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27 septembre 2007

Le conformisme des faits divers

Avec l'enterrement de la petite Ylenia, un fait divers qui a tenu des semaines durant le public suisse en haleine entame sa marche vers l'oubli. On en parlera encore pendant quelques années, à l'occasion, mais il n'y aura probablement plus de première page dans la presse de boulevard, plus de critiques acerbes adressées directement au Conseil fédéral, plus de polémique sur l'efficacité de la police à retrouver des corps. Les cris les plus stridents, surfant sur la vague d'émotions, ont déjà révélé leur nature éphémère. Et toute une série d'autres faits divers, plus ou moins prenants, plus ou moins tragiques, attendent de prendre la relève et de distraire le public apparemment de la façon la plus innocente qui soit, puisqu'ils sont bien réels. Même s'ils sont gonflés au-delà de toute proportion logique.

L'affaire Ylenia est évidemment un drame qui mérite empathie et respect, mais chaque affaire de ce type ne devrait pas être montée en épingle comme un fait national. Les moyens considérables engagés dans la recherche de son cadavre (même l'armée y a contribué avec hélicoptères et troupes au sol) ou les exigences pour un système d'alerte en cas d'enlèvement sont-ils vraiment proportionnels avec l'importance du ou des cas considérés ? Le propre d'un fait divers reste d'être placé sous les feux de la rampe sans guère de relativisation, mais les autorités n'ont-elles pas pour mission de se prémunir contre toute émotivité déplacée et de priviliégier en toute chose l'intérêt général ? Les actions d'un psychopathe suicidaire en liberté étant par définition parmi les plus difficiles à empêcher, pourquoi ne pas au contraire prendre des mesures en amont et mettre plus sûrement de tels individus hors d'état de nuire ?

Ceci nous amène à la réalité des faits divers : alors qu'un événement peut être perçu de différentes manières et susciter des réflexions opposées, il est souvent traité et vendu par la presse d'une manière unique et conformiste, correspondant aux réflexes et aux convictions des rédactions. Il suffit de voir le désintérêt général, à quelques fameuses exceptions près, pour les faits divers impliquant des catégories privilégiées par les médias, tels que les ressortissants étrangers en situation irrégulière. L'affaire Ylenia s'est rapidement imposée par son caractère sordide, par l'opposition entre le visage angélique de la victime et le comportement supposé de son assassin, mais n'importe quel fait divers reposant sur un drame humain peut très bien être pareillement monté en épingle. L'attribution possible des rôles entre coupable et victime étant à mes yeux une variable essentielle en la matière.

Lorsque je parle de distraction, enfin, j'ai bien en tête la surface informative qui aura été investie dans cette affaire et qui n'a pas servi à autre chose. Il est bien clair que nous ne pouvons pas passer notre temps à nous nourrir uniquement d'informations "sérieuses", mais les excès de ce genre amènent à s'interroger. Combien de sujets graves n'ont pas été abordés ou identifiés parce que l'on s'est focalisé sur le sort d'une petite fille de 6 ans présumée morte presque dès le début de l'affaire ? Quelles peuvent être les conséquences à long terme d'une information publique conçue comme un spectacle individualisé et émotionnel sur notre compréhension des enjeux de notre vie, de notre société, de notre pays ? Et pourquoi nos autorités, même celles qui ne sont pas survoltées par les affres de la réélection (c'est-à -dire le Conseil fédéral), se sentent-elles obligées de jouer ce jeu inconséquent ?

Posted by Ludovic Monnerat at 6h54 | Comments (9) | TrackBack

22 septembre 2007

Le point faible des "contractors"

Intéressante évolution de la situation en Irak : les entreprises privées de sécurité, qui bien souvent déploient des formations militaires stipendiées, montrent leurs limites et leurs vulnérabilités stratégiques. La polémique entoure une société telle que Blackwater depuis plusieurs années, et les récents remous dus à une fusillade moins discrète que d'autres ne changent pas fondamentalement l'aspect du problème. D'ailleurs, le fait que les équipes de Blackwater ont repris leur mission au profit des diplomates américains montre bien la dépendance de la première puissance mondiale envers les sociétés que ses contrats ont rendu florissantes. Pourtant, une nouvelle réalité pénètre désormais les esprits : le fait que l'emploi durable de telles sociétés devienne en soi contre-productif.

