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31 août 2005

Calme comme une bombe

Le titre est accrocheur, le contenu l'est aussi : tel est le blog qu'un ami vient d'ouvrir! Je vous le conseille chaudement. Même si l'auteur est contraint, vu les immenses responsabilités qui lui incombent, de conserver un anonymat de bon aloi... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h52 | Comments (7) | TrackBack

Une fragile civilisation

Les comptes-rendus de la situation à la Nouvelle-Orléans, avec ses inondations et ses pillages, rappellent la fragilité de la civilisation lorsque des événements extraordinaires la font trembler sur ses bases. De tels développements ne sont pas surprenants : en 1992, les inondations survenues à Brigue avaient également rendu nécessaire l'engagement de l'armée pour empêcher les pillages et protéger les habitations évacuées. Les crises ont ainsi la faculté de révéler le meilleur et le pire en nous, la solidarité comme l'égoïsme, la grandeur comme la bassesse. Et la dépendance sans cesse accrue des sociétés occidentales envers des infrastructures et des technologies critiques ne fait que renforcer le choc de l'anormalité, et donc l'importance de la résilience humaine.

La crise de confiance en tous les bienfaits supposés de la civilisation est à mon sens l'une des tendances de notre époque. Lorsqu'un arbre tombant sur une ligne électrique suffit à provoquer en cascade une coupure générale de l'électricité, lorsqu'une panne mineure des chemins de fer suffit à bloquer tout le trafic pendant des heures, ou lorsqu'un dysfonctionnement informatique déconnecte les téléphones portables de toute une région, un sentiment d'impuissance et de détresse est presque inévitable. Qui peut aujourd'hui s'imaginer vivre durablement sans l'environnement high tech que nous en sommes venus à considérer comme allant de soi ? Quelles sont les conséquences de la dépendance lorsque nos besoins ne peuvent être satisfaits ?

En étant un brin sentencieux, on pourrait dire que le matérialisme dans lequel nous baignons porte en lui les ferments de notre fragilité ; que l'envie impérieuse d'avoir, savamment magnifiée par la séduction de la publicité, est une manière commode de combler nos propres manques - et donc une illusion que les situations extraordinaires révèlent brutalement. C'est probablement ce renvoi à nous-mêmes, à ceux que nous sommes vraiment, qui est le plus impressionnant dans les catastrophes naturelles. Pas étonnant dans ce contexte que l'ordre et la normalité imposés par les normes et les institutions ne tardent pas à s'effondrer.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h54 | Comments (23) | TrackBack

Alerte média : Radio Courtoisie

A l'invitation de François Guillaumat, je suis invité aujourd'hui à m'exprimer entre 1200 et 1330 sur les ondes de Radio Courtoisie, pour parler de différents thèmes stratégiques, avec un accent plus particulier sur la Chine. Il devrait être possible d'écouter l'émission en direct ici, avec deux rediffusions : de 1600 à 1730, et de minuit à 0130. Evidemment, je serai au téléphone, et j'espère que la qualité du son sera suffisante...

Posted by Ludovic Monnerat at 10h15 | Comments (6) | TrackBack

30 août 2005

Des retraits et des bombes

Il n'aura fallu attendre que quelques jours après le retrait israélien de la bande de Gaza pour voir un nouvel attentat suicide être commis par un groupe terroriste palestinien, alors que plusieurs tentatives ont parallèlement été contrecarrées. En d'autres termes, ce démantèlement des colonies n'a eu aucune influence sur la détermination des extrémistes, mis à part celle de temporairement les encourager, et ne constitue dès lors qu'une étape de plus dans ce conflit. Les autorités israéliennes ont d'ailleurs décidé d'accélérer la construction de la barrière de sécurité au sud du pays, afin d'atteindre un rythme de 5 km par semaine, puisque le terroriste qui s'est fait exploser près de la gare routière de Beersheva était une fois encore entré sur territoire israélien à un endroit qui en était dépourvu.

