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31 juillet 2005

La fabrique à monstres (2)

Saisissant reportage que celui publié aujourd'hui par le San Francisco Chronicle sur les camps d'été du Hamas dans la bande de Gaza. On saisit mieux à sa lecture tout le processus de conditionnement et d'endoctrinement qui aboutit à transformer la jeunesse palestinienne en force combattante fanatisée - ce que j'ai nommé ailleurs la fabrique à monstres. Quelques aperçus sont plutôt révélateurs :

"In this camp we learn the important things of life -- good behavior, respect," said Osama, who was spending the summer at a Hamas-run camp on the beach outside Gaza City.
They also learn how to sing "intifada songs," including one urging them to "kill Zionists wherever they are, in the name of God."
[...]
"If Hamas won't watch them, who would keep them busy during the summer break?" asked Ibrahim Salah, an accountant who is also head of Hamas' education department. "When they're in the hands of Hamas, they're in good hands."
At Hamas camp, every camper gets a crisp green baseball cap. Camp officials said they have already given out 12,000 caps this year in 60 Gaza summer camps, out of 100,000 caps they ordered from a Chinese company.
[...]
At one beach camp, attended by approximately 100 kids, an instructor wore a heavy flannel shirt under which a webbed belt could be seen strapped to his stomach. Asked by a reporter what it was, he answered, with a broad smile, "Boom!"
The instructor led a group of young teenagers through marching drills on the sand -- facing movements, close quarter drill. With a smile at the reporter, he put a megaphone to his lips.
[...]
As the instructor, Sa'eb Dormush, stepped aside for an interview, a youth in the group shouted out "moqawama!" -- resistance.
"That is the first word they learn when they are born," Dormush said with a laugh. "This is the next generation."

Les fabriques du Hamas tournent donc à plein régime, et leurs responsables ne dissimulent même pas leurs intentions. Combien de ces jeunes gens finiront en charpie après avoir fait exploser leur ceinture, ou seront transpercés de balles par les soldats israéliens qui auront identifié la menace? Est-il possible de ramener à la raison des individus qui subissent un lavage de cerveau permanent depuis leur plus jeune âge? En même temps, comment ne pas voir que la dégradation économique des territoires palestiniens favorise puissamment les programmes "sociaux" du Hamas, dont les attaques terroristes aboutissent précisément à cette dégradation. Le conflit israélo-palestinien n'est pas près de s'achever...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h51 | Comments (17) | TrackBack

Sur la montagne

MontagneMoutier.jpg

Certes, le mot de montagne est un bien grand mot lorsqu'elle culmine modestement à 1100 mètres. Ceci étant, escalader la Montagne de Moutier reste toujours très plaisant, et mon VTT ne s'en plaint pas le moins du monde! Le ciel assez chargé de cet après-midi a réduit le charme de ces menus plateaux qui ornent les sommets jurassiens, mais le calme qui y règne, à peine troublé par les meuglements du bétail ou les hennissements des chevaux, reste appréciable... avant un retour éclair par la route (voir ci-dessus) qui me ramène chez moi! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h36 | Comments (2) | TrackBack

30 juillet 2005

Les cartes du XXIe siècle

Un article de Ralph Kinney Bennett sur TCS décrit la transformation du concept « ciel ouvert » depuis 50 ans, entre la proposition du Président Eisenhower de survols mutuels du territoire et l'avènement des cartes satellites accessibles à tout un chacun via Google Earth. La démocratisation des images haute résolution prises depuis l'espace est un sujet qui m'intéresse depuis plusieurs années, et elle illustre effectivement une révolution : les Etats et leurs armées ont perdu le monopole de la cartographie et de l'observation spatiale, c'est-à -dire le contrôle d'informations dont la valeur, du coup, tend à diminuer. Il est aujourd'hui possible à n'importe qui de télécharger librement des cartes et des images qui par le passé auraient nécessité des investissements importants. Avec pour conséquence de réduire l'importance du domaine physique comme espace conflictuel.

En tant qu'officier d'état-major général, j'ai reçu un jeu complet de cartes topographiques à échelle 1 : 50 000 de la Suisse (il n'y en a que 77, c'est pratique un petit pays !). Ces cartes créées par swisstopo sont d'une qualité excellente, me servent régulièrement lors de mes randonnées en territoire peu connu, et sont utilisées de façon systématique par les états-majors (jusqu'au niveau brigade ; après, on change d'échelle). Je garde d'ailleurs des souvenirs émus des longues minutes passées à assembler plusieurs de ces cartes, jusqu'à 9 pour un exercice nocturne! Mais si elles conviennent parfaitement à la localisation de forces, d'axes et de secteurs, elles ne disent rien des intentions, des interactions et des opinions. C'est bien l'une des faiblesses des armées contemporaines : conserver un système de représentation qui date de l'époque révolue des forces bleues et rouges. Elles savent où, parfois quoi et quand, très rarement pourquoi.

Imaginons la cartographie classique d'une ville. Une formation qui s'y déploie sait rapidement où elle peut se déplacer, se dissimuler, s'établir et se ravitailler, quels sont les passages obligés à tenir, les axes à protéger, les points névralgiques à contrôler. En faisant un travail de préparation sérieux, on numérote chaque bâtiment, on donne des noms de code à chaque itinéraire, on identifie les connexions énergétiques, économiques et informationnelles. On comprend comment la représentation matérielle de la ville est articulée. Mais une carte ne fournit pas spontanément d'indication sur les lieux symboliques, sur les opinions politiques, sur les valeurs morales, sur les fractures identitaires, sur les antécédents subjectifs. C'est la représentation immatérielle qui fait défaut, et cette carence empêche de comprendre comment vivent la ville et ses habitants.

En prenant le problème par l'autre bout, celui des êtres individuels au lieu de la vue aérienne ou spatiale, les armées confectionnent patiemment des organigrammes qui montrent les liens entre les individus, les groupes, les tribus ou encore les entreprises. Telle est la méthode qui a été employée pour localiser et capturer Saddam Hussein, qui constitue la règle face aux réseaux criminels ou terroristes, et qui était connue sous le nom de « système Trinquier » durant la bataille d'Alger. Ceci étant, un organigramme comptant des centaines de noms reste particulièrement difficile à manipuler, et fait courir le risque de se perdre dans les détails. Cette vision au ras des pâquerettes est indispensable à toute analyse, mais elle ne suffit pas toujours à fonder une décision. L'alternance entre la vue d'ensemble et l'effet microscope conditionne la compréhension d'un secteur d'engagement.

Les cartes du XXIe siècle seront nécessairement multidimensionnelles, et couvriront tous les espaces des conflits à venir : terrestre, aérien, spatial, électromagnétique, cybernétique et sémantique. Nous avons besoin de cartes interactives permettant à l'utilisateur d'effectuer des corrélations entre les emplacements et les activités, entre les opinions et les individus, entre les identités et les signaux, entre les causes et les effets. Et les logiciels d'intelligence artificielle capables de supporter de telles fonctions seront alors aussi précieux et secrets que les cartes approximatives de la Renaissance.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h09 | Comments (2) | TrackBack

Au service de parc

SP.jpg

Il était inutile de reculer plus longtemps : mon arme de service avait un besoin urgent d'un bon service de parc (terme militaire suisse désignant un entretien régulier), ce que je lui ai administré cet après-midi sur la pergola, face à un jardin régulièrement survolé par une demi-douzaine de mésanges. Retrouver l'odeur de la graisse à fusil éveille automatiquement des souvenirs que mes camarades officiers partagent, tout comme les gestes nécessaires à la manipulation du pistolet 75 que j'ai reçu voici 8 ans (un SIG 220, pour être plus précis).

J'ai noté avec intérêt que la voisine qui m'a salué durant le remontage de mon arme ne m'a pas paru autrement surprise d'une telle activité. Voilà bien une caractéristique helvétique... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 17h54 | Comments (25) | TrackBack

29 juillet 2005

Double tranchant militaire

L'une des questions avancées dans le débat ci-dessous, et régulièrement discutées lors de menaces pour la sécurité intérieure, reste l'emploi de l'armée pour le rétablissement et le maintien de l'ordre public. J'entends ici une opération sous commandement militaire, et non un engagement subsidiaire par lequel les formations de l'armée renforcent ou appuient les autorités civiles ; c'est-à -dire une opération dans secteur clairement délimité, avec un chef militaire qui en assure l'entière responsabilité et qui dispose pour son fonctionnement des organes civils dédiés et des moyens militaires attribués. Dans l'armée suisse, où l'on dispose de bases légales et de compétences techniques très avancées en la matière, on parle de sûreté sectorielle pour désigner ce type d'opération - en la qualifiant de préventive pour faire face à une menace asymétrique et de dynamique pour une menace symétrique ou dissymétrique.

Comment peut-on se représenter cela ? Imaginons par exemple qu'un groupe terroriste - appuyé par des sympathisants en voie de radicalisation rapide - décide d'exercer une pression politique sur le Conseil fédéral en annonçant et en démontrant son intention d'interrompre le trafic nord-sud du pays. Dans un tel cas d'école, l'armée pourrait recevoir la mission de protéger les transversales alpines à la fois routières, ferroviaires et énergétiques ; un secteur lui serait attribué le long des axes, et elle devrait sécuriser ceux-ci avec des contrôles de trafic et de personnes, des patrouilles, des escortes, des postes d'observation et des dispositifs de protection autour d'objets-clefs. Dans ce secteur, les militaires auraient des pouvoirs bien plus développés que les forces de l'ordre en situation normale, grâce au droit d'urgence et aux dispositions du service actif fournis par le code pénal militaire.

A l'école d'état-major général, pour mieux préparer les officiers à ce type d'opération, on projette en alternance aux travaux de planification le film Couvre-Feu, avec Denzel Washington et Bruce Willis ; cette fiction hollywoodienne a en effet le mérite de montrer, outre des terroristes islamistes conformes à la réalité, une grande partie des problèmes qui surviennent lorsque l'armée - je parle naturellement de formations de combat, pas de gendarmes ou de carabinieri - prend le contrôle d'une ville ou d'un quartier. Le passage d'une procédure judiciaire à une procédure militaire dans le traitement d'une menace aboutit ainsi à un déni de plusieurs droits fondamentaux, et notamment au remplacement de la présomption d'innocence par la culpabilité par défaut. Le métier de soldat n'est pas celui de policier, et inversement. Même si les deux sont aujourd'hui simultanément nécessaires.

Je suis en train de terminer la lecture de La bataille d'Alger, de Pierre Pellissier. Cette narration très détaillée des premiers mois de 1957 montre parfaitement les défis auxquels a dû faire face la 10e division parachutiste, et notamment celui - capital - du renseignement. Les paras de Massu ont accueilli avec mépris le travail de policier, d'enquêteur, voire de briseur de grève qui leur est échu, mais ils l'ont fait avec abnégation et efficacité ; à ceci près que leurs officiers se sont sali les mains et l'âme en usant régulièrement de méthodes inacceptables pour obtenir les informations nécessaires. L'armée française a gagné la bataille d'Alger contre le FLN, mais a perdu la bataille pour les cÅ“urs et les esprits. Et c'est bien le risque principal que fait courir l'emploi des armées dans la sécurité intérieure : un effet sécuritaire obtenu au prix de divisions, de polarisations et de résistances accrues, et qui finalement s'avère contre-productif. Un remède de cheval qui, administré à doses trop fortes et trop longues, cause la perte du patient.

