12 janvier 2010

Climat : une leçon de modestie

La vague de froid qui déferle depuis plusieurs semaines sur l'hémisphère nord n'est pas uniquement un argument périssable pour quiconque s'oppose au catastrophisme intéressé que distillent les croyants du réchauffement climatique d'origine humaine ; elle pourrait bien être la marque d'un basculement vers une période de refroidissement planétaire, en fonction d'un cycle mesuré dans les températures des océans, selon les recherches effectuées par plusieurs scientifiques faisant partie du sacro-saint GIEC :

'A significant share of the warming we saw from 1980 to 2000 and at earlier periods in the 20th Century was due to these cycles - perhaps as much as 50 per cent.
'They have now gone into reverse, so winters like this one will become much more likely. Summers will also probably be cooler, and all this may well last two decades or longer.
'The extreme retreats that we have seen in glaciers and sea ice will come to a halt. For the time being, global warming has paused, and there may well be some cooling.'

En d'autres termes, les modèles informatiques des années 90 reposant avant tout sur l'activité humaine pour « expliquer » le réchauffement climatique - et qui ont été sciemment corrigés pour éviter d'être contredits par les irrégularités des données - sont désormais dépassés par d'autres modèles informatiques, qui parviendraient bien mieux à expliquer les hausses et baisses de températures constatées au siècle dernier, et qui soulignent à la fois la complexité et l'inertie du système planétaire. Lorsque les faits ne confirment pas les théories, celles-ci doivent être adaptées, et non l'inverse - à moins de renoncer à un travail scientifique pour entrer dans le domaine de l'idéologie et des croyances. Ce qui est précisément la nature du discours ambiant en la matière.

A l'heure où la réduction de l'émission de gaz carbonique fait l'objet d'un large consensus au sein des partis politiques, à la différence de la communauté scientifique, il est donc essentiel de rappeler et de souligner la nature erronée et frauduleuse des raisonnements en la matière, et de reconnaître que l'homme ne fait pas - c'est l'expression la plus juste - la pluie et le beau temps. Toute décision politique prise ces dernières années sur la base du protocole de Kyoto ou des discussions de Copenhague, c'est-à-dire sur la base de la croyance réchauffiste, doit être déconstruite, réévaluée et corrigée, voire simplement annulée. La catastrophe planétaire illustrée par la fonte des pôles, par la hausse du niveau de la mer et par l'élévation constante des températures n'est qu'une fiction : il faut en tirer les conséquences.

Et surtout accepter la leçon de modestie selon laquelle nous ne savons pas tout...

Posted by Ludovic Monnerat at 12h35 | TrackBack

23 décembre 2009

Les manipulations des illuminés

Révisions Wikipedia MWP.pngMême si les médias traditionnels se gardent bien d'en parler en détail, on sait que l'idée d'un réchauffement climatique à la fois sans précédent et causé par l'homme est un mythe : la science ne permet pas de parvenir à des conclusions aussi absolues, et les courriels révélés au monde entier par un acte de piratage montrent bien à la fois les manipulations et les collusions de ce que l'on résume désormais sous le nom de Climategate (voir ici mon billet à ce sujet, et voir cet article pour un aperçu plus récent du phénomène). Ce scandale scientifique, médiatique et finalement politique - puisque nombre de décisions aujourd'hui sont prises en fonction de ce mythe - n'a pas fini de se dérouler et de nous poursuivre. Les intérêts en jeu sont d'ailleurs tels qu'il est aisé de comprendre pourquoi la déconstruction de ce phénomène est un pareil anathème.

L'une des objections les plus fortes au mythe n'a cependant pas été révélée ces dernières semaines : l'existence d'une période chaude au Moyen-Âge, suivie d'un petit âge glaciaire dont nous sortons, est connue depuis longtemps (on n'aurait sinon pas appelé « Groenland », pays vert, cette étendue de glace que l'on connaît aujourd'hui). Or cette période chaude a l'immense inconvénient d'apparemment contredire sans rémission le graphique dit de la canne de hockey sur lequel repose tout le mouvement du réchauffement climatique d'origine humaine. Dans une démarche scientifique, une telle contradiction n'a pas de conséquence drastique, parce que la compréhension des mécanismes responsables est incertaine et parce que les avancées se succèdent sans vérité absolue. Mais dans une démarche idéologique, et dans le cas présent carrément religieuse, cette période chaude est une menace, un blasphème, un déni qui risque de troubler les fidèles et qui ne peut simplement pas exister.

Les croisés du réchauffement climatique d'origine humaine s'escriment donc à minimiser le sens de la période médiévale chaude ou même à nier son occurrence (ce que fera le GIEC de l'ONU), et ont notamment utilisé l'encyclopédie en ligne Wikipedia - la source d'informations la plus utilisée au monde - pour propager leurs convictions. C'est ce que les courriels piratés ont révélé :

But the UN's official verdict that the Medieval Warm Period had not existed did not erase the countless schoolbooks, encyclopedias, and other scholarly sources that claimed it had. Rewriting those would take decades, time that the band members didn't have if they were to save the globe from warming.
Instead, the band members turned to their friends in the media and to the blogosphere, creating a website called RealClimate.org. "The idea is that we working climate scientists should have a place where we can mount a rapid response to supposedly 'bombshell' papers that are doing the rounds" in aid of "combating dis-information," one email explained, referring to criticisms of the hockey stick and anything else suggesting that temperatures today were not the hottest in recorded time. One person in the nine-member Realclimate.org team -- U.K. scientist and Green Party activist William Connolley -- would take on particularly crucial duties.
Connolley took control of all things climate in the most used information source the world has ever known - Wikipedia. Starting in February 2003, just when opposition to the claims of the band members were beginning to gel, Connolley set to work on the Wikipedia site. He rewrote Wikipedia's articles on global warming, on the greenhouse effect, on the instrumental temperature record, on the urban heat island, on climate models, on global cooling. On Feb. 14, he began to erase the Little Ice Age; on Aug.11, the Medieval Warm Period. In October, he turned his attention to the hockey stick graph. He rewrote articles on the politics of global warming and on the scientists who were skeptical of the band. [...]
All told, Connolley created or rewrote 5,428 unique Wikipedia articles. His control over Wikipedia was greater still, however, through the role he obtained at Wikipedia as a website administrator, which allowed him to act with virtual impunity. When Connolley didn't like the subject of a certain article, he removed it -- more than 500 articles of various descriptions disappeared at his hand. When he disapproved of the arguments that others were making, he often had them barred -- over 2,000 Wikipedia contributors who ran afoul of him found themselves blocked from making further contributions. Acolytes whose writing conformed to Connolley's global warming views, in contrast, were rewarded with Wikipedia's blessings. In these ways, Connolley turned Wikipedia into the missionary wing of the global warming movement.


Ce comportement digne de l'Inquisition est parfaitement documenté, puisque l'encyclopédie en ligne a pour immense qualité de conserver les traces des modifications apportées aux articles. Une manipulation aussi grossière et prolongée devait bien finir par éclater au grand jour, et la période chaude médiévale n'a pas pu être entièrement effacée de la connaissance humaine. Mais les illuminés du réchauffisme n'en restent pas moins déterminés à sauvegarder les reliques fondant leur culte : un contrôle effectué ce matin (voir ci-dessus) sur les révisions de la page en anglais consacrée à la période chaude médiévale les montre toujours à l'œuvre, bloquant les modifications mettant leur foi en doute, veillant au respect du dogme et agissant en quelques minutes pour la gloire de leur divinité planétaire et le salut de leur vision du monde. Nous voilà bien loin de la science et de la raison...

Posted by Ludovic Monnerat at 11h45 | TrackBack

21 décembre 2009

La lutte pour la démocratie

Le sommet de Copenhague s'est achevé sur un échec marquant : le grand marchandage entre Nord et Sud, entre Occident et Orient, comme entre États et Nations Unies, n'a pas le caractère autoritaire et contraignant que nombre d'initiants et d'activistes appelaient de leurs vœux outrés. L'autorité des gouvernements et des populations qui les ont élus - quand elles ont la chance de le faire - est donc sauve. Le prétexte apocalyptique du réchauffement climatique n'a pas permis à la « gouvernance globale » de provoquer l'avènement d'un pouvoir supranational sous la bannière de l'ONU, voué à progressivement régir la planète entière dans le but, aussi séduisant que fallacieux, de la sauver. Les hauts cris des médias, une fois de plus, expriment l'impuissance à imposer une conception donnée du monde. Tout cela n'est qu'une affaire de pouvoir.

Au siècle dernier, la démocratie a lutté avec succès contre le fascisme, le nazisme et le communisme, ces idéologies faisant de l'individu le rouage - ou la victime - d'un système autocratique et inhumain. En ce début de siècle, il apparait clairement que cette lutte est appelée à se poursuivre contre toute tendance dictatoriale, mais qu'elle s'applique à de nouveaux adversaires : l'islamisme bien sûr, sur le devant de la scène pendant toute la décennie, mais également le globalisme, la « gouvernance globale », cette conception supranationale visant à confier les décisions politiques et leur mise en œuvre à des organisations indépendantes des États comme des peuples. À la différence près que ce sont les dirigeants des États dits démocratiques qui cèdent aux sirènes du globalisme et abandonnent définitivement un pouvoir qui ne leur a été que temporairement délégué.

L'Organisation des Nations Unies est bien entendu au centre de cette conquête : les potentats locaux et régionaux l'instrumentalisent pour promouvoir leurs intérêts (Mugabe, Ahmadinejad ou encore Kadhafi), les pires tendances antisémites et anti-occidentales s'y expriment librement (comme lors de la conférence de Durban sur le « racisme »), mais elle s'entoure d'une aura de bénévolence et d'universalité qui désarme et séduit les bonnes âmes. À une autre échelle et avec bien moins de vices, l'Union Européenne joue une partition similaire, celle du rassemblement vers un but commun, de la convergence pour un avenir meilleur ; et comme atteindre ce but et construire cet avenir sont plus importants que générer des décisions légitimes, les peuples ayant encore l'habitude de donner leur avis ont le choix entre voter « dans le sens de l'histoire » et fermer définitivement leur clapet.

Cette dérive existe aussi en Suisse, un pays pourtant fier de son indépendance et de la légitimité populaire de ses institutions. On l'a vu suite au succès de l'initiative contre la construction de minarets comme lors d'autres votations notables : lorsque les Suisses votent dans le « bon sens », c'est-à-dire dans celui de la majorité des commentateurs, ils font preuve de sagesse, de maturité ou encore d'ouverture ; mais lorsque les Suisses votent dans le « mauvais sens », ils sont au contraire marqués par l'émotion, la peur, l'ignorance ou encore le repli sur soi. Les millions de citoyens qui se rendent aux urnes ne bénéficient que d'un respect conditionnel. La démocratie directe, c'est-à-dire la forme la plus développée de démocratie, est jugée par rapport à la conformité des décisions qu'elle forge, et non par rapport à la légitimité qu'elle donne à celles-ci.

Les tenants du globalisme cherchent dès lors à diminuer ou à retirer le pouvoir imprudemment laissé aux citoyens, qui s'obstinent à prendre par eux-mêmes des décisions d'ampleur stratégique au lieu de laisser les « personnes compétentes » s'en charger. Suite à la votation sur les minarets, d'aucuns ont ainsi déposé un recours auprès de la Cour européenne des droits de l'homme, c'est-à-dire une instance judiciaire supranationale, pour tenter d'invalider la modification de la Constitution fédérale, alors que d'autres demandent que toute initiative contraire aux conventions internationales - qui sont signées par le Conseil fédéral et généralement approuvées par le Parlement - ne soit plus soumise au vote populaire. L'opinion de 7 juges siégeant à Strasbourg ou de 7 politiciens œuvrant à Berne importerait donc davantage que celle de 1,5 millions de citoyens.

Aucun système politique n'est parfait, aucune instance - quelle qu'elle soit - ne peut avoir de réponse à toutes les questions, de solutions à tous les problèmes, et la démocratie directe ne saurait être parée de vertus qu'elle n'a pas. En revanche, prétendre parler au nom du plus grand nombre tout en réduisant ce dernier au silence et à l'impuissance, comme le suppose la « gouvernance globale », est une ignominie que seuls les autocrates, seuls ceux qui n'ont aucun contre-pouvoir à redouter et aucun électorat à représenter, peuvent concevoir. Remplacer une coordination internationale par un pouvoir supranational, sans la légitimité populaire et la sanction électorale de la démocratie directe, est une menace non seulement pour les libertés individuelles, mais également pour la paix que procure l'équilibre des pouvoirs.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h22

29 novembre 2009

Une surprise et une gifle

Ainsi donc, 57,5% de la population suisse ont approuvé l'initiative populaire pour l'interdiction de la construction de minarets en Suisse. Contre la majorité de la classe politique et médiatique, et alors que les sondages donnaient l'initiative perdante. C'est donc à la fois une surprise et une gifle : le débat que bien peu acceptaient de mener sur la place de l'islam dans la société suisse désormais s'impose. La censure qui a frappé les affiches marquantes des initiants est remise à sa juste place, celle d'une pensée unique et d'un politiquement correct que la démocratie directe permet de balayer. Les Suisses craignent et rejettent un islam militant, prosélyte, qui revendique et impose ses pratiques. Il va falloir les écouter.

Il va de soi que les minarets ne sont qu'un symbole éloigné de la réalité (il n'y en a que 4 dans le pays), un expédient qui, sous le couvert d'une modification constitutionnelle, a permis d'aborder les aspects les plus saillants, sinon acérés, d'une religion que l'on ne peut plus ignorer. La Suisse n'est pourtant pas en première ligne dans ce rapprochement concurrentiel, sinon conflictuel, des cultures et des valeurs : la population musulmane, majoritairement d'origine balkanique, y pratique en effet sa religion avec modération, sans outrance, et ne pose guère de problème dans un environnement qui connaît une grande tolérance pour les pratiques religieuses diverses et variées. Le vote des Helvètes n'est donc pas explicable par les faits.

