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23 mars 2008

Afghanistan : vers le point de rupture ?

Des informations concordantes semblent indiquer que la France de Nicolas Sarkozy est prête à augmenter sa contribution au contingent de l'OTAN déployé en Afghanistan d'environ un millier de soldats, auxquels s'ajouterait un détachement de forces spéciales de quelque 200 hommes, peut-être engagé sous commandement américain. Et ceci alors même que la hiérarchie militaire française conçoit de profonds doutes sur le bienfondé d'un tel renfort, le chef d'état-major des armées ayant affirmé - selon le Canard Enchaîné - que l'Afghanistan devient un "merdier ingérable" dans lequel s'impliquer davantage n'aurait aucun intérêt.

Plus que jamais, la réflexion sur l'hésitation de l'Occident reste d'actualité : alors que la coalition internationale a désormais en Afghanistan un volume de troupes équivalent à 50% de celui déployé en Irak, contre 10% au milieu de 2003, est-ce que les enjeux défendus en Afghanistan valent la moitié de ceux qui se jouent en Irak ? Je ne vois guère comment répondre autrement que par la négative : le rôle de la communauté internationale en Afghanistan devrait avant tout se limiter, sur le plan stratégique, à une opération d'interdiction comme il s'en déroule des dizaines de par le monde, sans recourir à de tels effectifs et donc sans prendre de tels risques.

De fait, on semble même résolument s'éloigner de l'approche indirecte en ce qui concerne l'Afghanistan : avec l'annonce selon laquelle les forces spéciales britanniques prennent maintenant directement pour cibles les barons de la drogue en Afghanistan, dont la production fait vivre une bonne part de la population, force est d'admettre qu'un basculement est en train de se produire ; que la communauté internationale cesse d'être une puissance bienveillante, vouée à lutter contre les fauteurs de guerre islamistes, pour devenir une puissance occupante, visant à régenter la vie locale comme moyen de lutte. Tout en étant l'importatrice gourmande de substances qu'elle tend à tolérer, voire à légaliser, à l'intérieur de ses frontières.

Il faut donc se demander quand va se situer le point de rupture pour l'OTAN et la coalition engagée en Afghanistan. Derrière la décision préparée par Nicolas Sarkozy, on voit bien que l'intérêt politique pris en compte est le même qui a amené l'OTAN, en 1999, à se préparer à une invasion terrestre du Kosovo pour venir à bout de la Serbie : la crédibilité, et donc la pérennité de l'Alliance atlantique, sont désormais en jeu sur les contreforts de l'Hindu Kush. Lorsque sa distorsion géographique et son aveuglement stratégique seront finalement reconnus, sans parler de la dilapidation de ses ressources, l'ISAF et son paravent de bonnes intentions cesseront d'exister. Il sera alors temps que mesurer son rôle dans la lutte globale contre le fondamentalisme musulman.

Publié par Ludovic Monnerat le 23 mars 2008 à 16:40

Commentaires

Il me semble que le gros problème se situe plus au Pakistan qu'ailleurs et, en négligeant cet aspect, la situation en Afghanistan n'ira qu'en empirant…

A ce sujet, il est intéressant de jeter un oeil à ce document, respectivement les points sept et douze…

http://smallwarsjournal.com/blog/2008/03/looking-toward-the-future/


De plus, je pense que vous avez raison en mentionnant que:

‘… la communauté internationale cesse d'être une puissance bienveillante, vouée à lutter contre les fauteurs de guerre islamistes, pour devenir une puissance occupante… ’

D’autant plus que les régions formant l’Afghanistan et l’Iraq ont une histoire de lutte contre des envahisseurs… beaucoup semblent (vouloir?) l’oublier.

Concernant la communauté internationale visant ‘… à régenter la vie locale comme moyen de lutte. …, s’agit-il d’une mauvaise application de doctrine COIN? A discuter.


Sans transition, sympa de vous lire à nouveau.
Meilleures Salutations.

Publié par Padre le 23 mars 2008 à 23:02

Heureux de te relire à l'adresse habituelle (bien qu'un peu relooké)!

Sans prétendre de résoudre tous les problèmes, mais force est d'admettre que le moyen le plus efficace de "maîtriser" le problème de la drogue serait bien de mettre un terme à la repression. Car c'est bien l'illégalité qui crée les bénéfices extraordinaires sans lesquelles ce marché ne serait tout simplement pas rentable. Des décennies de war on drugs n'auront servi qu'à occuper des militaires, à subventionner des Pablo Escobar et d'apporter la misère dans les villes. Légaliser l'usage de telles substances serait un premier pas dans la bonne direction.

