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11 mars 2007

Le temps des menaces

En prolongation directe du billet précédent, cette dépêche d'agence révèle que des menaces ont été proférées dans une vidéo sur un site Internet islamiste, apparemment par l'organe de communication d'Al-Qaïda, contre l'Allemagne et l'Autriche pour leur présence militaire en Afghanistan. De telles menaces sont naturellement toujours difficiles à authentifier, dans la mesure où leur existence compte bien davantage que leur fondement. Mais il est assez révélateur de constater qu'un pays neutre comme l'Autriche, qui se contente de déployer quelques officiers en Afghanistan - généralement en appui du contingent allemand - est inclus dans une menace explicite :

"Austria has always been one of the most safe countries in Europe, depending on tourism both in summer and winter," the unidentified speaker said. "But if it doesn't withdraw its troops from Afghanistan, it may be among targeted nations."

Il est tentant de considérer cela comme des propos abstraits et anodins, d'imaginer qu'un groupuscule insignifiant se cache derrière cette vidéo et donne une impression fallacieuse. C'est ainsi que réagissent la plupart des services confrontés à une nouveauté qui reste potentielle. Mais en prenant une perspective stratégique, il est intéressant de constater que de petits Etats sont désormais directement ciblés par des opérations d'information dont les contours doivent être cernés. A qui s'adressent ces menaces ? Aux autorités autrichiennes, qui ne peuvent décemment prendre au sérieux des propos tellement étrangers à leurs intérêts et à leurs priorités ? Ou à la frange musulmane de la population autrichienne, en s'assurant le concours des médias nationaux pour porter indirectement un message de résistance, et donc un appel à la lutte passant par la communautarisation ?

On rappellera bien entendu que la Suisse maintient depuis plusieurs années jusqu'à 4 officiers en Afghanistan, notamment en appui du contingent allemand au sein de l'ISAF. Est-ce que cela va nous valoir bientôt des menaces spécifiquement dirigées contre notre pays ? Le cas échéant, comment allons-nous y réagir, notamment si ces menaces donnent l'impression d'être mises à exécution ? Voilà qui aurait le mérite de poser sur la place publique le sens de notre engagement militaire en Afghanistan, dans un pays où la communauté internationale a été peu à peu amenée à combattre le fondamentalisme musulman, et donc de discuter la place que nous comptons donner à une telle lutte dans notre politique de sécurité, en tenant compte de l'interconnexion des champs de bataille à laquelle la technologie nous condamne.

Dans ce cas, un autre aspect devrait être abordé : le danger que pose pour les islamistes la présence de troupes occidentales et modernisatrices en terre musulmane, et les tentatives pour construire des Etats largement soustraits à la coupe théocratique. Ce qui expliquerait très largement les menaces aujourd'hui diffusées...

COMPLEMENT (12.3 0830) : Dans la même ligne que ce billet, je conseille la lecture de cette analyse.

Publié par Ludovic Monnerat le 11 mars 2007 à 23:10

Commentaires

***les tentatives pour construire des Etats largement soustraits à la coupe théocratique***

Il est frappant de voir qu'en la matière vous partagez la philosophie de Pierre de Coubertin : "L'important n'est pas de vaincre mais de participer". Nous autre Occidentaux essayons de démocratiser ces pays de l'extérieur mais sans obligation de résultat, tellement c'est dur. Au fait, ce n'est pas cela, la vieille logique coloniale ?

En revanche, l'obligation de résultat elle est en Occident, et là on ne rigole pas : mobilisation générale contre les minorités !

Ce que j'aimerais de la part des gens comme vous, en admettant un instant la validité de leurs options guerrières, c'est qu'ils nous expliquent comment ils comptent gagner.

Publié par François Delpla le 12 mars 2007 à 5:24

"Nous autre Occidentaux essayons de démocratiser ces pays de l'extérieur mais sans obligation de résultat, tellement c'est dur."

Sans obligation de résultat définitif et immédiat, s'entend. On ne change pas le monde en quelques années...


"Ce que j'aimerais de la part des gens comme vous, en admettant un instant la validité de leurs options guerrières, c'est qu'ils nous expliquent comment ils comptent gagner."

Ceci devrait dans ce cas faire l'objet d'un autre billet, car celui-ci ne porte pas sur un tel thème. Il serait en effet souhaitable d'inscrire en premier lieu les commentaires à sa suite, et notamment sur ces menaces nouvelles.

Publié par Ludovic Monnerat le 12 mars 2007 à 7:06

mouais,
en Espagne, tous les sondages donnaient le parti d'Aznar vainqueur, de très loin, et les attentats ont mis la gauche pro musulmane anti américaine au pouvoir
kif kif pour la France prochainement ? avec une coalition anti Sarko menée par Chirak & co (Bayrou ou Ségolène)
ça arrangerait beaucoup de monde... et c'est tout à fait possible

Publié par JPC le 12 mars 2007 à 9:20

"Ce que j'aimerais de la part des gens comme vous, en admettant un instant la validité de leurs options guerrières, c'est qu'ils nous expliquent comment ils comptent gagner."

Le propre de la démocratie est justement qu'il ne saurait y avoir de tels projets. Répandre la démocratie consiste à faire gagner la démocratie elle-même, c'est-à -dire les principes universels qui la fonde, et non une quelconque partie en présence.

Publié par ajm le 12 mars 2007 à 9:36

"...en Espagne, tous les sondages donnaient le parti d'Aznar vainqueur, de très loin, et les attentats ont mis la gauche pro musulmane anti américaine au pouvoir."

Oui, en nous mêlant de ces affaires qui ne nous concernent pas (1), je ne vois que deux réactions possibles, aussi désastreuses l'une que l'autre.

1: l'attentisme gagne et c'est le camp ethno-masochiste pro-allogène qui prend le dessus, destructurant profondément l'identité européenne de notre continent (comme en Espagne).

2: l'attentisme ne gagne pas et c'est le camp atlanto-sioniste qui prend le dessus et c'est parti pour des guerres lointaines, ingagnables et destructurant tout autant les nations "draftées" dans le processus (comme aux USA).

A noter que les deux options présentées ci-dessus, attentiste ou non, martiale ou non, s'accompagnent d'une même tendance au relâchement des frontières proches, que ce soit avec les régularisations massives d'extra-européens du gouvernement Aznar ou avec le laisser-faire complet du gouvernement Bush face à la submersion hispanique que subit l'Amérique.


(1) sauf, incidemment, par le biais de l'immigration allogène de confession musulmane que nos gouvernements imprévoyants ont laissé criminellement s'installer sur notre continent. A croire que cela pouvait arranger certains intérêts, en globalisant une menace, qui, à une époque encore récente, ne nous concernait pas.

Publié par fass57 le 12 mars 2007 à 10:36

"Le cas échéant, comment allons-nous y réagir, notamment si ces menaces donnent l'impression d'être mises à exécution ?"

En attaquant l'Iran? C'est probablement ce à quoi le bloc étasunien aimerait arriver, comme il commence à manquer de troupes pour ses entreprises .

Je crois que ceux qui tiennent les manettes de cet appareillage fort complexe seraient fort avisés d'être prudents.

Car, si un gros clash devait se produire, il n'est pas dit que des forces n'en profitent pas, non pas pour suivre les visées étasuniennes, mais pour retrouver une souveraineté perdue, tant politique qu'effective sur nos territoires. En clair, le système aimerait bien que nous fassions ses guerres arabes, alors qu'il n'est pas impossible que ce clash nous permette enfin de mener nos propres guerres, notre "reconquista" à domicile!

Publié par fass57 le 12 mars 2007 à 11:06

D'une manière générale, il n'est possible de préparer une stratégie efficace contre ces attaques qu'après avoir pris conscience que leurs auteurs sont motivés, nourris, blanchis, protégés, accompagnés, par l'Islam sous toutes ses formes: idéologie fondée la plus directement possible sur le Coran et les autres textes sacrés islamiques; propagande modernisée faisant un emploi massif et systématique aux références musulmanes; financement par des états musulmans et des aumônes musulmanes; armes, explosifs et logistiques fournis par des réseaux musulmans; instructions (notamment sur Internet) via des organisations musulmanes; couverture sur place par des mosquées, des lieux de prière et autres organisations musulmanes.

L'ennemi, c'est l'ISLAM. Pas forcément les Musulmans et sûrement pas les immigrés d'une manière générale, mais tout et tous ceux qui revendiquent quoi que ce soit au nom de l'Islam. Aussi longtemps que nos stratèges n'auront pas assimilé ça, ils feront de nous des cibles de foire.

Publié par ajm le 12 mars 2007 à 11:27

"L'ennemi, c'est l'ISLAM. Pas forcément les Musulmans."

Je vois mal comment l'on peut séparer l'islam des musulmans ou les musulmans de l'islam. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi l'on s'en préoccuperait, tant que les musulmans restent géographiquement en "Islamie". Même plus, je ne vois pas au nom de quelles principes nous aurions le droit de régenter l'identité de peuples étrangers (la réciproque étant également vraie).


"...et sûrement pas les immigrés d'une manière générale..."

Mais oui, pendant que l'on ira attaquer Thééran, Bassorah ou Kandahar, on perdra Monthey, Nice ou Birmingham. Quelle glorieuse perspective, servir de chair à canon pour des intérêts étrangers, pendant que nos propres pays resteraient soumis à une allogénisation toujours plus destructurante.

Si vous avez des guerres à mener, engagez-vous dans les armées concernées et laissez-nous à nos propres problèmes.

Publié par fass57 le 12 mars 2007 à 14:46

"Mais oui, pendant que l'on ira attaquer Thééran, Bassorah ou Kandahar, on perdra Monthey, Nice ou Birmingham. Quelle glorieuse perspective, servir de chair à canon pour des intérêts étrangers, pendant que nos propres pays resteraient soumis à une allogénisation toujours plus destructurante."

D'un autre côté, si l'on concentre toute notre énergie à ne pas perdre Monthey, ne serait-ce pas illustrer l'exemple type de la stratégie défensive qui ne fait que repousser l'échéance au lieu de tenter d'obtenir la décision ? Et pourquoi diaboliser une attaque de Téhéran ou Kandahar, si celle-ci se fait avec des idées, à travers les vecteurs d'information ?


"Même plus, je ne vois pas au nom de quelles principes nous aurions le droit de régenter l'identité de peuples étrangers (la réciproque étant également vraie)."

Précisément : à une époque où les identités sont profondément affectées par des flux d'informations traversant allégrement les frontières (par les ondes ou par les fibres optiques), est-ce que ce repli sur soi n'est pas absurde ?

Publié par Ludovic Monnerat le 12 mars 2007 à 15:39

"D'un autre côté, si l'on concentre toute notre énergie à ne pas perdre Monthey, ne serait-ce pas illustrer l'exemple type de la stratégie défensive qui ne fait que repousser l'échéance au lieu de tenter d'obtenir la décision ?"

Il s'agit avant tout de sécuriser le bloc continental européen, tant sur le plan de l'indépendance politique, de la force militaire et bien évidemment, car c'est le paramètre qui conditionne tout, de notre cohérence ethno-civilisationnelle (comme semble très bien le faire le président Putin pour la Russie).

Prenons l'exemple de l'Angleterre: quel intérêt peut avoir un britannique de souche à voir ses troupes engagés en "Islamie", quand, dans le même mouvement, au nom des "valeurs" universelles et républicaines (que le Système veut imposer dans le monde arabe en masquant ses intérêts plus prosaïques), son pays se couvre de mosquées et se transforme, en deux générations, en un objectif bordel ethnique?

De toute façon, il suffit de regarder une mappemonde, l'Europe ne représente qu'une part infime des terres émergées, tandis que les européens ethniques ne composent plus que 8% de la population mondiale globale, alors que nous en formions encore un tiers, il n'y a qu'un demi-siècle.

Ainsi je persiste à penser qu'il est soit stupide soit criminel de dégarnir nos bien faibles redoutes, pour continuer à envoyer nos meilleurs éléments se perdre dans des conflits fumeux, lointains, ingagnables, au profit d'intérêts plus qu'incertains .

"à une époque où les identités sont profondément affectées par des flux d'informations traversant allégrement les frontières (par les ondes ou par les fibres optiques), est-ce que ce repli sur soi n'est pas absurde ?"

