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30 juin 2007

Une petite devinette (11)

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Comme certains "insiders" le savent, j'étais ces derniers jours en vacances sur le continent européen, et je suis maintenant en mouvement pour un autre secteur. Parmi les autres :-), qui saura identifier et localiser l'immeuble ci-dessus, auprès duquel j'ai logé cette semaine ?

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29 juin 2007

Entre faux enfants soldats et vraie distorsion

Jusqu'à quel âge est-on encore un enfant soldat, et quand devient un soldat à part entière, c'est-à -dire un adulte responsable de ses actes ? Si l'on en croit une partie de la presse britannique, qui tacle aujourd'hui le nouveau premier ministre suite aux nouvelles pertes subies en Irak, les 2 militaires de 20 ans qui ont été tués sont des « boy soldiers », et leur apparence juvénile renforce cette image. Pourtant, la définition généralement admise de l'enfant soldat ne s'étend pas au-delà de l'âge de 18 ans, qui reste considéré comme le seuil de la majorité et qui, par exemple, s'applique aussi bien aux armées de conscription (recrutement possible à partir de 18 ans, comme en Suisse) et aux armées de métier (engagement de jeunes hommes de moins de 18 ans uniquement avec l'accord écrit des parents, comme aux Etats-Unis).

Cette définition n'est pas nécessairement une constante : on rappellera que dans la Suisse primitive, les hommes étaient tenus de combattre de 16 à 60 ans. De même, les différentes initiatives en cours dans notre pays visant à abaisser le droit de vote à 16 ans, au demeurant âge de la majorité sexuelle, devraient également aboutir à s'interroger sur les devoirs qui en sont le corollaire, comme le devoir de servir. Toutefois, lorsque l'on sait qu'une grande part des enfants soldats sont enrôlés de force avant même leur adolescence et maintenus dans les rangs par la contrainte, le chantage ou l'addiction, on mesure bien l'extraordinaire distorsion consistant à nommer ainsi de jeunes militaires britanniques. La motivation derrière celle-ci, qui s'appuie sur une victimisation systématique, ne fait guère de doute.

Cette notion d'enfant soldat à géométrie variable et la critique explicite qu'elle véhicule ne sont pourtant guère appliquées aux adversaires des armées contemporaines. L'âge des djihadistes et insurgés tués par dizaines de milliers en Irak n'est ainsi pas un facteur auquel la classe médiatique porte une attention similaire, alors que les premiers sont bien souvent le fruit d'années d'endoctrinement et de préparation à la guerre sainte dans des écoles islamiques ; et celles-ci profitent en particulier de conditions économiques difficiles pou recruter en masse. Par ailleurs, la profusion de jeunes hommes désoeuvrés dans les zones de conflits actuelles, que ce soit en Irak, en Afghanistan ou dans les territoires palestiniens, facilite également le recrutement, même ponctuel. Ne peut-on pas parler d'un environnement infantilisant lorsqu'une vie adulte est rendue impossible ?

Les armées occidentales connaissent pour leur part des conditions diamétralement opposées, avec une concurrence impitoyable de l'économie privée et des courants antimilitaires qui, sous couvert de pacifisme louable, rongent la volonté de servir, de défendre et de combattre. Ce n'est pas pour rien que l'on présente souvent les jeunes soldats britanniques ou américains comme des victimes leurrées par l'appât du gain (les soldes et primes sont en hausse constante) ou par l'apparat de l'arme : la notion même de pouvoir donner sa vie pour son pays, pour sa patrie, pour les siens, est de plus en plus étrangère aux faiseurs d'opinions contemporains. Les soldats en question ne cachent d'ailleurs pas leur mépris pour ces derniers. Surtout lorsqu'ils tentent, chaque jour et de toutes leurs forces, d'influencer un conflit en cours en présentant comme inéluctable une défaite qu'ils souhaitent.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h48 | Comments (3) | TrackBack

27 juin 2007

L'approche indirecte face à l'Iran (2)

Les récits de violences et de protestations en Iran, suite à l'instauration d'un rationnement de l'essence et à la diminution de son subventionnement, constituent l'une des premières preuves de l'efficacité de l'approche indirecte choisie par les États-Unis pour faire face au régime des mollahs, et notamment de leur étranglement économique. Extrait :

