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31 octobre 2005

Trois journées d'instruction

Jusqu'à mercredi, je serai peu présent sur ce carnet : il se trouve en effet que la fraction d'état-major d'armée dont je suis responsable est actuellement en service pour un cours d'introduction de 3 jours, et que j'ai environ 15 heures d'instruction frontale à donner. Cela me laisse donc bien peu de temps, même si l'excellente caserne de Berne dispose d'un hotspot bien pratique...

Posted by Ludovic Monnerat at 12h55

30 octobre 2005

Vers la sécurité civilo-militaire

Une troisième nuit consécutive d'émeutes a eu lieu dans la banlieue parisienne, à Clichy-sous-Bois, où vivent plus de 28'000 personnes dont la moitié âgées de moins de 25 ans, dont une forte proportion originaire d'Afrique du Nord. Ces violences ont été moins importantes que les deux nuits précédentes, avec des jets de pierre sur les pompiers et la police ainsi que 20 voitures incendiées. La veille, les forces de l'ordre avaient dénoncé une véritable "guérilla urbaine", alors qu'un syndicat de la police avait appelé aux renforts de l'armée pour juguler une situation de "guerre civile".

Ces mots percutants peuvent sembler exagérés, alors qu'une seule balle de gros calibre a été tirée sur un car des CRS et que les cocktails Molotov ont sinon été les armes les plus dangereuses de ces jeunes gens qui se sont battus suite à la mort par électrocution de deux d'entre eux. Mais en étudiant les images des affrontements et en prenant les effectifs impliqués (400 jeunes contre 250 à 300 policiers vendredi soir), force est d'admettre que les forces de l'ordre françaises font face à une insurrection rampante, à une intifada potentielle que le moindre incident grave [et non étincelle, ce mot est ici inapproprié] peut déclencher.

De telles violences sont en effet quotidiennes à un degré moindre, au point que les forces de police et les pompiers sont systématiquement l'objet de caillassages sans que cette désobéissance criante soit vraiment médiatisée. Et le chômage qui frappe ces jeunes gens n'est pas le seul facteur de violence : la diffusion de valeurs islamiques dans une population immigrée, notamment, favorise la distanciation par rapport à l'autorité de l'Etat, et l'adoption d'une identité communautaire qui lui est résolument opposée. Autrement dit, c'est dans de telles banlieues que se fabrique un ennemi intérieur, par un phénomène qui se déroule dans presque toute l'Europe.

L'appel de policiers au soutien de l'armée ne doit donc pas surprendre. Il va immanquablement se reproduire chaque fois que les forces civiles seront confrontées à une menace qui va au-delà de leurs capacités, de leurs méthodes, de leurs équipements aussi. Pour l'Armée de Terre française, par exemple, il n'y aurait pas une grande différence entre la sécurisation de Clichy-sous-Bois et celle de Kosovska Mitrovica : les missions de maintien de la paix ont donné aux militaires une expérience et un savoir-faire qui peuvent aisément être appliqués à l'intérieur des frontières nationales. Bien entendu, cet emploi est à double tranchant et comporte des risques d'escalade certains. Mais les zones de non droit sont des chancres qui peuvent ronger une société.

Une telle perspective est encore loin d'être répandue. En Suisse, où vient d'être inaugurée la nouvelle académie de police de Savatan, qui fait l'exploit fédéraliste de rassembler les aspirants des polices cantonales et municipales de Vaud et du Valais, on brandit encore et toujours le spectre de la "militarisation de la sécurité intérieure" comme si rien n'avait changé depuis des décennies. L'engagement de l'armée pour des prestations subsidiaires de sécurité, que ce soit dans la surveillance des bâtiments consulaires ou dans l'appui à la protection de sommets internationaux comme le WEF, est toléré comme un pis-aller. Les remerciements sont en proportion...

Un jour viendra où policiers, gardes-frontière et militaires seront déployés sous un commandement commun pour des opérations de sécurité intérieure. Les circonstances nous y amèneront. Et si cette perspective n'est pas exactement souriante, compte tenu de la gravité nécessaire de ces circonstances, il est néanmoins préférable de s'y préparer mentalement.

COMPLEMENT (1.11 1535) : Lorsque l'on voit les affrontements se poursuivre et s'étendre, on ne peut que prendre conscience du danger qui réside dans ces banlieues, du potentiel de violence qui peut aller bien plus loin. Lorsque des policiers se mettent à trouver normaux de simples caillassages de leurs véhicules et des jets de cocktails molotov, c'est que vraiment quelque chose est en train de changer dans l'appréhension de la menace. Ou quand la négation de tout ennemi extérieur aboutit à l'aveuglement face à l'ennemi intérieur.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h06 | Comments (35)

29 octobre 2005

Le grand retour du lama

LamaBroutant.jpg

Histoire de taire définitivement les rumeurs sur de possibles hallucinations concernant l'apparition de quadrupèdes velus des Andes sur mon passage, voici une preuve irréfutable : l'animal en question, cette fois-ci dans un espace grillagé, broutant tranquillement alors que je sortais à vélo du village de Perrefitte cet après-midi. Bien entendu, il peut fort bien s'agir d'un alpaga, puisque mon seuil de compétence est outrageusement dépassé en la matière. Mais la bête existe bel et bien, et je n'attendrai pas qu'elle me crache dessus pour en avoir une conviction encore plus tangible ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h12 | Comments (6)

Le sourire du divisionnaire

La Figaro a publié hier un article alarmant sur une menace d'attentats terroristes islamistes utilisant des missiles sol-air russes pour abattre des avions de ligne. D'après ce texte, qui retrace les enquêtes du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, il s'agirait de 2 SA-18 Igla acquis en Tchétchénie et dont la trace s'est perdue quelque part en Europe. Même si une autre source judiciaire mettrait un bémol à cette menace, si l'on en croit Libération, de tels projets ont apparemment été suffisants pour amener la Grande-Bretagne début 2003 à sécuriser ponctuellement l'aéroport de Heathrow avec des moyens militaires lourds.

L'intérêt des terroristes pour la destruction en vol d'avions de ligne n'est pas nouveau, tant ces cibles frappent les opinions publiques. Le 26 janvier 1976, trois membres du Front Populaire pour la Libération de la Palestine avaient ainsi été arrêtés à l'aéroport Embakasi de Nairobi alors qu'ils se préparaient à tirer un missile SA-7 sur un appareil de la compagnie israélienne El Al. Bien plus près de nous, 2 missiles de type SA-7 avaient été tirés le 28 novembre 2002 sur un avion charter israélien au Kenya, sans parvenir à le toucher. Et plusieurs affaires de contrebande de missiles sol-air russes ont également éclaté ces dernières années.

Un homme doit accueillir ces récentes informations avec un certain sourire : le divisionnaire Peter Regli, ancien chef du groupe des renseignements à l'état-major général suisse. Ce général 2 étoiles, entre autres accusations depuis balayées par les enquêtes parlementaires et administratives, s'était en effet vu reprocher d'avoir accepté en 1992 la proposition d'acquérir en Europe de l'Est 2 missiles SA-18 afin d'étudier en détail leurs capacités et de trouver les moyens de s'en prémunir. Loin d'être une lubie personnelle ou un investissement en pure perte, cette action - au demeurant légale - prend aujourd'hui tout son sens.

La plupart des appareils militaires, à voilure fixe ou tournante, sont aujourd'hui équipés de contre-mesures qui les mettent partiellement à l'abri d'attaques terroristes au missile sol-air. L'étude des engins issus de l'ex-Union soviétique a d'ailleurs contribué à cette protection, et l'armée suisse a tiré profit de l'achat des 2 SA-18. Mais faire de même avec les avions de ligne civils n'est pas concevable, ne serait-ce que pour des raisons économiques. On imagine d'ailleurs mal les riverains des aéroports accepter des avions dotés de systèmes automatiques, susceptibles de projeter des leurres infrarouges bien peu écologiques à la moindre fausse alerte.

Il n'en demeure pas moins intéressant de constater qu'avoir raison longtemps avant tout le monde, dans le domaine de la sécurité, revient à prendre des risques considérables.

Posted by Ludovic Monnerat at 12h19 | Comments (3)

28 octobre 2005

La faille des dictatures

Lors d'une discussion à bâtons rompus ce midi avec l'un de mes camarades, dans une gargote fort prisée de la capitale, ce dernier a sorti l'une de ces vérités dont l'étrangeté apparente suscite le rire : « l'ennemi principal de toute dictature, c'est sa propre population. » C'est une chose que l'on peut avoir tendance à oublier si l'on se fie trop aux apparences martiales et posées qu'affectionnent les régimes autocratiques. Mais le mécontentement, la frustration, la colère voire la révolte de la population constituent une menace permanente, qui exige une réponse adaptée. Du coup, il est fréquent que les forces de sécurité soient davantage aptes à la répression qu'à la protection, à la mise en coupe réglée du pays qu'à sa mise sur le pied de guerre.

L'Irak en 2003 a fourni un exemple éclatant de cette faille : les organisations armées fidèles au régime de Saddam Hussein se sont faites littéralement massacrer au sud de l'Euphrate ou dans les rues des villes ; quant à l'armée régulière, et même une partie de la Garde républicaine, elle s'est évaporée presque sans combattre. En fait, l'évolution technologique appliquée aux armements favorise tellement les armées démocratiques, qui pratiquent librement les échanges d'information et optimisent constamment leurs cycles décisionnels, que les dictatures classiques leur sont de plus en plus vulnérables. Je ne donne pas cher de la peau de l'armée syrienne si deux divisions mécanisées américaines - l'équivalent de trois d'entre elles sont actuellement en Irak - se lancent dans une percée jusqu'à Damas. Mais ensuite ?

Car l'essentiel est bien là : pour survivre durablement, les régimes autocratiques ont besoin d'exercer une telle emprise sur leur population que celle-ci peut finir par perdre son sens civique, accepter les fractures imposées par un pouvoir qui divise afin de régner. Comme les Etats-Unis l'ont appris en Irak, il est bien plus difficile de construire une démocratie que d'abattre une dictature, même si l'un et l'autre vont parfois de pair. Et il est compréhensible que des esprits à courte vue pensent qu'un ordre totalitaire est moins pire qu'une liberté chaotique. Du coup, la meilleure protection des dictateurs contre les offensives militaires visant à les renverser est désormais le spectre du chaos qui va nécessairement leur succéder. Après moi, le déluge !

Bien entendu, ceci n'est valable que lorsque le régime en question apparaît suffisamment raisonnable pour ne pas constituer une menace imminente. Tel ne semble plus être le cas de l'Iran aujourd'hui, alors que l'implication de la Syrie dans des actions armées en Irak et au Liban lui donne également un profil menaçant. Il n'est pas rare que les dictatures tentent de remédier à la faille que constitue leur opposition intérieure en mobilisant plus ou moins artificiellement leur population contre une menace extérieure. Les propos actuels des dirigeants iraniens peuvent d'ailleurs difficilement être interprétés dans un autre sens. Mais une telle focalisation ne permet pas longtemps de détourner les esprits, alors qu'elle offre une justification toute trouvée pour une action coercitive adoubée par la communauté internationale.

Aussi étrange et contradictoire que cela puisse paraître, la démocratie s'affirme de plus en plus comme la meilleure structure politique pour projeter efficacement - au moins à terme - la puissance des armes.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h29 | Comments (3)

27 octobre 2005

Le défi de l'euthanasie

Il est parfois des régimes qui semblent se précipiter résolument vers leur perte. Les deux pays les plus déstabilisés par l'invasion américaine de l'Irak et par l'implantation des idées démocratiques sont la Syrie et l'Iran ; ils ont tenté un temps d'unir leurs forces pour résister à la pression du changement, mais leurs différences d'intérêts et de positionnement stratégique écartent toute alliance. Et aujourd'hui, l'un en se faisant prendre la main dans le sac par l'ONU - une rareté ! - pour son ingérence meurtrière au Liban, l'autre en proclamant à la terre entière son intention à la fois d'éradiquer l'Etat d'Israël et d'acquérir l'arme nucléaire, tous deux se retrouvent dans une position plutôt délicate. Autant afficher « bombardez-nous » en lettres géantes sur les palais présidentiels de Damas et Téhéran.

Dans cette situation, je ne pense pas que la dictature alaouite et la théocratie chiite aient de grandes chances de survivre longtemps. La Syrie apparaît naturellement comme le pays le plus fragile, brouillé avec tous ses voisins, sans appui autre que celui, opportuniste, de la Russie, et soumis à la contagion démocratique qui enflamme les esprits de la région. Mais l'Iran, malgré ses pasdarans fanatisés, son programme nucléaire, son levier pétrolier et sa société cadenassée, est devenu une menace trop aiguë pour exercer une vraie dissuasion. Ces deux pays doivent être démocratisés, leur régime renversé, leur population libérée, pour qu'ils cessent d'exporter leur violence endogène. Leur mort inéluctable doit être aussi bien accompagnée qu'accélérée. En un mot, assurée.

