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31 décembre 2006

Meilleurs voeux pour 2007 !

Voeux2007.jpg

En vous souhaitant notamment une nouvelle année interactive, indépendante, impertinente et incorruptible sur les blogs ! :-)

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29 décembre 2006

Somalie : la logique paradoxale

Les derniers événements de Somalie sont une illustration exemplaire de la logique paradoxale propre à la stratégie, telle que l'a expliquée Edward Luttwak à la fin de la guerre froide : le succès ou l'avantage créent immanquablement des conditions plus favorables pour l'échec ou le désavantage ; ou, en des termes plus simples, s'élever augmente toujours le risque de chute. Les islamistes somaliens, depuis l'été dernier, avaient en effet enchaîné les succès au point de devenir une menace pour l'équilibre de la région, d'où l'intervention décisive de l'Ethiopie pour remettre au pouvoir la coalition improbable faisant office de gouvernement intérimaire. D'où également le risque de voir l'Erythrée s'engager également si l'action éthiopienne prend trop de poids...

Cette déroute des combattants islamistes, fondée sur une volonté d'éviter le combat frontal pour durer et maintenir à terme leur influence, rappelle la faiblesse des mouvements irréguliers lorsqu'ils se comportent de manière régulière, lorsqu'ils tentent de s'emparer ouvertement d'un pouvoir temporel. De la même manière que les Taliban en 2001, qui occupaient des lignes de front statiques et s'offraient aux frappes aériennes américaines, les milices des tribunaux islamistes avaient une vulnérabilité maximale aux coups de boutoir d'une armée conventionnelle, utilisant chasseurs-bombardiers et chars de combat. Il leur appartient désormais de se réorganiser, de se redéployer, de s'infiltrer et de mener une campagne insurrectionnelle - notamment si l'armée éthiopienne tarde à regagner ses bases d'opérations. Une armée informe gagne à ne jamais quitter cet état.

Cette logique paradoxale explique d'ailleurs pourquoi la puissance des Etats-Unis gagne souvent à rester dans l'ombre, à agir sans élever les enjeux. Les programmes de coopération lancés ces dernières années dans la Corne de l'Afrique, à l'instar d'autres régions, ont très probablement faits ces dernières jours la preuve de leur efficacité. Ce n'est pas uniquement la sous-traitance d'une lutte planétaire qui est ici intéressante, compte tenu des moyens déjà engagés sur d'autres théâtres d'opérations ; c'est surtout que le recours à des puissances régionales permet d'éviter la polarisation des esprits et la mobilisation des ressources qui répondent à toute grande opération américaine. Intermédiaire idéal entre "soft power" et "hard power", la coopération militaire illustre ainsi une stratégie planétaire d'interdiction nécessitant le maintien permanent et décentralisé d'un petit volume de troupes.

Bien entendu, il est possible de rompre la logique paradoxale selon laquelle un belligérant est le plus vulnérable lorsqu'il exploite à fond un succès donné. Mais dans une guerre aux dimensions sociétales, seule une attrition de type génocidaire permettrait de rompre le paradoxe - et de perdre définitivement aux yeux du monde entier.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h23 | Comments (2) | TrackBack

28 décembre 2006

La guerre dans la tête

Les séquelles immatérielles des opérations de combat et de stabilisation sont aujourd'hui l'une des préoccupations des armées occidentales. On peut voir dans cet article sur les anciens combattants russes en Afghanistan un exemple du prix payé par les militaires individuels lorsqu'ils sont lancés dans un conflit impossible à remporter, dans l'indifférence de leur nation et dans des conditions à même d'assurer la prolifération des cas de stress post-traumatique :

Soviet troops spent a decade fighting in Afghanistan. About 900,000 Soviet men and women served there. As many as 15,000 of them died. Another 75,000 were wounded. An average tour was 110 weeks.
To this day many of the survivors cannot forget their Afghan experiences. As many as 6,000 of them still come every year to Rusa, to one of the five veteran's rehab centres across Russia.

Il est assez intéressant de comparer cette réalité avec ce reportage sur les troupes britanniques en Irak, paru hier dans Le Monde. On y voit en effet ce qu'une armée professionnelle moderne, confrontée à un conflit de basse intensité prenant la forme d'une campagne de contre-insurrection, est capable de faire : se concentrer sur la mission, sans trop d'états d'âme, trouver sa motivation dans ses propres rangs et dans le métier exercé, sans velléités politiques. Et avec un tempo opérationnel, des rotations hors du théâtre et des aménagements qui rendent la vie supportable. Rien à voir avec le cauchemar de 2 ans vécu par les conscrits soviétiques face aux moudjahiddins...

Aujourd'hui, les formations militaires occidentales engagées en Irak et en Afghanistan en sortent grandies : l'expérience acquise, les tactiques améliorées, la sélection effectuée, l'équipement éprouvé, l'interopérabilité accrue ou l'ouverture culturelle font bien plus que compenser les pertes subies en morts, blessés et traumatisés. Les commandants tactiques, les officiers subalternes et les sous-officiers en tirent un bénéfice personnel et institutionnel qui fera sentir ses effets ces 20 prochaines années, et qui permet déjà de mettre largement au rebut les conceptions et les habitudes héritées du face-à -face symétrique de la guerre froide. A tel point d'ailleurs que les armées non engagées dans ces opérations doivent aujourd'hui mettre les bouchées doubles, si j'ose écrire, pour ne pas prendre un retard qui réduirait à néant tout espoir d'interopérabilité.