Hard-line President Mahmoud Ahmadinejad came to power in the 2005 election based largely on his promises to improve the faltering economy. But his failure to do so has sparked widespread criticism.
"This man Ahmadinejad has damaged all things. The timing of the rationing is just one case," said Reza Khorrami, a 27-year-old teacher who was among those lined up at one Tehran gas station before midnight.
Iran is the second-biggest exporter in the Organization of Petroleum Exporting Countries. But because it has low refining capability, it has to import more than 50 percent of its gasoline needs. To keep prices low, the government subsidized gas sales, saddling it with enormous costs.
Under the rationing plan, owners of private cars can buy only 26 gallons of fuel per month at the subsidized price of 38 cents per gallon. Taxis can get 211 gallons a month at the subsidized price.

Bien entendu, quelques protestations et quelques critiques ne forment pas une lame de fond. Mais c'est bien l'une des principales vulnérabilités économiques iraniennes qui est ainsi mise en évidence dans sa dimenson stratégique, et l'incapacité du gouvernement actuel à sortir du cercle vicieux actuel (pénurie - importation - subvention - pas d'investissement - pénurie croissante) est une menace majeure pour la pérennité du régime politique à Téhéran. Surtout si les fonds énormes investis dans le programme nucléaire ne parviennent pas suffisamment vite à porter leurs fruits, sous la forme d'une capacité nucléaire à même de capitaliser le nationalisme iranien (ou perse) et de figer les rapports de force militaires.

Dans ce contexte désespérant pour les mollahs, on comprend mieux la présence militaire américaine dans le Golfe, c'est-à -dire l'effet psychologique qu'elle vise à exercer : l'économie use et détruit, l'armée protège et dissuade.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h10 | Comments (32) | TrackBack

25 juin 2007

Une nouvelle éruption au Liban ?

L'attaque à la voiture piégée qui a tué hier 6 soldats de la FINUL, dont 3 Espagnols et 3 Colombiens servant dans l'armée espagnole, n'est bien entendu pas une surprise : ce n'était qu'une question de temps, puisque cette force multinationale sans capacité de s'interposer est pourtant gênante. Le mode opératoire, lui non plus, n'est pas étonnant : c'était déjà la voituré piégée qui avait été employée en 1983 contre les soldats français et américains, avant que cette méthode se généralise. Enfin, le fait des militaires espagnols soient tués au Moyen-Orient rappelle simplement que le retrait d'Irak n'a pas servi à grand chose, bien au contraire, et que toute présence militaire dans cette région est automatiquement un risque important.

La question qui se pose aujourd'hui est celle des raisons d'une telle attaque. S'agissait-il d'intimider la FINUL pour l'empêcher de signaler le renforcement constant des préparatifs militaires et des transferts d'armes au Sud Liban, ou plutôt de provoquer une réaction qui légitimerait une campagne d'attentats à son encontre ? Alors que les possibilités de guerre ouverte entre Isräel, le Hezbollah, la Syrie (et donc l'Iran) sont plus hautes que jamais, alors que l'armée libanaise a pris son parti en neutralisant une milice islamiste et ainsi signalé l'évolution des esprits au pays des cèdres, le pari de l'Europe reste bien dangereux. Et le risque d'une répétition des événements de l'été dernier pour la communauté internationale, avec une évacuation massive de ressortissants menacés (lesquels sont pour la plupart revenus), est particulièrement élevé. Sans doute les planifications prévisionnelles vont-elles bon train dans les états-majors occidentaux...

En tout état de cause, une nouvelle éruption au Liban ne devra pas grand chose à la FINUL, ce contingent militaire placé d'emblée dans l'impossibilité de remplir sa tâche principale, et tout aux oppositions fondamentales qui continuent de caractériser le Proche-Orient. Essayer d'en réduire les conséquences pour ses intérêts nationaux est une démarche logique et responsable.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h31 | Comments (12) | TrackBack

24 juin 2007

RMS : nouveaux billets

Ces derniers jours, le blog collectif de la Revue Militaire Suisse a abordé plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 8h27 | Comments (1) | TrackBack

21 juin 2007

Des manipulateurs en faillite

La disparition d'un média est toujours un appauvrissement de l'expression dont on ne peut se réjouir ; de plus, le malheur d'autrui ne peut décemment être une source de satisfaction, à moins d'en être l'ennemi. Malgré cela, j'ai beaucoup de peine à manifester la moindre réticence à la prochaine fermeture de l'hebdomadaire "Facts". Bien sûr, il faut souhaiter que les 64 personnes perdant ainsi leur poste retrouvent un emploi à la mesure de leurs compétences, mais ce titre s'est distingué par de tels excès que bien des gens, notamment dans les rangs de l'armée, ne le regretteront pas. Certains articles outrageusement manichéens ne sont pas oubliés.