Publié par Sisyphe le 24 mars 2008 à 0:34

Je vous rappelle, M.Monnerat, qu'une des critiques faites à l'invasion de l'Irak en son temps, c'était qu'il ne fallait pas négliger cette mission en Afghanistan.
Mais combattre l'islamisme n'était probablement pas si important que cela pour les Américains. Mettre la main sur les réserves de pétrole de l'Irak était visiblement leur seul objectif...

Publié par Roland le 27 mars 2008 à 22:15

Ne voir dans ces conflits qu'une lutte pour les ressources naturelles est pour le moins réducteur. Où les États-Unis ont-ils le plus de facilités à combattre les islamistes, en Irak ou en Afghanistan ? Lequel de ces pays représente un intérêt supérieur à l'autre pour les islamistes eux-mêmes ? Répondre à ces questions permet de mieux jauger l'importance de ces régions respectives dans ce théâtre d'opérations...

Publié par Ludovic Monnerat le 28 mars 2008 à 0:16

l'Afghanistan a un rôle majeur pour les islamistes : ils y sont comme des poissons dans l'eau et introuvables, comme dans les zones tribales du Pakistan. Un refuge et une base idéale. Les Américains auraient-ils fait exprès de ne pas mettre la main sur Oussama ben Laden ? Certains le prétendent mais ce n'est guère crédible...
Par contre, l'Irak, suite à la décision de mettre à pied tous les gens liés au Baas, a créé l'alliance contre-nature des Baasistes et d'Al-Qaeda (qui n'existe plus maintenant, semble-t-il). Les relations inter-ethniques et inter-confessionnelles ont été complétement négligées par les Américains. De plus, comme déjà dit, cette invasion a renforcé l'Iran dans la région, pour la plus grande joie du Hezbollah au Liban. Je ne suis pas par essence anti-républicain mais je pense que l'équipe de G.W.Bush a accumulé les erreurs. Comment pensez-vous que ceci va évoluer dans les dix ans, M.Monnerat ?

Publié par Roland le 28 mars 2008 à 11:41

Tout d’abord, ravi de vous revoir sur la Toile, en espérant que les problèmes techniques rencontrés ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir.
Sur le fond de votre billet, et au risque de sembler provocateur, j’aurai tendance à avoir la réflexion inverse : autant l’intervention en Irak n’était ni nécessaire, ni utile, autant la destruction du régime Taliban était et reste une obligation tout comme, d’ailleurs, la présence et le renforcement des troupes occidentales sur place. A vrai dire, et plus que jamais, c’est bien là-bas que se joue sans doute l’une des phases les plus décisives de la lutte qui nous oppose à l’obscurantisme antioccidental le plus virulent.
Il est désormais vain de regretter, avec des larmes de crocodile, la désastreuse équipée irakienne. Du reste, grâce à un changement salutaire de stratégie, les américains sont peut-être en train de réussir leur pari d’Irakisation du conflit : la pacification, même à moyen terme, est illusoire mais un gouvernement local « fort » va, semble-t-il, émerger du chaos. A ce titre, le résultat des affrontements qui se déroulent actuellement à Bassora, entre autre, sera déterminant pour la suite des événements : si l’armée irakienne parvient à mater l’insurrection des miliciens chiites, elle aura fait la preuve de sa capacité à assurer (dans une certaine mesure) la sécurité de la population. Dans le cas contraire, les forces US resteront le dernier recours et tout allégement (car c’est bien cela l’objectif et non un retrait pur et simple) du dispositif sera impossible.
En Afghanistan, le problème est malheureusement plus simple : les occidentaux ne peuvent tout simplement pas se permettre de perdre cette guerre car entre nous et les plus extrémistes des fanatiques islamistes, il n’y a rien. Le fait que la stratégie menée là-bas soit décousue, critiquable et que la coalition fonctionne mal et sans réelle concertation est dommageable mais cette accumulation d’erreurs ne justifie pas, au regard des risques encourues, une défaite dans ces contrées.
Car un retrait d’Afghanistan signifierait le retour des Taliban au pouvoir, auréolés d’une victoire qui plus est et désormais enrichi par le juteux trafic de la drogue. Qui peut imaginer que le Pakistan voisin, dont les provinces frontalières échappent déjà largement au pouvoir central, ne serait pas touché par la suite ? Comment l’Inde réagira-t-elle dans ce cas ? Et les républiques musulmanes de l’ex URSS limitrophes de l’Afghanistan ni risquent-elles pas la contagion elles aussi ? Sauf erreur de ma part, c’est bien sous l’Afghanistan des taliban que l’idée du 11 septembre a germé et a pu se développer jusqu’à son terme, c’est bien sous ce régime que les leaders d’AQI avait trouvé un refuge complaisant ? Imagine-t-on qu’après une victoire contre l’occident, ces braves gens vont simplement s’en retourner à leurs occupations sans vouloir pousser leur avantage ? Or, dans ce type de guerre « au sein des populations, la victoire se trouve sur le terrain, au contact, avec des forces terrestres en nombre et porteuses d’un projet politique acceptable et attrayant pour les locaux.
Soit dit en passant, si on avait persisté dans nos efforts après la victoire initiale en Afghanistan au lieu de nous disperser à renverser un régime de toute façon au bout du rouleau et qui, pour le coup, était largement neutralisé, on n’en serait probablement pas là aujourd’hui…
Maintenant, c’est un fait que la coalition fonctionne peu efficacement et qu’une vraie cohérence stratégique est indispensable sauf à vouloir subir de cruelles déconvenues…