Mais tout ceci reste largement suspendu au résultat perçu de la campagne. Ce que ne dit pas l'article sur les Russes et que je soupçonne fortement, c'est que le retrait d'Afghanistan effectué en fin de compte par l'Armée Rouge a pesé lourdement sur le psychisme des soldats. N'est-on pas prêt à davantage accepter les pertes, les blessures, les mutilations, bref les horreurs d'une guerre si celle-ci a été remportée, si le sacrifice est justifié par les effets obtenus ? Voilà qui fournit un éclairage différent sur la situation des troupes actuellement engagées, et sur l'importance d'un succès perçu comme tel. Voilà qui montre également les enjeux à plus long terme derrière la décision de poursuivre ou d'interrompre une campagne, et plus précisément de l'aptitude à durer.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h46 | Comments (16) | TrackBack

27 décembre 2006

Iran : l'approche indirecte

Il faut lire l'analyse à laquelle s'est livré Jean-Pierre Chevallier sur la situation économique de l'Iran : on y prend conscience de réalités qui éclairent le comportement des différents acteurs. Le délabrement insoupçonné de l'économie iranienne, due à l'incurie pourtant avérée de la théocratie khomeiniste, explique en effet en partie la fuite en avant à la fois mystique et belligène qui symbolise Ahmadinejad. Et l'attentisme apparent des Etats-Unis, désireux de laisser leur part de responsabilité à l'Union Européenne et à l'ONU (dont l'échec est cuisant), s'expliquerait selon JPC par une stratégie d'épuisement : l'effort national des mollahs vers l'armement nucléaire revient à scier la branche sur laquelle ils sont assis. Une offensive distante qui paraît prometteuse : forcer l'adversaire à un engagement contre-productif de ses ressources évite la plupart des risques liés à l'attaque frontale.

Je me permets d'ajouter mes propres réflexions à cette analyse. En premier lieu, il s'agit de relever que cette approche repose sur l'emploi parallèle et synchronisé de 4 lignes d'action stratégiques : l'économie donc, mais aussi la politique, l'information et la sécurité. Sur ce dernier plan, on peut noter que l'isolement de l'Iran est l'un des bénéfices des opérations lancées à la suite du 11 septembre 2001, non seulement avec les campagnes d'Afghanistan et d'Irak, mais également avec l'affermissement des liens bilatéraux et le développement des infrastructures en Asie centrale et sur la péninsule arabique. Le déploiement annoncé de navires supplémentaires dans le Golfe va dans le même sens : avec un deuxième groupe aéronaval à proximité, les Etats-Unis disposeront d'une capacité de protection (maritimie, aérienne et même antimissile) et de frappe (dans la profondeur) qui revient à resserrer très nettement l'étau.

Cette complémentarité nécessaire des lignes d'action stratégiques explique d'ailleurs pourquoi l'arme militaire ne peut opérer seule sur un théâtre d'opérations ; les échecs passés ne prouvent pas que les militaires ne sont plus capables de gagner des guerres, mais simplement que l'on ne peut pas demander aux armées de remporter les victoires qui ne sont pas disponibles sur le champ de bataille. C'est la clef d'opérations reposant sur une approche avant tout indirecte, telles que la contre-insurrection et le blocus : l'emploi de la force militaire sert des buts autres, politiques ou économiques, que le succès immédiat des armes. Bien entendu, cette subordination de l'action armée à d'autres lignes d'action, et ceci jusqu'aux plus bas échelons des unités, est une dimension qui se heurte à la tradition militaire, à la dichotomie guerre/paix, à la compréhension des armées comme ultima ratio et non comme outil complémentaire d'une stratégie globale.

J'ai eu l'occasion de l'écrire de nombreuses fois sur ce blog, mais je le répète : en règle générale, l'objectif d'une opération militaire de nos jours vise à conquérir, à contrôler ou à défendre non plus le territoire, mais avant tout les esprits et les marchés. La prise d'une capitale ou d'un passage obligé, la surveillance d'axes ou de frontières, les frappes ciblées dans la profondeur sont des actions qui n'ont pas perdu en importance ; en revanche, ce qui compte le plus, c'est la cohérence et la synchronisation des effets obtenus par l'emploi de la force armée avec ceux nécessaires pour l'application de la stratégie retenue. En tenant compte du fait que les Etats ne sont plus les maîtres de la stratégie, et que les intérêts privés peuvent être de puissants multiplicateurs s'ils sont compris et pris en compte...

Ce qui semble effectivement le cas face à l'Iran, où les vulnérabilités économiques et informationnelles des mollahs, par opposition à leur (relative) force militaire et politique, expliquent une approche indirecte faute d'autre option.

COMPLEMENT (28.12 0750) : Sur l'état de l'industrie pétrolière iranienne, cet article du Figaro confirme et précise.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h08 | Comments (18) | TrackBack

26 décembre 2006

Alerte média : la RSR (6)

Cette fois-ci, je n'ai pas oublié de prévenir : je suis invité à participer ce soir à l'émission Forums, de Radio Suisse Romande La Première, sur le thème très général de l'évolution du monde, et notamment des améliorations et détériorations dans différents domaines. C'est dans la dernière partie de l'émission que je suis a priori censé m'exprimer...