Mais les armées changent, abandonnent peu à peu les réflexes hérités de la guerre froide, et se préoccupent de maîtriser la violence au lieu d'en faire un usage maximal. Les opérations de stabilisation contemporaines ne leur en laissent d'ailleurs pas le choix : si les forces armées américaines se comportaient en Irak ou en Afghanistan comme elles l'ont fait au Vietnam, voilà bien longtemps que les populations locales se seraient soulevées contre elles, au lieu d'accepter leur présence pour une durée limitée. Les soldats engagés dans ces opérations doivent ainsi être capables de changer de métier, c'est-à -dire de mentalité, en un claquement de doigts ; alterner les rôles au cours d'une même mission, passer de l'ami à l'ennemi ou au neutre en fonction des milieux et des comportements, et ainsi adhérer aux fluctuations des risques et des opportunités.

L'emploi des armées pour la sécurité intérieure, en utilisant les compétences aujourd'hui développées dans les opérations extérieures, ne mène donc pas nécessairement à la quasi-dictature, et donc à l'échec. Mais il doit être strictement limité dans l'espace et dans le temps pour ne pas en faire autre chose qu'une mesure extraordinaire.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h57 | Comments (8) | TrackBack

28 juillet 2005

Une nomadisation planétaire

Le Matin souligne aujourd'hui un phénomène intéressant : les touristes suisses ne boudent pas les destinations à risque, comme la Turquie et l'Egypte, et les seules annulations constatées - un tiers des réservations chez Kuoni - ne concernent par exemple que Charm el-Cheikh, et pas d'autres stations sur la Mer Rouge. On pourrait donc de prime abord conclure à une sorte de résilience touristique, à une acceptation des risques inhérents aux séjours dans des contrées déjà touchées par la lutte planétaire qui sous-tend l'emploi du terrorisme. Voire même à une volonté de ne pas changer ses plans en raison du sang versé par des fous de Dieu.

Même si le terme de psychose est très certainement exagéré, et rappelle à quel point les médias tendent au ridicule par l'effet grossissant de leur loupe, cet article du Figaro montre cependant que l'atmosphère semble différente en Italie. Or 6 vacanciers italiens ont été tués dans les attentats et 34 blessés, alors qu'aucun des 800 à 1000 citoyens suisses présents à Charm El-Cheikh ne l'a été. On peut donc penser que l'absence de perte parmi leurs concitoyens explique l'inquiétude limitée des Suisses, peut-être encore renforcée par les conseils du Gouvernement. Après tout, le nombre de touristes suisses à se rendre en Egypte avait été divisé par trois l'année suivant le massacre de Louxor.

En prolongeant ce raisonnement, il apparaît probable que l'identification aux victimes ne peut se faire sans des images fortes, sans des témoignages bouleversants de citoyens normaux. Les attentats en Egypte n'ont pas engendré suffisamment d'effets psychologiques pour exercer autre chose qu'une baisse ponctuelle et restreinte des arrivées. D'un autre côté, l'augmentation et le rapprochement des attentats réduisent l'importance géographique de la menace terroriste, et donc son caractère tangible. Est-ce que le fait de pouvoir frapper partout ou presque ne transforme pas le terrorisme d'une méthode de guerre impitoyable en un phénomène à la fois immanent et imminent, et donc susceptible de générer un certain fatalisme?

La perception du danger me paraît en train d'évoluer dans les esprits des citoyens occidentaux, avec la révélation progressive d'un ennemi intérieur, avec l'acceptation du caractère transnational et idéologique du terrorisme contemporain. Pourquoi ne pas prendre des vacances sur la Mer Rouge, si les islamikazes menacent de se faire exploser chez nous? A force de n'être en sécurité nulle part, ne vaut-il pas mieux compter sur le voyage pour échapper aux tueurs clandestins de notre temps? Et si l'abaissement du seuil traditionnel de la guerre provoquait une nomadisation généralisée, du moins pour ceux qui en ont les moyens?

A travers l'histoire des conflits armés, l'insuffisance des protections fixes a toujours amené une valorisation du mouvement. Il serait intéressant de constater un phénomène similaire dans le comportement des individus...

Posted by Ludovic Monnerat at 13h40 | Comments (5) | TrackBack

27 juillet 2005

La prescience artistique

En 1990, alors que je travaillais innocemment dans une radio locale de ma région en parallèle à mes études au gymnase (c'est-à -dire au lycée), j'ai découvert un CD dont l'apparence puis le contenu m'ont immédiatement séduit : Cyberpunx, du groupe européen Cassandra Complex. Au-delà de l'excellente musique du disque, ses paroles avaient à l'époque également attiré mon attention ; en particulier celles du meilleur titre, « Nightfall (Over Ec) », dont le caractère à la fois prophétique et apocalyptique ne peut que frapper :

When I hear you calling I won't answer
When I hear you calling I won't be there
I'll be flying over some other Europe
Filled with darkness, filled with despair
Night falls over Western Europe
Jihad is coming, Jihad is coming
The Third World War is coming home
Night falls over Western Europe
The hills are alive with the sounds of gunfire
Kill them all, God will know its own
Darkness falls over Western Europe
Darkness falls and we're alone
Night falls over Western Europe


Un autre titre du disque, intitulé « Jihad Girl », fournit également des aperçus relevant d'une perspective similaire, même si la plupart des autres textes traitent de sujets différents. Ces puissantes évocations, qui cadrent si bien avec l'idée générale du déclin du monde occidental, trouvent d'ailleurs une résonance particulière avec le nom du groupe. Le point intéressant à relever ici reste cependant la faculté que peuvent avoir certains artistes à fournir des projections pertinentes bien avant qu'elles ne soient acceptables par la majorité, et dont de faire preuve - par touches plus ou moins légères - d'une prescience surprenante. Une réalité qui permet aux analystes suffisamment attentifs d'élargir leur perspective et de prendre en compte certaines impressions qui, à moyen terme, peuvent se concrétiser!

Si quelqu'un connaît un groupe de rock, de punk, de pop ou de rap qui chante le monde de 2020, je suis preneur ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 12h39 | Comments (19) | TrackBack

26 juillet 2005

Le permis de tuer

Dans les semaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre, je m'étais attaché à cerner les caractéristiques nouvelles des conflits modernes. L'une d'entre elles, l'abaissement du seuil de la guerre, a connu une illustration tragique vendredi dernier lorsque la police britannique a abattu par erreur à Londres un électricien brésilien de 27 ans, dont le comportement suspect l'a fait assimiler à un candidat à l'attentat-suicide. Ce qui pourrait s'appeler en situation ordinaire une exécution sommaire est devenu en situation extraordinaire une action de légitime défense. En d'autres termes, la procédure judiciaire traditionnelle consistant à attendre un acte criminel avant d'agir a été remplacée par la procédure militaire classique, dans laquelle la détection de l'ennemi suffit à justifier un emploi définitif de la force. Même si nos sociétés sont devenues les champs de bataille de notre ère, voilà qui ne laisse d'interpeller.

La clandestinité et le fanatisme des agresseurs constituent naturellement les problèmes majeurs auxquels sont confrontées les forces de l'ordre : un candidat à l'attentat-suicide est difficile à détecter et sa neutralisation doit succéder presque immédiatement à la détection. Cette infiltration des zones urbaines par des combattants prêts à tout est donc une forme efficace de subversion, car elle impose une évaluation permanente et spontanée de menaces potentiellement mortelles sur la base de critères superficiels, dont en premier lieu l'apparence. De ce fait, elle constitue un facteur de segmentation et de communautarisation des sociétés qui peut aboutir à un effet tache d'huile, par lequel la pensée radicale des terroristes semble justifiée par la réaction des forces de sécurité et se répand chaque jour davantage.

En même temps, ces forces sont soumises à une pression populaire visant à imposer davantage de mesures de sécurité. Les appels aux contrôles renforcés qui succèdent aux attentats font ainsi accroire l'illusion que le tout-sécuritaire est une solution efficace, alors qu'il peut lourdement contribuer à la subversion des esprits et des identités. Mais ces appels montrent également qu'une perception trop aiguë d'insécurité peut aboutir à des initiatives privées, plus ou moins organisées, dans le but de pallier les lacunes supposées des forces de l'ordre. C'est tout le dilemme de celle-ci : elles doivent obligatoirement en faire ni trop, ni trop peu, maintenir un seuil acceptable de sécurité sans contribuer au développement du conflit, et protéger nos sociétés sans les placer sur pied de guerre. Et ceci dans les faits comme dans leur représentation.

Dans ces conditions, on comprendra pourquoi les proclamations « pas de permis de tuer » sont éloignées du vrai défi posé aujourd'hui par le terrorisme islamiste. L'essentiel ne se joue pas là , dans les mesures coercitives prises ou écartées, mais bien dans la fluctuation des perceptions au sein du public. A l'élévation apparente de la menace doit nécessairement répondre l'affichage d'une détermination équivalente. L'exécution par erreur d'un innocent par Scotland Yard, à mon avis, s'inscrit donc dans une démarche persuasive visant à rassurer le public britannique et à le conforter dans sa confiance aux autorités. Ou quand le permis de tuer devient un bouclier psychologique...

COMPLEMENT I (29.7 1740) : Un ancien terroriste de l'IRA affirme que le "shoot-to-kill" ne fait qu'augmenter le recrutement au sein des groupes terroristes.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h01 | Comments (110) | TrackBack

25 juillet 2005

Des règles modifiées

Après mûre réflexion, il me semble temps d'apporter quelques modifications au fonctionnement de ce carnet, à la fois de ses billets et de ses commentaires. Ces dernières semaines, j'ai en effet reçu un nombre croissant de remarques à ce sujet ; il apparaît que les débats soient de plus en plus monocolores, qu'ils empruntent quelquefois des termes à la limite de la légalité et qu'ils soient alourdis par une pratique exagérée du « copier-coller ». Par ailleurs, on m'a à plusieurs reprises reproché de faire de la contre-information symétrique, c'est-à -dire de recourir aux mêmes pratiques biaisées des médias traditionnels pour mieux les contrer. Quelles que soient les bonnes intentions des commentateurs de ce site et du soussigné, des mesures correctrices sont donc nécessaires.

En ce qui concerne les billets, il faut distinguer plusieurs types de textes. Les compte-rendus personnels et les galéjades satiriques ne sont bien entendu pas concernés. Les rebondissements sur des articles ou des billets lus ailleurs ne le sont pas davantage, pour autant que le choix des liens n'aille pas systématiquement dans la même direction. Les « ramonages », c'est-à -dire les réfutations en règle, sont à l'information ce que les contrôles de qualité sont à l'alimentation : une activité de salut public. Ce ne sont pas ces éléments qui potentiellement posent problème ; ce sont les analyses sui generis, visant à donner un sens aux événements de notre temps, qui peuvent le faire.

La grande difficulté consiste à séparer l'analyse de l'opinion, étant entendu que les analyses sont immanquablement construites avec le temps et qu'il est impossible de constamment faire table rase. Pour prendre un exemple concret, j'ai écrit l'an dernier une analyse détaillée du conflit israélo-palestinien, et j'intègre automatiquement ses conclusions à mes réflexions actuelles - sans qu'elles constituent une opinion. Le cÅ“ur du problème réside donc ici dans l'éventail des faits analysés, dans la qualité de leur synthèse et dans l'aptitude à réviser les jugements qui en sont tirés. Si l'objectivité est un mythe (ou plutôt un noumène), je reste persuadé qu'il est possible d'en prendre la direction par un travail sérieux. En revanche, je ne suis pas certain qu'un individu puisse à lui seul y parvenir.