Sur le plan des perceptions, il faut cependant remarquer une augmentation constante des frictions suscitées par des musulmans radicaux, des revendications s'opposant aux pratiques locales, des exceptions revendiquées au nom de la religion, ou même plus prosaïquement du nombre de femmes voilées en public. Il y a bel et bien un islam agressif, un fondamentalisme religieux qui se développe en sous-main, et qui n'apparait que ponctuellement. Mais il y a surtout une communauté musulmane qui, divisée par la diversité de ses origines et de ses pratiques, ne condamne pas ouvertement le djihad, le terrorisme islamiste, la guerre à la modernité et à la civilisation que mènent les fondamentalistes mahométans.

Comment aller au-delà de cette surprise et de cette gifle ? Il n'y a pas d'alternative à une action double : d'une part, bouter hors du pays tout ce qui relève de cet islam passéiste, misogyne et délirant qui inspire les extrémistes religieux de part le monde ; et d'autre part, c'est tout aussi important, assurer à un islam moderne, respectueux et ouvert une place normale au sein du pays, sur le même modèle que les autres religions à la fois officielles et minoritaires du pays, comme la confession chrétienne orthodoxe ou la confession juive. Par le signal fort qu'elle a donné ce week-end, la population suisse a maintenant créé des conditions favorables pour une telle évolution.

(Voir aussi ma chronique dans Mondes francophones sur ce même thème).

Posted by Ludovic Monnerat at 20h08

21 novembre 2009

La chute d'une citadelle idéologique ?

Le piratage d'un millier de courriels et de documents provenant du serveur d'un institut de recherche sur la climatologie situé en Grande-Bretagne, et qui joue un rôle de premier plan dans la polémique sur le rôle de l'homme dans le réchauffement planétaire, jette une lumière particulièrement crue sur les dessous politiques et claniques de cette croisade. La quantité des données et leur caractère a priori vérifiable vont fournir une ample matière pour ceux qui sont choqués par le comportement discutable d'une partie de la communauté scientifique, et à qui la technologie moderne offre des capacités d'action sans précédent. C'est toute une citadelle idéologique qui, suite à la brèche ouverte par les pirates (dont il serait intéressant de connaître l'identité et les motifs), est maintenant prise d'assaut.

Les extraits publiés montrent sans conteste des manipulations et des dissimulations conscientes dans la démarche consistant à montrer et à dénoncer, selon l'image bien connue de la « crosse de hockey », d'une part une hausse brutale et sans précédent des températures globales de la planète, et d'autre part une corrélation étroite entre cette hausse et l'accroissement des activités humaines. On sait que ces théories ont eu un succès retentissant et sont au cœur de nombreuses entreprises visant à promouvoir - sinon imposer - le « développement durable » dans nos existences. Même si la Terre était tout aussi chaude à une époque où l'homme ne polluait guère, même si le réchauffement planétaire est en panne depuis 10 ans, et même si les modèles informatiques utilisés ne sont, précisément, que des modèles.

Lorsque les scientifiques placent leurs convictions politiques au-dessus de l'éthique consubstantielle à leur activité, ils courent le plus souvent au désastre. Sélectionner les faits pour confirmer une opinion est apparemment devenu excusable dans les médias, au vu de ce que j'ai constaté ces dernières années (les archives de ce blog sont éclairantes, tout comme le manque de conséquences des manquements décrits), mais la communauté scientifique est tenue de suivre des pratiques irréprochables, en vertu de la nécessité de vérifier les travaux rendus publics et d'en reproduire ou d'en valider les résultats. Or, toute l'affaire du réchauffement climatique montre exactement l'inverse : des affirmations fracassantes érigées en vérités absolues, malgré des recherches fragmentaires et biaisées, et une lutte acharnée contre toute contestation.

Le fameux « consensus » prêté à la communauté scientifique au sujet du réchauffement planétaire et du rôle de l'homme, alors que l'unanimité n'a aucune place dans la science et lui est même contraire, est aujourd'hui démasqué par ces révélations. Il y a bien eu une collusion entre scientifiques, journalistes et politiques pour forger une nouvelle cause planétaire, les premiers fournissant les « faits », les seconds les assénant au public et les troisièmes orientant les décisions en conséquences (tout en finançant les premiers afin qu'ils poursuivent leurs recherchent dans ce sens, et tout en bénéficiant du soutien des seconds pour leurs orientations). Alors que la science est faite de doutes permanents, de théories provisoires, et d'errements sans cesse corrigés, on a tenté d'en faire un argument imparable pour nous clouer le bec. Quelle misère !

Ce qui est à la fois désastreux et scandaleux, alors même que l'homme a effectivement un impact majeur sur l'environnement et qu'il peut détruire par son ignorance des écosystèmes locaux, c'est qu'aujourd'hui l'on se retrouve avec sur les bras une idéologie collectiviste et autocratique qui n'a aucune chance de mieux fonctionner que toutes celles qui l'ont précédée au siècle dernier. Alors qu'une approche rationnelle et honnête aurait permis de conjuguer écologie et économie, respect de l'individu et respect de l'environnement, les croisés du réchauffement par la faute de l'homme ont pollué - c'est le mot - tellement d'esprits qu'il faudra longtemps pour atténuer la polarisation du débat et retrouver une vision plus juste, plus saine et surtout plus humble des problèmes climatiques, et donc de leur perception comme de leurs implications politiques.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h18

23 octobre 2009

Les lectures des dirigeants

Intéressante analyse sur le site du New Yorker, sous la plume de George Packer, au sujet des lectures des dirigeants, et notamment de deux livres sur la guerre du Vietnam qui a priori ont la cote dans différents cercles de Washington. Extrait :

It doesn't come as a complete surprise, then, that "Lessons in Disaster" has made its way to President Obama's nightstand, while "A Better War" has been passed around Pentagon circles ever since the surge in Iraq. Obama wants to emulate Kennedy, not Johnson, in Afghanistan--wants to think calmly about the stakes in this war, ask the hard questions that his military advisers perhaps have not, and, if necessary, scale back or reject outright their requests. He doesn't want Afghanistan to do to him what Vietnam did to Johnson--a specter that has haunted the Obama Administration throughout its months in office. On the other hand, there are military officers who believe that the lesson of the surge in Iraq is that the right strategy can save even apparently doomed wars--in Vietnam, in Iraq, and now in Afghanistan; that the only obstacle is a failure of political will.
Richard Perle once told me that no one in Washington reads books. Not true, apparently, and it's good to know that important ones are being read around the Obama Administration. But this competition between reading lists worries me. Back in 1993, Bill Clinton, having campaigned on the need for America to intervene in the Bosnian war, got hold of Robert Kaplan's book "Balkan Ghosts" shortly after taking office and concluded that this was an ancient ethnic blood-feud and no one could do anything about it. That was bad history, and it led to bad policy: Clinton allowed the genocide to go on for over two more years. Books in the hands of Presidents are not necessarily helpful. (According to Karl Rove, George W. Bush read ninety-five books in 2006, the year the Iraq war was nearly lost.)

C'est un aspect à la fois délicat et passionnant des hautes responsabilités qui est ainsi abordé. A travers un livre, la stratégie et les décisions d'un État peuvent être influencées d'une manière concurrentielle aux conseils et évaluations d'une administration ou d'un état-major, et bien entendu opposée aux messages émotionnels ou militants véhiculés le plus souvent par les médias de masse. Mieux : la lecture peut façonner le cadre intellectuel d'un dirigeant, orienter ses réflexions et ainsi influencer ses décisions avant même que lui soient attribuées les responsabilités afférentes. Au risque précisément de croire détenir la vérité, ou de tirer des parallèles inexistants.

Il serait intéressant de savoir quels livres certains dirigeants consultent-ils en parallèle de certains choix difficiles. Y compris à des sujets moins graves que la conduite d'un conflit, comme les soucis actuels de la Suisse le montrent. Est-ce que Hans-Rudolf Merz a lu un ouvrage sur les prises d'otages et les chantages entre États avant d'entreprendre son voyage historique en Libye ? Quelles sont les lectures effectuées par Ueli Maurer sur la transformation des forces armées face aux défis du XXIe siècle, ou même sur la puissance aérienne ? Voilà qui donnerait sûrement à quelques explications passionnantes pour comprendre les points de vue et le processus décisionnel des uns et des autres...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h26

11 octobre 2009

Une affiche qui force le débat

Affiche Minarets.jpg

L'initiative populaire fédérale contre la construction de minarets en Suisse entre dans la phase de son évolution, puisque le peuple suisse et les cantons sont appelés à se prononcer à son sujet. Pour l'heure, c'est l'affiche choisie par le comité d'initiative qui suscite la polémique, puisque plusieurs autorités communales ont déjà décidé d'interdire son affichage et que d'autres organisations envisagent une telle censure, pour le moins étonnante dans le cadre d'une campagne de votation fédérale. Mais est-ce que le politiquement correct n'est pas en train de l'emporter sur le droit de faire de la politique ?

L'affiche ci-contre (dans son incarnation germanophone) relève bien entendu d'une technique de communication agressive, offrant une vision simplifiée et provocatrice de la question. Les minarets ne sont pas en soi les symboles d'une domination sur notre pays, ni même d'un asservissement des femmes ; de la même manière que les clochers et les campaniles ne peuvent être parés de tous les maux du christianisme, ce sont formellement des constructions architecturales liées à la pratique et à l'esprit de la religion musulmane. Qu'une mosquée porte ou non un minaret n'a pas d'influence directe sur le message qu'on y distille, mais bien sur sa visibilité alentour.

D'un autre côté, les votations populaires sont systématiquement l'occasion de voir fleurir sur les panneaux d'affichages de nos villes et villages de telles simplifications des objets soumis au verdict du peuple. La récente votation sur la hausse temporaire de la TVA l'a rappelé : le message est raccourci et concentré pour lui donner plus de force, quitte à s'éloigner de la vérité. C'est d'autant plus vrai que la votation - elle aussi imminente - sur l'interdiction de l'exporation du matériel de guerre ressortit aux mêmes ressorts : le Groupe pour une Suisse sans armée a réussi à placer dans la publication officielle une image de char de combat, alors que l'industrie suisse ne produit ni n'exporte de telles armes. On force le trait pour frapper les esprits.

Rien de tout cela ne justifie une censure de la part des autorités publiques, alors même que c'est le peuple - et non ses élus - qui sont maintenant appelés à se prononcer. Le contenu de l'affiche incriminée exagère certes la portée du danger que porte le militantisme islamique, mais n'invente pas la burqa ou les minarets, ni même le fait que l'on voit de plus en plus de femmes voilées en Suisse. Tôt ou tard, la place de l'islam dans une société occidentale comme la nôtre doit faire l'objet d'un débat public, même si cette initiative populaire - nécessairement réduite à la modification d'un article de la constitution - n'est sans doute pas le meilleur vecteur dans ce sens. Et toute tentative visant à étouffer ce débat, recourant aux accusations éculées de racisme ou de xénophobie, ne fait qu'accroître son importance.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h39

8 octobre 2009

Le modèle suisse et ses jaloux

Ainsi donc, la Suisse fait à nouveau l'objet de critiques virulentes sur la scène internationale comme dans certaines corporations, notamment pour avoir arrêté Roman Polanski. En y ajoutant nos déboires dans l'affaire libyenne, pour laquelle pas grand monde ne nous a aidé, il est aisé d'en conclure que personne ne nous aime ; mais je trouve plus judicieux le commentaire de Sandra Jean hier dans Le Matin, qui conclut fort à propos :

"La Suisse ne fait pas tout juste et elle est franchement loin d'être parfaite. Mais, à un moment donné, les brillants analystes et autres donneurs de leçons de France et de Navarre devraient tout de même avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que derrière leurs invectives se cache un brin de jalousie. La Suisse est politiquement stable, économiquement solide et socialement équitable. Qui dit mieux?"

Il se trouve que j'ai lu le week-end dernier le livre de François Garçon intitulé "Le modèle suisse", qui rassemble de nombreux faits montrant effectivement la situation avantageuse de notre pays vis-à-vis notamment du grand voisin français. Il est clair que cet ouvrage est conçu comme un contre-pied et qu'il idéalise notre situation, mais ce "brin de jalousie" me paraît éminemment vraisemblable au vu de ce que l'auteur révèle et souligne sur les blocages politiques, économiques et sociaux en France comme en Europe.

Oui, la Suisse n'inspire pas beaucoup de sympathie en-dehors de nos frontières. Nous sommes sans doute trop sérieux, trop méticuleux, trop sûrs de nous, trop prospères, trop prudents ou même trop lents pour cela. Mais de la même manière que notre exemple suscite des réactions vives chez ceux qu'il met en cause, nous récoltons aussi les fruits de notre approche méthodique et consensuelle : quiconque recherche la stabilité et la pérennité songe automatiquement ou presque à la Suisse. Les personnes physiques et morales accourant sur notre sol sont un témoignage vibrant de leur propre appréciation de la situation.

En revanche, on peut légitimement faire des reproches à la Suisse si elle bénéficie des efforts des autres sans soi-même s'engager de manière comparable, ce qui est globalement le cas dans le domaine sécuritaire. La récente décision du Parlement sur le dossier "ATALANTE" va dans ce sens.

Posted by Ludovic Monnerat at 13h27

17 septembre 2009

Engagements à l'étranger : la croisée des chemins

Les débats parlementaires de cette semaine le soulignent avec force : il manque encore et toujours à la Suisse une approche stable et pragmatique concernant les engagements de l'armée à l'étranger. Les missions de promotion de la paix sont soutenues par une majorité fragile, alors même qu'elles n'engagent de contingent que dans des zones sans grand risque. Les missions visant à protéger les intérêts du pays, quant à elles, sont âprement disputées et à la merci de toute scorie idéologique. C'est tout un pan de la politique de sécurité définie par le Conseil fédéral et avalisée par le Parlement qui peine à être mis en œuvre.