Posted by Ludovic Monnerat at 14h41 | Comments (36) | TrackBack

24 décembre 2006

Mon cadeau de Noël (2)

A l'instar du Noël 2005 et du printemps dernier, je me permets d'offrir un petit cadeau pour les fidèles de ce blog : un total de 6 images prises au gré de mes voyages accomplis ces 6 derniers mois, et formatées pour faire office de fond d'écran , 4 d'entre elles sont en 1280x1024 pixels et 2 en 1280x800. Joyeux Noël à toutes et à tous ! :-)

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Posted by Ludovic Monnerat at 16h59 | Comments (1) | TrackBack

23 décembre 2006

Irak : une réaction imprévue

Surprise : alors que la conjonction de la victoire démocrate aux élections et de la publication du rapport de l'Irak Study Group semblaient indiquer un retrait progressif des troupes américaines en Irak, à la satisfaction bruyante des opposants comme des ennemis de l'opération "Iraqi Freedom", l'administration Bush penche au contraire pour un renforcement des troupes. Un groupe d'étude formé d'officiers généraux et supérieurs ayant participé à l'opération, actifs ou en retraite, a ainsi développé un plan qui aurait convaincu la Maison Blanche et qui passe notamment par le déploiement de troupes combattantes supplémentaires. La situation actuelle en Irak montre en effet la nécessité de prendre des mesures énergiques dans différents domaines, et avant tout dans la sécurisation de Bagdad, point focal des perceptions et faille majeure de l'opération.

En soi, cette réaction n'est pas entièrement une surprise : les officiers généraux qui avaient demandé la démission de Donald Rumsfeld, au printemps dernier, estimaient en effet le volume des troupes insuffisant ; la défaite électorale des républicains a naturellement créé des conditions favorables pour un infléchissement de la conduite de la guerre. Cependant, il faut relever qu'une augmentation des forces est contraire à la recommandation du commandant du CENTCOM, le général Abizaid, faite au Congrès peu après les élections, et pour lequel le volume actuel correspond aux besoins. En d'autres termes, il n'y a certainement pas d'unanimité militaire pour cette intensification du conflit, même si elle est expliquée par le besoin de fournir de la sécurité à la population irakienne, d'influencer la couverture médiatique qui ronge la volonté américaine de poursuivre l'opération, ou même de reprendre l'initiative, largement laissée entre les mains des autorités irakiennes.

Cette approche comporte néanmoins des risques majeurs :

En bref : il n'y a pas de solution américaine au conflit irakien, et il ne faut jamais perdre de vue que ce dernier n'est qu'une campagne dans un conflit plus vaste dans l'espace, dans le temps comme dans les esprits. Est-ce qu'une présence accrue en Irak renforcerait les Etats-Unis et les démocraties libérales dans leur lutte contre le fondamentalisme musulman ? Voilà la vraie question à se poser.

Posted by Ludovic Monnerat at 7h40 | Comments (8) | TrackBack

20 décembre 2006

Casus belli en rap metal

Il est étonnant qu'il ait fallu attendre plus de 5 ans pour voir apparaître des clips vidéos musicaux tels que celui-ci, certainement promis au succès, avec une rhétorique et un visuel entièrement combattants (trouvé via LGF). Bien entendu, le groupe qui a composé et tourné ce morceau est largement "underground", mais l'accès à Internet - et la diffusion via YouTube - est une manière efficace de contourner l'industrie établie et de toucher le public. Et le message, à la fois guerrier et attentiste (voire isolationniste), est sans doute le reflet important d'un segment de la société américaine :

My forefathers fought and died for this here I'm stronger than your war of fear Are we clear? If you step in my hood It's understood It's open season

Que la musique et les paroles soient employées comme armes dans l'influence des esprits n'est certes pas nouveau ; que des individus sans le sou ou presque y parviennent, surtout sans action gouvernementale (jusqu'à preuve du contraire !), est un témoignage supplémentaire de l'évolution des rapports de forces occasionnée par le progrès technologique dans le domaine de l'information. Au risque de s'approcher toujours plus de la guerre de tous contre tous...

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19 décembre 2006

L'Etat et les non Etats

Une passionnante réflexion de Josh Manchester, dont le blog figure depuis belle lurette sur mes liens, a été mise en ligne aujourd'hui ; elle constitue la première partie d'un texte visant à développer un "anti Al-Qaïda", c'est-à -dire une organisation non étatique capable de s'opposer avec succès à la nébuleuse islamiste. Il montre d'abord les raisons pour lesquelles les Etats souhaitent recourir aux services de sociétés militaires privées (SMP), mais également pourquoi celles-ci recherchent les contrats étatiques, afin de souligner l'interaction que ces deux structures dissemblables. En attendant la suite de son texte, il vaut la peine de s'arrêter un instant sur la perspective ainsi tracée.

Que l'Etat ne soit plus le maître de la guerre et doive recourir à des autres acteurs pour des fonctions à la fois auxiliaires et centrales n'étonne plus : voilà des années que cette réalité est annoncée. Ce qu'il me paraît intéressant de constater, cependant, c'est que l'Etat présente une inaptitude aussi bien à mener les conflits déstructurés de notre ère qu'à conserver à son service les individus les mieux à même de le faire. Les SMP comme Blackwater n'existeraient pas sous leur forme actuelle sans la cohorte d'anciens militaires, avant tout issus des forces spéciales ou de formations régulières d'élite, qui en composent généralement l'ossature ; et si elles devaient assurer les frais nécessaires au recrutement, à la sélection, à l'instruction et à la maturation de ces hommes, leur rentabilité chuterait brutalement - alors qu'elles parviennent aujourd'hui à offrir des salaires de plusieurs milliers de francs par jour tout en engrangeant des bénéfices importants.