Une perspective intéressante sur la manÅ“uvre israélienne, qui complète mes réflexions sur l'amputation stratégique, est celle avancée par Mark Steyn (trouvé via Swissroll) : répondre aux demandes des Palestiniens est la meilleure manière de démontrer leur incapacité à les assumer. Dans ce sens, l'évolution de la bande de Gaza pourrait être un argument de poids aux yeux de la communauté internationale - si tant est que cette dernière soit encore accessible aux arguments : la talibanisation de cette portion de terrain soulignerait le caractère islamiste des groupes terroristes palestiniens et permettrait d'insérer la posture guerrière d'Israël dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamiste. Une chose que l'Etat juif recherche en vain depuis le 11 septembre, malgré le nombre d'attentats subis.

Cette manÅ“uvre, qui rappelle le sacrifice d'une pièce aux échecs pour obtenir une position générale plus favorable, peut naturellement dégénérer si la bande de Gaza devient suffisamment dangereuse pour que des raids répétés, voire un retour durable de Tsahal, soient nécessaires. Ce d'autant plus que l'abandon des colonies a fait perdre aux militaires israéliens des bases de départ idéales pour les raids qu'ils ont pris l'habitude de mener depuis plus de 3 ans. Car si la pénétration de terroristes depuis Gaza sera encore rendue plus difficile que par le passé, la liberté d'action croissante des groupes terroristes peut favoriser des attaques utilisant des modes opératoires différents, à commencer par les projectiles sol-sol. Une détérioration des conditions de sécurité signifierait immanquablement l'échec de la politique d'Ariel Sharon.

Cette éventualité reste cependant hypothétique, tant la mobilisation de la société israélienne et l'optimisation de ses forces armées ont permis de contrer l'offensive terroriste palestinienne déclenchée voici presque 5 ans. Là encore, une mise en coupe réglée de la bande de Gaza par le Hamas et le Djihad islamique contribuerait à maintenir cette mobilisation, à désigner un ennemi reconnu. Quoi qu'il en soit, le conflit va se poursuivre.

COMPLEMENT I (30.8 1845) : Je conseille la lecture de cette remarquable analyse sur la signification du retrait de Gaza et sur l'inéluctabilité du conflit.

Posted by Ludovic Monnerat at 12h53 | Comments (51) | TrackBack

Coopération France - USA

Un article sur le site de la chaîne conservatrice Fox News rappelle une réalité souvent sous-estimée de part et d'autre de l'Atlantique : la France collabore étroitement avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme islamiste, et notamment sur le plan militaire en Afghanistan. Le leadership américain ne pose apparemment pas de problème :

"It's France's wish to show that we are cooperating in the fight against terror and in support of you in Afghanistan," said French Air Force Col. Gilles Michel, who oversees his country's air force role in the theater. "We told the Americans, 'If you need some assets, we will provide them.'"
[...]
France's current deployment is its largest since the Afghan campaign's early days, Michel said from Afghanistan's Bagram air base. It includes some 500 French pilots, air controllers and ground crew who arrived this month at U.S.-operated bases in Afghanistan, Tajikistan, Kyrgyzstan and Qatar.
[...]
None of the six Mirage 2000 pilots flying close air support for U.S. ground troops have dropped bombs since they started flying eight to 10 weekly missions Aug. 16, each time spending about three hours over Afghanistan.
"We remind the bad guys that they might get a bomb on the head if they're not careful," warned Michel, who is an old hand at joint missions with the U.S. military, flying a French fighter in the 1991 Gulf War and in NATO-led operations in Bosnia and Kosovo.