Le type d'adversaire décentralisé et chaotique que les États-Unis notamment affrontent en Irak est intrinsèquement voué à une méthode de combat génétique, subissant la sélection : toutes les actions possibles, même les plus absurdes (tentative d'attentat suicide à pied face à un char de combat, par exemple), sont nécessairement tentées au moins une fois, et les plus efficaces - comme celles offrant les meilleures chances de survie - sont identifiées, retenues et perfectionnées. C'est d'ailleurs ainsi que les pertes terribles subies face aux Forces armées américaines et à leurs auxiliaires ne sont pas en soi un indice d'insuccès (à la différence de leurs effets sociétaux) : elles indiquent également des pratiques empiriques en cours à une vaste échelle, dont peut fort bien émerger une approche payante. Comme celle consistant à combattre des sociétés privées honnies de la population locale.

Après 4 ans de conflit non conventionnel, il est en effet clair que l'approche directe face aux militaires américains ne mène pas au succès (même si les médias occidentaux ne cesse depuis le début de gloser sur la prétendue "défaite" de ceux-ci) : l'apprentissage progressif de la contre-insurrection a permis aux Forces armées U. S. de préserver et de développer les effets multiplicateurs, dans la société irakienne, dont dépend le succès de leur action. Par ailleurs, le fait de combattre les alliés des Américains - c'est-à -dire avant tout des Irakiens n'ayant guère d'autre choix rationnel - s'est rapidement retourné contre ceux qui ont usé et abusé de cette méthode, et notamment les islamistes irakiens et étrangers. Les évolutions positives annoncées récemment par le commandement américain sont en partie la conséquence de cet échec. Toutefois, certains alliés des Américains sont des cibles rentables et acceptables : les soldats stipendiés de Blackwater et consorts.

La mentalité du "contractor" venu faire une rotation en Irak ou ailleurs est en effet le plus souvent à l'opposé de la contre-insurrection : il vient pour faire du profit, considère tous les locaux comme des menaces potentielles, ne se fie qu'à ses propres collègues (et encore, d'abord ceux issus de son ancienne tribu militaire ou civile), et donc se fout éperdument de l'impact qu'il aura au-delà du court terme. Derrière les prestations sécuritaires vantées par les privés se cache une vision au microscope de la sécurité, perçue dans le simple rapport de force tactique découlant de l'emploi de petites unités. Autrement dit, une grande part des sociétés de sécurité ont une approche contraire aux intérêts à moyen et à long terme de leurs clients, et leur incapacité à se fondre dans leur environnement de travail en fait un symbole contre-productif. Les attaquer est donc l'assurance d'en tirer parti : leur infliger des pertes est tout aussi positif que les forcer à combattre et à outrepasser leur rôle.

Cette soudaine révélation d'une vulnérabilité stratégique ne signifie pas la fin des armées privées en gestation, mais elle annonce déjà leur mutation, la nécessité d'évoluer au rythme des mesures et contre-mesures propre à n'importe quel conflit. Quitte à laisser au rebut des perceptions trop ternies, comme Executive Outcomes hier et peut-être Blackwater demain, pour renaître sous une autre forme, au gré des transferts toujours rapides de personnel et de savoir-faire...

Posted by Ludovic Monnerat at 17h19 | Comments (21) | TrackBack

21 septembre 2007

Demande de retenue et de respect

Depuis quelques jours, j'ai l'impression que les débats sur ce blog ont une tendance encore plus marquée que de coutume à déraper rapidement, à se cantonner à quelques argumentations désormais largement rebattues, et à verser rapidement dans l'invective (comme souvent liée au IIIe Reich).