Une identité ne se définit pas par des concepts abstraits, c'est au contraire de l'identité qu'émanent ces concepts. C'est simple, ce n'est pas la civilisation occidentale qui fonde le monde européen, c'est le monde européen qui fonde la civilisation occidentale. Faites disparaître physiquement les européens, pshittt plus de civilisation occidentale, car je n'ai jamais vu une "valeur" estimable ou non se sustenter sans un support charnel délimité et identifiable.

D'ailleurs, toute identité est basée par définition sur le repli sur soi; il n'y a pas d'identité, à part peut-être l'identité "bennetonisée" promue par le Système, qui ne soit pas par principe un repli fondateur sur l'Identique.

P.S. Sur un mode comiquo-réaliste, un peu de grain à moudre ici:

http://www.salutpublic.fr/spip.php?article235

Publié par fass57 le 12 mars 2007 à 16:25

Et surtout comment ne pas voir que ces guerres lointaines ne peuvent être gagnées? M.Monnerat, ne voyez vous pas que la guerre en Irak est perdue ? Les adversaires des Américains ont moins de dollars mais sont un million de fois plus forts: ils ne céderont pas avant d'avoir gagné et cela prendra le temps qu'il faudra, ce que personne ne peut dire des Américains. Si le but de ceux-ci était le pétrole, il fallait faire ce qui ressortait du livre "L'Empire et les nouveaux barbares" de Ruffin (attention, je ne dis pas que c'était ce que préconisait ce dernier!): prendre la zone d'où on tire le pétrole, mettre une belle barrière autour et ne pas se préoccuper du reste. Et par pitié, qu'on n'entende plus ce discours mensonger (ou naïf, mais peut l'être à ce point ?)sur l'apport à la démocratie par destitution de Saddam. La majorité des Irakiens regrettent sans aucun doute son temps par rapport à ce qu'on voudrait mitonner pour eux : une voyoucratie sans limite à la solde de Halliburton, Bechtel et quelques autres.
Donc, occupons nous de nos terres pendant qu'il est encore temps; en France, c'est moins une. Peut-être que la fin de Chirac va amener quelques changements...

Publié par Roland le 12 mars 2007 à 16:44

Je vois mal comment l'on peut séparer l'islam des musulmans."

Cette séparation est un fait. Il suffit d'ouvrir les yeux. Selon la fameuse commission contre le racisme, seuls 15% (au maximum) des Musulmans suisses font usage des institutions religieuses. Les autres sont les otages des personnages qui se réclament de l'Islam pour exiger le droit de construire des mosquées, de fonder des institutions, etc.

Et plus il y a de ces institutions, plus la pression augmente sur (tous) les Musulmans pour qu'ils s'en servent, et moins les Musulmans peuvent quitter ou ignorer leur religion (peine de mort pour apostasie) et plus les islamistes peuvent donner de poids à leur revendications outrancières sans être inquiétés.

Publié par ajm le 12 mars 2007 à 16:54

"Et surtout comment ne pas voir que ces guerres lointaines ne peuvent être gagnées? M.Monnerat, ne voyez vous pas que la guerre en Irak est perdue ?"

Affirmation commune : une guerre est perdue par un belligérant lorsqu'il en est convaincu. Ce n'est pas encore le cas pour les Etats-Unis à propos de l'Irak. Mais surtout, une telle affirmation impose de dire pourquoi une guerre est perdue, sur la base de quels critères on attribue ainsi la victoire et la défaite ?

Venons en plus précisément à l'Afghanistan. Comment peut-on dire qu'il s'agit d'une guerre lointaine ? La distance géographique (plus de 5000 km) n'est plus aujourd'hui un facteur déterminant, et l'Afghanistan entre au contraire constamment dans nos vies, ici, en Europe, à travers non seulement les médias, mais aussi les déplacements (soldats, travailleurs spécialisés, etc.). C'est bien pourquoi je parle d'interconnexion des champs de bataille : il n'y a plus de conflit lointain, mis à part les conflits oubliés.

Publié par Ludovic Monnerat le 12 mars 2007 à 17:03

Il faudrait peut-être demander au genevois qui s'est fait couper le nez par trois irakiens (il y a deux semaines en défendant son amie), si on se sent plus sûr dans une ville d'Europe, depuis que l'empire étasunien et ses dépendances amènent la démocratie et les "valeurs" au Proche et au Moyen-Orient, tandis que les réfractaires à cette croisade vertueuse débarquent comme réfugiés dans nos villes et nos villages.

Quant à l'interconnexion des champs de bataille, la vraie victoire, la victoire durable et profitable, consisterait non pas à vaincre là -bas, mais à couper toutes ces connections, les unes après les autres. Car une victoire qui ne briserait pas le contact serait infiniment plus pernicieuse qu'une défaite stratifiant les blocs sur leurs positions respectives.

Et entre l'ethno-masochisme pro-allogène et la sujétion atlantiste, il y a évidemment une troisième voie pour l'Europe, même s'il est encore trop tôt pour en parler.

Comme le dit très bien Michel Drac sur son blog:

"Donc je resterai dans le constat, si vous permettez. D'ailleurs, ça suffit pour que les lecteurs, futés quoi qu'on en dise, pigent très bien où va la boutique.

Et en déduisent le programme.

Le vrai, celui qu'on ne peut pas publier."

Publié par fass57 le 12 mars 2007 à 19:12

Nous devons absolument trouver mieux que d'inavouables projets boutiquiers. Nous devons même au contraire faire de ce bouleversement inévitable une chance d'améliorer le monde.

Publié par ajm le 12 mars 2007 à 22:18

Les barbus d'Al Qaida on oublié l'attaque des "forces progressistes" (arabo-soviétisées) conduites par "Carlos" en 1982 contre les ministres de l'OPEP?... en Autriche!


Ludovic pourra en témoigner je suis plutôt sceptique (de tout) et fondementalement "troublion", mais profondemment occidental.

Donc je vous pose cette question: quand on parle de "gagner la guerre" en Irak, on veut dire quoi? Quels sont les objectifs atteints lesquels "on gagne"? Ont ils changé? Vont ils changer? Peuvent ils changer? D'autan plus dans le cadre d'une fracture sunnites-shiites (remake du match Irak-Iran des années '80), avec le retour de l'empire (du mal) URSS sur la scène mondiale ...

Une dernière considération: quel peut être l'impact de la "defection" de Asgar/Askari sur l'échiquier du M.O?

Publié par Mikhael le 13 mars 2007 à 2:17

Durant plus de 40 ans, les médias «meanstream» (pas seulement de droite, d'ailleurs), nous ont rebattu les oreilles avec une chimérique «menace militaire soviétique». Il faut croire que le besoin d'ennemi est bien grand pour remettre le couvert avec une «menace islamique» encore moins consistante ! Et encore la «menace militaire soviétique» avait-elle quelque apparence de réalité!

Publié par Albert le 13 mars 2007 à 10:35

C'est exact, mais une véritable menace islamique existe néanmoins, c'est celle qui est en quelque sorte "encapsulée" dans l'immigration allogène, de toutes provenances et de toutes confessions, qui submerge actuellement tous les pays peuplés d'européens ethniques. Le véritable front de la vraie guerre à gagner ne se trouve pas dans de lointains pays orientaux, mais directement dans nos villes, nos villages, nos campagnes. Evidemment, cette guerre-là est difficile à mener, étant donné que le Système nous oblige à ses expéditions lointaines, tandis que ses dépendances à domicile nous empêchent de traiter le problème à la source.

Publié par fass57 le 13 mars 2007 à 11:09

Juste trois liens...

http://www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news.html?in_article_id=441545&in_page_id=1770

http://www.burnleytoday.co.uk/ViewArticle2.aspx?SectionID=12&ArticleID=2115003

http://www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news.html?in_article_id=441603&in_page_id=1770&ct=5

... pour, en prenant l'exemple anglais, cerner un peu mieux ce "temps des menaces", qui pèse si lourdement sur l'avenir des peuples d'Europe.

Et je répète ma question, à quoi bon envoyer ses soldats se faire tuer dans les sables, si à domicile les vétérans blessés sont traités comme des déchets ménagers, si la jeunesse de souche se fait régulièrement tabasser par des voyous allogènes et si les classes d'écoles du pays se voient imposer l'enseignement de langues plus exotiques les unes que les autres? En clair et sans précautions oratoires, à quoi bon mener des guerres au profit de l'empire étasunien et de ses dépendances, si nos pays doivent se transformer en même temps, au nom des "valeurs" prônées par le Système, en dépotoirs civilisationnels, en poubelles ethniques irrécupérables?

Publié par fass57 le 13 mars 2007 à 11:26

Voilà le vrai risque...

http://www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news.html?in_article_id=441861&in_page_id=1770

... un risque immédiat, proche, concret, physique aussi bien dans l'espace que dans le temps.

Oui, à quoi bon vaincre à Kandahar, si on perd Newcastle ou Tolochenaz?

Publié par fass57 le 13 mars 2007 à 11:45

La «menace islamique» à l'intérieur des frontières européennes est un fantasme. D'une part, dans les pays de départ, la natalité des pays musulmans a largement amorcé sa révolution démographique (voir Emmanuel Todd). Et cette baisse s'accentue plus encore au contact des populations d'accueil. Par ailleurs, pour prendre le pouvoir, il faut se trouver dans les cercles de pouvoir : économique, financier, médiatique, et, surtout, intellectuel et culturel. Si l'on a pu parler de la IIIe République comme de la «République des protestants», c'est parce que ceux-ci se sont trouvés dans la HSP (Haute Société Protestante), la banque, les élus, les hauts fonctionnaires et les ministres, l'Université, les intellectuels, les grandes entreprises, les journaux. [Précision : je ne porte pas de jugement, je trouve même cela positif, y compris en tant que catholique]. L'immigration musulmane, concentrée quasi totalement dans les couches les plus déshéritées, n'occupe aucune de ces positions. La division ethnique, enfin, n'a aucune consistance. Alexandre Dumas en France et Alexandre Pouchkine en Russie étaient tous deux descendants de «métis» (terme entre parenthèses car sans signification). Qu'est-ce qui, dans leurs Å“uvres, permet a priori de le discerner ? A l'issue d'un concours, lorsque les copies ont été rendues anonymes, qu'est-ce qui permet de distinguer la composition d'un «Noir» de celle d'un «Blanc», d'un «Asiatique» ou d'un «Arabe» ?

Publié par Albert le 13 mars 2007 à 12:45

Je me fais fort en tous cas de distinguer la copie d'un Musulman sur n'importe quel sujet moral, philosophique, politique ou religieux.

Publié par ajm le 13 mars 2007 à 13:12

"La «menace islamique» à l'intérieur des frontières européennes est un fantasme."

Allons dire cela aux survivants des attentats de Londres et Madrid. Baladons-nous dans certains quartiers de Londres, Paris, Amsterdam, Malmo, où les femmes en burkha sont plus nombreuses que celles en minijupes.


"Et cette baisse s'accentue plus encore au contact des populations d'accueil."

Le taux de natalité de ces populations baisse, mais reste bien plus élevé que celui des populations autochtones. (cf les stats fournies par l'Angleterre)
"

"La division ethnique, enfin, n'a aucune consistance. "
Allons faire un tour dans les banlieues françaises où les "petits blancs" sont minoritaires pour voir que nous ne vivons pas dans le monde des bisounours.

Publié par Shroubb le 13 mars 2007 à 13:33

"La «menace islamique» à l'intérieur des frontières européennes est un fantasme..."


Je vous invite à lire cet extrait d'Avant-Guerre...

http://theatrumbelli.hautetfort.com/archive/2006/05/23/que-sont-nos-ennemis-devenus.html

... un ouvrage fort intéressant d'Eric Werner...

http://www.conflits-actuels.com/article.php3?id_article=113

... prof de sciences politiques à l'Université de Genève.