Sur un plan plus personnel, je reproche en particulier à Facts d'avoir fabriqué de toutes pièces un scandale à travers un article mensonger, d'avoir par la suite censuré des courriers de lecteurs protestant contre cette methode et d'avoir même manipulé des sondages en ligne pour protéger ses journalistes ne serait-ce que de l'impression d'une rancoeur populaire. Il se trouve que je connais bien les officiers instructeurs cités dans cette "affaire" de l'école d'officiers d'infanterie, que j'ai travaillé et servi avec eux, voir même accompli des services d'avancement dans leur compagnie ; mieux, j'ai invité une fois le major EMG Müller à s'exprimer sur ce cas devant un public choisi pour analyser en détail comme de nos jours se forge et se propage une manipulation médiatique, à coups de photos truquées, d'anecdotes sans rapport et pourtant combinées, de faits passés sous silence lorsqu'ils contredisent l'objectif.

Dans de telles conditions, et même s'il serait malhonnête de juger Facts par rapport à quelques articles consacrés à un thème qui m'est proche, la disparation de cet hebdomadaire ne revêt donc pas qu'une dimension économique, mais prend également un sens déontologique : un titre renommé comme exemple d'infotainment n'a pas sa place en tant que média payant, et la recherche perpétuelle de l'information choc pour en faire un spectacle n'est pas digne du prix affiché. La faillite de quelques manipulateurs ne saurait être un événement négatif.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h21 | Comments (10) | TrackBack

20 juin 2007

Les arcanes de la chose militaire

Ces derniers jours, mes fonctions professionnelles m'ont amené à certaines réflexions sur le devenir d'une armée, quelle qu'elle soit, aux prises avec les décisions de la classe politique. Je ne peux bien entendu citer d'élément précis, puisque le tout est classifié, mais le pilotage d'une entité aussi massive que l'armée s'accompagne mal de décisions prises d'une année à l'autre sans continuité. Le refus l'an dernier de l'étape de développement 08/11, et son acceptation toute récente avec des changements en apparence minimes, peuvent donner l'impression d'un simple ralentissement ; dans les faits, les négociations sur le nombre de bataillons de chars, en parallèle à la redéfinition de l'engagement militaire dans la sécurité intérieure, font que les militaires doivent profondément revoir leur planification pour la période 2008-2011. Et parfois s'interroger quant à la faisabilité des "solutions" qu'on leur impose depuis le Palais fédéral...

C'est une chose assez fascinante que de voir les décisions des parlementaires être décortiquées dans leurs moindres implications par les chevilles ouvrières des grandes subdivisions de l'armée, et de constater que des problèmes majeurs sont posés ne serait-ce que par l'inadéquation fondamentale entre moyens et missions. Il est également éclairant de voir que certaines conséquences, en raison de l'inertie propre à l'institution militaire, débordent très largement sur la période 2012-2015, alors que l'actuelle législature est polarisée par la proximité des élections fédérales. Sans doute un jour serait-il bon que les décideurs politiques prennent le temps d'être informés dans le détail des dossiers sur lesquels ils sont appelés à se prononcer ; j'imagine d'ailleurs qu'il doit en être de même dans la plupart des autres domaines. On peut toujours rêver...