Voilà qui m'amène à considérer les commentaires. Jusqu'ici, j'ai eu pour principe de n'intervenir que très rarement, afin de ne pas trop orienter le débat, de me concentrer sur les billets, mais aussi de ne pas investir un temps qui reste rare. Il me paraît nécessaire de corriger cela : le travail de réflexion produit lors de la rédaction ne peut être séparé des échanges consécutifs aux billets. De même, le fait que ce site connaisse une fréquentation en nette augmentation - surtout ce mois-ci - sans effet similaire sur le nombre de commentateurs réguliers indique probablement une polarisation trop rapide des débats, et donc une réduction de leur caractère constructif. Il devient nécessaire pour ma part de jouer un rôle d'arbitre et de corriger certains travers.

Je pense cependant que des efforts doivent également être faits du côté des commentateurs, si ces derniers m'accordent l'outrecuidance caractérisée de m'exprimer ainsi. Sans jeter la pierre sur quiconque, je dois constater que les commentaires ont naturellement tendance à devenir schématiques, à répéter succinctement des points de vue déjà exprimés, à reproduire des textes complets pour appuyer le propos. Que personne ne se méprenne : je suis fier et touché de voir le temps investi derrière les commentaires de ce carnet, et les nombreuses réflexions de haute tenue qu'ils véhiculent. Il me semble cependant possible de privilégier davantage la qualité, l'ouverture d'esprit et la nuance. Je compte m'y engager ; ce projet est encore loin de prendre la forme que j'avais initialement imaginé, mais il s'en approche.

D'ores et déjà , un grand merci à toutes et à tous pour leur compréhension, pour leur appui et pour leur contribution. C'est vous qui faites vivre ce site davantage que moi ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h38 | Comments (10) | TrackBack

24 juillet 2005

Retour de vacances

RocOrzival.jpg

Je suis rentré aujourd'hui de mes vacances à Grimentz (ce qui me permet de divulguer le nom de cette localité, et même celui de l'excellent Hôtel Alpina où j'ai logé depuis lundi). Une semaine pleine de distractions diverses - dont toutes ne peuvent être décemment relatées ici! :) - qui m'a permis de prendre un immense bol d'air, de me ressourcer au contact d'une nature préservée et d'affiner le cap de mes activités régulières. Bien entendu, une telle semaine reste diablement courte, mais j'ai bien trop de travail pour me permettre de m'éloigner plus longtemps!

Ce matin, je me suis accordé un dernier plaisir intense sous la forme d'une randonnée solitaire comme je les préfère : une ascension très rapide d'un sommet ou d'un col, suivie d'une descente au pas de course (oui, il faut être un peu ravagé pour aimer cela... ;)). Je me suis donc levé à l'aube et j'ai quitté discrètement mon hôtel pour grimper jusqu'au Roc d'Orzival, qui à 2816 mètres offre un magnifique panorama donnant jusqu'à la plaine du Rhône (voir photo ci-dessus), avant de regagner ma chambre 3 heures plus tard. Pour tout dire : le pied total ! :)

Je reprendrai dès demain le fil de ce carnet, en apportant le fruit de plusieurs réflexions sur son contenu, et en revenant sur l'actualité intense de ces derniers jours.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h44 | Comments (2) | TrackBack

22 juillet 2005

Le long d'un glacier

Glacier.jpg

L'un des symboles du secteur alpin demeure ses glaciers, comme celui de Moiry (voir ci-dessus). Ils ont certes rétréci ces dernières décennies, mais ils continuent de suggérer l'ère glaciaire qui a largement façonné les reliefs du pays. Il est assez fascinant de s'imaginer un temps où un tel décor était généralisé! et de se dire finalement que nos priorités stratégiques et nos soucis quotidiens ne sont que peu de choses.

Posted by Ludovic Monnerat at 23h29 | Comments (5) | TrackBack

21 juillet 2005

Un drapeau au sommet

Drapeau.jpg

L'amour du pays est de nos jours une notion largement décriée, du moins en Suisse. Pour ma part, je ne peux dissimuler un élan de fierté et d'affection à voir le drapeau à croix blanche flotter au sein d'un panorama époustouflant, entre un ciel immaculé, des montagnes enneigées et un glacier majestueux. Les événements tragiques de n'importe quelle journée s'inclinent devant cette permanence et cette sérénité...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h39 | Comments (13) | TrackBack

20 juillet 2005

Un lac en montagne

LacMontagne.jpg

Au gré des sentiers qui mènent aux cols du Valais, on trouve ça et là des lacs dont l'eau glaciale et adamantine suscite un ravissement permanent. C'était encore le cas ce matin, lors de ma randonnée quotidienne, avec le lac des Autannes (voir ci-dessus) que surplombe le col de Torrent. Une image qui illustre pleinement la beauté de cette région magnifique - même si d'autres cantons recèlent également des trésors... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 17h39 | TrackBack

19 juillet 2005

Au fil des torrents

ChuteEau.jpg

Un torrent tempétueux est toujours un spectacle fascinant, qui rappelle la permanence de la nature, souligne la finitude des êtres humains et suggère l'enchevêtrement foudroyant de leurs pensées. C'est un véritable privilège que de pouvoir sillonner une contrée qui regorge de telles métaphores rafraîchissantes, et ainsi se ressourcer au contact de ce qui ne change jamais... même si une météo un brin capricieuse peut doucher inopinément les esprits rêveurs! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h13 | Comments (2) | TrackBack

18 juillet 2005

Le journalisme en Irak

Le Temps a publié ce matin un interview d'Andrew Marshall, qui a été chef du bureau de Reuters à Bagdad et qui décrit les conditions de travail sur place. Ses réponses méritent d'être lues en détail. Extraits :

Nos bureaux étaient dans la même rue que ceux de la BBC, du New York Times et de l'ambassade de France. Nous avons d'abord fermé la rue au trafic. Puis installé quatre gardes armés de AK 47. Leur nombre est passé à huit. Aujourd'hui, ils sont vingt-six à se relayer pour notre seul bâtiment. Chaque organisation a sa petite armée, ce qui est une bonne chose.
[...]
Début 2004, notre hôtel Sheraton a été touché par des missiles. J'ai pris la décision de faire déménager nos équipes dans la rue de nos bureaux. Après en avoir parlé avec les Irakiens qui habitaient là , je me suis résolu à faire construire des murs anti-attentat devant le bâtiment. Je redoutais ce moment. C'était le début d'une vie percluse.
[...]
Notre collaboration avec des journalistes irakiens s'est intensifiée. [...] [Leur motivation est l]a même que celle de journalistes ailleurs dans le monde: faire savoir ce qui se passe dans leur pays. Depuis avril 2003, quatre employés de Reuters ont été tués: un Ukrainien, un Palestinien et deux Irakiens. Plusieurs ont été gravement blessés. Certains ont été détenus par l'armée américaine dans des conditions que l'on peut rapprocher de celles d'Abou Ghraib. Ils prennent des risques immenses pour témoigner.
[...]
Le gouvernement est toujours en train d'apprendre dans une sorte d'enthousiasme. Au contraire de l'armée américaine, il n'a pas atteint un niveau dans sa communication où il essaie d'influencer ses interlocuteurs. J'ai vite compris que l'armée américaine n'était pas une source fiable, que ses communiqués étaient unilatéraux.
[...]
La seule manière de continuer à y travailler est de partager les frais et de collaborer. C'est ce qu'il se passe à l'hôtel Hamera où des journalistes ont établi un réseau radio où ils partagent leurs informations relatives à la sécurité. Mais être en Irak est une question de crédibilité; vous devez y avoir séjourné pour en parler.

De la part d'une agence de presse comme Reuters, ces propos me semblent hautement intéressants. En premier lieu, il faut effectivement souligner les dangers liés au fait de travailler aujourd'hui comme journaliste en Irak et le courage de ceux qui font leur métier dans ces conditions. Malgré cela, il faut constater que le syndrome du reporter en chambre est plus répandu que prévu, et que les informations diffusées par Reuters sur l'Irak sont produites dans des conditions douteuses. Les louanges faits aux journalistes irakiens engagés par l'agence, et qui seuls disposent a priori d'une certaine liberté de mouvement, masquent les problèmes d'infiltration de ces journalistes par la guérilla, de pressions sur leurs familles et de collusions dans la préparation d'attaques. Reuters ne peut en aucun cas garantir à 100% ce qu'elle distribue.

La position exprimée par rapport aux communiqués des forces armées US en Irak est également saisissante. Comment peut-on attendre d'une armée qu'elle fasse autre chose qu'une communication unilatérale, qu'elle renonce à diffuser uniquement son point de vue? Que le chef de Reuters juge non fiable ces informations est une chose, mais qu'il justifie son opinion par la volonté d'influencer propre à toute communication n'est pas soutenable. Déconsidérer les informations des militaires américains sur la base des intentions qui les sous-tendent et non de leur contenu n'est pas du journalisme. C'est pourtant ce que fait Reuters, en ignorant superbement les communiqués de la coalition en Irak, à l'exception notable des pertes annoncées et des attaques subies. Qu'il s'agisse là d'une opposition délibérée est hautement probable.

Ce point est d'autant plus important que Reuters est devenu en Irak un acteur à part entière du conflit, avec ses propres éléments de sécurité, avec ses réseaux et ses activités, avec ses objectifs qui mêlent les intérêts économiques (être en Irak pour rendre "crédibles" les produits) et les inclinations politiques (parler de "nationalistes irakiens" qui "se battent pour la libération de leur pays" est vraiment biaisé). En d'autres termes, le journalisme d'agence en Irak aujourd'hui est probablement devenu une machine à produire des rentrées financières et de l'influence sémantique, une activité qui ne se limite pas à couvrir le conflit, mais qui vise bel et bien à orienter son issue en fonction de préférences presque ouvertement affichées. Il est dès lors plus facile de comprendre pourquoi la fiabilité des produits n'est pas un problème majeur : qu'ils répondent aux objectifs fixés reste le plus important.

Ce jugement peut paraître dur, mais il me semble surtout alarmant. Si les agences ne sont plus objectives lorsque l'immense majorité des médias grand public dépendent d'elles, comment peut-on encore avoir confiance dans ce que l'on lit, entend et voit au quotidien? Le sabordage de toute une partie des médias se poursuit inexorablement...

Posted by Ludovic Monnerat at 7h27 | Comments (38) | TrackBack

17 juillet 2005

En route pour les vacances

A chaque jour suffit sa peine : je pars bientôt pour prendre une semaine de vacances en Valais, dans le val d'Anniviers, afin de me ressourcer en arpentant la nature et en goûtant les plaisirs de la table. De ce fait, ma présence sur ce carnet par rapport à l'actualité sera certainement réduite. J'espère compenser cela par de belles images! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 16h20 | Comments (5) | TrackBack

16 juillet 2005

Le site de l'ESISC

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, je conseille de visiter régulièrement le site de l'European Strategic Intelligence & Security Center (ESISC), qui fournit des analyses et des résumés de l'actualité, notamment sur la menace terroriste. On relèvera notamment que les prévisions de Claude Moniquet, président de l'ESISC, ont été largement confirmées par les faits - et notamment par les attentats de Londres. Une source d'information qu'il est donc judicieux de suivre.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h36 | Comments (4) | TrackBack

Une parenthèse au soleil

Champoz.jpg

Il n'y a pas que le terrorisme, l'islamisme ou l'insécurité dans la vie! Cette semaine, j'ai profité du soleil pour arpenter en fin de journée quelques chemins menant à de modestes sommets et offrant des vues aussi paisibles que vivifiantes, comme l'indique cette vue ci-dessus de la petite route menant de Champoz à Moutier. Une plongée dans les forêts, entre les champs et sur les plateaux qui tranche agréablement avec les perspectives assombries de notre monde...

