« Une vengeance ratée | Accueil | Insignifiance à la une »

12 avril 2005

Femmes et enfants d'abord

Les Casques Bleus de la force multinationale déployée au Congo orientel ont lancé aujourd'hui une nouvelle offensive destinée à punir et détruire les milices ayant refusé de rendre les armes avant l'ultimatum fixé. Cette attaque confirme le caractère unique de cette mission et la volonté affichée par l'ONU de restaurer la confiance dans son aptitude à mettre un terme aux conflits de notre époque. Mais elle montre également que l'appellation de « soldats de maintien de la paix », étendue à une opération menée dans le cadre du Chapitre VII, produits des juxtapositions aussi étranges dans le texte d'une dépêche d'agence que dans la composition d'un théâtre d'opérations :

The human rights group Justice Plus charged that peacekeepers intentionally chose a busy market day to stage a March 1 assault on militia who had refused earlier demands to disarm.
As a result, civilians were caught in hours-long crossfire between heavily armed militia and several hundred peacekeepers, the Bunia-based rights group said.

L'armement lourd qui accompagne les Casques bleus, et notamment les hélicoptères de combat, leur fournit un avantage décisif dans toute bataille rangée contre les milices ethniques et tribales de la région. Mais cette supériorité offre aussitôt l'opportunité d'être contre-balancée par des accusations sur le plan moral, comme l'illustre cette citation, et ce quelle que soit la légitimité dont devrait bénéficier la MONUC suite aux décisions du Conseil de sécurité. Vaincre une force irrégulière en la forçant à abandonner le combat ne change pas fondamentalement entre l'Irak, le Congo, l'Afghanistan ou encore Haïti : il s'agit toujours de faire face à des situations d'asymétrie ou de tolérer le chaos.

Or, ce type de conflit confronte régulièrement les soldats aux plus désarmants des civils armés - les enfants, les femmes et les personnes âgées :

Last month the United Nations had said the firefight began when peacekeepers looking to dismantle a Lendu militia camp approached the target and were fired on with 60 mm mortars, heavy machine guns and rocket-propelled grenades. It triggered the biggest gunbattle the peacekeepers have experienced during their six-year mission in Congo.
U.N. officials have also said women and children were among those firing weapons. Women, children and the elderly are known to have participated in Lendu raids.

L'extinction progressive des guerres classiques, entre armées gouvernementales et nationales, et la profusion d'armes automatiques légères disponibles de par le monde expliquent en grande partie le retour d'un phénomène connu depuis l'Antiquité. La fin de la distinction entre armée et population, élément central dans la transformation de la guerre, font que les soldats sont régulièrement confrontés à un dilemme implacable : ouvrir le feu et massacrer des femmes et des enfants, ou refuser le combat et ne pas remplir leur mission - parfois au péril de leur vie. Car ces archétypes de non combattants, mus par la haine, la peur ou la foi, peuvent fort bien tailler en pièces une unité militaire nettement supérieure si celle-ci se laisse prendre au piège.

Un épisode étonnant s'était d'ailleurs produit en Sierra Leone voici quelques années, lorsqu'un groupe de soldats britanniques a préféré être fait prisonniers plutôt que combattre des enfants. Il a fallu l'intervention décidée de forces spéciales (le SAS) pour les libérer, non sans faire des ravages dans les rangs adverses. Pourtant, les enfants drogués et armés de kalashnikovs forment des combattants particulièrement féroces et inconscients, car ils n'ont pas les limites morales que l'âge donne - ou devrait donner - aux adultes, et que le besoin de reconnaissance les amène à pratiquer volontiers une escalade de l'horreur. Cette réalité est peu à peu acceptée par les armées occidentales.

L'an dernier, j'ai assisté à une conférence donnée par un ancien sergent des US Rangers (SFC Shawn Nelson) qui a combattu en octobre 1993 à Mogadiscio, en Somalie, lors de l'affrontement dont Mark Bowden a tiré son livre exceptionnel (Black Hawk Down). Il a décrit une phase des fusillades durant laquelle il a été amené à tuer une famille entière, le père, la mère puis les deux fils en bas âge, parce que ceux-ci ont successivement tenté de l'abattre avec la même arme. A courte distance, avec des regards qui restent gravés dans son esprit plus de 10 ans après. Est-il possible à des soldats de métier de vaincre des foules armées lorsque la mort et le remords sont les seules issues ?

La phrase « les femmes et les enfants d'abord » prend une nouvelle signification à notre ère!

COMPLEMENT I (12.4 2050) : L'arrestation d'un enfant palestinien portant 5 bombes, à un checkpoint tenu par l'armée israélienne, montre une autre facette des éléments décrits ci-dessus.

COMPLEMENT II (13.4 1825) : La publication d'un rapport de l'ONG Human Right Watch, qui sur ce sujet précis semble digne de confiance, souligne le fait que les enfants-soldats en Afrique se transforment parfois en mercenaires itinérants.

