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20 avril 2006

To blog or not to blog

Pourquoi aussi peu de responsables politiques, économiques ou autres tiennent-ils un blog ? A priori, il s'agit d'un mode de communication simple, direct, malléable, apte aux réactions immédiates, entièrement contrôlable (si l'on supprime les commentaires) et susceptible d'obtenir une audience assez vaste, ou du moins influente (via les médias traditionnels). Certes, les exemples actuels, comme ceux tirés de campagnes électorales récentes, ne montrent que rarement un emploi convaincant de ce nouvel outil. Il n'est cependant pas interdit d'imaginer autre chose, par exemple que le Chef de l'Armée - pour prendre une hypothèse tirée de mon domaine principal - ouvre son propre blog, l'alimente au quotidien avec les éléments publiables de son activité, comme les visites à la troupe, les rapports officiels ou encore les apparitions médiatiques, et en profite pour marteler les messages essentiels à son échelon. Pourquoi pas ?

On me rétorquera en premier lieu que les responsables dont les activités sont « porteuses » n'ont probablement pas le temps et/ou le goût d'écrire des billets, et que le recours à des auteurs anonymes dans leur entourage immédiat reviendrait à galvauder le concept du blog. Je répondrais à la première objection qu'il s'agit avant tout d'une affaire d'organisation, d'habitude et d'inclination littéraire, forcément différente chez chacun, et à la seconde que les hauts responsables sont déjà accoutumés à prononcer des discours ou à signer des articles rédigés par d'autres. Le blog officiel d'un dirigeant pourrait donc venir compléter les vecteurs de communication traditionnels, à supposer bien entendu que le personnage trouve un intérêt à rédiger au moins quelques lignes ou quelques mots-clés pour permettre la mise en ligne d'un contenu à la fois authentique, actuel et intéressant.

On me rétorquera ensuite que la plupart des responsables n'ont qu'une liberté d'expression restreinte, à la notable exception de ceux situés au sommet de la hiérarchie, et qu'ils sont de toute manière astreints à un devoir de réserve limitant sévèrement les sujets pouvant être abordés. Je répondrais à la première objection qu'il s'agit avant tout d'une affaire de conduite et d'intégrité, chaque citoyen conservant un droit intégral à sa liberté d'expression, et à la seconde que le devoir de réserve n'est bien souvent que l'argument permettant de faire taire des individus posant des questions gênantes et qu'on l'oublie très vite dans les réunions semi-publiques qui rassemblent régulièrement les cercles politiques, médiatiques, académiques ou autres. A mon sens, chaque dirigeant pourrait donc tenir un blog personnel, dont le contenu ne pourrait en aucun cas être rapproché des positions affichées par sa hiérarchie ou son employeur, ou même de son blog officiel.

Abordons la question sous un angle à la fois hypothétique et absurde : qu'aurait fait le général Guisan si les blogs avaient existé de son temps, avec une population ayant accès à Internet ? Je l'imagine assez bien écrire quelques mots-clefs par courriel à son fidèle Barbey, en lui ordonnant de « mettre tout ça en musique » sous la forme d'un billet, puis assumer son immense responsabilité tout en songeant à sa nouvelle organisation, « Armée et Réseau », mise en ligne pour mieux faire passer ses messages à ses concitoyens! Toute plaisanterie mise à part, je veux dire par là qu'un vecteur de communication et de persuasion tel que les blogs n'aurait jamais échappé à un homme aussi conscient de l'opinion publique. Et si de nos jours l'expression individuelle, spontanée et interactive du blog n'est pas encore entrée dans les mÅ“urs des grandes organisations, ce n'est qu'une question de temps avant que des esprits plus avisés en tirent pleinement parti.

Publié par Ludovic Monnerat le 20 avril 2006 à 23:36

Commentaires

Je partage bien sûr avec toi la conviction que la blogosphère a un potentiel immense encore à peine développé (moins aux US ou l'influence de certains blogs est carrément légendaire). Combien de monde dans notre entourage n'en a par contre encore jamais entendu parler ou ne comprend pas la différence dynamique entre un blog et un site "normal"? Mais il est aussi vrai que ça prend énormément de temps si on se donne un peu de peine. Et par essence, la blogosphère n'est pas payante (en tous les cas pas directement).

Le WEF, come institutin semi-politique avait par contre ouvert un blog (j'en ai parlé ici à l'occasion d'un incident fâcheux ). Ce qui m'a frappé dans ce contexte, c'est p.ex. les blogs de la Wetwoche qui étaient très bien partis au niveau qualité mais qui ne suscitaient que très peu de commentaires. Les journalistes s'en sont finalement lassé et ont laissé tomber la chose. Je crois donc que l'importance du public ne doit pas être sous-estimée, s'il n'y en a pas, le blog finit par mourir une mort darwinienne. Je ne comprends en tous les cas pas que de gros médias n'en parlent pas davantage, par souci de concurrence peut-être?

Je decerne encore un autre élément, celui de l'intimité exhibée. En fin de compte, le bloggeur divulge une assez grande partie de lui-même, sa pensée p.ex. devient quasimment transparente (ses gaffes aussi d'ailleurs). Et sans que cela soit réciproque, puisque le visiteur ne donne - normalement - que beaucoup moins en retour. Est-ce que cela en effraierait certains?

Publié par Sisyphe le 21 avril 2006 à 0:02

Publié par Ruben le 21 avril 2006 à 0:32

Je pense à une d'autres raisons toutes simples. La première, c'est qu'un blog fait peur: pour qu'il ait un sens, il faut le garder en vie, peut-être éternellement. Il donne aussi une possibilité d'archivage qui n'est pas du goût de ceux qui changent si souvent de veste... Sans parler du talent pour écrire, qui n'est pas aussi répandu que cela.

Enfin, les fameuses personnalités évoquées par Ludovic Monnerat sont souvent des gens âgés en délicatesse avec la technologie. C'est particulièrement criant en France au niveau de la classe politique.

Peut-être que dans vingt ans les choses seront différentes.

Publié par Stéphane le 21 avril 2006 à 10:22

Comme le souligne Ludovic Monnerat, il faut une certaine inclination littéraire pour tenir un blog chaque jour. Il faut, de plus, dire des choses interessantes pour être lu. N'importe qui ne peut pas tenir un blog.
Ne peut-on comparer un blog de qualité avec les journaux ou correspondances tenus autrefois par certaines personnalités ?
Quels sont les journaux qui ont tenu le coup face à l'épreuve du temps ?
On pourrait citer les Mémoires de Guerre du Général de Gaulle, certaines correspondances de Napoléon avec Joséphine (reprises par Max Gallo dans son Napoléon), etc...

Publié par Juan Rico le 21 avril 2006 à 20:53

Je pense qu'il faut néanmoins profiter de ce faible engoument. Je vois bien aussi d'ici 10-20 ans chacun de ces personnages avoir son blog, incendier les autres dessus et effacer les commentaires désobligeants. On regrettera l'époque où seule 3-4 avaient un blog!

Publié par LolZ le 21 avril 2006 à 22:04

Je pense que les Blogs vont disparaître ou se transformer radicalement avec l'augmentation de la Bande Passante.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 22 avril 2006 à 5:55

Ah, nothing but a lot of hot air: http://michellemalkin.com/archives/005054.htm
:-)

Publié par ajm le 24 avril 2006 à 20:37