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16 juillet 2007

Deux poids, deux mesures

Près de deux mois après le début des combats entre l'armée libanaise et une milice islamiste palestinienne dans le camp de Nahr al-Bared, qui ont fait au moins 220 morts (dont 100 militaires libanais et 80 combattants islamistes), il vaut la peine de s'intéresser à la perception de cet événement.

La prise d'un secteur urbain fortifié de façon progressive est certainement l'une des opérations militaires offensives les plus difficiles qui soient. Les pertes très élevées subies par l'armée libanaise, certes peu entraînée à ce type d'engagement, en témoignent. Pourtant, ce n'est pas faute d'employer des moyens lourds : un feu indirect soutenu, avec entre 5 et 10 obus d'artillerie par minute dans le camp, un feu direct également important avec des chars de combat et des pièces antichars, des véhicules blindés transporteurs de troupes, ont tous contribué à des destructions considérables. Sans que les combattants islamistes ne soient pour autant contraints de cesser le combat, mais aussi sans que le Gouvernement libanais perde sa liberté d'action sous la pression internationale.

Cet investissement d'un camp de réfugiés palestiniens occupé par des combattants rappelle en effet celui d'un autre camp, à Jénine, lors de l'opération israélienne "Bouclier Défensif" au printemps 2002. A l'époque, une partie des médias avait repris les cris au massacre de Jénine, une grossière manipulation visant à qualifer de génocidaire une opération militaire au contraire précise et ciblée qui ne fera que 79 morts, dont 23 soldats israéiens et une majorité de combattants palestiniens. La pression médiatique sera d'ailleurs suffisante pour que l'ONU décide de former une commission d'enquête afin de vérifier les accusations de massacre, qui mettront environ un mois avant d'être entièrement démenties. D'autres démarches similaires ont également eu lieu ces dernières à propos d'autres opérations offensives israéliennes.

Rien de tout cela ne se produit aujourd'hui au Liban : la destruction même partielle d'un camp de réfugiés palestiniens par l'armée libanaise, avec son fardeau inévitable de dommages collatéraux, n'éveille pas la moindre accusation de force disproportionnée ou de génocide délibéré. Pourtant, les Israéliens n'ont pas employé d'artillerie à Jénine, au contraire des Libanais à Nahr al-Bared, une arme qui offre une précision très douteuse en milieu urbain non seulement par l'absence de munition guidée, mais également par ses trajectoires peu adaptées. Il n'est donc pas difficile d'en conclure que l'on assiste là à un bel exemple de ce traitement partiel et partial qui entache souvent la production médiatique, et que ce dernier serait bien différent si les forces attaquantes étaient israéliennes ou américaines. J'en veux d'ailleurs pour preuve que les Palestiniens n'ont guère tenté de mobiliser l'opinion publique occidentale à coups de manipulations médiatiques, contrairement à une pratique éprouvée.

Deux poids, deux mesures, et une leçon : laisser faire le sale travail à des forces locales, que ce soit au Liban, au Pakistan, en Somalie ou en Irak, est un avantage énorme pour les armées occidentales et leur redonne la liberté d'action perdue par la perception biaisée de leurs propres médias.

Publié par Ludovic Monnerat le 16 juillet 2007 à 18:19

Commentaires

Merci pour votre commentaire très intéressant, une fois de plus ;-)

Publié par Superbaloo le 16 juillet 2007 à 19:05

... et clairvoyant ! La presse de gauche en effet est curieusement silencieuse. Quoi de plus normal: le grand Satan américano-sioniste n'y est pour rien !

Publié par Ares le 16 juillet 2007 à 19:22

"Quoi de plus normal: le grand Satan américano-sioniste n'y est pour rien !"

Ce qui en fait n'est pas tout à fait exact : les forces armées libanaises sont généreusement "sponsorisées" par le Pentagone...

