, le Hezbollah tente d'utiliser tout son levier politique pour accomplir ses objectifs, faire du Liban un Etat islamique et s'en servir pour attaquer Israël. Mais bien des énergies sont aujourd'hui déployées pour faire échec à cette tentative, de la part du bloc occidental en général et des Etats-Unis en particulier, mais aussi de la part des régimes arabes sunnites alarmés par la stratégie conquérante de l'Iran khomeiniste. En d'autres termes, après avoir été un autre domino bousculé par l'invasion américaine en Irak et l'implantation au forceps de libertés démocratiques, le Liban est devenu un terrain d'application supplémentaire et par procuration de l'affrontement entre fondamentalisme musulman et démocratie à l'occidentale.

Espérons que le jeu de dupes auquel concourt la FINUL ne tourne pas au désavantage de l'Europe et de ses soldats, otages potentiels et en première ligne.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h23 | Comments (3) | TrackBack

7 février 2007

Un avenir conjugué au passé

Il m'est parfois difficile de croire que nous sommes en 2007. Durant mon adolescence, une telle année avait immanquablement une aura de science-fiction, et j'en conserve comme un arrière-goût d'attentes déçues. Bien sûr, les télécommunications sans fil et multimédia nous donnent un accès inouï au monde et aux autres ; bien sûr, les voitures et les trains ont tiré du biodesign un aspect réellement futuriste ; bien sûr, le confort domestique, la médecine de pointe, les productions personnalisées, les publications interactives, les télévisions haute définition, les ordinateurs portables ou encore le commerce en ligne transforment nos vies. Mais je n'ai pas l'impression de vivre dans un monde très différent. J'ai même l'impression que nous faisons presque un pas en arrière pour chaque pas en avant, ou plutôt que nous entrons à reculons dans le futur.

La persistance de l'obscurantisme à une époque où l'accès à la connaissance n'a jamais été aussi facile ne laisse de me surprendre et de me décevoir. L'insistance presque hystérique à faire du réchauffement planétaire une vérité incontestable, un dogme universel, alors qu'il ne s'agit que de modélisations informatiques répondant imparfaitement aux faits, c'est-à -dire d'une science empirique et par définition non exacte, relève ainsi - entre autres - de l'obscurantisme. L'attraction exercée par une idéologie aussi intolérante et conquérante que l'islamisme, avec son arroi de crimes odieux commis au nom d'une soumission écervelée, en est un exemple encore plus frappant. Un peu comme si les hommes, effrayés par les ténèbres du doute, cherchaient n'importe quelle lumière pour s'éblouir, n'importe quelle projection éclatante en guise de réponse à leurs questions insolubles.

Nous entrons ainsi de plain pied dans le XXIe siècle avec des voix hurlantes qui ne cessent d'annoncer la fin du monde, avec des cultes qui viennent occuper l'espace laissé par les croyances en déshérence. La foi en l'homme, en notre faculté de création et d'adaptation, en notre aptitude à trouver demain des solutions aux problèmes d'aujourd'hui, est combattue par les fous de Dieu ou de Gaïa, par ceux qui exigent notre soumission absolue au divin ou à une nature divinisée. Plus le progrès nous emmène loin dans le savoir, plus nous sommes retenus par les "âges d'or" perdus ; plus nous avançons sur le chemin incertain de la civilisation, plus nous revenons au même besoin primitif de certitudes. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le monde change aussi peu, puisque les énergies créatives doivent lutter en permanence contre les énergies coercitives.

Ce n'est pas ce que j'avais imaginé, voici maintenant fort longtemps, lorsque je tentais de deviner l'avenir dans les livres de science-fiction et dans les revues scientifiques. Les défis de l'humanité ne sont pas l'emploi de Jupiter et de Saturne comme réservoir à carburant ou le terraformage de Mars et de Vénus, mais consistent - entre autres - à empêcher un illuminé annonçant le retour de l'imam caché d'atomiser le Moyen-Orient et à éviter le sacrifice du développement humain sur l'autel de la nature immaculée. Au lieu de grands espaces à découvrir et à cultiver, il s'agit encore et toujours de lutter contre la folie, la bêtise, la jalousie, la haine, sans même parler de la faim ou de la soif. La mesure du progrès, indéniable sur la base de nombreux facteurs objectifs, ne s'accorde pas à la perception que nous en donnons.