Vous comprendrez mieux la position de ceux qui, comme moi, ne croient pas à la menace militaire islamique telle que décrite et utilisée par le système étasunien (essentiellement pour sécuriser l'état d'Israël et les intérêts énergétiques US au Moyen-Orient), mais sont néanmoins persuadés du danger mortel de la présence physique de populations allogènes, dont de nombreux musulmans, sur notre continent européen (1). En clair, le jihad à domicile mû par les atavismes musulmans, conjugé à la guerre civile ethno-raciale en raison de l'atomisation ethnique de nos sociétés, une sorte de mélange détonnant de Weimar (pour la pourriture et la trahison de nos "élites"), de Brésil (la mixité ethno-raciale, nouvel impératif catégorique imposé par le Système) et d'Irak (grâce aux conflits musulmans importés avec les populations mahométanes que nous avons laissé imprudemment s'installer en masse sur nos terres).


"D'une part, dans les pays de départ, la natalité des pays musulmans a largement amorcé sa révolution démographique (voir Emmanuel Todd). Et cette baisse s'accentue plus encore au contact des populations d'accueil."

Que dire face à une telle cécité? Si la femme européenne n'a en moyenne que 1,3 enfants, tandis que la femme allogène installée en Europe n'en a plus que trois au lieu de six, on est quand même dans une sacrée mouise! Sans parler évidemment de l'explosion démographie de l'Afrique sub-saharienne qui ne ralentira ou ne s'inversera vraiment qu'à une échéance théorique d'une trentaine d'années, ce qui laisse largement le temps pour l'Europe d'être proprement submergée et de subir objectivement une purification ethnique soft de ses populations historiques et légitimes (2)!


Vous savez, on a beau vouloir continuer à danser le fox-trot sur le pont du Titanic, arrivera forcement le moment où l'eau glacée vous touchera les chevilles. Pour ma part, je préfère abandonner la danse dès maintenant, pour m'intéresser à l'armurerie du bord et à la sécurisation des chaloupes de sauvetage. Ayez aussi à l'esprit que les places dans les chaloupes sont limitées et seront très probablement âprement défendues.

(1) je pense que vous avez déjà remarqué que ceux qui aimeraient bien nous lancer dans des guerres en "Islamie", n'auraient aucun problème à voir l'Europe occupée par un Islam régulé (avec leurs alliés wahabite aux manettes, tiens Halliburton vient de déplacer son siège principal à Dubaï, marrant, non?), en nous tenant un discours sur les "valeurs", basé sur une vision aveugle au fait ethnique (sauf le leur évidemment).


(2) voyez par exemple la dernière recrue allogène de l'équipe Bayrou qui souhaite....

http://loicherve.hautetfort.com/archive/2007/03/13/aziz-senni-soutient-%C2%AB-la-nouvelle-france-%C2%BB-de-francois-bayro.html

.... faire disparaître l'expression "français de souche"!

Publié par fass57 le 13 mars 2007 à 15:00

"Alexandre Dumas en France et Alexandre Pouchkine en Russie étaient tous deux descendants de «métis»..."


Là , je ne peux résister très longtemps de citer Alexandre Dumas :-)))


"La nature a organisé chaque individu en harmonie avec le lieu où il doit naître, vivre et mourir, des mers immenses, des montagnes qui percent les nues encadrent en quelque sorte chaque race dans la localité qui lui est propre, et lui défendent de se mêler aux autres races. Autour de l'homme naissent les animaux nécessaires à des voyages bornés, mais qui ne doivent pas le porter au-delà des limites que le doigt de Dieu lui a tracé pour patrie; tant que l'Européen s'abandonnera à son cheval, l'Arabe à son dromadaire, l'instinct de chacun de ces animaux le retiendra dans l'atmosphère qui lui convient, et ni l'animal ni son maître n'auront à souffrir. Déplacer une existence, c'est la fausser; les principes du bien qui, dans des climats amis, sur une terre maternelle, sous le soleil natal, eussent mûri comme un fruit, tournent à mal sur un sol étranger. Quand tout est hostile à un individu, l'individu devient hostile à tout; et, comme il ne peut anéantir cet air qui l'étouffe, ce soleil qui le brûle, cette terre qui le blesse, sa haine retombe sur les hommes dont il peut toujours se venger. L'enfant ravi à sa patrie vivra mal ailleurs que là où il aurait dû vivre: là -bas, il eût été heureux au milieu d'hommes heureux; ici, il sera malheureux par les autres, et les autres le seront par lui; car son espoir, ses pensées, ses désirs seront ceux d'une autre race et d'un autre pays, inconnu au pays qu'il habite, incompris de la race qui l'entoure. S'ils veulent se répandre au dehors, le défaut de sympathie les repoussera au dedans. Quelque temps, son cÅ“ur les renfermera pêle-mêle et grondant; puis, vienne une occasion, que la victime et le bourreau se trouvent face à face, il y aura des crimes et du sang. (pp. 232-233, Alexandre Dumas, Drames romantiques, éd. Omnibus, 2002, Paris)"

En clair, le père Dumas prédisait la situation actuelle de la France, avec ses banlieues allogènes en feu!

Publié par fass57 le 13 mars 2007 à 15:05

A ajm

1. En ce qui concerne d'abord votre certitude à distinguer la copie d'un musulman dans les matières que vous mentionnez, j'en doute fortement, et précisément pour les raisons que vous indiquez ! Lorsqu'un candidat subodore que le sujet à l'épreuve est libellé d'une manière «sensible», il a précisément tendance à le traiter d'une façon dont il imaginera qu'elle plaira au correcteur. Si un candidat croyant doit traiter d'un sujet touchant «aux avantages de la laïcité», j'imagine qu'il ne va pas pourfendre celle-ci ! Même en me plaçant dans votre perspective et en imaginant que le candidat est le pire des fanatiques, on peut supposer qu'il n'est pas idiot! Sinon, pourquoi passerait-il le concours ?

2. Même en philosophie, il existe des foules de sujets qui ne prêtent pas à formulation d'opinions religieuses. Si le sujet est : «Comparez les preuves de l'existence de Dieu chez saint Anselme et chez saint Thomas d'Aquin», comment introduirez-vous les sourates du Coran ? Même question pour la question des universaux chez Buridan et chez Abélard!

3. Et, pour ce même musulman, comment distinguerez-vous sa copie lorsqu'il s'agira d'un thème ou d'une version allemande ? D'un devoir sur les poètes de la Pléiade ? D'un devoir de chimie ? De physique ? De mathématiques ? De droit fiscal ? De mécanique automobile ? De physiologie ? D'anatomie ? Et ainsi de suite ad libitum! [Précision : dans ma question, j'avais bien évoqué la copie d'un «Arabe», pas d'un «musulman». Nuance!].

4. Comment, dans les matières précitées, distinguerez-vous la copie d'un «Asiatique», de celle d'un «Dravidien», ou d'un «Noir», ou même, simplement, d'un homme et d'une femme ?

A Shroubb

- Comme aurait dit Frédéric Bastiat, il y a ce qui se voit et il y a ce qui ne se voit pas. Ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la Terre, c'est la Terre qui tourne autour du soleil. Depuis la Seconde Guerre mondiale (sinon la première), ce ne sont pas les musulmans qui se sont installés en Occident pour exploiter les puits de pétrole locaux (pour faire tourner leurs Formules 1, «4 x 4» et autres véhicules tous crétins). Ce ne sont pas eux non plus qui ont sous-payé le pétrole, soutenu des dictatures corrompues, soudoyé des groupements fanatiques, enkysté des bases militaires, financé des coups d'Etat, fomenté des guerres, entraîné des polices secrètes et des tortionnaires, vendu des armes et infligé à l'autre partie des pertes en vies humaines qui sont à leurs propres pertes dans l'ordre d'au moins 1 à 10.000. Quand vous comparez les pertes en vies humaines de Londres et de Madrid (et vous pouvez même rajouter New York) à celles qu'ont infligé les Occidentaux (bien blancs et bien propres sur eux) aux musulmans, c'est comme si vous compariez un rhume des foins à un cancer. Les musulmans ne font que se défendre. Légitimement. Ce qui vous surprend (et vous scandalise) c'est qu'ils ont perdu l'habitude de dire merci après les coups de bâton. Estimez-vous donc heureux (pour l'instant) de vous en tirer à si bon compte!

Publié par Albert le 13 mars 2007 à 15:25

Pour devenir un homme ou une femme, il faut, entre autres, s'arracher à certaines convictions puériles. C'est valable aussi sans doute au niveau sociétal. La communauté humaine est mobile ou stagnante. Et la stagnation, c'est la régression.

Publié par ajm le 13 mars 2007 à 15:34

A Fass 57

C'est quoi, un Français «de souche» ? Où trouvez-vous, dans la Constitution française, un article qui définit, physiquement, ce que doit être un Français ? Dans les cimetières militaires de Provence, d'Alsace et de bien d'autres lieux (du Rhin au Danube), plein de stèles portent les noms de Rachid, Mouloud, Ali, Mohamed, Omar, etc. Qui a le plus mérité de la patrie : ces «métèques» tirés de leurs douars ou les bons Français (de souche) dont les lettres de dénonciation emplissaient les tiroirs de la Gestapo ? Qui contribue le plus à la diffusion de la culture française : un Français «de souche» qui (malheureusement pour lui) n'a pas dépassé le stade des études primaires ou un Noir musulman agrégé de grammaire ?

Pour Alexandre Dumas et Alexandre Pouchkine.

1. Vous passez à côté de la question initiale (ou vous l'esquivez volontairement). En quoi les origines de Dumas ou de Pouchkine se voient-elles dans leurs Å“uvres ? Ou, à l'inverse, en quoi ces origines postulaient-elles qu'ils allaient produire de telles Å“uvres ?

2. Vous ressortez la même «scie», sempiternellement employée à droite, comme une arme absolue contre les objections qu'on lui oppose : celle de produire des citations de personnalités qui seraient censées dire le contraire. Et qu'on te ressorte les discours de Voltaire, Jules Ferry, Léon Blum, Karl Marx et consorts en faveur du colonialisme. Et là , c'est celle du «mulâtre» Dumas en faveur de la séparation des populations!

3. Cet argument n'a aucune valeur. Ce n'est pas parce qu'une ânerie est proférée par une personnalité de gauche ou «de couleur» qu'elle cesse pour autant d'être une ânerie. Si mon médecin me prescrit de ne pas boire et de ne pas fumer et si, pour sa part, il enchaîne cigarette sur cigarette et rentre saoul tous les soirs à la maison, ce n'est pas pour autant que je me mettrai à fumer et à boire ! Les hommes (de gauche ou de couleur) partagent une large partie des préjugés, des croyances, des fantasmes, des peurs, des superstitions et des ignorances de leur temps. Lorsque le suffrage universel a été institué en France en 1848, il ne faut pas voir que les femmes ont continué à en être exclues mais que, par rapport à la Monarchie de Juillet, on a considérablement élargi le corps électoral. Ce qui est important, c'est que le mouvement ait, au cours des ans, porté vers davantage de progrès (ou d'égalité, ce qui revient au même). Nombre de Révolutionnaires de 1789 furent réactionnaires par rapport à nos critères. Qu'importe ! La droite ne s'y trompe pas qui, dans ses éléments les plus extrêmes, continue à nourrir une haine viscérale envers la Révolution, «toute» la Révolution!

Publié par Albert le 13 mars 2007 à 16:13

Albert :

- vous écrivez que la menace islamique est un fantasme. je vous répond en vous donnant des faits qui montrent qu'elle n'est pas un fantasme.

- vous écrivez que la baisse de la natalité s'accentue au contact des populations d'acceuil, et je vous réponds que la réalité est plus nuancée, comme le démontrent les statistiques ethniques produites par l'Angleterre.

- vous écrivez ensuite que la division ethnique n'a aucune consistance, ce à quoi je vous répond qu'elle est très concrète dans certains quartiers. On pourrait aussi ajouter que le monde entier fonctionne selon des lignes de fractures ethniques, et qu'il est illusoire d'imaginer que l'occident en est à l'abri.

Il semble donc que 1) la menace islamique soit réelle 2) la baisse de la natalité soit relative et 3) la division ethnique soit réelle, ce qui était l'objet de ma réponse.