Posted by Ludovic Monnerat at 11h03 | Comments (3) | TrackBack

L'anatomie de l'attentat-suicide

Le Times de Londres a publié avant-hier un article exceptionnel de Nasra Hassan, une journaliste pakistanaise, que j'ai attendu ce matin pour lire. Il s'agit d'une description approfondie des mécanismes mis en oeuvre pour produire, préparer et encadrer des candidats à l'attentat-suicide dans les territoires palestiniens. Quelques extraits suffisent pour montrer à quel point ce texte mérite d'être lu - notamment à la lumière des attentats commis la semaine dernière à Londres :

From 1996 to 1999, I interviewed nearly 250 people involved in the most militant camps of the Palestinian cause: volunteers who, like S, had been unable to complete their suicide missions, the families of dead bombers, and the men who trained them.
None of the suicide bombers - they ranged in age from 18 to 38 - conformed to the typical profile of the suicidal personality. None of them was uneducated, desperately poor, simple-minded, or depressed. Many were middle-class and held paying jobs. Two were the sons of millionaires. They all seemed entirely normal members of their families. They were polite and serious, and in their communities were considered to be model youths. Most were bearded. All were deeply religious.
[...]
My contacts told me that, as a military objective, spreading fear among the Israelis was as important as killing them. Anwar Aziz, an Islamic Jihad member who blew himself up in an ambulance in Gaza, in December 1993, had often told friends: "Battles for Islam are won not through the gun but by striking fear into the enemy's heart."
[...]
As today's weapons of mass destruction go, the human bomb is cheap. A Palestinian security official pointed out that, apart from a willing young man, all that is needed are such items as nails, gunpowder, a battery, a light switch and a short cable, mercury (readily obtainable from thermometers), acetone, and the cost of tailoring a belt wide enough to hold six or eight pockets of explosives. The most expensive item is transportation to a distant Israeli town. The total cost of a typical operation is about US $150 (£85). The sponsoring organisation usually gives between $3,000-$5,000 (£1,700- £2,830) to the bomber's family.

Des faits à prendre en considération si l'on cherche à appréhender les futures attaques islamistes en Europe, et leur possible transformation en insurrection armée.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h50 | Comments (39) | TrackBack

15 juillet 2005

Le déclin de l'islamisme

Une enquête d'opinion menée notamment avec 6200 personnes dans 6 pays musulmans différents confirme le basculement des perceptions qui est apparu ces derniers mois : la popularité de la mouvance islamiste a fortement baissé, tout comme l'approbation des attentats-suicides (même en Irak), alors que l'attrait des valeurs démocratiques a clairement augmenté. Ces chiffres, qui semblent s'appuyer sur une méthodologie fiable, indiquent ainsi des tendances qui revêtent une importance cruciale dans la guerre des idées propre à notre temps :

The results, which also reveal widespread support for democracy, show how profoundly opinions have changed in parts of the Muslim world since Pew took similar surveys in recent years. The poll attributed the difference in attitudes toward extremism to both the terrorist attacks in Muslim nations and the passage of time since the U.S. invasion of Iraq.
[!]
The new poll also found that growing majorities or pluralities of Muslims now say that democracy can work in their countries and is not just a Western ideology. Support for democracy was in the 80 percent range in Indonesia, Jordan, Lebanon and Morocco. It was selected by 43 percent in Pakistan and 48 percent in Turkey -- the largest blocks of respondents in both countries because significant numbers were unsure.
"They are not just paying lip service. They are saying they specifically want a fair judiciary, freedom of expression and more than one party in elections. It wasn't just a vague concept," Kohut said. "U.S. and Western ideas about democracy have been globalized and are in the Muslim world."

Ces lignes rappellent que le terrorisme reste une méthode contre-productive dès lors qu'on l'emploie de manière indifférenciée : les nombreux attentats commis dans le monde arabo-musulman, y compris les massacres quotidiens que subit la population irakienne, expliquent en grande partie la chute de popularité des islamistes, dont l'image d'opposants courageux à la superpuissance américaine s'est transformée au fur et à mesure qu'ils se sont mis à menacer l'existence des citoyens musulmans. Le fanatisme des intégristes s'avère ainsi leur plus grande force, puisqu'elle leur donne une volonté presque indomptable, mais aussi leur plus grande faiblesse, puisqu'elle les empêche de conquérir les cÅ“urs et les esprits. A la brutale consternation de Ben Laden et consorts, la grande majorité des musulmans ne veut pas entendre parler d'un califat rénové, régi par l'interprétation la plus rigoureuse des textes coraniques. Ils aiment bien trop la vie pour accepter ce fantasme moyen-âgeux.

Mais cette enquête montre également le succès de la stratégie américaine visant à répandre les valeurs démocratiques, et l'aveuglement de ceux qui - en Europe ou ailleurs - ont juré à l'impossibilité d'une telle entreprise. Le fait que l'image des Etats-Unis reste défavorable ne les empêche pas de poursuivre efficacement la démocratisation et la modernisation du monde arabo-musulman, et donc la marginalisation de l'islamisme. Bien entendu, les résultats de cette enquête doivent être confirmés, et il serait erroné d'en tirer des conclusions définitives ; ceci étant, de tels indices montrent clairement que la guerre des idées tourne à l'avantage des démocraties, et que l'opération militaire de la coalition en l'Irak contribue à cela. Une perspective qui tarde toujours à faire son apparition dans les reflets et commentaires de nombreux médias sur notre continent!

Posted by Ludovic Monnerat at 10h19 | Comments (14) | TrackBack

14 juillet 2005

L'engrenage de la scission

En poursuivant les réflexions faites hier sous le titre de l'intifada européenne, il paraît important de se demander comment un tel scénario pourrait se dérouler. Le mécanisme recherché par l'acte terroriste le plus horrible consiste entre autres à scandaliser la société touchée et à provoquer - par des mesures sécuritaires excessives et/ou par des représailles incontrôlées - un sentiment de marginalisation au sein de la population musulmane, avec de ce fait une radicalisation pour une partie de ses membres. Le meurtre de Theo Van Gogh l'an dernier aux Pays-Bas a par exemple engendré une prise de conscience au niveau de la société hollandaise, mais aussi de nombreux actes de violence anti-islamique visant avant tout des édifices. Les déclarations faites cette semaine par son assassin, qui ne ressent aucun remords et promet de récidiver dès sa sortie de prison, rappellent également qu'un petit nombre de tueurs fanatiques suffit pour déclencher un processus de déstabilisation, voire de scission.

Le problème, c'est que ces nombres ne sont pas si petits que cela. En Allemagne, les services de renseignement estiment que 1% des quelque 3 millions de musulmans sont prêts à soutenir des actes terroristes inspirés par l'idéologie islamiste ; si l'on imagine que 1% de ce pourcent est apte et disposé à commettre ces actes, cela fait 300 assassins potentiellement suicidaires sur sol allemand. En France, les renseignements généraux estiment à 5000 le nombre de membres et de sympathisants salafistes, dont 500 radicaux, et à 40 le nombre de mosquées qu'ils contrôlent ; ce qui ne constitue qu'une partie des islamistes présents sur sol français. En Hollande, les services de sécurité gardaient constamment l'Å“il sur les 150 islamistes les plus dangereux avant l'assassinat de Van Gogh, mais le meurtrier de celui-ci n'en faisait pas partie. Et en Suisse ? Une estimation prudente m'amènerait à dire que quelques dizaines de personnes tout au plus sont prêtes à combattre la société helvétique, ses lois, ses valeurs et ses habitants. Du moins par les armes.

Les tueurs ne sont en effet que la partie émergée de cellules et de réseaux qui assurent toutes les fonctions nécessaires à leur recrutement, à leur endoctrinement, à leur soutien et à leur emploi. Les jeunes citoyens britanniques d'origine pakistanaise qui se sont faits exploser voici une semaine à Londres ont été assez rapidement identifiés, mais d'autres responsables de l'attentat - notamment le planificateur - courent toujours. Les infrastructures nécessaires au développement de la mouvance islamiste sont en place, même si les services de sécurité s'emploient à les détecter, et à les démanteler lorsque le pouvoir politique leur en laisse la possibilité. Est-ce qu'un soulèvement armé est à la portée de cette mouvance ? Plusieurs quartiers et banlieues des grandes villes européennes s'y prêtent certainement, puisque les forces de l'ordre n'y maintiennent plus qu'une présence intermittente. Et ce passage spectaculaire à l'action ouverte ferait office de catalyseur pour nombre d'indécis, obligés de prendre position et amenés à le faire dans le sens de ceux qui apparaissent le plus décidés.

De telles réflexions restent heureusement hypothétiques. Si un jour les forces de sécurité occidentales traitent chaque citoyen ou émigré musulman comme un terroriste en puissance, alors les islamistes auront probablement atteint l'objectif consistant à séparer les communautés musulmanes des sociétés occidentales et à les radicaliser. Mais il faudrait pour cela un abandon de nos valeurs, un renoncement aux libertés individuelles et une communautarisation de nos vies qui me semblent improbables. Quelles que soient les attaques que nous subirons, il faut garder à l'esprit que nous devons combattre des idées et non des hommes, des valeurs et non des communautés, des concepts et non des relations. Et on ne peut combattre efficacement une idée avec des contrôles aux frontières ou des bombes intelligentes : il faut lui opposer une autre idée.

COMPLEMENT I (17.7 0605) : Le combat des idées est exactement ce que préconise Tony Blair. Comment se fait-il qu'aussi peu de dirigeants politiques européens ne comprennent cela?

Posted by Ludovic Monnerat at 11h53 | Comments (26) | TrackBack

13 juillet 2005

Alerte média : RSR (2)

Le billet écrit ce matin sur l'hypothèse de l'intifada européenne a suscité l'intérêt de la Radio Suisse Romande - La Première, puisque Fathi Derder l'a lu et m'a invité demain matin pour l'émission Radio Public. Ceux qui s'intéressent à ce thème pourront donc m'entendre me débattre avec les questions des auditeurs des 0745, sur les ondes ou via le site de la chaîne. Et pour les larves (elles se reconnaîtront) qui ne seront pas éveillées à cette heure, je mettrai le lien vers l'émission dans le courant de la journée!

COMPLEMENT I (14.7 1030) : Chose promise, chose due! Voici comme convenu le lien vers la page de la RSR à partir de laquelle on peut écouter l'émission.

COMPLEMENT II (15.7 2045) : Comme cela m'a été demandé, voici le lien pour l'information selon laquelle la planification des attentats de Madrid a commencé en octobre 2000 - et que ceux-ci ne sont pas liés à l'Irak (avant-dernier paragraphe). Je juge l'article suffisamment documenté et fondé pour qu'il soit crédible ; les interrogatoires rendus publics en Italie par d'autres sources ont confirmé une partie des dires. Enfin, on notera que, dans le texte, Jean-Louis Bruguière annonce que Londres est la principale cible...

Posted by Ludovic Monnerat at 20h51 | Comments (19) | TrackBack

Vers l'intifada européenne ?

L'annonce faite hier par les services de sécurité britanniques, selon laquelle Londres aurait probablement été frappée jeudi dernier par des attentats-suicides commis par des musulmans britanniques, a brutalement confronté nombre de pays à une hypothèse jusqu'ici largement taboue : l'avènement d'une intifada en Europe, l'embrasement des banlieues et des quartiers dans lesquels l'influence islamiste est la plus forte, et la multiplication d'attentats terroristes - notamment suicidaires - qui imposent une répression susceptible d'approfondir les fractures communautaires. Est-ce que les 4 bombes qui ont explosé dans les transports publics londoniens annoncent une insurrection à venir, des campagnes d'attentats couplées à des appels à la désobéissance civile, au non respect d'une loi impie ? Est-ce que la pollution des esprits due à l'intégrisme musulman va dégénérer en conflit armé ?

