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27 mai 2006

Le prisme de l'accoutumance

Est-il possible de faire du journalisme de qualité lorsque l'on est juge et partie, lorsque l'on s'est engagé pour une cause et que l'on doit en décrire l'évolution ? Est-il possible de rester avant tout objectif lorsque l'on reste des années au même poste, à mener chaque jour le même combat pour l'imposition de son opinion ? Telles sont les questions que je me pose à la lecture du dernier article d'Alain Campiotti sur l'Irak, dans Le Temps, suite aux déclarations communes de George Bush et Tony Blair. La propension de ces deux chefs d'Etat à admettre des erreurs dans la conduite de la guerre tranche ainsi désagréablement avec l'absence de remise en question dont souffrent leurs adversaires dans les médias tels que Campiotti. Au point que ces derniers sont désormais lancés dans une dérive qui confine à l'accoutumance, sans grand intérêt pour l'exactitude des faits et pour le plus grand tort des opinions publiques, dont les préjugés sont confirmés et le sens critique anesthésié.

Prenons ce texte presque d'anthologie paragraphe par paragraphe.

Des adieux? Tony Blair et George Bush ont peut-être tenu jeudi soir leur dernière conférence de presse commune sur l'Irak. Le Britannique vient de subir une défaite électorale, et le Labour aimerait qu'il parte. L'Américain va en subir une autre dont on mesurera l'ampleur en novembre, et une partie des républicains sont déjà en opposition.

En quoi ceci constitue-t-il un article de fond, et pas un éditorial prolongé sans que le lecteur en soit clairement averti ? Prédire le résultat d'élections ayant lieu dans presque 6 mois revient à tirer des plans sur la comète, pas à faire du journalisme. Prendre ses désirs pour des réalités n'est pas nouveau, que ce soit pour Campiotti ou d'autres journalistes-combattants, mais le précédent de 2004 devrait inciter à la prudence.


Le salaire de la guerre est lourd: les deux hommes qui l'ont voulue sont des «lame ducks», comme dit l'anglais, des canards boiteux qui n'ont plus guère prise sur les événements. Si l'Irak trouve une forme de stabilisation, ils ne seront plus en mesure de s'en féliciter derrière les pupitres du pouvoir.

Le propre d'un chef d'Etat est d'avoir toujours prise sur les événements ; le développement de la situation en Iran pourrait contredire brutalement Campiotti, tout comme l'initiative de George Bush sur la surveillance de la frontière sud le condredit déjà . Admettons que Tony Blair ait une marge de manoeuvre bien plus restreinte ; de telles affirmations, absolues et déconnectées des faits, relèvent également de l'éditorial polémique. Quant à une "forme de stabilisation" pour l'Irak, on se demande bien ce que Campiotti veut dire. Une forme de stabilité aurait un sens.


Mais jeudi, dans les velours de l'East Room à la Maison-Blanche, les deux chefs de guerre - Blair rentrait tout juste de Bagdad - ont fait une nouvelle tentative pour convaincre leurs opinions rétives que la poursuite de l'effort militaire et financier était indispensable. Le message s'adressait surtout aux Américains: ils ont plus confiance dans la parole du lieutenant britannique que dans celle de leur propre président. Et à 1h du matin à Londres, il ne devait pas y avoir grand monde devant les écrans.

Tout ceci a-t-il un sens ? Pourquoi parler d'une audience-cible avant tout américaine pour ensuite mentionner l'heure de Londres ? Et comment fonder une affirmation selon laquelle le public américain accorde davantage de crédit à Blair qu'à Bush ? Est-ce que des enquêtes fondent cette assertion ? De plus, est-ce que les opinions sont si rétives que cela ? En étudiant ces chiffres, issus des derniers sondages US, on obtient une image bien plus nuancée, avec un public critique à l'égard du président Bush, mais loin de refuser l'effort entrepris en Irak et d'exiger le départ immédiat des troupes.


Pour obtenir ce résultat, George Bush et Tony Blair avaient choisi un registre inédit: une sombre humilité. Leur prestation ressemblait à une cérémonie des aveux. Non pas l'admission que la guerre fut une erreur. L'utilité de renverser le régime de Saddam Hussein est toujours au cÅ“ur de leur conviction. Ils étaient humbles sur les fautes commises. Manière de répondre à tous ceux (beaucoup de démocrates aux Etats-Unis) qui n'ont au départ pas désapprouvé l'intervention armée, mais se sont déchaînés contre l'exécution quand les choses ont mal tourné.