A mon sens, la présence de 200 membres du Commandement des opérations spéciales est cependant bien plus significative que les avions de combat et d'appui ainsi que les navires mis en exergue dans cet article.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h30 | Comments (8) | TrackBack

29 août 2005

La capitale et les eaux

BerneAar.JPG

L'image ci-dessus a été prise voici une semaine, vers 1800, depuis le pont situé près de la fosse aux ours à Berne (merci à l'un de mes excellents camarades pour m'avoir autorisé à la mettre en ligne ; s'il désire un brin de publicité, je la lui fais immédiatement) [en fait, comme signalé ci-dessous, le pont de Kirchenfeld]. Elle montre à quel point l'Aar a pu sortir de son lit, et illustre assez bien l'ampleur parfois surprenante des inondations subies dans le pays en général et dans le canton de Berne en particulier, y compris dans des zones a priori peu susceptibles d'être touchées. De quoi méditer sur la violence de la nature, qui amène les hommes à relativiser la leur...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h54 | Comments (8) | TrackBack

La constitution irakienne (bis)

Le Figaro a publié un résumé des principaux points de la Constitution irakienne adoptée ce week-end. Un document surprenant par son caractère ouvert, fédéral et libéral, mais dont l'application sera certainement une autre affaire. Extrait :

«Le régime irakien est un régime républicain, fédéral, démocratique et pluraliste».
«L'Irak est un pays multinational, multiconfessionnel et multiculturel. Il fait partie du monde musulman et ses Arabes font partie de la Nation arabe».
«La liberté religieuse et le libre exercice du culte sont reconnus (...)»
«L'islam est la religion de l'Etat et une source principale de la loi».
«L'Etat fédéral de la République d'Irak est composé d'une capitale, de régions, de gouvernorats décentralisés et de collectivités territoriales».
«La Constitution reconnaît, une fois adoptée, la région du Kurdistan».
«Les gouvernements régionaux ont le droit d'exercer le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, hormis les compétences exclusives reconnues aux autorités fédérales».

Est-ce que ce document fera date dans l'histoire du Moyen-Orient et dans la lutte des idées qui est actuellement livrée? Le référendum du 15 octobre prochain sera certainement une bonne indication dans ce sens.

Posted by Ludovic Monnerat at 7h55 | Comments (22) | TrackBack

28 août 2005

Au bord des pâturages

ChevauxBellelay.jpg

Les chevaux sont l'un des symboles bien connus du Jura. Ces quelques spécimens ont été aperçus au loin lors d'une ballade en vélo qui m'a mené du côté de Bellelay. Une bien belle perspective que de rencontrer ces nobles et fiers animaux, même si j'étais un brin indisposé à leur endroit par le souvenir du steak de cheval que j'ai vivement englouti au repas de midi... De quoi faire hurler les défenseurs de la gent chevaline! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 19h41 | Comments (3) | TrackBack

Un convoi militaire

ConvoiArmee.jpg

Alors que la polémique sur la vente de 180 M-113 à l'Irak a été discutée ci-dessous, et rebondit également dans la presse dominicale, voici une image d'un convoi militaire que j'ai croisé vendredi à Granges Nord. On y voit précisément des M-113 de l'armée suisse, en l'occurrence des chars lance-mines 64/91, dans un convoi qui comptait 18 exemplaires de cet engin, 4 véhicules de transport chenillés 68 (sur châssis M-113) et 2 véhicules pour commandants de tir 00 Eagle en plus de quelques véhicules légers à roues (je l'ai machinalement jaugé). Un train probablement destiné à une école ou un cours de reconversion en direction de Bure...

Posted by Ludovic Monnerat at 15h28 | Comments (11) | TrackBack

27 août 2005

Irak : la main invisible

Un sondage récemment publié aux Etats-Unis sur la guerre en Irak met en évidence un phénomène qui m'intéresse depuis le début de l'opération Iraqi Freedom : le rôle des soldats invidivuels dans la perception du conflit au sein de l'opinion publique. Les chiffres annoncés montrent en effet une différence significative :