Quelque part, je me dis que l'homme n'a pas encore pleinement pris conscience de ce qu'il est vraiment. En nous, la grandeur est rare. Et notre avenir a des airs de passé mal cicatrisé.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h25 | Comments (39) | TrackBack

6 février 2007

Les Assises de la Sécurité

Ce matin, j'étais donc à Genève pour les premières Assises de la Sécurité, invité pour donner une appréciation générale de la menace en 10 minutes comme premier exposé de la journée. Le temps me manque pour en dire plus, mais je mettrai bientôt une version PDF de ma présentation. En tout cas, la partie des Assises à laquelle j'ai assisté était fort intéressante...

COMPLEMENT (7.2 0715) : Voilà , mon bref exposé a été mis en ligne et peut être téléchargé provisoirement ici. Un extrait est visible ci-dessous.

COMPLEMENT II (7.2 1110) : Un autre serveur abrite désormais le fichier, ici.

COMPLEMENT III (7.2 2230): Puisque je suis de retour à domicile, j'ai téléchargé le fichier ici, sur mon bon vieux site CheckPoint - que j'espère bien relancer prochainement... Merci quand même à ajm pour le coup de main !

Exposé.jpg

Posted by Ludovic Monnerat at 18h54 | Comments (16) | TrackBack

5 février 2007

Alerte média : Europe 1

Aujourd'hui, j'ai enregistré un bref entretien avec Catherine Nivez, journaliste spécialisée dans les blogs pour Europe 1, et qui réalise chaque jour ouvrable une chronique dont la prochaine, demain, sera consacrée à ce site. Je ne pourrai pas l'écouter à 0647, car je serai en déplacement pour participer aux Assises de la Sécurité du canton de Genève, mais la chronique sera disponible sur Internet. Vu l'éventail des sujets que nous avons abordés, je suis intéressé à découvrir le produit final... :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h18 | Comments (9) | TrackBack

4 février 2007

RMS : un recentrement de l'armée

Sur le nouveau site de la Revue Militaire Suisse, dans la phase de développement initiale s'achèvera dans quelques semaines, 1 article a été mis en ligne ce soir : Le rôle de l'armée recentré sur le pays, en réaction à l'actualité de ce jour.

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 21h36 | Comments (33) | TrackBack

Entre journalisme et hagiographie

Lorsqu'une femme de gauche vouée à l'hyperbole comme Ariane Dayer assiste à un meeting électoral d'une femme de gauche vouée à l'hyperbole comme Ségolène Royal, il ne peut en émerger qu'une hagiographie en lieu et place d'un reportage journalistique, sous le titre "Ségolène, la madone des étudiants" :

De passage en Isère, la Française a enflammé la salle. La soirée électorale sur l'éducation a tourné en immense fête de l'espoir.
[...]
Nouvelle acclamation, elle se redresse à chaque applaudissement, comme transformée, grandie par l'amour qu'on lui porte. Quand elle part, plus besoin de Madonna, on peut revenir au classique: «Bella Ciao», ça lui va aussi.

Inutile d'entrer en matière sur la litanie de promesses démagogiques (premier emploi garanti, etc.) faites par la candidate socialiste, puisque Ariane Dayer n'en fait mention que pour la forme, et sans l'ombre d'un esprit critique dont elle sait faire preuve - à défaut de compétence - sur d'autres sujets. Nul besoin d'être grand clerc pour se rendre compte que l'immense espoir suscité par Mme Royal reflète étroitement les projections de la camarade ayant rédigé ces lignes. Parce que d'autres lectures consacrées à la campagne électorale, comme cet article pourtant nuancé du Figaro, montrent que le scepticisme et le doute planent sur la candidate socialiste.

