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31 octobre 2006

Les armées informes du chaos

Existe-t-il un rapport entre la guérilla islamiste en Afghanistan, le terrorisme ethnique et insurrectionnel en Irak, et le conflit intérieur en France ? Une telle question peut naturellement susciter l'accusation d'abus de langage ou de rapprochement facile, notamment si elle se résume à la mise en évidence d'un djihad global qui reste un facteur belligène parmi d'autres. Pour ma part, je pense que cette question revêt une importance centrale sous l'angle des méthodes employées dans ces conflits, quelles que soient leurs différences de causes et surtout d'intensité. Parce que l'avènement d'une nouvelle forme de guerre face à laquelle les acteurs des formes anciennes sont démunis est toujours le symptôme d'un transfert de puissance, voire d'un déplacement de centre de gravité, qui nous concernent tous.

Est-ce ainsi une coïncidence si des écoles sont prises pour cibles aussi bien dans le sud afghan, dans l'ouest irakien qu'en banlieue parisienne ? Que l'incendiaire soit un « étudiant en religion » obscurantiste, un extrémiste sunnite en quête de pouvoir ou un « jeune » immigré désoeuvré, c'est bien le même symbole qui est visé : celui de la connaissance gratuite, de l'autorité cognitive et laïque, d'une société visant à reproduire un modèle d'éducation occidental. En d'autres termes, les motivations pour l'action diffèrent, mais les actions elles-mêmes sont convergentes. Les infrastructures éducatives sont un enjeu à long terme, une condition essentielle pour influencer les esprits, mais aussi un facteur d'ordre et d'ascension sociaux, une source de progrès individuel et collectif pouvant polariser ceux qui, à tort ou à raison, s'en considèrent exclus et le revendiquent.

Toutefois, les autres infrastructures sont également visées de façon systématique, comme les moyens de transport et de communication, ainsi bien entendu que les services publics liés à la sécurité et les forces chargées de les fournir. Ici, les enjeux sont souvent à court terme : il s'agit en premier lieu de s'assurer la liberté d'action nécessaire, de manière directe (confrontation des forces) ou indirecte (diversion des forces), afin de préserver ou d'étendre les intérêts financiers d'une économie souterraine et illégale. Mais ces attaques multiples et limitées ont également un effet psychologique, un impact sur les perceptions et les comportements : en recherchant un pourrissement constant de la situation, elles sapent progressivement la légitimité des pouvoirs publics par le spectacle de leur impuissance, et par le discrédit qui en résulte. Ou comment faire du chaos une arme stratégique.

Cette arme est le point commun et fondamental des conflits susmentionnés. Elle possède une dimension sociétale, déploie des effets durables et s'applique au mieux à des pays, à des régions et à des communautés fragilisés par des facteurs économiques ou migratoires. Elle repose sur des actions nombreuses, menées de manière décentralisée par une frange de la population locale, et d'une ampleur calibrée pour toucher les cÅ“urs et les esprits sans les frapper outre mesure. Elle n'exige pas des exécutants pleinement conscients, en termes de vue d'ensemble comme d'objectif, et gagne même à être mise en Å“uvre par des mouvances floues, composées d'individus additionnant des motivations diverses et conjuguant à la fois ponctuellement et régulièrement leurs efforts. En somme, des armées informes et participatives qui corrodent au lieu de détruire.

La vraie question, dès lors, est de savoir quelle parade peut s'opposer au chaos grandissant de notre temps, afin d'éviter les retraites, renoncements et redditions qui en sont le couronnement.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h31 | Comments (41) | TrackBack

30 octobre 2006

L'indéniable conflit intérieur

Le drame survenu ce week-end à Marseille, après l'attaque en règle d'un bus qui a grièvement blessé une jeune femme, a imposé le retour des violences urbaines sur les devants de la scène médiatique. A voir le niveau de violence qui est d'ailleurs considéré comme "calme" en France, on mesure d'ailleurs la volonté d'influencer les esprits qui sévit en la matière, et le refus d'accepter l'existence d'un conflit de très basse intensité sur le territoire de la République. Un conflit qui certes ne fait que quelques morts et des dégâts matériels pouvant être relativisés à l'échelle d'un pays moderne, mais dont le potentiel d'escalade reste une constante.