Ainsi, la complémentarité entre Etat et non Etat dans la guerre moderne repose sur l'équilibre entre légitimité et profit, entre devoir et intérêt. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le patriotisme est présent par les "contractors" privés qui travaillent (et donc servent, à leurs yeux) en Irak ; c'est notamment ce que montre ce livre que je conseille chaudement. En d'autres termes, nous voyons aujourd'hui des individus qui s'engagent certes par l'appât du gain, mais également selon des valeurs que les Etats et leurs armées n'illustrent plus assez. Et cette perte de légitimité, couplée à une efficacité le plus souvent moindre, montre bien que les fonctions régaliennes de l'Etat lui échappent lorsque les individus décident de les remplir sous des drapeaux davantage conformes à leurs attentes.

Or, ce sont bien les individus qui sont aujourd'hiu décisifs, dans les guerres comme dans d'autres activités propres à l'espèce humaine. Le talent, le savoir, l'entregent, l'imagination seuls permettent de gérer au mieux des situations où le global fusionne avec le local, où l'ami et l'ennemi se confondent, où les sociétés entières sont prises à partie. En confiant au marché le développement des capacités de défense et de sécurité, les Etats ne font que récupérer ceux et ce que de toute manière ils perdent, parce que la révolution de l'information a bouleversé les rapports de force et que leurs structures les défavorisent. De quoi augmenter d'une magnitude la remise en cause des armées traditionnelles et de leur inclination pour le combat symétrique de haute intensité, et qui sont systématiquement trop lentes, trop lourdes, trop rigides, trop puissantes et trop mécaniques pour les missions de notre ère...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h23 | Comments (39) | TrackBack

18 décembre 2006

Une étude très politisée

Le criminologue Martin Killias fait de nouveau parler de lui, et de façon fracassante : en annonçant les résultats partiels d'une nouvelle étude, il met en accusation les armes de service détenues à domicile par les citoyens-soldats de ce pays et affirme qu'elles sont la cause de 300 morts par année. Malheureusement, il ne sera pas possible aux personnes intéressées par le sujet de connaître la méthodologie employée pour cette étude, ni ses résultats précis, ni encore ses objectifs exacts. Encore que cette annonce, survenue quelques jours avant le débat au Conseil national consacré à la Loi sur les armes (et notamment la question des armes de service à domicile), réponde à une visée politique assez évidente.

L'engagement de certains scientifiques au service d'une cause politique ou idéologique n'est pas chose nouvelle : on se souvient de la fameuse étude publiée par le revue médicale The Lancet et annonçant, quelques jours avant les dernières élections présidentielles américaines, des pertes immenses dans la population civile irakienne ; l'intention politique de l'auteur n'était alors pas dissimulée. Avec Martin Killias, on se situe dans une démarche proche : les recommandations que le professeur se permet de faire entrent en effet dans le cadre d'un débat politique, alors même que toute recherche scientifique doit faire l'objet de contrôles et de vérifications pour être validée. Et comme cela n'est pour l'heure pas possible, chacun reste sur ses opinions, accueillant les propos de Killias comme une preuve irréfutable, une supercherie supplémentaire ou quelque chose entre les deux.

Ce qui est certain, c'est que la perspective adoptée pour juger la question des armes à domicile - les homicides et suicides qui les ont impliquées - est totalement insuffisante : la tradition qui est aujourd'hui attaquée reposait en effet sur une réflexion stratégique, soit l'aptitude à prendre rapidement les armes et à combattre avant même le processus de mobilisation achevé, au service de la défense traditionnelle du pays. C'est une autre réflexion stratégique qui doit aujourd'hui être menée, loin des études sectorielles de Martin Killias et des ressorts émotionnels, comme ceux illustrés par l'affaire Rey-Bellet : avons-nous besoin d'une défense - ou d'une sécurité - potentiellement assurée par la majorité des mâles en âge de servir ? Est-ce que la protection de l'intégrité et de l'indépendance nationales passent toujours par le citoyen ? Autant dire qu'une réforme de la politique de sécurité est la seule manière de répondre à de telles questions.

Encore une chose sur les recherches de Martin Killias : curieusement, on n'entend jamais parler dans ses déclarations des effets positifs que pourraient avoir des armes entreposées à domicile, par exemple dans la prévention de la criminalité. Est-ce qu'une démarche vraiment scientifique ne devrait pas aborder tous les aspects d'une question ? Voilà qui en dit également long sur la rigueur intellectuelle de sa démarche...

Posted by Ludovic Monnerat at 10h08 | Comments (10) | TrackBack

16 décembre 2006

Apprendre du pire et du meilleur

La gestion optimale des flux d'information est l'une des clefs pour le succès de toute organisation. Cette phrase peut paraître banale et pompeuse, telle que l'on peut en lire à la pelle dans certains manuels de management modernes, mais elle m'est inspirée par certaines réflexions lues récemment sur le commandement militaire, et surtout par une expérience personnelle un brin pittoresque qui m'a montré une cause majeure de dysfonctionnement.