Mais au lieu de répondre rationnellement, argument par argument, vous partez dans une tirade confuse, pathétique et larmoyante sur l'auto-flagellation des occidentaux qui, c'est bien connu, sont chargés de tous les péchés de cette planète et qui, finalement, ne méritent ce qui leur arrive, car ils en sont forcément responsables quelque part. C'est le sanglot de l'homme blanc revisité par la mauvaise conscience occidentale. Il ne vous est jamais venu à l'esprit que les relations entre le monde musulman et l'occident ont commencé non pas pendant la colonisation, mais depuis 1400 ans, et que la plupart du temps l'occident n'a fait que se défendre, ce qui avouons-le, nuance le tableau victimaire opposant les gentils et les méchants ? Il ne vous est pas venu à l'esprit d'ouvrir un livre d'histoire, et de constater que l'expansion du monde islamique s'est rarement produite dans une grande délicatesse, mais plutôt par des moyens et avec une barbarie inouïe ? Pourquoi l'occident aurait-il mieux fait que les autres, après tout, là où l'histoire de l'humanité n'est constituée que de guerres d'appropriation de ressources et de soumission de peuples conquis puis absorbés par d'autres peuples ? Si on juge l'occident, alors il faut aussi juger les autres, ce qui risque de casser l'image imbécile d'un monde musulman forcément vierge de tout défaut, victime éternelle du méchant blanc colonialiste, alors que deux siècles plus tôt, l'esclavage des blancs était l'un des commerces les plus lucratifs du maghreb... Il faut resituer les évènements dans un temps long, et pas commencer le récit uniquement là où certains le font pour des raisons politique qui n'ont rien à voir avec une soi-disant justice historique n'existant que dans les cerveaux malades d'individus enclins à toutes les compromissions totalitaires.

***- Comme aurait dit Frédéric Bastiat, il y a ce qui se voit et il y a ce qui ne se voit pas. Ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la Terre, c'est la Terre qui tourne autour du soleil. Depuis la Seconde Guerre mondiale (sinon la première), ce ne sont pas les musulmans qui se sont installés en Occident pour exploiter les puits de pétrole locaux (pour faire tourner leurs Formules 1, «4 x 4» et autres véhicules tous crétins). ***

Il est faux d'écrire que les occidentaux se sont "installés" dans le monde musulman pour exploiter le pétrole, puisque les sociétés exploitantes sont des joint-ventures dans lesquelles les pays disposent de la majorité ou d'une minorité de contrôle ; Sonatrach qui exploite le gaz en Algérie est une société algérienne, et personne ne lui dit ce qu'elle doit faire mis à part le gouvernement. Vous retardez de quarante ans, Albert, la colonisation est terminée, ce n'est pas l'occident qui dirige en sous-main le tiers-monde, à moins de ressortir du tiroir la théorie du complot dont on a vu le résultat par le passé. Les pays producteurs tirent des bénéfices considérables de l'exploitation de l'or noir ; l'Algérie n'est ainsi plus endettée.

L'or noir n'aurait d'ailleurs aucun intérêt sans ce que les occidentaux en font. Si on renverse le raisonnement, on constate que sans les inventions et la technologie occidentale, le pétrole n'aurait strictement aucune utilité qui justifierai son extraction à grande échelle. Mais peut-être auriez-vous préféré que tous ces pays restent prisonniers de leurs difficiles conditions, et qu'il n'y ait jamais de gratte-ciel à Dubaï ou au Koweit, en lieu et place de mers de sables ? Sortez un peu, voyagez, vous verrez comme le monde bouge, et comme les pays producteurs de pétrôle ne sont pas des états fantoches soumis à une néocolonisation qui n'existe que dans l'esprit embrumé de nostalgiques du stalinisme, mais des pays indépendants qui défendent leurs intérêts, tout comme les pays occidentaux défendent les leurs. Les pétro-monarchies évoluent même sur les droits politiques et la démocratie, certes lentement, mais les premières femmes députés dans la région sont là pour rappeler qu'aucun pays n'est fondamentalement inapte à la démocratie, ce que vous semblez regretter.

***Ce ne sont pas eux non plus qui ont sous-payé le pétrole, soutenu des dictatures corrompues, soudoyé des groupements fanatiques, enkysté des bases militaires, financé des coups d'Etat, fomenté des guerres, entraîné des polices secrètes et des tortionnaires, vendu des armes et infligé à l'autre partie des pertes en vies humaines qui sont à leurs propres pertes dans l'ordre d'au moins 1 à 10.000. ***

Ce que vous décrivez est pratiqué ou l'a été à toutes les époques par n'importe quel pays en position de le faire, avec les variations liées aux technologies et stratégies du moment. Les pays occidentaux n'échappent pas à la règle, pas plus que l'URSS ou la Russie, le Califat de Cordoue ou celui d'Istanbul, les empires Moghol, Japonais, ou Aztèque.

La Chine aujourd'hui soutient ainsi le Soudan dans son entreprise d'extermination au Darfour ; les mauvaises langues diront que c'est à cause du pipe-line local et de quelques ressources énergétiques accessibles. Mais vu que les Chinois ne sont pas blancs, forcément, cela ne vous interpelle pas.

***Quand vous comparez les pertes en vies humaines de Londres et de Madrid (et vous pouvez même rajouter New York) à celles qu'ont infligé les Occidentaux (bien blancs et bien propres sur eux) aux musulmans, c'est comme si vous compariez un rhume des foins à un cancer.***

- A lire ce consternant passage, j'en déduit que votre grille de lecture oppose un groupe "les musulmans" à un autre "les occidentaux". Vous êtes donc un partisan du choc des civilisations. Mais il ne me semble pas que "les occidentaux" aient infligé quelques dommages ; vous confondez "les occidentaux" avec "des gouvernements occidentaux qui à différents moments de l'histoire se sont intéressés au moyen-orient". Ce n'est pas tout à fait la même chose. Le premier avantage est que cela évite les amalgames stupides visant à rejeter la responsabilité d'une histoire passablement instrumentalisée sur les épaules du premier venu, [i]sous le prétexte qu'il est né en occident[/i], ce qui est à la limite du racisme. Le second avantage est qu'il suffit de changer quelques mots pour changer le contexte et relativiser : "des califes qui à différents moments de l'histoire se sont intéressés au maghreb et à l'Europe".

- Votre parenthèse "bien blancs et bien propres sur eux" est en outre assez nauséabonde. En quoi est-il mauvais d'être blanc ? Vous opposez ainsi "les blancs" aux musulmans, ce qui est d'une bêtise comique, car occidentaux et musulmans ne sont pas comparables, étant entendu que le second groupe est défini par sa religion alors que le premier ne l'est pas... De même, tous les occidentaux ne sont pas blancs, et tous les musulmans ne sont pas arabes. Autant opposer des choux et des carottes, cela aurait plus de sens, après tout. Bourdieu n'avait pas tort sur tout, et l'ethno-masochisme semble bien correspondre à l'intériorisation des messages audibles dans l'espace public portant sur la dénonciation permanente de "l'homme occidental" comme source de tous les maux de la terre.

***Les musulmans ne font que se défendre. Légitimement. Ce qui vous surprend (et vous scandalise) c'est qu'ils ont perdu l'habitude de dire merci après les coups de bâton. Estimez-vous donc heureux (pour l'instant) de vous en tirer à si bon compte!***

- Si "les musulmans ne font que se défendre", alors vous mettez la responsabilité des attentats pas simplement sur un groupe de psychopathes fanatiques ayant subi le lavage de cerveau de la propagande islamiste, mais sur tout musulman, quel que soit son degré d'engagement religieux. C'est un amalgame extrêmement dangereux. Vous ne faites donc pas la différence entre le croyant et le fanatique, mais pensez que l'Islam n'est qu'un bloc. Cela peut légitimer tous les excès, dans un sens comme dans l'autre.

- Que savez-vous de ce qui peut me scandaliser ? Vous vous prenez pour qui pour mettre des étiquettes sur vos contradicteurs sans les connaitre ?


Ce qui est fascinant dans votre raisonnement du niveau d'un collégien médiocre prêt à gober toutes les simplifications qu'on peut lui servir, c'est que sous couvert d'une pseudo-justice historique visant à rendre les européens responsable de tout, on en vienne à légitimer les attentats de Londres, de Madrid, et de New-York, car après tout, "les musulmans ne font après tout que se défendre" des agressions occidentales. L'instrumentalisation de l'histoire sans un minimum de recul conduit à tolérer voire encourager toutes les formes de barbarie ; d'autres, abrutis par la propagande du moment, instrumentalisaient de la même façon l'histoire des Allemands ou du prolétariat pour justifier l'abject. La pensée totalitaire n'a pas disparue ; au contraire, elle est même en pleine résurgence ; avant-hier elle ouvrait les portes à la peste brune, aujourd'hui elle soutient la peste verte, en justifiant l'existence de l'horreur sous la transcendance d'une histoire simplifiée.

Publié par Schroubb le 13 mars 2007 à 18:46

"C'est quoi, un Français «de souche» ? Où trouvez-vous, dans la Constitution française, un article qui définit, physiquement, ce que doit être un Français ?"

Vous me pardonnerez certainement de céder une fois de plus à la facilité de la citation, mais je crois, en la matière, que Charles de Gaulle peut être consulté, quand il s'agit de l'identité française:

"Evidemment, lorsque la monarchie ou l'empire réunissait à la France l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le Roussillon, la Savoie, le pays de Gex ou le Comté de Nice, on restait entre Blancs, entre Européens, entre chrétiens... Si vous allez dans un douar, vous rencontrerez tout juste. un ancien sergent de tirailleurs, parlant mal le français."


"Il est bon qu'il y ait des Français noirs, bruns ou jaunes, à la seule condition que ces populations restent en très faible minorité, car le peuple français est de race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne."


"Sur le plan ethnique, il convient de limiter l'afflux des Méditerranéens et des Orientaux, qui ont depuis un demi-siècle profondément modifié les compositions de la population française. Sans aller jusqu'à utiliser, comme aux États-Unis, le système rigide des quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Suisses, Hollandais, Danois, Anglais, Allemands, etc!) (le 12 juin 1945, directive au Garde des Sceaux)"


"Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même quand ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Car à force de dire oui à tout, on finit par disparaître."

Publié par fass57 le 13 mars 2007 à 18:56

Schroubb, je n'ai qu'un mot à dire et c'est une onomatopée: Waouh.

Publié par Stéphane le 13 mars 2007 à 19:57

"Venons en plus précisément à l'Afghanistan. Comment peut-on dire qu'il s'agit d'une guerre lointaine"
J'aimerais revenir sur ce point. Il y a une illusion de proximité due à l'avion et à internet. Mais quand vous vivez à l'intérieur d'un pays étranger aux valeurs européennes, vous vous apercevez bien vite de ce que "lointain" veut dire, au niveau des mentalités en tout cas. Et c'est bien là ce qui compte pour gagner une guerre.

Publié par Roland le 14 mars 2007 à 16:33

@ Schroubb, Les Arabes disent que le pas est le galop de longtemps. Vous avez magistralement écrasé pas à pas cette argumentation fallacieuse de la félonie occidentale. Peut importe celui qui le colporte cette pensée récurrente devra être extirpée de notre Civilisation, de notre jeunesse contaminée car abandonné à ces diseurs de bonne aventure. C'est toute notre éducation qui est à revoir, un travail de titan.

Publié par Yves-Marie SÉNAMAUD le 15 mars 2007 à 19:04

A Schroubb, Stéphane et Yves-Marie Sénamaud

Pas d'accord ! Réponse vient.

Publié par Albert le 16 mars 2007 à 11:59

N'oubliez pas les sandwiches.

Publié par ajm le 16 mars 2007 à 12:42

A Schroubb, pour le principal,
A Stéphane, Yves-Marie Sénamaud et ajm, pour le «fun»,

Remarques générales.