Publié par Ludovic Monnerat le 16 juillet 2007 à 19:27

Oui, mais comme vous dites, la sous-traitance de la sécurité permet malgré tout de contourner la manipulation de l'information. L'intervention de l'armée libanaise est donc extrêmement rentable car peu coûteuse médiatiquement, alors qu'en face, ce sont toujours des islamistes qui se font tuer.

Mon seul regret, c'est que les opérations en sous-main font plus de victimes civiles que lorsqu'une armée hautement surveillée comme les USA ou Israël interviennent. Paradoxalement, il semble plus intéressant sur le plan stratégique de laisser agir des forces "sales" que des forces "précises" mais surveillées... Donc, l'effort de propagande anti-occidental dans les médias amène finalement l'utilisation de moyens indirects qui font davantage de victimes!

Les médias sont vraiment le premier pouvoir: par leur partialité, ils provoquent indirectement davantage de victimes. Mais comme ils n'en parlent pas, c'est comme si elles n'existaient pas. Quel bruit fait un civil abattu s'il n'y a personne pour le filmer?

Publié par Stéphane le 16 juillet 2007 à 21:28

À mon humble avis, personne n'en parle car c'est vu comme une situation de guerre civile. Si c'était les Israéliens qui tiraient, on en parlerait plus, certes, mais également si c'était des Syriens, des Ougandais ou des martiens.

Publié par LolZ le 16 juillet 2007 à 23:26

__laisser faire le sale travail à des forces locales, que ce soit au Liban, au Pakistan, en Somalie ou en Irak, est un avantage énorme pour les armées occidentales et leur redonne la liberté d'action perdue par la perception biaisée de leurs propres médias.__

Ceci est valable quand le conflit se trouve dans un pays étranger.
Que ferons nous quand des zones de non-droits (je parle pour la France notamment) seront aux mains des islamistes?

Publié par Three piglets le 17 juillet 2007 à 4:53

Je rappelle concernant la Syrie, la "reprise en main" de la ville de Hama en février 1982 qui à fait plus de victimes que les batailles de Grosny sans qu'aucun médias occidental en parle (c'est vrai qu'a l'époque, le pays était encore plus fermés qu'aujourd'hui).

Publié par Frédéric le 17 juillet 2007 à 8:52

Attention, nous ne parlons pas ici de guerre civile, puisque l'armée régulière libanaise affronte des forces indéterminées. Fatah el Islam n'est ni une milice palestinienne, ni un organe officiellement lié à Al-Qaëda. Ensuite, je ne vois pas à quel titre une autre armée que l'armée régulière serait autorisée à intervenir sur un territoire libanais. Évidemment, la perception de la violence n'est pas la même en Europe ou au Proche Orient car le niveau de sécurité intérieur est totalement différent. Paradoxalement, il est plus sécurisant, à titre individuel, de marcher dans les rues des capitales comme Damas ou Beyrouth qu'à paris ou New-York alors que dans le même temps, au niveau collectif, le risque de conflit est omniprésent. Enfin, un biais très important est passé sous silence par nos médias ou nos politiques : la guerre en Irak crée un flot ininterrompu de réfugié (plusieurs dizaines de milliers par mois) principalement accueilli par la Syrie et la Jordanie. Les autorités frontalières sont débordées ce qui facilité la prolifération terroriste. Enfin, malgré l'annonce d'aide en provenance de la communauté internationale, ces 2 pays n'ont toujours pas reçu les fonds promis.

Publié par Nicolas le 17 juillet 2007 à 10:17

Article et commentaires très éclairants, une fois encore !
Mais rappelons que l'armée libanaise n'intervient pas en tant que "proxy" pour le compte d'une puissance occidentale, mais bel et bien comme force agressée.
N'oublions pas que les combats se sont engagés lorsque les islamistes du Fatah el Islam ont égorgé 20 soldats, nullement prévenus, lors d'une embuscade, en plein territoire libanais...
enfin, la population civile du camp a été évacuée avant le début de l'assaut. Qui pourrait bien critiquer l'armée libanaise ici, à moins de dénier au Liban le droit de se défendre ?

