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6 février 2006

Le dilemme de l'action

Les violences survenues ce week-end, en particulier l'incendie et le saccage de représentations diplomatiques scandinaves au Proche-Orient, ont rappelé - si besoin était encore - que l'Europe ne peut pas échapper aux antagonismes de notre époque. La crise lancée par les caricatures de Mahomet et délibérément enflée par les extrémistes musulmans n'a pour l'heure fait "que" 2 victimes (en Afghanistan et en Somalie, quoique l'assassinat d'un curé à Trébizonde par un adolescent hurlant « Allahu Akbar » doive être examiné), mais il paraît peu probable que l'on en reste là ; le fait que l'ensemble des pays européens soient désormais menacés au mieux de sanctions économiques, au pire d'actes de guerre, montre la dimension potentielle de ce conflit. Pour les nations dont les drapeaux sont brûlés - Suisse comprise - se pose donc la question de l'action. Est-il possible de désamorcer la crise, d'éviter l'escalade ? Peut-on agir en évitant aussi bien la trahison de nos valeurs que l'engrenage de la guerre - l'une comme l'autre menant d'ailleurs probablement à terme au même résultat ?

Sur le plan extérieur, les réactions des gouvernements musulmans ont désormais placé la crise dans une dimension internationale, et toute action doit nécessairement suivre les règles applicables à celles-ci. Ainsi, il paraît tout à fait judicieux de porter devant l'OMC le boycott de produits danois ou européens, afin d'assurer que les accords commerciaux soient respectés. Par ailleurs, les pressions diplomatiques exercées sur les ambassadeurs européens doivent avoir leur pendant en Europe, et les ambassadeurs des pays musulmans doivent être régulièrement convoqués pour recevoir les admonestations que les outrages commis par ou dans leur pays respectif méritent. Enfin, le saccage d'ambassades et de consultats doit donner lieu à des excuses officielles - la Syrie les a en partie prononcées, le Liban entièrement - ainsi qu'à des versements compensatoires.

Sur le plan intérieur, le respect des lois nationales en vigueur doit être imposé. Ainsi, il paraît tout autant approprié d'ouvrir des poursuites judiciaires contre le journal ayant publié les caricatures de Mahomet si l'on estime que celles-ci contreviennent à une disposition légale ; mais les appels à la violence et au meurtre proférés sur notre sol par des manifestants musulmans doivent également être poursuivis, leurs auteurs identifiés, leurs inspirateurs appréhendés, et donner lieu à un procès équitable. Toute menace sur la liberté d'expression doit être immédiatement sanctionnée, et toute dérogation à la constitution et aux lois règlant la vie en société hors des procédures démocratiques usuelles est exclue. Enfin, tout acte de violence armée visant notre population, nos intérêts ou des représentations étrangères sur notre sol doit autoriser un emploi de la force proportionnel et ciblé.

Toutefois, en ce domaine comme en bien d'autres, les gouvernements n'ont ni la capacité, ni la liberté d'agir de manière décisive. Cette crise a été déclenchée et alimentée par des organisations privées, même si plusieurs gouvernements tentent d'en profiter, et elle souligne très clairement les transferts de pouvoir que provoquent les nouvelles technologies de l'information. Il ne peut y avoir de contraste plus aigu entre les mouvances islamistes qui oeuvrent derrière les manifestations violentes et les élans de solidarité occidentaux qui se manifestent au travers de bannières pro-danoises ou de retouches Photoshop de Mahomet, mais ces mouvements qui se heurtent ont en commun le fait d'avoir l'initiative. Pour les gouvernements, notamment européens, il ne reste pour l'heure qu'à tenter de ne pas trop subir les événements.

C'est dire la mesure et la détermination qui doivent caractériser leurs déclarations. Il est en définitive contre-productif de juger « inacceptables » les déprédations commises contre les intérêts européens si l'on ne fait rien à l'encontre de leurs auteurs ou de leurs complices, si l'on ne concrétise pas les paroles par des actes clairs et crédibles. En même temps, il est inadmissible de se livrer à des actes de contrition et de capitulation contraires à nos valeurs et à nos lois. L'excès dans un sens comme dans l'autre serait une grave erreur. Autant dire une quasi quadrature du cercle...

Publié par Ludovic Monnerat le 6 février 2006 à 15:42

Commentaires

La confrontation est inévitable entre la modernité et la charia:
http://extremecentre.org/?p=679.
J'aimerais bien avoir votre avis éclairé sur la question. Pourquoi pas un petit Kriegspiel bien ficelé comme celui sur l'Iran?

Publié par Sittingbull le 6 février 2006 à 16:21

l'édito du journal le matin du 6.2.2006(http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinheadactu/actu_suisse/edito_060206_l_humour.html)est vraiment navrant sur cette question.
On mélange des idées en soi louables pour formuler un discour illogique et lâche. Les valeurs de notre culture occidental ont le droit d'être défendu avec bien plus de conviction que ce cela.

Publié par crys le 6 février 2006 à 16:28

Terminons déjà l'expérience consacrée à l'Iran... La fin du monde n'est pas pour demain ! :)

Publié par Ludovic Monnerat le 6 février 2006 à 16:28

Bonjour,

Ne pensez-vous pas que l'aveuglement européen soit en quelque sorte un effet d'ethnocentrisme, ou plutôt de "culturocentrisme" ?

Je m'explique : Plus personne ne tue au nom de la religion en Europe, et les européens raisonnent automatiquement comme s'il en allait de même pour le reste de l'humanité.

En Occident, tout le monde pense que la démocratie et les libertés individuelles sont les buts ultimes de tout homme sur terre. On peut aussi parler de notre matérialisme peut-être excessif.

