« L'adhésion de la population | Accueil | Changer les politiques de défense »

25 février 2006

Armées contre populations

Le quatorzième exposé du symposium, « Quand l'Armée combat la population », a été présenté par Philippe Richardot, docteur et professeur agrégé d'histoire, délégué Mediterranée de la Commission française d'histoire militaire (entre autres).

Deux cas existent lorsqu'une armée combat la population : lors d'une guerre civile et cas d'occupation étrangère. Dans cette dernières situation, les actions de force combinent l'emprise territoriale, la terreur et les actions mobiles de frappe.

Contre une guérilla peu implantée, le bouclage ou l'enclosure suffisent (Che Guevara) ; lorsque la guérilla a de nombreuses troupes mais peu de liens avec la population (Malaisie, 1948-56), on peut couper la guérilla en l'encageant dans des régions défavorables. Une guérilla qui dispose d'un sanctuaire hors d'atteinte ne peut être vaincue avec des réduits opérationnels et des actions mobiles (Afghanistan : appui des moudjahiddins en Pakistan, échec des Soviétiques). Une guérilla bien implantée ne peut être vaincue par l'enclosure et le maillage, même avec en sus avec des actions mobiles ; le cas de l'Algérie le montre, et les effectifs importants nécessaires - 429'000 militaires français, 150'000 harkis, 100'000 policiers contre 30'000 rebelles - n'ont pas suffi.

La terreur seule ne peut vaincre une guérilla (exemple des nazis en Europe), lorsqu'une aide extérieure lui parvient et lorsque l'espoir subsiste. Contre une guérilla fortement implantée avec peu d'effectifs, l'enclosure et le terreur sont la clef des opérations : barrière physique et psychologique se complètent. L'exemple a été démontré durant la guerre des Boers : la victoire britannique a été obtenue au prix de 50'000 km de barbelés, de 8000 blockhaus, de l'incendie de 35'000 fermes, de l'envoi de 10'000 auxiliaires noirs (avec des pouvoirs arbitraires sur la population féminine blanche) ; de 27'000 hommes et de 28'000 femmes ou enfants tués dans les camps de concentration (pertes britanniques : 22'000 tués et disparus, 70'000 blessés). Les Soviétiques ont d'ailleurs repris les méthodes britanniques à une échelle démultipliée.

Contre une guérilla paramilitaire nombreuse, des effectifs très nombreux sont nécessaires : en 1926 [et non 1826, je pense que l'erreur est de moi] contre Abd-el Krim au Maroc, l'Espagne a engagé 140'000 hommes et la France 325'000. De vastes opérations de bouclage et l'emploi de colonnes infernales peuvent finir par isoler le chef de la guérilla de la population, celle-ci étant lassée par les années de contre-guérilla. Celle-ci ne peut donc réussir qu'avec le temps.

Publié par Ludovic Monnerat le 25 février 2006 à 10:37

Commentaires

Les conséquences semblent s'imposer pour le cas sunnite irakien.

La seule chance de pacification me semble être de couper sa composante terroriste internationaliste (al Zarkaoui) de la composante ethnico-militariste (Baas), la seule bien implantée et, à court-moyen terme, invincible. Banalité ?

Publié par FrédéricLN le 25 février 2006 à 11:58

"Une guérilla bien implantée ne peut être vaincue par l'enclosure et le maillage, même avec en sus avec des actions mobiles ; le cas de l'Algérie le montre..."

Pas d'accord. Le FLN, en tant que force militaire était kaput. C'est la volonté politique des dirigeants français, notamment de Gaulle, qui conduit l'Algérie vers l'indépendance. Pas une défaite militaire.

Le cas de l'Indochine, pour les français, eu été à mon sens plus pertinent pour illustrer cette idée qui demeure quoiqu'il en soit vraie dans ses grandes lignes.

Publié par Winkelried le 25 février 2006 à 13:54

La France n'a pas été battue militairement en Algérie et elle avait épuisé l'appareil militaire FLN soit ... mais à mon avis, elle n'avait pas gagné la guerre non plus (contrairement à un avis répandu "dans certains milieux de droite" depuis le début des années 80) car
a) elle avait solidarisé quasiment toute la population avec le FLN (ce qui était loin d'être le cas en 1954) ;
b) elle ne pouvait tenir le pays qu'en y maintenant des forces (notamment aux frontières est et ouest) et un budget énormes.

Publié par FrédéricLN le 26 février 2006 à 16:32

Et alors,

la guerilla était elle encore une menace active en 60 comme elle l'était en 54 ?

c'est de cela dont il est question, pas du coût relatif au maintien sur place.

Publié par Winkelried le 26 février 2006 à 16:36

Vous raisonnez là comme si c'était une guerre inter-Etats ... ce qui revient à valider la victoire du FLN (indépendance de l'Algérie).

Si c'était une guerre civile ou une "opération de maintien de l'ordre" (thèse française de l'époque), le résultat que vous indiquez ne suffit pas à la victoire.

Publié par FrédéricLN le 27 février 2006 à 12:28

@ frédéric LN:

Je n'ai pas parlé de victoire française, mais seulement de défaite militaire du FLN. C'est jouer sur les mots, mais la nuance peut avoir son importance.

Publié par Winkelried le 27 février 2006 à 13:35

''en 1826 contre Abd-el Krim au Maroc, l'Espagne a engagé 140'000 hommes et la France 325'000''?

Etes vous sur de ses chiffres qui sont dignes des guerres napoléonniennes ???

Publié par Frédéric le 27 février 2006 à 15:01

Les chiffres des effectifs sont bon, mais pas la date, vous reculez d'un siécle la guerre du rif ;)

Publié par Frédéric le 27 février 2006 à 15:05

Frédéric, merci pour avoir noté l'erreur probable de transcription, je l'ai corrigée. Il faut cependant remarquer que Philippe Richardot a précisé souligné l'ampleur napoléonienne de ces effectifs.