L'euthanasie stratégique est bien entendu très difficile. Comment vider ces abcès autocratiques, arc-boutés sur leur double contrôle des armes et de l'information, sans employer un remède pire que leur mal ? L'exécution à courte vue du régime de Saddam Hussein est un augure menaçant, tout comme la durée et les coûts - multiples - de l'opération. A l'heure actuelle, on voit mal comment la même méthode pourrait être employée contre la Syrie, pays de 18,4 millions d'habitants répartis sur 184'000 km2 de terrain souvent aride et montagneux, et plus mal encore contre l'Iran, géant régional de 68 millions d'habitants sur 1,6 millions de km2 encore plus tourmentés. Le glaive américain, que le conflit irakien a autant aiguisé que raccourci, n'est là que pour le coup de grâce - ou le nÅ“ud gordien.

La politique des Etats-Unis à l'endroit de ces deux menaces semble ainsi une sorte de pot-pourri de la guerre froide, un mélange de « containment » (Iran) et de « rollback » (Syrie). Pourtant, elle est parvenue à mettre en Å“uvre un isolement douloureux par une démarche multilatérale et onusienne, au point d'ailleurs que certains esprits intermittents - tel Bernard Guetta dans Le Temps samedi passé - affirment que la situation au Liban prouve la supériorité de la diplomatie sur la guerre. Cependant, cet étranglement progressif a ses limites, et ce serait déjà un exploit sensationnel si le Département d'Etat parvenait à convaincre le Conseil de sécurité d'approuver des mesures de coercition armée. Auquel cas seuls des bombardements ponctuels seraient probablement autorisés.

Même s'il est aujourd'hui possible de bombarder une nation sans nécessairement empêcher sa population d'adhérer à nos valeurs, je doute que cela soit suffisant. La méthode la plus efficace, en théorie, serait de pousser les autocrates à la faute, de les amener à commettre des actes ou à prononcer des discours qui les isolent toujours plus et les poussent à la fuite en avant. Au suicide, à vrai dire. Peut-être est-ce d'ailleurs à cela que nous assistons aujourd'hui de part et d'autre de l'Euphrate. Le tout est de savoir quand procéder au geste fatal, quand achever le régime malade et dangereux : trop tôt en ferait un martyr, trop tard en ferait un bourreau. Tel est le vrai défi de l'euthanasie stratégique.

COMPLEMENT (28.10 1400) : Plusieurs articles parus aujourd'hui au sujet de l'Iran et des propos de son président méritent à mon sens le détour.

En premier lieu, on peut lire dans La Tribune de Genève sous la plume de Jean-Noël Cuénod une condamnation très dure de cette intention, parlant de Nuremberg du nazislamisme, et un appel à la défense bec et ongles d'Israël. Ces propos ne sont certes pas représentatifs, même si l'on peut trouver d'autres textes qui témoignent d'un basculement notable. Le fait que Mahmoud Ahmadinejad maintienne et réitère ses propos rend probable l'affermissement de ce changement des perceptions.

Par ailleurs, dans le New York Post, il vaut la peine de lire 2 analyses complémentaires sur ces propos. L'analyste américain Ralph Peters estime que le monde musulman doit avant tout craindre l'affrontement entre la bombe sunnite existante et la bombe chiite en voie d'achèvement. Pour sa part, l'expert iranien Amir Taheri juge que l'Iran est en marche vers la guerre ouverte et procède par ce biais à sa mobilisation. Une perspective qui se rapproche de ce que j'esquissais ci-dessous sous la forme d'une marche vers le suicide.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h24 | Comments (28)

Nouveaux blogs de choix

Les lecteurs de ce carnet vont certainement apprécier deux nouveaux blogs que je vous conseille chaudement de découvrir sans plus attendre : Ordre66, de Sotek, qui se concentre sur le décryptage, l'analyse et l'information à dimension géopolitique et stratégique, et les Commentaires de Pan, dont l'auteur est actuellement au service militaire. Une manière de constater avec plaisir que la blogosphère ne cesse de s'étoffer, et que la valeur n'attend vraiment pas le nombre des années !

Et pour ceux qui se demandent pourquoi ma propre blogroll est désespérement statique depuis des mois, c'est seulement le manque de temps - ainsi que des ajouts en préparation, tout de même - qui l'expliquent... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h25 | Comments (13)

26 octobre 2005

L'impact des weblogs

Chaque développement technologique majeur est toujours accompagné de réactions excessives et contraires - les uns voyant dans toute nouveauté une révolution qui va changer la face du monde, les autres contestant la nouveauté même et l'inscrivant dans une évolution à peine perceptible. Cette tendance à l'hyperventilation compulsive et au conservatisme dédaigneux - si j'ose dire - est due à la difficulté d'appréhender les progrès non linéaires, les innovations dont les effets dépassent toute proportionnalité. Croire à un changement exponentiel ou le ramener à des dimensions connues ne font qu'illustrer le manque de repères. Et le phénomène des blogs est précisément un sujet qui nous plonge de l'inconnu quant à son impact réel.

Les chiffres peuvent nous aider à appréhender cet impact. Si l'on en croit le site Technorati, la planète compte aujourd'hui plus de 20 millions de blogs ; c'est dire la rapidité avec laquelle ce nouveau média s'est répandu dans les populations connectées. Si l'énorme majorité de ces carnets n'est lue que dans des cercles très restreints, les plus populaires d'entre eux drainent une audience considérable : Daily Kos, le plus prisé des blogs politiques américains, a reçu 20'480'000 visites en septembre dernier, loin devant le célèbre Instapundit et ses 4,5 millions de visites. Ce volume prend davantage de sens en le comparant au nombre de visites du New York Times durant la même période : 21,3 millions.

Naturellement, la fréquentation à elle seule ne résume pas l'impact d'un blog. Le nombre de liens pointant vers le blog est un autre indicateur digne d'intérêt. A ce jour, 10'078 sites ont un lien vers Daily Kos (20 dans les 2 dernières heures) et 6778 vers Instapundit, d'après le décompte de Technorati. A partir de là , il est plus facile d'imaginer comment fonctionnent les blogs, comment circulent les informations sur ces sites individuels : une sorte de gigantesque bouche à oreilles planétaire, avec des voix qui portent plus que d'autres - mais avec de la place pour chacun. Une image, une révélation, une idée peuvent surgir de n'importe où et faire rapidement le tour de la blogosphère.

Par conséquent, je pense que les blogs ont déjà un impact considérable, et que ce dernier va nécessairement croître au fur et à mesure que les possibilités offertes par ce média seront mieux exploitées. Lorsqu'un blogger spécialisé comme Bill Roggio est invité par le Corps des Marines pour un séjour dans l'ouest irakien, c'est que son blog possède un impact reconnu. En revanche, les blogs ne feront pas disparaître les autres vecteurs sémantiques, mais contribuent plutôt à rééquilibrer les forces en favorisant le contenu sur le contenant, et l'individu sur l'organisation. Chaque nouvel espace est aussitôt une opportunité pour qui en maîtrise le mieux les règles.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h38 | Comments (7)

L'aube à la fenêtre

Aube.jpg

Tout récemment, un membre éminent de mon entourage m'a fait remarquer que mes billets sont trop longs et trop nombreux, du moins à ses yeux, et que du coup il n'arrive plus à suivre. Partant du principe qu'une image vaut davantage que 1000 mots, j'ai donc décidé de commencer la journée par cette vue de l'aube prise de ma fenêtre. Les textes interminables suivront plus tard... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 6h51 | Comments (8)

25 octobre 2005

L'interprétation du vote

Les Irakiens ont donc bel et bien accepté la constitution soumise au référendum voici 10 jours, mais de justesse ; malgré le soutien de 79% des votants sur le plan national, il aurait suffi de 11% de refus supplémentaire dans la province pour que la minorité sunnite oppose son veto au texte. Il va être intéressant de constater comment ce résultat va être interprété par les médias occidentaux. La plupart d'entre eux sont en effet impliqués dans l'une des luttes qui se sont cristallisées sur le conflit irakien, en l'occurrence celle opposant l'interventionnisme au pacifisme. Et l'on devrait a priori découvrir au moins quatre perceptions différentes.

La première perception consiste à présenter ce scrutin comme factice, comme une parodie de démocratie, comme un manège référendaire pratiqué sous occupation et donc invalide. C'est la perception que plusieurs médias et commentateurs ont choisie au lendemain des élections de janvier dernier. En raison du petit nombre d'attaques commises le 15 octobre dernier, et du rôle plus important joué par les forces de sécurité irakiennes, cette interprétation va être plus difficile à recycler. Mais les faits ne sont que rarement un obstacle aux convictions les plus ancrées, et il faut s'attendre à lire ou à entendre cela.

La deuxième perception consiste à voir dans ce scrutin la preuve d'une inéluctable guerre civile, prélude à un éclatement du pays entre les sunnites d'une part, les chiites et les kurdes d'autre part. En révélant l'opposition totale de ces communautés quant à leur conception de l'Etat irakien, ce vote serait ainsi le catalyseur de violences intercommunautaires qui existent déjà . Bien entendu, ce serait oublier que la minorité sunnite est représentée au gouvernement comme au parlement dans une proportion correcte, et qu'une mobilisation totale de sa part aurait permis de bloquer le texte. Mais la guerre civile à la une reste une perspective tentante.

La troisième perception consiste à analyser ce scrutin comme la première expression nationale de la population irakienne, et donc la prise de conscience des rapports de force qui existent en son sein par le biais du facteur démographique. Ce vote aurait ainsi le mérite de valider un processus politique complexe et disputé, mais aussi de souligner les fractures profondes dans l'électorat - et les risques de violences qu'elles impliquent. Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution, il fournit cependant une base pour les prochaines élections et pour l'avènement d'un Etat fédéral susceptible de trouver une répartition consensuelle des pouvoirs.

La quatrième perception consiste à faire de ce scrutin la preuve irréfutable que la démocratie fonctionne désormais en Irak et que l'expression de la volonté populaire, à elle seule, constitue une fin en soi. Dans cette perspective, ce vote serait un pas de plus vers la démocratisation inéluctable du Moyen-Orient, sous la houlette bienveillante des forces armées américaines, étant entendu que les perdants de chaque scrutin vont tous naturellement apprendre à accepter le verdict populaire - et les gagnants la prise en compte de toutes les opinions. Une perception que l'on voit fleurir ça et là sous la plume des partisans de l'intervention militaire.

Sans doute existe-t-il d'autres interprétations possibles, mais celles-ci me semblent déjà suffisamment différentes. A mon sens, la troisième perception est celle qui s'approche le plus de la réalité, car elle intègre les faits révélés et ne désigne pas une seule issue. J'ai bien peur qu'un tel pragmatisme soit rare!

COMPLEMENT (26.10 1450) : Finalement, une bonne partie des médias a choisi une tactique différente, consistant à minimiser l'importance de l'événement et à ne lui accorder qu'une place réduite. L'acceptation d'une Constitution par 78% des votants, avec une participation de 63% et un nombre très réduit de violences, avait pourtant été jugée impossible par de nombreux commentateurs.

On notera tout de même quelques éditoriaux intéressants. La perception n°2 est propagée par exemple par 24 Heures (dont l'auteur, Philippe Dumartheray remballe brièvement ses prédictions apocalyptiques avec un discret "dont acte") et par La Liberté. On trouve également des médias qui reflètent la perception n°3, comme Libération, Le Figaro ou la Tribune de Genève.

Mon tour d'horizon est bien sûr tout sauf complet. Cependant, je ne suis pas le seul à juger cette discrétion des médias comme une forme d'aveu.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h03 | Comments (9)

24 octobre 2005

Le vecteur humanitaire

Ce dimanche, le numéro 2 d'Al-Qaïda a diffusé un message plutôt original. Pour une fois, il ne s'agissait pas de combattre impitoyablement les infidèles, de passer au fil de l'épée tous ceux qui résistent au djihad ou de vouer aux gémonies les apostats qui ne s'y rallient pas. Non, l'appel du docteur Al-Zawahiri était lié au tremblement de terre survenu au Cachemire et à la nécessité pour les musulmans de fournir une aide aux victimes :

Al Qaeda's second in command, Ayman al-Zawahri, urged Muslims in a video broadcast on Sunday to help Pakistan's earthquake victims even though its government was an "agent" of the United States. "I call on all Muslims and Islamic charity organizations in particular to go to Pakistan and give a helping hand to the victims there," a bespectacled Zawahri said in the tape aired on Al Jazeera.