En plus, les peuples européens sont je pense toujours "usés" par toutes les guerres que nous avons connues sur notre sol, et ne veulent plus de guerre. Par généralisation là aussi les Européens pensent (ou veulent obstinément croire) que les autres peuples sont tous aussi pacifiques que nous.

Pensez-vous que cette analyse est fondée ?

Publié par Protonix le 6 février 2006 à 16:32

A long terme, ni la diplomatie ni la législation et le système légal européen ne sauront freiner les passions islamistes des musulmans.

Ceux-ci vivent un « momentum » dans leur propre histoire : « l'occasion » de « saisir » enfin l'Europe par la peur, la menace, la natalité, etc. Il est vrai que « la confrontation est inévitable entre la modernité et la charia », mais les musulmans le voient comme une confrontation entre la « soumission à Allah » (i.e., l'Islam) et « l'infidélité », c.-à -d. la chrétienté.

Un retour aux racines historiques de l'Europe (autres qu'énoncés dans la constitution européenne déchue !) saura peut-être clarifier l'identité et la réponse européenne vis-à -vis ce problème présent et futur.

Publié par l'Eurocanaméricain le 6 février 2006 à 17:03

"...La crise lancée par les caricatures de Mahomet et délibérément enflée par les extrémistes musulmans...les mouvances islamistes qui oeuvrent derrière les manifestations violentes..."

J'ai beaucoup de difficulté à accepter cette hypothèse. Mon expérience, qui date de plusieurs décennies en arrière me tricote que ce sont ces pouvoirs autoritaires en décadences qui ont soufflé sur les charbons. C'est eux et non pas les Islamistes qui ont le contrôle de l'émeute. N'oublions pas que beaucoup de groupes extrémistes sont infiltrés par les police des Vizirs qui veulent être Khalif à la place des Khalif ;-) Les groupes islamistes ne sont pas dupes et commencent à reprendre le contrôle au moins de leurs adhérents, ce qui faut bien avoué n'est pas facile pour ceux qui savent ce qu'est une émeute en terre musulmane. De plus dans tous les pays qui bougent, les Islamistes on été pourchassés et affaiblis. Ces émeutes sont des classiques du type que nous subissions " du temps des colonies ". Si nous cherchons, à qui profite le crime, notre regard ne peux que pointer ces gouvernements qui n'en finissent pas de mourir. Les Islamistes attendent et ne compromettraient pas leur bel avenir pour une histoire de caricatures, les corps dénudés et l'alcool des camps de vacance les inspirent beaucoup plus pour s'offrir en prime un beau feu d'artifice.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 6 février 2006 à 17:27

En Afghanistan, il y a eu 4 morts (dont 1 américain je pense)

http://www.tribstar.com/news/feeds/apcontent/apstories/apstorysection/D8FJLQ582.xml.txt/resources_apstoryview

Même l'AP est peu claire dans ces dépêches!

Bien à vous et merci pour l'excellent travail.

Publié par David Descamps le 6 février 2006 à 17:38

Merci pour le lien vers la dépêche AP. Si l'on additionne ces différentes informations, on parvient donc au décompte macabre d'au moins 3 morts en Afghanistan, 1 en Somalie et 1 au Liban. Sans commentaire...

Publié par Ludovic Monnerat le 6 février 2006 à 17:44

Je ne comprends pas pourquoi il serait approprié d'ouvrir des poursuites judiciaires à l'encontre des journaux ayant publié des dessins humoristiques évoquant le prophète mahomet.

Publié par FrenchBoy le 6 février 2006 à 18:00

Moi non plus, je ne le comprends pas.
Je suppose que Ludovic essayait de dire que les lois de pays en question doivent être appliquées.

Publié par Ruben le 6 février 2006 à 18:12

@ Y.-M. Senamaud

J'ose avouer que je partage une expérience de plusieurs décennies avec vous sur la question de l'islam, en particulier indo-pakistanais. De mon point de vue les tropismes ne s'exercent pas dans le sens du contrôle mais de la légitimité.

Que l'on soit islamiste ou simple croyant (mais croyant!) la souveraineté ne peut appartenir ni au peuple ni au vizir, ni au sultan, ni au raïs. Elle appartient à Allah et s'exécute dans sa Sharî'a.

N'ayant pas de légitimité issue du peuple, le "vizir" est confirmé dans sa légitimité par les oulémas (ou à défaut: les cheicks) qui eux mêmes le sont par notoriété (cooptation ou acclamation en cas de redistribution des cartes, pour faire très simple). Lorsque les oulémas doivent remplacer un "vizir", ils doivent le faire sans désordre interne (fitna) en raison d'un commandement coranique. La faille narcissique doit donc prendre pour cible "l'autre", le kuffar, le non-muslim. Là pas de fitna !

En période de redistribution du pouvoir, comme c'est le cas avec le Hamas, l'Iran, et bientôt la Syrie et l'Egypte, c'est tout le futur couple (oulémas-émirs) qui doit acquérir sa propre légitimité. Et son seul moyen, c'est le comptage de ses troupes (par addition des foules) et de ses opposants (par attrition des individus ou des droits).

Ce à quoi on assiste avec la rue aujourd'hui s'inscrit parfaitement dans cette logique: ceux qui contrôlent le mouvement comptent leurs troupes. C'est même sans doute l'objectif essentiel de l'opération tant il est vital dans la prise de pouvoir traditionnel à l'islam. Et là le lien avec ceux qui appellent à la rue est évident: c'est bien l'al Harakat de Yussuf al Qaradawi qui gère et engrange, en particulier dans le cadre de son OPA sur l'association internationale des oulémas, pas les gouvernements. Si c'étaient les gouvernements, il y aurait, au premier degré, des portraits des chefs au bout des bras. Et n'oublions pas que la seule audience tv (suffisante pour légitimer) de qaradawi est de 10 millions d'âmes, sans compter la pléthore de relais internet et politico-financiers. Il n'est ni plus ni moins en train de se profiler lui-même comme calife.

