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31 juillet 2007

Le dernier numéro de la RMS

Ces derniers jours, les abonnés de la Revue Militaire Suisse ont reçu le quatrième numéro de l'année, consacré notamment à la violence infraguerrière, à l'ordre public, au droit international et aux systèmes de commandement. Pour recevoir gratuitement un exemplaire à titre d'essai ou s'engager dans un abonnement, il suffit de quelques clics par ici !

De plus, 3 articles ont été récemment mis en ligne :

Enfin, le blog collectif de la RMS a abordé récemment plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 17h15 | Comments (41) | TrackBack

30 juillet 2007

Le dilemme de Guantanamo

Le camp de prisonniers de Guantanamo Bay, ouvert dans la foulée de l'opération "Enduring Freedom" et alimenté par la suite en individus capturés de par le monde, a depuis 5 ans été érigé en symbole de tout ce qu'il y a de néfaste et de répréhensible dans la guerre menée par l'Amérique de George Bush. Au-delà des comparaisons délirantes avec les goulags de l'ère soviétique, force est de rappeler que les obligations liées au droit des gens en temps de guerre n'ont pas été remplies par les Forces Armées américaines, puisque les tribunaux militaires prévus pour accorder ou non le statut de prisonnier de guerre (il vaut la peine de souligner que celui-ci est lié à des conditions précises...) n'ont jamais comblé leur retard initial. L'amélioration substantielle des conditions de détention n'y change rien.

Pourtant, lorsqu'une étude montre qu'au moins 30 anciens détenus de Guantanamo ont été tués ou capturés lors de combats en Afghanistan et au Pakistan, et que 95% d'entre eux constituaient une menace claire pour les intérêts américains en raison de leur affiliation à la mouvance islamiste, la question se pose en des termes différents : que faire des hommes faits prisonniers sur les champs de bataille du djihad si l'on ne dispose pas d'un camp comme Guantanamo ? Les opposants les plus radicaux à cette prison militaire doivent en effet trouver une solution à la neutralisation d'individus se revendiquant comme des combattants et affirmant leur volonté de reprendre la lutte s'ils en ont la possibilité. Et avec des bases légales solides.

Dans les conflits classiques qui ont fondé les Conventions de Genève, le prisonnier de guerre reste détenu jusqu'à la fin officielle des hostilités et la signature des armistices ou accords de paix afférents. Mais dans les conflits déstructurés de notre ère, ce principe équivaut soit à détenir indéfiniment des individus en l'absence d'une autorité susceptible de négocier la paix, soit à ne pas pouvoir les mettre hors d'état de nuire en-dehors d'une élimination sur le champ de bataille. L'approche généralement préconisée par les opposants aux tribunaux militaires, basée sur le droit commun, est en effet contredite par la motivation guerrière des prisonniers et par leur refus systématique de reconnaître la moindre faute, le moindre crime. Ce qui nous ramène à la case départ...

Les forces armées confrontées à ce dilemme ont certes développé leur capacité à éliminer les combattants individuels, grâce notamment à l'interconnexion des senseurs/décideurs/effecteurs et à la précision accrue des systèmes d'armes ; mais cela n'offre pas de solution globale. C'est tout le principe des relations internationales comme base du droit de la guerre qui doit être remis en question, et des notions de capitulation ou de réparation individuelle doivent être explorées pour tenter d'esquisser cette solution. L'avènement de l'individu comme acteur stratégique a en effet pour corollaire l'avènement d'un droit de la guerre considérant cet individu comme un être responsable, à même de répondre de ses actes. Il faudra bien des déboires et des drames avant d'y parvenir, mais je ne vois pas d'autre perspective.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h20 | Comments (42) | TrackBack

28 juillet 2007

Londres, une ville dangereuse !

La police de Londres a bouclé aujourd'hui le quartier financier de Canary Wharf, après la découverte sur un chantier d'un V1, l'ancêtre des missiles de croisière. Dans la mesure où ce dernier avait une charge de 850 kg d'explosifs, on comprend la prudence des forces de l'ordre...

Pour l'anecdote, le chantier en question est situé à quelques centaines de mètres de l'hôtel où j'ai séjourné le mois dernier. Preuve que Londres est une ville particulièrement dangereuse, prise pour cible par les islamistes après l'avoir été par les nazis !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h17 | Comments (11) | TrackBack

La France, la Libye et le nucléaire

Voici un espace de discussion sur le thème complexe et actuel de la relation entre la France, l'Union européenne et les pays d'Afrique du Nord, et notamment des récentes décisions françaises vis-à -vis de la Libye. En cause, le traitement différencié de Tripoli concernant le nucléaire, qui fait grincer les dents d'autres pays membres de l'UE, ainsi que le rapprochement voulu à l'enseigne de l'Union méditerranéenne. A vous la parole !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h10 | Comments (33) | TrackBack

Le musée de la RAF

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Le mois dernier à Londres, j'ai pris le temps de me rendre à Hendon pour visiter le musée de la Royal Air Force. Tout individu intéressé par l'aviation devrait le faire : le musée abrite en effet plus d'une centaine d'avions de tous genres qui brossent un historique particulièrement complet de l'emploi militaire de la troisième dimension. Des bornes informatiques proposent d'ailleurs une mine de renseignements détaillés sur les spécimens présentés au public.