Les organisations d'entraide islamiques et les groupes fondamentalistes n'ont certes pas attendu cette bande vidéo pour lancer de telles activités au Pakistan. Mais celle-ci, apparemment enregistrée au lendemain du séisme, indique que les islamistes ont retenu la leçon du tsunami et compris l'importance de montrer une facette positive de leur action, de prouver aux yeux du monde qu'ils sont capables de faire autre chose que détruire et tuer. Toutes proportions gardées, c'est d'ailleurs l'opportunité que les forces armées américaines avaient saisi lors des opérations d'aide humanitaire en Asie du Sud, et qu'elles ont à nouveau exploité au Pakistan en déployant un nombre important d'hélicoptères de transport. Les images de victimes murmurant « God bless America » lors de leur évacuation par des équipages US ont naturellement eu un impact sur la population pakistanaise.

De ce fait, il est désormais incontestable que l'aide humanitaire constitue pour tous les belligérants une arme dans la conquête des esprits. Les forces régulières et irrégulières, après des années de tâtonnements, ont embrassé la dimension réelle des conflits et accepté le fait que la décision provient d'effets aussi bien offensifs que défensifs, matériels qu'immatériels, létaux que légaux. Les récriminations des ONG contre la confusion supposée entre humanitaire et militaire sont sans objet : lorsque même des groupes armés islamistes se lancent dans l'aide humanitaire si cela correspond à leurs intérêts, c'est que ce type d'action est réservé à tous - et que tous ceux qui le pratiquent peuvent être suspectés d'arrières-pensées prosélytes. En étant pris pour cibles lorsque leurs idées et leur culture sont combattues.

Affirmer que la guerre moderne a pris une dimension sociétale n'est pas une vaine expression.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h58 | Comments (9)

Le choc des cultures

SalleBiblio.jpg

Ce matin, j'ai donné pendant près de 2 heures un exposé à la bibliothèque nationale devant deux douzaines d'étudiants américains séjournant à Genève. Une expérience comme toujours fort intéressante, dans une salle de réunion (voir ci-dessus) plutôt confortable, et avec plein de questions pertinentes parmi un public captivé par le thème - l'opération humanitaire suisse à Sumatra et son environnement multinational.

Ce qui était amusant, par ailleurs, et la raison pour laquelle j'en parle, c'est que le bâtiment de la bibliothèque nationale est également utilisé par l'office fédéral de la culture, et que les gens qui y travaillent n'ont de toute évidence pas l'habitude de voir un militaire en uniforme se promener en ces lieux. Non seulement la réceptionniste m'a jeté un regard écarquillé lorsque j'ai eu l'outrecuidance de lui demander l'emplacement de la salle où avait lieu la rencontre, mais chaque personne croisée par la suite me regardait comme si je débarquais de Mars, voire même d'un autre système solaire.

Le plus fort, c'est que durant l'exposé j'ai distinctement vu plusieurs personnes venir guigner à travers la porte vitrée de la salle pour s'ébaubir devant cette vision d'un officier donnant un exposé dans le temple national de la culture. Autant dire que je suis prêt à y retourner sur l'heure... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h20 | Comments (8)

23 octobre 2005

Mise à jour de CheckPoint

Plusieurs articles ont été mis à jour sur mon site d'information militaire et stratégique CheckPoint :

Les luttes superposées au coeur du conflit irakien

Une semaine après le référendum réussi sur la constitution en Irak, ce pays reste plus que jamais le point focal de luttes locales, régionales et globales qui se combinent et s'influencent. Analyse.


Une histoire de la violence palestinienne

La violence intarissable et barbare de la société palestinienne s'explique par le fait que sa dignité y est liée de manière indissociable. Telle est l'opinion de l'éditorialiste américain Bret Stephens, et la raison pour laquelle selon lui le président palestinien sera incapable de la maîtriser.


La guerre en source ouverte, à l'exemple de l'Irak

Comment mener la guerre contre le terrorisme ? L'expert américain John Robb, qui développe des idées nouvelles sur l'interconnexion des groupes armés et le marché de la violence, offre une perspective pessimiste sur la situation en Irak.


Bioterrorisme : entretien avec le docteur David Humair

Deux chercheurs de l'Université de Stanford ont récemment publié un article sur les conséquences possibles d'une attaque à la toxine botulique sur un réseau de distribution de lait aux États-Unis. L'un des experts suisses du bioterrorisme, David Humair, replace la menace dans son contexte et démystifie le sujet. Entretien.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h37 | Comments (8)

Les armées robotiques

On peut lire depuis jeudi sur Le Monde un article assez détaillé sur les prototypes et les projets de robots au sein de l'US Army. Le ton plutôt alarmant de l'auteur ne l'empêche pas de cerner une bonne partie des questions liées au développement d'engins terrestres autonomes, remplissant des fonctions de combat, d'appui au combat et de logistique. Extraits :

Bob Quinn, directeur de la société Foster-Miller, qui fabrique des mini-tanks télécommandés, imagine déjà le passage au stade suivant, après 2030 : "Techniquement, l'intervention humaine au moment de la décision de tirer ne sera plus nécessaire. Le problème sera plutôt d'ordre éthique, ou politique. Les officiers actuels se disent hostiles à l'idée de voir un robot prendre l'initiative de tuer un humain, mais la prochaine génération aura peut-être une vision différente. Si, dans trente ans, l'armée américaine se retrouve embourbée dans une guerre meurtrière et incertaine, l'intervention humaine dans la décision de faire feu sera peut-être considérée comme une perte de temps."
[...]
Pour communiquer avec les humains, les robots devront envoyer des sons et des images. Ils auront donc besoin de réseaux à haut débit, lourds, complexes et vulnérables. Mais pour communiquer entre eux, ils utiliseront des codes informatiques très légers, et se contenteront de réseaux à bas débit, souples, faciles à installer et presque indétectables. Pour résoudre le problème du réseau, il suffirait en théorie d'augmenter au maximum l'autonomie des robots et diminuer autant que possible la supervision humaine. Cela dit, un problème inédit pourrait alors surgir : les humains ignoreraient la teneur des messages échangés entre robots en temps réel.

La problématique de l'automatisation est celle qui m'interpelle le plus, en raison des aspects éthiques, cognitifs et techniques qu'elle comporte. De manière générale, les armées - entre autres - tendent à automatiser les actions qui supposent une rapidité, une endurance et/ou un risque trop élevés pour un être humain. Il existe cependant une différence fondamentale entre une arme dite intelligente, comme un missile autodirecteur ou une bombe guidée, et un système d'armes entièrement autonome : la première se contente d'accomplir une action ordonnée, alors que le second effectue lui-même un processus décisionnel complet. Tout comme un être humain.

Les principaux exemples de systèmes autonomes sont aujourd'hui des dispositifs de protection. Le système Aegis développé par la marine américaine voici plus de 30 ans est une bonne illustration : il s'agit d'un dispositif de protection automatique, capable de détecter des menaces grâce à un radar puissant et de les combattre, selon la situation, par des missiles antimissiles ou des obus tirés à haute cadence. Conçu pour protéger les flottes US contre les missiles antinavires largués en rafale par les bombardiers du Pacte de Varsovie, l'Aegis contourne l'intervention humaine pour gagner en rapidité et en précision.

A une échelle plus réduite, des dispositifs de protection en partie comparables existent au niveau terrestre. Des systèmes sont en effet développés pour protéger des véhicules blindés contre des projectiles en approche ou pour protéger des troupes débarquées contre des tireurs d'élite. Dans des réflexions prospectives écrites voici quelques années, j'ai moi-même lancé l'idée d'un Aegis terrestre, c'est-à -dire d'un véhicule capable de fournir dans un espace limité les mêmes capacités de protection qu'un navire Aegis pour une flotte donnée, en détectant et en combattant automatiquement toutes les menaces conventionnelles. La polyvalence sans cesse accrue des plateformes et la disparition des lignes de front nous y amènent probablement.

En revanche, cette perspective dissimule une réalité menaçante : il n'est pas très difficile de transformer une telle capacité défensive en un dispositif purement offensif. L'informatique de bord des avions et hélicoptères de combat modernes est déjà équipée pour détecter un grand nombre de cibles, les classer par ordre de priorité et en proposer le traitement à l'équipage ; les drones de combat seront immanquablement capables de remplacer ce dernier également sur le plan décisionnel, et donc de procéder de manière autonome à des actions offensives. Et comme les ordinateurs restent désespérément médiocres pour traiter des valeurs subjectives et non quantifiables, voici qui laisse augurer des dommages collatéraux en cascade.

Une solution opérationnelle consisterait à définir, lors de la planification d'une opération de combat, les secteurs dans lesquels les robots peuvent être utilisés sans restriction et ceux où les commandants tactiques conservent en permanence leur liberté de décision. On pourrait ainsi imaginer des cartes électroniques distribuées à toutes les troupes, et dans lesquelles apparaissent les zones sous contrôle robotique et celles sous contrôle humain. Aujourd'hui déjà , les réseaux de commandement permettent de définir par exemple des secteurs de feu dans lesquels les troupes amies feraient bien de ne pas s'égarer. Avec l'introduction des robots d'attaque, il s'agirait de distinguer encore plus clairement les zones de destruction (usage maximal de la force) et les zones de contrôle.

L'époque des Terminator n'est pas si éloignée que cela...

Posted by Ludovic Monnerat at 10h02 | Comments (11)

22 octobre 2005

Une suspension mystérieuse

La suspension du général Henri Poncet et de deux autres cadres de l'Armée de Terre française, voici 5 jours, continue d'alimenter de nombreuses discussions. Cette décision, prise et annoncée très rapidement, a en effet une dimension politique et symbolique trop importante pour être passée sous silence. Elle s'inscrit dans le cadre d'une opération extérieure controversée, la mission Licorne en Côte d'Ivoire, mais aussi dans le cadre des tensions corporatistes que connaissent les armées françaises. Et ces deux orientations amènent aujourd'hui des perspectives très différentes sur l'événement.

D'un côté, cet éditorial d'un quotidien africain diffusé sur le site allAfrica.com donne le ton : la suspension du général Poncet n'est que la partie émergée d'actions bien plus répréhensibles que la mort douteuse d'un criminel de grand chemin sur terre ivoirienne. Le rétention de certains documents confidentiels amène ainsi l'auteur à conclure de façon claire :

De là à penser que la suspension du général Henri Poncet est liée plus aux évènements de novembre 2004 qu'à l'accrochage du 13 mai 2005, il n'y a qu'un pas que beaucoup en Côte-d'Ivoire franchissent déjà , en affirmant que Jacques Chirac et Alliot-Marie prennent par cette sanction, leurs précautions en criminalisant par anticipation le général Poncet et en préparant l'opinion à ne retenir que sa seule culpabilité dans les horreurs qui ne devraient pas manquer d'être mises à nue sur la présence militaire de la France en Côte-d'Ivoire.

D'un autre côté, cet article publié dans Valeurs Actuelles propage largement le point de vue des militaires, et notamment des unités concernées par la suspension de leur hiérarchie. L'auteur parle ainsi de règlement de compte à l'endroit du général Poncet, ce qui expliquerait la main lourde du pouvoir politique :

Henri Poncet [est] beaucoup plus apprécié de ses subordonnés que de ses supérieurs. Formé dans les parachutistes des troupes de marine, familier des complexités africaines et des missions les plus tordues, Poncet commanda le 3e régiment parachutiste de Carcassonne, puis le Cos (commandement des opérations spéciales). Il ne s'y est pas fait que des amis. Le Cos suscite admiration, envie et parfois antipathie. À sa tête, Poncet a agacé quelques-uns de ses pairs - « Trop secret, trop manÅ“uvrier » - probablement ceux qui multiplient les notes de service pour éviter d'avoir à prendre les décisions délicates, les "betteraviers" dans le jargon. [...] L'état-major des armées a lancé une enquête de commandement, sur la foi du mouchardage, tardif, d'un militaire rongé par le remords.

Que peut-on conclure de tout cela?

Premièrement, qu'il semble bien avoir eu une manipulation des faits survenus en mai 2005 pour protéger la troupe, car le tir de 650 cartouches contre un seul homme n'est pas exactement compatible avec la notion de légitime défense. Des mensonges ont été écrits et sont remontés via la voie hiérarchique. Que celle-ci fasse l'objet d'une enquête est légitime.

Deuxièmement, que les opérations militaires modernes ont une sensibilité politique suffisamment forte pour que les officiers du plus haut rang fassent office de fusible lorsque le besoin s'en fait sentir. La mission des armées françaises en Côte d'Ivoire est aussi confuse que difficile. Le contrôle étroit de ses armées semble une réponse à cette situation.