Ce n'est pas ainsi que j'avais imaginé la chose. Je remercie ceux qui s'investissent, réfléchissent, échangent et discutent, mais je demande également à tous de la retenue et du respect sur les thèmes que j'aborde ici, et que je vous prie également de suivre. Merci !

Posted by Ludovic Monnerat at 8h36 | Comments (44) | TrackBack

19 septembre 2007

Rambo contre Robocop

Amusant compte-rendu, aujourd'hui dans Le Matin, de la manifestation anti-Blocher qui a eu lieu hier en parallèle au Comptoir suisse. L'auteur a de toute évidence un peu de mal avec les références cinématographiques :

Entre 18h 30 et 20h, les casseurs jouent avec les forces de l'ordre. A Beaulieu, tout d'abord, ils brisent des vitres en plexiglas, mais n'arrivent pas à pénétrer dans l'enceinte, protégée par quelque 50 policiers en tenue de Rambo. Les casseurs reculent, mais ne se découragent pas. Ils mettent le feu à des poubelles et balancent plusieurs dizaines de bouteilles en verre sur les forces de l'ordre. Pendant vingt minutes environ, ces dernières ne bougent pas. Puis elles décident d'avancer, lentement, pour éloigner les casseurs.
[...]
Selon notre estimation, une dizaine de casseurs ont ainsi été arrêtés. «Je n'ai rien fait, je n'ai rien fait, je vous le jure», crie un casseur alors que trois policiers le neutralisent au sol. «Tu as fait des conneries, il faut les assumer», lui répond le Rambo avant de l'embarquer. Vers 20h, alors que les pompiers sortent les lances à eau à la Riponne, les casseurs rangent les cagoules et les casquettes, changent de pull et se transforment en gentils petits écoliers. La récréation est terminée.

Est-ce que vraiment la police lausannoise s'est parée des atours de Rambo, ou est-ce que Robocop n'est pas plutôt l'image pour décrire la tenue anti-émeute ? On imagine assez mal les casseurs s'amuser très longtemps à défier des hommes équipés de mitrailleuses, de grenades et de lance-roquettes, sans parler des couteux de jungle !

Bien moins amusantes en revanche sont les déclarations publiées sous l'article, ou comment des politiciens nous jouent le grand frisson du fascisme et du nazisme sans une seule fois entrer en matière sur les thèses, pourtant populaires, de l'UDC...

Posted by Ludovic Monnerat at 6h09 | Comments (11) | TrackBack

17 septembre 2007

Une escalade "prudemment calibrée"

Que préparent les États-Unis face à l'Iran ? Faute d'avoir le temps d'offrir ici une analyse détaillée, je trouve intéressant de lire cet article paru hier dans le Jerusalem Post :

According to senior US defense and intelligence officials that spoke with the Telegraph, the Pentagon has gathered a list of up to 2,000 targets including a major base run by the Iranian Revolutionary Guard Quds Force in the south.
Pentagon and CIA officers said that such a war would come to pass as a result of a "carefully calibrated program of escalation" that would lead to a "military showdown with Iran," the officials told the newspaper.
This scenario could arise once it was apparent that diplomatic efforts with the country were hopeless. When Iran would be internationally denounced for its interference in Iraq, the US could conduct cross border raids on Iranian training camps and bomb factories.
The report said that the raids would provoke a "major Iranian response" that could result in a halt to Gulf oil supplies; this in turn, said experts, would provide legitimacy to strike Iran's nuclear facilities and armed forces.

Un programme d'escalade "prudemment calibré", axé sur une suite prévue de réactions adverses, est à peu près un non sens stratégique, et j'espère pour eux que les Américains ont d'autres approches en réserve. De même, une liste priorisée de cibles interarmées comptant quelques 2000 items suggère une réédition des cercles de Warden, une théorie mise en oeuvre en 1991 face à l'Irak de Saddam Hussein et qui pêche par une considération bien trop limitée pour les phases "post attrition". Quant à rechercher en cours de route la légitimité nécessaire pour accomplir les actions décisives sans lesquelles toute la démarche reste vaine, elle me fait penser à ces formations blindées allemandes parties à l'assaut des Alliés dans les Ardennes, en 1944, en comptant leur dérober du carburant pour atteindre leur objectif final...