Pour les professionnels de la sécurité, en France, cette volonté de dissimuler l'ampleur des antagonismes contraste avec une réalité faite de guet-apens, d'attaques délibérées, qui transforme l'exercice de la loi et même du service public en un véritable combat. Les brefs aperçus des engagements nocturnes montrent que la structure même de la société française est rongée ça et là par une barbarie contre laquelle les mesures de prévention tant vantées sont depuis fort longtemps inadaptées. Et lorsque l'on parle encore de "provocations" qu'il s'agirait d'éviter de la part des forces de l'ordre, c'est que la réalité de ce conflit intérieur et des zones semi-permissives ou non permissives qu'il investit n'est, à mon humble avis, pas encore entrée dans les esprits des dirigeants français.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h01 | Comments (93) | TrackBack

Problèmes de mises à jour

Depuis quelques temps, les actualités figurant sur la colonne de gauche sont malheureusement bloquées. Après avoir tenté de résoudre le problème par moi-même et de constater l'inanité de mes efforts, j'ai refilé le dossier à mon informaticien qui devrait régler le cas dans le courant de la journée. Je l'espère du moins ! :-)

COMPLEMENT (31.10, 0830) : Les actualités tout en haut à gauche, issues du site www.romandie.com, sont désormais à jour. Celles situées en-dessous, et provenant de www.armees.com, posent encore problème. Toujours cette histoire du verre à moitié vide... ;-)

Posted by Ludovic Monnerat at 9h59 | TrackBack

26 octobre 2006

A nouveau absent

Si les raisons de mon absence actuelle ne sont pas difficiles à cerner, cette absence va cependant se prolonger un brin, notamment en vue d'un séjour à l'étranger. Merci par avance pour votre patience et votre fidélité ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 15h34 | Comments (1) | TrackBack

22 octobre 2006

Le siège du principe de milice

Le principe de la milice et son application à la chose militaire subissent aujourd'hui des assauts redoublés. Alors que le Parti Socialiste et les Verts planifient une initiative populaire visant notamment à retirer aux citoyens-soldats la garde de leur arme de service, selon la Sonntagszeitung, le principe de l'obligation de servir fait l'objet d'une attaque soutenue de la part du même PS. La preuve en a encore été fournie vendredi soir, lors du 150e anniversaire de la Revue Militaire Suisse, dans la salle Pohl à Verte-Rive (Pully) : invitée à s'exprimer, la conseillère nationale socialiste Barbara Haering-Binder a en effet rappelé clairement l'objectif de son parti, soit l'abolition du système de milice et l'instauration d'une armée à dominante professionnelle, composée de militaires de carrières, de militaire contractuels et d'une réserve constituée de miliciens volontaires. Et même si la gauche ne peut à elle seule faire pencher la balance, son pouvoir de blocage (lorsqu'elle s'allie à l'UDC) demeure une constante.

En soi, les attaques contre l'armée ne sont bien entendu pas une nouveauté. Les tentatives frontales ayant échoué, et bien piteusement comme l'a montré la dernière initiative pour la suppression de l'armée, ce sont des tentatives obliques qui sont aujourd'hui la règle, sur le plan budgétaire (pression constante sur les finances de l'armée, refus d'acquisitions), doctrinal (polémique sur la notion d'avant-terrain opératif) ou sociétal (obligation de servir, tir obligatoire, conservation de l'arme à domicile). De la sorte, et nonobstant les verdicts très clairs des votations populaires, on tente progressivement de parvenir à démanteler une institution qui représente à la fois un outil stratégique central et un contre-pouvoir populaire. La nécessité de faire passer toute modification substantielle devant le peuple n'en devient que plus grande.

Ces attaques ciblées sont en effet une manière pernicieuse d'affecter l'ensemble du système en n'ayant l'air que d'en viser une portion. Le fonctionnement de l'armée repose sur l'interdépendance de 3 éléments : les missions, les moyens et la méthode. Faute de pouvoir modifier directement les missions, qui sont ancrées dans la constitution, on essaie ainsi de modifier les moyens (en hommes et en francs) ainsi que les méthodes (de service) pour indirectement influencer les capacités d'emploi de l'armée, et finalement ses missions. L'objectif restant d'empêcher l'armée de se positionner face aux menaces de notre ère et aux guerres nouvelles qu'elle occasionne, y compris sur notre sol, afin d'en faire un outil humanitaire assujetti à une politique étrangère déconnectée de nos propres intérêts.