Troisièmement, que la position de la France en Afrique est suffisamment fragile pour que son image doive être protégée par des mesures énergiques. Les dirigeants français, profondément critiques à l'endroit des Etats-Unis et de certaines bavures de leurs soldats, ne peuvent évidemment tolérer de subir pareil traitement de la part de la communauté internationale et africaine.

COMPLEMENT (25.10 0910) : On en sait un peu plus sur les circonstances de cette suspension, si l'on en croit cet article du Monde. La dissimulation des faits au CEMA, en visite en Côte d'Ivoire peu après l'incident, a apparemment pesé lourd dans la balance.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h56 | Comments (8)

21 octobre 2005

La violence manipulatrice

Devenus acteurs des conflits modernes, souvent de leur plein gré, les journalistes sont également devenus des cibles logiques à défaut d'être légales. Malgré les efforts déployés notamment par Reporters Sans Frontières, le nombre de journalistes morts dans un conflit ne cesse d'augmenter. La participation délibérée à l'influence des perceptions, la confusion croissante entre les acteurs, la dimension culturelle croissante des conflits, mais aussi l'inexpérience ou l'inconscience des reporters, sont à mon sens les causes principales de ces décès. A quoi il faut en ajouter une autre, capitale : le fait que la violence, réelle ou potentielle, permette de manipuler les médias par l'entremise de la sécurité physique de leurs employés.

C'est une réalité qui est clairement apparue en Irak, et la multiplication des reporters en chambre est la conséquence des menaces auxquelles sont exposés les membres de la presse. Mais cet article du Figaro montre également que dans une mégapole comme Rio de Janeiro, l'une des cités les plus violentes du monde, les journalistes ne peuvent plus entrer dans certaines zones et sont directement menacés par des organisations criminelles. Une manière de contrôler l'information qui se répand là où les forces de l'ordre ne sont plus en mesure de garantir une sécurité minimale. Et là où les médias eux-mêmes refusent d'assurer leur propre sécurité par un encadrement adapté.

Il convient naturellement de regretter ce développement, même si les journalistes sont en partie responsables de ce qui leur arrive, parce que la qualité de l'information ne peut que pâtir de ces violences dirigées contre eux. Cependant, il reviendra de plus en plus aux citoyens de trouver les structures, les échanges et les garde-fous permettant d'assurer une information aussi complète et nuancée que possible.

Posted by Ludovic Monnerat at 14h51

Irak : la victimisation aiguë

Les militants anti-guerre ne s'intéressent aux soldats que lorsque ceux-ci peuvent être décrits comme des victimes. Cette maxime s'applique également aux journalistes pratiquant librement le combat de la persuasion, comme le démontre une fois de plus Alain Campiotti aujourd'hui dans Le Temps. Sous le prétexte d'un film décrivant le sort de quelques membres de la Garde nationale appelés à servir en Irak, ce journaliste-combattant se livre en effet à un portrait d'ensemble (« Les héros ont la mort dans l'âme ») visant à décrire la situation mentale de tous les militaires américains déployés en Irak ou en Afghanistan.

En utilisant des anecdotes individuelles (personnages isolés et montés en épingle comme des généralités, alors que leur sort au contraire les distingue de la grande majorité) ou des chiffres non conclusifs (études partielles, portant sur « 49'000 » anciens de guerres qui ont vu plus d'un million d'hommes se relayer, sans que la représentativité de l'échantillon ne soit démontrée), c'est à une profonde distorsion de la réalité que se livre Campiotti, ce qui lui permet de conclure sans nuance dans le sens de ses convictions :

C'est une autre arme de l'insurrection, qu'on doit bien connaître du côté de Falloujah ou de Tora Bora: les Américains qui quittent leurs bourgs et leurs campagnes pour aller se battre dans le sable ou la montagne en reviennent avec des cauchemars.

On notera en passant l'incongruité de cette remarque, les habitants de Falloujah ayant massivement participé au référendum sur la constitution irakienne, alors que les montagnes de Tora Bora sont depuis longtemps désertées ; à s'être fait des conclusions hâtives dans un conflit, on risque toujours de les répéter à l'envi et en dépit du monde réel.

Mais le plus important réside bien entendu dans le fait que Campiotti écarte soigneusement de son « éclairage » bien polarisé tous les éléments qui viennent contredire sa thèse des héros devenus victimes. Que les opérations de combat fassent des dégâts autres que physiques, cela va sans dire, et les vétérans des conflits méritent des soins particuliers ; mais à force de les victimiser sans se soucier de leur avis, c'est une image résolument fausse qui est propagée.

L'évolution des effectifs que connaît l'US Army ne corrobore en rien les allégations de Campiotti, et il est révélateur que ce dernier ait choisi de n'en pas toucher un mot. Durant l'année fiscale 2005, la composante active a recruté à 1% près autant de nouveaux soldats en moins qu'en moyenne les 10 années précédentes, et seule la volonté du Congrès d'augmenter ses effectifs - contre l'avis des militaires - a provoqué un manque de 7000 soldats (le Corps des Marines, lui, a dépassé ses objectifs). La Garde nationale et la réserve sont également en-dessous au niveau du recrutement. Mais ces carences sont plus que compensées par les taux de rétention, avec une moyenne de 108% pour toute l'US Army, et qui sont les plus élevés pour les unités déployées en Irak et en Afghanistan.

En d'autres termes, l'argumentation biaisée de Campiotti peut être sans autre altérée : pour chaque « héros » qui a la mort dans l'âme, plusieurs ont le cÅ“ur plus vivant que jamais et s'engagent dans une cause en laquelle ils croient. La lutte des perceptions qui entoure l'opération militaire américaine en Irak ne cessera pas de sitôt, et le spectacle des Irakiens se rendant tranquillement aux urnes doit nécessairement être compensé par d'autres images pour tenter de justifier le ton pessimiste et catastrophiste des médias.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h35 | Comments (2)

20 octobre 2005

L'avenir de la Russie

Le Canadien Mark Steyn est connu pour être le meilleur éditorialiste conservateur, et son portrait récemment publié résume bien sa stature exceptionnelle. Son talent remarquable - et prolifique - s'applique aujourd'hui à la Russie, et notamment à son avenir plutôt sombre, dans un article publié par le Spectator (et aussi disponible ici). Extrait :

Russia has all the EU's problems to the nth degree, and then some. 'Post-imperial decline' is manageable; a nation of psychotic lemmings isn't. As I've noted before in this space, Russia is literally dying. From a population peak in 1992 of 148 million, it will be down to below 130 million by 2015 and thereafter dropping to perhaps 50 or 60 million by the end of the century, a third of what it was at the fall of the Soviet Union. It needn't decline at a consistent rate, of course. But I'd say it's more likely to be even lower than 50 million than it is to be over 100 million. The longer Russia goes without arresting the death spiral, the harder it is to pull out of it, and when it comes to the future most Russian women are voting with their foetus: 70 per cent of pregnancies are aborted.
[...]
So the world's largest country is dying and the only question is how violent its death throes are. Yesterday's Russia was characterised by Churchill as a riddle wrapped in a mystery inside an enigma. Today's has come unwrapped: it's a crisis in a disaster inside a catastrophe. Most of the big international problems operate within certain geographic constraints: Africa has Aids, the Middle East has Islamists, North Korea has nukes. But Russia's got the lot: an African-level Aids crisis and an Islamist separatist movement sitting on top of the biggest pile of nukes on the planet. Of course, the nuclear materials are all in 'secure' facilities - more secure, one hopes, than the secure public buildings in Nalchik that the Islamists took over with such ease last week.
[...]
What would you do if you were Putin? What have you got to keep your rotting corpse of a country as some kind of player? You've got nuclear know-how - which a lot of ayatollahs and dictators are interested in. You've got an empty resource-rich eastern hinterland - which the Chinese are going to wind up with one way or the other. That was the logic, incidentally, behind the sale of Alaska: in the 1850s, Grand Duke Konstantin Nikolaevich, the brother of Alexander II, argued that the Russian empire couldn't hold its North American territory and that one day either Britain or the United States would simply take it, so why not sell it to them first? The same argument applies today to the 2,000 miles of the Russo-Chinese border. Given that even alcoholic Slavs with a life expectancy of 56 will live to see Vladivostok return to its old name of Haishenwei, Moscow might as well flog it to Beijing instead of just having it snaffled out from under.

L'analyse impitoyable de cette nation en déclin rapide mérite d'être lue en entier. L'humour caractéristique de l'auteur ne l'empêche pas de mettre le doigt sur un élément géostratégique de premier plan.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h36 | Comments (3)

Individus contre groupes

On peut lire depuis quelques jours sur le site www.communautarisme.net un entretien électronique avec Anne-Marie Le Pourhiet, un professeur de droit public français qui s'en prend énergiquement à la notion de "discrimination positive". Le texte est particulièrement long et ne va pas toujours à l'essentiel, mais comporte tout de même une analyse remarquablement juste de la dimension sociétale qui caractérise ce phénomène. Bref extrait :

On introduit bien le poison de l'ethnicité dans les critères de recrutement et de promotion. Or ce critère est foncièrement injuste et pervers. Alors que le concours et le mérite provoquent une concurrence et une compétition stimulante entre les individus, l'introduction d'un critère ethnique ne peut que provoquer des rivalités inter-ethniques et un permanent sentiment de frustration et d'injustice. C'est une erreur politique et psychologique colossale.

Cette opposition entre individus et groupes, entre l'action et l'origine, entre le faire et l'être, est effectivement un enjeu de taille - tout comme une contradiction majeure du droit. Elle renvoie chacun de nous à son identité, à celle que l'on reçoit de sa famille, à celle que l'on construit par sa vie, et à celle que les préjugés ou les idéologies nous imposent. Il est hautement probable qu'elle constitue un facteur de division susceptible, à terme, de menacer les identités nationales et donc la stabilité sociétale des nations.

Avant-hier, j'ai eu l'occasion de recevoir ponctuellement deux sous-lieutenants français, qui dans le cadre d'un travail de diplôme à Saint-Cyr souhaitaient obtenir mon avis et mes réflexions sur plusieurs thèmes. L'un d'entre eux était celui de la milice comme facteur de cohésion d'un pays. Le principe de l'armée de milice consiste à prendre l'ensemble des citoyens, indépendemment de leur origine et de leur identité, pour les recruter, les incorporer, les instruire et les engager en fonction de leurs capacités et de leurs goûts. Un principe d'équité qui entraîne un brassage et des échanges inédits.

Bien entendu, le système est loin de fonctionner de façon aussi idéale, mais le fait de traiter chacun de même est l'une de ses principales qualités. On remarquera que les choses commencent à changer pour les officiers des grades les plus élevés, puisque des questions d'équilibre linguistique et d'appartenance cantonale commencent à être pris en compte, comme d'ailleurs dans l'administration fédérale en général. Mais ceci ne concerne pas l'énorme majorité des citoyens. Le jour où l'on commencera à dire que le corps des officiers ne compte pas assez d'immigrés de deuxième ou troisième génération, ou de militaires de confession musulmane, c'est que cette équité sera à son tour prise pour cible.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h06 | Comments (15)

19 octobre 2005

Confusion en Afghanistan

Un article mis en ligne hier par Le Monde affirme que la France a fait valoir sa position concernant le devenir des opérations de l'OTAN en Afghanistan. Depuis plusieurs mois, les discussions sont en effet intenses au sein de l'Alliance concernant une intégration des 2 forces multinationales actuellement déployées dans le pays : l'International Security Assistance Force (ISAF), qui compte 10'500 militaires de 38 nations différentes sous le commandement de l'OTAN, via le Joint Forces Command HQ de Brunssum ; et la Combined Joint Task Force 76 (CJTF-76), qui compte quelque 20'000 militaires avant tout américains sous le commandement du Central Command. L'extension progressive des activités de l'ISAF, au nord puis à l'ouest du pays, va ainsi se poursuivre au sud, et ses effectifs passeront à 15'000 militaires.

Ces deux forces ont en théorie une mission radicalement différente : l'ISAF est chargée de stabiliser et de sécuriser l'Afghanistan, alors que la CJTF-76 est chargée de combattre les islamistes au sud-est du pays. La dimension politique de cette différence est importante, puisqu'il est possible de présenter les uns comme « faisant la paix » et les autres comme « faisant la guerre », et la France n'est pas le seul membre de l'Alliance a être sensible à cette perception. De ce fait, la reprise par l'OTAN de l'opération « Enduring Freedom » aurait trop ressemblé à une reconnaissance de la stratégie offensive américaine mise sur pied au lendemain du 11 septembre pour être sans autre acceptée.