Employer des moyens militaires hors des frontières n'est bien entendu pas une fin en soi. D'une part, c'est souvent le seul moyen de préserver ou de restaurer des conditions de sécurité minimales, à même de permettre le fonctionnement d'une société ou l'utilisation d'un espace donné ; en d'autres termes, une contribution nationale à un effort généralement multinational de stabilisation ou de normalisation. D'autre part, c'est l'occasion d'utiliser des fonctions opérationnelles dans des situations de crise où les risques et les dangers réduisent fortement la permissivité de l'environnement, c'est-à-dire des conditions s'approchant du combat et des contextes que les méthodes actuelles de direction d'exercice (simulateurs lasers multiples, etc.) ne peuvent que ponctuellement esquisser.

Cette dualité profitable a été développée de façon étonnante au cours de la décennie écoulée. Alors qu'en 1999 les soldats suisses envoyés en mission de stabilisation n'étaient pas armés et devaient être protégés par leurs collègues étrangers un brin ironiques, ils forment en 2009 des détachements d'infanterie polyvalents, équipés de véhicules blindés et d'armes modernes, utilisés régulièrement comme réserve d'intervention générale par un commandement multinational comme celui de la KFOR. Et ceci sans la moindre bavure, sans le moindre dépassement du mandat national, à l'inverse de ce qu'annonçaient les adversaires traditionnels de telles missions.

Mais la régression pourrait bien aujourd'hui succéder au développement. Après la Bosnie, les nations occidentales ont décidé de fortement réduire leur présence militaire au Kosovo, ce qui aura immanquablement des conséquences similaires sur le contingent suisse déployé au sein de la KFOR. Or, la Suisse se trouve à court de missions multinationales situées dans des environnements modérément risqués, là où le maintien de la paix peut clairement être distingué de son imposition potentielle. Et l'on ne peut guère compter sur une majorité stable pour engager des moyens militaires significatifs en vue de protéger nos propres intérêts dans des zones de crise. De sorte qu'un retour au statu quo ante est une voie probable.

Nous sommes à la croisée des chemins, dans ce domaine où se recoupent la politique étrangère et la stratégie militaire. D'après les informations actuellement disponibles, le prochain Rapport sur la politique de sécurité ne devrait pas connaître de changement sur ce plan, et donc ne sera guère en mesure de surmonter cette mise en échec permanente. Et comme une armée que l'on n'engage pas dans des tâches difficiles est vouée à l'obsolescence et à la calcification, nous n'avons guère d'autre choix que de repenser la palette et les modalités des engagements armés au-delà des frontières.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h44

22 octobre 2007

Elections fédérales : un regard militaire

Les résultats des élections fédérales sont clairs sur le plan des rapports de force entre partis politiques, avec le succès de l'UDC, la montée en puissance des Verts, la pente descendante des radicaux ou encore la dégringolade du parti socialiste. Moins clairs sont les effets que ces élections auront sur la politique de sécurité suisse, et notamment sur les objets militaires pendant la prochaine législature. Il vaut la peine de s'interroger à ce sujet.

Avant le week-end dernier, la principale crainte dans les rangs de l'armée était d'assister à un renforcement de la polarisation vécue depuis 4 ans, en raison d'une nouvelle baisse du centre ; on redoutait alors que quelques voix supplémentaires accordées à la droite nationaliste et à la gauche militaire aboutissent à garantir une majorité de blocage sur tous les objets litigieux. Ce scénario ne s'est pas réalisé, et le renforcement de la droite au Parlement va même dans le sens contraire. Il faudrait toutefois connaître les inclinations des nouveaux élus UDC, notamment en Suisse Romande, pour en être sûr. Le remplacement de députés socialistes ou autres par des verts est difficile à appréhender sur ce plan, même si l'éviction de quelques ennemis acharnés de l'armée n'est pas à sous-estimer.

L'institution militaire a en effet besoin d'un Parlement qui fixe des lignes directrices pour ces prochaines années. Au-delà des thèmes politiques qui ont une incidence directe sur l'armée, comme la création d'un Département de la sécurité, plusieurs objets vont en effet susciter des débats nourris : la mise en oeuvre de l'étape de développement 08/11, acquise dans le principe mais dont les conséquences seront profondes, le développement des capacités aériennes, en matière de transport à longue distance ou de combat air-air et air-sol, ou encore l'augmentation des missions à l'étranger, que ce soit les engagements de promotion de la paix à longue durée ou les engagements en cas de crise de courte durée, nécessiteront un soutien à long terme de la classe politique. Et donc un consensus sur les missions de l'armée et son rôle dans le cadre de la politique de sécurité.

Avec le poids accru de l'UDC et le maintien du centre-droit, le soutien pour les programmes d'armements axés sur le maintien de la capacité de défense et sur le développement d'éléments de base, comme par exemple en matière de conduite digitale, semble ne pas être mis en doute. Toutefois, ce sont précisément ces objets faciles à faire passer qui sont de moins en moins importants, à une époque où toutes les armées - y compris la nôtre - sont contraintes d'augmenter leur capacité à faire face à des menaces diffuses, indissociables de l'environnement avant leur manifestation, indifférentes aux frontières géographiques, et qui repose avant tout sur l'élément humain. Qu'il s'agisse d'intervenir durablement sur le sol national pour des missions de stabilisation ou ponctuellement hors des frontières pour des missions de protection, d'évacuation ou de sauvetage, le futur de l'armée va à l'encontre de ce qui aujourd'hui fait le plus facilement l'objet d'un consensus.

Ce qui nous renvoie à l'interrogation quant aux inclinations des futurs parlementaires...

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7 octobre 2007

Le droit de manifester ou de casser ?

Manif.jpg

L'image ci-dessus, trouvée sur cette page éminemment dédiée, et les articles de la presse posent bien la question : à partir de quand le droit de manifester devient-il un droit de casser, de se livrer à des déprédations gratuites sur tous les symboles supposés d'un pouvoir honni ? Que la Place fédérale soit l'objet de saccages, voilà qui est en soi déjà lamentable ; mais que des bandes armées puissent sans grande difficulté se livrer à une razzia opportuniste dans les rues de Berne, parce que les autorités politiques n'ont pas eu le courage élémentaire d'interdire une "contre-manifestation" vouée à une telle dérive, voilà qui est vraiment inacceptable. Quand le seul message affiché est "Welcome to hell", les espaces d'expression propres à la démocratie sont depuis longtemps outrepassés.

La page mise en lien est à cet égard révélatrice des visées en question, notamment avec cet extrait, qui confine à l'after action review :

"Trotzdem noch ein bischen Manöverkritik; Es hatte eindeutig zu wenig Material. Barikadenmaterial wäre eigentlich genug vorhanden gewesen und wurde teilweise auch genutzt, aber Wurfmaterial hätte ruhig mehr da sein können, ebenso Feuerwerk. Die Kritik geht an die vorbereitenden Gruppen aber natürlich auch an mit selbst, hab ja auch nicht dafür gesorgt. Z.B. vom Aufbau oder den Anarchos hatte ich etwas mehr Vorbereitung erwartet."

Il faut vraiment faire preuve d'un aveuglement tout irénique pour refuser l'évidence, à savoir que les bandes armées omnirévolutionnaires et la manifestation politiques sont rigoureusement incompatibles. Que le prétexte soit une manifestation de l'UDC ou un sommet du G8 importe peu ; le dévoiement des libertés publiques ne profite jamais, in fine, à leurs bénéficiaires légitimes.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h48 | Comments (209) | TrackBack

16 septembre 2007

Le cirque fédéral

BurkiCirqueCF.jpg

Puisque le dessin ci-dessous a suscité nombre de commentaires, il vaut à mon sens la peine de mettre en ligne la dernière production de Burki, qui a paru hier dans 24 Heures, pour voir la différence entre la caricature et l'insulte. Le Conseil fédéral génialement croqué par Burki, avec Couchepin en éléphant, Leuenberger en paresseux, et surtout Blocher en gorille, fournit une image particulièrement caustique - mais aussi critique - du Gouvernement. Mais il y a une dimension toute différente à accentuer l'aspect physique d'un Blocher, dont la morphologie générale mène effectivement par exagération au primate, par rapport au symbole d'un régime et d'une idéologie génocidaires.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h58 | Comments (10) | TrackBack

6 juin 2007

Le revirement du Conseil fédéral

Ainsi donc, le Conseil fédéral est revenu sur sa décision concernant la question des armes de service au domicile des citoyens-soldats, puisque désormais il veut interdire le dépôt de la munition de poche gardée jusqu'ici entre les services par les mêmes citoyens-soldats, à l'exception des formations prévues pour des engagements après courte préparation dans le cadre de la sécurité intérieure. Ce revirement montre non seulement que l'argument de la confiance entre les citoyens et l'État n'avait guère de solidité, voire peut-être de vérité, mais également que les campagnes visant à saper l'un des éléments-clefs de l'armée de milice ont un impact sur le Gouvernement. L'abandon de la munition de poche apparaissant dès lors comme une manière de jeter du lest et de couper l'herbe sous le pied des opposants au maintien des armes à domicile.

Cette décision, entièrement légitime et non dénuée d'une forme de logique dès lors qu'elle peut être adaptée au gré de l'évolution de la situation, montre néanmoins à quel point la classe politique de ce pays reste incapable de fixer une ligne et de s'y tenir dans la plupart des aspects de la politique de sécurité. Je ne sais pas si nos dirigeants se rendent compte de l'effet pernicieux de tels revirements : à force de constater que les décisions d'hier ne pas sont pas celles d'aujourd'hui, on prend en effet l'habitude de se dire que demain sera un autre jour et que les décisions sont en permanence susceptibles d'évolution, et donc de contestation. On ne peut simplement pas d'une année à l'autre dire tout et son contraire, et en parallèle attendre de ceux qui tentent d'appliquer ces décisions qu'ils fassent des planifications à long terme et qu'ils engagent au mieux les ressources ténues qui leur sont encore accordées.

Ce jugement d'un officier de milice, dont c'est le devoir militaire que de rappeler les conséquences des ordres et missions qui lui parviennent le long de la voie hiérarchique, n'est pas un simple constat. C'est aussi une incitation à réfléchir aux conséquences d'un exécutif national incapable de tenir une ligne, face à un législatif aux majorités changantes, sur la défense du pays et la protection de ses intérêts...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h15 | Comments (60) | TrackBack

5 mai 2007

France : la prime à la compétence

Si l'on en croit les instituts de sondage, l'élection présidentielle est jouée et Nicolas Sarkozy l'emporterait très nettement face à Ségolène Royal ; depuis le début de l'année, son avantage ne s'est jamais démenti, et la fin de la campagne lui semble très favorable. Avec le recul, on peut même se demander comment autant de commentateurs ont pu juger crédible une candidate socialiste que résume à merveille l'expression de "cruchitude", une dirigeante ouvertement vilipendée dans son propre camp et par ceux qui ont travaillé à ses côtés, une femme dure au sourire éternellement figé, dont l'ambition surpasse largement la compétence. Une candidate que son adversaire n'a d'ailleurs jamais vraiment redouté.

Une leçon de cette élection finalement fort intéressante, surtout vue d'un pays étranger, est le poids de la compétence sur l'apparence, et de l'opinion publique sur l'opinion médiatique. La course en tête menée par Nicolas Sarkozy, sa capacité à convaincre encore démontrée lors du débat de l'entre-deux tours, sont largement le fruit de ses qualités personnelles et de sa connaissance des dossiers ; la montée en puissance de François Bayrou, malgré le désavantage d'une couverture médiatique très longtemps bipolaire, s'explique également par un projet politique original, par une aptitude à afficher des positions pragmatiques et non idéologiques. A l'inverse, l'échec des candidats d'extrême-gauche, même ceux transformés en icônes et malgré leurs relais disproportionnés dans les rédactions, témoigne à mon sens d'un rejet des idéologies. Il en va probablement de même pour l'extrême-droite, les positions invariables d'un Le Pen ayant perdu en partie leur attrait.

La leçon est cependant plus claire encore avec Ségolène Royal, qui n'aura pas pu répéter avec les citoyens français l'exploit réalisé avec les militants socialistes : faire passer un emballage différent, une "autre façon de faire de la politique", pour une substance différente, c'est-à -dire pour un renouveau politique. La recherche d'une démarche participative, d'un programme établi et discuté de façon décentralisée, ne pouvait bien entendu trouver grâce aux yeux d'un Helvète : nous sommes depuis trop longtemps attachés à la démocratie directe pour être séduits par un ersatz plus symbolique que concret. Mais cette apparence s'est surtout effondrée lorsqu'il s'est agi de rassembler et non plus de se profiler, parce que les manoeuvres d'appareil et les négociations politiciennes ne pouvaient pas être justifiées par une authentique proximité. La candidate socialiste aura sombré dans l'illusion du "tout sauf Sarkozy" et omis de présenter un message crédible.

Cette prime à la compétence a naturellement de quoi réjouir, puisqu'elle contribue à recentrer la politique vers sa fonction première. Même si je ne crois guère au nouveau rêve français de Nicolas Sarkozy, conjurer le cauchemar annoncé par Ségolène Royal en guise d'argument final est un objectif sensé.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h15 | Comments (141) | TrackBack

28 avril 2007

Valais : une opposition indécente à l'armée

Le conseiller fédéral Samuel Schmid s'est rendu hier à Sion pour mener plusieurs discussions sur le thème de la présence des avions à réaction, et notamment des F/A-18. Une association de riverains, appuyée par une pétition comptant quelque 6000 signatures, combat en effet en des termes virulents la présence des jets sur l'aérodrome militaire de Sion. Et la mobilisation très limitée des opposants ne les a pas empêchés d'être écoutés par le Chef du DDPS, venu pour présenter plusieurs mesures susceptibles de réduire les nuisances sonores.