Ce véritable siège du principe de milice, dû à l'impossibilité de l'assaut frontal, me paraît ainsi une véritable menace stratégique, une tentative unilatérale de désarmement à l'heure même où la nécessité d'un réarmement - avant tout psychologique et moral, et notamment identitaire - se fait chaque jour plus évidente. Supprimer la milice, c'est affaiblir le lien entre l'armée et la population, saper la confiance des protégés pour leurs protecteurs, miner la cohésion de l'Etat-nation, et donc favoriser la déstructuration des réponses sécuritaires. Dans une période où les conflits sont caractérisés par leur dimension sociétale, une telle démarche, mue par des motifs avant tout idéologiques qui peinent à affronter la critique, est donc tout aussi dangereuse que celle ayant visé à supprimer l'armée alors même que des divisions soviétiques avant notre pays comme objectif intermédiaire.

En un mot : irréfléchie.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h02 | Comments (70) | TrackBack

18 octobre 2006

Une question de foi

Dome.jpg

De passage à Florence, il m'était difficile de ne pas être impressionné par la majesté de la cathédrale, et notamment de son dôme ; aujourd'hui encore, tout comme sur les peintures du XVe siècle, cet édifice domine la ville et marque les esprits. Si l'on considère qu'il s'est écoulé 140 ans entre le début des travaux et le jour où la cathédrale a été consacrée, on perçoit toutefois mieux sa vraie dimension : une Å“uvre qui transcende l'homme, qui dépasse la perspective d'une existence humaine pour témoigner d'une existence plus grande. Certes, la durée de la construction et les pauses contraintes qu'elle a connues s'expliquent aussi par les crises économiques, financières et sanitaires subies à l'époque. Mais ces vastes constructions dont les architectes savaient l'achèvement bien au-delà de leur vivant n'étaient pas rares, et tendent à nous renvoyer à nous-mêmes.

Avons-nous de nos jours une foi telle que nous sommes prêts à engager une énergie considérable dans un projet dont les effets (on pourrait écrire le bénéfice) ne se déploieront pas avant plusieurs générations ? Il s'agit ici bien entendu d'une foi religieuse, puisque la plupart des édifices transgénérationnels de l'époque ont une telle vocation, mais également d'une foi en l'avenir, d'une conviction qu'il est possible de construire, lentement et sûrement, au profit de la société future. Avons-nous les indices d'une telle force spirituelle, d'une telle confiance ? Je ne le pense pas. Un projet gigantesque comme celui des nouvelles transversales alpines devrait s'échelonner sur une durée oscillant entre 15 et 25 ans selon la manière d'évaluer les travaux. La majorité des citoyens, compte tenu de la prolongation de la durée de vie, pouvait donc espérer en bénéficier au début du projet.

On me rétorquera que les moyens de construction modernes permettent d'achever de tels ouvrages bien plus rapidement que par le passé ; il s'agirait dans ce cas de comparer les efforts investis en termes de main d'Å“uvre et de budget pour se faire une idée. Cependant, la perspective temporelle me paraît revêtir un aspect essentiel, et je ne vois guère que dans la conquête spatiale planétaire un domaine où l'homme fait encore preuve d'une certaine foi en l'avenir. L'avancement très lent de celle-ci, dès lors que la guerre froide s'est achevée, me paraît d'ailleurs révélateur! Mais peut-être ai-je tort !

Posted by Ludovic Monnerat at 14h31 | Comments (15) | TrackBack

17 octobre 2006

Une petite devinette (6)

VoyageOctobre.jpg

Histoire de ne pas perdre les bonnes vieilles traditions, voici une image extraite de mon récent séjour. Qui saura le plus vite deviner où a été prise cette image crépusculaire ? :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 11h12 | Comments (11) | TrackBack

15 octobre 2006

A nouveau en voyage

Pas de surprise si aucun nouveau billet de fond n'apparait ces jours : je suis en voyage privé dans l'une des plus belles villes d'Europe. De quoi souffler apres des services intenses et avant d'autres activites, à la fois professionnelles et privées, qui promettent de l'etre tout autant. Merci pour votre patience ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 8h56 | TrackBack

12 octobre 2006

Le manifeste stratégique du djihad

Un article de l'expert Andrew Black a été récemment mis en ligne, après traduction, sur le site www.terrorisme.net. Il s'agit d'une analyse d'un manifeste stratégique écrit par l'idéologue Abu Musab al-Suri et largement inspiré par la théorie des conflits de la 4e génération, lancée voici quelques 17 ans dans un célèbre article de la Marine Corps Gazette. Extrait :