Publié par Ludovic Monnerat le 12 avril 2005 à 18:52

Commentaires

Oui, ça fait aussi penser à "Laissez venir à moi les petits enfants" ...

Mais ça rend d'autant plus perverses les attitudes médiatiques (que vous avez vous-même bien déconstruites) comme celles du... FAUSSAIRE de France 2 : Charles Enderlin !

Et son "petit Mohammed" qui a fait tant de mal (totalement immérité !) à l'Armée israélienne, perçue depuis comme... tueuse d'enfants !

Publié par jc durbant le 12 avril 2005 à 21:47

La présence d'enfants soldats est pour nous, occidentaux ordinaires, une constatation inacceptable et monstrueuse qui remue profondément toutes nos conceptions légitimes sur l'enfance et l'innocence.
Difficile de ne pas réagir émotionnellement...

Publié par fingers le 13 avril 2005 à 9:14

Durant la 2eme Guerre, les réseaux de résistances utilisaient souvent des enfants comme courriers ou comme guetteurs, on évitait en principe de les envoyer dans les combats. Mais de nombreux jeunes de 15/16 ans se faisant passer pour plus vieux qu'ils n'étaient ont porter des armes.
Encore aujourd'hui, dans les rangs de l'armée Britanique ont rencontre quelques gamins de 16/17 ans.

Publié par Frédéric le 13 avril 2005 à 11:34

C'est curieux cette distinction à notre époque en fait. Une femme, un enfant, un vieillard peuvent faire autant de dégâts qu'un homme dans la force de l'âge, avec une arme automatique. Automatique veut dire qu'il n'y a pas d'intervention manuelle, rien à faire qu'à appuyer sur un bouton.
Je simplifie, mais c'est l'idée non ? Autrefois, quand faire des dégâts nécessitait une force physique supérieure, alors oui les non-hommes étaient "défavorisés" de ce point de vue là , et donc étaient des êtres vulnérables à protéger en priorité car incapables de se défendre seuls.
La distinction devrait se faire entre armé et non armé, non ? Sur la base de l'estimation du danger posé par la personne et son équipement. Combien de conflits faudra-t'il pour arriver à ce stade de réflexe ?

Quant à l'armée israëlienne tueuse d'enfants: ben oui, elle tue des enfants. Des enfants désarmés qui ne font courir aucun risque aux soldats comme des enfants militants. Elle tue Mohammed Al Dura, dont il importe peu que la balle qui l'a tué était israëlienne ou palestinienne. Lui ne menaçait personne. Mais il ne serait pas mort si Israël n'occupait pas la Cisjordanie depuis bientôt 40 ans. De même que les kamikazes palestininens tuent des enfants israëliens, certains sans défense et d'autres qui vivent entourés de remparts et de soldats ou parents à la gachette facile. Qui eux non-plus ne mourraient pas si leur nation ne s'était pas entichée de l'idée que ce territoire leur appartient.

Publié par gwenita le 14 avril 2005 à 22:34

La lente décadence de la force physique existait déjà à l'époque de l'Antiquité, où les archers étaient systèmatiquement déconsidérés par rapport aux combattants pratiquant le choc, mais les armes automatiques accentuent effectivement le phénomène de façon dramatique. Avec pour corollaire que n'importe qui, aujourd'hui, peut être suspecté de les manier. Et donc que la protection liée à l'apparence de la faiblesse fait peu à peu place à une généralisation ravageuse - la guerre de tous contre tous...

Publié par Ludovic Monnerat le 14 avril 2005 à 23:36

Qwenita, deux choses.

L'armée israélienne tue des enfants uniquement lorsque ceux-ci se comportent comme des ennemis, et ils le font. Les soldats israéliens subissent un entraînement éthique exigeant. Ils se savent très surveillés, au moins autant par ceux qui les soutiennent que par ceux qui les critiquent. Les terroristes arabes palestiniens, eux, tuent sciemment des enfants, et utilisent sciemment les leurs pour en tuer d'autres.

Entre parenthèses, d'où tirent-ils donc la justification de tels comportements?

Quant à l'«entichement» des Israéliens pour cette terre, je vous rappelle que l'État en question n'a pas été conquis par la force, au contraire de la quasi totalité des autres nations (la Suisse y compris, en partie). Israël est un État légitimé par le droit international (http://www.nuitdorient.com/n1412.htm). De plus, une grande partie des terres détenues par les Israéliens modernes ont été achetées, et à des prix plutôt surfaits. Dans le même esprit, l'État d'Israël a accepté et continue d'accepter de dédommager les résidents qui durent quitter leurs possessions à la suite des guerres d'agression des États arabes.

Le droit d'Israël : Pour une défense équitable
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2747206890/qid=1113549968/sr=8-2/ref=sr_8_xs_ap_i2_xgl14/402-6148463-4548916

Publié par ajm le 15 avril 2005 à 9:32

En fait, on peut même légitimement se demander si le meilleur candidat au gouvernement de l'AP, très démocratiquement parlant, ne serait pas finalement! israélien.