A l'été 2000, j'ai effectué mon service pratique comme commandant d'unité dans l'école de recrues renseignements et transmission 13/213 de Fribourg. J'avais volontairement choisi cette école, après d'assez nombreux mois dans des écoles d'infanterie, afin d'apprendre autre chose. Une unité trilingue et mixte, la compagnie II, m'a été confiée pendant 15 semaines ; je servais sous les ordres d'un team d'instructeurs remarquable, avec une troupe globalement d'un bon niveau, mais en devant subir les affres d'une relation exécrable avec le commandant d'école (dont l'opinion aussi négative que rare sur ma personne a d'ailleurs été rapidement contredite par la suite de ma carrière, soit dit en passant). Bref, des conditions tout à fait normales pour un cadre de milice dans l'armée suisse.

Pendant l'exercice d'endurance effectué en fin d'école, et consistant en une semaine de manÅ“uvres avec ma compagnie et ses 6 sections, les 5 commandants d'unité de l'école - malgré la présence à leurs côtés de leurs instructeurs - ont ainsi été soumis à une exigence particulière : rédiger et transmettre 3 fois par jour un rapport très détaillé sur les activités passées, actuelles et futures de la troupe, son état physique et moral, ainsi que celui de ses équipements et véhicules. A l'époque, j'avais bien tenté de déléguer la chose à ma section de commandement, mais l'évaluation et la communication personnelles du commandant étaient exigées (en plus, il était impossible d'annoncer simplement l'absence de tout changement). Conformément à l'obéissance que l'on exige de tout soldat, je me suis plié pendant 5 jours à cet ordre pour le moins étrange.

Ses conséquences n'ont pas tardé à apparaître, puisque j'ai rapidement dû consacrer une grande partie de mon attention à la rédaction et à l'envoi de ces rapports. Ainsi, au lieu de conduire mon unité, d'être présent aux côtés de mes subordonnés dans leurs activités quotidiennes (selon le programme d'instruction que j'avais établi), je devais passer 4 à 5 heures par jour dans ma tente de commandement à remplir un fichu formulaire de plusieurs pages et à trouver une solution, alors que ma compagnie était paumée dans une forêt au sud de l'Aar, pour le faire parvenir dans les délais prescrits. Evidemment, le commandant d'école à qui ces rapports étaient destinés n'a jamais donné signe de vie (dans le langage OTAN, on parle de « backbrief » pour la quittance et l'évaluation de l'échelon supérieur) et ne s'est montré que le dernier jour de l'exercice, durant la marche finale.

Cette situation absurde m'a longtemps interpellé. Bien sûr, je savais bien à l'époque que la priorité de nombre d'officiers de carrière consistait avant tout à éviter de faire la première page du Blick par quelque incident fâcheux, et que la satisfaction des cadres de milice passait au second plan (et le nombre de volontaires pour le métier d'instructeur par conséquent aussi). Mais la raison principale de ces flux d'information inutiles résidait dans la possibilité qu'ils existent : avec l'avènement des téléphones portables (privés, s'entend), on pouvait matériellement exiger d'un commandant qu'il redouble de rapports aussi détaillés qu'inutiles. Même dans ma forêt coupée de tout réseau Swisscom, je pouvais prendre un véhicule et faire le kilomètre qui me permettait de rejoindre la civilisation électromagnétique. L'occasion faisait donc le larron, et la technologie augmentait la pesanteur administrative.

Les temps et les personnes changent. Plus ou moins. Début 2005, je me retrouvais sur l'île de Sumatra, dans le cadre de la mission humanitaire d'urgence, dans une task force qui devait envoyer un seul « rapport front » complet et détaillé par jour au quartier-général de l'armée, mais où les téléphones portables, sur le mode intercontinental, faisaient sentir leur présence pesante jusque tard dans la soirée (le décalage horaire y était pour beaucoup). Fin 2006, je me retrouvais au Tessin avec mon bataillon, et mon supérieur direct se contentait de rapports quotidiens entre les différentes chancelleries et des informations rapides en cas d'événement important. La technologie et ses dérives potentielles peuvent être maîtrisées avec l'expérience, le bon sens et la confiance.

Néanmoins, je me revois encore dans ma tente de commandement, au son lassant d'une pluie battante, aux côtés d'une lampe à carburant frisant la surchauffe, en train d'écrire le rapport du soir, pour ensuite prendre quelques heures de sommeil et me lancer à l'assaut du rapport du matin! On peut apprendre du pire comme du meilleur.

Posted by Ludovic Monnerat at 16h50 | Comments (5) | TrackBack

15 décembre 2006

La pensée conventionnelle en échec

Il est assez surprenant et inquiétant de voir revenir la méthode du body count dans les opérations en Afghanistan : lorsque le commandement américain annonce avoir tué plus de 2000 ennemis depuis septembre dernier, on se demande bien en quoi ceci est un signe de succès. Naturellement, ce chiffre doit nécessairement comprendre une proportion importante de cadres islamistes et de combattants fanatiques, et un aller simple pour le paradis constitue de toute manière l'objectif final de leur action ; mais il serait surtout intéressant de voir quels sont les autres effets des actions ayant abouti à cette saignée au niveau des perceptions, des adhésions, des allégeances. Les gains apparents en matière de sécurité, à court terme, peuvent cacher à long terme des pertes en matière de confiance.