Un bâtiment du musée particulièrement intéressant est celui consacré à la bataille d'Angleterre : non seulement la totalité des appareils ayant pris part aux combats sont en exposition, mais d'autres aspects de l'époque ont été fidèlement reconstitués, comme ce centre de commandement tactique du groupe de chasseurs 11 (voir ci-dessus). Une telle visite est le complément idéal des lectures sur le sujet, qui peuvent d'ailleurs être aisément complétées par la librairie bien fournie du musée...

Pour les passionnés d'aéronautique militaire, l'un des grands avantages de Hendon est de mettre à portée de main des appareils en excellent état, comme le Messerschmitt Bf-109 ci-dessous, et de présenter également différents composants essentiels, comme les moteurs, les armes ou les bombes. Le hall des bombardiers est à cet égard impressionnant, et il fournit également des récits et des aspects historiques à même de reconstituer la vie quotidienne des équipages engagés dans le conflit.

Il faut juste savoir que 4 heures sont nécessaires pour faire le tour du musée !

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Posted by Ludovic Monnerat at 9h07 | Comments (3) | TrackBack

25 juillet 2007

RMS : nouveaux billets

Ces derniers jours, le blog collectif de la Revue Militaire Suisse a abordé plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 21h21 | Comments (12) | TrackBack

24 juillet 2007

La Belgique, non-État ?

Suite à l'affaire du nouveau Premier ministre belge méconnaissant l'hymne national belge au point d'entamer la Marseillaise lorsqu'on lui demande de le chanter, il est pertinent de se demander si la décrépitude de l'État belge ne va pas devenir le premier non-État européen. Je vous invite ainsi à lire les réflexions de Joseph Henrotin à ce sujet sur son blog Athéna et moi, en l'occurrence ici et ici :

En gros, le principe est que passé un certain stade de technocratisation de l'Etat, la rationalité animant ce dernier vise la pérénisation des statuts des communautés le composant, l'Etat lui-même étant devenu une modalité de régulation de la vie entre ces communautés.
J'avais eu l'occasion d'en toucher quelques mots à des collègues, cette fois en Bosnie (vous savez, la zone géopolitiquement déterminée où l'empilement de niveaux de pouvoirs a fini par absorber en salaires de fonctionnaires 65% de son budget - tiens, le même chiffre que l'armée belge !).
Le problème avec un non-Etat est que la relation entre "Etat" et "nation", pourtant centrale pour la viabilité du contrat social, tout comme elle hante l'esprit des politologues depuis le traité de Westphalie est non précisée, les communautés évoluant sans guère communiquer. Toute forme de "sens de l'Etat" est donc à proscrire.

[...]

Une nouvelle étape décisive, donc, dans la vie conceptuelle de la théorie du non-Etat (l'ironie est là pour aider à surpasser un certain nombre de déceptions) et une belle preuve d'une vision ultra-technocratique des choses. Pas nécessairement une étape décisive pour le vivre-ensemble...

Si tel est l'avenir dessiné par l'Union européenne pour ses États membres, il est évident que cette voie suicidaire doit être traitée comme telle...

Posted by Ludovic Monnerat at 23h44 | Comments (16) | TrackBack

23 juillet 2007

Une armée à bout de souffle

Les révélations faites ces derniers jours par le Daily Telegraph sur l'état de l'armée britannique vu par son commandant, le général Richard Dannatt, sont riches d'enseignements. L'incapacité de fournir le moindre renfort aux contingents actuellement déployés, le maintien d'une maigre réserve de 500 hommes pour toute urgence à domicile ou au-delà , comme la disponibilité opérationnelle réduite des parachutistes faute d'avions pour les parachuter, témoignent d'un épuisement avéré. Il suffit d'ailleurs de consulter ce communiqué du Ministère britannique de la Défense pour mesurer l'ampleur de la crise : pour engager une brigade renforcée, centrée autour de 11 bataillons de mêlée et d'appui, il a fallu prendre des généralistes et des spécialistes dans pas moins de 34 autres corps de troupes terrestres !

L'effort actuellement fourni par l'armée britannique, avec notamment 13'000 soldats déployés en Irak et en Afghanistan, ne semble pourtant pas insurmontable sous l'angle du seul volume. Dans les faits, ces opérations de contre-insurrection impliquant des déploiements longs et risqués dans un climat éprouvant posent aux militaires britanniques des problèmes de rétention qui aboutissent à un sous-effectif de 3500 soldats d'active, soit environ 3% des quelque 101'000 militaires déployables. Il est assez frappant de constater que l'armée britannique perd à peu près 30 fois plus de soldats par les démissions que sur le champ de bataille ! Alors que pendant longtemps les pertes étaient dues bien davantage à la maladie qu'au combat, nous vivons désormais une époque où elles s'expliquent à la fois par la concurrence économique et par la déliquescence du service militaire.