...

La suite ici !

Posted by Ludovic Monnerat at 9h00 | Comments (9) | TrackBack

23 avril 2007

L'échec d'une icône médiatique

Ce blog n'est pas le lieu de discussions purement politiques, c'est-à -dire dans le sens des partis, mais il me vient tout de même une réflexion au vu des résultats du premier tour de l'élection présidentielle française : le score de José Bové, 1,3%, est étonnamment bas pour une icône médiatique, pour un personnage célébré par les médias. On peut trouver des explications relativisantes à cet échec : l'élection présidentielle est verrouillée par les partis de gouvernement, elle exige une préparation et des moyens financiers inaccessibles à un "petit" candidat, il y avait trop de candidatures "anti-système", etc. Mais malgré cela, voir un acteur politique et médiatique aussi populaire que Bové ne rassembler qu'un demi-million de voix reste significatif.

Le verdict des urnes semble parfois cruel pour les activistes convaincus de la justesse de leurs idées, mais la représentativité populaire n'en demeure pas moins un fondement essentiel de toute légitimité. La rhétorique de la vague dite altermondialiste sur laquelle a surfé José Bové a toujours justifié sa violence intrinsèque par la légitimité de son action, à défaut de sa légalité ; mais les "anti-tout" analogues à l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne ont surtout évité de soumettre leur supposée légitimité au verdict, et il faut rendre hommage à Bové pour l'avoir essayé - avec le résultat éclairant que l'on sait. Ces idées ne sont que le cheval de bataille d'une ultra-minorité, qui doit à ses relais dans les médias et à ses complicités dans les rédactions d'avoir donné l'illusion de représenter une force politique. Mais un cheval de bataille n'est pas une politique...

Au-delà de la participation exceptionnelle de nos voisins français, il faut donc souligner une fois de plus que la démocratie est et reste le meilleur moyen de remettre à leur place les extrémistes et leurs messages, ainsi que toutes les luttes de perceptions bâties à coup de sondages ponctuels, de manifestations outrées ou de pétitions fracassantes, tous fondamentalement non représentatifs.

Posted by Ludovic Monnerat at 6h40 | Comments (69) | TrackBack

22 avril 2007

Armes et munitions, suite

Le vain compromis proposé par la commission de politique de sécurité du Conseil des États, et consistant à exiger le dépôt des munitions de poche à l'arsenal sans retirer la garde de l'arme personnelle, n'a pas tardé à voler en éclats : il faut lire la série d'articles publiée aujourd'hui dans Le Matin pour s'en convaincre. D'une part, la facilité à se procurer des munitions légalement et la rareté des actes violents commis avec la munition de poche, comme je l'expliquais, semblent confirmées par ces déclarations de Rita Fuhrer ; d'autre part, la facilité à se procurer des munitions illégalement, au cours des tirs obligatoires ou durant des périodes de services, est également confirmée - encore que décrite en termes nettement exagérés, et avec une image erronée (les gren main 85 sont une rareté ; les gren main d'exercice explosives 85, noires, sont employées à l'instruction).

Autrement dit, nous voilà de retour à la case départ, avec des appels stridents au désarmement des citoyens-soldats sans réflexion stratégique sur les conséquences d'une telle décision, avec des sondages préparant les esprits à un tel désarmement, mais aussi avec un appel à une votation populaire qui est la seule manière de trancher sur ce sujet. Etant entendu que les cadres de milice comme moi sauront faire entendre leur voix, et rappeler que la rupture unilatérale de contrat avec la Confédération et ceux qui se sont engagés individuellement à la défendre doit aussitôt lever toute obligation en la matière : un citoyen-soldat sans son arme personnelle n'en est plus un.

Lorsque les Suisses seront confrontés à l'obligation de voter sur un pan essentiel de leur sécurité, et non interrogés sur un thème d'actualité abordé de façon émotive et biaisée, je suis persuadé qu'il réaffirmeront les valeurs qui fondent depuis si longtemps l'existence de ce pays, et dont l'indépendance reste l'une des plus fortes.

Posted by Ludovic Monnerat at 7h28 | Comments (53) | TrackBack

17 avril 2007

Faute des armes, les munitions

Si l'on en croit la commission de politique de sécurité du Conseil des États, les munitions dites de poche que détiennent les citoyens-soldats suisses doivent leur être retirées, à l'exception des troupes d'intervention chargées de missions de protection telles que la sécurité militaire. Les opposants au principe de la milice et des citoyens armés se consolent avec ce "premier pas" dans la bonne direction, puisque faute d'avoir pu retirer les armes de nos mains, interdire les munitions qui les accompagnent a une portée symbolique. D'autres politiciens affirment qu'il n'y a pas lieu d'établir des liens entre ces deux éléments. Un peu comme si l'essence et la voiture n'avaient rien à voir !

D'un point de vue strictement militaire, les boîtes de cartouches au calibre 5,6 mm ou 9 mm ont il est vrai une importance très limitée, puisque le fait de conserver son arme de service à domicile n'est plus justifiable par l'imminence d'une possible mobilisation de guerre, mais doit tout ou presque au maintien de la volonté de servir, et donc de la responsabilité individuelle dans la sécurité collective. De plus, le retrait des munitions de poche n'aurait pas de conséquence sur la pratique du tir dans la société suisse, au contraire d'un dépôt des armes aux arsenaux, et donc n'affecterait pas cet entraînement à la précision qui reste utile en tant qu'apprentissage de base du fonctionnement des armes et des trajectoires.

D'un point de vue strictement sécuritaire, en revanche, l'absence des munitions militaires promet d'avoir un impact tout aussi limité, puisqu'il est très facile de se procurer en toute légalité des munitions du même calibre. J'aimerais bien avoir accès à des statistiques précises montrant combien d'actes violents commis avec des armes de service ont également impliqué les munitions de poche dans leur boîte close, et combien ont au contraire utilisé des munitions privées. De toute manière, il n'est pas rare que des citoyens-soldats - et notamment des cadres - conservent par devers eux un petit stock de cartouches "issues" d'une période de service, en parfaite violation des prescriptions sur l'emploi des munitions militaires. Et allez distinguer une GP 90 achetée dans le commerce d'une GP 90 reçue du chef mun...

En d'autres termes, la décision prise par la commission des États n'est pas de nature à mettre un terme à la polémique ou à avoir un effet sensible sur la situation. Elle ne représente qu'un compromis politique permettant aux uns d'afficher leur empathie envers les victimes de quelques faits divers montés en épingle, et aux autres d'afficher leur combativité sur un thème polarisé par l'idéologie. Quant à une réflexion stratégique qui verrait nos parlementaires tracer des pistes consensuelles sur la réorientation de notre politique de sécurité, au lieu de débattre au gré de l'actualité sur 50 cartouches en boîte, autant faire preuve d'un espoir invétéré et attendre la prochaine législature.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h59 | Comments (64) | TrackBack

27 mars 2007

Le chaud et le froid

Le temps me manque ces jours pour traiter un sujet en détail, mais je ne peux manquer d'être interpellé par les signaux politiques contradictoires donnés à 2 mois d'intervalle par le Parlement en matière de missions de maintien de la paix. En janvier dernier, la commission de politique extérieur du Conseil national a refusé la stratégie du Conseil fédéral pour les missions militaires à l'étranger, notamment l'augmentation des soldats en mission ; et hier, la commission de politique de sécurité du même Conseil national a au contraire exigé cette augmentation, jusqu'au volume de 500 initialement fixé par le Conseil fédéral. Le tout avec de faibles et fragiles majorités, auxquelles se fier est bien risqué.

Comment une armée est-elle encore susceptible de planifier son développement et de répartir ses efforts principaux dans la durée avec une classe politique soufflant constamment le chaud et le froid ? Et ce d'autant plus que ces discordes profondes et cette polarisation existent également au niveau de l'exécutif... Il ne reste sans doute plus qu'à espérer que les prochaines élections fédérales permettent de dégager une majorité solide en matière de politique de sécurité, ce qui est loin d'être garanti !

Posted by Ludovic Monnerat at 13h54 | Comments (10) | TrackBack

17 mars 2007

La ruée vers l'apaisement

Sidérante réaction en Europe : le nouveau gouvernement d'union palestinien vient à peine d'être investi par le parlement, avec ses ministres issus du groupe terroriste islamiste Hamas et leurs homologues "modérés" du Fatah, que déjà se précipitent les gestes d'apaisement. On commence donc par la Norvège :

"Sur la base de la plate-forme politique du nouveau gouvernement, la Norvège part du principe que les autorités palestiniennes vont respecter les normes internationales fondamentales concernant le respect des accords passés, la prise de distance avec la violence et la reconnaissance du droit d'Israël à exister", a affirmé samedi le chef de la diplomatie norvégienne.
M. Stoere a appelé la communauté internationale à coopérer avec les autorités palestiniennes.
"La Norvège appelle la communauté internationale a travailler de façon constructive avec les autorités palestiniennes. Nous appelons en particulier Israël à accueillir le gouvernement d'union de manière constructive", notamment en favorisant la liberté de mouvement pour la population palestinienne, a-t-il indiqué.

On se demande bien quelle urgence imposait de telles déclarations, et les aides financières qui vont probablement les accompagner. Car le Hamas, contrairement aux folles assertions de commentateurs européens, a réitéré encore tout récemment son refus de reconnaître l'État d'Israel :

"If anyone wishes to express reservations on the Mecca agreement, we respect that but at the same time we affirm that Hamas would never accept to be dealt with as if the movement is not rational and needs guidance from someone."
"Hamas has managed to withstand an unfair blockade for a year now. This blockade on Hamas could have been lifted if Hamas agreed to recognise the Zionist entity [Israel], but Hamas will never recognise Israel," he added.

Un gouvernement terroriste violant ouvertement les exigences de la communauté internationale pourra-t-il effectuer un prompt retour en grâce si se déclenche une ruée vers l'apaisement ? Et qu'espère la Norvège de ce soutien indirect à un belligérant ennemi d'un État légitime et membre des Nations Unies ? Sidérant, l'adjectif est faible...

Posted by Ludovic Monnerat at 23h25 | Comments (86) | TrackBack

6 mars 2007

Face à mes crimes inexpiables

Aujourd'hui, j'ai commis un délit ignoble - que dis-je, un crime inexpiable : j'ai acheté une barquette de prunes venant d'Afrique du Sud. Circonstance aggravante : j'ai également acquis des oranges d'Espagne, et j'ai failli prendre des fraises d'Italie et des tomates du Maroc. Tout cela en quelques minutes, dans un banal commerce helvétique. Rendez-vous compte, des prunes et des oranges en hiver, venues de si loin ! Et ne croyez pas que ce ne sont pas vos oignons, si j'ose écrire : dorénavant le panier de la ménagère est jugé sous l'angle écologique, avec le nombre de kilogrammes de CO2 produits pour acheminer ces produits ! Encore heureux que j'ai fait mes courses à pied : l'emploi d'une voiture m'aurait encore valu des accusations supplémentaires !

Ce n'est hélas pas tout, je dois encore battre ma coulpe pour un autre crime : j'ai également pris 2 billets d'avion pour l'ouest de la France, afin d'y faire un séjour dans quelques semaines. Comment ai-je pu égoïstement songer à voyager aussi vite que possible, au lieu de réduire en premier lieu les émissions de CO2 et de placer la nature devant mes misérables aspirations à revoir des gens que j'aime - euh, je veux dire, de misérables pollueurs ? De nos jours, le transport aérien à des fins de loisirs est en passe d'être proscrit, ou du moins sévèrement blâmé, et il vaut mieux rester chez soi pour prendre quelques jours de repos. Même le train n'est pas acceptable : avec tous ces TGV qui roulent à l'électricité nucléaire, c'est bien notre planète que l'on condamne un peu plus à chaque kilomètre.

A défaut de les expier, comment pourrai-je compenser mes fautes ? Payer pour ma production en gaz carbonique, après avoir calculé celle-ci, comme le Très Saint Al Gore ? Me convertir à l'Agenda 21 et prêcher le développement durable pour nous autres pécheurs ? Planter un arbre à chaque jour de mon insignifiante existence, m'engager résolument au service de la décroissance, ériger une statue à la gloire du Traité de Kyoto, prôner l'abandon de toute énergie non renouvelable, réduire mes propres émissions de CO2 en cessant de parler, réduire le trafic automobile en crevant les pneus des voitures, planifier le sabotage des centrales à gaz acceptées par notre inconscient Parlement ?

A moins de conserver ma conviction que l'homme importe davantage que la nature, même si les deux sont indissociables, et que le processus consistant à transformer des modèles scientifiques en dogmes politiques, puis en mode de vie coercitifs, relève d'une vaste escroquerie intellectuelle...

A part ça, ces prunes d'Afrique du Sud sont excellentes : goûteuses, tendres et juteuses à souhait.

Posted by Ludovic Monnerat at 16h34 | Comments (53) | TrackBack

17 février 2007

France : candidats et défense

Grâce à Guillaume Payre, les positions des 2 principaux candidats à la présidence de la France en matière de défense font l'objet d'une récapitulation qui sera régulièrement mise à jour. De quoi en savoir un peu plus sur certaines polémiques de la campagne électorale, notamment en matière de porte-avions...

Posted by Ludovic Monnerat at 7h26 | Comments (25) | TrackBack

3 février 2007

Aux armes, citoyens !

Non, il ne s'agit pas d'abreuver nos sillons d'un sang impur, puisque ceci est l'apanage de la France, mais de se préparer à mener un combat démocratique pour la préservation d'un droit essentiel : celui qui permet à chaque citoyen-soldat suisse de conserver son arme de service à domicile. Plusieurs organisations politiques de gauche ont en effet annoncé cette semaine le lancement d'une initiative visant à retirer les fusils d'assaut et pistolets que possèdent les soldats de milice à domicile et à les entreposer dans les arsenaux. Après l'exploitation de l'affaire Rey-Bellet, la pétition du magazine Annabelle et les recherches très politisées de Martin Killias, voilà donc l'aboutissement logique d'un processus visant à désarmer la population suisse appelée à défendre le pays et à protéger sa population.