Publié par ludovic l. le 17 juillet 2007 à 11:08

Oui, comme d'habiture, Ludovic Monnerat est très clair dans ses explications.
Néanmoins, j'aimerais essayer de prolonger la réflexion. En effet, n'est-il pas réducteur de parler des "médias". N'y a t-il pas en quelque sorte les intérêts de "différents occidents" qui s'affrontent via "différents médias", les médias aujourd'hui les plus connus et écoutés étant "à gauche".
Je défends mon raisonnement en arguant du fait que les médias sont bien possédés par des investisseurs occidentaux, souvent industriels, qui ont leurs intérêts propres...

Publié par juan_rico le 17 juillet 2007 à 13:42

Investisseurs occidentaux? De moins en moins, mais de plus en plus de fonds arabes...

Publié par Ares le 17 juillet 2007 à 13:50

"je défends mon raisonnement en arguant du fait que les médias sont bien possédés par des investisseurs occidentaux, souvent industriels, qui ont leurs intérêts propres"

Quel raisonnement éronné!

On pourrait à la limite l'accepter pour certains journaux et médias francais mais qu'en est-il des médias suisses, italiens, allemands, anglais etc..etc.. dans lesquels aucun marchand d'armes n'a de participation.

Or toute la presse européenne joue la même partition.

Quant à la presse francaises les propriétaires sont vraiment peu de choses quand on regarde les lignes éditoriales de différents titres et chaines. 80% des journalistes francais ont voté S.R.

Publié par Rogemi le 17 juillet 2007 à 14:36

Donnons des exemples alors. Aux USA, CNN et la FOX donnent-elles le même point de vue sur l'Irak ?

Ce que je cherche à dire, c'est qu'il ne faut pas simplifier le problème.

Si les médias français soutiennent indirectement les islamistes, ce n'est pas parce qu'ils sont eux-même islamistes. C'est une somme de corruption et de rivalités qui les conduisent à ce comportement.

De la même manière, je crois que si les médias mondiaux ne parlent pas aussi clairement que L. Monnerat, c'est parce qu'ils ont des intérêts - parfois divergents- mais qui les conduisent pour la plupart à critiquer l'occident.

Publié par Juan_rico le 17 juillet 2007 à 15:18

Tiens, quand on voit cet article, sur un quotidien gratuit pour les africains, distribué gratuitement en France donc, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-935895@51-935995,0.html , il est bien évident qu'il y a de l'argent derrière et des volontés !
Moi, si je veux faire un journal, même s'il y a les mêmes idées que sur le blogue de L . Monnerat, personne ne m'en donnera les moyens.
Alors pourquoi ?

La seule explication "les médias occidentaux sont gauchistes" ne me suffit pas. Je cherche à ne pas être naïf, c'est tout.

Pourquoi tant de moyens en Occident même contre l'occident ? Qui ? Pourquoi ? Qu'est ce que ça rapporte ? Quel est le moteur de la guerre ?

Publié par Juan_rico le 17 juillet 2007 à 16:39

Nicolas a écrit:
"Paradoxalement, il est plus sécurisant, à titre individuel, de marcher dans les rues des capitales comme Damas ou Beyrouth qu'à paris ou New-York..."

A titre anecdotique, il y a plus de tués de la circulation en Iran que de victimes de la guerre en Irak.

Publié par Babak Khandani le 17 juillet 2007 à 17:54

Pour les câblés et satellités, il y a eu l'autre jour un assez bon documentaire sur France5, "le mystère Hezbollah" qui offre un point de vue supplémentaire sur les problèmes du Liban. Rediffusion le 23 juillet à 05h55.

Publié par LolZ le 18 juillet 2007 à 0:55

"Pourquoi tant de moyens en Occident même contre l'occident ? "

Je pense tout d'abord que le terme "d'Occident" devrait être abandonné ou tout au moins modifié en "Occident européen" (ce qui est certes une forme de pléonasme".