On pourrait dire que l'humilité n'est pas le propre du très militant Campiotti, à de rares et éphémères exceptions près. Nous sommes ici au coeur du problème : il est juste, légitime et souhaitable de critiquer la conduite de la guerre et la décision de lancer l'opération en Irak, mais il est malhonnête de passer sous silence ses propres prédictions apocalyptiques en la matière et donc de s'ériger en juge indépendant et intègre. Que fait Campiotti de son affirmation du 9 juin 2004 selon laquelle "La force multinationale devra avoir quitté l'Irak dans dix-huit mois au plus tard" ? Ne voit-on pas à quel point mélanger journalisme et militantisme est néfaste ? Enfin, comment peut-on dire que les choses ont "mal tourné" si toutes les hypothèses catastrophiques avancées pour s'opposer à cette opération ne se sont pas réalisées ?


Le Britannique était le plus direct. Ce qui se passe en Irak chaque jour est «horrible», convient-il. Ce qui s'est produit après la prise de Bagdad était prévisible, mais n'avait pas été envisagé, alors que «ç'aurait dû être évident pour nous». En disant cela, Tony Blair plaidait sa cause. C'est le Pentagone qui dirigeait la manÅ“uvre, c'est lui qui a décidé l'expulsion de leurs fonctions de tous les membres du parti Baas et le démantèlement de l'armée, sur les bons conseils d'Ahmed Chalabi. Cette politique de la table rase, alors qu'aucun plan sérieux de remplacement n'avait été préparé, a fourni un formidable aliment à la résistance contre l'occupant.

Voyez comme l'explication est commode : le Pentagone, officine diabolique s'il en est, porte toute la responsabilité. Mais les faits soint autres : la décision de licencier l'armée irakienne de Saddam a été prise personnellement par Paul Bremer, tout comme l'exclusion des baasistes ; et rares sont ceux qui s'aventurent à décrire les conséquences de décisions inverses, au lieu de les invoquer superficiellement comme des erreurs grossières. Enfin, comment expliquer ce terme d'occupant alors que voici presque 2 ans que les résolutions de l'ONU légitiment la présence militaire internationale en Irak, et que les gouvernements successifs ont demandé sa continuation ? De tels travers sont indignes de tout travail journalistique.


L'Américain, lui, comprend maintenant la consternation et la colère de ses concitoyens qui voient chaque jour les images de massacres à Bagdad. Il dit que le coup le plus terrible porté à l'entreprise fut l'affaire de la prison d'Abou Ghraib, «que nous paierons longtemps».

Voilà : le président "comprend", il "suit" enfin la ligne que les médias imposent en donnant une vision tronquée, biaisée et intéressée de l'opération en Irak. Mais Campiotti prend encore ses désirs pour des réalités : si Bush juge Abou Ghraib aussi néfaste, c'est bien parce qu'elle a fourni de vraies munitions aux adversaires acharnés de cette opération, et donc eu un impact clair sur l'opinion publique américaine. Moyennant quoi celle-ci n'est pas spécialement en colère ou consternée : où seraient dans ce cas les manifestations et les protestations incessantes, alors que les Américains au contraire se sont largement habitués à cette guerre qui reste lointaine et dont les coûts humains et financiers semblent limités ?


Et il s'en veut de son propre vocabulaire, que Laura lui a déjà reproché. Il n'aurait pas dû dire «bring'em on» (amenez-les moi), ou qu'il voulait Ben Laden mort ou vif. Ce rude langage texan, admet-il, est «un mauvais signal».

Une fois de plus, Bush est placé dans la position de l'imbécile qui "admet", qui "comprend", qui "s'en veut", face à ses critiques qui avaient raison depuis le début. Est-ce une manière objective et raisonnable de présenter le discours d'un chef d'Etat ? Est-ce que cela ne relève pas davantage de la vendetta personnelle ?


Ces aveux ne sont pourtant pas un recul. Les deux hommes défendent toujours leur décision. Et Tony Blair, vendredi matin devant les étudiants de la Georgetown University, a répété que le reste du monde avait désormais le devoir d'aider le nouveau gouvernement irakien contre les poseurs de bombes. Seuls, les deux alliés n'y arrivent pas.

Nous voilà donc un peu plus près de la réalité : Bush et Blair concèdent des erreurs, mais ne renient rien sur le fond, et ramènent au contraire le débat sur la réalité de l'Irak, sur un Etat incertain où naissent dans la douleur une démocratie inédite et une économie libérée. Mais c'est justement une perspective qui n'intéresse pas Campiotti : tout doit être ramené à la décision d'envahir l'Irak, tout doit servir à justifier la position que lui-même a passionnément défendue, et qui reste éminemment contestable au vu de l'opinion des Irakiens comme de la morale. On reste scotché à un débat vieux de presque 4 ans, comme si rien ne s'était passé dans l'intervalle.