Vous écrivez : «Si on juge l'Occident, alors il faut aussi juger les autres». Ce sophisme, vieux comme le monde, cherche à disculper un premier prévenu en reportant sa culpabilité sur une chaîne ascendante d'acteurs : tout le monde étant coupable, alors plus personne ne l'est ! Il se heurte néanmoins à quelques objections :

- Dans votre exemple, il se fonde sur le postulat que l'impérialisme européen n'a succédé qu'à des impérialismes antagonistes (hun, arabe, turc!) et que l'on n'a donc affaire qu'à deux par-ties (l'européen et ses adversaires). Or, antérieurement, d'autres impérialismes (hellénistique, romain) ont été les prédécesseurs de ces impérialismes adverses : si l'on condamne les impéria-lismes turc, arabe ou hun, il faut, donc, logiquement, condamner les impérialismes antérieurs, et ainsi de suite, de sorte que les horreurs des uns (les Européens) ayant été balancées par celles des autres (huns, arabes, turcs) se retrouvent de nouveau aggravées par celles de l'étape précé-dente!

- Il n'y a pas, dans cet ordre d'idées, de raisons de s'arrêter en si bon chemin. Pourquoi, à l'intérieur de l'ensemble européen, ne pas procéder à d'autres compensations : les Français à l'égard des Anglais (pour la guerre de Cent ans), les Allemands pour les Français et les Suédois (pour la guerre de Trente ans), les Allemands et les Français pour les trois guerres qu'ils se sont livrées de 1780 à 1945, et ainsi de suite, pour tous les pays et tous les peuples, jusqu'à épuise-ment des possibilités de la combinatoire! Et pourquoi ne pas imaginer non plus des compensa-tions fondées sur le critère religieux (protestants contre catholiques) ou social (riches contre pauvres) ? En diluant ainsi la responsabilité, vous en arrivez, comme Zénon niait le mouvement, à nier le concept de responsabilité.

- En mettant en accusation, de manière reconventionnelle, le seul impérialisme musulman, vous adoptez une position arbitraire, qui peut être contestée à tout instant. Car pourquoi ne pas privi-légier la position du protestant français, qui pourrait estimer que Louis XIV a réduit sa religion à une proportion dans la société française qui n'a jamais pu revenir au niveau de sa plus grande prospérité (par exemple à la fin du XVIe siècle) ? Pourquoi ne pas adopter la position du juif vis-à -vis de l'Allemagne en ce que le régime nazi a réduit les juifs, en Europe centrale, à une communauté infime ? Etc., etc. Dans ces océans de souffrances, qu'est-ce qui vous permet de décréter que la position de l'Occident souffrant est primordiale ?

- Si, toutefois, vous cantonnez votre appréciation au seul affrontement des impérialismes mu-sulman et européen, à quel moment arrêtez-vous la reddition des comptes ? Car la situation peut changer à tout instant : à l'issue d'une guerre victorieuse, l'un de ces deux impérialismes peut reprendre à l'autre (sous formes de tueries, de confiscation de territoires, de tributs, de rançons, d'humiliations) ce que le premier lui avait infligé lors du conflit précédent. Et la situation peut de nouveau se renverser cinq ans, dix ans, trente ans ou un siècle plus tard. A quel moment fixez-vous la limite ?

- Prenons, par exemple, une date repère : celle de 1718. Cette année-là (et peut-être même plus tôt), après la paix de Passarowitz, intervient une espèce de stabilisation entre Islam et Chrétien-té, qui ramène les deux adversaires à leur position de 1456, lors du premier siège de Belgrade. Même la subséquente guerre austro-russo-turque, de 1735 à 1739, bien que défavorable à l'Autriche (notamment en raison de l'aide apportée à la Porte par le comte de Bonneval) ne mo-difie les données qu'à la marge. Et la reprise de Belgrade par Loudon, en 1790, ne fait que compenser, en partie, les pertes subies en 1739. Mais, de nouveau, deux questions se posent : celle de la remise à niveau et celle de l'imputation des préjudices à l'adversaire.

- A près 1739, et hormis l'épisode de 1790, l'empire ottoman et l'empire habsbourgeois sont en paix jusqu'en 1878, date de la conquête de la Serbie par le général Philippovic (en attendant 1914, où Turcs et Autrichiens se retrouvent dans le même camp !). Cette période de paix, qui permet aux deux adversaires de se refaire, ne va-t-elle pas précisément effacer toutes les traces des dommages antérieurs ? Et, question à l'intérieur de la question, qui bénéficie des répara-tions ? Est-ce la seule entité Autriche ou une hypothétique entité «Chrétienté», comprenant - parmi beaucoup d'autres - la Russie, ce pays s'étant, dans le même temps, retrouvée seule face aux Turcs, mais aussi adversaire de ses anciens alliés chrétiens, qui lui préféraient ses adversai-res (et leurs adversaires) ottomans (comme lors de la guerre de Crimée) ?

- En admettant que vous ayez fixé une date (par exemple celle de 1718 précitée), quels critères vous permettent, à ce moment-là , d'imputer aux musulmans les malheurs dont souffraient alors les Chrétiens ? Ces malheurs n'étaient-ils pas largement effacés et indiscernables ? Ce dont avaient le plus souffert les chrétiens au cours des quatre siècles écoulés, n'était-ce pas plutôt de leurs propres troubles et dysfonctionnements : guerre de Cent ans, Grand Schisme, guerres hus-sites, Grande peste, guerres de religion, guerre de Trente ans, épidémies et famines diverses, guerres de Louis XIV, grands froids, comme celui de 1709, phase B de récession du XVIIe siè-cle, etc. ? La guerre de la Sainte Ligue contre la Porte, la plus longue (1683-1699), ne fut-elle pas, pour Léopold Ier, une guerre marginale par rapport aux guerres de Louis XIV ? Et même à l'issue des éprouvants XIVe et XVe siècle, la Chrétienté n'était-elle pas dans un meilleur état que l'empire ottoman, y compris après que celui-ci eut pris Constantinople ? Et la prééminence des pays occidentaux à partir du XVe siècle (prééminence qui ne se dissipe que de nos jours), n'est-elle pas issue, précisément, et pour partie, de ses affrontements - et même de ses échecs - contre l'Islam ?

- En poussant à bout votre raisonnement de dilution de responsabilité, il n'y a pas de raison que, comme Zénon, ce raisonnement ne s'annule pas lui-même par la prémisse par laquelle il dé-bute : en supposant que la flèche n'atteindra jamais sa cible, Zénon n'en suppose pas moins, a priori, que la flèche part ! Nous en revenons donc au point initial : l'action ne peut se dérouler que dans le temps présent, avec un problème présent, celui qui est le plus nécessaire à résoudre dans l'instant. Si l'hôpital doit s'occuper à un instant donné d'un cancer, d'une asphyxie et d'une hémorragie, il s'occupera d'abord des deux derniers : aussi grave soit-il, le cancer passera après. Actuellement, c'est l'Occident - et, singulièrement, les Etats-Unis - qui écrase les autres. C'est donc contre cet Occident que l'on doit se soigner. Les diverses «menaces», islamique, russe, chinoise, à supposer qu'elles apparaissent un jour, on s'en occupera en temps voulu!

- La relation qui existe entre la domination passée des Occidentaux sur le monde musulman et la situation présente, c'est, de l'une à l'autre, la continuité. En France, par exemple, 45 ans après la fin de la guerre d'Algérie, les Arabes ou les Français d'origine arabe sont toujours majoritai-rement confinés dans les classes inférieures de la société, toujours victimes de discriminations à l'embauche, aux stages, aux entrées de discothèques, aux baux locatifs (et même à l'accession à la propriété). Ils sont toujours arbitrairement contrôlés sur la voie publique et ont toujours les mêmes têtes de bavures. Enfin, depuis 2001, par suite des mesures sécuritaires, ils ont vu se fermer nombre de portes à l'embauche, quand ils n'ont pas été licenciés sans explication et illé-galement (comme l'ont d'ailleurs reconnu les tribunaux). Le statut colonial, les mille et une tra-casseries policières ou administratives ne sont pas pour eux une histoire du passé, comme la guerre du Péloponnèse, mais toujours une histoire contemporaine. Lorsque l'éléphant s'assied sur le hérisson, il n'en ressent qu'une irritation au derrière. Le hérisson, lui, est écrabouillé. Mais ça, on ne le saisit pas vraiment (ou on ne veut pas le saisir) quand on adopte systémati-quement le point de vue de l'éléphant!

Le fait que je m'oppose à vous n'implique absolument pas que j'entre dans les cases où vous au-riez tant de plaisir à m'introduire («totalitaire», «nostalgique du stalinisme»!). Depuis des an-nées, c'est une des scies les plus ressassées que l'on vous joue lorsqu'on ose s'attaquer au dogme sacré de l'Occident porteur de démocratie, de liberté et de capitalisme : si vous n'êtes pas pour nous, c'est que vous êtes communiste, totalitaire, islamiste, khmer rouge! Ah, qu'il est agréable de se tailler des adversaires à sa convenance, antipathiques et caricaturaux à souhait ! Désolé de vous décevoir, mais, entre votre opinion et son contraire, il existe une infinité de variantes. Per-mettez-moi de choisir entre elles! Au passage, je note que vous mettez en pratique exactement ce que vous me reprochez à votre égard : à savoir, me prêter à tout instant des pensées et des sentiments que je n'éprouve pas !

Je ne me fais aucune illusion ni sur les Chinois, ni sur les musulmans, ni les Russes ni sur qui que ce soit. Je me place d'un point de vue occidental (parce que j'y vis, parce que j'en partage «des» valeurs et parce que, de gré comme de force, j'en suis solidaire), mais pas du même que le vôtre. Par exemple, actuellement, je suis du côté des familles américaines proches des quel-que 3200 soldats tombés en Irak non pour défendre l'Occident de la «menace» islamique (ça, c'est pour les gogos), mais pour la prospérité des actions des pétroliers et marchands d'armes sponsors de M. Bush! Les manigances de pissotière de Lewis «Scooter» Libby - porte-rapière du calamiteux Cheyney - condamné comme un vulgaire voleur à la tire, ça ne vous dit rien ?

Le fait que les Soviétiques (ou les Russes), que les califes de Cordoue ou d'Istanbul, les empi-res mogol, japonais, ou aztèque aient pu être des régimes sanguinaires, totalitaires ou tyranni-ques, ne saurait exonérer les Occidentaux de leurs crimes. Les turpitudes des uns n'abolissent pas les turpitudes des autres.

Par ailleurs,

- Vous me reprochez d'être un partisan du conflit des civilisations, mais votre première inter-vention commence précisément par pointer une «menace islamique» qui n'est pas seulement le fait d'isolés et de fanatiques, mais suggère un phénomène de masse (par vos références à la na-talité plus forte des immigrés). Que recouvre donc le terme «ethnique», qui rende si problémati-que la cohabitation de populations différentes ?

- Recouvre-t-il une référence à l'allure physique ? J'en doute puisque vous rejetez le racisme («ce qui est à la limite du racisme»). A la religion (et, pour parler clair, à l'Islam) ? Pas davantage, car vous adoptez, semble-t-il, une position nuancée sur cette religion («Vous ne faites donc pas la différence entre le croyant et le fanatique, mais pensez que l'Islam n'est qu'un bloc»). A un mixte de nationalités (par exemple Arabe, ou Turc ou Pakistanais) et de religion (par exemple l'Islam) ? Toujours pas, puisque vous placez les deux concepts dans des catégories différen-tes. C'est quoi, alors, l'ethnique ?

- Vous faites référence à des statistiques anglaises sur le comptage ethnique, ce qui n'est - juste-ment ! - pas une pratique de la France. Il n'existe pas, dans la Constitution française, d'article qui définisse (physiquement et religieusement) ce que doit être un Français - ou, s'il existe, je vous saurais gré de me l'indiquer! Il n'y a pas de Français de première, deuxième, troisième ou énième catégorie, selon leur plus ou moins proche parenté avec les participants au siège d'Alésia, pas plus qu'il n'y a d'immigré de première, deuxième ou énième génération, la naissance sur le sol national abolissant précisément la notion d'immigration !