Mais dans la réalité, cette différence est très largement fictive, et ceci pour au moins trois raisons. Premièrement, plusieurs pays ont engagé dès 2002 des contingents dans les 2 opérations simultanément, comme la France avec un contingent dans l'ISAF pour la formation de l'armée afghane et un contingent de forces spéciales dans la CJTF-76 pour la traque des membres d'Al-Qaïda. Deuxièmement, la séparation entre les 2 opérations est loin d'être nette : non seulement les deux structures échangent-elles des renseignements sur une base quotidienne, mais l'ISAF fournit également des appuis - feu air-sol, transport, etc. - à la CJTF-76 lorsqu'une demande peut être satisfaite. Troisièmement, dans l'esprit des islamistes présents dans le pays et en bordure, tous les soldats occidentaux sont des ennemis.

Le fait que des soldats français aient été blessés aujourd'hui par un explosif improvisé au nord-ouest de Kaboul souligne malheureusement la vacuité des oppositions politiques basées sur des apparences confuses. Le compromis annoncé par le général dirigeant le comité militaire de l'OTAN, avec un adjoint « sécurité » de l'ISAF ayant une double subordination, n'aboutira qu'à une structure bancale que les militaires déployés vont rapidement contourner. Sur place, personne n'ignore que les opérations visent des objectifs à terme similaires, et que l'OTAN est appelée à renforcer son emprise sur le pays et la région sous peine de voir ses efforts réduits à néant.

COMPLEMENT (21.10, 0700) : Un communiqué officiel du Pentagone résumant les propos du SACEUR, le général Jones, complète et corrige la perspective. Il fournit notamment plus de détails sur l'articulation future de l'ISAF et donne des chiffres différents concernant le volume actuel des forces :

When the plan is complete, Germany will command in the northern provinces, Italy those in the west and around Kabul, the United Kingdom in the south, and the United States in the east. France and Turkey will also share the security mission in the north.
Once the NATO mission has expanded throughout the country, those forces will probably come under the command of an American general, who will also be commander for non-NATO nations in the country, Jones said. Currently, 12,000 members of NATO's security force are in the country. Just over 21,000 soldiers are in the coalition force in the region, including about 18,000 U.S. servicemembers.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h47 | Comments (2)

18 octobre 2005

Irak : intox et contre-intox

Un cas d'école s'est produit hier en Irak en matière de lutte des perceptions. Il vaut la peine de se pencher sur ce cas pour mieux vérifier l'éclatement du sens qu'autorisent les technologies modernes.

Dimanche dernier, des avions et des hélicoptères de combat américains ont frappé différentes cibles dans l'ouest irakien, près de la ville de Ramadi, qui est régulièrement le théâtre d'affrontements. La dépêche de l'agence AP annonce qu'environ 70 combattants auraient été tués dans ces frappes, selon les militaires américains, et qu'au moins 39 des victimes seraient des civils, selon des habitants. Dans le texte, on relève d'autres affirmations contradictoires, mais qui penchent majoritairement dans le sens de dommages collatéraux ; AP se réfère à ses propres sources, soit du personnel irakien non mentionné, pour mettre cette version en évidence. Sur la base de ces seuls éléments, il est difficile de ne pas s'imaginer des bombardements désordonnés frappant indistinctement combattants et non combattants.

Quelques heures plus tard, un militaire américain bloguant à partir de l'Irak - du moins d'après les apparences - a mis en ligne sa version des faits, puisque l'homme affirme être déployé dans le secteur de Ramadi. Il décrit ainsi de manière générale la situation dans la zone touchée par les bombardements et précise qu'il connaît l'homme qui a désigné les cibles pour les avions ; l'escadrille a d'ailleurs envoyé les clips vidéo des frappes, et le blogueur affirme que l'on voit nettement des insurgés avec des armes, et que donc l'affaire est une destruction sans bavure. Le tout enrobé dans un appel à faire confiance aux soldats qui se battent au sol et dans les airs.

A distance, il est naturellement impossible de se faire une opinion tranchée. On peut même affirmer que les convictions en chacun de nous peuvent inciter à croire les uns ou les autres, notamment selon les préjugés que l'on peut porter à l'endroit des actions armées. Mais le plus important réside dans le fait qu'un individu, situé au bon endroit et au bon moment, a décidé de contrer une perception diffusée par un média grand public et y parvient auprès d'un certain nombre de personnes. Combien ? Si l'on se base sur une recherche Technorati, le nombre restreint de liens laisse penser que ce nombre reste faible, même si cet indice est très partiel.

On peut en revanche penser que la diffusion d'images avec le texte, et notamment d'extraits de bandes vidéo, aurait largement accru l'impact de ce billet. Un tel produit médiatique aurait immanquablement été repris jusqu'à ce qu'il soit pleinement intégré au circuit traditionnel des médias. Et cette possibilité, multipliée par le nombre d'intervenants potentiels dans une telle situation, montre combien le sens peut être éclaté, voire nivelé, par les outils de communication actuels.

Il reste bien entendu la possibilité que ce blogueur cache en réalité une opération d'information militaire clandestine, destinée à orienter les perceptions sous l'apparence de billets anonymes. Possible, mais peu probable. La réalité est toujours moins contrôlée et linéaire que les théories conspirationnistes ne le font croire.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h47 | Comments (12)

Une presse antidémocratique ?

Le journaliste Alain Hertoghe s'est livré hier à une revue de presse française édifiante concernant un documentaire diffusé par Canal+ et intitulé « Etats-Unis : à la conquête de l'Est ». Ce reportage, qui montre les efforts américains pour propager la démocratie et appuyer le renversement de régimes autocratiques, est en effet accueilli d'une façon souvent négative par les critiques cités. Extrait :

Dans le supplément télévision du Nouvel Observateur, Eric de Saint Angel est beaucoup plus amusant. "Bien évidemment, écrit-il, l'administation Bush, avec sa clique de va-t-en guerre et de stratèges plus souvent tortueux qu'inspirés, n'est pas étrangère à ces événements", qualifiés de "machinations extérieures et de jeux géopolitiques". Pas très malins, visiblement, ces Serbes, Géorgiens, Ukrainiens et Kirghizes qui adoraient leurs autocrates respectifs et qui, tels des marionnettes du cow-boy Bush, les ont renversés sans le vouloir vraiment...

Pour Hertoghe, l'anti-américanisme primaire est à la fois grotesque et drôle, et l'absence de l'Europe dans la promotion active de la démocratie doit être regrettée. Une telle position est déjà avancée pour un membre - certes ostracisé - des médias, mais à mon sens elle s'arrête à mi-chemin. Dans ces commentaires dédaigneux et méfiants, c'est bien une action antidémocratique qui est entreprise ; quelles que soient les motivations des uns et des autres, s'opposer à des initiatives favorables à la démocratie revient à s'opposer à la démocratie elle-même. Suspecter le pire derrière des actes louables n'est pas une preuve de pragmatisme, et le dénoncer témoigne d'un blocage cognitif ou émotif. Un refus d'admettre les faits tels qu'ils se déroulent.

Au fait, est-ce que s'opposer à la démocratie ne fait pas des médias des acteurs devant être contrés, voire combattus - avec des moyens démocratiques, bien entendu ? Voilà une question qu'il serait souhaitable de discuter. Calmement !

COMPLEMENT (18.10, 1740) : Le commentaire de Ralph Peters aujourd'hui dans le New York Post mérite le détour. Il s'en prend ainsi de manière particulièrement rude à la presse traditionnelle :

A herd mentality has taken over the editorial boards. Ignoring all evidence to the contrary, columnists write about our inevitable "retreat" from Iraq, declaring that "everyone knows" our policies have no chance of success.
That isn't journalism. It's wishful thinking on the part of those who need Iraq to fail to preserve their credibility.
We are dealing with parasitical creatures who, never having done anything practical themselves, insist that the bravery and sacrifice of others has no meaning. Their egos have grown so enormous that they would sacrifice the future of Iraq's 26 million human beings just so they could write "I told you so." And, of course, the greatest military experts are those who never served a day in uniform.

Créatures parasitaires? Voilà qui va plutôt loin...

Posted by Ludovic Monnerat at 9h33 | Comments (15)

17 octobre 2005

Une catastrophe lointaine

Neuf jours après le tremblement de terre survenu au Cachemire, le bilan s'élève à 53'000 morts et 3,3 millions de sans abri, et le nombre de disparus fait redouter jusqu'à 100'000 victimes. En d'autres termes, il s'agit d'une catastrophe gigantesque, d'une destruction massive somme toute analogue à celle engendrée par le tsunami en Asie du Sud-Est. Et pourtant sa couverture médiatique reste plutôt modeste. Ce qui s'explique bien entendu par deux raisons : premièrement, l'absence quasi totale de citoyens occidentaux parmi les victimes, qui limite les enjeux pour les médias ; deuxièmement, la situation du Pakistan en général et du Cachemire pakistanais en particulier, qui limite les activités des médias.

Les catastrophes naturelles ont donc un traitement tout différent selon l'endroit où elles se déroulent : l'ouragan Katrina aux Etats-Unis a donné lieu à une couverture apocalyptique, visant à blâmer au plus vite l'administration Bush sans la patience et l'honnêteté que requiert l'examen des faits, alors que le tremblement de terre au Cachemire est suivi avec une compassion de bon aloi, sans une recherche exacerbée du scandale en dépit du déroulement assez maladroit des opérations de secours. Deux phénomènes viennent ici se superposer : la motivation économique, qui recherche un sujet rentable en terme d'audience, et la motivation politique, qui recherche un sujet malléable en terme d'influence.

Dans une perspective moins analytique et plus émotionnelle, les images du Pakistan me rappellent évidemment les scènes de désolation auxquelles j'ai assisté voici presque 8 mois à Sumatra. Les catastrophes d'une telle ampleur ont tellement tendance à dépasser l'entendement que c'est uniquement sur place que l'on mesure un peu mieux les souffrances qu'elles entraînent, le nombre épouvantable de vies qu'elle transforme, obère ou anéantit. Dans ce contexte, se focaliser sur les manquements des secours amène en général à négliger l'essentiel, soit la solidarité spontanée, la générosité inconditionnelle et l'empathie instinctive dont les êtres humains sont capables de faire preuve face aux événements de la pire gravité.

COMPLEMENT (18.10, 1955) : On constate que les opérations d'aide humanitaire suivent un déroulement assez proche par certains aspects de ceux en Asie du Sud-Est. Les hélicoptères sont les seuls moyens permettant d'accéder à l'ensemble des localités sinistrées, et les Etats-Unis déployent des moyens massifs, susceptibles de leur valoir des retombées très positives en terme d'image au Pakistan.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h56 | Comments (10)

16 octobre 2005

L'envers de l'opposition

Les révélations qui ne cessent d'apparaître sur la corruption au coeur du programme "Pétrole contre nourriture", notamment par la mise en examen d'anciens hauts fonctionnaires français (le blog Politique arabe de la France est éclairant à ce sujet), fournissent une perspective intéressante sur la question de la guerre en Irak, et notamment sur l'image de ses principaux partisans et opposants.

Rappelez-vous : au début 2003, la France avait pris la tête de ce que l'on nommait sans raison le "camp de la paix", et leur opposition flamboyante aux visées américaines était symbolisée par une couverture de Paris Match montrant Jacques Chirac et Dominique de Villepin sous le titre "les combattants de la paix". A cette époque, les motivations affichées par la France étaient effectivement celles de la paix, de la stabilité, de la raison, par opposition à la Maison-Blanche, suspectée de vouloir attaquer l'Irak uniquement pour s'emparer de ses ressources pétrolières ou pour satisfaire ses instincts belligérants, aiguisés par le 11 septembre.

Aujourd'hui, le déroulement des événements impose de plus en plus une spectaculaire inversion des perceptions. D'une part, l'attachement américain au processus démocratique en Irak ne peut plus être mis en doute, et son succès éclatant balaie tout argument sur l'impossibilité d'implanter la démocratie sur les traces d'une armée. D'autre part, les révélations faites notamment en France montrent que les membres du "camp de la paix", loin d'être des colombes, avaient des intérêts matériels à maintenir Saddam Hussein au pouvoir, et donc que la moralité affichée de leur position dissimulait d'autres motivations.

Naturellement, il ne faudrait pas tomber dans l'excès inverse, et dépeindre les Américains en libérateurs utopistes, apportant les bienfaits de la démocratie de façon toute désintéressée : c'est bien parce que la propagation des valeurs démocratiques sert leurs intérêts, notamment en combattant efficacement le fondamentalisme musulman, que les Etats-Unis la mettent en oeuvre. Même un idéal reste une arme dans l'infosphère. En revanche, il est temps de procéder à un rééquilibrage et de montrer que tous les protagonistes stratégiques ne font que poursuivre leurs intérêts subjectifs. La supériorité morale est un concept hautement douteux à ce niveau.