Le « robuste optimisme du bon sens » qui prévaut généralement dans les sphères dirigeantes tend naturellement à déconsidérer d'emblée toute réflexion allant dans ce sens. Impossible, inimaginable, insoutenable, peut-on souvent entendre. Mais pour ceux dont le métier consiste à penser l'impensable, l'hypothèse d'une intifada européenne est depuis des années un sujet d'inquiétude majeur ; périodiquement, des rapports soulignent le danger que font par exemple peser les activités d'endoctrinement et de radicalisation au sein de la communauté musulmane. Lorsque le 1% d'une frange de la population qui compte souvent plusieurs millions de personnes est prêt à commettre des actes terroristes, comme c'est par exemple le cas en Allemagne d'après les services de renseignements intérieurs, comment ne pas voir le potentiel d'une guerre civile ravageuse ?

Lorsque les historiens étudieront les réponses des Gouvernements européens à cette menace potentielle, ils parviendront probablement à une conclusion maintes fois prononcée quant à la prévention manquée des guerres : trop peu et trop tard. La réaction timide et les tiraillements vécus l'an dernier, après les attentats de Madrid, montrent que l'urgence de la situation n'a pas été perçue. L'éclatement généralisé de ce conflit armé peut encore prendre des années avant de se produire, mais nous en sommes déjà à la phase 1, la plus longue et la plus difficile : l'affrontement du sens, l'influence des perceptions, la préparation des esprits, l'amorçage ou le désamorçage des enjeux. Gagner cette phase revient à empêcher le conflit d'éclater, ou du moins d'en réduire drastiquement les proportions. La négliger signifie laisser les coudées franches à nos ennemis, futurs donc présents.

Cette guerre des idées, étape préalable d'un conflit élargi à la dimension physique, est activement niée sur le continent européen. Les canons du politiquement correct condamnent au silence et à la dissimulation les voix discordantes qui, en démocratie, jouent le rôle de sonnette d'alarme. En s'interdisant de rendre publiques et de dénoncer de petites transgressions et distorsions sous couvert de lutte antiraciste ou antixénophobe, on n'a fait qu'encourager leur extension et leur généralisation. Nous avons indirectement produit nos propres terroristes à force de laxisme, de lâcheté et d'aveuglement. Nous avons laissé des idées nauséabondes, des appels au meurtre de masse, des irrédentismes sanguinaires se répandre sans résistance dans nos contrées, dans nos sociétés. Les guérillas globales de notre temps se nourrissent toujours des espaces libres qui leur sont laissées ; dans ces conditions, je vois mal comment une telle guerre peut encore être évitée.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h45 | Comments (32) | TrackBack

12 juillet 2005

La tentation de la normalité

Il n'est pas facile de faire face à un spectre anonyme, multiforme et sanguinaire. Il est bien plus tentant de nier son existence ou de l'expliquer par nos fautes supposées, afin de pouvoir se réfugier dans le confort rassurant de la normalité, de fuir le constat effrayant d'une haine fanatique dirigée contre nous. Passé le choc des attentats, la Grande-Bretagne connaît les mêmes mécanismes qui se sont mis en place en d'autres lieux. La BBC a par exemple exclu le mot terroriste de son vocabulaire pour parler des auteurs des attaques de Londres. L'intellectuel islamiste Tariq Ramadan va donner une conférence dans cette ville, partiellement financée par la police. On transforme les djihadistes en criminels et le djihad en frustration sociale pour s'éviter le poids d'une guerre à mener.

Pendant ce temps, les enquêtes de la police britanniques indiquent que les attentats ont été commis par un petit nombre de terroristes, utilisant des explosifs militaires de forte puissance, peut-être originaires des Balkans ; la minorité islamiste et extrémiste de la communauté musulmane se félicite des attentats et appelle d'autres victoires sur les infidèles. Partout en Europe, même si Londres est aujourd'hui sous les feux de l'actualité, émergent et se développent de petites cellules combattantes, des réseaux fanatisés visant à détruire et conquérir les sociétés qui les entourent. Des tumeurs fascistes qui se métastasent dans les corps las de nos démocraties.

Cet aveuglement face à la réalité d'aujourd'hui et plus encore de demain ne touche pas nécessairement les populations touchées, puisque le premier sondage après les attentats a montré une nette augmentation du soutien pour Tony Blair et son action contre le terrorisme islamique. Mais les oeillères imposées par une partie de la classe médiatique et politique finissent tôt ou tard par avoir un effet palpable sur les perceptions publiques. Et les services de sécurité restent finalement les seuls à pleinement comprendre l'ampleur de la menace et les enjeux qui la sous-tendent - lorsqu'ils le font. A imaginer le conflit qui peut un jour déchirer nos villes, nos sociétés, nos valeurs.

En définitive, la tentation de la normalité est aussi une crainte du lendemain, du changement, de la perte, de la disparition. Un réflexe dicté par l'âge et le souvenir de temps jugés meilleurs. Un refus de prendre les risques que nécessite la construction de l'avenir. Bref, une fatigue de la vie qui constitue peut-être la plus grande menace imaginable.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h39 | Comments (17) | TrackBack

11 juillet 2005

Une douceur toute nasale

Le magazine Via des Chemins de Fer Fédéraux a décidé de consacrer son dernier numéro à la Romandie - une idée a priori louable. La couverture de l'édition alémanique porte ainsi le titre « Der milde Westen », traduit par « La douce Romandie » en français. Pourquoi pas ? Cette notion de douceur latine semble un peu tirée des préjugés d'outre-Sarine, mais c'est une manière comme une autre de lancer le sujet. Reste à trouver l'image de couverture. Comment illustrer cette douce Romandie ? Par un aperçu du vignoble romand, par une perspective des Trois Lacs, par une image du château de Chillon ? Par le jet de Genève, par le port d'Ouchy, par les collines de Tourbillon, par une fondue à la crème dans une vallée jurassienne ? Par les vergers de l'Ajoie, par les fromageries de Gruyère, par le soleil du Valais, par les féras du Léman ? Que nenni : par un portrait presque grandeur nature de Pascal Couchepin.

Bon, à titre personnel, je n'ai aucune animosité particulière contre le conseiller fédéral Couchepin. Je ris comme une baleine en entendant - et en voyant - Yann Lambiel l'imiter avec le talent inouï qui est le sien, et j'accueille au cas par cas ses coups de gueules et ses initiatives politiques, lesquels parfois se confondent, mais le personnage en lui-même ne me rebute pas. Je lui trouve plutôt un côté sympathique, car je n'aime pas ces conseillers fédéraux tellement gris qu'ils se confondent aux murs qu'ils rasent à longueur de journée. Non, je n'ai rien contre Pascal Couchepin. Je reste d'ailleurs toujours impressionné par le volume de son appendice nasal, qu'un caricaturiste d'exception comme Bürki parvient à magnifier jusqu'au sublime. Mais franchement, choisir son faciès souverain pour illustrer une supposée douceur romande, c'est vraiment prendre le voyageur pour un demeuré profond, pour un intermittent du neurone, pour un pauvre crétin des Alpes !

Une indignation à prendre avec une bonne dose d'ironie... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h53 | Comments (8) | TrackBack

Dix ans après l'ER

C'est aujourd'hui que commencent en Suisse les écoles de recrues d'été, durant lesquelles près de 8400 jeunes hommes et femmes vont accomplir 18, 21 voire 25 semaines d'instruction avant d'être incorporés dans leurs unités régulières. Voici 10 ans, c'est moi qui commençais ma propre formation militaire de base, à l'ER inf 202/95 de Colombier ; je me souviens encore aisément de cette journée ensoleillée de juillet, durant laquelle un lieutenant patient enseignait à un groupe d'adolescents mal dégrossis la manière de parler, de saluer, de s'habiller et de marcher. Dans l'intervalle, ce chef de section est devenu un ami (on peut sans autre révéler qu'il s'agit de Beat Burger, pilote de ligne au civil, et que ce dernier a réussi l'exploit de faire en sorte que les deux tiers de sa section de quelque 27 recrues se porte volontaire pour l'avancement) et j'ai passé des années sous l'uniforme, mais il est bon de se rappeler cette époque.

C'était alors une autre armée, en l'occurrence la première année de l'Armée 95 ; les différents équipements acquis au début des années 90 - tenue de camouflage 90, fusil d'assaut 90, lance-roquettes Panzerfaust, etc. - étaient introduits, et l'arrivée des simulateurs portables au laser commençait à transformer pour le mieux les exercices de combat, notamment en zone urbaine. Dans l'infanterie de plaine qui se trouvait alors à Colombier, l'usage des véhicules était alors strictement limité : j'ai passé les 7 premières semaines sans mettre le pied dans un seul d'entre eux. Le contraste ne saurait être plus brutal avec ce que j'ai vécu par la suite, notamment comme commandant d'une compagnie d'infanterie mécanisée, où j'avais à ma disposition un char de commandement pour les manÅ“uvres et le combat, un Puch pour les petits déplacements usuels, une Opel pour les reconnaissances et une moto - avec son chauffeur, tout de même - pour les mouvements plus discrets. Sans oublier un vélo ! :)

C'était une autre armée, avec encore bien des traces de l'Armée 61, notamment sur le plan de la discipline (les chicanes y étaient ouvertement pratiquées, mais dans un esprit narquois plus que punitif). C'était aussi une époque où l'on se donnait le temps de travailler la cohésion, l'esprit de corps et la résistance psychologique, notamment par l'entremise d'une semaine d'endurance passée en forêt, entièrement sous la pluie (à croire qu'elle avait été commandée), avec des escarmouches et des déplacements toute la journée, qui obligeait les uns et les autres à s'entraider au sein du groupe ou de la section. Il en sortait non pas un amas d'individus toujours reliés à leur milieu civil par l'entremise du téléphone portable (les Natels commençaient à peine à apparaître), mais un ensemble soudé, solide et fier de jeunes hommes prêts à faire beaucoup - c'est-à -dire à combattre. Je ne suis pas sûr que de nos jours on accorde la même priorité à cette dimension pourtant indispensable, à savoir l'affermissement des volontés.

L'une des grandes choses qui a disparu avec la nouvelle armée reste la formation des officiers. Dans l'Armée 95, le chef de section effectuait son service pratique avec une section de recrues, après avoir lui-même gravi les différents échelons - école de recrues, école de sous-officiers, service pratique comme caporal, école d'officiers - et il se retrouvait 3 semaines seul avec en général 20 à 30 recrues. Personnellement, j'ai adoré cette période avec ma propre section, au printemps 1998, même si les journées de travail étaient à peu près interminables. De nos jours, les futurs officiers n'accomplissent qu'un tronc commun de 6 semaines - ou 7, je ne connais plus le système par cÅ“ur! - comme recrues et manquent donc nettement d'expérience et de maturité à l'instant de conduire leur section. On retrouve de ce fait le syndrome si fréquent dans d'autres armées du tout jeune lieutenant (équivalent à sous-lieutenant en France) plein de connaissances théoriques et peinant à commander.

Ce qui me rassure, c'est que l'armée a autant changé en 10 ans que le monde qui l'entoure. Et elle continue de le faire.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h19 | Comments (12) | TrackBack

10 juillet 2005

Une avalanche de spam

Je sollicite l'avis des lecteurs de ce carnet, et notamment des quelques spécialistes en informatique, pour essayer de résoudre un problème dont les dimensions ne cessent de croître : l'avalanche de spam dans les commentaires et les pisteurs. Depuis quelques jours, ce site est pris pour cible par des spammers qui placent une ribambelle de commentaires à caractère publicitaire - jusqu'à 60 par jour - dans les billets plus anciens, et qui font de même dans une moindre mesure avec les pisteurs. Evidemment, je me donne un mal de chien pour nettoyer tout cela et empêcher que mon site n'abrite de la pub pour des casinos en ligne ou d'autres singeries. Mais bannir les IP est évidemment une mesure insuffisante, et j'aimerais éviter d'imposer un enregistrement préalable pour les commentaires. Est-ce qu'il existe une autre solution?