Posted by Ludovic Monnerat at 20h12 | Comments (1) | TrackBack

17 juin 2007

Une présence en diminution

Ces prochains jours, pour des raisons de service, je serai moins présent sur ce site et ne pourrai probablement pas mettre en ligne de nombreux contenus. Je vous remercie par avance pour votre patience et votre discipline :-), tout en espérant que les problèmes techniques qui entachent ce blog (commentaires difficiles, actualités bloquées) soient résolus dans l'intervalle !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h25 | Comments (1) | TrackBack

16 juin 2007

La rengaine des idiots inutiles

La guerre civile palestinienne et la transformation de la bande de Gaza en bastion islamiste sous la coupe du Hamas auraient logiquement dû amener certains commentateurs à réviser leurs jugements, émis ces derniers mois, sur le sujet. Je pensais en particulier à Bernard Guetta, qui tient une colonne hebdomadaire dans Le Temps, et qui avait déjà démontré un talent inouï à se mettre le doigt dans l'oeil quant aux Palestiniens. Eh bien, c'est sans surprise que je constate la persistance de ses errements : Guetta voit toujours dans les "accords" de la Mecque de février dernier "un moment décisif", alors que leur supercherie est aujourd'hui évidente, et parle d'un "espoir" qui ne reflète que ses propres opinions. Mais il va maintenant un pas plus loin et désigne les responsables de la situation actuelle :

Dans les pires embûches, ce chemin aurait peut-être pu mener à la paix mais la méfiance des Etats-Unis, la crise politique israélienne et la panne européenne ont privé ce gouvernement d'union de la reconnaissance et de la reprise de l'aide internationale qui auraient dû saluer sa formation.

La boucle est bouclée : tout est donc de notre faute, et plus encore de celle des Américains et des Israéliens. Si seulement on avait déversé les dizaines de millions de dollars revendiqués par les Palestiniens (mais cela n'a-t-il pas été fait ?), ils auraient bien vite oublié leur haine autodestructrice et délaissé leurs chefs islamistes ! Il fallait bien entendu subventionner toute cette population dans le besoin et ne pas se formaliser pour des détails, comme ces roquettes qui pleuvent sur les villes israéliennes ou ces tentatives d'attentat déjouées aux points de passage. Comment a-t-on pu avoir la moindre méfiance envers cet immense progrès que représentaient les accords de la Mecque, alors que tant d'accords par le passé avaient été respectés à la lettre par les Palestiniens ?

Trêve de plaisanterie. Les idiots inutiles tels que Bernard Guetta ne sortiront jamais de leurs constructions mentales, n'accepteront jamais qu'ils ont pu se tromper, n'intégreront jamais le fait que des criminels, des meurtriers et des ordures ne sont que cela, et rien d'autre, même s'ils combattent Israéliens ou Américains. L'orgie de violence qui a submergé la bande de Gaza n'est pas de nature à impressionner ceux qui, depuis longtemps, filtrent la réalité en fonction de leurs convictions et répètent celle-ci comme une rengaine.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h33 | Comments (145) | TrackBack

15 juin 2007

La grande défaite des Palestiniens

Qui se souvient encore de ceux qui célébraient les "accords" de la Mecque conclu par le "Gouvernement d'union" palestinien, qui y voyaient un "immense progrès" vers la paix ? A l'heure où la victoire du Hamas dans le bande de Gaza a fait éclater toute apparence d'union, les discours pro-palestiniens des commentateurs européens illustrent un décalage non seulement avec la réalité, mais également avec la perception de celle-ci. Car c'est bien une grande défaite que les Palestiniens viennent de subir ces derniers jours : avec les massacres, les pillages et les vengeances du groupe terroriste Hamas, avec également l'imposition du régime islamiste à l'ensemble des habitants, il n'y a désormais plus de "cause palestinienne" digne de ce nom. Mis à part dans l'esprit de ses tenants les plus forcenés de par chez nous.

Cette image d'un combattant piétinant le portrait de Yasser Arafat est symbolique de la scission désormais brûlante entre les islamistes du Hamas et les nationalistes du Fatah, entre la légitimité spirituelle et temporelle, entre des élans identitaires globaux ou locaux. La conquête de la bande de Gaza, présentée comme une seconde libération, fait entièrement exploser le cadre d'une lutte vendue depuis des années comme une résistante légitime à l'occupation israélienne ; et c'est désormais la bannière de l'islam conquérant qui symbolise en grande partie les Palestiniens, au lieu du keffieh tellement séduisant aux yeux des révoltés en mal de cause. Autant dire une déclaration de guerre à tous ceux qui ne jurent pas par la charia, et donc une intégration directe dans le conflit entre le fondamentalisme musulman et les démocraties libérales.