N'en doutons pas : les États-Unis sont aujourd'hui déjà en guerre contre l'Iran, à la fois en Irak et en Afghanistan, sur les marchés du globe ou encore sur nombre d'ondes. Depuis 2 ans au moins, ils procèdent à un isolement progressif du régime iranien qui multiplie l'effet de ses propres carences, notamment économiques, et qui illustre une approche indirecte sans doute la mieux à même de faire face à cette situation. Il est donc difficile de croire que l'administration Bush puisse sans raison apparente rompre avec cette stratégie et, alors qu'elle court sur son erre, se lancer dans une opération militaire autre que ponctuelle et limitée. Ce qui est bien différent d'une escalade par définition difficile à contrôler et à abréger.

Bien entendu, les renseignements disponibles en source ouverte ne suffisent pas pour appréhender les positions ainsi dévoilées dans cet article, et qui font davantage penser à la composante psychologique de cette campagne indirecte...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h15 | Comments (269) | TrackBack

16 septembre 2007

Le cirque fédéral

BurkiCirqueCF.jpg

Puisque le dessin ci-dessous a suscité nombre de commentaires, il vaut à mon sens la peine de mettre en ligne la dernière production de Burki, qui a paru hier dans 24 Heures, pour voir la différence entre la caricature et l'insulte. Le Conseil fédéral génialement croqué par Burki, avec Couchepin en éléphant, Leuenberger en paresseux, et surtout Blocher en gorille, fournit une image particulièrement caustique - mais aussi critique - du Gouvernement. Mais il y a une dimension toute différente à accentuer l'aspect physique d'un Blocher, dont la morphologie générale mène effectivement par exagération au primate, par rapport au symbole d'un régime et d'une idéologie génocidaires.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h58 | Comments (10) | TrackBack

14 septembre 2007

La dissimulation avant l'action

La dissimulation avant l'action est une constante dans l'art de la guerre ; fondée sur le camouflage, la diversion ou la déception, elle permet de préserver la surprise et d'empêcher, ou de retarder, la réaction de la cible. Les animaux l'emploient pour chasser depuis des millions d'années ; les hommes l'emploient pour combattre depuis des millénaires. Toutefois, l'évolution drastique du milieu au fil de l'urbanisation galopante fait que la dissimulation repose toujours plus sur une imitation de la normalité citadine et post-industrielle, comme le montre fréquemment la pratique du terrorisme, où la voiture piégée reste l'arme matériellement la plus efficace. Mais la méthode est accessible à tout un chacun, même si les forces armées restent étroitement liées à l'uniforme.

Prenez par exemple cet engin équipé d'un minigun, c'est-à -dire d'une mitrailleuse rotative au calibre 7,62 mm et capable de tirer 3000 coups à la minute : rien ne le distingue a priori des autres SUV dans lesquels circulent les citadins aisés, les convois gouvernementaux ou encore les équipes de sécurité privées. Pourtant, c'est bien une arme de guerre qui est ainsi disponible en quelques secondes sur un véhicule d'aspect commun, au lieu de la trouver sur un hélicoptère ou un avion d'appui aérien rapproché. Et l'utilité d'un tel montage est évidente : une rafale de minigun permet de neutraliser presque instantanément, par la densité de la gerbe, toute menace croyant avoir affaire à une cible facile. Le risque de dommage collatéral est évidemment énorme, mais il en va de même pour toute arme puissante.