Un autre aspect du problème, vécu dans nombre d'armées professionnelles occidentales (entre autres), est le fait que les opérations extérieures tendent de plus en plus à être accomplies par une minorité de militaires, et non par leur grande majorité au gré des rotations. Qu'un opérateur d'une force spéciale britannique comme le SAS soit engagé hors du pays 8 mois sur 12, passe encore : les unités non conventionnelles ont une telle plus-value qu'elles n'ont jamais suffisamment d'effectifs. En revanche, il n'est pas normal que des bataillons conventionnels doivent "cannibaliser" d'autres unités pour atteindre leur disponibilité opérationnelle, au niveau qualitatif comme quantitatif. La proportion non déployable d'une armée est généralement un chiffre dérangeant au sein des états-majors, mais se reposer systématiquement sur le même noyau d'idéalistes n'est pas une solution viable à moyen terme déjà .

C'est donc bien le modèle de l'armée britannique, et par extension des armées professionnelles axées sur la projection et la rotation de forces, qui semble au moins partiellement en cause (les dérives sociétales et identitaires étant un autre chapitre). En fait, le gouvernement britannique demande aujourd'hui à son armée terrestre de mener des opérations de pacification largement similaires à celles de l'ère coloniale sans aller au bout de sa pensée, c'est-à -dire sans en faire une armée sédentaire, occupante, crainte car impitoyable, mais aussi énergique, créative, pour tout dire colonisatrice. Les officiers britanniques en garnison au XIXe siècle en Inde ou ailleurs n'avaient pas peur d'user de la force, de revendiquer leur supériorité civilisationnelle, et donc de conduire les populations locales ; à l'ère post-coloniale, tout cela est honni et haïssable. A proscrire sans plus y penser.

Du coup, les soldats vont et viennent sans mesurer le sens de leur action. Et hésitent de moins en moins à le faire pour plus d'argent auprès d'une société privée, puisque c'est leur principal intérêt. On pourra me rétorquer que les armées à bout de souffle émanent généralement de sociétés qui le sont aussi, et que les modèles des unes sont étroitement liés à ceux des autres. Je ne vois guère d'argument contraire, et donc je conclus en ouvrant le débat...

Posted by Ludovic Monnerat at 17h51 | Comments (53) | TrackBack

22 juillet 2007

Le rôle des mosquées

Le principe de protection des biens culturels et la présentation de l'islam comme "religion de paix" correspondent de moins en moins à la réalité en ce qui concerne les mosquées. Il ne s'agit pas ici de dévoiement ou de détournement, chose assez commune dans les conflits, puisque les bâtiments religieux offrent généralement des points de vues avantageux qui en font des postes d'observation prises, mais bien d'une utilisation combattante délibérée, qui viole directement le droit des conflits armés et qui montre le lien, voire la consubstantialité, entre les appels au djihad et sa mise en oeuvre.

Voici des années que des mosquées sont utilisées en Irak pour appeler à la violence (y compris terroriste), pour stocker des armes et des munitions, pour abriter des combattants et leur offrir une protection supplémentaire : durant la bataille de Falloujah en novembre 2004, la moitié des 100 mosquées que compte la ville ont ainsi été utilisées. De même, la récente prise de la mosquée rouge à Islamabad a montré que les forces pakistanaises ont dû affronter des combattants équipés de fusils d'assaut, de mitrailleuses, d'armes antichars ou encore d'explosifs, et qu'ils été retranchés dans des lieux fortifiés, ceci sous la direction de l'imam islamiste abattu au terme de l'opération.

Ces exemples tirés du monde arabo-musulman sont un augure inquiétant au lendemain de l'arrestation en Italie d'un imam et de ses adjoints dans une mosquée transformée en lieu de recrutement et d'entraînement au djihad :

Italian anti-terror police said they found barrels of chemicals and instructions on how to pilot a Boeing 747 in the Ponte Felcino mosque on the outskirts of Perugia, a city known for its Renaissance architecture and idyllic countryside. A fourth suspect was being sought.
"The investigation has shown that, in the Ponte Felcino mosque, there was a continued training for terrorist activity," anti-terror police head Carlo De Stefano said. "We have discovered and neutralized a real 'terror school,' which was part of a widespread terrorism system made up of small cells that act on their own."
Police identified the imam as 41-year-old Korchi El Mostapha, and his two aides as Mohamed El Jari, 47, and Driss Safika, 46. A fourth Moroccan suspect was believed to be abroad. All four were suspected of conducting training with the aim of international terrorism.