Malgré son insistance sur la libération du Dar al-Islam, al-Suri exhorte tous les jihadistes à frapper l'ennemi partout. Il en appelle également à chaque musulman - indépendant du lieu où il se trouve - à se «réveiller de son sommeil» et prendre les armes du jihad. En incitant les masses à se lancer dans le jihad, al-Suri considère la planète entière comme un champ de bataille. Dans ce sens, la conception de Lind de la G4G d'agents opérant sur un champ de bataille indéfinissable a été développée par al-Suri: il inclut des agents qui proviennent directement des sociétés enemies.
Comme on l'a constaté à l'occasion de différents complots ces dernières années, les jihadistes qui sont nés et ont grandi à l'Ouest assument un rôle toujours plus important dans le jihad salafiste global.

Merci à l'ami variable pour avoir attiré mon attention sur cette précieuse lecture ! Elle apporte une pièce manquante à la réflexion stratégique, à savoir la preuve que la lutte planétaire est également cognitive, et que les ennemis aux prises s'étudient les uns les autres et développent leur doctrine en conséquence. A la différence près que les Etats occidentaux sont encore loin d'avoir intégré et accepté les principes des conflits de la 4e génération, que j'ai moi-même tenté d'identifier voici 5 ans...

Posted by Ludovic Monnerat at 20h12 | Comments (57) | TrackBack

10 octobre 2006

Le dilemme nord-coréen

L'annonce d'un essai nucléaire en Corée du Nord, et donc l'entrée chaotique du dernier régime stalinien dans le club des détenteurs de la bombe atomique, n'ont pas surpris ceux qui suivent depuis des années les efforts entrepris pour développer à la fois les vecteurs et les ogives de la dissuasion suprême. Cet événement vient même de donner définitivement raison à ceux qui voient dans un bouclier antimissile une protection nécessaire contre les Etats voyous pratiquant le chantage du fou au fort : vu le nombre d'années nécessaires, le développement des missiles et des bombes nord-coréens est clairement antérieur à la décision américaine de relancer la protection contre une telle attaque, et même à l'étude qui en a fondé l'argumentaire.

Ce qui n'aide en rien face au dilemme de Pyongyang : que faire lorsqu'un régime prend toute sa population en otage, et même comme bouclier humain, et s'enferre dans une spirale toujours plus catastrophique ? La stratégie américaine ayant consisté à isoler la Corée du Nord, à s'en protéger par des moyens à la fois défensifs (navires et lanceurs terrestres à capacité antimissile) et offensifs (bombardiers furtifs stationnés à proximité) et à rechercher un consensus régional et international reste avant tout un refus d'une action décisive. En même temps, rechercher activement un changement de régime a désormais de plus en plus de risques d'aboutir à une situation en comparaison de laquelle l'Irak prendrait presque un air reposant. Sans même parler de la catastrophe humanitaire que la communauté internationale sera contrainte de prendre en compte.

Ainsi donc, les Nord-Coréens crèvent de faim par millions, mais leur dictateur se repaît d'un pouvoir de nuisance croissant. Les conditions d'un soulèvement intérieur étant apparemment inexistantes, et le risque d'une escalade de Kim Jong-Il bien réel, il se pourrait donc que l'illusion des sanctions ne suffise plus et que la métaphore de l'Axe du Mal serve à justifier une nouvelle opération coercitive. A dire vrai, le sort de la population nord-coréenne était depuis des années une raison valable de mettre un terme à un régime coupable de démocide, mais l'arme nucléaire possède évidemment un impact psychologique tout différent. Et le silence des opposants systématiques à l'emploi de la force armée, tout comme l'échec piteux des mesures de non-prolifération nucléaire et des organisations chargées de les appliquer, ne concourent pas à indiquer d'autre option.

Les moyens militaires sont-ils disponibles pour tenter une action d'envergure contre Pyongyang ? Il est hautement probable que la capacité de défense du régime a été totalement ruinée par des décennies de dégénérescence, et qu'agiter l'atome vise à masquer cette réalité ; une force terrestre réduite, appuyée par des moyens aériens et maritimes puissants, pourrait certainement forcer le destin. Mais qui est prêt à assurer les risques politiques et la responsabilité morale d'un tel pari ? Qui est prêt à s'engager pour des années et des années dans un pays ravagé par l'idéologie et la folie de l'homme ? Qui est prêt à passer de la parole aux actes, à armer la justice de ce glaive sans laquelle elle reste vaine ?