Trimbaler une puissance de feu équivalente à celle d'une section d'infanterie (sans ses armes antichar, certes) dans un véhicule banalisé témoigne naturellement de la transformation de la guerre, de l'éclatement de l'espace face à la circulation des personnes et des idées, de l'absence de profondeur stratégique caractérisant notre ère de menaces immanentes et diffuses. Cela montre également que la décentralisation des capacités et des volontés d'agir est une réponse stratégique contemporaine, et qu'elle peut aussi bien s'exprimer par la prolifération des sociétés militaires privées, aptes à s'engouffrer dans les vides sécuritaires et dans les aires chaotiques, que par la responsabilisation accrue de l'individu, appelé à jouer un rôle croissant dans la sécurité locale sous des dehors des plus communs. Désarmer contre leur gré les citoyens-soldats serait d'ailleurs un contresens historique, à une époque où la guerre est plus que jamais l'affaire d'amateurs plus ou moins éclairés - pour ne pas dire illuminés.

Maintenant, il est clair qu'un véhicule ainsi transformé peut être très utile pour ouvrir la voie à l'heure des embouteillages... :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 22h01 | Comments (15) | TrackBack

12 septembre 2007

Comme un vent de folie

24HeuresBurki.jpg

L'Union Démocratique du Centre, parti de droite nationaliste dont la figure de proue reste le Conseiller fédéral Christoph Blocher (je précise pour les lecteurs peu au fait du microcosme politique suisse), n'a pas son pareil pour faire perdre la boule à ses adversaires. Regardez le dessin ci-dessus, publié aujourd'hui par 24 Heures, et qui associe ouvertement Blocher au nazisme : comment peut-on en parvenir à de telles extrémités ? Comment un quotidien grand public et son dessinateur Burki peuvent-ils traiter de nazi un membre du Gouvernement pour la simple raison qu'il ne partage pas leurs opinions et poursuit avec méthode une politique diamétralement opposée ? A croire que la presse suisse souffre toujours plus d'une sorte de Blocher Derangement Syndrome étrangement similaire au BDS original.

Sur Commentaires.com, Philippe Barraud décrit avec justesse ce phénomène régulièrement discuté par ici :

Dans une conception traditionnelle (et probablement dépassée) de la presse, les journalistes rendent compte de ce qui se passe, donnent la parole aux uns et aux autres, et s'efforcent de ne pas prendre parti, ni davantage de place que leurs interlocuteurs.
Journalisme d'un autre âge! L'immersion quotidienne dans les médias démontre ad nauseam à quel point le militantisme a remplacé la froide analyse, à quel point la haine peut faire écrire - pardonnez-nous - des conneries monumentales même à des éditorialistes d'hebdomadaires ordinairement versés dans le people anodin.
Il faut bien admettre malheureusement que même la presse réputée sérieuse se laisse aller. Rendant compte (façon de parler) de la conférence de presse de l'UDC du 11 novembre [septembre], Le Temps titre: «L'UDC est en pleine crise paranoïaque.» Certes, cela a un côté pratique pour le lecteur, qui a le commentaire avant d'avoir, éventuellement, l'information. D'ailleurs, à quoi bon l'information? L'opinion convenue du journaliste est bien plus importante que ce que les politiciens avaient à dire - d'ailleurs, c'étaient des UDC, donc inutile de les écouter...
Ce 12 septembre, le dessinateur Burki n'hésite pas à parer Christoph Blocher d'une croix gammée, ce qui constitue un autre dérapage déplorable (et peut-être un délit), aussi bien de la part du dessinateur que de sa direction. Mais à quoi bon se gêner? Tout le monde se lâche, car il faut à tout prix faire voir dans quel camp on est.