Merci par avance pour les avis et conseils!

Posted by Ludovic Monnerat at 17h51 | Comments (9) | TrackBack

La menace en Suisse

Est-ce que la Suisse est également une cible du terrorisme islamiste transnational? Voilà une question qui est à nouveau posée avec insistance depuis les attentats de Londres. Ces derniers jours, la réponse généralement donnée était négative : aucune crainte à avoir, tout va bien. Un article publié ce jour par le Sonntagsblick se penche sur la même question et fournit des éléments plus nuancés, notamment en montrant tous les liens entre les auteurs et commanditaires de différents attentats et la Suisse - les comptes sur les banques (Ben Laden et Al-Zawahiri, par exemple), l'arrestation d'Achraf (qui voulait faire exploser le Palais de Justice à Madrid) ou encore les liens du centre islamique de Bienne (avec l'attentat de Djerba).

Le sens général de l'article consiste cependant à dire que la Suisse ne sera pas directement menacée aussi longtemps qu'elle servira de base arrière - logistique, financière, etc. - pour les réseaux islamistes. Sans que cela suscite l'indignation ou l'interrogation des auteurs, apparemment. Pire, on retrouve les échos des voix qui affirment depuis vendredi que la vente de chars suisses à l'Irak via les EAU nous place dans le collimateur d'Al-Qaida, comme si les actions potentielles d'un groupe terroriste islamiste devaient orienter notre politique étrangère et économique. Un bel exemple de "capitulation préventive" qui montre l'effet de la violence armée sur les coeurs et les esprits, en l'occurrence sur le courage et le raisonnement.

Mais croire que la Suisse n'est pas menacée, et donc que la mouvance islamiste établit une différence entre les diverses nations du monde occidental, revient à projeter sur un belligérant fanatisé des considérations qui échappent à son idéologie. Nos banques, nos chars, nos déclarations, nos actions humanitaires ne sont d'aucune importance aux yeux de ceux que transporte la haine de l'autre. Les islamistes attaquent l'Occident pour ce qu'il est et non pour ce qu'il fait, pour ce qu'il pense et non pour ce qu'il dit, pour ce qu'il croit et non pour ce qu'il prêche. Il n'existe aucune voie médiane entre la soumission et le combat, aucun compromis entre la démocratie libérale et l'intégrisme religieux. Pour la Suisse comme pour les autres.

Au demeurant, mon pays est bel et bien engagé dans la lutte contre le terrorisme islamiste. Plusieurs cadres d'Al-Qaïda ont pu être capturés lorsque les autorités helvétiques - et Swisscom [comme tous les autres opérateurs, fait remarquer ci-dessous un lecteur] - ont livré les informations permettant de traquer les cartes SIM vendues anonymement en Suisse (la presse américaine, en révélant cela, a mis les pieds dans le plat). L'entraide judiciaire internationale et les échanges de renseignements fonctionnent de façon intensive, et il ne se passe guère un mois sans que le Ministère public de la Confédération n'envoie des représentants à Washington. La nature à la fois criminelle et guerrière des réseaux terroristes oblige tout simplement les Etats de droit à les poursuivre, et donc à les combattre.

Oui, la Suisse est menacée. Elle est même une cible facile, peu attentive au monde, largement endormie et déjà rongée par les opinions défaitistes, presque capitulardes. Même après Madrid, même après Londres, la routine demeure souveraine. Le réveil risque d'être brutal et traumatisant.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h25 | Comments (26) | TrackBack

9 juillet 2005

A l'assaut de la colline

DelemontCourtetelle.jpg

La température étonnamment fraîche de cette journée a été mise à profit pour un sympathique tour à vélo qui m'a amené à gravir la colline au sud de Courtételle (le village à gauche sur l'image, alors que Delémont est au milieu) pour passer à la Montagne de Moutier et redescendre chez moi. J'aime beaucoup cette ascension plutôt longue (pas très loin d'une heure, tout de même), parce qu'elle se termine dans des pâturages qui donnent l'impression d'être dans les Alpes. Et terminer le parcours par une descente d'une dénivellation de 500 m est toujours bien agréable!

Posted by Ludovic Monnerat at 19h28 | Comments (1) | TrackBack

Alerte à la folie furieuse (6)

Au lendemain des attentats de Londres, je me demandais quel éditorialiste allait remporter la palme de l'apaisement dégoulinant, en rendant Bush et Blair responsables des attaques au lieu des terroristes, et en soulignant notre inévitable culpabilité. Sans grande surprise, la palme revient au quotidien vaudois 24 Heures et à son rédacteur en chef Jacques Poget, dont l'éditorial intitulé « Attentats de Londres: briser l'engrenage » a parfaitement résumé la vision stupéfiante (le lien n'est plus disponible).

D'emblée, Poget nous rappelle que le ciel nous tombe sur la tête, que rien ne va sur cette terre et nous sommes voués à une issue funeste :

Après l'indignation et la condamnation, totale et solennelle, des attentats de Londres, et l'admiration pour la force d'âme des Britanniques, comment penser l'avenir? Déclenché contre le Sommet au cours duquel la fraction la plus riche de l'humanité cherche un début de solution à la tragédie africaine et à la catastrophe climatique, ce nouvel épisode de violence aveugle démontre l'absurdité de la guerre civile qui déchire l'espèce humaine.

Tragédie, catastrophe, absurdité : la fin du monde n'est pas loin. L'Apocalypse selon Saint Jacques ? Plutôt une nouvelle bouffée d'indignation consensuelle, bien moins complexe et risquée que l'action. On notera l'interprétation des attentats, « déclenchés contre le sommet » du G8, sans que rien ne permette d'affirmer cela (et certainement pas les revendications rendues publiques). Un altermondialiste sommeillerait-il au fond de chaque terroriste islamiste ? Notre fieffé militant ne dissimule pas son credo :

Que ces peuples aient bâti leur prospérité sur l'exploitation des autres, que leur croisade mondialisante transforme la planète en un simple marché à exploiter, qu'en riposte au 11 septembre 2001 leur «coalition» ait semé chaos et dévastation en Afghanistan et en Irak pour leur apporter la démocratie, cela explique peut-être, mais n'excuse nullement, la poursuite de la terreur.

L'idéologie gauchiste la plus brute et la plus vile : si nous sommes riches, c'est parce que nous avons volé les autres (notre travail, notre éducation et notre productivité n'ont strictement rien à voir, bien entendu), et les islamistes ne font finalement que militer un peu trop durement contre la « dictature des marchés » (une expression à laquelle 24 Heures est attaché, raison pour laquelle je la cite ici). Quant au chaos et à la dévastation de l'Afghanistan et de l'Irak, on se demande comment Poget fait pour ne pas voir les gigantesques efforts de construction et de modernisation entrepris par la communauté internationale dans ces contrées. Mais les croyants recherchent la Vérité suprême, pas la réalité :

Or cette logique de l'affrontement ne conduit qu'à l'autodestruction par une spirale de violence - sous toutes ses formes: brute comme à Londres, comme en Irak; rampante comme la famine et la paupérisation; sournoise comme la destruction des cultures contaminées par la civilisation Coca/jeux vidéo.

Louange au Grand Simplificateur : tout fait partie de la même spirale autodestructrice, de la même fin de monde inévitable ! Boire du Coca et jouer à Halo 2 - mon Dieu, quelle horreur ! - revient somme toute à poser des bombes à Londres ou à envahir l'Irak. Repentez-vous, mes frères et sÅ“urs, repentez-vous : tous les maux de la planète sont de notre faute. Cessons de contaminer les autres cultures avec nos penchants coupables. Et cessons surtout de vouloir nous défendre contre ceux qui nous punissent justement :

Aujourd'hui, le réflexe des nations riches est forcément sécuritaire: mobiliser toutes les énergies pour éviter le prochain attentat, démanteler les réseaux menaçants. Engrenage de la terreur et de la répression évidemment sans issue. Qui peut le briser, sinon le plus fort? Soudés par la solidarité des victimes, les membres du G8 sauront-ils donner pourtant le seul signal salvateur, celui qui consiste, sans se laisser intimider, à intensifier malgré tout leurs efforts pour l'Afrique et pour l'environnement?

Toujours le même refrain : la violence ne fait que susciter la violence, et combattre le terrorisme ne mène qu'à davantage de terrorisme. Que le monde et l'histoire montrent l'inverse importe peu : il faut refuser de se battre, et donner toujours plus d'argent pour soulager notre conscience du crime inexpiable d'être civilisé, instruit et opulent. Nous sommes tous des salauds, et nous devons le payer. Repentez-vous, flagellez-vous, écoutez l'appel de Saint Jacques du Léman !

Il y faut beaucoup de force morale et de courage politique - ces valeurs qui devraient par définition être l'apanage non des terroristes mais des démocraties.

La boucle est bouclée, le sermon parachevé : les terroristes sont moins pires que nous. Il faut briser l'engrenage en baissant la garde, en renonçant aux mesures de sécurité, en tendant l'autre joue lorsque nous sommes frappés. Nous méritons d'être attaqués. Subissons donc la violence à notre endroit comme l'unique voie vers la rédemption, vers le pardon de nos péchés. Amen.


***


Blague à part, un discours comme celui de Jacques Poget - dont les accents peuvent être retrouvés aujourd'hui dans un autre éditorial tout droit issu de la rédaction de 24 Heures, sous la plume de Philippe Dumartheray - est représentatif de toute une frange des élites occidentales, qui nie totalement l'existence d'une guerre entre les démocraties libérales et le fascisme islamiste, tout comme son caractère irrémédiable. Ces tenants de l'apaisement sont toujours un effet secondaire de la stabilité, de la prospérité et de l'inertie que procure une société fonctionnelle et satisfaite. Comme l'a remarquablement montré Jean-Jacques Langendorf au début de son livre La Suisse dans les tempêtes du XXe siècle, les intellectuels frustrés de la révolution qu'ils espéraient ont toujours tendance à développer une haine farouche pour eux-mêmes, pour leur société, pour leur pays. Projeter cette pathologie par la plume est inévitable.

Mais je ne suis pas historien, et les conflits armés font partie de mes préoccupations - étant entendu qu'à mon sens ils éclatent lorsque des enjeux contraires ou contradictoires amènent des collectivités données à employer la force pour résoudre leur différend. La mission des armées consiste à protéger des gens comme Poget contre ceux qui pourraient attenter à leur vie en raison de leur nationalité, au pays mais aussi - dans certaines circonstances - à l'étranger. Les militaires sont donc des chiens de berger condamnés à protéger un véritable troupeau de pacifistes bêlants qui broutent sans vergogne l'herbe locale, et qui affirment que les loups ou les renards attaquent uniquement en raison de nos actions excessives - et non parce qu'ils ont faim et doivent manger pour survivre. Evidemment, lorsque les loups se mettent à égorger l'un des leurs, tous hurlent à l'insécurité et exigent instantanément ce qu'ils ont blamé des années durant. Bis repetita.

En définitive, le mélange d'angélisme, d'ethnomasochisme et de fanatisme que propagent Poget et ses acolytes est un danger pour la préservation de notre société démocratique et libre. Leurs envolées moralisatrices et irrationnelles rappellent les prédicateurs du temps passé : alors que les anciens interprétaient le passage d'une comète ou une pluie de météorites comme un châtiment divin, au lieu de connaître les principes de la physique, ces belles consciences interprètent aujourd'hui un attentat terroriste comme un châtiment céleste, au lieu de connaître les principes de la stratégie. Nous en sommes donc revenus à une forme de superstition, comme toujours fondée sur l'ignorance, les préjugés et les inclinations, qui se distingue de l'analyse raisonnée par l'absence de faits, de nuance et d'incertitude. Je me demande si la multiplication des informations disponibles et l'accélération des cycles de décision n'est pas une cause majeure de ce processus. Un monde trop complexe et trop dense pour être compris au jour le jour peut-il mener à l'obscurantisme ?