Posted by Ludovic Monnerat at 20h53 | Comments (41) | TrackBack

8 octobre 2006

La notion de défense

Le refus de l'étape de développement 08/11 par une majorité du Conseil national est une nouvelle désillusion pour l'armée suisse au niveau parlementaire. Cependant, au-delà des problèmes de communication qui ont émaillé depuis mai 2005 l'annonce de cette transformation, et au-delà des intérêts partisans à court terme qui font de l'armée un gadget politique sans conséquence apparente, force est de constater que la notion de défense apparaît bel et bien au cÅ“ur du problème. Les appels répétés au débat ne sont pas qu'un artifice rhétorique, et les rejets émotionnels de toute nouveauté ne sont pas qu'un réflexe conservateur. Les missions de l'armée nourrissent la confusion et la discorde parce que leur sens a perdu la clarté de jadis.

...

La suite de mes réflexions sur la notion de défense est disponible ici, sur le nouveau site de la Revue Militaire Suisse ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 12h44 | Comments (22) | TrackBack

6 octobre 2006

Le "retour" de l'intifada française

Voici une année, mes réflexions au sujet des violences urbaines en France dans le sens d'une intifada communautaire et générationnelle, annonciatrice d'une guerre civile d'un nouveau genre, m'ont valu plusieurs critiques. Il est vrai que j'étais alors passé sans transition de l'analyse à la prospective, en posant un cadre général conflictuel qui rebute le plus souvent. Pourtant, cette vision d'une intifada française est exactement celle que partagent une partie des policiers en France, si l'on en croit cet article du Telegraph citant Le Figaro (que j'ai manqué) :

Radical Muslims in France's housing estates are waging an undeclared "intifada" against the police, with violent clashes injuring an average of 14 officers each day.
As the interior ministry said that nearly 2,500 officers had been wounded this year, a police union declared that its members were "in a state of civil war" with Muslims in the most depressed "banlieue" estates which are heavily populated by unemployed youths of north African origin.
It said the situation was so grave that it had asked the government to provide police with armoured cars to protect officers in the estates, which are becoming no-go zones.

Le chiffre de 2500 blessés, à lui seul, résume le conflit de très basse intensité qui se déroule aujourd'hui en France, et notamment dans des zones devenues non permissives. Que les forces de police portent le poids de ces actes montre la nature sociétale du conflit, mais également son anormalité. Voilà une réalité qui devrait préoccuper ceux qui s'intéressent aux menaces futures : si l'augmentation des violences se poursuit à un rythme similaire, nous aurons dans quelques années une situation analogue à un conflit de basse intensité qui exigera l'emploi de méthodes et de moyens militaires. Et la France n'est pas un cas isolé, puisque d'autres grands pays connaissent des situations semblables, quoique prenant des formes différentes...

Il est naturellement plus confortable de se dire que tout cela est exagéré et inconsidéré. Et notamment d'ignorer les facteurs ethniques et religieux qui sont impliqués...

Posted by Ludovic Monnerat at 8h56 | Comments (96) | TrackBack

5 octobre 2006

Un débat sur l'Afghanistan

Comme l'a suggéré Alex, une discussion serait sans doute intéressante sur la manière dont on pourrait sortir l'Afghanistan de la situation dans laquelle il se trouve actuellement. Avec l'engagement accru de l'OTAN et les pertes qui en résultent, mais aussi la problématique des Etats échoués ou en sursis, ce pays illustre des enjeux majeurs. A vous d'en débattre !

Posted by Ludovic Monnerat at 14h21 | Comments (12) | TrackBack

4 octobre 2006

Le bilan de septembre

Comme l'exige une tradition maintenant célèbre, je profite du bilan mensuel pour remercier celles et ceux qui lisent ces pages et qui contribuent aux débats. La fréquentation au mois de septembre a connu une légère baisse dans le nombre quotidien de visites (2188 contre 2222), de pages (4509 contre contre 5157) et des hits (9077 contre 10890). La rareté de mes interventions, pour cause de cours de répétition (pardon, service de perfectionnement de la troupe), explique sans doute cela.