Posted by Ludovic Monnerat at 16h37 | Comments (15)

15 octobre 2005

Une escapade automnale

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Voici presque 6 mois, je m'étais accordé une escapade printanière qui m'avait mené sur le Moron et ramené via Champoz. Cet après-midi, en poursuivant sur la lancée de mes vacances, j'ai effectué le même parcours avec un plaisir intact. Naturellement, la transformation de la nature offre une différence assez saisissante, même si l'automne est tout aussi charmant dans le Jura que dans le Pays d'Enhaut. Autres différences, anecdotiques celles-là : j'ai cette fois croisé une ribambelle de randonneurs suisse-allemands, j'ai été accompagné par les détonations venant du stand de tir de Perrefitte, et j'ai mis une demi-heure de moins. Je vais maudire l'hiver... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 17h47

Irak : un vote essentiel

Le référendum constitutionnel irakien se déroule aujourd'hui, avec ses inévitables violences, mais aussi avec son importance majeure dans la construction d'un Etat raisonnablement stable et démocratique. Les inscriptions massives montrent que le principe même du scrutin est prisé par les Irakiens, ce dont il a toujours été incongru de douter ; quant aux craintes qu'inspire le texte, et l'Etat fédéral qu'il fonde, il est bien trop tôt pour savoir si elles sont justifiées ou si elles relèvent du scepticisme et du pessimisme maladifs qui entourent la perception de la situation en Irak depuis 2 ans et demi.

Il devient presque trivial de rappeler, comme l'a fait Ivan Rioufol dans son dernier bloc-notes, que la plupart des commentateurs jugeaient impossible en 2003 et 2004 la mise sur pied d'un tel référendum, sur un texte rédigé par un Parlement élu. En fait, ce processus confirme que le vote est bel et bien ce que j'ai appelé avec un brin d'ironie une arme de légitimation massive, dans le sens où elle permet une expression populaire majoritaire (selon la participation, naturellement) qui s'oppose explicitement aux actions violentes minoritaires. Une manière de redonner un gigantesque coup de fouet à tous ceux qui croient servir un nouvel Etat.

Les perspectives en Irak restent pourtant contrastées. Derrière les attentats et attaques en cascade, derrière la criminalité très répandue et les règlements de compte internes, une nation sans équivalent au Moyen-Orient est en train de se dresser. La perception qui en est aujourd'hui donnée par les médias occidentaux reste avant tout celle d'un bourbier pour les Etats-Unis, alors même que le rôle de ceux-ci ne cesse de diminuer dans le pays ; les violences de basse intensité et le terrorisme ne vont certes pas cesser comme par enchantement avec un règlement politique des antagonismes propres à l'Irak, mais leur impact souffre des scrutins électoraux. Ceci étant, cette vision d'un Etat en proie au chaos ne pourra pas très longtemps être aussi détachée de la réalité.

Face au développement assez spectaculaire des forces armées irakiennes et de l'économie nationale, on peut ainsi penser que l'Irak aura dans quelques années une position de force sur le plan régional. A cet instant, il sera temps d'accuser les Etats-Unis d'avoir trop armé, trop militarisé ou trop favorisé ce pays... et ainsi de corriger un excès par son exact opposé.

COMPLEMENT (15.10, 1830) : Il semblerait que ce vote se soit globalement bien déroulé, avec une participation annoncée à 61%. Naturellement, outre le résultat, la participation selon les provinces sera un indice important pour voir si la population a suivi le Gouvernement.

COMPLEMENT II (16.10, 1145) : De manière tout de même surprenante, le scrutin n'a connu qu'un nombre minime de violences. De plus, la participation semble avoir été élevée dans la totalité du pays, y compris dans les provinces à majorité sunnite. En d'autres termes, un succès qui confirme la force et l'élan d'un processus démocratique, même imparfait.

COMPLEMENT III (16.10, 1850) : Il vaut la peine de lire l'analyse de Wretchard à ce sujet. Pour lui, ce vote représente la fin du début, et la preuve de l'échec total des tactiques terroristes employées par la guérilla sunnite.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h30 | Comments (8)

14 octobre 2005

La fin des vacances

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Les meilleures choses ont toujours une fin : mes brèves vacances s'achèvent à l'instant, alors que je patiente à la gare de Lausanne pour le train qui me ramènera dans mon Jura natal. Afin de lever le maigre suspense lié à la question, j'étais de dimanche à aujourd'hui dans le charmant village de Château d'Oex (voir ci-dessus), dans le Pays d'Enhaut, une localité qui offre beaucoup de charmes aux promeneurs - comme son église réformée (ci-dessous), dont le clocher est en fait une ancienne tour de garde. Le temps magnifique a largement contribué à la réussite de ces vacances... mais le retour au bureau, lundi, s'annonce déjà rude !

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Posted by Ludovic Monnerat at 12h16 | Comments (6)

13 octobre 2005

Près de la zone militaire

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L'une des ballades effectuées cette semaine m'a amené à passer au-dessus du lac de l'Hongrin, que l'on voit ici avec son barrage. Curieusement, malgré ma carrière militaire plutôt fournie dans les rangs de l'infanterie, et même ponctuellement dans ceux des troupes mécanisées et légères, je n'ai jamais effectué de service sur la place de l'Hongrin, alors que celle-ci représente l'un des rares endroits où la troupe peut engager librement un large éventail d'armes et mener des exercices à munitions réelles sans crainte exagérée des nuisances. Raison de plus pour être satisfait de passer par là ...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h14 | Comments (3)

La chose et la place

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Au moins, le message a l'avantage d'être clair, n'est-ce pas? Cette pancarte se trouve sur la porte d'un atelier de mécanique dans le village où je séjourne actuellement. Une manière de rappeler en permanence au personnel que l'ordre règne en ce coin de pays... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 22h07

12 octobre 2005

La vue du sommet

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Cette semaine connaît un temps décidément superbe, et j'en ai encore une fois profité pour faire aujourd'hui une belle balade dans la nature automnale. C'est la première fois que je vais en montagne à cette saison, et je ne le regrette pas un seul instant ! :)

COMPLEMENT (14.10, 1225) : La vue ci-dessus a été prise au sommet des Monts des Chevreuils, au cours d'une randonnée de 16 km à partir de Château d'Oex.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h14 | Comments (6)

11 octobre 2005

Noir comme l'encre

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Il s'est rué sur moi sans hésiter, venant se frotter, se refrotter et se rerefrotter sur mes jambes, Monsieur Chat Noir.

Il a ronronné compulsivement sous mes caresses, fermant les yeux à demi, levant le crâne pour en avoir d'autres, Monsieur Chat Noir.

Il m'a regardé avec une pointe de tristesse, avant de se retourner et de remonter le chemin lorsque je suis parti, Monsieur Chat Noir.

Et je profite de mon retour en train de la capitale pour le montrer, en attendant de peut-être le retrouver, Monsieur Chat Noir.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h01 | Comments (3)

Alerte média : la TSR

En mai dernier, j'avais eu la chance de me rendre à Genève pour tourner une partie d'un reportage pour l'émission Territoires 21, consacré aux sous-marins à propulsion anaérobie. Comme prévu, ce reportage est diffusé ce mois-ci, avec une première demain soir 12 octobre à 2020 sur TSR 1, et des rediffusions le 13 à 1025 et 1455 sur TSR 2. En principe, l'émission est également diffusée sur TV5, mais je n'ai pas réussi à savoir quand...

Il faut noter que le TSR fait bien les choses. La semaine dernière, j'ai reçu un mail m'invitant à donner mon adresse afin de recevoir un DVD du reportage. Et hier, c'est Phil Mundwiller qui m'a appelé pour me prévenir personnellement de la diffusion, en annonçant d'ailleurs que le reportage est époustouflant ! Pour ma part, j'espère avant tout ne pas être trop ridicule à l'antenne... :)

COMPLEMENT (12.10, 2200) : Le reportage était vraiment excellent. L'atmosphère d'espionnage donnait une couleur très attrayante à une séquence dense et informative. Il ne semble pas encore possible de le voir en ligne, seul le lancement est disponible. Evidemment, sur un plan plus personnel, il est on ne peut plus flatteur d'être présenté comme un "expert de premier plan" et d'intervenir plusieurs fois... En même temps, il ne faut pas croire que dans la réalité je suis aussi sérieux que durant mes interventions ! ;)

COMPLEMENT II (13.10, 1340) : Voici l'adresse pour voir l'émission en ligne : http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500002&bcid=385218&vid=6156279&format=160. Merci à Hunden pour l'avoir transmise via un commentaire. En revanche, je saisis mal ces allusions narquoises à ma pauvre chemise... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h40 | Comments (14)

Dans l'air automnal

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Lundi après-midi dans les Préalpes. Le soleil éclatant fait briller la nature dans toute sa majesté. Le vent souffle doucement et tempère la chaleur de l'automne. Les souliers sur le sentier font rouler de petits cailloux blancs. Des troupeaux au loin font entendre leurs cloches. On marche avec entrain. Tout est beau. Tout est prenant.

J'avais oublié combien les vacances pouvaient être reposantes... ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h32 | Comments (3)

Dans la brume matinale

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Dimanche matin à Morteau. La brume coulisse lentement le long de la vallée, caressant légèrement ses flancs rougis. Le ciel forme une toile azur que de rares nuages viennent toucher. L'air est frais, à peine humide. Le Doubs chuchote discrètement. Tout est calme. Tout est serein.

J'avais oublié combien les vacances pouvaient être agréables... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h21 | Comments (2)

10 octobre 2005

Go Trabi Go

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C'était un soir d'octobre 1992. Je vaquais tranquillement à mes occupations, dans ma bonne ville prévôtoise, lorsque 2 de mes meilleurs amis ont débarqué chez moi sans prévenir, au volant de la voiture ci-dessus. J'avais de quoi être surpris : ils avaient tout bonnement effectué le jour même le trajet Berlin - Moutier dans une Trabant modèle 1963, rachetée à un troisième ami qui terminait un séjour linguistique dans la ville. Nous sommes allés manger illico, et ils ont passé la nuit à la maison. Le lendemain, nous avons fait une série de photos dans la zone industrielle, avec la Trabi comme vedette, avant de nous quitter. Et cet engin mythique sommeille depuis dans un garage de la banlieue de Bienne.

C'est pour retrouver ce souvenir unique que nous nous sommes retrouvés les quatre samedi dernier dans le garage en question, en constatant que si la Trabi s'est peu à peu recouverte de poussière, un effort somme toute limité pourrait lui permettre de reprendre la route. Une automobile capable d'atteindre le 120 km/h sur l'autoroute (à la descente) et qui doit être secouée après avoir fait le plein (pour mélanger l'huile et l'essence) mériterait bien une nouvelle jeunesse ! En tant que voiture de collection, naturellement!

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Posted by Ludovic Monnerat at 22h01 | Comments (3)

Un florilège des blogs

Même en vacances, il me paraît toujours important de prendre un minimum de temps pour s'informer. Non seulement pour ne pas entièrement "décrocher", mais aussi pour lire ce que d'autres collègues blogueurs ont à dire sur différents sujets d'actualité. Je me permets donc de vous conseiller un petit florilège, tout à fait personnel et subjectif bien entendu, de quelques billets à découvrir.

J'avais pensé écrire un billet sur le Prix Nobel de la Paix, mais j'y ai renoncé faute de temps. Sisyphos, sur son Mont éponyme, s'en est chargé on ne peut mieux, avec le langage tranché qui est le sien en matière de politique internationale.

L'importance des blogs dans la persuasion est une question âprement discutée. Emmanuel sur Ceteris Paribus s'est livré à une réflexion très intéressante, qui souligne le rôle des blogs sans tomber dans l'excès, ainsi que les différences de part et d'autre de l'Atlantique.

L'interrogation touche également les médias traditionnels. Sur Verdana Blues, Mafalda se demande ainsi quel doit être le rôle des journalistes face à un sujet aussi sensible qu'une pandémie, et s'ils ne devraient pas plutôt se limiter à l'information brute. Une remise en question radicale!

A l'intersection des médias et des blogs, il vaut aussi la peine de lire ce qu'écrit Alain Hertoghe sur son refus de participer aux commentaires de son nouveau blog, Carte de Presse. Ou comment un autre journaliste aborde ce nouveau média et ses possibilités.

Enfin, dans un tout autre registre, je conseille de lire l'examen approfondi que fait Pikipoki des peines les plus lourdes, soit la détention à perpétuité et la condamnation à mort. Un homme qui revient à la philosophie morale de Kant ne saurait être ignoré...

Voilà au moins de quoi ne pas bronzer idiot ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h11 | Comments (3)

9 octobre 2005

Encore des lamas !