Ce mot n'est pas trop fort, car il est impossible de discuter l'opinion de Jacques Poget telle qu'il l'a exprimée hier : on y croit ou on n'y croit pas. Son journal tend de ce fait à s'adresser à des disciples, alors que toute information doit systématiquement être reçue avec l'incrédulité d'un Saint Thomas. La folie furieuse n'est pas très loin.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h52 | Comments (44) | TrackBack

8 juillet 2005

La lutte des symboles

Plusieurs commentaires dans les médias, ce matin, soulignent la portée symbolique des attentats commis hier à Londres, un jour après le choix du CIO, à l'ouverture du sommet du G8, dans une ville engagée dans la lutte contre le terrorisme islamiste (on venait d'apprendre quelques jours plus tôt que la Grande-Bretagne compte retirer une grande partie de ses troupes d'Irak pour les redéployer en Afghanistan). Mais de telles considérations ne sont que partiellement exactes : l'acte terroriste, c'est-à -dire l'attaque délibérée, meurtrière et clandestine de non combattants, est en lui-même un symbole susceptible de se superposer à d'autres pour les magnifier et les altérer, ou d'avoir en soi suffisamment de poids pour obtenir l'effet psychologique attendu. N'importe quelle ville, n'importe quel pays peut être frappé par un attentat : la mise en réseau de la planète à travers l'infosphère, et les médias qui en constituent la superstructure, réduisent l'importance de la localisation géographique. Toucher les cÅ“urs, les âmes et les esprits passe par l'agression, le massacre ou l'amputation des corps, quels qu'ils soient, où qu'ils soient.

Les attentats terroristes produisent immanquablement des images tragiques et traumatisantes, focalisent nécessairement l'attention sur des individus blessés et ensanglantés qui, par leur anonymat et leur normalité, sont promus au rang de symboles collectifs. Le spectacle offert bien malgré elles par les victimes du terrorisme produit ce mélange de révolte et de compassion, de colère et de crainte, de détermination et d'abattement qui submerge les sociétés touchées. Il est vain de vouloir passer ces symboles sous silence, de regretter l'attrait parfois morbide et charognard des médias pour ces événements qui sans eux n'existeraient pas sous cette forme. On ne combat pas des symboles par la censure ou les Å“illères, mais par d'autres symboles, par des actes dont le sens explicite permet à chacun d'être acteur et non plus spectateur, d'agir au lieu de subir, d'être autre chose qu'une victime potentielle. Les différentes formes de liberté constituent les fondements de tels symboles, mais la plus importante reste celle de voter. En conférant à chaque citoyen un pouvoir théoriquement égal aux autres, et à la majorité d'entre eux le pouvoir d'influer l'essentiel de la vie publique et politique, la démocratie est ainsi l'arme ultime contre le fanatisme religieux ou idéologique. Surtout la démocratie directe.

Cette guerre ne cessera pas aussi longtemps que la démocratie n'aura pas triomphé des intégrismes spirituels et temporels qui s'y opposent. Et le bulletin de vote reste aujourd'hui le symbole le plus fort contre la coercition sanguinaire et barbare du terrorisme islamiste. Voilà à mon sens une perspective pour laquelle il vaut la peine de se battre.

COMPLEMENT I (8.7 2355) : Je me permets de citer l'un des commentaires ci-dessous de Stéphane, qui à mon sens prolonge et développe remarquablement les réflexions ci-dessus.

La recomposition du moyen-orient, bon gré mal gré et sous les effets du coup de pied américain dans la fourmilière musulmane peut permettre l'émergence de la laïcité à long terme. En installant la démocratie, les partis vont forcément finir par recouvrir autre chose que de simples divergences religieuses. Les imams continueront à dicter leurs intentions de vote, mais leur pouvoir s'amenuisera aussi vite que les religieux perdront leur mainmise sur l'école et que les jeunes seront avides de s'occidentaliser.
[...]
Il faut la prospérité au moyen-orient, pour les jeunes. La prospérité viendra avec la libre entreprise. La libre entreprise viendra avec un état non totalitaire. Un état non totalitaire arrivera avec les alternances démocratiques.
Et lorsque tout cela sera en place, le château de carte de l'islamisme s'effondrera. Il restera toujours des imams haineux (et plus nombreux dans nos propres banlieues que là -bas) mais ils prêcheront dans le désert. Avec l'éducation et la prospérité viennent de nouveaux horizons, et les appels stupides à la haine ne fonctionnent plus. Qui croirait aujourd'hui aux prêches d'un prêtre qui menace ses ouailles d'aller en enfer?

Posted by Ludovic Monnerat at 13h14 | Comments (12) | TrackBack

Alerte media : Le Matin

Le journaliste Sébastien Jost du Matin m'a appelé hier après-midi pour une interview qui a été publiée ce jour, bien entendu sur le sujet des attentats terroristes à Londres. Difficile de résumer un conflit générationnel et le sens d'un événement aussi dramatique en quelques mots, en évitant d'adopter un discours dogmatique et manichéen... En même temps, il est toujours assez frappant de constater que l'on m'appelle - sur mon portable, en plus - lorsque quelque chose ne va pas dans le monde. On pense à la sécurité lorsqu'elle est menacée. On pense à la protection lorsque l'on en a besoin. Et on oublie les menaces dès qu'elles ne se manifestent plus par les actes...

Posted by Ludovic Monnerat at 7h20 | Comments (7) | TrackBack

7 juillet 2005

La guerre continue...

La première annonce des attentats commis aujourd'hui à Londres, parvenue à 1047 par SMS sur mon portable, ne m'a pas surpris le moins du monde. Seuls ceux qui ignorent le conflit central de notre époque, la guerre irrémédiable entre les démocraties libérales et le fascisme islamique, peuvent l'avoir été. Au demeurant, il est assez rapidement apparu que l'ampleur des dégâts continue sa décrue depuis le 11 septembre, malgré le déclenchement de plusieurs bombes à des heures de pointe, malgré une série d'attaque visant comme toujours à faire le plus grand nombre possible de morts et de blessés. Le terrorisme est une méthode de guerre qui peut être efficace en cas d'usage ciblé, constant et visant des objectifs limités ; frapper aveuglément et ponctuellement en cherchant à défaire une société entière ne ressemble pas à une stratégie gagnante. Imposer la lutte antiterroriste au menu du sommet du G8 n'est d'ailleurs pas vraiment une manÅ“uvre intelligente sur le plan politique.

Cette deuxième série d'attentats en Europe occidentale depuis 5 ans, après le 11 mars à Madrid, rappelle simplement que la guerre continue. Les services de sécurité britanniques, tout en annonçant l'inéluctabilité de ces attaques, ont déjoué nombre de complots et arrêté des dizaines de terroristes potentiels (une expression qui montre l'inadéquation du droit actuel!) ces dernières années. A vue de nez, les attentats de ce jour ont nécessité des mois de préparation ; ce n'est pas qu'ils soient particulièrement complexes à planifier, à entraîner et à exécuter, mais le faire sans attirer l'attention des services de sécurité exige un maintien du secret particulièrement exigeant, et donc un ralentissement des actes préparatoires. Un réseau terroriste islamiste cherchant à commettre un attentat en Europe est comme un sous-marin cherchant à couler un convoi marchand au milieu d'une flotte aéronavale : l'imprudence est la pire faiblesse, la patience son meilleur atout.

Mais le temps qui s'écoule entre deux attaques ou deux ensembles d'attaques fait beaucoup pour affaiblir à terme leur effet. On ne peut terroriser une population, et donc influencer ses dirigeants politiques, sans faire constamment planer sur elle la menace de meurtres, d'explosions ou de massacres. En d'autres termes, les services de sécurité remplissent leur mission non pas lorsqu'ils préviennent tous les actes terroristes, ce qui est purement impossible, mais lorsqu'ils réduisent leur nombre et leur ampleur à un niveau à partir duquel leur impact n'est plus décisif. C'est pourquoi la lutte contre le terrorisme a une finalité militaire, et non judiciaire : il ne s'agit pas d'arrêter et de mettre hors d'état de nuire tous les coupables, mais bien de leur infliger des pertes telles que la survie devient leur priorité. Démanteler un réseau a toujours pour effet de rendre plus prudents, plus patients, et donc moins actifs, ceux qui subsistent. A moins qu'ils n'emploient l'arme ultime!

Malgré cela, la pire erreur que pourraient commettre les Gouvernements occidentaux consisterait à renforcer la sécurité intérieure à un point tel que les libertés individuelles seraient menacées, et donc que la lutte contre le terrorisme devienne davantage nuisible que le terrorisme lui-même. Les mesures de protection ne suffisent jamais à gagner une guerre : celle-ci doit être portée sur le sol de l'ennemi. Et comme la conquête des esprits est le mode opératoire privilégié de notre époque, c'est bien en menant une guerre des idées, en combattant sans relâche les idéologies extrémistes et intégristes que l'on peut espérer au fil du temps procéder à leur euthanasie stratégique, et ainsi parvenir à la décision. J'espère simplement que mes concitoyens comprendront davantage ce soir que nous sommes totalement impliqués dans ce conflit, que nous en sommes belligérants au même titre que les tous les Etats de droit.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h59 | Comments (21) | TrackBack

6 juillet 2005

Face au chaos ambiant

Ce reportage paru dans Le Figaro fournit un aperçu passionnant de la situation sécuritaire en Côte d'Ivoire, 8 mois après l'évacuation des ressortissants européens et face à des conditions économiques qui ne cessent de se dégrader. Il montre tous les symptômes des sociétés et des collectivités confrontées à l'effondrement de la sécurité publique : l'improvisation de la fonction sécuritaire au sein de communautés minoritaires, l'inflation des emplois liés à la fourniture de sécurité, la constitution d'espaces sécurisés privés, parfois mobiles, et la perspective de véritables armées stipendiées potentielles, susceptibles selon la situation d'être employées à des fins offensives. Ainsi, l'insécurité devient le facteur d'inégalités le plus important au lieu d'en être la conséquence. C'est le chaos qui provoque la pauvreté davantage que l'inverse. La vie humaine se dévalue avec l'élargissement des victimes désignées à la majeure partie d'une société.

Les milices d'autodéfense communautaires, les entreprises de protection plus ou moins professionnelles et les sociétés militaires privées forment un environnement de plus en plus répandu sur la planète. Cela ne représente pas nécessairement la pire combinaison : un état autocratique règnant sans contre-pouvoir sur une population désarmée peut en effet mener au génocide ou au démocide. Même si la guerre de tous contre tous peut être décrite comme l'antithèse de la civilisation, le massacre industriel ne symbolise jamais qu'une civilisation devenant inhumaine. Pourtant, à terme, et malgré le développement des armes de destruction massive, c'est bien le chaos sanglant qui finit par engendrer les pires horreurs - moins ouvertement, moins scandaleusement, comme en témoigne le conflit en RDC et ses plus de 3 millions de morts depuis 1998.