Je suis navré mais on est dans un schéma de comptage en période recomposition accélérée, de nouveau interne à l'islam, comme il peut y en avoir à l'intérieur d'un parti politique par exemple, toutes choses égales par ailleurs...

Quant à la moribonderie des vizirs, elle demeure accessoire, tant que dure l'obligation d'être musulman pour être chef d'Etat, laquelle s'impose dans les 57 pays de l'OCI...

Publié par louis le 6 février 2006 à 18:23

A FrenchBoy : Ruben a raison, je voulais dire par là que les lois et les tribunaux offrent des possibilités de recours et de décision face à une telle crise. Etant entendu que la présomption d'innocence s'applique pleinement... Maintenant, toutes les caricatures n'étaient pas humoristiques, et celle montrant Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe donne quand même matière à réflexion sur le plan juridique (à ne pas confondre avec une condamnation, bien entendu).

Accepter les décisions de la justice, sur la base des lois écrites et votées par l'homme, est donc en soi une valeur essentielle à faire respecter.

Publié par Ludovic Monnerat le 6 février 2006 à 18:38

@Ludovic

Une petite précision juridique: l'analyse des limites à la liberté d'expression s'effectue en premier ressort selon le droit local de l'auteur et de la publication. On doit donc raisonner en droit danois pour commencer, puis dans les droits qui ont repris les caricatures, sous l'angle de la liberté de la presse et de l'information cette fois. Il serait donc faux de raisonner en termes généraux ou en transposant une disposition suisse comme l'art. 261 du cp (proche de l'interdiction de blasphème) à d'autres pays.

Deuxième précision de base sur la diffamation. La diffamation contient le concept d'atteinte à l'honneur et la réputation que les musulmans nous reprochent dans la rue. Mais chez nous (Europe) ce dispositif fait une exception de taille à son application: l'exception de vérité. Il n'y a pas de diffamation si l'atteinte véhicule une vérité. Il serait dès lors diffamatoire de mettre un cimeterre dans les mains de Jésus ou Bouddha, en revanche cela ne l'est pas pour Mahomet car (si admet son existence, ce qui est un autre débat non moins intéressant en droit de la diffamation)il en a usé et abusé. Il a en outre ordonné d'en user et c'est justement l'exécution de cet ordre qui figure sur les panacartes des manifestants londoniens ou autres ces derniers jours. Le fait de transfigurer l'ordre de dépecer à l'arme blanche par un explosif ne change pas grand chose d'un point de vue de la vérité biographique du personnage.

Pour qu'il existe un interdit d'exprimer une vérité désobligeante mais vraie sur quiconque, il faut une loi spéciale. Il en existe par exemple pour protéger l'honneur des chefs d'Etats mais qui sont tombées en désuétude. Les musulmans sont en trains de nous faire accepter qu'il puisse en exister pour eux. Cela s'appelle l'intériorisation de la sharia.

Publié par louis le 6 février 2006 à 19:05

Si ceci est permis, on peut rien interdire se rapportant à la religion, Ludovic. C'est évident.

Publié par Ruben le 6 février 2006 à 19:06

Mieux que le téléphone cellulaire : le téléphone arabe!
Hier apès midi, sans que la police, ni les services spécialisés ne le sachent au préalable, une manifestation "soudaine" de 1000 personnes s'est déroulée en plein Paris!
Cela donne à réfléchir!
En effet, Mon Colonel! : "imaginez cela à 4 heures du matin avec des moujahidines armés de Kalash et de RPG, en plein Paris, (ou à Berne...) se livrant à des exécutions et des destructions ciblées tandis que des émeutes éclatent dans toutes les banlieues de France et de Navarre...."
Et que les unités militaires sont soit désarmées ou en permission....
Loin de la géopolitique de bistrot des medias, ou des lamentations des partis sur Ségolène plutot que Francois, de Nicolas plutot que dominique.....

Voilà un bel os à ronger pour un Etat-Major!.....

Publié par Patrick LUCO le 6 février 2006 à 19:06

D'accord, Ruben, s'il existe une jurisprudence sur la chose ; et en France, naturellement, comme l'a judicieusement rappelé Louis avec la primauté du droit national.

Bon, puisqu'on parle de droit, où se cache donc Sisyphe ? Ses lumières sont nécessaires ! :)

Publié par Ludovic Monnerat le 6 février 2006 à 19:21

@ Ludovic:

Il y a effectivement sans doute une carte intéressante à jouer pour ce qui touche le centre de gravité bleu :)

Ainsi qu'un certain nombre de déductions à faire pour ce qui touche celui de l'adversaire...;)

Pour en revenir au sujet, je ne peux qu'approuver les interventions de d'Yves-Marie et Louis en ce qui concerne les modalités de "contrôle" de la fameuse "rue arabe", ainsi que sur la question essentiel qu'ils posent: à qui profite le crime?

Eléments de réponse de Crescendo, que j'ai ici plaisir à siter. Il intervient sur un sujet très proche chez Sotek d'ORDRE 66 :

"Je termine avec l'idée que nous vivons en plus en ce moment une superbe manipulation de la part des Syriens, des Iraniens et des Palestiniens. L'Affaire danoise date de la rentrée 2005. Elle ne sort qu'aujourd'hui. Et personne de s'interroge. Bizzarement, les pays ou zones géographiques qui connaissent des problèmes géopolitiques sont les plus violentes par rapport aux Danois. La Malaysie très sage s'est contentée des excuses du journal. Par contre, quelle bonne affaire pour les dirigeants syriens que d'essayer de s'échapper du bourbier des assassinats libanais. Quelle bonne affaire pour l'Horreur iranienne (j'entends pas la son Président), désormais le dos au mur par rapport au nucléaire et ce qui va se passer à l'ONU. Quelle bonne affaire pour les dirigeants du Hamas pour faire monter les enchères et éviter de rentrer dans le jeu occidental et notamment la reconnaissance d'Israel, condition pour obtenir les subventions européennes et américaines."