Le problème principal est celui de la contre-insurrection : la domination sans appel des forces armées américaines et coalisées en Afghanistan en combat frontal, depuis fin 2001, ont fait que le terrorisme et la guérilla restent les seules méthodes à disposition des Taliban et de leurs alliés islamistes. Et l'augmentation constante de leurs activités montre non seulement que le conflit reste en cours, mais également que les méthodes adoptées par l'OTAN et les Etats-Unis, avec une prédominance des actions coercitives, ne parviennent pas à transformer en victoire politique et sociétale le succès initial de leurs armes. L'opération "Enduring Freedom" n'est pas un échec, mais la pensée qui la sous-tend depuis 4 ans y mène directement.

En toute logique, la présence de 1500 opérateurs de forces spéciales devrait avant tout privilégier une stratégie axée sur le développement des forces armées locales, sur la consolidation du pouvoir politique de Kaboul et sur la disqualification des Taliban à travers l'amélioration des conditions de vie de la population. Mais ces forces non conventionnelles semblent au contraire utilisées avant tout d'une manière très conventionnelle, en appui des forces régulières telles que l'infanterie canadienne, et pour des missions avant tout offensives et destructrices. Un peu comme si les principes de la contre-insurrection, pourtant réappris péniblement dans la jungle du Vietnam et appliqués partiellement avec un succès retentissant fin 2001, avaient un mal fou à être intégrés par l'institution militaire américaine - et par ricochet au sein de l'OTAN.

Cette réalité apporte une réponse aux discussions sans fin sur les effectifs devant être déployés, en Afghanistan comme d'ailleurs en Irak : il ne sert à rien de multiplier les soldats qui cherchent une solution militaire et physique à un conflit qui se joue sur un terrain politique et psychologique.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h03 | Comments (16) | TrackBack

13 décembre 2006

Le matériel et les hommes

Bonne nouvelle pour l'armée suisse : le Conseil national a accepté aujourd'hui le programme d'armement 2006, qui avec 1,5 milliards de francs d'investissement traduit une hausse très nette en la matière. Certes, la majorité confortable dégagée par les représentants du peuple (115 voix contre 64) doit être pondérée par l'échec de justesse d'une tentative visant à geler les deux tiers des crédits ; malgré cela, le succès politique contraste nettement avec l'échec du programme d'acquisition 2004, et le soutien aux chars du génie recalés 2 ans plus tôt est à souligner. A elle seule, l'augmentation des acquisitions est d'ailleurs un signal très positif pour la modernisation de l'armée, sérieusement ralentie ces dernières années. La capacité de l'armée à mener des opérations de combat de haute intensité avec une conduite numérisée est désormais sur les rails.

Bien entendu, ce vote positif - après celui du Conseil des Etats - n'empêche pas que le refus par le Conseil national de l'étape de développement 08/11 possède un effet suspensif sur l'évolution de l'outil militaire, et notamment sur sa focalisation. On peut comprendre que le Parlement accepte un programme d'armement renforçant avant tout la capacité de défense après avoir refusé une réforme visant à réduire le volume de cette capacité, mais on ne peut pas se contenter de digitaliser ou de mettre à jour des équipements anciens : tôt ou tard, c'est bien une nouvelle armée, apte à répondre aux défis identifiés par un nouveau rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité, qui devra être mise en oeuvre. L'essentiel, soit une orientation stratégique claire, sur laquelle on peut construire et développer, n'est donc pas encore acquis.

Plus important encore : les investissements en hausse acceptés aujourd'hui au niveau du matériel se font en parallèle de diminutions presque ininterrompues, malgré une récente décision d'augmenter les postes des militaires professionnels, au niveau du personnel. Cette prédominance des équipements sur les humains est une constante des armées occidentales, et s'explique largement par les intérêts économiques dans le domaine de la défense, mais il va à l'encontre des besoins opérationnels contemporains : non seulement les utilisateurs de ces équipements doivent avoir les qualités psychologiques, éthiques et cognitives qui permettront de les employer au mieux, mais ces mêmes équipements nécessitent des échelons arrières particulièrement performants. Et les armées ont avant tout économisé dans la logistique ces dernières années.

Le fait que l'armée puisse davantage investir dans un matériel des plus modernes ne peut être une chose positive que si elle choisit d'investir également davantage dans son personnel.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h39 | Comments (11) | TrackBack

11 décembre 2006

Alerte média : la RSR (5)

J'ai oublié de prévenir les lecteurs de ce blog, mais j'ai été invité par Fathi Derder à participer au Grand 8, le débat du journal du matin sur Radio Suisse Romande La Première, consacré à la démocratisation des pays arabo-musulmans en général et à la situation en Irak en particulier. Un débat plutôt animé, dont j'ajouterai le lien dès que je l'aurai identifié ! :-)

COMPLEMENT (11.12 1450) : Le lien vers l'émission est disponible ici.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h08 | Comments (6) | TrackBack

10 décembre 2006

Entre expulsion et intégration

La conseillère d'Etat saint-galloise Karin Keller-Sutter est aujourd'hui à l'interview dans Le Matin sur la question des mariages forcés, et notamment sur la mesure tranchée qu'elle a prise à l'été : l'expulsion du pays de deux Turcs, soit le mari et le père, suite à un mariage forcé. Face à l'ampleur révélée de ce phénomène, et donc à une autre indication de pannes majeures en matière d'intégration, cette mesure se distingue par sa dureté, puisque le père en question était présent en Suisse depuis 26 ans. Et lorsqu'on lui demande ce qu'elle a voulu défendre dans cette affaire, Karin Keller-Sutter répond avec netteté :

L'esprit de liberté. L'égalité des sexes. Le fait de ne pas placer la religion ni la tradition plus haut que les libertés individuelles. Nous devons exiger que toutes les personnes qui vivent en Suisse respectent notre ordre juridique. On ne peut pas accepter que se forme un système parallèle avec des valeurs patriarcales et archaïques.