Bien entendu, cet événement a une dimension nettement moindre, et fait plutôt penser à une petite cellule d'exaltés et d'amateurs ultraminoritaires ; il reste d'ailleurs à démontrer leur capacité matérielle à exécuter une attaque terroriste, car il y a loin du téléchargement de vidéos sur Internet au passage réussi à l'acte combattant. En même temps, cette utilisation délibérée d'une mosquée comme outil de guerre et les liens entretenus avec la mouvance islamiste en général montrent que l'on ne peut prévenir ou remporter une guerre sociétale sans accepter de prendre en compte toutes ses dimensions et toutes ses manifestations, sans renoncer à ses propres conceptions pour intégrer celle nos ennemis déclarés.

Une manière également de souligner que les minarets ne sont qu'un aspect presque incongru d'un problème bien réel...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h57 | Comments (15) | TrackBack

21 juillet 2007

Un autre blog à découvrir

J'ai découvert aujourd'hui un blog que je vous conseille de lire, Théâtre des opérations, créé par François Duran et consacré à des réflexions à la fois stratégiques et tactiques.particulièrement longues et détaillées. Le nombre de blogs francophones consacrés à la stratégie militaire serait-il en marche vers une certaine masse critique ?

Posted by Ludovic Monnerat at 22h32 | Comments (8) | TrackBack

RMS : nouveaux billets

Ces derniers jours, le blog collectif de la Revue Militaire Suisse a abordé plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 17h33 | Comments (8) | TrackBack

20 juillet 2007

La dernière minute de Tony

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Lors de mon récent séjour à Londres, en pleine passation de pouvoir au 10 Downing Street, une société spécialisée dans les voyages réservés à très brève échéance a eu l'idée ingénieuse de monter des stands publicitaires et de demander aux passants de bien vouloir écrire ce que, à leur avis, Tony Blair devrait faire avec sa dernière minute au pouvoir. Voici quelques réponses lues à cette occasion :

On rigole bien chez les rosbifs...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h28 | Comments (2) | TrackBack

19 juillet 2007

La fin d'un scandale estival

Le scandale de l'été lancé la semaine dernière par la presse de boulevard a fait long feu : avec les déclarations tranchées de l'un des survivants de l'accident qui a coûté la vie jeudi dernier à 6 militaires dans l'Oberland bernois, les accusations d'incompétence, d'autoritarisme ou d'inconscience adressées à l'armée sont mal en point, et le soufflé n'a pas tardé à retomber. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si un Peter Rothenbühler bien peu inspiré, aujourd'hui dans Le Matin (pas de lien disponible), a contesté la crédibilité de l'appointé-chef Perusset : les déclarations du jeune spécialiste de montagne, témoin privilégié, viennent gripper la machinerie médiatique consistant à exploiter l'émotion populaire issue d'un drame. Et critiquer la communication de l'armée, qui a bon dos, n'est qu'un pis-aller. Le pilori va être rangé sans victime, et l'actualité va retrouver son rythme alangui.

Dans les faits, il faudra attendre la fin de l'enquête pour connaître la vérité sur cet accident, et donc en esquisser avec certitude les responsabilités : les déclarations du temoin susmentionné vont clairement dans le sens jugé probable, mais elles ne suffisent pas. La fin de la cabale médiatique et des allégations gratuites, parfois non dénuées d'intérêts propres (comme certains guides civils très critiques, et qui depuis quelques temps se plaignaient de ne plus recevoir de l'armée autant de mandats), risque hélas de précipiter le sujet dans les oubliettes, alors qu'il serait intéressant de revenir sur les comportements des uns et des autres dans les heures qui ont suivi le drame. Notamment pour voir comment les médias traditionnels, malgré leurs prétentions qualitatives, tombent à répétition dans le piège des informations partielles et biaisées. Et donc sont à la merci de la confusion comme de la manipulation.

Les scandales de l'été, qui prennent généralement au dépourvu une administration fédérale à moitié en vacances, ont déjà accouché de grandes comédies ; on se souvient en particulier de l'affaire Bellasi, épisode tragi-comique par excellence qui a régenté toute la vie politique pendant 8 jours, et qui aura fait porter d'injustes soupçons sur de grands serviteurs du pays. Il avait alors suffi d'une volonté exagérée de transparence et d'une maladresse sémantique pour offrir la possibilité de jouer sur les fantasmes de toute une frange de la société lorsque l'on mélange l'armée, le secret et le pouvoir. Force est d'admettre que les mêmes mécanismes restent aujourd'hui à l'affût, guettant la bonne affaire pour faire couler l'encre et augmenter l'audience, tout en plaçant quelques jalons idéologiques longtemps médités.

