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21 mars 2006

Travailler avec les Norvégiens

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L'exercice auquel j'ai participé m'a permis de découvrir la Norvège, c'est-à -dire une toute petite partie de ce vaste pays, et surtout de travailler avec les Norvégiens. Ceux-ci sont en effet de longue date membres de l'OTAN, et disposent d'une expérience opérationnelle très étendue, notamment dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak. Pour les officiers suisses, appartenant à un pays membre ni de l'OTAN, ni de l'UE, et dont l'expérience opérationnelle au-delà des frontières est pour le moins restreinte, il était donc intéressant de voir comment fonctionnent des états-majors qui, pour être multinationaux, avaient tout de même une forte ossature norvégienne. Ceci d'autant plus que les locaux utilisés, dans la forteresse de Stavanger, sont également ceux du quartier-général des forces armées norvégiennes, et que nous avons eu accès à plusieurs outils de planification et de commandement que celles-ci utilisent.

Mon expérience personnelle m'a amené à éprouver une grande estime pour les officiers norvégiens : ouverts, travailleurs, amicaux, souvent pince-sans-rire, précis et exigeants, ils ont fait en sorte que la collaboration soit aussi agréable qu'efficace. Avec la forte participation de Suédois et de Finlandais, ces états-majors étaient d'ailleurs largement scandinaves, et les officiers suisses ont de longue date des convergences culturelles qui leur permettent d'être sans autre intégrés à de tels milieux. La seule difficulté est venue du fait que certaines conversations parfois en sont subitement venues à se faire en-dehors de l'anglais, et que la bienséance nous empêcher d'exiger de nos hôtes un retour immédiat à une langue officielle de l'OTAN. Toutefois, ceci n'a pas donné lieu à des dérapages, et il est probable que certaines conversations portaient de toute manière sur des intérêts nationaux.

L'un des traits que j'ai le plus appréciés, chez mes camarades norvégiens, était leur pragmatisme ; face à chaque problème, ils cherchent systématiquement des solutions simples, avec des mécanismes connus de tous, et évitent le perfectionnisme qui fait parfois des états-majors suisses des horloges en constant décalage avec la réalité. Les ordres qui ont été émis autour de moi (j'en ai rédigé quelques uns, parce que la production d'ordres partiels fait partie des tâches d'un centre d'opérations) se limitaient ainsi à l'essentiel, et ne fournissaient des éléments de détail que s'ils étaient absolument nécessaires pour la synchronisation de l'action. Du coup, l'état-major était également capable de réagir plus vite, et donc de créer des conditions plus favorables pour les formations subordonnées. C'est une leçon que je n'ai pas manqué d'emmener et je compte appliquer dans mes prochaines activités de planification, que j'ai repris aujourd'hui après avoir digéré la pile de courriels qui s'est accumulée en mon absence ! :-)

Publié par Ludovic Monnerat le 21 mars 2006 à 19:04

Commentaires

A mon avis, le souci de détails suisse est lié au fait que les soldats ne sont pas professionnels et tout doit leur être prémâcher. La marge de manoeuvre est restreinte. Tu vas là , tu fais ça, tu dis ça, tu tires ça, comme ça et tu reviens par là .
J'ai eu souvent la chance de travailler avec des soldats d'autres armées, ils ont beaucoup plus ce sens professionnel qui les poussent à agir juste et par réflexe, sans qu'on doive tout leur dire...

Publié par dahuvariable le 22 mars 2006 à 8:08

C'est étonnant, Variable, mon expérience personnelle m'a plutôt montré que les soldats suisses faisaient preuve de beaucoup d'indépendance et d'initiative, du moins durant les cours de répétition... Pour ma part, ce souci de détail est avant tout dû à l'absence de sanction opérationnelle, à la virtualité de la plupart des instructions et des planifications ; le verdict du terrain a en principe pour vertu de ramener à l'essentiel.

Publié par Ludovic Monnerat le 22 mars 2006 à 18:33