La "vérité" ne doit pas être loin...seule la liste des opportunistes trouvant leur compte dans l'excitation ou le détournement de leurs opinions publiques respectives s'allonge au fil des jours. Et ils sont nombreux les gouvernements ayant le besoin de masquer à leur peuple, ne serait ce que pour un instant, les difficultés endémiques et structurelles qui sont les leurs...

Concernant enfin l'affaire du droit, il est évident que les différentes législations nationales doivent s'appliquer, conformément aux constitutions et aux traités supranationaux. Ce qui sort de ce cadre est tout simlement hors la loi.

Publié par Winkelried le 6 février 2006 à 20:38

@ Ludovic

Coucou! :-) J'ai vécu l'affreuse expérience d'avoir Internet en panne chez moi depuis vendredi, un peu comme un goutte-à -goutte qui ne goutte plus... ;-))

Il m'a donc été difficile de suivre l'entité du débat. J'essaierai tout de même d'apporter un élément de réflexion supplémentaire: En soi, la diffamation et les infractions apparentées et l'acte raciste doivent être dirigé contre une personne concrète pour remplir les conditions légales. Si je dis donc que tous les Fribourgeois puent comme des vaches, je ne suis pas punissable, puisque personne n'est "spécialement" ou plus concerné que d'autres (À part cela, j'ai des racines fribourgeoises, alors...). C'est en tous les cas ce que j'ai retenu de certains cas de jurisprudence sur cette fameuse disposistion 261bis du Code Pénal suisse. C'est d'ailleurs une des raisons pourquoi les adversaires disaient (avec raison je pense) que la norme anti-racisme était inutile, puisqu'il existait en somme déjà des dispositions protègeant essentiellement l'honneur d'un individu contre des insultes, diffamations etc. et qu'on aurait alors pu modifier ces normes existantes au lieu d'en créer une nouvelle, très douteuse et mal formulées en plus (le texte allemand parle d'"appeller à la haine" au lieu de dire "inciter" [p.ex.: "aufhetzen"]...). On n'appelle pas à la haine comme on appelle au boycott...

Publié par Sisyphe le 7 février 2006 à 0:53

A mon humble avis de non-juriste, j'ai le sentiment que le droit des différents pays d'Europe, dans son angoisse de la réapparition d'un fascisme quelconque compris comme une idéologie totalitaire de la majorité à l'encontre des minorités, n'est absolument pas préparé à lutter contre cet "islamo-fascisme" (je trouve ce terme à la fois juste, surtout en ce moment, et malvenu car il a l'inconvénient de complètement occulter une grande proximité - tactique au minimum - avec l'extrême-gauche).
Les prédictions de Dantec se révèlent de jour en jour pertinentes.

Publié par ylyad le 7 février 2006 à 11:06

C'est pourtant simple : on doit pouvoir tout dire. Je suis capable de me battre pour que les nazis, les communistes ou les islamistes puissent jacasser comme ils l'entendent, et en tuer quelques-uns de bon coeur s'il leur prenait l'idée de passer à l'acte.
La liberté d'expression ne fonctionne qu'en mode binaire : complètement ou pas du tout.

Publié par Pan le 7 février 2006 à 11:26

Les lois existantes en Europe ouvrent la porte à la contestation de la liberté d'expression, et en France les actions en justice peuvent déboucher sur une interdiction de l'une des caricatures (celle de mahomet avec une bombe à la place du turban).
Le débat est donc autant occident/islam qu'interne. Il faut lever les lois permettant des actions en justice contre des dessins, et revenir à une liberté d'expression la plus large possible, sinon le jour où un juge changera le curseur pour déterminer ce qui est "incitation à la haine" on supprimera tout un pan de la liberté d'expression.

Ceci dit, il est amusant de noter que "l'incitation à la haine" ne fonctionne pas pour le lecteur occidental (ce que prétend le "mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples" qui a porté plainte en France), mais incite à la haine les prétendues "victimes" du dessin (les musulmans).

Cette histoire ne manque décidément pas d'ironie...

Publié par lmae le 7 février 2006 à 11:31

J'ajoute à la suite de lmae qu'il est fondamental d'aller vers une baisse de la censure et non une surenchère sur le mode du "puisque c'est interdit chez eux, interdisons leurs trucs à eux chez nous...etc" car à ce rythme-là , on déclenche un cercle vicieux, et on ne pourra tout simplement plus rien dire du tout en dehors des répétitions de discours officiels.

Publié par Pan le 7 février 2006 à 11:43

@ Ludovic Monnerat:
J'ai bien lu votre réponse. Le risque étant qu'il y ait condamnation. Surtout que cela concerne un prophète, et l'on sait bien qu'il s'agit d'un personnage imaginaire, tout comme les héros grecs...

Publié par FrenchBoy le 7 février 2006 à 12:01

Désolé Ludovic et Louis, mais par fatouah viziresque, je crois que je vais piquer l'intervention de Louis sur les émirs et les oulémas pour mon blog, c'est un angle très intéressant. Comme je suis un vizir magnanime, Louis, la fatouah comprend la permission de m'adresser corrections et amplifications avant décapitation...(pardon, affichage); il faut qu'on soit au Courant.