Il convient de s'en féliciter. Voilà en effet trop longtemps que les armes de service sont attaquées de manière pernicieuse et systématique à chaque fois qu'un fait divers les implique, sans que la proportion minime de tels événements soit rappelée au public ; trop longtemps que l'on spécule sur leur rôle prétendument menaçant au sein d'un couple sans que rien n'ait jamais prouvé la véracité statistique de pareilles assertions ; trop longtemps que l'on sape l'un des principes-clefs de la politique de sécurité, l'un des fondements de la volonté de servir, sans aborder la perspective stratégique qui les accompagne. Une initiative populaire a l'immense mérite de porter le débat sur la place publique dans un cadre démocratique, avec une recherche des faits justifiant les avis respectifs, et donc de donner la parole à la population au lieu de laisser s'exprimer ses porte-paroles autoproclamés.

Dans une perspective plus personnelle, je ne vois pas l'intérêt d'accomplir mon devoir de soldat, de conserver chez moi mon équipement militaire, d'en assurer l'entretien et la disponibilité, si l'on me retire son élément principal. J'ai reçu mon fusil d'assaut 90 un jour de juillet 1995, des mains de mon premier commandant de compagnie, devant le drapeau suisse ; même si mon arme personnelle est ensuite devenue le pistolet 75, école d'officiers oblige, les deux sont le symbole de mon engagement à remplir ma mission de soldat, à défendre, à protéger et à aider, fût-ce au prix de ma vie. Que l'on me retire la garde de mes armes de service, que l'on nie mon aptitude à les utiliser de manière responsable, et cet engagement cesse. C'est tout l'équipement qui serait ensuite renvoyé à l'arsenal. Et si l'on m'oblige à servir encore, ce que bien entendu j'accepterais, je devrais alors faire une demande pour un service sans arme.

Dans une perspective plus large, je peux parfaitement admettre que la Suisse décide de renoncer au principe de l'armée de milice, au service obligatoire des citoyens-soldats. C'est une décision qui serait dans ce cas fondée sur la mise en oeuvre d'une nouvelle politique de sécurité, qu'il conviendrait donc d'apprécier selon ses forces et ses faiblesses. Toutefois, l'évolution des menaces et des risques, et notamment le fait que l'espace et le sens volent en éclats, font que l'armement des citoyens et leur implication dans la sécurité me semblent un élément essentiel pour la préservation des entités nationales. Une menace destructurée et diluée au point de faire de l'individu un acteur stratégique doit nécessairement être contrée par des mesures impliquant l'individu. Le principe du citoyen-soldat n'a rien perdu de sa modernité.

Voilà donc posés quelques termes du débat...

Posted by Ludovic Monnerat at 17h22 | Comments (41) | TrackBack

14 janvier 2007

Un îlot de liberté en Europe

Les médias - en l'occurrence Le Matin - lui ont tendu la perche, et il ne s'en est pas privé : Arnaud Montebourg récidive aujourd'hui dans ses attaques quasi picrocholines contre la Suisse. Et son langage belliqueux finit par tourner au ridicule :

La réalité, c'est que la Suisse procède à un véritable pillage économique. Avec sa politique fiscale agressive, elle a attiré plus d'un millier de sièges sociaux, ce qui représente des pertes de plus de 50 milliards d'euros pour les pays européens. Excusez du peu! Nous ne pouvons plus accepter cette guerre.

N'entrons même pas en matière sur le fond de l'affaire, puisque les questions de fiscalité ne sont pas les seuls paramètres du problème et que l'attractivité de la Suisse pour les entreprises est un facteur de croissance économique. Non, le fait qu'un élu d'un grand pays comme la France puisse s'en prendre à petit pays comme la Suisse parce que ce dernier a une politique économique et fiscale bien plus efficace, au lieu de se remettre en question, illustre tristement l'inertie intellectuelle qui règne souvent dans l'Union Européenne. Et la nécessité toujours plus claire de tenir à distance cette entité inquitante, de poursuivre un partenariat sans pour autant en être dépendant à tous égards. Ce ne serait pas la première fois depuis plusieurs siècles que la Suisse reste un îlot de liberté en Europe...

COMPLEMENT (15.1 0750) : Comme complément aux propos de Montebourg, il vaut la peine de lire la réaction de Xavier Oberson, avocat et professeur de droit fiscal, aujourd'hui dans Le Matin.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h24 | Comments (23) | TrackBack

18 décembre 2006

Une étude très politisée

Le criminologue Martin Killias fait de nouveau parler de lui, et de façon fracassante : en annonçant les résultats partiels d'une nouvelle étude, il met en accusation les armes de service détenues à domicile par les citoyens-soldats de ce pays et affirme qu'elles sont la cause de 300 morts par année. Malheureusement, il ne sera pas possible aux personnes intéressées par le sujet de connaître la méthodologie employée pour cette étude, ni ses résultats précis, ni encore ses objectifs exacts. Encore que cette annonce, survenue quelques jours avant le débat au Conseil national consacré à la Loi sur les armes (et notamment la question des armes de service à domicile), réponde à une visée politique assez évidente.

L'engagement de certains scientifiques au service d'une cause politique ou idéologique n'est pas chose nouvelle : on se souvient de la fameuse étude publiée par le revue médicale The Lancet et annonçant, quelques jours avant les dernières élections présidentielles américaines, des pertes immenses dans la population civile irakienne ; l'intention politique de l'auteur n'était alors pas dissimulée. Avec Martin Killias, on se situe dans une démarche proche : les recommandations que le professeur se permet de faire entrent en effet dans le cadre d'un débat politique, alors même que toute recherche scientifique doit faire l'objet de contrôles et de vérifications pour être validée. Et comme cela n'est pour l'heure pas possible, chacun reste sur ses opinions, accueillant les propos de Killias comme une preuve irréfutable, une supercherie supplémentaire ou quelque chose entre les deux.

Ce qui est certain, c'est que la perspective adoptée pour juger la question des armes à domicile - les homicides et suicides qui les ont impliquées - est totalement insuffisante : la tradition qui est aujourd'hui attaquée reposait en effet sur une réflexion stratégique, soit l'aptitude à prendre rapidement les armes et à combattre avant même le processus de mobilisation achevé, au service de la défense traditionnelle du pays. C'est une autre réflexion stratégique qui doit aujourd'hui être menée, loin des études sectorielles de Martin Killias et des ressorts émotionnels, comme ceux illustrés par l'affaire Rey-Bellet : avons-nous besoin d'une défense - ou d'une sécurité - potentiellement assurée par la majorité des mâles en âge de servir ? Est-ce que la protection de l'intégrité et de l'indépendance nationales passent toujours par le citoyen ? Autant dire qu'une réforme de la politique de sécurité est la seule manière de répondre à de telles questions.

Encore une chose sur les recherches de Martin Killias : curieusement, on n'entend jamais parler dans ses déclarations des effets positifs que pourraient avoir des armes entreposées à domicile, par exemple dans la prévention de la criminalité. Est-ce qu'une démarche vraiment scientifique ne devrait pas aborder tous les aspects d'une question ? Voilà qui en dit également long sur la rigueur intellectuelle de sa démarche...

Posted by Ludovic Monnerat at 10h08 | Comments (10) | TrackBack

8 novembre 2006

La fin annoncée du délire ?

Brièvement, et en remerciant les auteurs des voeux qui se succèdent ci-dessous, un commentaire sur les élections américaines : après des années passées à gloser sur "l'empire américain" et le "virage fascisant" pris par l'administration Bush, est-ce que certains commentateurs auront le courage et l'honneteté de souligner le caractère bien vivant de la démocratie américaine ? L'indépendance confirmée du pouvoir judiciaire et le basculement (encore partiel, à l'heure actuelle) du pouvoir législatif en rappellent l'évidence, meme si l'opposition majoritaire du 4e pouvoir, les médias, en restait une preuve vibrante. Il faut donc se réjouir de cette alternance, force essentielle des démocraties, et de la dimension critique qu'elle apporte, tout en espérant que le délire anti-américain et anti-Bush, stimulé par les frustrations de 2002 et 2004, commence enfin à se calmer...

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3 octobre 2006

L'évolution de l'armée menacée

Aujourd'hui, le Conseil national a refusé l'étape de développement 2008-11, c'est-à -dire l'optimisation de l'Armée XXI ordonnée l'an dernier par le Conseil fédéral. Comme ce fut le cas pour le programme d'armement 2004, c'est une coalition entre la gauche antimilitaire et la droite nationaliste qui a abouti à ce résultat particulièrement déstabilisateur pour l'armée ; une fois encore, le Parlement s'accorde sur ce qu'il refuse sans pour autant s'accorder sur ce qu'il demande. Même si de nombreux éléments prévus dans cette nouvelle évolution de l'armée peuvent être mis en oeuvre, car ils ne dépendent pas du bon vouloir du législatif, et même si le Conseil des Etats peut dégager un avis différent, cet échec réduit encore davantage la crédibilité de notre politique de sécurité, et partant de l'armée. Et je me demande combien de temps l'on poursuivra sur une voie pareillement néfaste.

Du point de vue militaire, la nécessité d'adapter l'Armée XXI est claire : un système prévu pour fonctionner avec 4,3 milliards de francs ne peut simplement pas survivre avec 15% de ressources en moins - ne serait-ce que sous cet angle. Cependant, le problème provient avant tout du fait que la politique de sécurité actuelle, définie en 1999, non seulement n'a jamais réussi à identifier les intérêts que la Suisse doit protéger, mais en plus est dans plusieurs domaines complètement dépassée, et ne peut pas obtenir une majorité stable et confortable auprès de la population comme de la classe politique. L'acceptation massive de la réforme Armée XXI est bien lointaine : les chicaneries politiciennes et les a priori majeurs sur la question militaire ont depuis belle lurette fait oublir toute idée de consensus en la matière.

Malgré cela, de tels accident de parcours ont de tout temps existé sans pour autant influencer les menaces, et donc les réponses qui devront y être apportées. Le Parlement ne décide pas seul de l'avenir de l'armée, car le monde y contribue aussi ; il peut juste contribuer à réduire ou à augmenter le nombre d'insuffisances, d'ignorances et d'incompétences qui devront être payées cash lorsque viendra le jour d'engager l'outil militaire de façon décisive.

Posted by Ludovic Monnerat at 14h21 | Comments (29) | TrackBack

17 août 2006

L'hébergement des islamistes

Je ne me suis pas encore fait une opinion tranchée à propos de la loi sur l'asile, qui prend une part croissante dans le débat politique, mais je ne peux m'empêcher de rapprocher ce thème de cet article diffusé par CNN sur la femme (islamiste) de l'assassin (islamiste) de Massoud, et qui vit apparemment bien en Suisse (pas islamiste). Extrait :

We met el Aroud on a cold February day in Guin, a small town in Switzerland north of Fribourg. She lives there with her new husband, a Tunisian named Moez Garsalloui, whom she gently bosses around. She is a woman who says what she thinks.
We were gathering interviews on Osama bin Laden for the CNN documentary, "In the Footsteps of bin Laden."
El Aroud is a passionate believer in bin Laden's jihad and, together with her new husband, devotes her time to running a Web site promoting it. Because of the Web site, Swiss authorities detained the couple for several days last year for inciting terrorism. An investigation is ongoing.
El Aroud is in her 40s now. She is covered in black robes from head to toe with just a small slit for her large, expressive brown eyes, dramatically illuminated by our TV lights in her first television interview.
Gazing into CNN's cameras she told us, "It's the pinnacle in Islam to be the widow of a martyr. For a woman it's extraordinary."

On gagnera en clarté en disant que Guin est l'appellation francophone de Düdingen. Maintenant, en tant que citoyen attaché aux idées démocratiques, j'aimerais que l'enquête ouverte sur cette dame aboutisse rapidement, et que la preuve d'activités djihadistes - c'est-à -dire belligérantes - lui vaille une expulsion rapide...

Posted by Ludovic Monnerat at 13h30 | Comments (26) | TrackBack

8 mai 2006

Fait divers et sens unique

Comme de juste, l'affaire Rey-Bellet a relancé le débat sur la possession des armes de service : le meurtrier de l'ancienne skieuse et de son frère, capitaine de milice et ancien commandant d'une batterie de DCA, a en effet accompli son double crime et son suicide avec son arme de service, en l'occurrence un pistolet SIG 220 au calibre 9 mm. Du coup, les adversaires habituels des armes à feu en possession des citoyens suisses ont profité du choc créé par ce drame passionnel pour réessayer de faire passer leurs idées, alors que leurs défenseurs - et notamment le Département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports - se sont attachés à relativiser l'affaire en rappelant la proportion statistiquement très faible de tels cas. Bien entendu, un débat préalable à une votation populaire aurait certainement une autre dynamique, notamment parce que le dépôt exigé des armes militaires personnelles s'oppose de front à une tradition bien ancrée. Il n'est cependant pas interdit de s'interroger à ce sujet.

En premier lieu, il faut remarquer que le débat est faussé par l'incertitude, par le manque de faits au niveau du pays. Lorsque Le Matin - sous la plume de Ludovic Rocchi - écrit dimanche qu'il y aurait 180 meurtres et suicides chaque année avec des armes de service en Suisse, j'aimerais bien connaître la source d'un tel chiffre, qui me paraît incroyablement élevé ; lorsque l'on parle de crimes commis avec des armes à feu, de même, j'aimerais bien savoir quelle proportion de toutes les armes présentes en Suisse, légalement ou non, concerne les armes remises aux militaires pendant leur obligation de servir ou à l'issue de celui-ci. Il n'est pas utile de s'accrocher à des arguments reposant sur des émotions ou sur des chiffres biaisés, et seule une étude dépassionnée du sujet - avec des experts évitant d'être juge et parti ou ne mélangeant pas science et politique - permettrait de mener un débat que j'estime justifié.

