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19 décembre 2005

La digitalisation de nos vies

Depuis quelques mois, je me suis mis à utiliser MSN Music et à écouter puis à acheter en ligne des morceaux de genres divers. Grâce aux liaisons à large bande, ADSL chez soi ou WiFi en déplacement, le téléchargement de titres musicaux au format MP3 ou WMA est devenu d'une facilité et d'une rapidité déconcertante, et éviter les bousculades des échoppes de CD est tout autant appréciable. Bien entendu, on peut - comme l'un de mes proches - me faire remarquer qu'il est encore plus simple de télécharger des versions pirates sans débourser le moindre franc numérique ; mais un certain fond de morale rend une copie légitime parfois plus satisfaisante. Même si quelques fichiers légaux, somme toute, ne changent pas grand-chose à l'affaire !

Un aspect intéressant de cette consommation en ligne reste la liberté transversale offerte au mélomane numérique : il est possible de faire des recherches très sélectives aussi bien dans les titres les plus récents, au travers des genres, que plusieurs décennies en arrière. C'est ainsi un plaisir particulier que de réécouter des titres qui nous ont frappés voici 15 ou 20 ans, et d'enfin les acquérir si cela n'avait pas pu se faire à l'époque. Quelque part, il y a là comme une manière de compenser de lointaines et menues frustrations, lorsque l'augmentation du pouvoir d'achat et l'accessibilité des magasins en ligne permet de s'offrir ce que l'on avait manqué durant l'adolescence. Ecouter une ancienne chanson de Céline Dion (« Je Danse Dans Ma Tête ») devient un délice pleinement satisfaisant.

Le même phénomène de satisfaction post-adolescent existe avec d'autres espaces culturels, et l'un des plus prisés reste celui des jeux vidéos. Les ordinateurs individuels 8 bits des années 80, tout comme les consoles 16 ou 32 bits des années 90, ont en effet connu des jeux - de rôles, d'aventure et de stratégie surtout - qui sont en soi de véritables univers, et le fait de pouvoir les découvrir ou les retrouver via un émulateur tournant sous Windows tourne parfois à l'enchantement. Un jeu de rôle comme Chrono Trigger sur Super Nintendo, probablement l'un des meilleurs jamais publiés, devient ainsi une histoire interactive absolument merveilleuse, dont le déroulement, les images et les mélodies marquent durablement le cÅ“ur et l'esprit. Et ne prennent qu'une place minime sur un disque dur.

Cette digitalisation peut cependant aussi s'appliquer aux échanges humains. Les lettres et les tirages papier d'autrefois ont été remplacés par les courriels et les images numériques, de sorte qu'au terme d'une relation il peut nous rester quelques centaines de kilo-octets de textes et quelques dizaines de méga-octets d'images. Par rapport à des souvenirs qui immanquablement s'effilochent, ou même que l'on souhaite oublier si l'on a dû constater la fausseté ou la vanité de leur contenu, ces parcelles de données deviennent alors tout ce qu'il reste d'émotions, d'actions ou de paroles entre deux êtres. On peut avoir envie de les garder, à tout hasard, ou au contraire décider de les effacer en quelques clics de souris. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je trouve cette dernière pensée un brin perturbante!

Quoi qu'il en soit, cette digitalisation de nos vies ira aussi loin que la technologie le permettra. Autant en prendre son parti.

Publié par Ludovic Monnerat le 19 décembre 2005 à 9:43

Commentaires

La numérisation est une chance énorme, Ludovic.
Jamais les idées n'auront voyagé aussi vite.

Publié par Ruben le 19 décembre 2005 à 10:23

Les émulateurs Nintendo sous Windows - de quoi faire même d'"Amba Centro" une expérience mémorable! Il faut juste faire en sorte d'être assigné à la centrale d'engagement avec les trois laptops de l'armée... Jouer à Super Mario Bros. version 1986 reste un évènement émouvant!

;-)))

Publié par Sisyphe le 19 décembre 2005 à 11:34

Intéressant.

Dommage qu'il n'y ait pas une ou deux adresses électroniques pour nous mieux faire saliver.

Alex

Publié par Alex le 19 décembre 2005 à 13:08

La numérisation est une chose d'une force incroyable. Et c'est bien pour ça que très bientôt, il en sera fini. La gestion numérique des droits (DRM) force déjà à écouter des morceaux de musiques, pourtant acheté le plus légalement du monde, que sur un seul ordinateur: celui sur lequel l'achat s'est fait (avec parcours du combatant en cas de changement d'ordinateur).

Certains CD ne peuvent plus être lus sur des ordinateurs ou des autoradios (d'ailleurs, ces CD protégés n'ont pas le droit d'arborer le logo 'Compact disc digital audio', car ce ne sont plus des CD. Avec quoi pourrons-nous les lire dans 5 ans? Mystère...). Le CD d'antan était un objet interopérable: on pouvait lire le CD de n'importe quelle maison de disque sur une platine CD de n'importe quelle marque. Aujourd'hui ce n'est plus possible. Impossible par exemple d'écouter un titre acheté chez MSN sur son iPod. Un titre acheté sur iTunes ne peut pas être installé dans un baladeur autre que l'iPod.

Le but ultime: ne plus rien nous vendre, mais tout nous louer: musique, films, etc. La propriété est-elle une valeur dépassée?

Publié par LolZ le 20 décembre 2005 à 2:46

l'avenir:

"la digitalisation de nos envies" ???

Publié par marcu setti le 20 décembre 2005 à 11:46

"la digitalisation de nos envies" ???

Joli ! Je n'y avais pas pensé... :)

Publié par Ludovic Monnerat le 20 décembre 2005 à 20:32

"La propriété est-elle une valeur dépassée?"

Elle l'est partout où il est techniquement possible, et accepté par les consommateurs, de la troquer contre la location. N'importe quel individu préfèrera la perspective d'une rente face à celle d'une simple vente, s'il en a l'occasion.

Publié par Stephane le 21 décembre 2005 à 11:56

Ça dépend évidemment de quel côté on se place :)

Quand les gens auront compris qu'il doivent racheter toutes leurs chansons quand ils passent de l'iPod au Walkman ou du Walkman à l'iPod (voire même juste en changeant de PC), je ne suis pas sûr que ça gonfle la consommation très longtemps.

Certes, pour le moment, ces appareils peuvent encore lire des formats ouverts tel que le .mp3, mais pour combien de temps encore?

Voir un article du StandBlog ou une faq sur tcpa

Publié par LolZ le 21 décembre 2005 à 14:13

Bien sûr, je me situais du côté du vendeur/loueur. Le consommateur lui préfère évidemment acheter plutôt que louer. Mais jusqu'à quand aura-t-il encore le choix?

Publié par Stephane le 21 décembre 2005 à 14:18

pensez-vous pouvoir relire ou revoir des images ou des textes si vous ne les avez pas "moulinés" au gré des version ultérieures? au prix d'un fastidieux travail le super huit est encore "audible " mais la machine n'accepte plus pour certaine la disquette que dire du format ..

Publié par ayernes le 25 décembre 2005 à 20:49