Publié par Sittingbull le 7 février 2006 à 13:13

Eh bien, en voilà des manières ! Ne vous gênez pas, faites carrément comme chez vous !! :)

Publié par Ludovic Monnerat le 7 février 2006 à 13:55

@sittingbull: sentez-vous absolument libre de reproduire mes idées, j'en suis flatté :-) Il est vrai que je suis en embuscade sur la question du califat et je ne peux m'empêcher de constater la progression accélérée vers sa restauration. Ceux qui défendent l'idée qu'il faut nous-mêmes former les imams, nous ferons bientôt gober qu'il est bon pour nous que les musulmans aient leur "pape". Et personne n'y verra que du feu, au sens propre...

Publié par louis le 7 février 2006 à 14:08

De toute manière, "54% ne sont pas d'accord avec l'affirmation "les décisions de la justice sont impartiales". " (http://permanent.nouvelobs.com/societe/20060205.OBS5191.html) !

Publié par Alceste le 7 février 2006 à 14:10

Moi aussi je pique l'intervention de Louis, qui est très intéressante. :D

Publié par Alceste le 7 février 2006 à 14:13

@ Louis,

Je connais des pays de l'OCI dont les chefs d'état ne sont pas musulmans, en contradiction avec votre affirmation qu'il y a "obligation d'être musulman pour être chef d'Etat, laquelle s'impose dans les 57 pays de l'OCI". C'est le cas notamment de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo étant chrétien "born again", et de la République de Guyana, dont le président Bharrat Jagdeo est hindouiste.


Toutefois il faut reconnaitre que la probabilité qu'un pays à majorité musulmane élise un président d'une autre dénomination religieuse est très faible... sans doute autant que la probabilité qu'un pays à majorité chrétienne élise un président d'une autre dénomination religieuse.


Enfin, je soulignerai qu'un problème existentiel pourrait éventuellement se poser dans tous les pays qui ont une religion d'état, surtout quand les instances politiques ont droit de regard sur les nominations des responsables religieux, ce qui ne concerne pas que les pays de l'OCI, loin s'en faut...

Publié par Damien le 7 février 2006 à 15:33

C'est fait. Avec l'autorisation du calife et de l'auteur du hadith, je sens que je n'ai rien à craindre:
http://extremecentre.org/?p=703

Publié par Sittingbull le 7 février 2006 à 15:47

@Damien: merci de votre précision. Vous avez parfaitement raison sur ces exceptions. A mon tour de préciser quelques éléments que je considérais un peu techniques.

En fait l'article VIII de la charte de l'OCI prévoit la condition "d'Etat islamique" pour être membre. Du point de vue de l'islam un Etat islamque est un Etat gouverné par la sharia (au sens large) et par un chef d'Etat musulman. Les constitutions de la quasi totalité des adhérents à l'OCI le prévoient. Ce qui pose le problème de la définition des constitutions de ces pays, lesquelles ne sont pas "constituantes" au sens propre, puisqu'exécutives de la sharia...

Il existe à cet égard une autre exception, qui est celle du Liban. Sa constitution n'impose pas la religion musulmanne à son président. La tutelle syrienne y a palié jusqu'à récemment...

Le cas de la Côte d'Ivoire (près de 50% de musulmans) est intéressant parce que son président est justement en infraction en quelques sortes, avec les statuts, bien que ce pays n'ait adhéré qu'en 2001. La "rébellion du Nord" (en réalité un jihad de plus), est, entre autres choses, un moyen de régulariser la situation.

Enfin, s'agisssant de Guyana, membre récent également (1998), son adhésion pleine à l'OCI et non comme simple observateur, reste juridiquement une énigme, dans la mesure où les musulmans ne représentent que 10 à 15% de la population. A moins qu'elle ne s'explique par son rôle de tête de pont pour le dialogue "sud-sud", répétition d'Eurabia (à l'identique !), en Amérique du Sud. Si vous avez des infos, je suis preneur.

Publié par louis le 7 février 2006 à 16:18

Un quotidien iranien vient de lancer un concours de caricatures ayant pour thème la Shoah, avec prix d'une pièce d'or à la clef et parution dans le journal pour les 12 gagnants...

Faut-il y voir une réponse du berger à la bergère? Ou encore une provocation iranienne vis-à -vis de l'occident, comme cet Etat en a pris l'habitude ces derniers mois?

Qui plus est, l'UE annonce des sanctions contre els pays appelant au boycott commercial de produits danois... quelles sanctions? L'UE a-t-elle une quelconque influence dans le monde arabo-musulman? Au vu de la crise nucléaire iranienne, on peut en douter.

Publié par Ares le 7 février 2006 à 17:29

Interrogation:

la treve durant les jeux olympiques, c'est une notion "euro-centriste" ou mondiale ? :o))

Publié par Deru le 7 février 2006 à 18:45

Nous somme bel et bien dans une situation de CHOC DES CIVILISATIONS quoique les islamistes et leurs idiots utiles veuillent dire.

Les islamistes sont en pleine offensive pour imposer leurs "valeurs" au infideles, c'est a dire nous.

Avant-hier il s'agisait de Rushdie (un musulman), hier de Theo Vam Gogh (un non-musulman), aujourd'hui des caricatures (notre liberte d'expression), demain de comment les "chiennes infideles" devront s'abiller pour "respecter la sensibilite des musulmans" (notre liberte de conduite), apres-demain ce sera le racket islamique de la dhimmitude, on paie ou on est egorges (notre liberte de penser et d'exister).

Les islamistes et leurs suppots font interdire la distribution de porc pour les SDF, parce que le porc est interdit aux musulmans ... tot ou tard ils vont interdire le son des cloches comme le prescrit le traite de Omar.
http://en.wikipedia.org/wiki/Pact_of_Umar

Il s'agit d'une offensive progressive, d'une escalade de guerre civilisationnelle pour soumettre le monde, comme le dit Qaradawi le maitre a penser des freres musulmans, qui prevoit la conquete de Rome par les jihadistes.