Dommage que les véritables questions de fond fassent toujours les frais de ces affaires exagérément montées en épingle...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h21 | Comments (6) | TrackBack

18 juillet 2007

RMS : nouveaux articles

Sur le nouveau site de la Revue Militaire Suisse, 5 articles ont été mis en ligne ces derniers jours :


Par ailleurs, le blog collectif de la RMS a abordé récemment plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 20h54 | Comments (34) | TrackBack

Secret défense à découvrir

Un tout nouveau blog mérite d'être suivi : celui créé par Jean-Dominique Merchet, le journaliste spécialisé dans les questions de défense de Libération. Les sites francophones consacrés à la chose militaire étant rares, et celui-ci paraissant prometteur, je me permets de le signaler derechef !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h21 | Comments (2) | TrackBack

17 juillet 2007

Quelques heures dans un croiseur

HMS Belfast 3.jpg

Parmi les visites faites lors de mon récent séjour à Londres, l'une des plus marquantes a sans conteste été celle du HMS Belfast. Le nom de ce navire contemporain m'est connu depuis le début de mon adolescence, vu que la bibliothèque de mes parents comptait un livre, « Le drame du Scharnhorst » que j'avais lu avec un vif intérêt, mais j'ignorais alors bien entendu que j'aurais l'occasion de le visiter 20 ans plus tard. A dire vrai, ce croiseur léger aujourd'hui ancré dans la Tamise n'impressionne guère par ses dimensions, plutôt communes (187 mètres de long), par son armement, comparable à l'artillerie terrestre (tubes de 155 mm et 105 mm), ou par sa construction générale. Mais il vaut la peine d'être visité par le témoignage qu'il offre des conditions de vie et de combat en mer lors de la Seconde guerre mondiale.

Les espaces exigus, les accès difficiles, le travail harassant (notamment près des chaudières), le confort inexistant (malgré la modernisation effectuée dans les années 50) montrent en effet que ces navires de guerre ne remplissaient leur mission qu'avec l'abnégation et la discipline de leur équipage. Certains aspects ne surprennent pas un militaire habitué aux systèmes d'armes terrestres : les tourelles principales et leurs magasins ressemblent par exemple beaucoup à l'artillerie de forteresse, comme l'indique par exemple l'image ci-dessous ; le centre d'opération n'est pas très différent d'un PC tactique fixe au niveau bataillonnaire, en-dehors de la quantité d'équipements d'écoute et de détection directement accessibles. Même si l'on imagine aisément l'énergie et la persévérance qu'il fallait investir dans l'entraînement pour faire du tout une machine de guerre flexible et efficace.

HMS Belfast 2.jpg

La passerelle du capitaine, dépourvue de vitres durant la Seconde guerre mondiale (histoire d'y voir à tout coup autant que faire se peut), était en revanche impressionnante : le commandement de ce bâtiment au-dessus des flots, à quelques mètres du centre d'opération comme du centre de transmission, représente un compromis saisissant entre la conduite de l'avant et le positionnement auprès plus près des renseignements fournis par la radio et le radar. Surtout en pensant que le château central, surmonté des équipements électroniques et situé à proximité immédiate du poste de direction des feux, était dans l'idéal le point pris pour cible par tout navire adverse à portée de tir. Là encore, pas besoin d'une grande faculté d'imagination pour se représenter la vulnérabilité de l'équipage lors d'une canonnade.

Après presque 4 heures d'une visite permettant de voir presque tous les éléments du HMS Belfast, il est difficile de ne pas être nostalgique, de ne pas regretter l'époque de ces élégants croiseurs, de ces grands cuirassés qui sillonnaient les mers, et que les porte-avions n'ont pas entièrement remplacés en tant que symboles. Bien sûr, les navires multi-missions de notre temps ont des capacités largement supérieures dans nombre de domaines, et notamment dans la détection, dans la protection comme dans la frappe à très longue distance, mais la majesté des navires d'antan - et leur aptitude à déclencher des feux massifs - reste marquante. Le souvenir d'une époque où les États étaient encore les maîtres de la guerre, à l'heure où celle-ci se déstructure et se privatise, ne peut laisser indifférent!

HMS Belfast 1.jpg

Posted by Ludovic Monnerat at 22h43 | Comments (6) | TrackBack

16 juillet 2007

Deux poids, deux mesures

Près de deux mois après le début des combats entre l'armée libanaise et une milice islamiste palestinienne dans le camp de Nahr al-Bared, qui ont fait au moins 220 morts (dont 100 militaires libanais et 80 combattants islamistes), il vaut la peine de s'intéresser à la perception de cet événement.

La prise d'un secteur urbain fortifié de façon progressive est certainement l'une des opérations militaires offensives les plus difficiles qui soient. Les pertes très élevées subies par l'armée libanaise, certes peu entraînée à ce type d'engagement, en témoignent. Pourtant, ce n'est pas faute d'employer des moyens lourds : un feu indirect soutenu, avec entre 5 et 10 obus d'artillerie par minute dans le camp, un feu direct également important avec des chars de combat et des pièces antichars, des véhicules blindés transporteurs de troupes, ont tous contribué à des destructions considérables. Sans que les combattants islamistes ne soient pour autant contraints de cesser le combat, mais aussi sans que le Gouvernement libanais perde sa liberté d'action sous la pression internationale.