- A supposer même que la natalité des immigrés (et spécialement des immigrés musulmans) soit plus grande que celle de celui du pays d'accueil, quelle importance cela a-t-il ? De quelle façon concrète voyez-vous un danger ? Quand des extrémistes mettront une bombe atomique au Lou-vre pour forcer les Français à suivre le Ramadan ? Quand ils prendront d'assaut l'Elysée pour imposer la nourriture halal ? Quand ils infiltreront les rouages de l'Etat pour, un jour donné, dé-clencher une gigantesque «offensive du Têt» ? Ne rêvez-vous pas ? Ne vous faites-vous pas plaisir avec vos fantasmes ? N'êtes-vous pas, précisément, en train de jouer avec ce que vous me reprochez, à savoir la «théorie du complot» ? J'ai dit à un autre interlocuteur que, pour s'emparer du pouvoir, il fallait s'introduire dans les élites (politiques, économiques, financières, intellectuelles, culturelles, médiatiques). Si on a pu parler (sous certaines conditions et circons-tances bien précises) de la IIIe République comme de la «République des protestants» c'est que ceux-ci, par la HSP, l'Université, l'armée, la banque, les journaux, l'Académie, la haute admi-nistration, les parlementaires, s'introduisirent effectivement dans ces cercles du pouvoir. Actuel-lement, les musulmans sont massivement absents de ces cercles, et, de façon corrélative, massi-vement présents dans les classes les plus défavorisées. Comment les voyez-vous s'emparer des leviers du pouvoir ?

Je pointe, au passage, quelques contradictions:

- Vous vous incluez dans l'Occident lorsque ça vous arrange (la construction de gratte-ciel, la promotion de la démocratie, l'utilisation de l'or noir!), mais, hop ! au moindre soupçon d'oppression, c'est plus moi, m'sieur, c'est mon gouvernement! («vous confondez "les Occi-dentaux avec "des" gouvernements occidentaux! »)

- Vous opérez une distinction vertueuse à souhait entre les psychopathes fanatiques qu'il faut à tout prix distinguer des «bons» musulmans à ne surtout pas stigmatiser! mais vous commencez par dire : «l'Occident n'a fait que se défendre», «l'expansion du monde islamique s'est rarement produite dans une grande délicatesse, mais plutôt par des moyens et avec une barbarie inouïe ?». Alors quoi, l'Islam il est-il bon en général et mauvais en détail ou entièrement à jeter à la poubelle ?

- Vous faites une subtile distinction entre «blancs» et «Occidentaux», puis entre «blancs» et «mu-sulmans» pour convaincre qu'il s'agit de deux catégories distinctes, mais, avant d'en arriver à ces distinctions «byzantines», vous parlez, tout à trac, avec une inconscience confondante, de «l'esclavage des blancs» au Maghreb. Les «blancs» ? Quels «blancs» ?

Remarques particulières.

Vous dites : «L'Occident, la plupart du temps, n'a fait que se défendre». Ah oui ? Comment ça ?

- Lors des deux siècles des croisades, où les Occidentaux allèrent guerroyer en Palestine, et où, si la prise de Jérusalem, en 1099, fut marquée par des massacres inouïs, sa reprise, en 1187, ne donna lieu qu'au versement de 30 000 besants ? Où les Byzantins, qui avaient précisément appelé les Oc-cidentaux à l'aide contre les Turcs, virent ces derniers dépecer leur empire et ravager leur capitale ? Lors des expéditions des rois portugais de la dynastie d'Aviz ? Lors des expéditions de Charles Quint à Tunis en 1535 et à Alger en 1541 ? [A ce propos, la France, bien mieux avisée, avait su contracter des alliances de revers avec le Sultan. Et si le protestantisme parvint à s'enraciner en Allemagne, il le dut à l'immobilisation des armées impériales et espagnoles par les armées otto-manes. A l'époque, certains avaient déjà remisé au clou l'armure de croisade, ce que d'autres ne savent toujours pas faire en 2007!].

Vous dites : «Il ne vous est pas venu à l'esprit d'ouvrir un livre d'histoire, et de constater que l'ex-pansion du monde islamique s'est rarement produite dans une grande délicatesse, mais plutôt par des moyens et avec une barbarie inouïe ?». Deux remarques, parmi bien d'autres :

Première remarque. Si, j'ai ouvert «un» livre d'histoire (et pas qu'un, d'ailleurs!), par exemple «L'Islam et sa civilisation» d'André Miquel, professeur au Collège de France (Armand Colin, Pa-ris, 1977). Je vous cite in extenso ce qu'il écrit aux pages 65 et 66 de son ouvrage à propos de la conquête arabe :

« ! En profondeur, le succès de l'Islam vient sans doute de ce qu'il s'est trouvé répondre large-ment à certains vÅ“ux des populations. Pour celles de l'empire byzantin, héritier d'un millénaire de tradition coloniale gréco-romaine, il a pu s'agir d'une véritable libération, notamment dans les campagnes, exploitées par l'aristocratie urbaine, vivant en marge des syncrétismes ethniques et culturels des villes devenues, aux yeux des masses, comme autant de symboles d'une présence étrangère artificiellement plaquée sur le pays. Toujours vivaces, les vieilles traditions nationales se sont trouvées renforcées par les résistances religieuses : les diverses réponses données par les hé-résiarques et les Eglises d'Orient au problème de la nature du Christ tendaient toutes à souligner, dans le fils ou dans le Père, à l'encontre des dogmes officiellement proclamés à Constantinople, l'unicité de l'être divin, et les subtilités de l'orthodoxie chrétienne pouvaient passer, au jugement de la masse des populations de l'Empire, pour autant de relents du paganisme occidental. L'Islam, qui donnera une réponse simple aux interrogations fondamentales sur Dieu et la foi, ne sera pas ressenti, tant s'en faut, comme une religion étrangère, mais bien comme l'héritier et le défenseur d'une certaine conception orientale de la divinité.

A ces populations brimées, écrasées sous des impôts d'autant plus lourds que leurs pays ve-naient de faire les frais de la guerre entre Byzance et Ctésiphon, les Arabes n'apparurent certai-nement ni comme des étrangers ni comme des barbares. Connus depuis longtemps comme cara-vaniers, sur les marchés et les foires, mais, plus encore, comme pasteurs installés aux marges des déserts, d'où ils s'étaient peu à peu, bien avant l'Islam et notamment en Syrie, infiltrés loin à l'intérieur des campagnes, ces Arabes entretenaient avec les populations locales tout un réseau traditionnel de relations. Ces contacts, qui mettent en présence, hors des villes, non plus des com-merçants et des caravaniers, mais des masses misérables, sans nul doute justiciables des mêmes analyses que J. le Goff opère par ailleurs à propos des affinités qui se firent jour entre Barbares et populations de l'Empire romain : en Orient aussi les rencontres furent favorisées, de peuple à peu-ple, par les tensions sociales entre les masses et l'aristocratie, par les aspirations égalitaires, par un certain sentiment, face à la richesse accaparée, d'une parenté dans la misère : toutes tendances qui trouveront, dans la proclamation coranique de la justice communautaire, une sorte de credo.

Les mêmes conflits sociaux ont joué du côté de l'Irak et de la Perse. Ici, dans cet Etat sassanide si puissamment accordé à l'histoire locale, ce n'était pas une tradition nationale qui était en cause. Si Ctésiphon est tombée aussi vite sous les coups des Arabes, malgré ses chevaux, ses éléphants et son or, c'est, semble-t-il, parce que la société sassanide connaissait une crise profonde. L'expansion commerciale, fondée sur les immenses réserves monétaires amassées aux dépens de l'Occident et de Byzance et sur le contrôle des routes de l'Extrême-Orient et de l'Afrique de l'océan Indien, avait entraîné l'essor des villes, le déclin de la noblesse terrienne et une prolétari-sation des masses urbaines dont témoigne assez, au VIe siècle, l'ampleur du mazdékisme com-munisant. L'Etat sassanide, par ailleurs en proie aux crises dynastiques, essoufflé par des siècles de lutte avec Rome et Byzance, s'est ainsi rendu désarticulé aux entreprises des nomades. »

Deuxième remarque. L'histoire des débuts du christianisme, malgré la laïcisation de l'enseignement, continue à baigner dans cette atmosphère saint-sulpicienne (pour reprendre vos termes : «pathétique» et «larmoyante»!) du folklore des martyrs jetés aux lions, de Blandine, Irénée, Pothin et consorts. Cette histoire, aussi superficielle qu'inexacte, passe rapidement sur certains épisodes moins reluisants :

- Par exemple, le lynchage en 415, à Alexandrie, d'Hypatie la géomètre, fille du dernier des philo-sophes du Musée d'Alexandrie, platonicienne émérite, lapidée par les Chrétiens. (Pierre Lévêque, «L'aventure grecque», Armand Colin, 1964, page 528).

- Par exemple, les méthodes employées par Charlemagne pour christianiser les Saxons, en parti-culier l'arrachage de l'Irminsul et les 4500 Saxons décapités à Verden sur l'Aller en 782. (Folz - Guillou - Musset - Sourdel, «De l'antiquité au monde médiéval», P.U.F. «Peuples et civilisa-tions», 1972, page 320).

Vous parlez de «l'esclavage des blancs dans le Maghreb». Précision de vocabulaire. Le terme «es-clave» succéda au latin «servus» durant le haut Moyen Age, par suite des innombrables rafles effec-tuées par les Germains et les Byzantins sur les Slaves des Balkans («Dictionnaire historique Robert de la langue française», tome 1, page 1293) bien avant que les Turcs n'y aient mis les pieds! La course en Méditerranée : elle fut aussi pratiquée par les républiques maritimes (Venise, Gênes, Pise, Amalfi), par les chevaliers de Malte, par les Catalans, par les Uscoques (installés en Adriatique), par les Grimaldi (qui sont d'ailleurs restés fidèles à leur vocation en hébergeant fraudeurs du fisc et ma-fieux russes). Voir, entre autres, « Pour en finir avec la croisade. Mythes et réalités de la lutte contre les Turcs aux XVIe et XVIIe siècles », Par Géraud Poumarède. P.U.F. Paris 2004, Version abrégée de la thèse de doctorat de l'auteur]. Tous ces bons chrétiens exerçaient bien entendu leur industrie sur les Barbaresques mais également sur leurs coreligionnaires. Charité bien ordonnée!

Vous écrivez : «Il est faux d'écrire que les Occidentaux se sont "installés" dans le monde mu-sulman pour exploiter le pétrole!», «les pays producteurs de pétrole ne sont pas des Etats fan-toches soumis à une néo-colonisation qui n'existe que dans l'esprit embrumé de nostalgiques du stalinisme!». Synthétisées, ces deux propositions, ne visent à rien moins qu'à exonérer les pays occidentaux (et les Etats-Unis en premier lieu) de toute exploitation, domination et main-mise sur le reste du monde et, en particulier, sur le Proche-Orient. Dans l'histoire à l'eau de rose que vous me racontez (que vous vous racontez ?), c'est donc tout à fait librement que les gou-vernements du Proche-Orient ont conclu des accords avec les pays occidentaux, à qui ils tien-draient la dragée haute. Certes, certes! mais

1. Qui, en 1920, à l'issue de la Première Guerre mondiale, prit la place de l'administration ot-tomane, en Mésopotamie, en Jordanie et en Arabie, de territoires que l'on savait riches en pé-trole ? Où se trouve la réciproque musulmane pour l'Europe et les Amériques ?

2. Qui, aujourd'hui, près de 90 ans plus tard, et sans solution de continuité avec les Anglais de 1920, entretient des bases aériennes et logistiques en Arabie saoudite, à Bahrein, à Djibouti, au Qatar, en Turquie, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan, dans les ex-républiques soviétiques d'Asie centrale ? Qui a des aéroports géants à Diego Garcia ? Qui fait naviguer des task-forces en Méditerranée et dans l'océan Indien ? Qui possède un relais militaire local avec l'armée israélienne ? Qui, jusqu'en 1979, abritait des bases en Iran ? Où se trouve la réciproque musul-mane pour l'Europe et les Amériques ?

3. Où se trouvent les systèmes de compensation interbancaires du monde ? Qui a la haute main sur les paradis fiscaux ? Qui possède le cÅ“ur et l'architecture du système Internet ? Qui possède le réseau de télécommunications le plus puissant de la planète ? Où se trouvent les principales Bourses et les centres financiers de la planète ? Quel idiome, dans tous les pays de la planète, a-t-il le monopole du langage des affaires, de la Bourse et de la banque ? Est-ce l'arabe ? Le turc ? Le persan ? L'ourdou ? Le pachto ? Ou l'une de ces nombreuses langues qui couvrent toute l'aire musulmane, du Nigeria aux Philippines ?