Il s'agit d'un retour au moyen age, a l'Inquisition, a l'autodafe.

Il faut remarquer qu'aussi a cette occasion comme toujours l'islam se presente pour ce qu'il n'est pas. Il se presente tolerant tandisqu'il brule les synagogue, detruit les Bouddha, rase les eglises, tue les moines bouddhistes, assassine les pretres chretiens, publie quotidiennement des caricatures non sur l'etat d'Israel mais sur la religion et ses symboles, traite les Juifs de chiens, singes et porcs.


Publié par Nick le 7 février 2006 à 18:52

@ Louis,

L'article VIII de la charte de l'OCI prévoit que tout "état musulman" peut proposer sa candidature, mais le point essentiel pour être éligible est d'adhérer à l'article II, qui présente les buts et les principes de l'OCI.


Parmi les 57 états membres, 9 appliquent la charia à des degrés divers. Ce sont l'Afghanistan (encore?!?), l'Arabie Saoudite, l'Iran, les Émirats Arabes Unis, la Mauritanie, le Pakistan,
le Soudan, le Yémen et le Nigéria.


Je n'ai pas le temps d'aller récupérer les constitutions de tous les états membres de l'OCI, mais le nombre d'états dont la religion du président n'est pas imposée par la constitution ne se limite pas aux trois déja cités. Il y a un nombre non négligeable d'états membres (y compris anciens) qui ont une population musulmane minoritaire et/ou dont les présidents ne sont pas musulmans. C'est le cas notamment de l'Albanie, du Bénin, de la Guinée-Bissau, du Cameroun, du Gabon, du Togo... en plus de ceux déja cités, et j'en oublie sans doute.


Maintenant, petite dose d'ironie: la nouvelle constitution afghane exige de son président qu'il soit musulman alors que la constitution iranienne précise simplement qu'il doit être digne de confiance et pieux. La République iranienne peut donc en principe être dirigée par un juif pratiquant, ce qui est impossible en Afghanistan.

Publié par Damien le 7 février 2006 à 18:57

Pour un rappel particulièrement complet des faits sur l'affaire des dessins de Mohamed, voir aussi:

http://tinyurl.com/cltsd

Publié par jc durbant le 8 février 2006 à 6:15

A propos de l'article 261bis.
Cet article ne réprime pas celui qui dit "tous les fribourgeois sont puants" mais réprimerait un texte qui dirait "touts les fribourgeois sont des animaux puants que je vous invite à égorger un à un" (aïe, je n'ai pas de racine fribourgeoise...)

A propos des caricatures.
J'ai trouvé très drôle que Ali Khameini affirme qu'elles sont le fruit de la vengeance des sionistes après les élection du Hamas, vu que les élections ont eu lieu 4 mois après la publication en question...
J'ai trouvé très intéressant le concours de caricature sur la shoah car ce concours:
a) exprime l'antisémitisme viscéral de ses auteurs dans la mesure où les caricatures ont été publiées par des chrétiens en terre essentiellement chrétienne
b) reconnaît de facto la shoah en la plaçant à équivalence d'imporance et de sacré face au prophète
c) met en évidence une forme très violente de conflit qui s'inscrit dans une ligne de violence dont le monde occidental commence à peine à prendre conscience. Si ce monde occidental pratiquait la réciprocité, nous serions bien souvent dans la rue et les ambassades de nombreux pays arabe et musulmans seraient sources de chauffage...

Questions de symétrie...

Amicalement,

Respire

Publié par Respire le 8 février 2006 à 7:42

pour information générale.

il s'avère que les islamistes danois ont présentés au moyen orient de faux dessins montrés comme des caricatures publiées par le journal danois.

l'une est une photocopie de très mauvaise qualité montant apparament un imam/mahomet? avec des oreilles et un nez de cochon.

En fait, il s'avère que c'est tout simplement un gars quelquonque participant à un concours de cri de cochon!

résultat de l'enquête à

http://www.neandernews.com/?p=54

un bel exemple de manipulation

Publié par Dave le 8 février 2006 à 8:08

Je suis capable de me battre pour que les nazis, les communistes ou les islamistes puissent jacasser comme ils l'entendent, et en tuer quelques-uns de bon coeur s'il leur prenait l'idée de passer à l'acte. (Pan)

Et oui, pan ! Pourtant, si je devais prendre les armes, ce serait à contrecÅ“ur. Cela signifierait notamment que nous ne sommes pas parvenu à véhiculer nos valeurs, à les faire partager aux autres membres de la communauté. Ce serait déjà une défaite!
Je préfère de loin que la société établisse des limites et essaie, chaque fois que les règles sont transgressées, d'expliquer pourquoi nous ne pouvons tolérer certains débordements. Laisser les extrémistes répandre leur fiel pour ensuite prendre les armes pour les contrer n'est pas très logique, ni très sage!

Alex

Publié par Alex le 8 février 2006 à 8:22

Toutefois, s'interdire de heurter la sensibilité d'un groupe de personnes ( par l'intermédiaire de caricatures, par exemple ), et dont certains membres se livrent déjà à des exactions à notre encontre, sous prétexte qu'elle ne feraient qu'augmenter leur aggressivité à notre égard est le signe concret que nous somme déjà leurs otages.
Est-ce le cas?

Un peu d'humour juif:

"Cela se passe pendant la seconde guerre mondiale. Trois Juifs sont attachés au poteau d'exécution, les yeux bandés, mais juste avant de donner l'ordre au peloton de tirer, l'officier allemand leur propose d'exécuter leur dernière volonté.

Il détache le premier, lui ôte son bandeau et lui demande ce qu'il souhaite. L'homme voudrait qu'on transmette une lettre à sa famille. On lui donne du papier et un crayon, il s'exécute (!) et on le rattache.