Il n'y a toujours pas de calendrier de retrait, même si le Britannique croit «possible» le contrôle du pays par les forces irakiennes dans dix-huit mois. Les reporters sur place en sont moins sûrs: la myriade de groupes politiques armés est le principal facteur d'insécurité.

On finit sur la même note : ce retrait annoncé maintes fois par Campiotti n'a toujours pas lieu, et ce dernier en est réduit à invoquer des "reporters sur place", dont une bonne partie sont calfeutrés dans leurs chambres d'hôtel faute de pouvoir faire leur métier, pour appuyer ses dires, pour trouver des arguments fondant une opinion apparaissant au gré de ce "toujours pas" si révélateur.

Conclusion : qu'un homme intelligent comme Alain Campiotti sombre pareillement sur le plan déontologique témoigne à mon sens d'une accoutumance, d'une disposition sans cesse plus impérieuse à projeter ses opinions, ses convictions et ses aspirations sur les événements, au lieu d'essayer d'abord de les décrire honnêtement et sans fioritures. Le lecteur du Temps, à la place d'un article de fond, se trouve ainsi confronté à une interprétation des discours de deux chefs d'Etat, et non à un résumé ou à une mise en perspective complétés par un éditorial qui, lui, autoriserait l'expression d'opinions personnelles. La question de l'Irak, ces prochaines années, sera peut-être vue comme un tournant dans la crédibilité des gouvernements et des médias, comme une lutte de perceptions dont l'ensemble des protaganistes sortira perdant.

Publié par Ludovic Monnerat le 27 mai 2006 à 12:03

Commentaires

Au-delà de la médiocrité de l'article, cela signale aussi le manque cruel de contrôle et de respect des règles de journalisme au sein de la direction du Temps. Des textes de ce genre sont acceptables, quand ils sont bons, de la part de personnalités dont l'influence, hors de la sphère strictement journalistique, est en elle-même suffisante pour justifier l'étalage de leur simple opinion, car celle-ci fait foi dans un certain milieu, un certain parti, un certain clan.

Mais donner une telle latitude à un journaliste, c'est de la négligence. C'est sacrifier son journal à l'idéologisme. C'est affligeant.

Publié par ajm le 27 mai 2006 à 15:33

Pendant longtemps j'avais plaisir à acheter différents journaux romands pour les lire en sirotant mon café. Il y a quelques années j'ai vu une chute drastique de la qualité journalistique des articles et des partis-pris criants qui plus d'une fois m'ont fait avaler mon croissant de travers. Résultat je n'achète plus le journal aujourd'hui et je m'informe en ligne où je trouve une plus grande diversité d'opinions et surtout une plus grande profondeur d'analyse. De toute façon aujourd'hui un journal comme le courrier, mais il en va de même pour d'autres titres, est pur propagande et tout juste bon à faire les vitres!

Publié par elf le 27 mai 2006 à 19:58

Bravo pour cette analyse de "texte" journalistique! Cela fait du bien de savoir que vous n'etes pas seul à relever les imprécisions de ce "correspondant". Mais rassurez-vous :ils sont nombreux les lecteurs du Temps qui ne lisent plus les articles de ce médiocre, reste que le rédacteur en chef devrait se poser des questions!... Pendant combien de temps va-t-il maintenir un désinformateur aussi nul!... qui se fait ridiculiser par des prises de position aussi stupides que vaniteuses.

Publié par marcel1 le 27 mai 2006 à 20:03

Sans commentaire !!!!

Pour une analyse complete je vous renvois a l'ouvrage de Alain Hertoghe qui dans "La guerre à outrance" à mis en parallele le traitement mediatique des 3 semaines de guerre en irak avec la réalité. C'est edifiant.....


Il faut aussi savoir que les journalistes sont tenus a une certaine retenue.