4. Qui livre, vend et entretient (très cher) les avions de chasse, les hélicoptères, les chars et vé-hicules blindés, un peu partout dans le monde ? Qui conçoit et fabrique les immeubles, équipe-ments (routes, autoroutes, ponts, ports) de la péninsule arabique ?

5. Qui est intervenu en 1953 en Iran pour renverser Mossadegh (qui avait nationalisé les grandes compagnies pétrolières) ? Et qui a soutenu à bout de bras le shah d'Iran jusqu'en 1979 ? Qui est intervenu militairement au Liban en 1958 et 1982 ? Qui a bombardé la Libye en 1986 ? Qui a soutenu le parti Baas contre Qassem en 1963 ? Qui a encouragé Saddam Hussein à attaquer l'Iran en 1989 ? Qui lui a livré des armes et des photos satellite des positions iraniennes ? Qui a livré simultanément des armes à l'Iran par le colonel North ? Qui a encouragé les chiites à se révolter en mars 1991 pour ensuite les laisser tomber (comme les Hongrois en 1956) ? Qui, en plein embargo sur l'Irak, a bombardé ce pays en 1998 ? Qui, en 2003, a fait une guerre en Irak pour des motifs dont une commission de la Chambre des Représentants a, plus tard, établi qu'ils étaient controuvés ? Où sont les interventions équivalentes des pays musulmans en Europe et aux Etats-Unis ?

6. Si la néo-colonisation n'existe pas, pourquoi, dans un article du International Herald Tribune du 13 mars 2007, Antonia Juhasz a-t-elle publié un article intitulé «Whose oil is it, anyway ?», qui revient sur la loi sur le pétrole irakien et dit, en substance : «Une nouvelle loi devrait passer devant le parlement irakien et, si elle passe, elle permettra aux grandes compagnies pétrolières d'avancer considérablement dans leurs objectifs. La loi ôtera la plus grande partie du pétrole irakien des mains du gouvernement irakien et ouvrira le domaine pétrolier aux grandes compa-gnies pour une génération ou plus.» Et d'ajouter : «La compagnie nationale irakienne aurait le contrôle exclusif sur seulement 17 des 80 champs pétroliers, laissant les deux tiers de ceux qui sont connus et tous les autres inconnus ouverts au contrôle étranger.». Où voyez-vous que les Arabes procèdent de même pour le pétrole du Texas ou de l'Alaska ?

7. En quel lieu se déroule cette compétition puante de mépris et de morgue qu'on appelle le Pa-ris-Dakar ? Est-ce dans des villages bretons, toscans, bavarois que des bolides conduits par des oisifs sénégalais, mauritaniens, maliens, burkinabés écrasent les passants ? Sur quel continent ces drames suscitent-ils une autre réaction que l'annonce rituelle au journal télévisé : «Machin, stoppé par un accident, une heure de retard au classement général!» ?

8. Qui fait la loi dans les institutions internationales, notamment financières, que sont la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l'OCDE et l'OMC ? Qui est l'actuel président de la Banque mondial, sinon le «Vélociraptor» Paul Wolfowitz, ancien numéro 2 du Pentagone, et fauteur de guerre patenté ?

9. L'opinion publique, dans tous les pays musulmans, est largement, voire viscéralement hostile à la politique étrangère américaine. Or, en dehors de quelques gouvernements (Libye, Syrie, Iran, Soudan!) qui leur sont hostiles, la quasi-totalité des autres gouvernements musulmans sont des alliés des Etats-Unis ! Or, combien sont-ils, parmi ces gouvernements à être parvenus démocratiquement au pouvoir et à s'y maintenir pacifiquement ? En dehors du Liban (et encore il faut le dire vite) pratiquement aucun ! Que sont des Etats autoritaires, qui mènent une politi-que étrangère que leur peuple rejette, sinon des Etats fantoches ?

Depuis quelques années, il est vrai, certains Etats (Chine, Inde) montent en puissance et d'autres (Russie) reprennent du poil de la bête. Ils commencent à contester la prééminence des Etats-Unis (par exemple au travers de l'Organisation de Coopération de Shanghai). Des Etats d'Amérique latine (Venezuela, Bolivie) se rebiffent. Mais ces mouvements sont à relativiser : ainsi, en Amérique latine, les gouvernements de gauche sont-ils souvent très modérés (Lula, Bachelet, pour ne pas dire Ortega, à preuve les louanges que leur tressent les journaux de droite!), quand ils ne sont pas divisés entre eux. Et cela ne vaut ni pour l'Afrique subsaha-rienne, ni pour les pays d'Islam, dont les Etats-Unis attisent les divisions (économiques, politi-ques, confessionnelles).

Enfin, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis accaparent la moitié des dépenses militaires de la planète, que les pays de l'OTAN et les autres alliés des Etats-Unis (Japon, Israël, Corée du Sud, Australie, Singapour, Taiwan!) représentent une part considérable de ce qui reste et que la majo-rité du reste de ce reste est tenu par quatre Etats potentiellement adversaires des Etats-Unis, dispo-sant de copieux budgets de la défense (Chine, Inde, Russie, Vietnam), mais qui ne sont justement pas des Etats musulmans ! Que reste-t-il à ceux-ci, sinon «peanuts» ? Je persiste et je signe : au-jourd'hui, sur la planète, les Etats-Unis et leurs alliés continuent à imposer des rapports de domi-nation, particulièrement dans le monde musulman, et ces rapports ne sont pas tendres!

Vous dites : «Mais peut-être auriez-vous préféré que tous ces pays restent prisonniers de leurs difficiles conditions, et qu'il n'y ait jamais de gratte-ciel à Dubaï ou au Koweit, en lieu et place de mers de sable ?» Plusieurs remarques à cet égard :

1. D'abord, au départ (vous m'avez mal lu), je ne m'en suis pris qu'à l'inextinguible soif de pétrole des seuls Occidentaux, celle qu'ils continuent à étancher en ignorant l'épuisement (prochain) des ressources et la dévastation du climat et de la planète. Depuis qu'on exploite le pétrole, la quasi-totalité de celui-ci a d'abord servi à l'économie des pays occidentaux (Europe + Etats-Unis + Océa-nie). Ce qu'en ont retiré les pays arabes n'est venu que plus tard, et de façon marginale - même si, en valeur absolue, il s'agit de sommes considérables. Et même une part non négligeable de ces re-venus (nominalement propriété des pays producteurs) reste en fait en Occident, sert à l'Occident, profite à l'Occident. Combien d'immeubles, d'hôtels, d'usines, de parts de société, d'emprunts d'Etat occidentaux sont-ils possédés par des Arabes ? Déjà , durant la guerre de 1991, les Koweitiens tiraient plus de revenus de leurs investissements financiers que de leur pétrole. Pas folle, la guêpe ! Il faut bien se ménager des positions de repli le jour où les peuples se révolteront!

2. Sur le standard de vie des Arabes consécutif aux revenus tirés du pétrole :

- Entre les mers de sable et les gratte-ciel, il existe une marge considérable de situations, aussi bien dans le choix du type d'urbanisation, de consommation, que de redistribution des revenus ou de réinvestissement des dividendes pétroliers.

- Il est caractéristique que, pour symboliser le changement de style de vie, vous ayez choisi le gratte-ciel, symbole de l'américanisation, de l'urbanisation à outrance, du gaspillage des res-sources (notamment pétrolières), de la prédation, des embouteillages et de la pollution. Dans les villes moyennes de France ou des cantons suisses, il n'y a pas de gratte-ciel et on vit très bien. Peut-être même mieux qu'à New York ou Dubaï! Ne pensez-vous pas qu'il existe des utilisa-tions plus intelligentes de l'eau que l'implantation de golfs à 18 trous en plein désert ?

- Sans embellir ou enjoliver le genre de vie primitif, en quoi êtes-vous si certain que les naturels du cru vivaient dans de difficiles conditions ? Ils adaptaient simplement leur genre de vie aux res-sources et aux conditions locales (manque d'eau, sécheresse, désert). Il ne faut pas confondre dif-ficulté des conditions locales et répartition des revenus. Il y a un siècle, les émirs et les cheiks, qui étaient tout autant dans le désert que leurs sujets, vivaient néanmoins mieux que ces derniers.

- Par ailleurs, pensez-vous vraiment que les peuples extra-européens aient toujours eu à se féliciter de l'intrusion de la «civilisation» ? Que croyez qu'en ont pensé les 80 000 Herreros massacrés par les Allemands dans le Sud-Ouest africain ? Les quelque 200 Sioux passés au canon Hotchkiss à Wounded Knee ? Les Indiens d'Amazonie traqués par les chercheurs d'or ? Etc., etc.

- Ces gratte-ciels, ces autoroutes, ces échangeurs, ces magasins de luxe dont vous vous rengor-gez, ont été (et sont toujours) obtenus au prix de l'exploitation forcenée et féroce d'une main d'Å“uvre pakistanaise, indienne, philippine, indonésienne, et, maintenant chinoise, exploitation qui, pour reprendre vos termes, n'a pas l'air de trop vous «interpeller»! A cet égard, les Euro-péens et Américains expatriés sur place pratiquent une collaboration de classe bien entendue avec les Arabes aisés. Et, pour vous rassurer, je ne suis pas raciste : un riche reste un riche, sous toutes les latitudes, et quelle que soit sa couleur. Qu'il soit Chinois, Congolais, Yéménite ou Colombien, dès lors que l'homme n'a pour préoccupation que sa Rolex, son 4x4, sa piscine et ses actions en Bourse, c'est un abruti. Comme les copains!

3 Sur la démocratisation des pétro-monarchies, vous dites : «Les pétro-monarchies évoluent même sur les droits politiques et la démocratie, certes lentement, mais les premières femmes députés dans la région sont là pour rappeler qu'aucun pays n'est fondamentalement inapte à la démocratie, ce que vous semblez regretter», je vous répondrai ceci :

- D'abord, qu'est-ce que je semble regretter ? Que certains pays soient fondamentalement inap-tes à la démocratie ? Cela veut-il dire que, dans votre esprit, je considère la démocratie comme le suprême bien, mais que, jugeant certains pays incapables d'y parvenir, je le regrette, ce qui témoignerait, chez moi, d'une sous-évaluation méprisante de leurs capacités ? Ou, à l'inverse, que, jugeant certains pays définitivement étanches à la démocratie, je serais bien obligé de cons-tater qu'ils y parviennent et que j'en serais dépité, ce qui témoignerait, chez moi, d'un désir for-cené de les laisser dans leur dictature ? Je n'arrive pas à comprendre le sens de votre phrase. Mais, quel que soit le terme de l'alternative, je vous saurais gré de me dire où vous l'avez trou-vé dans mon paragraphe! Je subodore que, pour vous faire plaisir, vous avez, là encore, solli-cité le sens de mes propos.

- Une des ironies de l'histoire veut que, parmi les régimes qui ont le plus élargi les droits civils et civiques des femmes, on trouve le régime prosoviétique de Kaboul (qui a duré de 1979 à la fin des années 1980) ainsi que le régime de Saddam Hussein. Ce sont, paradoxalement, les ré-gimes soutenus par les Américains, parangons de la liberté, qui, à l'égard des femmes, se sont montrés (et se montrent encore) les plus réactionnaires. De même, dans l'Irak de Saddam Hus-sein, la petite communauté chrétienne était-elle plus en sécurité qu'elle ne l'est depuis l'intervention des Américains. Un des fondateurs du parti Baas, Michel Aflak, était chrétien, de même que le vice-président de ce même Saddam Hussein, Tarek Aziz. L'intervention améri-caine, qui visait à lutter contre l'islamisme (paraît-il!) a eu comme résultat calamiteux de pré-cariser la chrétienté d'Irak, une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde, pres-que d'ancienneté évangélique. Mais, à Washington, on n'en est plus à une balourdise près!

[Ici une précision : ne me faites pas dire ce que je n'écris surtout pas, à savoir un plaidoyer pour les régimes d'Hafizullah Amin, de Babrak Karmal ou de Saddam Hussein. Non, je reconnais sim-plement les mérites où il y en eut. Je sais gré au régime franquiste d'avoir institué les soins gra-tuits, au général de Gaulle d'avoir introduit la pilule, à Giscard d'Estaing la dépénalisation de l'avortement et à Jean-Pierre Raffarin une répression accrue des excès de vitesse, toutes mesures, d'ailleurs, souvent prises contre le vÅ“u d'une large part de l'électorat de ces gouvernements!].