Il reste cependant possible de débattre du principe consistant à confier une arme conçue pour le combat à chaque citoyen-soldat entre ses périodes de service. L'argument de la disponibilité, qui justifierait l'entreposage à domicile de l'arme et de ses munitions, pose la question de la menace et ne peut être tranché d'un trait de plume : l'augmentation de la violence asymétrique est une incitation cohérente au maintien du principe de la milice, une population en armes étant un puissant contre-poids à nombre de dérives. L'argument de la menace domestique, qui voit dans chaque arme entreposée le symbole d'une domination machiste et d'une coercition indirecte, fait abstraction de la proportion ultraminoritaire des violences impliquant des armes militaires, et donc de l'injustice faite à la majorité par une telle conception. Les arguments simples s'appliquent mal à ce sujet.

Il n'est toutefois pas contestable que les armes militaires soient un symbole : le droit de porter des armes étant historiquement le privilège des hommes libres, par opposition aux serfs, les Suisses se sont longuement battus pour le conserver ; que la hallebarde soit aujourd'hui remplacée par des SIG 220 ou 550 ne change rien à la chose. Ce n'est pas pour rien que l'on remet aux recrues leur arme personnelle au cours d'une cérémonie sobre et digne devant le drapeau suisse : entrer en possession d'une arme militaire et avoir le droit de la conserver sa vie durant, ou du moins jusqu'à la libération de l'obligation de servir, définit le citoyen-soldat, le protecteur des siens, le pilier de la défense nationale et sociétale. Et il sera impossible de la lui retirer - comme de me retirer mon fusil d'assaut 90, mon pistolet 75 et mon mousqueton 31 - sans qu'une majorité de nos concitoyens ne votent dans ce sens, en leur âme et conscience, loin des passions et des intérêts fouettés par un fait divers interprété à sens unique.

COMPLEMENT (10.5 1520) : En parlant d'hélicoptères Apache, les Pays-Bas ont déployé plusieurs appareils en Afghanistan, dans le cadre de leur engagement croissant au sein de l'ISAF.

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1 mai 2006

L'anachronisme des antimilitaires

Le Groupe pour une Suisse sans armée refait parler de lui : sèchement remis en place par la population lors de sa dernière initiative visant à s'attaquer frontalement à l'institution militaire, il tente désormais un retour par la bande, en lançant une initiative populaire visant à l'interdiction des exportations du matériel de guerre. En capitalisant sur les polémiques vécues l'an passé à propos de la vente de matériel périmé, et notamment des chars de grenadiers, ce groupuscule dont l'assemblée générale réunit quelque 60 militants a semble-t-il choisi un thème ancien à même de lui redonner un élan nouveau. Ses connexions privilégiées dans les médias n'ont d'ailleurs pas disparu : hier, l'agence télégraphique suisse a ainsi jugé l'événement suffisamment important pour en faire une dépêche urgente, que j'ai reçue avec un brin d'amusement par SMS!

Le soutien affiché par des mouvements de gauche et d'extrême-gauche n'empêche pas cette initiative d'être marquée par un anachronisme criant : d'une part, en affirmant que la Suisse exporte des armes qui servent dans la « prétendue guerre » contre le terrorisme, paraît-il exclusivement mue par des intérêts énergétiques, le GSSA perpétue sa vision caduque d'un monde où les guerres sont le fait des armées, alors que ces dernières sont très majoritairement engagées pour les empêcher, les circonscrire ou les stopper ; d'autre part, en se focalisant sur l'exportation d'armes produites dans un pays donné, le GSSA propage l'illusion que les frontières nationales jouent encore un rôle déterminant dans les conflits armés de notre ère, alors que la différence entre sécurité extérieure et intérieure s'est partout réduite à néant ou presque. Seuls des idéologues convaincus peuvent ainsi professer des théories à ce point éloignées de la réalité.

Cela dit, la gauche - et la gauche de la gauche - n'ont pas le monopole de l'idéologie passéiste, et une partie de la droite nationaliste pourrait être tentée de soutenir cette initiative au nom d'une application toujours moins pragmatique de la neutralité ; une telle alliance contre nature ayant déjà eu raison du programme d'armement 2004, on ne saurait l'écarter ainsi d'un revers de manche. Du coup, si les signatures nécessaires sont récoltées à temps, ce qui semble hautement probable, ce sont probablement des arguments économiques - avec une note d'autarcie pour l'industrie de défense suisse - qui devraient être les plus efficaces contre une telle coalition, en plus naturellement des dispositions restrictives de la loi actuelle. Avec à la clef la possibilité de mener un débat enrichissant sur la nécessité de produire des armements de haute qualité, et sur l'impossibilité de le faire uniquement avec les commandes raréfiées de l'armée suisse.

Comme quoi le GSSA, avec ses échecs en série lors des votations populaires, joue tout de même un rôle positif en démocratie!Il faut juste espérer que la transformation des conflits armés et leur extension au sein des sociétés ne soient pas supplantées, dans l'esprit des décideurs, par des débats théoriques ancrés dans le siècle dernier.

Posted by Ludovic Monnerat at 16h00 | Comments (9) | TrackBack

22 mars 2006

La diplomatie de l'ignominie

Ainsi donc, le Département fédéral des affaires étrangères considère les dirigeants élus du Hamas comme des partenaires, si l'on en croit les déclarations hier de son porte-parole (une dépêche de l'ats à ce sujet n'est pas disponible en ligne). Cette position a le mérite d'une certaine cohérence : la pratique des « bons offices » exige en effet une aptitude à traiter avec tous les acteurs d'une situation donnée, et la Suisse ne considère pas officiellement le Hamas comme un mouvement terroriste - à la différence de l'Union européenne et des Etats-Unis. Dans la mesure où le conflit israélo-palestinien est en passe d'achever sa transformation en guerre interétatique à caractère dissymétrique, le principe de la neutralité impose en outre une égalité de traitement entre les différents belligérants ainsi qu'une impartialité vis-à -vis du conflit ; si l'on confère à l'autorité palestinienne des responsabilités et des prérogatives étatiques, agréer ses dirigeants est donc logique.

Au demeurant, le partenariat prôné par le DFAE n'empêche pas que le futur gouvernement du Hamas devrait être jugé « sur ses actes » ; en toute logique, cette réserve signifie que la poursuite du terrorisme et le refus de tout accord de paix définitif avec Israël mettraient immédiatement un terme à ce partenariat, ainsi qu'aux différents programmes d'aide qui l'accompagnent. D'après les déclarations récentes du Hamas, et d'après les défis politiques qu'il devra affronter, il est cependant probable que la reconnaissance d'Israël ou l'arrêt des attentats terroristes ne puissent pas faire partie de son programme, sinon dans les propos, du moins dans les faits. Dans ces conditions, la même logique voudrait que l'Autorité palestinienne soit aussi dénoncée comme Etat-voyou et que des sanctions soient prises à son encontre. Ceci reste à démontrer, bien entendu, et le doute est permis ; mais ne pas y croire reviendrait à faire au DFAE un procès d'intention prématuré.

Ce partenariat avec le Hamas « pré-gouvernemental » n'est pas toutefois sans poser quelques problèmes. En premier lieu, je n'oublie pas - et les diplomates suisses ne devraient pas oublier - que le Hamas a brûlé symboliquement le drapeau suisse en décembre 2003, afin de manifester son opposition aux Accords de Genève ; ce sont donc la forme et le fond de la démarche helvétique au Proche-Orient qui ont été contestés par ce mouvement terroriste aujourd'hui en passe de prendre le pouvoir, et d'une manière insultante qui exige des excuses (j'ignore si elles ont été un jour prononcées). Je crains que l'illusion du dialogue, dérive perpétuelle d'une diplomatie aveugle aux antagonismes d'intérêts, ne soit une fois encore exploitée par un mouvement capable de louvoiements tactiques pour mieux préserver son optique stratégique. Si le DFAE s'imagine pouvoir jouer le moindre rôle dans un règlement du conflit israélo-palestinien en prônant le dialogue auprès de ceux que seul le combat fait vivre, il peut s'attendre à de nouvelles désillusions.

Par ailleurs, et par-dessus tout, il faut s'interroger sur la légitimité d'un partenariat avec un mouvement fondé sur un projet génocidaire, et qui consacre l'essentiel de son énergie à inculquer, à rechercher et à célébrer le meurtre de masse. Durant la Seconde guerre mondiale, la Suisse a dû traiter et se compromettre avec des puissances totalitaires, parce que sa survie économique - et largement celle de sa population - en dépendaient. Aujourd'hui, rien ne nous oblige à faire des ronds-de-jambe devant les dirigeants islamistes d'un proto-Etat indigent, dont la population a été - largement par leurs soins - conditionnée pour préférer la mort à la vie. Pire encore : en traitant de partenaires ceux qui bafouent le plus ouvertement et délibérément le droit international des conflits armés, le DFAE sape l'un des héritages de l'engagement humanitaire suisse et contribue à légitimer le terrorisme au lieu de le combattre.

La question qui devrait donc lui être posée est celle-ci : quel est le bénéfice pour la Suisse d'une telle ignominie ? Je n'en vois guère...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h00 | Comments (38) | TrackBack

25 janvier 2006

Torture : une révélation marquante

Or donc, si l'on en croit Dick Marty, les Américains ne pratiquent pas la torture. Sans preuve formelle, mais avec des « indices » suffisant à convaincre celles et ceux qui le sont déjà , la CIA se contenterait de livrer ses prisonniers à des Etats moins regardants sur le respect des droits de l'homme pour en tirer des renseignements utilisables avec des méthodes qualifiées de torture. Cette révélation marquante, qui balaie nombre d'accusations visant directement les Etats-Unis, devrait logiquement amener une nouvelle orientation aux préoccupations exprimées : dès lors que la collaboration avec un tortionnaire est certainement moins grave que la torture elle-même, le Conseil de l'Europe devrait maintenant activement identifier les "sous-traitants" pratiquant ce crime et exercer des pressions visant à son abolition. Faute de quoi la véritable cible de cette démarche ne serait pas la torture, mais bien les Etats-Unis.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h29 | Comments (27) | TrackBack

8 janvier 2006

Un nouveau scandale ?

Un article fracassant du Blick va-t-il provoquer un nouveau scandale politique sur le thème des services de renseignement suisses ? Le texte révèle en tout cas que les systèmes stratégiques d'exploration électronique auraient intercepté en novembre dernier un fax des services diplomatiques égyptiens au sujet de bases secrètes américaines en Europe et en Asie dans lesquelles auraient transité des prisonniers. Et il ne laisse pas beaucoup de doute sur les capacités des systèmes helvétiques :

Mitten in der Nacht fällt der erste Funken Licht auf eine finstere Geschichte. Es ist der 15. November 2005, kurz vor halb zwei. Die Abhörzentrale des Schweizer Verteidigungsministeriums (VBS) in Zimmerwald, ein paar Kilometer südlich von Bern, schnüffelt wie gewohnt und streng nach Vorschrift. Das Satellitenlauschsystem Onyx ist auch in dieser Nacht voll aufgeschaltet. Der Geheimdienstoperateur mit dem Kürzel wbm schreibt am «Report COMINT SAT» mit der Auftragsnummer S160018TER00000115.
[...]
Im Weltraum abgefangen, heimlich von einem Satelliten zur Erde gesandt wurde die Meldung fünf Tage vorher: am 10. November um 20.24 Uhr. Es ist ein Fax, der zwischen dem ägyptischen Aussenminister Ahmed Aboul Gheit (63) in Kairo und seinem Botschafter in London ausgetauscht wird. Der Titel, den die Schweizer Agenten über die Meldung setzen: «Die Ägypter verfügen über Quellen, welche die Existenz amerikanischer Geheimgefängnisse bestätigen.»

Le fait qu'un nouveau secret d'Etat se retrouve dans la presse dominicale est évidemment peu rassurant ; qu'il implique une fois de plus les services de renseignement, dont l'efficacité est indissociable de la confidentialité, est plus qu'inquiétant. En-dehors de la problématique des prisonniers "secrets" de la CIA, un scandale lancé en Europe et alimenté par le mélange constant entre Conventions de Genève et droit pénal, la divulgation d'activités parmi les plus sensibles du pays - le renseignement stratégique est un outil du Conseil fédéral, et l'armée ne fait que mettre des moyens à disposition pour ce faire - est un nouveau coup porté à sa crédibilité sur la scène internationale. Et je doute que l'enquête administrative ouverte pour identifier le ou les auteurs de la fuite n'aboutisse à quelque chose, comme la plupart de celles qui l'ont précédée.

Pour l'instant, le Conseil fédéral semble uni sur la conduite à tenir ; l'importance du sujet est apparemment plus grande que les tiraillements et conflits d'intérêt qui nuisent à sa collégialité et à son efficacité depuis quelques temps. Mais ces révélations ne manqueront pas d'être exploitées par les partis, même si les prochaines élections fédérales n'auront lieu qu'à l'automne 2007, puisque la sécurité est devenu le gadget politique des courants extrêmes au sein des partis gouvernementaux. De quoi avoir une envie magistrale de mettre la main sur les individus capables de violer le secret de fonction, afin qu'ils soient licenciés avec effet immédiat pour faute professionnelle grave et que des poursuites judiciaires soient lancées à leur encontre. Travailler au service de son pays et négliger ses intérêts dans le but apparent d'influencer des rapports de force internationaux est un comportement qui mérite une punition exemplaire.