Je dis cela évidemment par rapport à ceux qui se réfèrent systématiquement à l'Amérique comme phare de "l'Occident". Pour information, le sénat américain vient d'ouvrir sa session par une prière hindoue!

http://conservativetimes.org/?p=916#comments

Publié par fass57 le 18 juillet 2007 à 10:07

"la guerre en Irak crée un flot ininterrompu de réfugié (plusieurs dizaines de milliers par mois) principalement accueilli par la Syrie et la Jordanie."

Il faut également mentionner que ces réfugiés irakiens aboutissent également en "Occident européen", notamment en Norvège (plus de 25'000 avec tous les problèmes afférents, insécurité, budgets sociaux à la hausse, baisse du niveau dans les classes etc...), mais aussi en "Occident" étasunien, avec le gouvernement Bush fort prodigue quant aux cartes de séjour octroyées à tout allogénat provenant de zones de guerre exotiques (par exemple, les somaliens dans le Maine, les hmongs dans le Massachussetts).

Saluons au passage notre ministre de la justice, Christophe Blocher, qui nous a précisemment évité d'en récolter un contingent de plus d'un millier d'individus.

A croire que certains voudraient vraiment voir se produire, d'ici quelques années, des attentats-suicide inter-musulmans dans les rues de Tolochenaz ou les faubourgs d'Oslo!

Publié par fass57 le 18 juillet 2007 à 10:21

bonjour,
1/ce conflit entre l armee libanaise et les combattants du Fatah al Islam a commence il y a deux mois, par un simple cambriolage de banque, appartenant a la famille hariri!Les motifs de ce cambriolage ont crees une polemique au liban.beaucoup de gens pensent que ce groupe a ete cree et finance par la famille hariri ,pour faire face au hezbollah.suite a un avertissement de l arabie saoudite, les hariri and co ont decide de couper les vivres au f.a.i et, en reaction, ces derniers sont venus ce servir directement.deux jours apres, les services de securite ont essaye de prendre d assaut l immeuble ou le f.a.i. s etait refugie.les s.s.devant la resistance rencontree ,on fait appel a l armee, et c est en repressaille que les 20 soldats libanais ont ete egorges et qu un convoi de l armee a ete attaque.......
2/le nombre de victimes civils me semble en dessous de la realite.regardez des photos du camps apres deux mois........
3/ quelques jours apres le debut des combats autour du camps,plusieurs avions americains sont arrives avec des munitions pour l armee libanaise..........
ps. ca fait tres longtemps que je n ecris plus le francais....pardonnez moi!

Publié par c est moi le 18 juillet 2007 à 10:33

Le message précédent, libanais je suppose, est éclairant.

Je ne crois pas pour ma part que le "deux poids, deux mesures" s'applique ici.

D'un côté, il y a une affaire interne au Liban et inter-arabe assez embrouillée entre politique, conflit armé d'ampleur limitée et grand banditisme : c'est un peu normal que ça ne passionne pas les médias occidentaux. De l'autre, il y a une véritable conflagration de longue durée entre Juifs et Arabes autour d'une question territoriale : son écho dans les médias occidentaux est tout à fait excessif dans la mesure où cela ne nous concerne pas directement (ou pas plus que bien d'autres conflits), mais s'explique par la forte implantation des deux peuples à la fois en Europe, où les ressortissants des deux communautés sont hyper-sensibilisés à ce qui se passe en Israël-Palestine.

Publié par Mélusine le 20 juillet 2007 à 19:47

Je me permets de mettre ici un message à caractère en partie publicitaire.
En effet, dans cet article, vous évoquiez la perception biaisée des médias.
Je viens de mettre en ligne un billet à propos d'incendies spectaculaires qui se perpétuent à Vannes actuellement et très peu évoqués ailleurs :

http://avenirdufutur.hautetfort.com/archive/2007/07/22/la-guerre-reelle-du-monde-civil.html

Ils correspondent à des sujets souvent évoqués ici.

Publié par Juan_rico le 22 juillet 2007 à 15:27