Cet investissement d'un camp de réfugiés palestiniens occupé par des combattants rappelle en effet celui d'un autre camp, à Jénine, lors de l'opération israélienne "Bouclier Défensif" au printemps 2002. A l'époque, une partie des médias avait repris les cris au massacre de Jénine, une grossière manipulation visant à qualifer de génocidaire une opération militaire au contraire précise et ciblée qui ne fera que 79 morts, dont 23 soldats israéiens et une majorité de combattants palestiniens. La pression médiatique sera d'ailleurs suffisante pour que l'ONU décide de former une commission d'enquête afin de vérifier les accusations de massacre, qui mettront environ un mois avant d'être entièrement démenties. D'autres démarches similaires ont également eu lieu ces dernières à propos d'autres opérations offensives israéliennes.

Rien de tout cela ne se produit aujourd'hui au Liban : la destruction même partielle d'un camp de réfugiés palestiniens par l'armée libanaise, avec son fardeau inévitable de dommages collatéraux, n'éveille pas la moindre accusation de force disproportionnée ou de génocide délibéré. Pourtant, les Israéliens n'ont pas employé d'artillerie à Jénine, au contraire des Libanais à Nahr al-Bared, une arme qui offre une précision très douteuse en milieu urbain non seulement par l'absence de munition guidée, mais également par ses trajectoires peu adaptées. Il n'est donc pas difficile d'en conclure que l'on assiste là à un bel exemple de ce traitement partiel et partial qui entache souvent la production médiatique, et que ce dernier serait bien différent si les forces attaquantes étaient israéliennes ou américaines. J'en veux d'ailleurs pour preuve que les Palestiniens n'ont guère tenté de mobiliser l'opinion publique occidentale à coups de manipulations médiatiques, contrairement à une pratique éprouvée.

Deux poids, deux mesures, et une leçon : laisser faire le sale travail à des forces locales, que ce soit au Liban, au Pakistan, en Somalie ou en Irak, est un avantage énorme pour les armées occidentales et leur redonne la liberté d'action perdue par la perception biaisée de leurs propres médias.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h19 | Comments (21) | TrackBack

15 juillet 2007

L'armée aux prises avec la victimitude

L'accident de haute montagne survenu voici 3 jours est l'un des plus graves subis par l'armée suisse ces dernières décennies. Il a également déclenché l'accès de victimitude le plus virulent, symbole d'une société malade du risque zéro et du maternalisme.

...

La suite ici !

Posted by Ludovic Monnerat at 19h11 | Comments (66) | TrackBack

13 juillet 2007

Le blog de Phil

Un nouveau blog devrait ravir ceux qui s'intéressent aux questions théologiques et philosophiques (et je sais qu'il y en a par ici !) : le blog de Phil, autrement l'espace de dialogue ouvert par l'abbé Philippe Chèvre, le curé de la paroisse catholique de langue française en ville de Berne. Les récentes déclarations et décisions du pape, entre autres, y sont abordées. Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 9h16 | Comments (2) | TrackBack

11 juillet 2007

Le début de la grande lutte (2)

Les événements récents au Pakistan, avec la prise d'assaut d'une mosquée transformée en redoute islamiste, ainsi que d'autres actions faisant ponctuellement l'actualité comme la poursuite du conflit en Algérie et l'augmentation des tensions au Liban, semblent confirmer le début de cette grande lutte dont je parlais le mois dernier. Les attaques verbales des islamistes contre l'armée libanaise, toujours aux prises avec le Fatah Al Islam, sont désormais aussi régulières que les attaques contre les Occidentaux et les appels à les combattre. Et les armées nationales, en dépit de leurs divisions et des incertitudes sur leur avenir, jouent un rôle croissant dans cette lutte impitoyable.

Cette évolution de la situation montre par la bande la leçon qui a été tirée des changements de régime opérés en Afghanistan et en Irak : dans la mesure où combattre un État revient toujours à favoriser les non-États, à ouvrir des espaces où le chaos prolifère, le renforcement des États fragilisés et fréquentables est une priorité stratégique. Il pemet d'avoir des partenaires et des alliés susceptible de mener en leur nom propre et sur leur sol la lutte nécessaire au niveau planétaire. Par opposition, les États infréquentables doivent être fragilisés jusqu'au point d'être contraints à la négociation aussi longtemps qu'un changement de régime implique largement plus de risques que d'opportunités ; ce qui est probablement la position retenue face à l'Iran, avec le caractère dilatoire et incertain d'une telle démarche, mais avec l'avantage de prouver en grande partie l'insanité des conceptions islamistes.

Une question intéressante mérite à ce stade d'être posée : combien de combattants islamistes ont été tués ou blessés depuis septembre 2001 ? Une estimation grossière de ma part porte sur environ 100'000 morts et le double de blessés, avec pour théâtre d'attrition principal l'Irak et l'Afghanistan, mais également des pertes sensibles dans le Maghreb, dans les territoires palestiniens, au Liban, en Tchétchénie, au Pakistan, en Inde, aux Philippines ou encore en Somalie. Sans compter les campagnes de répression menées dans nombre de régimes autoritaires du monde arabo-musulman, des campagnes qui souvent sont d'ailleurs contraires à l'opinion publique. Avec une telle estimation, il faut ensuite se demander si cette hécatombe en cours est significative, ou si le djihad global imposera une attrition d'une autre magnitude avant d'être vaincu. Je pense que nous sommes quelque part entre les deux, mais il est bien difficile de juger...