Bien sûr, ces chiffres très relatifs ne sauraient être ici cités sans quelques traits qui tentent d'être humoristiques. Voici donc mes commentaires à nombre d'entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé par ici de très honorables visiteurs :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h18 | Comments (3) | TrackBack

3 octobre 2006

L'évolution de l'armée menacée

Aujourd'hui, le Conseil national a refusé l'étape de développement 2008-11, c'est-à -dire l'optimisation de l'Armée XXI ordonnée l'an dernier par le Conseil fédéral. Comme ce fut le cas pour le programme d'armement 2004, c'est une coalition entre la gauche antimilitaire et la droite nationaliste qui a abouti à ce résultat particulièrement déstabilisateur pour l'armée ; une fois encore, le Parlement s'accorde sur ce qu'il refuse sans pour autant s'accorder sur ce qu'il demande. Même si de nombreux éléments prévus dans cette nouvelle évolution de l'armée peuvent être mis en oeuvre, car ils ne dépendent pas du bon vouloir du législatif, et même si le Conseil des Etats peut dégager un avis différent, cet échec réduit encore davantage la crédibilité de notre politique de sécurité, et partant de l'armée. Et je me demande combien de temps l'on poursuivra sur une voie pareillement néfaste.

Du point de vue militaire, la nécessité d'adapter l'Armée XXI est claire : un système prévu pour fonctionner avec 4,3 milliards de francs ne peut simplement pas survivre avec 15% de ressources en moins - ne serait-ce que sous cet angle. Cependant, le problème provient avant tout du fait que la politique de sécurité actuelle, définie en 1999, non seulement n'a jamais réussi à identifier les intérêts que la Suisse doit protéger, mais en plus est dans plusieurs domaines complètement dépassée, et ne peut pas obtenir une majorité stable et confortable auprès de la population comme de la classe politique. L'acceptation massive de la réforme Armée XXI est bien lointaine : les chicaneries politiciennes et les a priori majeurs sur la question militaire ont depuis belle lurette fait oublir toute idée de consensus en la matière.

Malgré cela, de tels accident de parcours ont de tout temps existé sans pour autant influencer les menaces, et donc les réponses qui devront y être apportées. Le Parlement ne décide pas seul de l'avenir de l'armée, car le monde y contribue aussi ; il peut juste contribuer à réduire ou à augmenter le nombre d'insuffisances, d'ignorances et d'incompétences qui devront être payées cash lorsque viendra le jour d'engager l'outil militaire de façon décisive.

Posted by Ludovic Monnerat at 14h21 | Comments (29) | TrackBack

2 octobre 2006

Revue Militaire Suisse : juin-juillet 2006

Sur le nouveau site de la Revue Militaire Suisse, toujours en phase de développement, trois articles extraits de l'édition de juin-juillet 2006 ont été mis en ligne :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 17h15 | Comments (1) | TrackBack

1 octobre 2006

La discorde chez l'ennemi

Ce type d'information montre pourquoi les Israéliens ont grand intérêt à se soustraire aux coups de leurs adversaires, et pourquoi une stratégie indirecte axée sur la discorde chez l'ennemi est bien plus adéquate qu'une stratégie directe axée sur la destruction ou la neutralisation du même ennemi :

Pendant plusieurs heures, le centre de Gaza s'est transformé en champ de bataille, où des membres de la force du ministère de l'Intérieur du Hamas ont affronté des policiers et des membres de la sécurité préventive, fidèles au parti Fatah du président Mahmoud Abbas. Les heurts les plus violents se sont concentrés autour du Parlement, où les rues ont été entièrement bouclées.

Du côté palestinien, en revanche, on devrait s'efforcer, soit de contraindre à l'affrontement avec Israël comme cela a été fait cet été (avec des effets à court terme), soit de faire une pause dans le conflit afin de rassembler les forces et de développer une nouvelle stratégie (avec des effets à moyen terme). Evidemment, la paix et l'acceptation d'Israël serait une option bien plus intéressante, surtout à long terme, mais il ne faut pas trop rêver...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h23 | Comments (9) | TrackBack

De retour à la normalité

Le cours de répétition de mon bataillon s'est achevé vendredi, et j'ai savouré ce week-end un certain retour à la normalité. Bien entendu, les activités d'un commandant ne cessent pas au terme du service, et c'est au contraire une dimension méconnue de l'armée de milice que tout le travail d'administration et de planification qui s'effectue en-dehors des cours. Mais le fait d'avoir vu à l'oeuvre les hommes que l'on commande donne une motivation toute différente pour ces travaux... :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h12 | Comments (2) | TrackBack