Cette descente aux enfers de la vie sociale, qui confirme que l'homme reste bien un loup pour l'homme, constitue à mon avis l'une des menaces majeures de notre siècle. Il est assez ironique de constater que les forces armées occidentales, aujourd'hui engagées majoritairement pour juguler le chaos qui menace l'intégrité de sociétés entières (d'où les missions à long terme et à intégration civilo-militaire), sont revenues à une situation opérationnelle comparable au temps de la colonisation, mais dans l'autre sens : il s'agissait à l'époque de répandre la civilisation - et d'en tirer profit, naturellement - dans des contrées perçues comme lointaines, et il s'agit aujourd'hui de préserver cette même civilisation sur une planète qui ne cesse de se rapetisser. Mais une stratégie consistant à préserver le statu quo a-t-elle la moindre chance de réussir ? Est-ce que la transformation permanente, la destruction créatrice, n'est pas une option à retenir ?

Changer le monde avant qu'il ne nous change, reprendre l'expansion civilisatrice pour défaire le chaos dévorant. Cette orientation serait plus tentante si elle ne dégageait pas un remugle de totalitarisme! et ce quelles que soient les intentions derrière le changement.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h37 | Comments (3) | TrackBack

De Trafalgar à Waterloo

Comme les lecteurs de ce site le savent, il devient assez rare que je regarde la télévision. Pourtant, ce soir, j'ai choisi de regarder le journal de la Télévision Suisse Romande pour voir les images du choix de Londres pour l'organisation des Jeux de 2012. Le premier reportage a suffi à me faire éclater de rire : en montrant la foule britannique jubilant à Trafalgar Square, la TSR a en effet conclu en expliquant finement que l'endroit en question était nommé d'après le lieu où Wellington avait battu Napoléon ! L'amiral Nelson, qui est mort lors de cette bataille, a de quoi se retourner dans sa tombe...

On relèvera que l'histoire militaire ne semble pas vraiment digne d'intérêt pour certains journalistes. Même une bataille aussi célèbre que celle de Waterloo. Cette méprise somme toute comique est certes une preuve d'inculture, mais également un indice du niveau de méconnaissance de certains événements historiques parmi les professionnels de l'information. Si l'on y réfléchit sérieusement, ce devrait être un sujet d'inquiétude.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h34 | Comments (9) | TrackBack

Problèmes techniques identifiés

Finalement, les dysfonctionnements qui affectent ce site depuis samedi dernier se sont reproduits à une large échelle, puisque la société Six Apart a annoncé la cause de ces problèmes. Le tout devrait donc être rapidement résolu. Toutes mes excuses à celles et ceux qui ont éprouvé des difficultés à poster des commentaires!

COMPLEMENT (6.7 1150) : Mon informaticien vient de m'annoncer que les problèmes sont résolus. Grâce éternelle lui soit rendue! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 9h44 | TrackBack

5 juillet 2005

La diagonale des fous

On trouve aujourd'hui sur Fourth Rail une analyse de la situation en Thaïlande du Sud, où l'insurrection islamiste déclenchée voici presque 2 ans semble bien difficile à contrer. Comme à l'accoutumée, la campagne de contre-insurrection menée par le Gouvernement s'est heurtée à l'échec des méthodes frontales issues des conflits conventionnelles, et évolue dans des modes opératoires classiques :

The Thai strategy is to drive a wedge between the professional fighters and the population as a whole. It has come to this strategy only lately, however, having first attempted to crush the insurgency by main force. Only time will tell if the new strategy is more successful, and the combination of diplomacy, social-welfare payouts, and outreach programs can dry up the sea in which the guerrillas swim.

Il est assez intéressant de relever que de nos jours, un pays comme la Thaïlande peut effectivement être en guerre - 880 morts en 18 mois - et rester une destination touristique majeure, qui plus est malgré le tsunami. L'existence même d'une insurrection à motivation idéologique dans une nation en modernisation rapide semble encore plus intéressante : elle démontre que les lignes de fracture autour desquelles s'embrasent les sociétés sont de plus en plus liées à des facteurs immatériels, tels les valeurs et les croyances, qu'à des facteurs matériels comme les ressources ou le commerce. L'idée très en vogue selon laquelle réduire la pauvreté est une manière de réduire les conflits n'est que marginalement vraie.

Ainsi, le discours du "grand échiquier" popularisé par Zbigniew Brzezinski est une vision trompeuse et simplificatrice d'une planète sur laquelle une multitude d'échiquiers gigognes forment une sorte de sculpture fractale tridimensionnelle en perpétuelle instabilité. Je m'explique (encore heureux... ;)) : une collectivité donnée peut être représentée par un échiquier qui lui-même représente une case de l'échiquier que forme la société englobant ladite collectivité. Et le méta-échiquier ultime, celui de la planète, se joue à mon sens dans le domaine des idées, dans la sphère de l'information, parce qu'elle seule interconnecte instantanément et immatériellement toutes les parties nationales, sectorielles ou locales.

C'est pourquoi la diagonale des fous de Dieu balaie irrémédiablement toute la planète, et ne laisse aucune société intacte ou indifférente. Nous sommes tous impliqués, concernés, menacés par l'affrontement qui se déroule jour après jour. Et à la différence de la guerre froide, les règles du jeu ont été déchirées...

Posted by Ludovic Monnerat at 23h01 | Comments (6) | TrackBack

Toujours des problèmes

Les avaries techniques qui entravent le fonctionnement de ce site ne sont que partiellement résolues : il existe toujours des difficultés majeures avec les commentaires, qui finissent par passer, mais qui exigent une édition manuelle de ma part pour retirer de nombreux doublons... Le transfert sur un nouveau serveur est en cours. Je vous tiens au courant!

Posted by Ludovic Monnerat at 7h19 | TrackBack

4 juillet 2005

Irak : Red on Red

Les affrontements au sein de la guérilla en Irak semblent au moins se poursuivre, voire augmenter. Il est assez intéressant de voir que ce phénomène est très largement passé sous silence dans les médias traditionnels européens. Même s'il serait faux d'en tirer des conclusions hâtives ou exagérées, cette réalité montre une évolution intéressante dans les rangs de la guérilla composite qui combat depuis plus de 2 ans : le principal facteur de convergence, à savoir le refus de la présence militaire américaine (mettre un terme à celle-ci est la condition sine qua non, qui pour reprendre le pouvoir, qui pour imposer l'islamisme), est devenu moins fort que des facteurs de divergence comme les différences de nationalité et de pratique religieuse.

Following al-Qa'eda's seizure of the main buildings a number of residents fled. Arkan Salim, 56, who left with his wife and four children, said: "We thought they were patriotic. Now we discovered that they are sick and crazy.
"They interfered in everything, even how we raise our children. They turned the city into hell, and we cannot live in it anymore."

Cette lutte permanente entre convergence et divergence dans les enjeux, entre ceux qui fédèrent et ceux qui divisent, entre les enjeux les plus universels et les enjeux les plus individuels, est une dimension essentielle des conflits de basse intensité. C'est un aspect que les armées ont eu tendance à oublier par la faute de la montée aux extrêmes vécue durant les deux conflits mondiaux et bétonnée par le face-à -face nucléaire de la guerre froide. Mais supprimer les raisons de se battre restera toujours plus efficace, à terme, que supprimer les hommes prêts à se battre. Influencer les intentions, et non les méthodes d'action ou les moyens qu'elles mettent en oeuvre, doit constituer l'effet recherché par l'emploi de la force armée dès lors que la survie collective n'est pas menacée.

De ce fait, les médias ne comprennent rien au conflit en Irak. Ils dénombrent les attentats suicides et les kidnappings en donnant l'impression que cela résume la situation du pays, alors que la tenue d'élections locales, l'ouverture d'écoles rénovées ou encore le développement du commerce ont un impact bien plus important. L'incapacité des islamistes et des baasistes à proposer une alternative politique crédible et tangible est l'une des raisons pour lesquelles l'Irak se distingue des conflits insurrectionnels vécus durant la décolonisation. La révolution est apportée par une force armée conventionnelle, et non plus par une guérilla idéologique ou nationaliste.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h12 | Comments (7) | TrackBack

3 juillet 2005

Un séjour au Tessin

Les voyages n'en finissent pas de se succéder : je suis parti aujourd'hui de bonne heure pour le Tessin, en vue d'un exercice d'état-major au début de la semaine prochaine. Venir en Suisse italienne en été est toujours un ravissement, tant l'atmosphère de vacances - plages, palmiers, touristes - y est forte. Certes, la plupart parlent suisse-allemand... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h58 | TrackBack

Problèmes techniques

Depuis samedi matin, des problèmes techniques m'empêchent régulièrement de poster des billets dépassant quelques lignes, alors que l'ensemble du site connaît un fonctionnement erratique. Mon informaticien cherche à régler le problème... Il a réussi à faire mettre en ligne le texte ci-dessous, c'est déjà beaucoup!

Posted by Ludovic Monnerat at 0h49 | TrackBack

2 juillet 2005

Un bilan pour juin

Comme c'est l'usage, je profite de ce début de mois fort estival pour remercier chaleureusement celles et ceux qui lisent régulièrement ce carnet et qui prennent part à ses débats. La fréquentation au mois de juin a connu une augmentation du nombre quotidien de visites (655), mais une diminution du nombre de pages vues chaque jour (1454). Mes absences répétées à l'étranger ont peut-être eu une influence à ce sujet. Quoiqu'il en soit, cette fidélité me touche.

Une note humoristique s'impose naturellement, avec quelques commentaires à certaines entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé des internautes par ici :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 14h23 | TrackBack

1 juillet 2005

Des armes suisses en Irak

Puisque je suis à nouveau en Suisse, il est logique que je revienne sur un événement assez unique survenu mercredi : l'acceptation par le Conseil fédéral de la vente de matériel de guerre en vue d'opérations de coercition armée. D'une part, les 180 chars de grenadiers M-113 - enfin, véhicules de combat d'infanterie pour prendre l'appellation internationale - vendus aux Emirats Arabes Unis seront offerts à la nouvelle armée irakienne. D'autre part, la vente de 736 autres M-113 au Pakistan en vue de leur emploi dans des missions de promotion de la paix fait que ceux-ci seront concrètement utilisés au titre du chapitre VII de la Charte de l'ONU, comme c'est actuellement le cas au Congo. Ces chars connaîtront des combats.

Bien entendu, les adversaires idéologiques de l'armée n'ont pas manqué de fustiger ces ventes qui, à elles deux, devraient rapporter près de 60 millions de francs (le prix d'un petit avion de transport...) :

«Cet activisme soudain dans le domaine des ventes d'armes militaires entre en contradiction avec la neutralité de notre pays», proteste le sénateur socialiste jurassien Pierre-Alain Gentil.

On notera que j'aurais pu citer des propos encore plus absurdes, notamment liés au programme nucléaire pakistanais (tout le monde sait que les M-113 sont des vecteurs atomiques...), mais cela illustre bien un point important à ce sujet. Les armes de guerre vendues par la Suisse iront équiper des armées nationales qui combattront des groupes non étatiques, sur leur sol ou à l'étranger. Mentionner la neutralité est symptômatique d'un mode de pensée caduc, d'une vision de la guerre scotchée aux épisodes les plus marquants des grands conflits mondiaux. Le Conseil fédéral, en acceptant la vente de ces équipements encore utilisables, montre clairement qu'il intègre les menaces contemporaines et le fait que les armées nationales sont de plus en plus l'ultime rempart face au chaos.

Sur la question de l'Irak, ses déclarations témoignent d'un revirement intéressant :

«Il est dans l'intérêt de la Suisse que la situation en Irak, où les attentats terroristes se multiplient, se stabilise aussi rapidement que possible», déclare Joseph Deiss, ministre de l'économie. A ses yeux, cela ne pourra se faire que si les nouvelles forces de sécurité irakiennes disposent de moyens appropriés pour assurer leur protection.

La formation d'un Gouvernement légitime en Irak offre ainsi des opportunités diplomatiques...

Posted by Ludovic Monnerat at 16h30 | Comments (5) | TrackBack