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25 mai 2006

1805 : le soulèvement qui n'a pas eu lieu

La sixième communication de la journée a été présentée par Frédéric Augris, membre de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique et du Souvenir Vendéen.

En 1796, le général vendéen Forestier décide de partir à l'étranger - et quitte son armée d'Anjou devenue fantômatique - afin d'obtenir un soutien, et rencontre en Angleterre le duc de l'Orge ; ils établissement un plan, qui sera approuvé par le comte d'Artois, en vue d'un nouveau soulèvement en Vendée, et si possible également la Bretagne et le Bordelais, avec Forestier prévu pour diriger l'armée de Vendée et le duc de l'Orge l'armée de Guyenne. Dès 1797, une réunion des forces royalistes via des sociétés secrètes se produit en Guyenne, et des actions visant à développer cela dans tous les départements sont menées en Suisse avec le soutien de l'Angleterre.

Tout est prêt en 1798-1799, et une tentative de soulèvement est menée en Vendée avec environ 1000 hommes par le général Forestier ; le soutien est limité, car le comte d'Artois - faute de moyens - ne donne pas l'ordre pour le déclenchement de l'insurrection. L'arrivée victorieuse des armées françaises en Suisse interromp le fonctionnement des sociétés secrètes ainsi que le financement via l'Angleterre et son agent en Suisse, lord Wickham. Forestier sera très gravement blessé fin 1799, alors que l'insurrection devient massive en Vendée, mais ceci n'est qu'un feu de paille et l'armistice est signé en 1800.

L'idée néanmoins demeure : il est possible de soulever une nouvelle fois l'Ouest, via les sociétés secrètes (les réseaux philanthropiques), mais avec davantage de prudence. Henri Forestier revient en 1803, avec l'aide du général de brigade Elie Papin, et met en place un second réseau de financement secret passant par l'Espagne, à travers ce que l'on nommerait aujourd'hui les valises diplomatiques anglaises. Des armes et des munitions sont transportées en Vendée par le biais du commerce de vins et liqueurs basé à Bordeaux. Mais le complot a été découvert : durant l'été 1804, la gendarmerie trouve curieuses les allées et venues de certains officiers vendéens, et les arrestations se multiplient ; les noms des principaux officiers impliqués sont révélés, le réseau découvert à Bordeaux (une armée secrète comptant jusqu'à 30'000 hommes, strictement organisés et inspectés). Tout s'écroule.

Henri Forestier décide cependant en janvier 1805 de tenter le coup, en envoyant son second - le chevalier de Céris - sur le continent. La population de Vendée est préparée à la révolte, mais Fouché laisse traîner le procès du complot pour trouver les têtes. Au printemps 1805, le début de l'insurrection inquiète, des bandes armées se constituent, et la présence de plusieurs chefs est signalée ; mais aucun plan précis n'existe, des attaques isolées se multiplient pendant 2 ans, et petit à petit tout est étouffé, le volcan n'explose pas. Les soldats se mobilisaient au nom d'Henri Forestier, mais ce dernier est mort assassiné en 1806. Tout ne va cependant pas être perdu : le 12 mars 1814, le duc d'Angoulême entre à Bordeaux et est accueilli par des partisans royalistes, qui sont des membres des sociétés secrètes organisées en vue de ces insurrections.

Commentaire du scribe : ce récit des manÅ“uvres visant à provoquer un soulèvement rappelle les difficultés à prendre le pouvoir dans un Etat qui contrôle de plus en plus fermement la force et l'information. Un soutien extérieur souvent ne suffit pas, mais une intervention militaire court le risque de voir les insurgés passer pour le parti de l'étranger. Ce problème de légitimité et d'identité se pose également de nos jours.

Publié par Ludovic Monnerat le 25 mai 2006 à 11:35