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26 février 2005

Les ravages du tsunami

BandaAceh.jpg

MEDAN - Voici deux mois que s'est produit le tsunami qui a dévasté une partie de l'Asie du Sud, et nulle part aussi violemment que dans la partie nord-ouest de Sumatra. J'ai eu l'occasion ces 2 derniers jours de constater par moi-même, depuis les airs comme au sol, l'ampleur des ravages subis entre Banda Aceh et Meulaboh, même si ceux-ci dépassent l'entendement. La photo ci-dessus a été prise le 24.2 depuis un pont situé à l'extrémité de Banda Aceh, près de son port totalement détruit ; elle montre ce qui avait été le début d'une rue populeuse et animée, bordée de chaque côté par des bâtiments contigus qui abritaient des échoppes et des appartements. A de rares exceptions près, comme le montre l'image, toutes ces constructions ont été anéanties par la vague géante, et le 99% de leurs habitants ont péri. L'expression qui revient le plus souvent pour désigner le cataclysme est assez révélatrice : Hiroshima.

La ville de Banda Aceh a repris aujourd'hui une vie normale, puisque le tsunami a ravagé des centaines de mètres de quartiers habités, mais de loin pas la totalité de la cité. Lorsque je suis passé avant-hier, un marché particulièrement animé attirait le regard du passant par ses étals chamarrés, alors que les rues intactes rivalisaient d'activité. En revanche, dès que l'on s'approche des lieux touchés, ce sont des travaux de terrassement qui sont entrepris. L'odeur de la mort n'est plus perceptible à Banda Aceh ; on respire celle des déchets brûlés, de la poussière omniprésente, dans des quartiers qui sont autant des zones sinistrées que des buts de promenade - que ce soit pour l'édification des personnes actives dans l'aide humanitaire (il faut voir cela pour comprendre la raison de déploiements aussi importants), mais aussi pour satisfaire la curiosité des Indonésiens.

Les ravages entraînés par le tsunami ont une apparence absolument unique : l'absence presque généralisée de ruines. D'après les témoignages et les estimations des spécialistes, la vague avait une hauteur pouvant atteindre 10 mètres à certains endroits et avançait à la vitesse de 20 à 30 km/h ; c'est donc par une pression constante qu'elle a pu entraîner autant de dégâts, et seules les constructions les plus solides (notamment les mosquées) lui ont résisté. Mais lors du reflux, cette énorme vague a pris avec celle tout ce qu'elle avait entraîné. Le tsunami a littéralement englouti villes et villages dans la mer, comme une sorte de monstrueux prédateur marin ; les images aériennes montrant des villages totalement plats, avec des rectangles blanchâtres indiquant les fondations des maisons détruites, sont les mêmes dans toute la côte nord-ouest de Sumatra. Totalement sidérant.

Cimenterie.jpg

Au sud-est de Banda Aceh se trouve une grande cimenterie dont les propriétaires sont suisses (voir la photo ci-dessus) ; ce complexe industriel, situé à proximité des côtes, a naturellement souffert du désastre, mais le plus frappant était l'état des petites collines boisées qui se situaient devant lui : on aperçoit exactement le niveau atteint par la vague, à environ 10 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer [en fait, ceux qui y sont alles m'ont entretemps dit que la vague faisait environ 30 metres !], puisque tout ce qui se trouve en dessous a été entièrement arraché, alors que les arbres au-dessus sont totalement intacts. Plus au sud, de nombreux villages ont été intégralement détruits à l'exception de leur mosquée ; il est cependant intéressant de relever qu'autour des maisons englouties se trouvent de nombreux palmiers qui, eux, sont parvenus à résister. Les œuvres de l'homme, sur terre ou sur mer, n'en ont pas eu l'occasion : on voit encore de nombreux bateaux, certains assez grands, échoués loin à l'intérieur des terres ou chavirés dans des ports.

Calang.jpg

C'est uniquement en atterrissant à Calang que j'ai vraiment senti l'odeur des cadavres en putréfaction : des corps sont encore extraits dans cette ville, des habits sont alignés et exposés, dans un périmètre sous le contrôle des Forces armées indonésiennes (3 navires amphibies sont amarrés à cet endroit, voir la photo ci-dessus). Comme nous avons effectué un déchargement rapide, rotor en marche, il m'a été impossible d'aller voir de plus près - et de toute façon je n'en avais pas vraiment envie. Dans des situations telles que celles-ci, la seule chose à faire est de se concentrer sur la mission : c'est ce que les équipages ont fait durant toute l'opération, notamment au début, lorsqu'ils devaient décharger des biens de première nécessité dans des zones entourées de cadavres. Je reviendrai d'ailleurs dans un autre billet sur la pression psychologique endurée par le contingent et sur la manière de gérer les émotions.

Je conclus ici par un dernier point : à Banda Aceh, j'ai vu la fosse commune aménagée en urgence après le tsunami et où repose quelque 40'000 corps. Ce cimetière indistinct ne prend pas beaucoup de place, peut-être 1000 m2. Mais ces chiffres et le désastre qu'ils indiquent contrastent avec le sourire des Indonésiens, ceux qui montent dans les Super Puma avec leurs maigres possessions sur eux, ceux qui continuent de vivre et d'espérer malgré un sort inimaginable, et ceux qui - innombrables - nous font des signes amicaux, que nous soyons au sol ou en l'air, à la vue de nos uniformes et de nos hélicoptères. Ces sourires spontanés et ces mains agitées sont des remerciements que les militaires suisses apprécient vivement - et auxquels ils répondent aussitôt. Il faut espérer que ces images parviendront à supplanter dans leur esprit celles des ravages déclenchés deux mois plus tôt.

Publié par Ludovic Monnerat le 26 février 2005 à 3:58

Commentaires

La photo de la cimenterie :
J'ai l'impression que la vague qui a frappé les collines avait env. 10 m comme vous le dites mais que le ressac est monté à env. 30 m et moins du côté des terres. Sur la photos il me semble que c'est bien visible. Pour en être sure il faudrait avoir la vitesse de la vague à cet endroit car la hauteur du ressac en dépend.

Merci pour ces nouvelles ou le sensationnalisme ne domine pas l'information qui reflète les événements tels que vous les vivez.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 28 février 2005 à 3:36

pense-vous vraiment que c'est parceque les mosquées sont solidement construites qu'elles ont résistées au Tsumani!!!
Il y'a vraiment de quoi se poser des questions sur l'Islam et ses vraies vertus!!!

Publié par Catherine le 17 janvier 2006 à 17:04

Disons que dans certains cas, vu d'hélicoptère, on se demande effectivement comment il est possible que seule la mosquée ait résisté à une vague de plusieurs mètres de haut, et que toutes les constructions alentour n'aient laissé que leurs fondations, apparentes comme des plaies. Mais à Banda Aceh, d'autres bâtiments solides ont également résisté de manière analogue aux mosquées.

Publié par Ludovic Monnerat le 17 janvier 2006 à 21:06

J'aime assez comment vous écriver ! Et,en plus,ce que vous marqué est vrai!

Publié par QUENOUILLE le 14 avril 2007 à 20:47