Publié par François Duran le 28 mars 2008 à 13:29

Je souhaiterais mettre certaines choses en perspectives, et pour cela, il est important de commencer par le commencement: le 11 septembre 2001.
A cet effet, je vous redirige vers l’un de mes commentaires écrit sur le site de Small Wars Journal au sujet d’une doctrine de ‘Global Counter Insurgency’.

De: http://smallwarsjournal.com/mag/2008/02/the-global-counter-insurgency.php

[…]

Gary C. Schroen’s PBS | Frontline interview link:
http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/darkside/interviews/schroen.html

Tout cela remet en question beaucoup d’éléments concernant l'administration américaine, le pays en soi et sa façon de fonctionner qui est plus que problématique. Mais il s’agit là d’un autre débat.

Maintenant, il est clair que le conflit en Afghanistan et de façon bien plus importante celui en Iraq ont alimenté la menace que les Etats-Unis et ses alliés combattent: l’islamisme.
Le premier problème auquel les Etats-Unis vont devoir faire face est leur ‘Grand Strategy’ de ‘guerre contre le terrorisme’. L’idée est en soi tout simplement absurde et inapplicable.
En effet, le terrorisme prend plusieurs formes: qu’il s’agisse de terrorisme étatique, d’insurrection, de groupes terroristes ou encore d’organisations criminelles, la terreur est une arme que différents acteurs emploi à différentes fins. Comme le dit si bien Wm. J. Olson dans le dernier numéro de Small Wars & Insurgencies: ‘… terrorism is a technique, not a movement. It is a methodology not a separate ideology.’
Plus grave encore, la tendance de mettre les actions d’al Qaeda sur le dos de l’Islam est une erreur qui pourrait se révéler fatale. Effectivement, elle ne sert qu’à convaincre certains musulmans que la guerre contre le terrorisme est une guerre contre l’Islam en tant que tel.
Il est donc important de comprendre l'idéologie terroriste dans son contexte religieux. En voici un résumé tiré de ‘The “New” Terrorism: Myths and Reality’ de T.R. Mockaitis publié chez Praeger Security International: [extrait supprimé car trop long]

Le point clé est que les Islamistes créent un environnement dans lequel les extrémistes (Salafistes Jihadiste entre autre) peuvent opérer. Bien que l’existence de cet environnement est uniquement possibles ‘grâce’ aux Islamistes, ils ne doivent pas en être tenus responsables pour autant. Néanmoins, ils ont la responsabilité de dénoncer les actes d’une minorité constitué d’extrémistes.

Vous comprendrez donc pourquoi, lorsque je lis certaines notions telles que ‘… combattre les islamistes …’, je suis plus que sceptique.