COMPLEMENT I (9.1 0910) : Comme on pouvait s'y attendre, la publication d'un rapport des services de renseignements suisses fait largement la une des médias ce matin. Et comme à chaque fois dans ce genre d'affaire, ce sont des attaques nourries qui pleuvent, contre le Conseil fédéral (« coupable » d'avoir gardé pour lui ce qui relève du secret d'Etat) et contre les services eux-mêmes (« coupables » d'avoir fait leur travail, lequel atterrit soudain dans le domaine public). On a beau se dire que les médias bas de gamme ne font qu'exploiter une opportunité économique et/ou idéologique, avec à leur suite des politiciens de la même veine, ceux qui oeuvrent dans l'ombre pour la protection des intérêts du pays ne peuvent que ressentir avec colère ces excès.

En même temps, il ne faut pas croire que les hautes sphères du pouvoir ou les organisations les plus discrètes sont des passoires. Le fait qu'un document classifié secret (« ND-GEHEIM », montre le fac-similé, qui à première vue a l'air authentique) soit rendu public est un événement grave, qui doit être traité comme tel ; malgré cela, des dizaines de documents classifiés - le plus souvent confidentiels - sont créés chaque jour sans que leur teneur ne sorte du cercle des destinataires. Autrement dit, ces révélations sont tout à fait exceptionnelles, et il est permis de soupçonner des manÅ“uvres sortant du cadre helvétique, ou une malveillance isolée, pour les expliquer.

COMPLEMENT II (9.1 1845) : La justice militaire n'a pas perdu de temps, et une enquête pénale préliminaire pour violation du secret militaire a été ouverte contre le rédacteur en chef du Sonntagsblick et deux de ses journalistes. Il s'agit d'une réaction logique, même si les cas récents de telles violations - comme des publications liées aux installations de commandement de l'armée - n'ont pas donné lieu à des condamnations fermes. Il ne faut donc pas attendre grand chose de cette enquête. Pourtant, il est bien plus grave de publier des renseignements stratégiques divulguant les capacités nationales d'acquisition et de traitement en la matière que de publier une photo de l'entrée d'un bunker construit durant la guerre froide ; nous verrons...

Posted by Ludovic Monnerat at 15h56 | Comments (27) | TrackBack

27 novembre 2005

Vive la démocratie directe !

HotelDeVille.jpg

Ce matin, juste avant d'aller galoper dans la forêt enneigée, j'ai accompli mon devoir civique en allant voter. Cela m'arrive assez rarement de me rendre au bureau de vote sis à l'Hôtel de Ville, puisque je préfère le vote par correspondance ; il est néanmoins toujours plaisant de vivre par soi-même les rites de la démocratie directe, de signer sa carte de légitimation et de faire tamponner ses bulletins avec de les glisser les urnes. J'écris "les urnes", car un objet municipal était ce week-end au programme dans ma bonne cité (un crédit d'investissement pour une construction), en plus des deux objets fédéraux soumis au verdict populaire. Rien sur le plan cantonal.

Le personnel présent au bureau de vote est en majorité composé de citoyens appelés à remplir un devoir supplémentaire ; pour ma part, j'ai déjà fonctionné deux fois en ce lieu, dont une fois le dimanche, ce qui vous amène à prendre part au décompte des bulletins et au calcul des résultats. La commune, par l'entremise de ses quelques employés présents, vous verse alors un dédommagement symbolique (10 ou 20 francs, j'ai oublié). On notera également que le transport et l'entreposage des urnes sont de la responsabilité de la police municipale. Bref, une démarche citoyenne tout à fait paisible et normale, qui ferait oublier les efforts considérables - politiques et militaires - nécessaires pour y parvenir au cours de l'histoire...

Posted by Ludovic Monnerat at 11h52 | Comments (5)

5 octobre 2005

Haro sur les hélicoptères

Comme prévu, le Conseil national a refusé l'achat de 20 hélicoptères de transport et d'entraînement pour un prix global de 310 millions de francs. En revanche, et cela vaut la peine d'être souligné, il a accepté le reste du programme d'armement 2005, pour un investissement de tout de même 710 millions de francs. Et cela même alors que tous les autres objets, à commencer par le système d'exploration électronique d'origine israélienne IFASS ou la transformation des Piranha 6x6 en véhicules sanitaires, avaient été contestés en des termes très vifs. Le blocage n'est pas tel que je ne le pressentais.

L'opposition irréductible de la gauche, pour laquelle toute dépense d'armement semble une provocation alors même que la population n'a cessé d'approuver la transformation de l'armée, ne s'est en effet pas reflétée dans les rangs de la droite nationaliste. L'UDC s'est contentée de contester la procédure de sélection de l'hélicoptère, alors que les modèles proposés par Eurocopter et Agusta sont très proches, et non l'acquisition elle-même. Autrement dit, il est fort possible qu'un certain retard soit mis à profit pour clarifier la procédure de sélection, ou mieux communiquer son déroulement, et que le remplacement des Alouette 3 puisse se faire largement dans les délais prévus.

Une fois encore, il convient de constater qu'une acquisition de grande ampleur est mise en péril par ce qui paraît avant tout être une lacune en matière de communication. Il serait donc temps de préparer la lutte des idées et des perceptions sur les grands objets des prochains programmes d'armement, comme les nouveaux avions de combat, la modernisation de la flotte blindée ou les réseaux de commandement digitaux.

COMPLEMENT (6.10 1040) : Les réactions de la presse romande sont particulièrement contrastées ce matin, entre Le Temps qui juge Samuel Schmid victorieux, 24 Heures qui porte un avis proche et la Tribune de Genève qui au contraire annonce son échec. A se demander si l'on assiste au même événement...

COMPLEMENT II (6.10 1100) : Cela m'avait échappé, mais la palme du commentaire le plus surréaliste revient à Antoine Grosjean dans la TdG, qui n'hésite pas à sombrer dans les contre-vérités (le programme d'armement serait menacé par les hélicoptères alors qu'il a été accepté, notamment) pour asséner sa rhétorique antimilitaire. Extrait :

Mais notre commandant en chef national a quand même réussi à faire (en partie) accepter aux bidasses du parlement un tir groupé d'un milliard de francs. Un montant qui, toutes proportions gardées, semble digne de l'Armée rouge en pleine guerre froide!
[...]
Les polémiques sur l'armement cachent un profond malaise. Il est grand temps d'ouvrir un débat de fond sur le rôle de notre armée. La guerre froide, justement, est finie depuis longtemps, n'en déplaise aux marchands de canons.

On notera ici les deux arguments-clefs utilisés pour véhiculer la perception d'un programme d'armement illégitime et scandaleux. En premier lieu, la notion de guerre froide, d'armée surannée, d'achats dépassés. Je me demande bien comment M. Grosjean peut-il bien affirmer que l'achat d'hélicoptères de transport et d'entraînement serait dépassé, alors que la mobilité aérienne gagne sans cesse en importance. De même, il faudrait qu'il explique comment il entend maintenir une capacité de défense sans système d'exploration électronique moderne, sans radios à longue portée ou sans véhicules sanitaires. L'absence de toute compréhension des engagements futurs ruine cette argumentation.

Deuxièmement, le sempiternel appel au grand débat ne parvient pas à masquer l'a priori idéologique de son auteur. Le grand débat sur l'armée a eu lieu pour la dernière fois au printemps 2003, et la population a tranché en approuvant clairement le projet Armée XXI. Si les missions de l'armée doivent être rediscutées sans cesse, alors que ses acquisitions sont prévues pour une durée de vie parfois supérieure à 30 ans, il est impossible de fixer un cap et de s'y tenir. En fait, le pays a certainement besoin d'un nouveau rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité, car celui publié à l'été 1999 est effectivement dépassé. Mais les choix faits par le souverain doivent être concrétisés.

Enfin, le mépris affiché par M. Grosjean - "petits soldats de Schmid", "bidasses du Parlement" - n'est jamais que l'expression d'une frustration qui ne le grandit pas.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h39 | Comments (19)

26 septembre 2005

Une position de force

Les médias expriment aujourd'hui leur soulagement suite à la votation populaire d'hier. L'approbation par 56% des Suisses de l'arrêté fédéral relatif à l'extension de l'accord sur la libre circulation des personnes aux nouveaux membres Etats de l'UE est certainement une bonne nouvelle, car elle confirme la politique de négociations bilatérales mise en oeuvre par la Suisse depuis une décennie. Une manière de renforcer la crédibilité et la position du Conseil fédéral dans ses relations avec l'Union.

Pourtant, il serait faux de laisser les idolâtres de l'adhésion transformer ce résultat composite, issu de motivations diverses, en un appel à la relance d'une marche supposée inarrêtable vers l'Europe. Au contraire, comme l'explique Jean-Francois [Jean-Jacques, bien sûr, quel lapsus!] Roth dans Le Temps, cette votation met un terme à un long processus et correspond pour bien des gens à un aboutissement. Il est clair qu'une bonne partie des Suisses qui ont voté "oui" ce week-end se méfient de l'UE, et souhaitent se laisser le temps d'observer l'évolution de la situation.

Pour ma part, j'en conclus que la réaffirmation d'une majorité claire à défaut d'être confortable place la Suisse en position de force pour définir son avenir entre les grandes entités politiques de notre temps. Une éventuelle adhésion à l'Union ne peut en aucun cas se suffire d'un réflexe culturel ou d'un mimétisme civilisationnel, en dissimulant par ce biais l'étiolement d'une identité nationale. Que les citoyens d'un pays puissent aussi tranquillement décider de leur avenir est un acquis trop essentiel pour être mis de côté. Le jour où l'Europe ressemblera à la Suisse en matière de démocratie, mes concitoyens auront bien moins de réticence à s'en approcher !

COMPLEMENT I (26.9 1150) : Pour Sisyphos sur son blog, ce vote est la moins pire des possibilités. Et les nouvelles réglementations qu'il implique seront durables.

Posted by Ludovic Monnerat at 6h56 | Comments (4)

1 septembre 2005

Encore des chars suisses

Décidément, on n'arrête pas de parler de ces chars usagés que la Suisse tente de liquider à gauche et à droite. Ce matin, plusieurs médias annoncent que 40 obusiers blindés M-109 vendus aux Emirats Arabes Unis ont finalement été revendus au Maroc, sans que la Suisse en soit informée, à la différence des Etats-Unis ; ce qui permet à certains commentateurs d'affirmer, en vertu d'une logique difficile à cerner, que la vente de 180 chars M-113 à l'Irak via les EAU devrait être annulée puisque ceux-ci ne sont pas un partenaire fiable. C'était pourtant la vente à l'Irak, et la question de savoir si ses forces de sécurité civiles ou militaires allaient en bénéficier, qui posaient en premier lieu problème.

La vente de matériel militaire est bien entendu un sujet trop politisé, dans notre pays, pour être abordé avec des arguments rationnels. Que la Suisse se soit faite avoir dans cette vente d'obusiers blindés, puisque les EAU et les Etats-Unis se sont joliment arrangés sans la consulter, va évidemment de soi. Mais que cela soit brandi pour contester une autre vente dont le destinataire final est justement connu, et alors que le matériel convoité est d'un type différent, montre bien le raisonnement complètement biaisé qui aujourd'hui est vendu au public. Un obusier blindé au calibre 155 mm, moyen offensif par excellence, peut-il sans autre être assimilé à un transporteur de troupes blindé équipé d'une mitrailleuse 12,7 mm ?

Il va de soi que ce nouveau développement montre que les ventes d'armes doivent être traitées de façon pointilleuse, sous peine de déraper dans des errances néfastes. Ceci étant, si l'on se rend compte que les politiciens les plus critiques à l'endroit de ces ventes sont très nombreux à avoir voté en faveur de la dernière initiative pour la suppression de l'armée, on saisit mieux les ressorts de leur position.

COMPLEMENT I (1.9 1855) : Finalement, pour en savoir plus sur ces chars suisses à vendre, autant s'adresser directement au vendeur! La société armasuisse met ouvertement la liste des véhicules blindés à chenilles dont elle souhaite se séparer : 150 chars de combat Léopard 2, plus de 500 chars M-113 (dont la moitié équipés d'un canon de 20 mm) et 90 obusiers blindés M-109. Etonnant, non ?

Posted by Ludovic Monnerat at 10h19 | Comments (36) | TrackBack

29 août 2005

La constitution irakienne (bis)

Le Figaro a publié un résumé des principaux points de la Constitution irakienne adoptée ce week-end. Un document surprenant par son caractère ouvert, fédéral et libéral, mais dont l'application sera certainement une autre affaire. Extrait :

«Le régime irakien est un régime républicain, fédéral, démocratique et pluraliste».
«L'Irak est un pays multinational, multiconfessionnel et multiculturel. Il fait partie du monde musulman et ses Arabes font partie de la Nation arabe».
«La liberté religieuse et le libre exercice du culte sont reconnus (...)»
«L'islam est la religion de l'Etat et une source principale de la loi».
«L'Etat fédéral de la République d'Irak est composé d'une capitale, de régions, de gouvernorats décentralisés et de collectivités territoriales».
«La Constitution reconnaît, une fois adoptée, la région du Kurdistan».
«Les gouvernements régionaux ont le droit d'exercer le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, hormis les compétences exclusives reconnues aux autorités fédérales».

Est-ce que ce document fera date dans l'histoire du Moyen-Orient et dans la lutte des idées qui est actuellement livrée? Le référendum du 15 octobre prochain sera certainement une bonne indication dans ce sens.

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25 août 2005

La polémique des M-113

Le Conseil fédéral a décidé hier de suspendre la vente de 180 chars M-113 à destination de l'Irak via les Emirats Arabes Unis ; cette annonce fait suite à de très fortes pressions exercées depuis les deux extrémités du spectre politique contre cette transaction. On notera au passage que la vente de 736 M-113 au Pakistan est maintenue, ce qui reste l'essentiel pour l'armée et ses liquidations en cours. Mais les arguments avancés hier, cette absence de garantie que le Gouvernement irakien aurait dû fournir, montre que la situation sur place n'a pas été prise en compte : que ces chars sont employés par l'armée, par la police ou par les garde-frontières irakiens, ils auraient de toute manière servi à combattre la guérilla. Et c'est bien dans ce sens, dans ce soutien à un Etat nouveau et fragile, que l'ONU avait lancé un appel à fournir des aides analogues.