Ce retournement de situation s'explique naturellement par la brillante décision stratégique d'Ariel Sharon, par le sacrifice des implantations sur le bande de Gaza ayant abouti à une soustraction aux coups directs de l'adversaire, condamné dès lors à retourner sa propre violence contre les siens. Mais cette autodestruction est également la conséquence de l'instrumentalisation de la population palestinienne dans la lutte contre l'État juif, de l'idéalisation de la lutte armée, de l'endoctrinement permanent au service d'une cause guerrière. A force d'avoir fait de l'action armée un but en soi et non un moyen pour parvenir à un but donné, celle-ci est devenue un mode de vie, une partie de l'identité populaire, et donc un chancre mortel. Il faudrait probablement procéder à un délavage généralisé des cerveaux pour contrebalancer la propagande créée sous l'égide de Yasser Arafat et donner à la population palestinienne une chance d'accepter la paix !

Dans l'immédiat, cette défaite palestinienne est également un succès israélien, puisque la bande de Gaza n'est plus désormais qu'un espace supplémentaire où s'est manifesté le jihad planétaire, et où le combattre est une nécessité pour tout État de droit. Il revient dès lors aux dirigeants israéliens de faire preuve de subtilité et d'exploiter cet avantage immense en recherchant une normalisation à même de désamorcer bien des hostilités à leur endroit. Sans pour autant perdre de vue qu'il leur est bien plus utile d'avoir un ennemi implacable et bouillonnant à leur porte qu'un ennemi non moins implacable mais patient à la table des négociations...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h39 | Comments (23) | TrackBack

13 juin 2007

Le début de la grande lutte

Si diviser pour régner était une approche stratégique valable à l'ère coloniale, son application moderne semble tout aussi prometteuse. Les événements majeurs des dernières semaines dans le monde arabo-musulman, source ou lieu de la majorité des conflits armés au monde, sont à cet égard instructif : la guerre civile palestinienne, précipitée par le piège de la liberté, prend des proportions qui ne permettent plus de l'ignorer ; les opérations offensives de l'armée libanaise contre une milice islamiste palestinienne, qui bénéficient d'un large soutien, ont illustré l'évolution des esprits dans la population ; le soulèvement croissant des sunnites irakiens contre les combattants islamistes, convoité par le gouvernement national, impose une autre lecture du conflit irakien. On pourrait citer d'autres exemples d'hostilités ouvertes ou résurgentes, du Pakistan à l'Algérie en passant par la Corne de l'Afrique.

Ces développements me font penser que la grande lutte a bel et bien débuté ; non seulement le combat entre les démocraties libérales et le fondamentalisme musulman, que l'interpénétration des cultures avive inévitablement, mais aussi et surtout le combat entre modernes et archaïques au sein même du monde arabo-musulman. C'est le cauchemar d'Oussama ben Laden, la hantise suprême d'Al-Qaïda : alors que le déclenchement des hostilités contre le monde occidental devait leur permettre de conquérir les coeurs et les esprits de leurs coreligionnaires, et donc de prendre le pouvoir temporel, ces derniers réagissent au contraire face à la pratique du terrorisme et à l'imposition de la loi islamique. Il est assez intéressant de constater que là où les commentateurs prédisaient des millions de terroristes suite aux opérations offensives déclenchées dès l'automne 2001 par les États-Unis, nous voyons aujourd'hui des millions de démocrates se précipiter aux urnes lorsque des élections légitimes sont proposées, et des millions de gens s'opposer aux terroristes.

Si cette analyse est correcte, elle éclaire d'un jour différent les actions des différentes nations occidentales durant cette décennie. Et elle montre surtout que l'heure n'est pas au retrait et au repli sur soi, pour les pays engagés dans cette offensive, mais bien à la capacité de durer et de poursuivre la lutte en dépit d'un soutien politique pour le moins incertain.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h37 | Comments (54) | TrackBack

11 juin 2007

Armée : la fin d'une absurdité

Le Conseil fédéral a annoncé aujourd'hui sa volonté de réduire les engagements de l'armée en service d'appui au profit des autorités civiles, c'est-à -dire les engagements AMBA CENTRO (protection des ambassades), LITHOS (renforcement du Corps des gardes-frontières) et TIGER/FOX (mesures de sécurité du trafic aérien). Cette décision doit encore être approuvée par le Parlement, mais elle provoquera certainement de nombreux soulagements dans les rangs de l'armée, où l'absurdité de la garde statique des ambassades en remplacement des services d'instruction a provoqué un ressentiment croissant, voire parfois des écarts de conduite frappants. Le sentiment de servir de main d'oeuvre bon marché pour compenser les heures supplémentaires des corps de police devrait ainsi disparaître, puisqu'aux 800 soldats actuellement engagés devraient succéder 125 professionnels de la sécurité militaire.