Jean-Marie Charon, sociologue spécialiste des médias, estime que les journalistes sont incapables de faire leur autocritique. « En France, la posture qui consisterait à faire collectivement une auto-analyse n'existe pas. L'un des gros problèmes du fonctionnement des médias est le faible travail de retour sur expérience. » Selon lui, le manque d'autocritique des médias serait dû en partie à leur impression « que se joue là leur crédibilité ». Pour Rémy Rieffel, dans Sociologie des médias, « La profession, en France, refuse l'instauration d'un ordre ou d'une instance de contrôle extérieur, ne reconnaît comme autorité que la collectivité des pairs et même, le plus souvent, que le sens de la responsabilité individuelle de chaque journaliste. » Se pose ainsi le problème de la déontologie professionnelle.
La Déontologie est fixée par la charte des devoirs professionnels des journalistes Français . Rédigée en juillet 1918 elle a fait l'objet d'une révision en 1939 et elle se décline comme suit : « Un journaliste, digne de ce nom, prend la responsabilité de tous ses écrits, même anonymes; tient la calomnie, les accusations sans preuves, l'altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles;ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière d'honneur professionnel;n'accepte que des missions compatibles avec la dignité professionnelle; s'interdit d'invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d'user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque; ne touche pas d'argent dans un service public ou une entreprise privée où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d'être exploitées; ne signe pas de son nom des articles de réclame commerciale ou financière; ne commet aucun plagiat, cite les confrères dont il reproduit un texte quelconque; ne sollicite pas la place d'un confrère, ni ne provoque son renvoi en offrant de travailler à des conditions inférieures; garde le secret professionnel; n'use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée; revendique la liberté de publier honnêtement ses information; tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières; ne confond pas son rôle avec celui du policier. »
Une formulation plus récente et plus complète de la charte du journaliste a été adoptée en 1971, à Munich, par les représentants des fédérations de journalistes de la Communauté européenne, de Suisse et d'Autriche, ainsi que de diverses organisations internationales de journalistes. Elle s'intitule "Déclaration des devoirs et des droits des journalistes" et dépasse quelque peu le cadre de la déontologie au sens strict.

Judith Halima, étudiante en Information et Communication, fait état d'un rapport de Jean Marie Charon en juillet 1999 sur la Déontologie de l'information : « les reproches envers les journalistes sont multiples : l'atteinte à la vie privée et à la présomption d'innocence, les multiplicités d'inexactitudes, l'exposition du public à la violence, la recherche du spectaculaire, l'irresponsabilité et le refus de discuter. Des reproches, dont la littérature et les émissions critiques comme Arrêt sur Images, Plus Clair et l'Hebdo du Médiateur se font l'écho, qui montrent un certain engouement du public pour remettre en question la crédibilité des médias. »

Comment réagissent les médias à ces critiques ? On peut dire qu'ils balancent entre autocritique et autosatisfaction.

Dans Le Nouvel Observateur du 5 octobre 2001, Jean-Claude Guillebaud consacre sa chronique, intitulée « Les limites du débriefing », à l'autocritique des médias.
Quant au Figaro économie du 13 septembre 2001 il fait plutôt d'une certaine auto satisfaction, lorsqu'il publie : « Comme aux plus grandes heures de leur histoire, la presse et la télévision ont été largement plébiscités par le public (...) Ce qui, en dépit des critiques que l'on porte régulièrement sur les médias et leur prétendue mauvaise image, prouve que les Français leur accordent, dans des circonstances dramatiques, leur confiance ».

La remise en cause des médias fait aussi l'objet de la parution de quelques livres aux titres évocateurs : « Bien entendu c'est off » de Daniel Carton, « Les petits soldats du journalisme » de François Ruffin ,« La face cachée du Monde », de Pierre Péan et Philippe Cohen, "Bévues de presse"de Jean-Pierre Tailleur!

Les médias n'hésitent pas à interroger leurs publics et à publier des « baromètres ». Patrick Champagne (février 2001) étudie pour nous celui réalisé par la Sofres pour l'hebdomadaire de télévision Télérama et le quotidien La Croix. .

Pour l'auteur « la presse a ainsi fabriqué son propre " baromètre " et son propre " palmarès ". Chaque " vague annuelle " du sondage donne lieu, dans la presse, à une présentation bien faite pour accréditer l'idée qu'il s'agit d'une enquête scientifique et par là indiscutable ». Il ajoute « Il est paradoxal de constater que ce sont les journaux et les journalistes qui devraient être les plus critiques à l'égard de ce type d'enquête qui en sont non seulement les principales victimes mais également les initiateurs ». Pour arriver à une conclusion sans appel : « En tout état de cause, pourquoi prendre au sérieux les résultats de ce baromètre sur la crédibilité des médias puisqu'ils vont surtout servir, pour les différents médias, de simple prétexte à des opérations de marketing éditorial comme c'est presque toujours le cas, quels que soient les sondages publiés ».


Publié par Olivier A le 28 mai 2006 à 0:46

Tous planqués ?