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Il y a des semaines comme cela : après avoir croisé un lama durant une séquence de course à pied, non loin de chez moi, j'ai aperçu aujourd'hui 2 spécimens adultes lors de mon passage à la Vue des Alpes. Inutile d'insinuer cette fois-ci que la pratique intensive du sport provoque des hallucinations ! Ces quadrupèdes cracheurs étaient bel et bien là , sous les yeux d'une foule nombreuse, et j'ai les images pour le prouver ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 23h04 | Comments (9)

A la Vue des Alpes

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Le panorama offert ce midi à la Vue des Alpes était à la hauteur de la réputation dont jouit ce lieu : un spectacle magnifique, avec suffisamment de brume pour dissimuler le Plateau et suffisamment de visibilité pour dévoiler tous les sommets alpins. Une occasion à ne pas manquer pour s'emplir le regard et les poumons d'une perspective saisissante...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h41 | Comments (3)

8 octobre 2005

En route pour les vacances

Tout vient à point pour qui sait attendre : c'est par un temps magnifiquement ensoleillé que j'entame aujourd'hui une petite semaine de vacances, que fort modestement j'estime entièrement méritée ! Bien entendu, j'emmène plusieurs dossiers avec moi et j'ai été contraint de caser trois séances à la suite mardi prochain à Berne, mais ces prochains jours ne m'en verront pas moins au vert, en bonne compagnie, dans une nature préservée, et à laquelle l'automne donnera des couleurs inspiratrices. Cela ne signifie pas que je renoncerai à garnir ce carnet, bien entendu ; les images seront peut-être davantage présentes que les mots! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 14h01 | Comments (3)

7 octobre 2005

Les 20 ans du RAID

Le Monde a publié hier un article remarquable sur le RAID, l'unité spéciale la plus connue de la police nationale française, à l'occasion de son 20e anniversaire. Au-delà de l'historique de l'unité et des luttes intestines qu'elle a dû mener, il est intéressant de constater à quel point la compréhension des individus et des réseaux présentant une menace, dans toute leur dimension psychologique, morale et cognitive, a été développée :

La réorientation du RAID vers l'antiterrorisme oblige désormais les agents à une connaissance approfondie des dossiers. La 2e section ne se contente plus d'exécuter les demandes d'interpellation transmises par la direction générale de la police nationale. Elle reçoit les notes de synthèse en provenance des services de police judiciaire, les étudie méticuleusement et les intègre dans ses propres bases de données. Une mémoire informatique, entretenue en permanence, permet ensuite aux policiers de faire des vérifications dans le cours même de leur mission.
"On a commencé à faire cette bibliothèque avec le Groupe islamique armé (GIA), puis le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et Al-Qaida, souligne Jean-Marc Fata. Les gars doivent connaître l'idéologie et les habitudes de leurs objectifs. Même chose pour la Corse : ils doivent savoir que le Groupe du 22-octobre ne se conduit pas comme l'Union des combattants." Il arrive que les responsables de l'enquête à la DST, aux renseignements généraux ou à la DNAT se déplacent au château de Bièvres pour briefer les membres de l'unité. En outre, chaque semaine, des cours théoriques sont dispensés aux policiers sur l'histoire du salafisme, la hiérarchie de l'ETA ou les mouvements nationalistes corses.

Une lecture conseillée.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h23 | Comments (18)

L'éclatement du sens

La sphère de l'information n'en finit pas de subir les effets de la révolution due au progrès technologique et à la transformation des collectivités. Quelques exemples récents le démontrent : suite à la prolifération des images d'origine privée lors des attentats de Londres, la BBC déclare désormais qu'elle est davantage un facilitateur qu'un diffuseur d'information publique ; le réseau Al-Qaïda place des offres d'emploi dans le quotidien Asharq Al-Awsat, afin d'engager des spécialistes du montage vidéo capables de produire des séquences servant la propagande islamiste ; la facilité à trafiquer les images numériques avec des logiciels gratuits amène des experts à rechercher des méthodes toujours plus poussées pour détecter la falsification et préserver la crédibilité des supports visuels fixes.

Le point commun de ces faits épars, déjà souligné maintes fois sur ce site, n'est autre que le renforcement du petit face au grand, de l'individu face aux organisations, de la qualité face à la quantité. Les nouveaux espaces conflictuels et/ou concurrentiels ouverts par la technologie, soit l'infosphère et le cyberspace, offrent aux acteurs les plus démunis des possibilités d'action et d'influence inimaginables dans l'espace physique ou électromagnétique. La première puissance mondiale, la multinationale géante, l'organisation non gouvernementale, le réseau terroriste religieux ou Monsieur Tout-le-monde ont désormais une capacité de production sémantique comparable. La génération éclatée et libéralisée du sens aboutit à une gigantesque redistribution du pouvoir.

De même que la révolution industrielle a permis à la puissance mécanique de supplanter la puissance musculaire, la révolution de l'information amène aujourd'hui la puissance cognitive à prendre le pas sur le reste. Mais l'information est en parallèle devenue autant une arme qu'une ressource. Dès lors que les rapports de forces entre acteurs s'expriment davantage par la conquête des esprits et des marchés que celle des territoires, le savoir vaut plus par sa diffusion que par son acquisition. Le renseignement reste la première ligne de défense de toute organisation, mais sa première ligne d'attaque n'est autre que la communication. Puisque vaincre passe par convaincre, le succès dépend nécessairement de la faculté à développer une emprise supérieure sur les décisions et les comportements.

Ainsi, ces deux fonctions élémentaires et complémentaires que sont le renseignement et la communication forment l'axe de la puissance cognitive. Et les structures les mieux à même de les synchroniser concentrent cette puissance, comme le montre l'essor impressionnant des réseaux participatifs ouverts, axés sur l'échange volontaire. Par conséquent, les grandes organisations telles que les administrations nationales ou supranationales ne semblent guère adaptées à ces espaces immatériels, surtout lorsque le sens apparent importe plus que le sens réel. Leur survie, à l'âge de l'information triomphante, est un défi à relever sans tarder.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h47 | Comments (20)

6 octobre 2005

A l'assaut de la forteresse

Les images et les compte-rendus qui nous parviennent ces jours des enclaves de Ceuta et Melilla sont une illustration particulièrement poignante des flux migratoires que favorisent les crises et les déséquilibres, et des mesures de sécurité parfois draconiennes prises pour les limiter. Apprendre que 6 immigrés sont morts lors d'un assaut de l'enclave de Melilla, tués par balles ou piétinés, observer la chasse à l'homme que mènent les forces armées marocaines autour des enclaves suscite un malaise immense. Tout cela est-il vraiment nécessaire ?

La forteresse Europe dévoile ses traits stoïques sous les grillages de ces enceintes, dans les flots de la Méditerranée qui sont fatals à des centaines d'immigrés chaque année. Il est clair que cette notion de forteresse est fortement exagérée, mais l'emploi des forces armées pour surveiller les itinéraires migratoires - également dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, comme l'opération Active Endeavour de l'OTAN, puisque les filières sont similaires - laisse songeur. Je ne veux pas dire par là que les flux migratoires doivent être subis sans autre. J'ai simplement l'impression que l'Europe mène une opération défensive qui ne dit pas son nom, une sorte de guerre lente et anonyme.

Dans de telles situations, les forces de sécurité ne sont que de vains remèdes, des prescriptions ralentissant légèrement le processus et fournissant des images potentiellement utiles. Rien de plus.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h03 | Comments (32)

Un lama sur ma route

Hier après-midi, alors que j'effectuais un parcours de course à pied après un parcours à vélo (il y en a encore qui vont me prendre pour un cinglé...), j'ai eu la surprise de croiser sur ma route, à la sortie du village de Perrefitte, un lama adulte en liberté. J'ai immédiatement regretté de ne pas avoir d'appareil photo sur moi, malgré certains commentaires ironiques qu'un tel équipement m'a déjà valus voici 2 semaines ; je me suis ensuite méfié, ayant en tête les mésaventures du capitaine Haddock avec les lamas, et finalement j'ai croisé l'animal en me tenant prudemment à l'écart et en maintenant une foulée constante. Du coup, il s'est contenté de me jeter un regard dédaigneux tout en mastiquant l'herbe qu'il venait de brouter.

Qui eût cru que le Jura abritait de tels animaux? :)

Posted by Ludovic Monnerat at 14h11 | Comments (4)

5 octobre 2005

Haro sur les hélicoptères

Comme prévu, le Conseil national a refusé l'achat de 20 hélicoptères de transport et d'entraînement pour un prix global de 310 millions de francs. En revanche, et cela vaut la peine d'être souligné, il a accepté le reste du programme d'armement 2005, pour un investissement de tout de même 710 millions de francs. Et cela même alors que tous les autres objets, à commencer par le système d'exploration électronique d'origine israélienne IFASS ou la transformation des Piranha 6x6 en véhicules sanitaires, avaient été contestés en des termes très vifs. Le blocage n'est pas tel que je ne le pressentais.

L'opposition irréductible de la gauche, pour laquelle toute dépense d'armement semble une provocation alors même que la population n'a cessé d'approuver la transformation de l'armée, ne s'est en effet pas reflétée dans les rangs de la droite nationaliste. L'UDC s'est contentée de contester la procédure de sélection de l'hélicoptère, alors que les modèles proposés par Eurocopter et Agusta sont très proches, et non l'acquisition elle-même. Autrement dit, il est fort possible qu'un certain retard soit mis à profit pour clarifier la procédure de sélection, ou mieux communiquer son déroulement, et que le remplacement des Alouette 3 puisse se faire largement dans les délais prévus.

Une fois encore, il convient de constater qu'une acquisition de grande ampleur est mise en péril par ce qui paraît avant tout être une lacune en matière de communication. Il serait donc temps de préparer la lutte des idées et des perceptions sur les grands objets des prochains programmes d'armement, comme les nouveaux avions de combat, la modernisation de la flotte blindée ou les réseaux de commandement digitaux.

COMPLEMENT (6.10 1040) : Les réactions de la presse romande sont particulièrement contrastées ce matin, entre Le Temps qui juge Samuel Schmid victorieux, 24 Heures qui porte un avis proche et la Tribune de Genève qui au contraire annonce son échec. A se demander si l'on assiste au même événement...

COMPLEMENT II (6.10 1100) : Cela m'avait échappé, mais la palme du commentaire le plus surréaliste revient à Antoine Grosjean dans la TdG, qui n'hésite pas à sombrer dans les contre-vérités (le programme d'armement serait menacé par les hélicoptères alors qu'il a été accepté, notamment) pour asséner sa rhétorique antimilitaire. Extrait :

Mais notre commandant en chef national a quand même réussi à faire (en partie) accepter aux bidasses du parlement un tir groupé d'un milliard de francs. Un montant qui, toutes proportions gardées, semble digne de l'Armée rouge en pleine guerre froide!
[...]
Les polémiques sur l'armement cachent un profond malaise. Il est grand temps d'ouvrir un débat de fond sur le rôle de notre armée. La guerre froide, justement, est finie depuis longtemps, n'en déplaise aux marchands de canons.

On notera ici les deux arguments-clefs utilisés pour véhiculer la perception d'un programme d'armement illégitime et scandaleux. En premier lieu, la notion de guerre froide, d'armée surannée, d'achats dépassés. Je me demande bien comment M. Grosjean peut-il bien affirmer que l'achat d'hélicoptères de transport et d'entraînement serait dépassé, alors que la mobilité aérienne gagne sans cesse en importance. De même, il faudrait qu'il explique comment il entend maintenir une capacité de défense sans système d'exploration électronique moderne, sans radios à longue portée ou sans véhicules sanitaires. L'absence de toute compréhension des engagements futurs ruine cette argumentation.

Deuxièmement, le sempiternel appel au grand débat ne parvient pas à masquer l'a priori idéologique de son auteur. Le grand débat sur l'armée a eu lieu pour la dernière fois au printemps 2003, et la population a tranché en approuvant clairement le projet Armée XXI. Si les missions de l'armée doivent être rediscutées sans cesse, alors que ses acquisitions sont prévues pour une durée de vie parfois supérieure à 30 ans, il est impossible de fixer un cap et de s'y tenir. En fait, le pays a certainement besoin d'un nouveau rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité, car celui publié à l'été 1999 est effectivement dépassé. Mais les choix faits par le souverain doivent être concrétisés.

Enfin, le mépris affiché par M. Grosjean - "petits soldats de Schmid", "bidasses du Parlement" - n'est jamais que l'expression d'une frustration qui ne le grandit pas.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h39 | Comments (19)

Les femmes et la guerre

L'une des preuves les plus marquantes de l'élargissement de la guerre aux sociétés toutes entières reste le rôle croissant que les femmes y jouent. La féminisation progressive des armées en est un aspect, mais les problèmes d'effectifs ont une trop grande influence sur ce phénomène pour le rendre pleinement significatif : le milieu militaire reste profondément masculin, et les femmes n'y sont acceptées qu'à contre-coeur, parce que leurs compétences spécifiques sont nécessaires et parce qu'il faut bien remplir les rangs. Que les opérations de combat en Irak aient confirmé leur valeur combattante ne change rien à l'affaire.

