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19 août 2005

L'art de la planification

La planification des opérations est l'essence même de la démarche réunissant tous les éléments nécessaires à l'action armée. Elle peut être menée de deux manières : en réaction face à un événement donné, et donc sous pression de temps avec des servitudes majeures, ou de manière préventive, en imaginant un contexte dans lequel des effets sécuritaires sont nécessaires. La plupart des armées du monde établissent ainsi des scénarios détaillés et réalistes sur la base desquels des planifications d'emploi sont élaborées, adaptées régulièrement, voire entraînées sous la forme d'exercices d'état-major. Un exemple fameux reste la planification de défense de l'Arabie Saoudite effectuée par le Central Command en 1990, et jouée par un wargame alors même que des événements similaires se déroulaient dans le monde réel.

Le produit initial, et donc la base de toutes les réflexions, demeure la contribution des services de renseignements. Les analyses présentées doivent être suffisamment convergentes pour fonder des hypothèses de planification crédibles, et en même temps suffisamment divergentes pour laisser l'espace qui doit revenir à l'incertitude. C'est ensuite que commence le travail de construction, celui qui consiste à trouver une manière d'atteindre l'état final attendu à l'échelon stratégique avec les moyens disponibles et les méthodes autorisées. La conception opérative est un terme qui désigne ainsi la manière de générer une manÅ“uvre ayant un effet décisif sur un centre de gravité donné, en fonction d'actions articulées le long de lignes d'opérations différentes - typiquement, les opérations terrestres, aériennes, maritimes, spéciales et d'information. La créativité nécessaire est d'ailleurs telle que l'on parle volontiers d'art opératif pour désigner ce domaine d'activité.

Le travail ne peut cependant s'arrêter là . L'emploi des forces reste ainsi lié à la maîtrise des domaines dit transversaux, en particulier le renseignement (J2), car les besoins en la matière sont naturellement constants, la logistique (J4) et l'aide au commandement (J6) - ce dernier terme étant assez spécifique aux armées germanophones. Comme l'expliquait Eisenhower durant la Seconde guerre mondiale, un officier de renseignement dit à son commandant ce qu'il doit faire, un officier opérations ce qu'il veut faire et un officier de la logistique ce qu'il peut faire ; pour compléter le propos, un officier de l'aide au commandement dit aujourd'hui ce qu'il peut savoir, un officier conventions et droit - un legal adviser, quoi - ce qu'il n'a pas le droit de faire, un officier faisant office de conseiller politique ce qu'il vaudrait mieux ne pas faire, et un officier presse et médias ce qu'il faut dire et montrer. Sans parler des finances ou d'autres aspects tout aussi réjouissants.

L'art de la planification consiste donc à concevoir une manÅ“uvre développant les effets attendus en intégrant tous les domaines concernés au niveau stratégique et opératif. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les états-majors des formations militaires n'aient cessé de gonfler en taille depuis des décennies, et que leur vitesse de planification n'ait cessé de diminuer d'autant.

Publié par Ludovic Monnerat le 19 août 2005 à 23:47

Commentaires

Dans le cas de l'Iran l'emploi des forces liées à la maîtrise des domaines dit transversaux... on en est où à votre avis ? j'espère que ce n'est pas un mauvais exemple ;-)

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 20 août 2005 à 1:33

Excusez-moi, hors sujet. J'ai lu que le budget de l'armée suisse était de 4 milliards de frs. Le PNB hévétique est de 321,336,241,146.3600 Frs. À 4% (niveau des dépenses militaires américaines), il devrait être de 13 milliards. Bon, ne soyons pas trop exigeants, la Suisse n'a pas les responsabilités globales des USA, je transige donc à un doublement, 8 milliards.
Al, consterné.
(cf l'article assez négatif de la Swiss review, Fliegende blatter que le consulat m'envoie, et qui dit que l'armée doit inventer un nouvel ennemi après la défaite de l'URSS; l'article a des photos assez marrantes de bunkers déguisés en chalets, on s'y croirait).

Publié par al le 20 août 2005 à 1:51

"La plupart des armées du monde établissent ainsi des scénarios détaillés et réalistes sur la base desquels des planifications d'emploi sont élaborées, adaptées régulièrement, voire entraînées sous la forme d'exercices d'état-major."
Ces scénarios sont-ils définis par le pouvoir politique, par les militaires, ou les deux?
Et pour l'armée suisse, quel est le scénario typique sur lequel sont basés les exercices de planification opérative?

Publié par JAG le 20 août 2005 à 14:49

Pour Al.

"J'ai lu que le budget de l'armée suisse était de 4 milliards de frs."

Ce budget ne tient pas compte de nombreux d'éléments, comme la rémunération des troupes, etc. Il est beaucoup plus important en réalité :)

Et le PIB de la Suisse ne signifie rien, parce que basé notamment sur des éléments défiscalisés :)


Pour JAG
"Et pour l'armée suisse, quel est le scénario typique sur lequel sont basés les exercices de planification opérative?"

Tu espères vraiment une réponse ?

Publié par X. le 20 août 2005 à 16:42

Bon, alors quels sont les chiffres réels dans les deux cas (PIB et budget de l'armée)?

Publié par al le 20 août 2005 à 18:46

"Bon, alors quels sont les chiffres réels dans les deux cas (PIB et budget de l'armée)?"

Je ne suis pas le 111. Je veux bien faire des efforts mais il y a quand même une limite.

Publié par X. le 20 août 2005 à 19:05

La critique est facile, l'art difficile?

Publié par al le 20 août 2005 à 19:38

Bizarre, selon la CIA, la Suisse ne consacre que 1% de son PNB à la Défense :

http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/geos/sz.html

Publié par Frédéric le 20 août 2005 à 19:55

Est ce que le PIB et le depense de defense de la Suisse, on compte aussi l'argent "sale"?

Publié par XYZTHGRF le 21 août 2005 à 17:59

Cela n'a pas de rapport direct avec la planification mais bon...
J'aimerais avoir des informations supplémentaires sur les nouvelles doctrines/equipements et entrainements (en zone urbaine en particulier) des grenadiers/fusilers sous armée XXI ainsi que sur cet mystérieux détachement 10.
Je n'ai en effet rien trouvé de très riche dans la RMS ou l'AMZ sur ces sujets et encore moins sur le site du DDPS.
Donc si c'est pas classifié ou confidentiel,j'aurai bcp de plaisir à vous lire sur ces sujets.
Encore bravo pour le site et le blog !

Publié par crys le 22 août 2005 à 17:27

Pour XYZTHGRF (c'est beau, les pseudos...) : tout le monde que la Suisse est le pays de la propreté, et le budget militaire n'y fait pas exception... :)

Pour crys : voici deux liens certainement utiles.

http://www.heer.vbs.admin.ch/internet/heer/fr/home/lvbinfanterie/kompzen/grenkdo1/armee/download.Par.0001.DownloadFile.tmp/Flyer%20DRA%20-%20f.pdf

http://www.heer.vbs.admin.ch/internet/heer/fr/home/lvbinfanterie/schulen/grens4.html

Publié par Ludovic Monnerat le 22 août 2005 à 21:27