La principale raison helvétique, et apparemment celle qui motive le DFAE, semble donc être le fait que soutenir le Gouvernement irakien mis en place grâce une opération militaire conduite par les Etats-Unis revient quelque part à avaliser celle-ci, ou du moins à lui reconnaître des aspects positifs. L'invocation de la neutralité pour un conflit qui n'oppose pas plusieurs Etats, en tout cas ouvertement, n'est pas un argument valable et ne reflète que l'isolationnisme propagé par la droite nationaliste. Je pense donc, mais je peux bien entendu me tromper, qu'un blocage idéologique est à la base de la décision annoncée hier, que les esprits restent polarisés presque 2 ans et demi après l'invasion de l'Irak. Ces 180 chars auraient certainement fourni un appui bienvenu aux forces de sécurité irakiennes, mais la légitimité qu'aurait impliqué leur vente aurait pris la forme d'un reniement inacceptable.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h46 | Comments (10) | TrackBack

5 juin 2005

La Suisse dans Schengen

L'info vient de me parvenir sur mon portable par SMS, grâce au service de l'ats auquel je suis abonné depuis plusieurs mois : les Suisses ont accepté les accords Schengen/Dublin avec 54,6% des voix. Je sais que tous les visiteurs helvétiques de ce site ne seront pas satisfaits ; pour ma part, ayant voté exactement comme la majorité de mes concitoyens, et considérant que ces accords contribuent à renforcer la sécurité de mon pays et de sa population, je ne peux qu'être content. Nous verrons ces prochaines années comment les avertissements des deux camps résisteront à la réalité, avec cette campagne comme souvent trop émotionnelle...

COMPLEMENT I (5.6 1650): Les résultats finaux officiels provisoires sont disponibles sur le site de la Chancellerie fédérale. On notera la participation, relativement élevée en Suisse, de 56%, mais aussi le fait que si la majorité des cantons avait été nécessaire, l'objet aurait été refusé (12 contre sur 23). Mais il s'agissait d'un arrêté fédéral, pas d'une révision de la Constitution...

COMPLEMENT II (6.6 2035) : Les bruits venant de l'Union Européenne, selon lesquels cette votation serait sans objet si la libre circulation des personnes n'est pas acceptée en septembre prochain, sont pour le moins inquiétants. Ils ont provoqué des réactions contrastées en Suisse, et j'attends d'en savoir plus avant de me prononcer à leur sujet...

Posted by Ludovic Monnerat at 16h14 | Comments (14) | TrackBack

25 mars 2005

Le sceptre démocratique

Avec un peu de retard, je signale la remarquable réflexion d'Alain Jean-Mairet (commentateur régulier de ce carnet) sur la nécessité de promouvoir la démocratie directe comme seule forme de démocratie capable de rester intacte au fil du temps. En tant que Suisse fier de mon pays et de ses traditions, j'ai naturellement pour la démocratie directe un attachement qui dépasse la seule réflexion politique, mais l'application de ce système sous la forme de référendums et d'initiatives me semble bel et bien la meilleure formule pour équilibrer les pouvoirs, pondérer l'actualité et corriger les errances.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h19 | TrackBack

9 janvier 2005

La démocratie en marche

Il suffit donc désormais en Suisse d'une réunion nationale de l'UDC dans une ville traditionnellement de gauche pour que des incidents violents éclatent par la faute de militants extrémistes et anarchistes. Lorsqu'un parti représentant près d'un tiers de l'électorat helvétique et comptant 2 Conseillers fédéraux sur 7 se fait agresser par une bande de voyous dont aucun - pas même les 4 interpellés - n'a été inculpé, est-il encore possible de dire que les libertés démocratiques restent intactes ? Quels que soient les excès verbaux et visuels de l'UDC dans ses campagnes électorales, rien ne justifie l'emploi de la force pour tenter d'influencer le débat politique.

Il faut se demander si la diabolisation continue de l'UDC dans une grande partie des médias ne joue pas un rôle dans ce processus, ne fournit pas par avance une justification aux sous-développés du bulbe qui trouvent dans la violence un exutoire à leurs frustrations. L'incapacité des partis traditionnels de gauche et de centre-droite à contrer les arguments de l'UDC qui font mouche dans des domaines tels que l'asile ou l'intégration européenne, parce qu'ils abordent des vrais problèmes à défaut de leur trouver des solutions valables, explique sans doute cette moralisation du débat politique. L'UDC est ainsi désignée comme un parti-voyou, à condamner sans écouter.

Le seul point positif de l'affaire, c'est que les polices suisses n'auront absolument aucun doute lors du prochain Forum économique de Davos sur la menace qui pèse dans ce pays sur la liberté de réunion et d'expression...

Posted by Ludovic Monnerat at 9h31

8 janvier 2005

L'armée suisse se déploie

Assez peu de réactions ce matin à l'annonce du déploiement de l'armée suisse en Indonésie, avec un détachement de 50 hommes et 3 hélicoptères. La presse n'accorde d'ailleurs qu'une place réduite à cette projection totalement inédite de moyens militaires suisses, en urgence, sur plus de 10'000 kilomètres. Dans l'ensemble, un tel engagement relève de l'évidence au vu des conditions de vie des populations locales et de l'importance que prennent les hélicoptères de transport dans ce contexte.

Les adversaires traditionnels de l'armée, que même un cataclysme ne parviennent pas à guérir du réflexe antimilitaire, avancent tout de même une opposition partielle, comme le rapporte Le Temps :

Jo Lang, conseiller national (Verts/ZG) et membre de la Commission de la politique de sécurité, s'interroge sur ce point. S'il soutient l'action de l'ONU, il ne comprend pas pourquoi les militaires dépêchés porteront les armes. «Le danger est civil dans cette zone», estime-t-il. Pour lui, la communauté internationale aurait mieux fait d'investir dans des systèmes d'alerte pour éviter le tsunami plutôt que de déployer ses forces militaires après coup.

Au risque de surprendre ce brave homme, on peut rappeler que la péninsule d'Aceh abrite un conflit de basse intensité qui s'est rallumé en 2003, et qu'il existe une menace terroriste dans la région. L'armement pour l'autoprotection est donc indispendable. De plus, on se demande comment un système d'alerte permettrait d'éviter le tsunami (on suppose que ces propos ne reflètent pas la pensée de leur auteur), c'est-à -dire les dégâts matériels qu'il a entraînés et donc le besoin en transport aérien pour les populations isolées.

De l'autre côté de l'échiquier politique, bien entendu sans préjuger de la fonction échiquéenne de l'un ou l'autre, on trouve également l'UDC Hans Fehr qui s'oppose à l'envoi de militaires armés avec les hélicoptères Super Puma de l'armée et qui, puisque ces appareils sont nécessaires, demandent tout bonnement à ce qu'ils soient pilotés par du personnel civil ! On voit bien à quelles extrémités casuistiques et stupides l'idéologie peut mener, sans même se soucier de la faisabilité des "solutions" proposées. Reprendre contact progressivement avec la réalité serait une mesure thérapeutique adaptée.

Quoi qu'il en soit, je souhaite plein succès à mes camarades qui vont se déployer et qui ont commencé à le faire.

COMPLEMENT I : Concernant la menace existant sur place, quoique avant tout dans la province d'Aceh, il vaut la peine de lire l'analyse de Bill Roggio sur The Fourth Rail. La présence ouverte de groupes islamistes affiliées à Al-Qaïda rappelle l'intérêt évident à participer à l'aide humanitaire face à la gigantesque opération américaine.

COMPLEMENT II : Autre information intéressante dans ce contexte, le dernier rapport de situation rendu public par le Département du développement international britannique. On y apprend ceci à la page 8 sur l'Indonésie :

The security situation is described as "calm but fluid" and escorts are required for convoys on the Medan-Banda Aceh road.

Peut-être pourrait-on demander à M. Lang de s'intéresser de plus près à la réalité...

Posted by Ludovic Monnerat at 9h58 | Comments (3)

27 décembre 2004

Raz-de-marée et vacanciers

Impossible de ne pas revenir sur le gigantesque raz-de-marée qui a dévasté les côtes de l'Océan Indien, entraînant la mort de 17'100 personnes selon le dernier bilan. Une catastrophe inévitable dans son occurrence, et non dans ses conséquences, qui rappelle la vanité de certaines hyperboles à propos de l'Irak et l'hospitalité incertaine de cette planète. Tout comme le tremblement de terre en l'Iran l'an passé, l'incurie des autorités a coûté des vies humaines en masse, mais éviter une hécatombe dans ces circonstances reste impossible.

Un aspect préoccupe actuellement les Gouvernements occidentaux : la santé de leurs concitoyens présents dans les pays touchés et leur rapatriement en cas de besoin. Ce tremblement de terre sous-marin n'est pas sans précédent par sa violence, mais il s'est produit à une époque où le tourisme extracontinental est devenu commun, de sorte que les touristes européens se comptent par dizaines de milliers dans les stations balnéaires de l'Asie du Sud. Des cellules de crise ont été établies, à la fois pour déployer des secours auprès des populations sinistrées et pour préparer le rapatriement des Occidentaux.

L'ampleur de la tâche est considérable : la région abritait environ 2500 Suisses, 5000 Français, 8000 Allemands et 10'000 Britanniques, alors que le Gouvernement autrichien est sans nouvelle de 650 de ses concitoyens. De nombreux vacanciers européens sont soignés dans des hôpitaux, sans contact avec leurs proches peut-être disparus, et sans ressources autres que celles portées sur eux. En d'autres termes, les nations européennes doivent déployer des moyens considérables pour leur venir en aide - et notamment la Suisse, clairement surreprésentée.

On ne peut s'empêcher de se poser une question logique : si l'armée suisse disposait actuellement des 2 avions de transport Casa C-295 que le Conseil National lui refuse, ces appareils ne seraient-ils pas en train d'acheminer des marchandises vers l'Asie et de commencer à rapatrier des citoyens suisses totalement démunis ou blessés ? La probabilité de tels besoins étant haute pour l'avenir, quoique dans des proportions fluctuantes, il est serait bon que le pays ouvre les yeux et voie comment voyagent ses propres citoyens afin de reconsidérer la manière de les protéger.

COMPLEMENT DE 1900 : Le bilan a été revu à la hausse et dépasse désormais 23'000 morts, alors que 30'000 personnes sont portées disparues. Du côté suisse, un millier de vacanciers doivent encore être localisés.

COMPLEMENT DU 29.12 : Le bilan est désormais porté à 70'000 morts, dont la majorité en Indonésie et au Sri Lanka. Le DFAE annonce être sans nouvelle de 1700 Suisses, alors que la mort de 9 d'entre eux a été confirmée.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h36 | Comments (6)

24 décembre 2004

Etats-nations contre ONG

Bel exemple aujourd'hui dans 24 Heures de la lutte croissante que se livrent les Etats démocratiques traditionnels, soucieux de préserver leur souveraineté nationale, et les organisations non gouvernementales adoptant une perspective globale pour justifier une influence transnationale.

La pomme de discorde est une loi américaine qui permet de déposer des plaintes contre des entreprises multinationales censées violer les droits de l'homme, et ce même si les plaignants n'ont aucun rapport avec les Etats-Unis. Toute la problématique de l'usage parfois abusif du droit et de ses surcoûts économiques constitue d'ailleurs l'une des priorités annoncées de l'administration Bush II (tort reform).

Ce qui est intéressant, c'est que la Suisse conteste cette loi en affirmant qu'elle interfère avec la souveraineté nationale, et qu'elle s'est alliée avec la Grande-Bretagne et l'Australie pour inciter le gouvernement américain à l'abroger. Or, trois ONG ont dénoncé la position de la Suisse en l'accusant de vouloir empêcher des victimes de souffrances d'obtenir réparation.

Nous voilà au coeur d'un enjeu crucial. D'un côté, des Etats réaffirment le principe de la souveraineté nationale et s'appuient sur la légitimité démocratique liée au suffrage populaire pour défendre la primauté de leurs choix. D'un autre côté, des ONG contestent cette primauté et revendiquent l'application universelle d'une loi pourtant américaine, en invoquant la légitimité de la cause. Ou quand l'autorité politique désignée par les citoyens nationaux s'oppose à l'autorité éthique auto-proclamée des élites globales.

Avec son titre « Ces plaintes que Berne voudrait délégitimer », 24 Heures ne laisse en tout cas aucun doute sur le camp qu'il défend !

Posted by Ludovic Monnerat at 9h06

15 décembre 2004

Irak de gauche à droite

Merci à François Brutsch - et Guillaume Barry - pour avoir annoncé sur leur Swissroll la création de ce weblog.

Un billet récemment affiché sur leur blog examine de manière éclairante la recomposition du paysage politique en Europe et aux Etats-Unis face à l'intervention militaire en Irak, avec la fracture de la droite qui s'ajoute à celle de la gauche et qui forme des alliances inédites.

Un article (payant) du Temps consacré au programme d'armement 2004 a renforcé aujourd'hui cette réflexion, en montrant que les engagements militaires à l'étranger suscitent désormais l'opposition à la fois de l'UDC et de la gauche, avec pour conséquence le risque de voir l'acquisition de 2 petits avions de transports être refusée ou repoussée.

Serait-il possible que les menaces transnationales et globales de notre époque provoquent à terme une réorganisation des partis politiques, entre les tenants des Etats-nations respectant à la lettre leur souveraineté et les défenseurs d'une communauté internationale vouée à l'intervention armée à travers les frontières ? L'interventionnisme occidental est parfois rendu responsable de l'explosion du terrorisme transnational, mais l'unification en cours de la planète nous laisse-t-elle le choix ?

J'en doute fort.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h56