Cette décision annonce également un revirement concernant l'emploi de l'armée dans la sécurité intérieure. Alors que celui-ci était voici encore 10 ans une chose très rare, ce sont aujourd'hui plus d'un millier de soldats qui sont chaque jour déployés pour appuyer les autorités civiles à remplir leurs tâches régulières, dans une situation normale. Ce contre-emploi des moyens militaires a même provoqué des dérives, comme la tendance à spécialiser l'infanterie dans des missions autres que le combat, l'engagement de moyens aériens au bénéfice d'abord des civils et ensuite des militaires, ou encore le bricolage d'équipes recherchant des missions analogues à celles des corps de police sans aucune demande ou décision politique allant dans ce sens. En remettant ainsi l'église au milieu du village, le Conseil fédéral signale que les tâches subsidiaires ne sauraient devenir principales.

Cela ne signifie pas que les militaires n'ont aucun rôle à jouer dans la sécurité intérieure, comme l'affirment régulièrement des syndicats de police inquiets d'une absurde concurrence ; c'est simplement que les militaires doivent venir en complément et non en remplacement des policiers et autres gardes-frontière, en fournissant ponctuellement des compétences qui ne sont tout simplement pas disponibles au sein des corps constitués civils. La distinction toujours plus ténue entre sécurité intérieure et extérieure ne permet certes plus des séparations tranchées, mais cela doit précisément aboutir à une complémentarité des moyens dans le cadre d'une conception globale. Et la vocation des militaires reste inévitablement la dissuasion, la prévention, la mitigation et la neutralisation des menaces stratégiques de haute intensité, fût-ce par des missions de longue durée au-delà des frontières pour éviter l'apparition même de telles menaces.

Bien entendu, les soldats de milice n'en ont pas fini dans l'immédiat avec les cours de répétition lénifiants, passés à protéger des bâtiments déjà fortement sécurisés, puisqu'il faudra une période de transition d'au moins 3 ans. Il faudra cependant un jour s'interroger sur le coût réel d'une telle mission, menée pendant plus d'une décennie, sur la disponibilité de l'armée, sur son niveau d'instruction et sur la motivation de la troupe.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h20 | Comments (19) | TrackBack

10 juin 2007

Le nouveau Chef de l'Armée et ses nombreux défis

La désignation de l'homme qui succèdera au commandant de corps Christophe Keckeis met fin à des mois de suspense, mais suscite également la surprise : en choisissant le brigadier Roland Nef comme futur Chef de l'Armée, Samuel Schmid a trompé tous les pronostics et choisi un officier général peu connu du grand public.

L'actuel commandant de la formation d'application des blindés et de l'artillerie, âgé de 47 ans, va ainsi prendre la tête de l'armée à l'instant où celle-ci doit appliquer la première optimisation de la réforme Armée XXI. Et les défis qui l'attendent ne seront pas uniquement ceux générés par la tâche qui lui incombera.

...

La suite ici !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h10 | Comments (3) | TrackBack

7 juin 2007

Des clowns en tenue 83

Au début d'un blog, je suis tombé sur cette image d'un manifestant apparemment membre d'une armée de clowns allemands opposés au G8. Triste clin d'oeil à l'armée suisse, le clown en question porte une tenue de camouflage 83, la machin rougeâtre qui était la règle avant notre excellente tenue de camouflage 90, et qui est en vente dans de nombreuses échoppes. On peut toutefois se dire que ce n'est pas pire que les combattants de l'UCK, eux aussi amateurs de la tenue 83 en question...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h26 | Comments (31) | TrackBack

Un peu de discipline !