Ces propos résonnent comme des actes de défense sociétales : pour préserver ses valeurs et refuser leur déni, la Suisse exerce son droit à choisir sa population immigrée et à renvoyer au pays d'origine ceux qui refusent les règles, la loi et la culture au sens large du pays d'accueil. Plus loin, la conseillère d'Etat place d'ailleurs "les droits fondamentaux" au-dessus de toute autre culture, ce qui revient à faire de valeurs occidentales une référence à accepter et à intégrer, une supériorité à reconnaître, pour quiconque cherche à vivre en Suisse. Un discours qui tranche évidemment avec le multiculturalisme ambiant, avec le relativisme qui ronge les assises traditionnelles du pays, et qui désormais possède suffisamment de résonance au sein de la population pour passer le filtre souvent gauchi des médias.

Bien entendu, il s'agit de relativiser la portée d'une telle action : Karin Keller-Sutter n'est qu'une "ministre" d'un des 26 cantons et demi-cantons, et même si l'on parle déjà d'elle comme d'une papable au Conseil fédéral (et elle a un rôle influent dans la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police), la réponse aux problèmes d'intégration et à l'importation de valeurs incompatibles avec celles du pays n'a pas de cohérence au niveau national. La polémique suscitée par les propos de Christoph Blocher, lorsqu'il a parlé d'expulser ou de retirer la nationalité suisse aux auteurs d'un viol collectif particulièrement sordide, montre d'ailleurs les réflexes en la matière. La perte de cohésion, la dilution morale et la confusion identitaire (pour ne pas parler de la léopardisation du territoire, étape suivante) ne sont pas perçues comme des menaces stratégiques.

Malgré cela, c'est le signe d'une évolution majeure des perceptions que l'on puisse aujourd'hui parler d'expulser les étrangers non intégrés au pays sans être aussitôt bâillonné par l'accusation de racisme, ou même que l'on puisse interdire à des communautés des prérogatives indues (comme le renoncement à la baignade mixte pour les musulmans) sans être aussitôt mis au ban par l'accusation de xénophobie. Les armes sémantiques développées dans les années 70 et 80, avant tout dans les mouvements de gauche et dans leurs relais médiatiques ou académiques, commencent à s'émousser face à une réalité bien plus complexe, face à une prise de conscience ancrée dans les faits. Voilà qui donne à croire en la capacité des Etats modernes à s'adapter aux menaces de notre ère.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h12 | Comments (56) | TrackBack

9 décembre 2006

La communication de l'Armée suisse

Comment fonctionne la communication de l'Armée suisse? Quelle est sa stratégie? Quels sont ses effectifs et son organisation? Quels sont ses résultats et les améliorations potentielles?

Telles sont les questions auxquelles vise à répondre un article inédit mis en ligne à l'instant sur le nouveau site de la Revue Militaire Suisse, et écrit par le Chef de la communication de la Défense, Philippe Zahno. Une lecture que je vous recommande chaudement, notamment pour voir les efforts faits au quotidien afin de renforcer l'image et l'acceptation de l'armée au sein de la population.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h59 | Comments (5) | TrackBack

7 décembre 2006

Le bilan de novembre

Comme de juste, mais avec un retard dû à divers déplacements, je profite du bilan mensuel pour remercier celles et ceux qui lisent ces pages et qui contribuent aux débats. La fréquentation au mois de novembre a connu une légère baisse dans le nombre quotidien de visites (2299 contre 2359), une hausse pour les pages (5058 contre 4687) et de hits (10099 contre 9173).

Bien sûr, ces chiffres éminemment relatifs ne sauraient être ici cités sans quelques traits qui tentent d'être humoristiques. Voici donc mes commentaires à nombre d'entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé par ici de très honorables visiteurs :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 12h51 | Comments (1) | TrackBack

6 décembre 2006

Entre faux désastre et vraie défaite

L'importance des perceptions dans le conflit qui se joue en Irak n'est plus à démontrer. Alors que la commission Baker déçoit les chantres du bourbier en recommandant une présence militaire US ouverte, quoique réduite, en Irak, sans répondre aux risques majeurs qu'une telle approche comporte, les preuves de la fabrication du "désastre" irakien continuent à apparaître, notamment dans la différence de perception entre les militaires américains sur place et les images véhiculées par les médias traditionnels. Cependant, puisque les actions et les succès de la coalition en Irak restent confinés au théâtre moyen-oriental et ne sont pas connues du public à domicile, c'est bien qu'une défaite est en cours sur le front de l'information.