Quoi qu'il en soit, on ne peut plus aujourd'hui douter du fait que cette grande lutte oppose en premier lieu, dans les faits, des musulmans à d'autres musulmans. Cela ne veut pas dire que le facteur religieux soit le seul à être déterminant, bien entendu, mais cela permettre de mieux comprendre, à mon sens, la dimension du conflit.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h58 | Comments (39) | TrackBack

9 juillet 2007

Le prix sanglant des otages (5)

Rien de nouveau sous le soleil : selon ces informations, le journaliste de la BBC Alan Johnston aurait été libéré contre une rançon de 5 millions de dollars et d'un million de cartouches pour Kalachnikov. C'est le premier chiffre qui apparaît sur cette affaire, mais il semble relativement cohérent avec les sommes versées pour libérer d'autres otages, comme les journalistes de Fox News Steve Centanni et Olaf Wiig dans la bande de Gaza (2 millions) ou le reporter Gabrielle Torsello en Afghanistan (également 2 millions). Il témoigne en effet d'une inflation parallèle à l'évolution de la situation, et aux besoins probables des ravisseurs. On espère que Alan Johnston, qui remercie les Palestiniens pour sa libération, sait le prix sanglant qu'elle coûtera...

Posted by Ludovic Monnerat at 9h13 | Comments (10) | TrackBack

8 juillet 2007

L'inertie de la haine (2)

Un article publié hier dans Le Figaro et écrit par deux spécialistes en matière de terrorisme, permet de remonter le fil des attentats terroristes tentés ces dernières semaines à Londres et à Glasgow. Il est en particulier intéressant de voir comment les auteurs fournissent l'arrière-plan temporel de ces nouvelles attaques contre la Grande-Bretagne :

On sait aujourd'hui, grâce aux indices relevés sur les dispositifs de mise à feu qui n'ont pas fonctionné dans les voitures piégées de Londres et de Glasgow, que huit djihadistes dont sept sont médecins, dirigés par un Irakien, Abdallah Bilel, et un chirurgien jordano-palestinien natif d'Arabie Saoudite, Mohammed Jamil al-Icha, ont mené l'opération. Ce groupe venu d'Irak avait été infiltré en Grande-Bretagne depuis un peu plus de deux ans. Exécutants, ils étaient connectés à un, ou plutôt deux «cerveaux». [...]
Ces deux «cerveaux» font partie d'un réseau démantelé en 2004. Son leader, Dhiren Baret, britannique d'origine pakistano-indienne, a été condamné à la prison à vie en novembre 2006. Il est l'auteur d'un manuel djihadiste de 40 pages, que le médecin irakien Abdallah Bilel a utilisé pour piéger la voiture à Glasgow.
Dhiren Baret, alias Reza al-Hindi, a été recruté, en 1995, dans un camp cachemiri, par l'activiste jamaïcain, Abdullah al-Faiçal, lieutenant de Khalid Cheikh Mohammad. Outre Khalid Cheikh, Dhiren Barent a aussi côtoyé Hambali, le chef d'al-Qaida en Asie du Sud-Est.

En d'autres termes, les attentats manqués de Londres et de Glasgow, qui auraient pu coûter la vie à des centaines de personnes et exercer une pression majeure sur le nouveau gouvernement britannique, sont encore la conséquence de la politique laxiste menée par les autorités britanniques et de leur tolérance incompréhensible envers les idéologues islamistes. Mais ils découlent encore de la liberté d'action considérable accordée dans les années 90 à la mouvance islamiste, à ses activités de recrutement et de formation, qui ont créé des capacités et des affinités très difficile à réduire substantiellement. L'inertie de la haine n'est donc pas une vaine expression, et la durée des préparatifs opérationnels (2 ans) est largement inférieure à celle de l'élan qui les ont motivés.

L'insouciance et l'aveuglement de la décennie précédente, certes faciles à condamner avec le recul, n'ont pas fini de nous poursuivre...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h45 | Comments (1) | TrackBack

6 juillet 2007

Une capitulation lexicale (2)

Voici un peu plus d'une année, j'avais été effaré par les tentatives de l'Union Européenne d'interdire toute expression officielle liant l'islam et le terrorisme ; ces derniers jours, avec l'application de ces principes par Gordon Brown et son gouvernement à propos des attaques terroristes menées par des musulmans sur sol britannique, cet effarement s'est encore accru. Comment peut-on tenir un discours pareillement lénifiant au public, en parlant "d'usage abusif de l'islam" alors que ce dernier fonde le djihad mis en oeuvre, ou en parlant de "communautés" pour ne pas désigner les musulmans ? Comment ose-t-on prendre les citoyens d'un pays pour des égarés profonds en essayant de leur faire oublier que tous les terroristes ayant attaqué depuis 2005 la Grande-Bretagne sont musulmans et issus de l'immigration ?