En revanche, la présence de femmes dans les réseaux terroristes islamistes, et qui plus est de converties prêtes à soutenir jusqu'au bout leurs hommes dans le djihad, est un aspect révélateur. Elle montre que les idées radicales et le sectarisme sont un appât pour des personnes fragiles et instables, et que les réseaux islamistes en tirent profit pour recruter une main d'oeuvre utile à plus d'un titre. Mais elle indique également que le personnel de ces organisations censées combattre outrepasse toutes les normes et les frontières usuelles, et que l'emploi de femmes ou d'enfants pour confondre les forces de sécurité est une méthode désormais commune.

L'amenuisement des distinctions entre combattants et non combattants provoque immanquablement un retour à la barbarie. Le terrorisme aveugle, tel qu'il s'est encore manifesté le week-end dernier par les attentats de Bali, écarte cette distinction au niveau des cibles. La composition des organisations armées, relevant du terrorisme ou de la guérilla, écarte cette distinction au niveau des acteurs. Et tout ceci est rationalisé par des idéologies et des doctrines visant à élargir au maximum les moyens et les méthodes. Telle est la marque de la guerre sociétale. Chacun de nous peut être victime. Chacun de nous peut être coupable.

Une telle compréhension de la guerre n'est pas nouvelle. J'en veux pour preuve cet extrait de la Transformation de la guerre, de Martin van Creveld, publié en 1991 :

"La guerre ne se déroulera pas sur un champ de bataille - ce type d'espace n'existe plus de par le monde - mais au sein d'environnements complexes, naturels ou artificiellement créés. Ce sera une guerre d'écoutes, de voitures piégées, de tueries au corps à corps, dans laquelle les femmes transporteront des explosifs dans leur sac, ainsi que la drogue pour les payer. Elle sera sans fin, sanglante et atroce."

Une vision éminemment pessimiste, dont les éléments épars sont bien présents dans l'actualité, et qui doit être acceptée comme telle, c'est-à -dire comme projection, pour trouver la volonté de la conjurer.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h25 | Comments (4)

4 octobre 2005

La France et l'OTAN

Le Figaro a consacré hier une série d'articles au lancement opérationnel de son nouvel état-major multinational, le Corps de réaction rapide-France (CRR-FR). Le ton donné par ces textes est très clair : il s'agit pour la France de réaffirmer son statut de puissance militaire sur le plan international, et d'être capable de commander des actions d'envergure dans le cadre de l'OTAN ou de l'Union européenne. C'est pourtant bien l'Alliance atlantique qui constitue le moteur de cette évolution, et le retour progressif de la France dans ce bercail, quitte à formater un état-major et ses éléments de soutien selon les standards OTAN, montre bien que l'UE ne constitue qu'une hypothèse politique.

Concrètement, de quoi s'agit-il? L'Armée de terre française vient en fait de mettre en oeuvre le 7e état-major terrestre multinational de réaction rapide, qui entre dans le cadre des High Readiness Forces (HRF) de l'OTAN ; les 6 autres sont l'Allied Rapid Reaction Corps essentiellement britannique (et qui se prépare à commander l'ISAF en 2006, en Afghanistan), l'Eurocorps, le corps germano-néerlandais, le corps italien, le corps turc et le corps espagnol. Ces états-majors sont en mesure d'appliquer le concept de force de réaction rapide de l'OTAN (NRF) : déployer après 5 jours de délai un contingent de la taille maximale d'une brigade et assurer le commandement de l'opération pour une période allant jusqu'à 6 mois. Ce qui n'est pas une mince affaire, lorsque l'on sait qu'il faut 17 vols de C-17 pour déployer l'EM de l'ARRC.

Cet état-major suit donc les lignes de la planification faite à l'OTAN à l'enseigne du concept CJTF, et le CRR-FR est prévu pour être en alerte dans la rotation n°11 entre juillet 2008 et janvier 2009. Pour une opération d'une grande ampleur, il va de soi qu'un état-major opératif est nécessaire - ceux fournis par les Joint Forces Command HQ de Brunssum et Naples, anciennement AFNORTH et AFSOUTH, ou le Joint HQ de Lisbonne. Dans ce cas, la planification de l'opération doit commencer dans un délai de 7 jours - le temps de réunier les officiers d'état-major nécessaires - et le déploiement dans un délai de 30 jours. Un QG de CJTF compte en principe 525 officiers d'état-major, sauf s'il est déployé en mer - l'USS Mount Whitney, qui peut être activé en 72 heures, n'offrant que 253 places.

Quels enseignements peut-on tirer de tout cela? La France défend ses intérêts stratégiques en adaptant et en intégrant ses capacités de projection de puissance, et elle confirme son rôle d'acteur majeur dans le domaine des conflits armés. En revanche, il paraît bien difficile aujourd'hui de s'imaginer comment il est possible qu'un état-major opérationnel puisse laisser ouverte la chaîne de commandement qu'il appliquera - celle de l'OTAN ou celle de l'UE. Le recours à des systèmes d'information et de communication de type OTAN, ainsi que l'intégration d'officiers non membres de l'UE, impliquent une dépendance considérable envers l'OTAN, envers ses structures, envers ses processus, et donc envers ceux qui les contrôlent le plus - les Etats-Unis d'Amérique.

Malgré cela, toute amélioration des capacités militaires européennes est une chose aussi positive que souhaitable.

Posted by Ludovic Monnerat at 13h24 | Comments (6)

3 octobre 2005

Le bilan de septembre

Comme c'est l'usage, je profite de ce début de mois pour remercier de tout cÅ“ur celles et ceux qui lisent régulièrement ce carnet et qui prennent part à ses débats. La fréquentation au mois de septembre [et non juillet, évidemment] a connu une belle augmentation du nombre quotidien de visites (1125 contre 999), une légère diminution des pages vues chaque jour (2641 contre 2673) et une légère hausse des hits (5096 contre 5010). Les variations quotidiennes restent très faibles, et 89.1% des visiteurs se connectent directement sur ce site. Une telle fidélité me comble !

La tradition d'ajouter une note humoristique à ces chiffres doit être respectée. Voici donc quelques commentaires à certaines entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé d'honorables visiteurs par ici :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 21h16 | Comments (3)

Cracher dans la soupe

Le quotidien 24 Heures a publié aujourd'hui un article qui se veut critique sur le Swiss Raid Commando, et qui s'appuie pour ce faire sur les déclarations d'un seul officier concernant le coût supposé de l'événement. En présentant ce dernier comme un "grand raout militaire", c'est-à -dire une manifestation festive dont le rôle consiste à produire de l'image, c'est bien une perception précise qui est propagée pour donner du crédit à des propos tenus par un seul interlocuteur. Une substance assez légère et trouble pour construire un article significatif, et qui montre bien que la démarche polémique - annoncée ouvertement par la journaliste le week-end dernier - a besoin de faits pour être crédible.

Son article fait en effet totalement abstraction du fait que le Swiss Raid Commando est aujourd'hui le seul exercice de troupe au niveau brigade mené par l'armée suisse. La présence des raiders étrangers et le concours militaire auxquels ils participent sont une opportunité pour engager un état-major de 85 officiers et sous-officiers ainsi que l'équivalent de 4 bataillons - le bat aide cdmt 2, le bat car 1, le bat ondi 16 et le bat IFO inf 3, avec des renforts divers - dans un exercice majeur en termes de conduite, de logistique et de sûreté.

Pour prendre quelques exemples, l'entre-terrain dans lequel les raiders ont effectué une approche et un repli en conditions tactiques était sillonné par 20 chars de grenadiers à roues 93 de l'ER inf 3, dont les membres faisaient office de marqueurs ; le quartier-général du SRC à Bure était exploité par plus de 100 soldats de transmission et du renseignement ; les places de soutien de base abritaient plus de 100 tonnes d'équipements divers, centralisés et décentralisés par des équipes logistiques se relayant jour et nuit.

En d'autres termes, la question des coûts n'est absolument pas celle évoquée par l'article. L'armée suisse n'a pas augmenté son crédit d'heures de vol en Super Puma, ses stocks de munitions ou ses dépenses en subsistance en raison du SRC : les moyens utilisés l'auraient de toute manière été dans le cadre d'autres activités. Et les frais supplémentaires dus au Raid sont effectivement couverts par son budget de 55'000 francs. Le sens même de l'article est donc contredit par la réalité. Sauf si, bien entendu, on décide de faire des économies de fonctionnement en supprimant tous les exercices d'envergure - alors que l'armée a justement besoin de retrouver une telle dimension.

Il reste à se demander comment il est possible de construire un article sur les déclarations d'un officier isolé, qui consent à cracher dans la soupe et prête son nom à une démarche polémique dépourvue de fondement.

PS : Merci à Chris pour m'avoir signalé cet article. Je recommande également de lire le commentaire de Louis-Henri au billet précédent sur le traitement médiatique du SRC.

Posted by Ludovic Monnerat at 14h26 | Comments (6)

2 octobre 2005

La fin du Raid 05

Après une nuit particulièrement courte, voire sans le moindre repos pour certains membres de l'état-major, le Swiss Raid Commando 05 s'est achevé aujourd'hui par la cérémonie de clôture et la remise des prix. Un effort considérable a été fourni pour établir le classement, les dernières données étant parvenues au quartier-général tard dans la soirée, et le soussigné s'est par exemple retrouvé à 5 heures ce matin à cet endroit pour procéder à l'attribution des prix. Une fois encore, c'est une patrouille suisse qui l'a emporté, en l'occurrence une équipe d'officiers de la compagnie d'éclaireurs-parachutistes 17, qui appartient aux formations de reconnaissance d'armée et de grenadiers. La tradition est respectée.

Avec la fin du Raid et du cycle de 18 mois qui aboutit à sa mise sur pied survient immanquablement une période de décrue, une retombée de l'adrénaline. C'est en général dans ces conditions qu'il s'agit de jeter les bases de la prochaine édition, ce à quoi nous avons commencé à nous atteler - y compris à titre personnel, puisque j'occuperai la même fonction dans la version 2007 du SRC. Encore une nouvelle aventure qui se prépare !

Posted by Ludovic Monnerat at 17h10 | Comments (5)

1 octobre 2005

Au centre de commandement

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Le Raid se poursuit, dans des conditions difficiles en raison de la pluie et du froid, ce qui entraîne des retards non négligeables et des abandons. La nuit a été plus calme que prévu en ce qui me concerne, puisque je n'ai pas veillé au quartier-général et me suis contenté de passer quelques coups de téléphone à intervalles réguliers pour m'assurer que tout se déroulait normalement. En revanche, j'ai passé toute la matinée dans le centre de commandement tactique (autrement dit, le Tactical Operations Center, TOC, en langage international) puisque le chef d'état-major était dans le terrain de la phase action, afin d'assurer la supervision et la coordination de la conduite des opérations. Cette fois-ci, je n'ai pas été préoccupé par des questions médiatiques, puisque la veille j'avais notamment donné une interview et fait une visite du QG à une équipe de France 2 !

L'image ci-dessus a été prise le jeudi 29.9 vers 2350. Elle montre la séance d'orientation faite au TOC en présence de tous les sous-chefs d'état-major, afin de fixer les rôles respectifs dans cet emplacement. Le TOC est un outil de conduite classique, dans lequel un chef de phase est secondé par des représentants de toutes les cellules (opérations, logistique, service territorial, conduite et information) afin d'avoir la vue d'ensemble sur le déroulement des opérations et de prendre les décisions immédiates. Pour prendre un exemple, l'augmentation rapide du nombre d'abandons en début de matinée a amené le représentant de la logistique à élaborer un concept de transport des raiders dans trois zones distinctes de la phase action. La décision prise par les Forces aériennes d'annuler les vols en Super Puma pour cet après-midi provoque de même le déclenchement de décisions réservées.

Pour faciliter la conduite des phases, le TOC compte de nombreux panneaux mis à jour constamment, concernant notamment l'évolution des moyens et l'état des postes, ainsi que des projections de situation issues du réseau monté dans le QG (voir ci-dessous). Il s'agit d'une représentation graphique montrant le dernier emplacement connu des patrouilles et permettant ainsi de se faire une idée de la situation tactique. Un tel outil permet en un coup d'oeil de vérifier des points de détail tout en conservant une bonne vue d'ensemble. Et lorsqu'un problème apparaît, le chef de phase peut rapidement former un petit groupe de travail pour le résoudre et proposer des variantes pouvant être rapidement mises en oeuvre.

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Posted by Ludovic Monnerat at 14h55 | Comments (7)