Pour revenir aux cas Afghan et Iraqien, dans l’éventualité d’une victoire, l’idée même d’une reconstruction et fondation d’un état Afghan ou Iraqien relève de la folie des grandeurs et d’une négligence toute particulière de l’histoire qui, rappelons-le, à la fâcheuse tendance à se répéter.
En effet, l’Afghanistan et l’Iraq ne sont pas des pays et ne l’ont pratiquement jamais été. L’exception confirmant la règle est lorsque les puissances occidentales en ont décidé autrement, avec les conséquences que l’on connaît.
Les concepts tels que ‘nation building’ sont la plupart du temps basés sur le modèle d’état-nation occidental qui a mis un certain temps à s’établir et à se stabiliser rien que chez nous.
Or, ce n’est pas en quelques années que l’on va pouvoir faire de régions complexes (dont beaucoup d’éléments semblent échapper aux politiques) des pays rentrant dans un quelconque modèle qui bénéficiera à l’occident, et particulièrement aux Etats-Unis.
De plus, ces mêmes états-nations ou états modernes (et ceux que l’on veut créer) sont de plus en plus remis en question. Pour faire le lien avec les (‘nouvelles’) formes (re)émergentes de conflits, dans le dernier numéro de Small Wars & Insurgencies, Wm. J. Olson propose une vue intéressante sur la guerre post-moderne:

‘Post-modern war is not possible without the disintegration of the modern state. If modern war was the product of the emergence of states based on new organizing principles, post-modern war is the product of the collapse of states and the emergence of new organizing principles.’

Cela dit, des mesures sont à prendre en Afghanistan tout comme en Iraq. Et dans les deux cas, les facteurs internes comme externes sont nombreux, et chacun d’eux peut se révéler décisif.
Beaucoup prétendent qu’un premier bon pas serait de régler le problème en Afghanistan avant tout. Brian Michael Jenkins en particulier, propose d’intéressantes résolutions que vous pouvez lire ici: http://www.rand.org/publications/randreview/issues/summer2006/truegrit1.html

Enfin, pour vous remettre de cette lecture je vous propose de jeter un oeil aux documentaires suivants… et vous recommande tout de même les ouvrages mentionnés au préalable.

The Power of Nightmares (BBC)
Description: http://en.wikipedia.org/wiki/The_Power_of_Nightmares
Téléchargement: http://www.archive.org/details/ThePowerOfNightmares

Les documentaires suivant de PBS | Frontline (si possible dans cette ordre)
The Dark Side: http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/darkside/
Endgame: http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/endgame/
Cheney’s Law: http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/cheney/
Showdown with Iran: http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/showdown/
Bush’s War: http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/bushswar/

Meilleures Salutations.

Publié par Padre le 29 mars 2008 à 1:08

En premier lieu, je prie les commentateurs de bien vouloir résumer leurs réflexions. La plupart d'entre nous sont des gens pressés... :-)

Je crois qu'il y a dans les 2 commentaires ci-dessous un problème majeur : une focalisation exagérée sur l'espace, alors que la cible de l'OTAN comme des États-Unis n'a pas d'ancrage territorial absolu. C'est vrai que la majorité des Taliban sont des pashtouns afghans peu sensibles à la dimension globale du conflit ; c'est vrai que la majorité des violences en Irak sont le fait d'Irakiens et ont une cause interconfessionnelle. Malgré cela, l'élément le plus radical est celui, importé, de l'extérieur. Supprimer les symptômes (les djihadistes) n'aide pas à s'en prendre aux causes.

Affirmer que les attentats du 11 septembre sont la conséquence d'une prise de pouvoir des Taliban en Afghanistan est une affirmation surprenante, si l'on considère l'origine et le parcours des 19 terroristes directement impliqués. Non, il faut dépasser cette vision pour voir comment est articulée la nébuleuse islamiste (qui combat l'Occident, même si certains occidentaux sont sceptiques sur le fait de la combattre...).

Soyons clairs : l'Afghanistan a valeur de sanctuaire et forme avec le Pakistan, où les madrassas endoctrinent à tour de bras, une matrice à islamistes ; mais sur le plan des symboles, des perceptions, des enjeux, malgré la victoire sur les Soviétiques, il ne fait pas le poids par rapport à l'Irak - point de friction entre sunnites et chiites, lieu historique du califat, et place à conquérir pour unir le pouvoir temporel et spirituel sous la bannière de l'islam. Ces 5 dernières années, les djihadistes ont été bien plus nombreux à venir en Irak combattre les "croisés". Et donc bien plus nombreux à en mourir.

Quant à l'idée d'un régime démocratique installé à Bagdad, peu de provocations sont pires aux yeux d'un islamiste...

Publié par Ludovic Monnerat le 29 mars 2008 à 10:50

Concernant l'importance de l'Iraq vis-à-vis de l'Afghanistan, je n'avais pas vu la chose sous cet angle-là et adhère à votre point de vue.