Lorsque l'on subit des actes de guerre sur son propre sol, la moindre des choses pour un dirigeant politique serait d'en prendre acte, de les appeler par leur nom et donc de désigner les ennemis qui en sont les auteurs. Surtout quand les ennemis en question ne s'en cachent pas et au contraire redoublent de menaces. Il faut donc un gauchissement stupéfiant des esprits, un aveuglement confondant des élites, pour expliquer une telle autocensure, une telle capitulation lexicale, qui heureusement, à l'ère de l'information immanente et de l'éclatement du sens, n'ont pas une influence décisive...

Posted by Ludovic Monnerat at 23h09 | Comments (71) | TrackBack

5 juillet 2007

RMS : nouveaux billets

Ces derniers jours, le blog collectif de la Revue Militaire Suisse a abordé plusieurs thèmes :

Bonne lecture !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h50 | Comments (1) | TrackBack

3 juillet 2007

Alerte média : La RSR (9)

L'actualité sécuritaire en général et la menace terroriste en particulier ont fait que je participerai demain matin à la prochaine édition du Grand 8 sur RSR La Première, entre 0800 et 0830. Le contraste entre les États-Unis et l'Europe dans les mesures prises face au terrorisme seront au centre des interventions...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h01 | TrackBack

2 juillet 2007

Le terrorisme au quotidien

Or donc, j'étais la semaine dernière à Londres, en pleine passation de pouvoir entre Tony Blair et Gordon Brown, et donc aux premières loges pour assister aux affres d'une nation en proie à une menace terroriste pleinement concrétisée. D'ailleurs, les titres de « peur face au terrorisme » que j'ai pu lire dans la presse continentale avaient bien de la peine à se vérifier au gré de l'humeur égale des Londoniens que j'ai croisés dans le métro et à l'aéroport. Les mesures de sécurité draconiennes prises pour déjouer des attentats, comme les innombrables caméras de surveillance ou les appels constants à la vigilance des passagers, semblent pleinement entrées dans les mÅ“urs.

En fait, pour la petite histoire, je suis passé à l'emplacement exact de la première tentative d'attentat quelques heures avant ce dernier : le logo du club « Tiger Tiger » avait attiré mon regard, et je me suis attardé quelques secondes pour l'observer. Loin de moi l'idée qu'il pouvait s'agir d'une cible potentielle pour des terroristes islamistes, et que l'attaque préparée par ces derniers aurait pu tuer une bonne centaine de personnes, puisqu'une ville regorge de telles cibles. En revanche, il est clair qu'une attaque à la voiture piégée, avec des sous-munitions sous la forme de clous, est presque impossible à déjouer dans un tel environnement dès lors que l'action est déclenchée sans information préalable.

L'échec des attentats de Londres et de Glasgow ne peut cependant guère procurer de soulagement, car les lacunes ainsi soulignées au niveau des préparatifs ne sont pas destinés à durer : les réseaux terroristes islamistes sont des organisations aptes à l'apprentissage malgré leur décentralisation - les attaques du 11 septembre 2001 montrant par exemple les leçons des échecs enregistrés lors du premier attentat du World Trade Center en 1993 (incapacité à produire des dégâts majeurs par manque de puissance explosive) ou lors du détournement raté de l'Airbus d'Air France en 1994 (incapacité à utiliser l'avion comme missile guidé par manque de pilote parmi les terroristes).

Parmi les mesures prises par les services de sécurité britanniques ces derniers jours, les plus importantes sont donc l'acquisition et l'analyse des renseignements afin de pouvoir adapter au plus vite les évaluations en cours sur les capacités d'agir, la volonté d'agir ne faisant hélas guère de doute. Ces attentats manqués de justesse auraient pu faire un carnage aussi bien dans les rues de Londres qu'à l'aéroport de Glasgow, et ainsi avoir des conséquences importantes sur la crédibilité des autorités britanniques comme sur celle de leurs ennemis. Prévoir les prochains modes d'action et se préparer en conséquence devient déjà la réponse à ce nouveau pic d'activité offensive.

En revanche, les terroristes islamistes ne mesurent de toute évidence pas à quel point les attaques de ce type, même manquées, sont contre-productives pour leur cause globale : alors que le nouveau premier ministre Gordon Brown se faisait directement interpeller sur les pertes britanniques en Irak par des médias désireux de faire immédiatement pression, ceux-ci ont été contraints du jour au lendemain de consacrer leurs couvertures à la menace terroriste et donc de relativiser ou même de contredire leur perception des opérations en Irak. Rendre compte de la globalité d'un conflit aboutit en effet à affaiblir toute démarche déconnectée de l'ensemble, comme l'exigence d'un retrait immédiat des troupes d'Irak.

Le terrorisme permet parfois d'éviter la défaite, mais il gagne à être manié de façon ciblée et limitée!

Posted by Ludovic Monnerat at 20h27 | Comments (76) | TrackBack