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15 mai 2006

Les troupes à la frontière

Selon des sources anonymes de la Maison Blanche (ensuite confirmées), le président Bush devrait annoncer ce soir le déploiement de quelque 10'000 soldats de la Garde Nationale à la frontière sud des Etats-Unis. Ces militaires de milice seront engagés de façon subsidiaire, et les gardes-frontière conserveront leur mission d'origine, pour prendre un vocabulaire helvétique ; il n'en demeure pas moins que l'engagement des armées aux frontières en vue d'assurer la sécurité intérieure reste un symbole fort, à défaut d'être rare. Un pays comme l'Autriche emploie en effet depuis plus de 15 ans environ 2000 militaires pour surveiller ses frontières, et l'Union européenne largement constitué une forteresse pour protéger des intérêts en premier lieu économiques, mais à terme également identitaires. Pour ne citer que des pays démocratiques.

Cet emploi accru de formations militaires pour le contrôle des frontières tend à prouver que les flux migratoires restent une arme stratégique de première importance, mais que les moyens de projection planétaires jadis l'apanage des puissances coloniales sont aujourd'hui disponibles aux plus démunis, parfois sous une forme dégradée ou improvisée. Il est d'ailleurs assez piquant de voir le terme d'El Dorado, issu des conquistadores, s'appliquer aujourd'hui naturellement au continent européen. Dans le cas américain, mis à part la préoccupation électorale pressante du parti républicain, l'immigration clandestine en provenance du Mexique est une problématique qui a fait l'objet de nombreux livres, certains voyant dans ce flux hispanique une véritable reconquista menée avec l'assentiment officieux du gouvernement mexicain.

Les flux migratoires de notre époque prennent cependant du temps pour faire effet, et il est intéressant de constater que les troupes déployées à la frontière sont avant tout celles ayant un statut de réserviste et donc coûtant moins cher, ce qui augmente l'endurance des dispositifs créés. En même temps, ce type de troupe augmente l'implication sociétale de l'opération militaire et renforce donc la sensibilité politique du sujet. En Suisse, le déploiement de l'ancien corps des gardes-fortifications puis de la sécurité militaire à la frontière nourrit bien moins de discussions que la possibilité de l'envoi de la troupe à la frontière ; ma propre et brève expérience en la matière m'a pourtant montré que la chose peut être utile et efficace, si l'on y recourt aux bons endroits, avec le bon équipement et durant la bonne période.

Il n'en demeure pas moins que le recours à l'armée n'est que rarement accompagné de déclarations franches sur le sens de leur mission, à savoir la menace économique et/ou identitaires des flux migratoires incontrôlés.

COMPLEMENT (16.5 0815) : En définitive, ce sont 6000 soldats de la Garde Nationale qui devraient être déployés à la frontière, selon l'annonce télévisée de George W. Bush, et ceci uniquement pendant une année, le temps d'augmenter de 50% les effectifs des gardes-frontière.

Publié par Ludovic Monnerat le 15 mai 2006 à 17:17

Commentaires

"les flux migratoires restent une arme stratégique de première importance, mais que les moyens de projection planétaires jadis l'apanage des puissances coloniales sont aujourd'hui disponibles aux plus démunis, parfois sous une forme dégradée ou improvisée"

http://www.lefigaro.fr/fil-info/
12:37 Mali: 21 députés contre la visite Sarkozy

Des députés maliens ont demandé l'annulation de la visite au Mali de Nicolas Sarkozy, considérée comme une «pure provocation» puisqu'elle a lieu le jour du vote par l'Assemblée nationale de son projet de loi pour une «immigration choisie». (Avec AFP)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mali#Religion
"L'islam est la principale religion pratiquée au Mali (85%). La religion est omniprésente au Mali. Il est rare de trouver un village sans sa mosquée."

La politique intérieure française est une "pure provocation"...Plus besoin de caricatures!

Publié par elf le 15 mai 2006 à 21:48

Pendant ce temps là Eurabia a déjà tranché ... pas de frontières, comme les "jeux"

LE DEBAT sur les frontières de l'Europe n'aura pas lieu cette année. Un an après le non français à la Constitution, la France renonce à imposer ce sujet au Conseil européen de juin. «C'est un problème sans solution, donc un débat inutile, explique un diplomate français à Bruxelles. Pour éviter le sentiment de fuite en avant incontrôlée, nous devons plutôt mettre en valeur le pilotage politique du processus.»
[pilotage politique du processus = rien à cirer de la volonté populaire qui pourrait souverainement en décider autrement]

«L'élargissement est une chance historique pour l'Europe, qui contribue à assurer la paix, la sécurité, la stabilité et la démocratie»

...