Ce vent de folie ne semble donc épargner personne ou presque. Et derrière les glapissements que multiplie la polémique, il y a fort à parier que c'est une fois encore l'UDC, en phase avec une grande partie de la population suisse et choisissant un terrain tabou (la criminalité des étrangers), qui va empocher des voix supplémentaires au vu du traitement inégal ou injuste que lui réservent les médias. Alors même que l'UDC manque singulièrement de pertinence sur le plan de la politique étrangère, où elle a déjà plusieurs fois subi l'échec populaire, et ses conceptions en la matière ne sont guère adaptées aux défis contemporains, spécialement sous l'angle militaire...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h51 | Comments (113) | TrackBack

11 septembre 2007

Alerte média : la RSR (10)

J'ai été invité ce matin à participer à l'édition du Grand 8, qui portait sur la guerre cybernétique, mais qui a également consacré du temps à la situation en Irak sous l'angle américain, au risque de récession de l'économie américaine ainsi qu'à l'Organisation des Nations Unies. Il est un peu dommage qu'aucune place n'ait été laissée au débat sur ce dernier sujet, car la légitimité de l'ONU et de ses actes au regard de la démocratie directe mériterait précisément des opinions autres que la vision cosmopolite des thuriféraires du "machin"... :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h35 | Comments (6) | TrackBack

10 septembre 2007

Cocorico pour la Suisse !

C'est en cas ce que l'on peut en conclure en lisant le dernier billet de Jean-Pierre Chevallier sur son nouveau blog (le précédent ayant été supprimé pour des raisons pour le moins obscures) :

"La Banque Nationale Suisse mène une politique monétaire a priori normale depuis que la crise du subprime s'est manifestée, ce qui montre que le système bancaire suisse est fondamentalement sain, contrairement à ce qui se passe dans le reste de l'Europe et en Amérique du Nord."
"L'Helvétie bancaire reste propre en ordre : c'est encore le meilleur refuge du monde pour les capitaux. Comment font les petits Suisses, cernés de toutes parts, pour ne pas sombrer dans les turpitudes européennes ?"

Comment ? Probablement en s'inspirant du passé, en capitalisant (c'est le cas de le dire) sur une solide tradition en la matière, mais aussi en évitant les changements trop rapides, en s'adaptant progressivement à la nouveauté sans pour autant trahir les principes qui ont fait l'efficacité de leur place financière. Le Suisse est naturellement conservateur, méfiant, prudent, peu émotif, économe, calculateur, même s'il est capable de grands élans d'ouverture, de changement, d'innovation et de générosité face à des situations qui l'exigent. C'est donc, à moins que je ne m'abuse complètement, l'identité nationale suisse qui fonde en premier lieu ce meilleur refuge du monde, grâce à la stabilité qu'elle suppose. Ou comment ces caractéristiques à première vue ternes, voire risibles, sont une source de succès.

Cette valeur ajoutée à la constance et à la mesure révèle en fait une stratégie. On dit souvent que la Suisse n'a pas de stratégie, qu'elle n'a pas lieu d'en avoir ; on répète d'un air entendu certaines maximes à propos de l'Helvétie ("petits pays, petits soucis"), sans se rendre compte qu'il y a bien une approche générale relevant de la pensée stratégique, même si l'on s'y est tellement habitué qu'on ne l'identifie plus comme telle. Comment un pays dépourvu de presque toute ressource naturelle et outrageusement dépendant de l'extérieur (important aujourd'hui 100% de son énergie fossile et 40% de sa nourriture) pouvait-il atteindre une quelconque prospérité sans se rendre attractif aux yeux d'autrui, et donc sans se différencier par des atouts gagnants à long terme ? Une île au sein de l'Europe ne peut être isolée si elle offre des avantages uniques.

La stratégie suisse est plus éloquente pour qui s'intéresse à l'histoire militaire et aux dispositifs de défense préparés et adoptés depuis l'époque du général Dufour, tant la dimension économique y est étroitement intégrée. Mais c'est surtout la recherche de l'indépendance et la conviction en notre différence qui restent la marque d'une visée stratégique à part entière, et (encore) couronnée de succès. De quoi en revenir au cocorico... :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h10 | Comments (13) | TrackBack

9 septembre 2007

L'art de tirer les mauvaises leçons

Parmi mes récentes lectures, l'une d'entre elles visait à combler une lacune béante sur les débuts de la guerre du Vietnam du point du vue américain : We Were Soldiers Once... And Young, de Hal Moore et Joseph Galloway. Comme bien souvent, le film est assez éloigné du livre, mais cette lecture était surtout indispensable pour bien cerner l'une des erreurs stratégiques fondamentales commises par les militaires américains : c'est sur la base du bilan des combats dans la vallée de l'Ia Drang, avec 305 soldats américains et 3561 nord-vietnamiens tués, qu'a été choisie la méthode de l'attrition censée venir à bout de Hanoi. Ou comment l'art de tirer les mauvaises leçons peut amener à une impasse, faute de percevoir les facteurs-clefs d'un conflit.