On délivre le second, même procédure, il demande à prier, on lui indique la direction de Jérusalem et lui laisse le temps de faire sa prière puis on le recolle au poteau.

Le troisième, à peine détaché, se met à insulter les Allemands : « Bande de salauds, vous finirez par perdre la guerre, vive la France, vive la liberté ! »

Les deux autres se tournent vers lui et glapissent : « Enfin, Moyshé, tu ne crois pas qu'on a assez d'ennuis comme ça ? C'est pas le moment de les énerver ! »"

source de la blague: http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=Ed-492930823

Publié par fingers le 8 février 2006 à 8:52

@Damien
pour clore le débat, qui vous fait tant fouiner dans les détails que vous risquez bien de vous y perdre.

Si vous tentez de faire croire que l'OCI n'est pas un club islamique, je pense que vous n'arriverez à convaincre que vous même, au point d'imaginer, non sans un relatif dérapage, qu'un pays comme l'Iran, dont vous rappelez qu'il applique la shari'a pourrait, en théorie, être gouverné par un juif! Vous omettez sans doute l'interdiction faites aux dhimmis de disposez de droits équivalents aux musulmans. Je doute que vous connaissiez les conditions sordides d'humiliation légales dans lesquelles certains d'entre eux continuent de payer la jiziya dans certaines provinces.

Quant à l'OCI, elle a une raison d'être et une filiation remontant au mufti-nazi de Jérusalem, que les délires tristement célèbre de Mahathir Mohamad en 2003 n'ont certes pas reniés ("The Muslims will forever be oppressed and dominated by the Europeans and the Jews. It cannot be that there is no other way. 1.3 billion Muslims cannot be defeated by a few million Jews. There must be a way" etc.)

Je vous laisse deviner le "way" concocté par les bons esprits des Gentils Organisateurs de ce Club, qui lui firent tous une standing ovation.

Maintenant, que vous mettiez la charte de l'OCI au même plan de lecture et d'interprétation que des instruments occidentaux démontre l'écart à rattraper. A ce compte, peut-être mettriez-vous tout autant la convention islamique des droits l'Homme au même plan que l'européenne ?

Pour en revenir au propos d'origne, la spécificité de l'Etat islamique est sa référence à la shari'a ou à l'islam comme religion d'Etat, dans des conditions d'application qui, elles, vont dépendre du chef (cf. Baudoin dupert "la chari'a est la source de la législation" L'etat de droit de la monde arabe p.125-142 Paris CNRS 1997).

Raison pour laquelle, le chef doit être musulman et prêter serment sur le Coran, en posant la main dessus. Vous n'êtes pas sans ignorer qu'il est justement interdit à un non musulman de mettre la main dessus.

Contrairement à ce que vous dites tous les pays arabo-musulmans, à l'exception du Liban, reconnaissent l'islam comme religion d'Etat(al-islam din al-dawla). Ceux que vous citez ajoutent la shari'a comme source "principale" de législation. Vous omettez des pays notables comme l'Egypte (eh oui...), l'Irak ("L'islam est la religion de l'Etat et une source principale de la loi" je vous fais grâce du débat sur "une". idem pour la loi fondamentale palestinienne),la Syrie, le Koweit, Barhein, Oman, Qatar, ou la Lybie ("loi de la société").

Ma référence à l'OCI, on l'aura compris était celle d'une club islamique de pays installés dans la shari'a ou gérant les tensions de légitimité qui y conduisent structurellement. J'ai parlé de tropisme.

Le fait que les muslmans soient des minorités dominantes dans un Etat islmaique n'est pas un scoop. C'est même un grand classique des conséquences du jihad. L'histoire récente du Soudan est à cet égard exemplaire.

Donc Guyana, Etat non islamique avec population musulmanne minoritaire, reste bien un énigme, comparé par exemple à la Bosnie, dont les positions du refondateur Alija Izetbegovic s'inscrivaient dans la lignée d'un Sayed Qutb, et qui n'est qu'observateur à l'OCI.


Publié par louis le 8 février 2006 à 10:08

Oups, pardon pour les trop nombreuses coquilles de mon dernier texte écrit un peu trop vite :-)

Publié par Louis le 8 février 2006 à 10:24

@ Louis, loin de moi de vouloir polémiquer, j'adhère entièrement à ce que vous dites mais je maintiens, peut-être maladroitement, que ces émeutes ont été instrumentalisées par ces pouvoirs corrompus et dictatoriaux qui comme une hydre, se régénèrent de leur cendres. Ces pouvoirs sont capables de lever des foules assez facilement car étant privée du minimum démocratique elles sont toujours disponibles. L'émeute remplace ce besoin de s'exprimer que nous avons en Occident et ce qui est machiavélique c'est que ça commence par des manifestations plus ou moins ordonnées et de tendances diverses qui vont toujours se heurter aux " forces de l'ordre " de ces régimes qui comme par hasard tirent le plus souvent sur les groupes qui les gênent ( et parfois à 50 cm du sol pour être sur de ramasser les enfants, il y a souvent un bouclier de femmes et d'enfants... ). Que les Islamistes soient dans le coup est presque une évidence, l'Islamisme et l'Islam ne font qu'un et depuis toujours. Les Islamistes ont modelé l'Islam et s'ils se sont fait connaître sous divers nom, représentant ces vagues qui ont embrasé le monde islamique ou musulman, ce qui est pour moi identique car le Livre n'a jamais été réformé dans ce qu'il a de plus agressant pour les Infidèles, juifs, femmes etc. Les temps modernes vivent une déferlante Islamiste d'empire en décrépitude qui utilise " en parasite " les idées et la modernité occidentale pour leurrer les plus faibles d'esprits chez nous et valoriser la masse analphabète qui est le vrai problème du monde Arabo-Musulman en particulier. Je pense que notre différence de vue de cette situation vient en parti, que vos références sont indo-pakistanaises et les miennes plutôt méditerranéennes ou du Maghreb si vous préférez. Le fond est le même et le résultat final ne s'en trouvera nullement affecté ;-) Une petite précision : l'émeute en pays musulman n'est jamais spontanée, c'est une culture, c'est un mode de scrutin un peu comme le vote à main levé, vous l'avez bien décrit " ceux qui contrôlent le mouvement comptent leurs troupes ".