Maintenant, lorsque j’écris:

‘9/11 is the backfiring result of America’s strategy and security being sold out for oil, business, and military contracts in the Arabic Peninsula. In other words, for money…’

je n'affirme pas 'que les attentats du 11 septembre sont la conséquence d'une prise de pouvoir des Taliban en Afghanistan’. Je vois cela sur un spectre plus large s'étendant au-delà des attentats du 11 septembre. Toutefois, je pense tout-de-même qu’un certain laisser aller sur le cas UBL a été un facteur important.

D'autant plus, il me semble rejoindre votre idée sur les 19 terroristes en mentionnant:

'Finally, I think it gives a pretty good idea of whom to target, if it doesn’t conflicts too much with U.S. interests…' je parle ici de l'Arabie Saoudite.

Enfin, concernant les islamistes, je dois encore une fois faire quelques concessions. Malgré avoir écrit que les islamistes ‘ne doivent pas en être tenus responsables pour autant’, je reste en effet partagé car je pense qu’une mauvaise stratégie peut avoir de graves conséquences, particulièrement en vue de la forte présence de communautés musulmanes en Europe.
Mais cela ne veut pas dire pour autant que je n’y suis pas attentif et encore moins que je ne souhaite pas combattre ce qui menace mes valeurs ainsi que celles de mon pays.

Publié par Padre le 29 mars 2008 à 18:52

A Padre : je pense que nous sommes donc d'accord sur l'essentiel. Parler de laisser-aller sur Ben Laden est pour le moins parlant et témoigne de l'aveuglement stratégique des États-Unis durant les années 90 (particulièrement parlant dans la stratégie militaire, et dont les conséquences se font sentir aujourd'hui encore).

Maintenant, pour les communautés musulmanes en Europe, s'il faut effectivement éviter d'en faire des ennemis (c'est-à-dire des ennemis intérieurs), force est d'admettre qu'il est bien tard pour prendre conscience de cela, et que la radicalisation des générations issues de l'immigration est en marche depuis des années. Disons qu'il faut trouver une manière de juguler le problème...

Publié par Ludovic Monnerat le 29 mars 2008 à 20:02

Pour faire court durant la guerre de 39/40 la "propagande" disait que nous faisions la guerre aux fascistes mais en réalité nous tapions sur les Allemands ( les Bochs )... Aujourd'hui la "propagande" dit que nous faisons la guerre au Terrorisme mais en réalité nous faisons la guerre aux Musulmans car il y a une impossibilité dans cette guerre asymétrique à définir facilement un autre lien qui puisse unir tous ces djihadistes. Le résultat est qu'en 46 les Allemands ont payé la note au prix fort comme les Musulmans la paieront mais passablement édulcorée par leur grand nombre. Quand bien même que cette guerre de 7 ans puisse durer 100 ans le Citoyen ordinaire en Nord-Amérique s'en fiche comme l'an 40 si son pouvoir d'achat n'est pas trop touché et la cerise sur le gâteau, c’est que les réseaux de blanchiment d’argent sont complètement paralysés par ricochet ce qui représente un bénéfice appréciable pour ne pas dire déterminant.

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 30 mars 2008 à 2:31

"est-ce que les enjeux défendus en Afghanistan valent la moitié de ceux qui se jouent en Irak ?"


Tout dépend de qui se pose la question.


Pour les Américains, non. Le contrôle des réserves pétrolières irakiennes que ce soit de manière directe ou par le biais d'un gouvernement "ami" constitue un objectif plus important que celui du "Trans-Afghanistan Pipeline", certes intéressant mais toutefois secondaire par rapport au premier.


Pour les alliés au sens large, la réponse est moins évidente. Ils n'ont certes, collectivement, que peu de bénéfices à retirer de l'aventure afghane, si ce n'est la "crédibilité" que vous évoqués d'ailleurs.

Mais sacrifier aujourd'hui l'Afghanistan en pliant bagage et en laissant le champ libre aux Talibans constituerait une erreur majeure, un message de faiblesse aux répercutions universelles qui pour le coup se révèlerait contre productif dans le conflit global et asymétrique engagé contre le terrorisme islamiste.


A ce titre, le théâtre d'opération afghan n'est pas moins important que celui d'Irak. Se sont deux postes avancés d'une même ligne de front. Leur importance stratégique sont différentes, mais toute aussi essentielle l'une que l'autre.


Aussi je ne saisi pas pourquoi vouloir les dissocier, voire les opposer.


une question par ailleurs, pouvez vous préciser votre notion "d'opérations d'interdiction" ? Notamment au regard des moyens à mettre en œuvre pour les réaliser.

Publié par Winkelried le 30 mars 2008 à 14:38