En effet, dans la mesure où l'exécrable propagande arabe antisémite (http://www.memri.org/french/video/index.html) cessait enfin, il y a fort à parier que la grande majorité des habitants de la région préféreraient «l'enfer d'Israël au paradis d'Arafat»:
http://www.danielpipes.org/article/2534

Publié par ajm le 15 avril 2005 à 10:16

Peut-être une des pire conséquence de ce type de conflits est que les individus - et à plus forte raison, les enfants et les très jeunes hommes - s'habituent à la violence, exercée et subie, jusqu'au point qu'ils l'intègrent dans leur développement au point de les rendre incapables de vivre dans d'autres conditions non-violentes.
Utiliser les enfants comme combattants, massivement conditionnés, est certainement le plus mauvais service que peuvent rendre les adultes au pays, à la contrée, à l'ethnie voire l'idéal pour lequel ils affirment combattre, en détruisant le potentiel avenir que représentent ces enfants.

Cela démontre que les leaders combattants dans ces conflits sont non seulement totalement irresponsables, mais surtout complètement stupides et que leurs principales motivations sont parfaitement égoistes et nihilistes.

Publié par fingers le 16 avril 2005 à 20:00

Ou peut-être ont-ils juste de mauvaises lectures, depuis tout petit, avant de savoir lire?

Publié par ajm le 16 avril 2005 à 20:28

Oui et non, car ils n'ont pas tous les lectures que vous sous-entendez.

Publié par fingers le 17 avril 2005 à 13:42

Le coran? Pas tous? Il est récité aux petits enfants dès qu'ils peuvent écouter.

Publié par ajm le 17 avril 2005 à 20:38

Le coran? Pas tous? Il est récité aux petits enfants dès qu'ils peuvent écouter.

Oui c'est vrai, j'ai vécu toute ma jeunesse au Maroc mais ce n'était pas différent pour les
petits chrétiens et ne parlons que des Catholiques ( mon héritage ) où on s'enfilait l'ancien testament, c'est à dire une longue énumération de " castagnes " de premier plan ou les Palestiniens étaient des Philistins et les Israéliens des Juifs. En prime la propagande de Bonnes SÅ“urs de bonne foi qui nous décrivaient les messes noires et autres horreurs commises par vous savez qui... C'était dans les années 50 mais en 1978 au Québec j'ai assisté au visionnement d'un petit filme en dessin animé à l'école de ma fille qui avait 5 ans ou Jésus était représenté sous les traits d'un parfait arien et bien entendu Juda avait tous les stigmates attribués aux Juifs. Heureusement cela ne semble pas avoir eu d'effets de nous transformer tous en guerriers sanguinaires et je pense qu'il ne faut pas surestimer le Coran, la Bible ou tout autre livres pour produire de la monstruosité. Celle-ci sommeille dans chaque être humain, peut être dans la partie de notre cerveau reptilien largement entretenu par nos systèmes basés sur la compétition et la aussi il vaut mieux relativiser.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 18 avril 2005 à 5:33

Tous les endoctrinements sont dangereux, bien sûr. Mais là où ce genre de bourrage de crâne est courant, le Coran l'emporte systématiquement, non? C'est qu'il a été conçu pour cela. Alors qu'il faut dénaturer les écritures judaïques et chrétiennes pour en faire des instruments équivalents.

Publié par ajm le 18 avril 2005 à 6:34

Tous les enfants-soldats ( pour rester dans le contexte du billet ) ne sont pas islamiquement endoctrinés. Loin s'en faut.
Les techniques pour les manipuler peuvent être très rudimentaires, brutales et abjectes mais hélas efficaces.
Nul besoin de brandir un livre, aussi sacré soit-il, pour manipuler des gosses dont on a massacré les familles.

Publié par fingers le 18 avril 2005 à 10:05

Les derniers «gosses dont on a massacré les familles» que j'ai personnellement rencontrés étaient Soudanais, et les assassins, les tortionnaires, les violeurs et les propriétaires de leurs parents et amis étaient tous des Musulmans, fiers de l'être.

Oui, je sais, ça n'a aucun rapport.

Publié par ajm le 19 avril 2005 à 15:00

J'accuse Enderlin d'etre un falsificateur de l'information et par consequent un homme dangereux. Comment se fait-il que les Israeliens le laissent entrer chez eux?
Ilan Halimi est une victime de la mahonnetete de ce pseudo journaliste.
Renvoyez cette crapule de l'information.
Merci

Publié par Daniele le 17 mars 2006 à 18:43

Fingers,

Les enfants-soldats ne me dérangent pas.
C'est dans la droite ligne de la Tradition, le concept néo-chrétien de l'immaculée enfance, en qque sorte, étant une boboïserie de mauvais goût.
Evidemment ce n'est pas pour ça que l'existence d'enfants-soldats est une bonne chose en soi, mais c'est un recours qui me paraît acceptable si besoin est.

Publié par Alceste le 18 mars 2006 à 22:19