Juste pour info, 69 journalistes sont morts dans l'exercice de leur fonction depuis le début de la libération de l'Irak (source).

Publié par marcolino le 28 mai 2006 à 12:22

Raison de plus pour avoir droit a une "vrai" information. Tous ces sacrifices n'ont pas servis a grand chose. Certains reporters vont chercher l'info a la source et l'a voit denaturée par leur redaction.

Publié par Olivier A le 28 mai 2006 à 15:52

Ludovic, tu devrais répondre à Campiotti directement dans un contre-artcile du Temps. Pourquoi ne pas utiliser ce billet excellent comme ébauche? Cela ferait aussi de la pub pour ton blog!

Publié par Sisyphe le 28 mai 2006 à 22:56

Le plus affligeant n'est pas l'article de Campiotti, mais bel et bien que d'une part, qu'il a eu en premier lieu un accès aux tribunes du Temps, et d'autre part, que ses errements répétés dans un domaine qui n'a rien à voir avec le journalisme n'entraînent aucune réaction de la part de la rédaction du journal.

En d'autres termes, si les écrits d'Alain Campiotti sont une honte pour la profession, la responsabilité de leur diffusion dépasse de beaucoup leur simple auteur. Elle englobe en responsabilité les instances de décision du Temps en terme de recrutement et de suivi de la ligne éditoriale.

Si un gardien de nuit s'endort continuellement à son poste, au bout de combien de temps sera-t-il licencié? Et au bout de combien de temps impliquera-t-on ceux qui l'ont choisi pour ce poste, et qui n'ont pas réagi face à ses fautes professionnelles répétées?

Pour moi, l'absence de réaction du comité éditorial du Temps implique simplement la complicité. Alain Campiotti est toléré simplement parce que ses excès sont perçus comme un trop-plein d'enthousiasme, et non une erreur de position sur le fond.

Publié par Stéphane le 29 mai 2006 à 12:03

A Marcolino : vous auriez pu reproduire mes propos ("une bonne partie sont calfeutrés") au lieu de les déformer ("tous planqués ?"). Au demeurant, la source que vous mentionnez montre bien que la grande majorité des journalistes tués en Irak ne sont pas occidentaux, mais bien irakiens.

A Sisyphe : non, je fais partie des experts du Temps - même si voici des mois que je n'ai plus la disponibilité pour écrire le moindre article - et il serait malvenu de s'engager ainsi dans une démarche polémique.

Publié par Ludovic Monnerat le 29 mai 2006 à 13:17

A rajouter dans vos archives sur ce monsieur son papier du 3 février 2005 rapportant les propos du président Bush. Je cite le passage dans l'article écrit avant le discours sur l'Etat
de l'Union : ! « les partisans de la guérilla qui promet depuis mardi
de décapiter encore un soldat américain. »
Le monde du weblog avait démontré depuis le 1er février 2005 que la photo en
question qui avait fait le tour du monde des médias était celle d'une poupée et que l'information est douteuse,
l'armée US avait aussi démenti la nouvelle !


Comme le relève Stéphane ce n'est plus les démonstrations et les exemples qui manquent mais se pose réellement bien celle de l'attitude de la rédaction face à un collaborateur qui n'est plus crédible!

Avec votre billet de ce jour sur la BBC, le changement dans l'éthique journalistique est sur la bonne voix, l'arrivée des blogs et la pertinence des propos remettent en cause cette profession, car si elle veut survivre, elle devra éliminer ses journalistes-combattants vers les rubriques nécrologiques.

Publié par marcel1 le 29 mai 2006 à 14:59

Une dernière chose, Alain Campiotti se méprend sur le terme "lame duck" lorsqu'il écrit:

"les deux hommes qui l'ont voulue sont des «lame ducks», comme dit l'anglais, des canards boiteux qui n'ont plus guère prise sur les événements."

En anglais, le terme "lame duck" désigne un élu pendant la période de fin de son mandat alors qu'un changement de majorité a eu lieu. C'est typiquement un président en poste alors que l'assemblée est contre lui, ou un élu qui n'est pas reconduit dans ses fonctions mais qui continue à les exercer en attendant la passassion de pouvoirs avec son successeur.

Or, ni Bush ni Blair ne sont dans ce cas. S'il y a de mauvais signaux, à l'heure où cet éditorial a été écrit, il n'y a pas eu de changement de majorité en Grande-Bretagne; quant à Bush, il ne peut pas être un Lame Duck simplement parce qu'il en est à son second mandat.

C'était juste une petite précision.

Publié par Stéphane le 2 juin 2006 à 14:17