Ce document a été accueilli avec soulagement par les Britanniques et les pays de l'Est, qui redoutaient un pamphlet anti-élargissement reflétant la mauvaise humeur du moment. Sur le fond, ils sont rassurés : le texte français s'inscrit dans la continuité de la politique extérieure voulue par Jacques Chirac [quyi apparemment n'en a rien à faire pour ceux qui lui paient le salaire], depuis longtemps favorable à l'extension de l'UE y compris à la Turquie [pour avoir fianlement une frontière avec l'Iran!]. ... Le document insiste également sur la nécessité de «respecter les engagements pris» par le Conseil européen vis-à -vis des pays candidats, sans nommer les Balkans et la Turquie. [faut surtout pas les nommer sinon les gens pourraient se reveiller]

...
Cette nouvelle condition sera imposée à la Macédoine et à la Turquie, deux pays candidats qui seront soumis, en outre, à l'obligation constitutionnelle de référendum pour la ratification en France. Malgré cet obstacle français, de taille, [obstacle que les autocrates de la Commission, pardon la Coupole, auront vite fait de sauter] les frontières de l'Union restent ouvertes. LA GEOGRAPHIE N'EST PAS UN CRITERE D'ADHESION [et comme diait l'autre "aujourd'hui l'Allemagne, pardon la Turquie demain tout le monde!"]. L'élargissement demeure avant tout un choix politique et stratégique, soumis au respect de critères techniques évalués par la Commission.

http://www.lefigaro.fr/international/20060515.FIG000000339_la_france_renonce_au_debat_sur_les_frontieres_de_l_europe.html

Forteresse sans fossé ni remparts, oui!

Publié par Mikhaël le 15 mai 2006 à 23:06

Provocation?

Alors on leur envoie Besancenot en coopération et on coupe tous les fonds, ils seront ainsi contents d'avoir claqué la porte aux descendants de ceux qui achetaient les esclaves que leur ancêtres avaient la bonteé de capturer et vendre!

Publié par Mikhaël le 15 mai 2006 à 23:10

Ne pas oublier que justement, le terme de frontière tire son origine du concept de "front" au sens militaire du terme, avant que la cartographie n'en fasse plus qu'une limite.

Lieu de confrontation stabilisée et/ou lieu d'échanges, de flux contrôlés ou libres, la frontière peut également renvoyer au concept de refuge (d'asile), qui reste conquête d'un espace appropriable (el dorado). Mais conquête par convention civile (contrat social) si elle n'est pas une intrusion illicite.

Ce sont donc les termes de cette convention d'appropriation que gardent les gardes-frontières si les entrants ne veulent ou ne peuvent les respecter. Plus que des gardes-front militaires, ils sont des gardes-fous contractuels. En ce sens, la fin de la frontière détermine une mutation certaine du contrat social. Du système entier dit "de nation" donc...

Publié par louis le 16 mai 2006 à 1:53

Bonjour,

J'ai des amis Mexicains aux Etats-Unis. Ceux-ci sont cadres. Ils ont emigré aux USA après que leur entreprise qui les employait au Mexique décide de relocaliser aux US.
Bien sûr on les paie moins cher qu'un Américain, à compétence égale.
Bien sûr leur présence aux Etats-Unis est légale.
Ils n'ont jamais eu à traverser le Rio-Grande à la nage.

Tout ça pour dire que les propos de Bush me semblent une illusion destinée à calmer les gens (un peu comme l'immigration choisie de Sarkozy). La réalité est que les industries ont intérêt à faire venir des personnes qualifiées et bon marché sur le sol américain.

Publié par Juan Rico le 16 mai 2006 à 9:11

Il y a "quelques" différences entre les deux situatiions.

