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23 février 2006

La ville et ses défis

Le premier exposé du symposium, « La ville - Un défi à la maîtrise des espaces », a été présenté par le colonel EMG Alain Vuitel, chef de la doctrine militaire de l'armée suisse.

Pour lui, la ville est aujourd'hui un espace qui rassemble plusieurs défis : des défis traditionnels, avec l'engagement de moyens militaires classiques, des défis irréguliers sous la forme d'actes terroristes (terrorisme), des défis catastrophiques (naturelles) et des défis fondamentaux (technologie).

Les défis irréguliers ont lieu lorsqu'une force souvent asymétrique tente de contester la supériorité d'une armée régulière. Or, pour s'opposer à la supériorité, à une force telle que les Etats-Unis, il faut diminuer sa signature et trouver des formes de combat évasives (cet épithète est le mien) dans des espaces contestés, où la suprématie technologique n'a plus cours ; par exemple en-dessous de 3000 mètres pour l'espace aérien, ou en milieu urbain pour l'espace terrestre.

L'espace urbain est flou ; sa séparation entre urbain, suburbain ou non urbain est difficile (ces 3 épithètes sont les miens). Nous sommes dans un réseau de villes et de métropoles. Il est complexe, parce qu'il a une existence ancienne, parce que ses quartiers peuvent être spécialisés ; chaque ville est différente l'une de l'autre. Il est divers, aussi divers que le nombre d'individus qui s'y trouvent ; il est ainsi impossible de dessiner une carte sociale d'une ville pour appréhender les réactions d'une population. Il concentre les risques, avec une cascade d'effets pouvant être générés.

L'espace urbain est paradoxal : les militaires se sont souvent gardés d'engager des forces dans les villes, car celles-ci absorbent les forces, compliquent les communications, réduisent l'effet des armes, troublent l'orientation, réduisent la liberté de manœuvre et confrontent au contrôle des populations. Mais les villes sont aussi des centres de pouvoir, des points logistiques et des passages obligés.

Il existe 3 types d'actions militaires en milieu urbain : des opérations pour la ville, pour s'emparer des infrastructures et capturer une population afin d'en tirer profit, par le biais du siège ou par la ruse ; des opérations contre la ville, afin de détruire l'infrastructure et la volonté des populations qui s'y trouvent (Seconde guerre mondiale) ; des opérations dans la ville, face à un adversaire symétrique ou non. Dans ce dernier type, la ville n'est plus le centre de gravité unique, mais les dimensions physique, humaine, économique, sociale doivent être prises en compte.

La ville est au centre des activités humaines. La trinité de Clausewitz (gouvernement, armée, population - avec la ville entre les trois) doit être adaptée, et l'armée doit être remplacée par l'ensemble des instruments de puissance de l'Etat. L'équilibre de ce triangle forge une stabilité, une résilience, face aux attaques extérieures ou intérieures.

Publié par Ludovic Monnerat le 23 février 2006 à 18:00

Commentaires

"évasive" est très, très bien amha !

l'exercice de combat urbain que j'avais organisé est mon plus fort souvenir (militaire) de l'armée. Le seul moment où j'ai aperçu (de très loin certes) la tension énorme entre menace et procédure, qui doit exister en opérations réelles.

Publié par FrédéricLN le 23 février 2006 à 21:57

Ludovic, tu dis : l'armée doit être remplacée par l'ensemble des instruments de puissance de l'Etat.. Lesquels? Les compagnies privées dont tu parles dans l'article du dessus??
Tu te souviens de la présentation de Shawn? Ca colore pas mal de chose ce que dit AV.

Publié par dahuvariable le 23 février 2006 à 22:03

Comme je n'y connais rien, je peux laisser cours à mon imagination.
En vous lisant et aprés avoir visionné l'avancée de marines dans Fallujah, je me suis mise à imaginer un scenario sci-fi. Il y a quelque temps de ça, j'avais regardé une video sur le travail des scientifiques en amazonie. La végétation est (encore et pourvu que ça dure) tellement dense Qu'il est trés difficile d'y progresser sous les arbres. Alors pour étudier la canopée (la vie dans le feuillage des arbres) ils ont mis au point une sorte de grande île faite de flotteurs et de filets qu'ils déposent à la cîme des arbres. Ne pourrait-on imaginer quelque chose de similaire pour la progression des soldats dans les villes?

Publié par elf le 23 février 2006 à 23:34

A FrédéricLN : j'ai ajouté le mot "évasive" parce que je l'ai lu dans un document de la doctrine militaire.

A variable : ces propos sont ceux d'AV, et il voulait dire les 4 composantes de la puissance - diplomatie, information, force armée et économie. Oui, je me souvenais de la présentation Black Hawk Down... :)

A elf : idée intéressante... pour l'instant, les îles flottantes sont envisagées sur les eaux, pas dans les villes, mais pourquoi pas ? Le moyen d'insertion le plus rapide en ville reste l'hélicoptère ; le plus sûr, dans les bâtiments... La technique israélienne de pénétration urbaine d'un bâtiment à l'autre est d'ailleurs inspirée de la nature. Le monde naturel a eu des milliards d'années pour inventer des tactiques...

Publié par Ludovic Monnerat le 24 février 2006 à 0:20