L'action du 1er bataillon du 7e cavalerie commandé par Hal Moore, élément moteur des troupes aéromobiles nouvellement formées, est en soi remarquable : une action dans la profondeur visant à rechercher les troupes adverses s'est transformé en un combat acharné entre un bataillon de 450 hommes contre l'équivalent d'un régiment de 2000 hommes de l'armée nord-vietnamienne, et les troupes américaines - fortement appuyées par l'artillerie, les hélicoptères et l'aviation - l'ont emporté à 1 contre 4. Trois jours plus tard, le 2e bataillon du même régiment connaîtra cependant un sort différent, puisqu'une exfiltration imprudente l'amènera à tomber dans une embuscade qui le saignera à blanc, même s'il infligera également des pertes terribles à l'adversaire. Mais transformer ce demi-succès en pierre angulaire d'une stratégie était une double erreur.

Premièrement, la logique paradoxale de la stratégie fait que les leçons tirés d'une confrontation ont toutes les chances d'être les fausses si l'adversaire a la moindre liberté d'action. Ce qui fonctionne aujourd'hui sera nécessairement étudié, analysé et disséqué en vue de trouver la parade, et ne fonctionnera probablement pas demain. Chaque succès porte les germes de l'échec, et vice versa ; l'inertie, le conformisme, l'optimisme même peuvent être des faiblesses mortelles. Il faut sans cesse se remettre en question, être prêt à renverser son système de pensée, pour s'adapter à un adversaire humain. Les succès enregistrés en novembre 1965 par l'emploi d'une arme nouvelle, la cavalerie aéromobile, ne tarderont pas à être contrés par des tactiques elles aussi nouvelles. Des milliers de soldats américains ont payé de leur vie cette recherche obsessionnelle de la bataille frontale.

Deuxièmement, tirer d'une bataille (c'est-à -dire d'une action tactique) des leçons applicables à une stratégie (c'est-à -dire la conduite d'une guerre), en plus sans passer par l'enchaînement des actions tactiques dans l'espace et dans le temps (propre au niveau opératif), est un aveuglement qui n'est pas excusable. Il faut avoir un point de vue vraiment étriqué pour s'imaginer que le champ de bataille est l'élément décisif d'un conflit, à une époque où le flux planétaires des informations et des biens bouleverse les équilibres internationaux et mobilise les opinions publiques. Choisir une approche basée sur l'attrition à partir d'une seule bataille, sans prendre en compte ses effets au niveau politique, économique et médiatique, ne pouvait mener qu'à l'échec. Même si pareille erreur est commune, comme plusieurs acteurs contemporains l'ont démontré (à l'instar des islamistes après la Somalie), elle ne devrait pas être commise au sein d'institutions précisément conçues pour penser la guerre (et qui préfèrent penser la bataille, plus simple et mieux connue).

Posted by Ludovic Monnerat at 9h02 | Comments (27) | TrackBack

8 septembre 2007

Enfin de retour

C'est impressionné par le nombre de commentaires et par l'intensité des débats que je reviens sur mon blog, après de très longues journées consacrées à des tâches diverses et variées. Merci pour votre patience et votre fidélité !

Dans la mesure où j'ai fait ces derniers d'assez nombreuses lectures, cela n'a pas manqué de nourrir mes réflexions et de me donner l'envie de les soumettre par ici ! :-)

Posted by Ludovic Monnerat at 11h44 | TrackBack