En même temps, si l'on veut faire passer des coups de coeur "people" pour du journalisme et que le public suit avec suffisamment d'espèces sonnantes et trébuchantes, je n'ai rien contre. Un modèle économique performant, c'est-à -dire rentable, est une justification en soi dans bien des cas. A condition de ne pas parler d'éthique, bien entendu...

Posted by Ludovic Monnerat at 8h57 | Comments (12) | TrackBack

3 février 2007

Aux armes, citoyens !

Non, il ne s'agit pas d'abreuver nos sillons d'un sang impur, puisque ceci est l'apanage de la France, mais de se préparer à mener un combat démocratique pour la préservation d'un droit essentiel : celui qui permet à chaque citoyen-soldat suisse de conserver son arme de service à domicile. Plusieurs organisations politiques de gauche ont en effet annoncé cette semaine le lancement d'une initiative visant à retirer les fusils d'assaut et pistolets que possèdent les soldats de milice à domicile et à les entreposer dans les arsenaux. Après l'exploitation de l'affaire Rey-Bellet, la pétition du magazine Annabelle et les recherches très politisées de Martin Killias, voilà donc l'aboutissement logique d'un processus visant à désarmer la population suisse appelée à défendre le pays et à protéger sa population.

Il convient de s'en féliciter. Voilà en effet trop longtemps que les armes de service sont attaquées de manière pernicieuse et systématique à chaque fois qu'un fait divers les implique, sans que la proportion minime de tels événements soit rappelée au public ; trop longtemps que l'on spécule sur leur rôle prétendument menaçant au sein d'un couple sans que rien n'ait jamais prouvé la véracité statistique de pareilles assertions ; trop longtemps que l'on sape l'un des principes-clefs de la politique de sécurité, l'un des fondements de la volonté de servir, sans aborder la perspective stratégique qui les accompagne. Une initiative populaire a l'immense mérite de porter le débat sur la place publique dans un cadre démocratique, avec une recherche des faits justifiant les avis respectifs, et donc de donner la parole à la population au lieu de laisser s'exprimer ses porte-paroles autoproclamés.

Dans une perspective plus personnelle, je ne vois pas l'intérêt d'accomplir mon devoir de soldat, de conserver chez moi mon équipement militaire, d'en assurer l'entretien et la disponibilité, si l'on me retire son élément principal. J'ai reçu mon fusil d'assaut 90 un jour de juillet 1995, des mains de mon premier commandant de compagnie, devant le drapeau suisse ; même si mon arme personnelle est ensuite devenue le pistolet 75, école d'officiers oblige, les deux sont le symbole de mon engagement à remplir ma mission de soldat, à défendre, à protéger et à aider, fût-ce au prix de ma vie. Que l'on me retire la garde de mes armes de service, que l'on nie mon aptitude à les utiliser de manière responsable, et cet engagement cesse. C'est tout l'équipement qui serait ensuite renvoyé à l'arsenal. Et si l'on m'oblige à servir encore, ce que bien entendu j'accepterais, je devrais alors faire une demande pour un service sans arme.

Dans une perspective plus large, je peux parfaitement admettre que la Suisse décide de renoncer au principe de l'armée de milice, au service obligatoire des citoyens-soldats. C'est une décision qui serait dans ce cas fondée sur la mise en oeuvre d'une nouvelle politique de sécurité, qu'il conviendrait donc d'apprécier selon ses forces et ses faiblesses. Toutefois, l'évolution des menaces et des risques, et notamment le fait que l'espace et le sens volent en éclats, font que l'armement des citoyens et leur implication dans la sécurité me semblent un élément essentiel pour la préservation des entités nationales. Une menace destructurée et diluée au point de faire de l'individu un acteur stratégique doit nécessairement être contrée par des mesures impliquant l'individu. Le principe du citoyen-soldat n'a rien perdu de sa modernité.