En conclusion.

- Je ne me situe pas dans la perspective où vous avez tant plaisir à me placer : celle d'un soutien systématique au tiers monde contre les Etats-Unis ou aux civilisations extra-européennes contre la civilisation européenne. Je me place à l'intersection d'une perspective nationale (comme le Français que j'entends demeurer), d'une perspective de classe, d'une perspective religieuse et d'une perspective politique. Entre un Palestinien de droite et un Israélien de gauche, je choisis l'Israélien. Entre un patron chinois et un ouvrier américain, je choisis l'ouvrier américain. Entre un Indien riche et un Suisse pauvre, je choisis le Suisse. Entre un islamiste palestinien et un athée israélien, je choisis l'Israélien. A cet égard, je ne pratique pas l'auto-flagellation puisque je ne me sens aucune solidarité avec l'Occident tel que vous l'entendez.

- Je me situe dans la perspective des Occidentaux qui, tout en restant Occidentaux, ont soutenu les luttes de libération : celle du Vietminh en Indochine française, celle du F.L.N. en Algérie, celle du F.L.N. vietnamien au Sud Vietnam. A cet égard, et même si le rapport des pertes est disproportionné, je m'intéresse au premier chef, dans la présente guerre d'Irak, aux pertes amé-ricaines. Même si le rythme de celle-ci n'a rien à voir avec celui du Vietnam (et, en un sens, malheureusement, il n'a rien à voir) je me demande, tous les jours : mais quand cela va-t-il fi-nir ? Quand ces pauvres soldats vont-ils rentrer chez eux ? Quand vont-ils cesser de se faire tuer pour des raisons qui ne les concernent pas ? Quand vont-ils cesser de se faire tuer pour des maî-tres qui les méprisent (des maîtres qui n'ont pas eu un mot pour eux dans le discours sur l'état de l'Union, des maîtres qui leur fournissent des gilets pare-balles et des Humvees pourris, des maîtres qui les envoient soigner dans des hôpitaux poubelles) ? J'y pense avec une angoisse ré-trospective, car je subodore que, si nous avions eu, en 2003, une autre droite que celle-ci, des soldats français seraient en train de se faire tuer en Irak.

- Je me situe dans la perspective d'une future défaite non des Etats-Unis mais de ces idéologues qui, à Washington, n'ont eu de cesse, depuis les années 1990 (car l'affaire remonte bien avant le 11 septembre 2001) de bouter le feu dans tous les coins de la planète (en particulier dans le monde musulman) pour y satisfaire leurs lubies fumeuses. Car (et je terminerai par ceci) la dé-faite est là , et bien là :

- Elle est là dans la répétition mécanique, depuis 4 ans, des mêmes ritournelles : «six jours ou six semaines pour vaincre les insurgés, mais probablement pas six mois» (Rumsfeld, septembre 2003) ; «entre cinq et douze ans» (Rumsfeld, juin 2005) ; «les neuf mois qui viennent seront cri-tiques» (Zalman Khalilzad, juin 2005) ; «les six prochains mois seront critiques» (le même, un an plus tard) ; «nous saurons d'ici six mois si les résultats commencent à se matérialiser ou non» (Paul Ryan, congressman républicain, février 2007) ; «les prochains six mois seront leur horizon» (un proche du général Petraeus, mars 2007) ; etc., etc.

[Ces déclarations ressemblent trait pour trait à tout ce qu'on a pu entendre durant la guerre du Vietnam : «le Vietcong au bout du rouleau», «espoir à Saigon», «Vietnam : le bout du tunnel», «Reportage dans la pointe de Camau pacifiée», etc., etc. et tant de reportages du Figaro, de Va-leurs actuelles, de Paris-Match, dont se délectaient leurs lecteurs! Il n'y manque même pas le parallèle des «élections», censées légitimer le régime fantoche, entre le «8 millions de gifles sorties des urnes irakiennes» de M. Monnerat (le 13 février 2005) et le «Vietnam : 83 % de par-ticipation malgré la terreur vietcong», à propos des «élections» au Sud Vietnam de septembre 1967. Autres lieux, autres temps, mais même issue!].

- Le 23 janvier 2004, M. Monnerat dressait un bilan «optimiste» de la situation en Irak : la situa-tion était en bonne voie de stabilisation, les attaques diminuaient, le moral des troupes remon-tait, les réengagements fonctionnaient à plein, et les Américains comptaient 513 tués. Trois ans après ces succès, où en est-on ?

- Le nombre de soldats tués est passé de 513 à 3209 (au jour où j'envoie ce post). La mission, que George Bush présentait comme «accomplie» le jour où il fit son «cinéma», le 1er mai 2003, sur le pont de l'USS Abraham Lincoln, connaît quelques ratés. Et, en particulier, lorsqu'on scrute le chiffre des pertes.

- La droite de régression linéaire tracée sur le graphique des pertes mensuelles des Etats-Unis depuis mars 2003, correspond à l'équation y = 0,587 x + 51,536. Cette droite, qui fixe une ten-dance, fait passer les pertes théoriques de 52 à 80 par mois de mars 2003 à février 2007 (en ré-alité, elles furent respectivement de 65 et 80). Toutefois, au cours des mois de décembre 2006, janvier 2007 et février 2007, ces pertes réelles furent de 112, 83 et 80, c'est-à -dire au minimum égales, sinon supérieures aux pertes théoriques.

- Ce qui est également révélateur, c'est que si les pointes des pertes (135 et 137 tués respecti-vement en avril et novembre 2004) ne sont jamais réapparues, les minima de ces mêmes pertes (20 en février 2004, 35 en mars 2005, 31 en mars 2006), ont, eux aussi, disparu : le dernier mi-nimum significatif enregistré était de 43 en juillet 2006. Depuis, ces minima n'ont jamais été in-férieurs à 65 (en septembre 2006). Au 17 mars 2007, ces pertes sont déjà , pour le mois de mars, de 44. Rapportées aux mois de janvier et février de l'année, et lissées sur l'ensemble de 2007, cela donne un total théorique de 828 pour toute l'année, alors que le mois de mars en est juste à sa moitié ! [Pour mémoire, ces pertes avaient été de 486 en 2003, de 848 en 2004, de 847 en 2005 et de 821 en 2006]. Cette tendance est confirmée par l'écart type établi sur 12 mois glis-sants (depuis mars 2003), écart type qui tend à se stabiliser horizontalement autour de 20. (Ce qui, en d'autres termes, signifie que les résistants ont acquis un «métier» qui leur permet, cha-que mois, de tuer un nombre de soldats américains qui, non seulement ne redescend plus mais tend même à augmenter d'un mois sur l'autre).

- Enfin, même si ce n'est que symbolique (les troupes n'étant pas très nombreuses), l'un après l'autre les pays de la coalition se retirent d'Irak ou diminuent leur participation : Espagne, Hon-duras, République Dominicaine, Pologne, Ukraine, Italie, Bulgarie, etc.

Je ne me fais pas d'illusion : la défaite des Etats-Unis risque d'être pénible pour ceux qui (de gré ou de force) ont collaboré avec eux. Qu'on se rappelle les scènes affreuses de l'été 1944 en France ou des lendemains des accords d'Evian en Algérie! Encore que, précisément, la fin de l'occupation du Liban Sud par l'armée israélienne fut étonnamment clémente pour l'ALS, mal-gré 18 ans d'une guérilla très dure (comme quoi le pire n'est pas toujours sûr).

Ce qui est fascinant, dans l'actuel gouvernement américain, c'est de voir à quel point il concen-tre en lui la quasi-totalité des aspects de la droite. Aussi bien du point de vue économique et so-cial (soutien à l'ultralibéralisme, diminution des impôts des riches, refus de renoncer à l'hyper consommation), sociétal (maintien de la peine de mort, hostilité à l'avortement), culturel (sym-pathie envers les créationnistes), idéologique, politique et géostratégique (sympathie pour la théorie du choc des civilisations, esprit de croisade, recherche d'Etats voyous, montée vertigi-neuse des budgets militaires, militarisme, démolition méthodique des droits civiques améri-cains, flicage généralisé), environnemental (hostilité au protocole de Kyoto), etc. D'où sa popu-larité, dans le monde entier, chez tous ceux qui partagent une ou plusieurs de ces opinions. Et d'où leur soutien à la politique extérieure américaine, notamment en Afghanistan et en Irak. Le problème, c'est que tous ces aspects se tiennent et que, si l'un vient à sombrer, il entraîne tout le reste !

Or, les points par où il peut couler sont nombreux. Que ce soit à la suite d'une crise boursière, d'une catastrophe écologique, d'un affrontement avec la Chine, rien ne manque. Mais ce qui risque d'advenir le plus vite, c'est la double catastrophe en Afghanistan et en Irak. Tous les dé-vots des Etats-Unis (en France les Madelin, les Novelli, les Minc, les Millière et consorts) s'accrochent à George Bush comme à une bouée. Mais c'est une bouée en fonte ! Qu'ils pren-nent bien leur respiration : ils ne sont pas prêts de remonter à la surface!

Publié par Albert le 17 mars 2007 à 22:58

Franchement, Albert, vous avez vu la longueur de votre "commentaire" ??? Je suis désolé, mais il faudrait investir bien trop de temps pour répondre à la myriade d'éléments faux, contestables ou discutables que vous avancez... et ce temps n'est pas nécessairement disponible.

Pour ce qui est l'Irak, puisque vous m'interpellez à ce sujet, et bien que cela sorte largement du cadre du billet, sachez que je ne perds pas de vue la situation. Simplement, celle-ci ne le laisse pas cadenasser par des bilans unilatéraux et biaisés, et se traite difficilement dans des commentaires. Interrogez-vous seulement sur les gagnants et les perdants de l'affaire, c'est une perspective éclairante...

Publié par Ludovic Monnerat le 17 mars 2007 à 23:13

De même qu'il est utopique (au pire sens du terme) d'espérer faire la paix avec un ennemi (ce n'est possible qu'avec un ex-ennemi), il est inutile de débattre entre adversaires convaincus. Les discussions ne progressent qu'entre gens qui se sont mis d'accord préalablement sur l'essentiel.

Pour palier à cet état de fait, la démocratie propose en principe de formuler des questions, ou des séries de questions dépendant les unes des autres, d'organiser des votes et d'entériner le(s) choix de la majorité. Or il y a une autre voie «démocratique», mais tombée en désuétude, qui consiste à ne tolérer que des décisions prises à l'unanimité. La première est plus facile à réaliser, et elle est surtout réalisable dans presque toutes les conditions; elle est donc plus «pragmatique» et elle a fait ses preuves. Mais au fond, ce n'est qu'une solution de facilité.

La deuxième requiert souvent des débatteurs des efforts surhumains de créativité et de compromis innovants, de sorte qu'elle débouche souvent sur des affrontements parallèles, des pressions, voire des assassinats. Elle exige des participants une discipline qui n'a guère été remplie que dans des sociétés ou des groupes priorisant l'honneur sur la vie. Et elle a été totalement pervertie là où des lois (divines) ont permis aux hommes d'assassiner au nom de leurs convictions (comme dans l'Islam, oui).

Mais les possibilités offertes par l'informatique et Internet permettraient de raviver la deuxième méthode, au fond réellement démocratique. Si les participants sont anonymes, personne ne peut les tuer ni vraiment faire pression sur eux. Des votes qui pourraient évoluer en fonction des arguments ou des arrangements présentés et qui seraient affichés en permanence permettraient de discerner rapidement quelles solutions sont le mieux à même de réunir des unanimités. Ainsi, des organes législatifs seraient en mesure de publier des décisions vraiment optimales, Et si ce n'était pas possible, ponctuellement, les exécutifs pourraient tout simplement revenir à la première méthode et choisir la décision la plus majoritaire.

Et un tel divan revisité pourrait même bien constituer l'avenir de la démocratie.

Publié par ajm le 18 mars 2007 à 12:00