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 8 février 2006 à 19:36

@ Louis,


Oh la, j'ai expressément dit que je faisais de l'IRONIE en disant que l'Iran pouvait THEORIQUEMENT avoir un président juif.
En pratique, il est clair que les minorités religieuses ne peuvent prétendre qu'aux postes politiques qui leurs sont réservés et le poste de président n'en fait pas partie.


Mais le fait que certaines de vos affirmations soient erronées ne me semble pas être un détail. Ainsi, quand vous parlez de "l'obligation d'être musulman pour être chef d'Etat, laquelle s'impose dans les 57 pays de l'OCI", c'est clairement faux, avec au moins Albanie, Bénin, Cameroun, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée-Bissau, Guyana et Togo comme contre-exemples. Ceci étant dit, je ne nie absolument pas que ce soit le cas pour les pays arabo-musulmans. Tout comme je ne nie pas que ces derniers font référence à la sharia. La liste des 9 pays que j'ai donnée est celle de ceux dont les organisations des droits de l'homme disent qu'ils APPLIQUENT la sharia, mais peut-être faut-il aussi ajouter maintenant l'Egypte, l'Irak...


Vous me reprochez de mettre "la charte de l'OCI au même plan de lecture et d'interprétation que des instruments occidentaux". Et pourquoi pas? Dans mon deuxième commentaire, je fournissais un lien vers l'article II de la dite charte; il parle de lui-même et expose très clairement les buts et les principes de l'OCI; le fait de le dire n'implique pas que je les partage. Par contre, il permet de comprendre pourquoi des pays non islamiques y adhèrent!


Vous affirmez par ailleurs que "Le fait que les muslmans soient des minorités dominantes dans un Etat islmaique n'est pas un scoop. C'est même un grand classique des conséquences du jihad. L'histoire récente du Soudan est à cet égard exemplaire.". Ce n'est peut-être pas un scoop, mais je vous engage à trouver un autre exemple que le Soudan. En effet, 70% des habitants du Soudan étant sunnites (25% animistes, 5% chrétiens), il est difficile de qualifier la population musulmane de ce pays de minorité! A contrario, autant que je sache, il n'y a que 15% de musulmans au Bénin, 20% au Cameroun, 20% en Côte d'Ivoire, 10% au Togo, etc... et ce ne sont pas des pays islamiques. Il n'y a pas que le Guyana dans votre liste d'énigmes, et la conclusion qui s'impose, c'est que le tropisme islamique n'est pas l'élément positif motivant l'adhésion de ces pays à l'OCI!


Le discours de Mahathir Mohamad colle de près aux buts et principes de la charte de l'OCI. Il présente Israël comme une colonie et refuse son existence, suivant en cela une grande majorité de musulmans dans le monde. Mais je note aussi que le chemin qu'il propose est de stopper le cycle stérile de violences ("Every attempt at a peaceful solution is sabotaged by more indiscriminate attacks calculated to anger the enemy and prevent any peaceful settlement. But the attacks solve nothing. The Muslims simply get more oppressed.") et de réfléchir à des alternatives. Alors à tout prendre, sa proposition de pause avec réflexion stratégique n'est peut-être pas à écarter d'autant plus qu'elle répondrait à la proposition faite par Olmert dans son discours de Herzliya de suspendre momentanément l'expansion d'Israël sur l'ensemble des territoires historiques (bibliques) afin de pouvoir maintenir la majorité israelienne au sein de l'état juif: "The existence of a Jewish majority in the State of Israel cannot be maintained with the continued control over the Palestinian population in Judea, Samaria, and the Gaza Strip. We firmly stand by the historic right of the people of Israel to the entire Land of Israel. Every hill in Samaria and every valley in Judea is part of our historic homeland. We do not forget this, not even for one moment. However, the choice between the desire to allow every Jew to live anywhere in the Land of Israel [and] the existence of the State of Israel as a Jewish country--obligates relinquishing parts of the Land of Israel. This is not a relinquishing of the Zionist idea, rather the essential realization of the Zionist goal--ensuring the existence of a Jewish and democratic state in the Land of Israel."

Publié par Damien le 9 février 2006 à 2:33

@damien

Je me disais aussi, nous y voilà donc... avec le discours de l'ami Mahathir, au moins les choses sont claires. A quand l'adhésion des pays de l'Union Européenne à l'OCI? surtout en ce moment. Vous savez sûrement mieux que moi discerner le vrai du faux. Sans rancune :-)

Publié par louis le 9 février 2006 à 5:28

@ Louis,
Les pays de l'Union Européenne ont prévu d'adhérer à l'OCI aux calendes grecques, ça me va plutôt bien comme date.

Publié par Damien le 9 février 2006 à 10:21

Je pense que ceci démontre à l'envi que l'Occident s'est fait avoir dans les grandes largeurs... mais aussi que les Musulmans sont tout autant capables d'humour sur leur propre religion que nous ou que les Juifs.

Publié par ylyad le 9 février 2006 à 10:31

Pour le moment, même Le Monde s'inquiète de la mollesse des réactions...

Publié par François Brutsch le 14 février 2006 à 17:04