Voilà donc posés quelques termes du débat...

Posted by Ludovic Monnerat at 17h22 | Comments (41) | TrackBack

Le bilan de janvier

Comme à l'accoutumée, et presque sans retard, je profite du bilan mensuel pour remercier celles et ceux qui lisent ces pages et qui contribuent aux débats, plutôt fournis ces dernières semaines. La fréquentation au mois de janvier a ainsi connu une hausse dans le nombre quotidien de visites (2158 contre 2124), de pages (5001 contre 4216) et de hits (10737 contre 10099).

Comme de juste également, pour compenser l'aspect un brin stérile de ces statistiques, voici quelques commentaires à plusieurs entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé par ici de fort honorables visiteurs :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 8h25 | TrackBack

1 février 2007

L'interconnexion des champs de bataille

Les informations diffusées par les services de sécurité britanniques sur le complot terroriste déjoué hier, par lequel des islamistes auraient préparé le kidnapping et la décapitation filmée d'un soldat britannique et musulman revenu d'Afghanistan, sont une illustration exemplaire de l'interconnexion des champs de bataille à laquelle aboutit l'éclatement de l'espace. Considéré ainsi, cet événement est en effet surprenant : un soldat déployé à des milliers de km de son pays pour protéger la police afghane de combattants islamistes doit être protégé chez lui par sa propre police contre des combattants islamistes d'origine pakistanaise. Ou comment la circulation des hommes, des idées et des informations bouleverse la notion même d'espace opérationnel.

Toujours d'après les informations rendues publiques, les terroristes auraient eu l'intention de faire pression sur le Gouvernement britannique pour qu'il retire ses troupes d'Irak, en diffusant l'exécution de la vidéo pour obtenir l'effet psychologique recherché, et probablement en comptant sur les idiots utiles habituels pour dire que la présence britannique en Irak, et non les assassins en question, est la cause d'une telle horreur. Il y a donc la recherche d'une triangulation entre deux secteurs d'opérations extérieurs et un secteur d'opération intérieur, avec une action directe sur l'opinion publique pour affecter les décisions politiques, et donc indirectement les déploiements militaires. Une possibilité que la technologie et la globalisation offrent presque librement.

Cette action déjouée n'est certes pas nouvelle, et la protection des identités est depuis longtemps la règle pour toutes les unités susceptibles de mener des missions risquées et décisives, dont en particulier les forces spéciales. Mais cette suppression définitive de toute zone arrière, de tout abri sûr en l'absence d'une bulle sécuritaire personnalisée, augure une généralisation des risques pour l'ensemble du personnel étatique déployé dans des missions de stabilisation ou de construction de nation. Parce que l'ordre, la prospérité et la liberté sont désormais les ennemis des armées informes du chaos, les opérations de maintien de la paix relèvent toujours plus de la conquête des esprits et donc peuvent susciter des réactions violentes. Là où des combattants sont disponibles.

Pour les armées, cette perspective pourrait amener une évolution marquante des priorités opérationnelles, au moins en théorie. Si la mission donnée consiste à combattre des islamistes, à les empêcher de prendre le pouvoir et donc aussi à les envoyer aussi nombreux que possible dans l'au-delà , pourquoi ne pas le faire dans les conditions les plus favorables, là où l'on peut obtenir une efficience maximale ? Évidemment, un tel raisonnement se focalise sur l'attrition et omet de considérer les perceptions contre-productives qui pourraient en résulter, mais l'effet psychologique des pertes massives ne doit pas être sous-estimé. Or l'endroit où l'on peut le plus facilement liquider les candidats au djihad reste aujourd'hui l'Irak, bien moins excentré et montagneux que l'Afghanistan!

Je doute que de telles réflexions aient cours dans les états-majors européens. Mais la disparition de la profondeur stratégique nous en rapproche immanquablement.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h42 | Comments (24) | TrackBack