Publié par Ludovic Monnerat le 27 février 2006 à 15:12

winkelried : nous sommes bien d'accord sur le bilan militaire. Pas sur la conséquence que vous en tirez "C'est la volonté politique des dirigeants français, notamment de Gaulle, qui conduit l'Algérie vers l'indépendance". L'impossibilité de tirer cette conséquence est une des caractéristiques, je pense, de la guerre "armée contre population".

Vous serez sans doute d'accord pour estimer qu'il y a 3 états stables possibles pour l'Algérie des années 50-60 :
1) état de guerre ;
2) démocratie française ; ("assimilation" dans le langage de l'époque)
3) indépendance, avec variantes a) démocratique b) dictature.

L'état antérieur
0) domination coloniale
étant jugé non viable par tous les observateurs et acteurs.

La durée et la violence de la guerre (y compris la bleuite, grand succès français au plan militaire) ont rendu impossible les solutions 2) et 3a).

Le gouvernement français n'avait plus le choix qu'entre 1), très coûteuse pour la France (financièrement, diplomatiquement, en politique intérieure ...) malgré la "défaite militaire du FLN", et 3b). Que la seule sortie possible de la guerre soit la solution la pire possible pour la France, c'est ce qu'on appelle une défaite.

Notez que (même si comparaison n'est pas raison) le cas sud-africain des années 80 est un cas limite de cette logique. L'ANC, militairement inexistante, obtient l'échange du "renoncement à la lutte armée" contre la démocratie, c'est-à -dire contre sa victoire quasi-totale.

Publié par FrédéricLN le 28 février 2006 à 10:15

@ frédéricLN:

Je ne dis pas autre chose, je contestait simplement, par fierté du travail de mes ancien le caractère supposé d'une défaite militaire française.

Pour le reste, je partage votre analyse et me trouve bien content que l'Algérie ai reçu son indépendance...seule les conditions pour le moins sanglantes des derniers jours (je pense notamment aux harkis) me laissent un goût définitivement amère.

Mais je ne voudrai pour rien au monde d'un département français d'Algérie...

A l'heure ou le président algérien, méconnaissant le principe de réciprocité, fait fermer manu militari (et ce n'est pas qu'une expression) les écoles privées de langues françaises lorsque que nous entendons construire sur notre sol des mosquées avec l'argent du contribuable, j'épprouve un sentiment contradictoire...

1- je suis écoeuré de notre attitude soumise face à un homme qui vient se faire soigner chez nous et qui, reçu au sein de notre hémicycle, nous traite de nazis.

2- Je me félicite de ces fermetures qui ne peuvent, à terme, que favoriser la disparition de la langue française dans ce pays et ainsi amoindrir encore, si cela est possible, les facultés d'intégration de ses ressortissants sous nos latitudes!

Les algériens, à travers leur président "librement choisi" et "démocratiquement" élu entendent donner des gages à l'islamisme?, se rapprocher de la charia et couper un peu plus les ponts avec la civilisation?

Je dis "banco", bon voyage et bonne chance, sans aucun regret!

c'est le choix de l'Algérie, je le respecte.

Publié par Winkelried le 28 février 2006 à 13:23

"... c'est le choix de l'Algérie, je le respecte..."

Je ne pense pas que ce soit le choix des Algériens. D'ailleurs ceux-ci n'ont jamais eu le choix de quoique ce soit. En 150 ans la France aurait pu christianiser l'Algérie mais les ordres était de ne pas toucher à l'Islam. Les Colons trop entreprenants risquaient la déportation... Au Canada en moins de trois cent ans il n'y a plus aucun Indien animiste et l'Afrique noire a été suffisamment christianisée pour freiner l'expansion de l'Islam de nos jour. Je coupe un peu les coins ronds mais le résultat est là pour nous le confirmer et notre lâcheté nous fait tourner la tête face à de nombreuses exactions comme au Darfour. Pour revenir à l'Algérie le FLN était KO et la sécurité était suffisante pour permettre à la France de conclure la grande entreprise de De Gaulle : s'imposer aux Américains réfractaires, comme une Nation Libre, protégée par un nucléaire distinct. Sans l'Algérie la France ( tachée de collaboration ) n'aurait jamais pu déménager aux portes de l'Amérique. Mon intime conviction est que De Gaulle a choisi le parapluie nucléaire indépendant en sacrifiant l'Algérie française qui n'en avait que le nom car l'Islam était intouchable et protégé par nous sans égards à un nombre non négligeable de citoyens algériens très proches des valeurs chrétiennes. J'ose même affirmer que notre présence dans le Maghreb a renforcé l'Islam en l'utilisant comme arme principale de pacification. Il est stupéfiant de constater le silence sur les essais nucléaires français dans le Sahara qui ont perdurés après l'Indépendance de l'Algérie et de penser ceux-ci comme une anecdote dans les enjeux de l'Algérie française et de la France. On a parlé de trahison, de pétrole mais jamais de nucléaire et pourtant tout me pousse à croire que De Gaulle à choisi le nucléaire. Ce qui est paradoxale c'est que ce nucléaire n'a que peu d'effet dissuasif sur un Islam conquérant qui vitrifie les cÅ“urs faibles et les esprits égarés.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 28 février 2006 à 15:22

@ Winkelried (je pense notamment aux harkis),

LA TRAGÉDIE DES HARKIS ( Il ne peut y avoir aucun doute, les Harkis furent tout simplement sacrifiés à la raison d'état)

http://www.farac.org/php/article.php3?id_article=55

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 1 mars 2006 à 4:35