Une fois de plus, il me paraît nécessaire de rappeler à l'ordre les différents intervenants de ce blog. Je constate en effet, depuis quelques jours, une tendance toujours plus marquée à dévier du sujet et à se perdre dans des considérations qui n'ont pas leur place dans un thème donné, alors même que la possibilité est toujours offerte d'ouvrir un billet spécialement pour un thème souhaité. C'est ainsi que l'on se retrouve à parler de la guerre froide alors que le sujet était les violences à Rostock, ou que l'on lit des échanges sur des notions de race alors que le thème était l'arme à domicile et sa munition en Suisse. Ceci nous concerne tous (je ne m'exclus donc pas du reproche), et je vous prie donc tous également de faire preuve de discipline et de rester dans la ligne du sujet abordé. La vocation de ce site en sera ainsi respectée... :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 9h20 | Comments (31) | TrackBack

6 juin 2007

Le revirement du Conseil fédéral

Ainsi donc, le Conseil fédéral est revenu sur sa décision concernant la question des armes de service au domicile des citoyens-soldats, puisque désormais il veut interdire le dépôt de la munition de poche gardée jusqu'ici entre les services par les mêmes citoyens-soldats, à l'exception des formations prévues pour des engagements après courte préparation dans le cadre de la sécurité intérieure. Ce revirement montre non seulement que l'argument de la confiance entre les citoyens et l'État n'avait guère de solidité, voire peut-être de vérité, mais également que les campagnes visant à saper l'un des éléments-clefs de l'armée de milice ont un impact sur le Gouvernement. L'abandon de la munition de poche apparaissant dès lors comme une manière de jeter du lest et de couper l'herbe sous le pied des opposants au maintien des armes à domicile.

Cette décision, entièrement légitime et non dénuée d'une forme de logique dès lors qu'elle peut être adaptée au gré de l'évolution de la situation, montre néanmoins à quel point la classe politique de ce pays reste incapable de fixer une ligne et de s'y tenir dans la plupart des aspects de la politique de sécurité. Je ne sais pas si nos dirigeants se rendent compte de l'effet pernicieux de tels revirements : à force de constater que les décisions d'hier ne pas sont pas celles d'aujourd'hui, on prend en effet l'habitude de se dire que demain sera un autre jour et que les décisions sont en permanence susceptibles d'évolution, et donc de contestation. On ne peut simplement pas d'une année à l'autre dire tout et son contraire, et en parallèle attendre de ceux qui tentent d'appliquer ces décisions qu'ils fassent des planifications à long terme et qu'ils engagent au mieux les ressources ténues qui leur sont encore accordées.

Ce jugement d'un officier de milice, dont c'est le devoir militaire que de rappeler les conséquences des ordres et missions qui lui parviennent le long de la voie hiérarchique, n'est pas un simple constat. C'est aussi une incitation à réfléchir aux conséquences d'un exécutif national incapable de tenir une ligne, face à un législatif aux majorités changantes, sur la défense du pays et la protection de ses intérêts...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h15 | Comments (60) | TrackBack

5 juin 2007

RMS : nouveaux billets

Ces derniers jours, le blog collectif de la Revue Militaire Suisse a abordé plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 21h13 | Comments (10) | TrackBack

4 juin 2007

L'approche indirecte face à l'Iran

Au début de 2006 a eu lieu sur ce site une tentative de planification militaire participative en ligne visant à appréhender les contours d'une opération armée contre les projets d'arme nucléaire en Iran ; le temps m'a manqué pour mener cette expérience à son terme, mais il est rapidement apparu qu'une opération coercitive et ouverte multipliait les complications, alors qu'une approche indirecte, utilisant d'autres lignes d'action stratégique que le seul recours à la force armée, semblait davantage adaptée. Si l'on en croit ces informations, c'est bien une telle approche qui a été retenue par les États-Unis, notamment par le biais de sabotages industriels rappelant certains épisodes de la guerre froide :

In January 2007, the head of Iran's Atomic Energy Agency, Vice-President Gholamreza Aghazadeh, said after an explosion at the Natanz nuclear facility (the first Iranian plant to attempt enrichment) that some of the equipment had been "manipulated." The explosion destroyed 50 of the plant's centrifuges.
Other evidence has indicated that sabotage was the reason for some of the technical problems Iran has encountered in its enrichment enterprise. Sources told CBS intelligence agencies have altered technical data, making it "useless."