1 - Bien que "latinos" les mexicains ont les mêmes valeurs et racines culturelles que les "américains"

2 - Ils savent pertinemment qu'aux USA ils ne recevront RIEN, sinon la possibilité de bosser extra dur, pas de sécu, pas de HLM, pas de RMI, pas de subventions, pas d'assocs bidon, pas de mairie de Paris dépensant 2400 € pour loger une famille dans des hotels (qui brulent), RIEN

3 - je me passe du mépris culturel exprimé face aux eurabiens sousmis

Publié par Mikhaël le 16 mai 2006 à 23:45

La Norvège qui ne fait pas partie de l'Union Européenne délivre des visas Schengen au Hamas...qui est sur la liste des organisations terroristes de l'UE! Sur le plan géographique c'est pas ça, ni sur le plan politique, ni sur le plan social, ni sur le plan de la sécurité ou de la politique étrangère, un grand marché c'est tout ce qui motive les demandes d'entrée dans "l'espace économique européen". Pourquoi malgré le refus du peuple, nos élites "éclairées" veulent-elles nous y traîner de force?
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1145961355984&pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull
"Norway on Tuesday said it has granted an entry visa to a Hamas representative and was processing the application of another as part of a planned visit that has angered Israel.
Palestinians Salah Muhammad al-Bardawil and Mohammad al-Rantissi were invited to Norway by the national Palestine Committee. They were originally expected to arrive on May 15, but their visit was delayed as their visa applications were being processed.
The Norwegian Directorate of Immigration said one of them was granted a so-called Schengen visa, which allows free travel in 15 European nations, while the other request was still under review. In keeping with its policy of confidentiality in individual cases, the directorate refused to say which one had been granted a visa.
Earlier this month, Israel warned Norway that giving entry visas to the two Hamas representatives would be considered a "political gesture."
The two were previously denied a Schengen visa by France. Both the European Union and the United States consider Hamas, which won Palestinian elections earlier this year, a terrorist group.
Norway is not an EU member, but is part of the Schengen area.
"The application was presented to the Schengen nations, and there were no objections," the directorate said about the approved visa. "For the other applicant, whose earlier applications for a Schengen visa had been rejected, the deadline for comment lasts a few more days." "

Publié par elf le 17 mai 2006 à 1:33

Avec l'entrée du hamas en Europe, il est démontré un peu plus que ses frontières n'ont plus le sens géopolitique de lieu de contrôle mais géoéconomique de contrat.

Or, il est un principe absolu des contrats selon lequel, les contrats ne produisent aucun effet à l'égard des tiers et ne s'appliquent qu'aux signataires. C'est le principe de l'effet relatif des contrats :

Les tiers étrangers au contrat ne peuvent en exiger l'exécution pas plus qu'ils ne sont tenus de l'exécuter. La Norvège n'est donc pas tenue de suivre la décision de l'Europe de considérer le Hamas tel qu'il est, c'est-à -dire la branche armée des Frères Musulmans vouant la planète au drapeau d'Allah, par contumace.

Mais l'Europe n'est pas plus tenue d'accepter le visa Schengen à des officiers enseignant le crime de guerre comme vertu cardinale de leur projet de société.

En l'acceptant toutefois, c'est le contrat social que les autorités européennes mettent en danger, en lui ôtant l'une de ses protections consubstantielles qu'est l'effet relatif. Car on oblige ainsi la société à supporter des obligations qu'elle n'a pas souscrites voire qu'elle s'est dite refuser à souscrire.

Publié par louis le 18 mai 2006 à 7:13

@ Mikhaël,Il y a "quelques" différences entre ce que vous affirmez et...

http://usinfo.state.gov/francais/pubs/frportus/frch9.htm

De plus on entend souvent dire au Canada que les Américains sont lâches ( dans le sens québécois de pas très travaillants )... ;-)

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 19 mai 2006 à 3:37

Il y a aussi des HLM aux États Unis... et du social ;-)

"...Je marchais le long des rues adjacentes, dans un décor post-industriel assez morne. Et là , je suis tombé sur la 21ème rue, autant dire la porte d'entrée de la cité HLM. Un panneau bleu ciel, bariolé d'orange indique «NYCHA. WELCOME TO QUEENSBRIDGE HOUSES.» Le NYCHA (New York City Housing Authority) est l'équivalent américain de notre OPAC, étrangement opaque d'ailleurs..."

http://www.inventaire-invention.com/rencontre/hoffa_normandeau.htm

http://usinfo.state.gov/journals/itsv/0705/ijsf/welsh.htm

Pas si simple que de parler d'un pays aussi complexe que les États Unis d'Amérique.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 19 mai 2006 à 4:02