Bien des lignes ont été écrites, sur ce blog également à propos du comportement des médias, sous l'angle des journalistes-combattants ou des reporters en chambre, ou encore des manipulations presque quotidiennes. Il faut cependant aborder un autre aspect : l'aptitude sévèrement réduite de l'institution militaire américaine à comprendre, et donc à mener, une guerre de l'information, et donc à penser les perceptions des actions en même temps que les actions elles-mêmes. J'en veux notamment pour preuve cet article, qui s'appuie en particulier sur l'expérience du reporter Michael Yon, pour mesurer ces lacunes. Extrait :

The mainstream media has not, either, been able to present Iraq coherently. A part of this is bias, but perhaps an even greater part is that there haven't been any Ernie Pyles ducking into foxholes with GIs; the press corps has been hunkering down in Baghdad's green zone and relying on reports from Iraqi stringers and informers, some up front and others highly suspect. And, of course, they have stressed the sensational over the commonplace as all "news" does. At some point, all of us have realized that, but did we know-would you have imagined-only nine embeds in all of Iraq? I think my first reaction to this revelation was shock; the second is anger. I'm angry because a pathetic situation has been made worse by the command's refusal to authorize embeds who are freelance or write for nontraditional media (read the internet).
My information on embeds in Iraq comes from an article in the October 30 issue of The Weekly Standard, one I caught up on reading over Thanksgiving: "Censoring Iraq: Why are there so few reporters with American troops in combat? Don't blame the media" by Michael Yon. Yon is a former special forces soldier who blogs at michaelyon.com and who spent most of 2005 embedded in Iraq. He went to Iraq then, at his own expense (camera, satellite phone, laptop, body armor, helmet etc. and a plane ticket to Kuwait). He went specifically because two close friends had died on consecutive days and because troops in the field requested it of him and spent 10 months embedded with the 1st Battalion, 24th Infantry Regiment (Deuce Four) of the 25th Infantry Division.
Yon has had several requests to return, and he wants to go, but-but is, as Yon sees it, a Pentagon attitude that "withhold[s] information! [and denies] access to our combat forces just because that information might anger, frighten, or disturb us." And "[t]his information blockade is occurring at the same time the Pentagon is outsourcing millions of dollars to public relations firms to shape the news." Yon points out that although the US military has overwhelming advantage in weaponry, that superiority is "practically irrelevant in a counterinsurgency where the centers of gravity for the battle are public opinion in Iraq, Afghanistan, Europe, and at home."
The enemy, on the other hand, is savvy; Yon reports, "The lowest level terror cells have their own film crews."
The problem is systemic, he believes, and also particular to the Combined Press Information Center (CPIC) and one particular officer, says Yon: Lt. Col. Barry Johnson. Col. Johnson has refused Yon permission to embed with military training teams (requested by Brigadier General Dana Pittard) and with another embed request. Johnson's written reason is "I do not recognize your website as a media organization!" However, it's not only that Col. Johnson stands squarely with both feet in the 20th, rather than the 21st century, he also denied a request by another former infantryman who intended to shoot pictures for VFW, the Veterans of Foreign Wars magazine, a traditional news source.
The nine embeds in Iraq come from The Stars and Stripes (3), the Armed Forces Network (1), a Polish radio station (1, with Polish forces), plus one Italian reporter with Italian forces, a writer gathering information for a later book, and only two "who were reporting on a regular basis to what you might think would be the Pentagon's center of gravity: American citizens."

Les forces armées américaines sont capables de mener efficacement des campagnes de contre-insurrection, comme le montre l'exemple des Philippines, dès lors qu'elles ne sont pas soumises à l'éclat aveuglant des médias planétaires. Mais lorsqu'il s'agit d'opérer en pleine lumière, et donc de convaincre plus que de vaincre, elles témoignent d'une focalisation sur leur savoir-faire technique et tactique qui obère totalement leur rôle stratégique. Il ne faut pas être un génie de la planification pour savoir que le centre de gravité à protéger, pour les Américains, est depuis 2003 celui de leur opinion publique ; c'est le cas pour toutes les démocraties qui emploient la force pour protéger leurs intérêts ou imposer leur volonté. Ne pas traduire ceci en lignes d'opérations est en revanche une faute grave, non rédhibitoire, mais imposant une réaction rapide.

COMPLEMENT (7.12, 1150) : Cet article de Daniel Pipes est éclairant sur la question des perceptions, et montre bien que le jugement de la situation en Irak dépend d'a priori qui sont souvent tus. A lire pour ceux qui voient tout en noir et blanc ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 11h09 | Comments (38) | TrackBack

L'avènement du chien moldave

Une lecture même rapide de la presse quotidienne donne parfois l'impression que l'on prend goût, sous nos latitudes, à tout mélanger : que les chiens valent plus que les humains, et que l'on change de nationalité comme de chemise. Mais peut-être ce mélange n'est-il que l'un des nombreux indices montrant une ère de transformations profondes... dont les chiens moldaves seront les grands bénéficiaires ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 9h08 | Comments (3) | TrackBack

5 décembre 2006

De retour, mais...

... mais je constate que les actualités à gauche sont à nouveau bloquées ! Décidément, les flux RSS ne se laissent pas si aisément domestiquer ! :-)

COMPLEMENT (6.12, 1000) : Le problème semble réglé. Merci à mon informaticien préféré ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 7h59 | Comments (6) | TrackBack