Dans la pensée stratégique, on recourt à l'approche indirecte lorsqu'une approche directe est trop risquée ou trop coûteuse ; dans ma propre conception stratégique, une action telle que le sabotage industriel s'effectue en mode distant dans le domaine matériel et vise à provoquer un engagement contre-productif des ressources iraniennes. Bien entendu, elle est complétée par d'autres mesures, dont notamment les sanctions économiques et la communication subversive, ainsi que par un recours flagrant aux capacités militaires à des fins dissuasives, mais aussi protectrices (aussi bien envers les alliés des États-Unis qu'envers leur propre stratégie). Ceci dit, l'avantage de l'approche indirecte, pour peu qu'on lui en laisse le temps, est de fournir des résultats probants avec un minimum de risque et de ressources.

Le temps reste donc le facteur déterminant de la lutte en cours.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h29 | Comments (11) | TrackBack

2 juin 2007

La violence comme but en soi

Voici quelques années, je me suis intéressé à l'organisation et à l'exécution de la violence militaire à l'occasion des grandes rencontres internationales. Ce qui se produit aujourd'hui relève apparemment de la même logique, mais avec une application encore plus polarisée : selon les informations disponibles, les combats de rue qui se sont déroulés à Rostock, en préambule au sommet du G8, ont ainsi fait 150 blessés parmi les policiers, dont 25 graves. La scénario habituel s'est répété, avec des bandes de criminels entourés de manifestants "sinon pacifiques" qui se déchaînent contre les forces de l'ordre et les portions de ville subissant leur présence. Ou quand la violence comme but en soi engloutit dans son sillage enflammé tous les autres buts des masses rassemblées.

Il est assez amusant de constater que l'estimation des effectifs diffère dans un sens : alors que les leaders altermondialistes annoncent 80'000 manifestants contre 25'000 pour la police, celle-ci chiffre à 2000 le nombre de criminels camouflés contre 300 à 600 pour les altermondialistes. Quoi qu'il en soit, si l'on accepte les chiffres de la police (laquelle dispose d'hélicoptères pour observer les foules), un affrontement entre d'une part 2000 combattants équipés de cocktails molotov et d'autres projectiles, et d'autre part 5000 policiers utilisant des lances à eau et des grenades lacrymogènes, tourne invariablement à l'avantage des premiers dès lors que ceux-ci peuvent s'appuyer sur la coopération passive des manifestants. Si les altermondialistes croient qu'un autre monde est possible, ils ne parviennent guère à en présenter une image attirante, sinon pour ceux qui ne cherchent que le chaos...

COMPLEMENT (3.6 0830) : Les derniers chiffres parlent maintenant de 304 policiers blessés hier, dont 30 grièvement, avec 78 personnes interpellées sur quelque 3000 criminels. A ce niveau-là , on se situe certainement au-delà des émeutes focalisées sur les dégâts matériels, et on entre déjà dans le domaine des conflits armés...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h58 | Comments (97) | TrackBack

1 juin 2007

Une indignation très sélective

Dans la mesure où Guantanamo ou Abu Ghraib ont fait et font l'objet de milliers de reportages et d'articles enflammés, comment expliquer que la découverte d'un centre de torture islamiste en Irak, avec la libération de 41 prisonniers, suscite aussi peu d'intérêt dans les médias traditionnels ? Plusieurs hypothèses peuvent venir à l'esprit, entre le refus de mettre en évidence une action positive de la coalition (de peur de donner un argument pour son intervention militaire), le rejet de toute information issue des forces armées américaines (alors que les informations issues de leurs ennemis sont régulièrement reprises), ou encore le désintérêt devant la énième horreur de la mouvance islamiste (que l'on ne peut justifier par une action de ses ennemis). Mais quoi qu'il en soit, l'indignation très sélective des médias comme des ONG trouve une application supplémentaire qui réduit encore un peu plus leur crédibilité et leur bienfondé. Un peu comme s'ils comprenaient de moins en moins le monde qui nous entoure, faute de disposer du référentiel nécessaire...

Notre époque est vraiment impitoyable avec les structures et les hiérarchies surannées.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h13 | Comments (35) | TrackBack