A solid majority of those who did not know anyone in Iraq said they thought the war was a mistake, 61 percent, compared to 36 percent who thought it was the right decision. Those who had a relative or friend there were almost evenly split, 49 percent right decision, 47 percent mistake.
After Ted Chittum of Bourbon, Ind., had a chance to talk at length with his cousin who served in Iraq, he said he got a different picture of what was going on in the country.
"He talked about all the good things that are going on," said Chittum, a school superintendent and a political independent who supports the war effort. "Schools are opening up. The people are friendly, wanting our help. You get a whole different spin from what you get on television."
Those who know someone serving in Iraq were more likely to approve of the Bush administration's conduct of the war _ 44 percent, compared to 37 percent overall.
"From most of the information I get, the people over there fighting basically are proud to be there and feel they're doing something good," said Sally Dowling, a bank employee from Mesa, Ariz., who said her boss's son is serving in Iraq. "That brings it home more than if I didn't know anybody."
[...]
Overall attitudes about the war _ while negative _ haven't changed dramatically through the summer. A solid majority, 60 percent, want U.S. troops to stick it out until Iraq is stable.

Le phénomène en jeu est le suivant : avec la disponibilité des connexions Internet, des appareils photo numériques et des téléphones cellulaires, il est désormais possible aux soldats déployés sur un théâtre d'opérations lointain comme l'Irak de maintenir le contact avec leurs proches et de leur faire parvenir des informations sur ce qu'ils vivent, font, voient et entendent par la voix, par l'écrit (e-mail, blogs) et par l'image. Le sociologue américain Charles Moskos a montré en 2004 qu'un tiers des soldats US déployés en Irak utilisent l'Internet une fois par jour, et un autre tiers une fois par semaine ; compte tenu de l'amélioration des conditions de logement au fil des rotations, ces chiffres sont probablement plus grands aujourd'hui. Avec pour conséquence un flux d'informations constant qui touche de façon inégale la population américaine.

J'aime à représenter cette libéralisation de l'information en conflit comme une sorte de main invisible qui vient corriger les déséquilibres dus à la focalisation économique et idéologique des médias traditionnels. Les soldats déployés en Irak ont une perspective souvent réduite et se contentent d'expliquer ce dont ils sont témoins ou acteurs. Mais la crédibilité de leurs récits pour leurs proches, et pour les proches de leurs proches (les e-mails en chaîne sont légion), est bien supérieure à celle des porte-paroles gouvernementaux ou à celle des journalistes professionnels. Et cette multiplication d'inputs positifs sur la situation en Irak, avec une perspective inaccessible au grand public (à l'exception des internautes connaissant Chrenkoff), explique en grande partie la différence d'opinion indiquée par le sondage.

Il convient naturellement de relativiser ce dernier : les proches des militaires déployés ont également plus de chances d'être républicains et pro-Bush que ceux ne connaissant personne en Irak. Malgré cela, le phénomène me paraît ici de première importance dans la guerre du sens, dans la lutte pour le soutien des opinions publiques.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h26 | Comments (15) | TrackBack

26 août 2005

Souvenir de vacances

LacMoiry.jpg

Le lac artificiel de Moiry constitue un décor de choix pour une petite randonnée tranquille. Une excellente manière de se creuser l'estomac pour ensuite déguster une fondue dans le restaurant sis au bord du barrage! Et comme il est bon de ne pas laisser les souvenirs lentement se flétrir, comme la distance et le silence les y condamnent, mon meilleur ami et moi avons décidé hier d'y retourner en automne ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h19 | Comments (4) | TrackBack

La constitution irakienne

Le texte de la constitution irakienne a fait l'objet de nombreux commentaires, laudateurs ou critiques, dans la presse occidentale. Même si ce document n'a toujours pas été adopté, j'ai trouvé pertinente aujourd'hui l'analyse qu'en fait Amir Taheri sous l'angle de la "colère des sunnites" et de la "dérive islamiste". Extrait :

THE Iraqi draft is not ideal. It won't turn Iraq into the Switzerland of the Middle East overnight. It includes articles that one could not accept without holding one's nose. But the fact remains that this is still the most democratic constitution offered to any Muslim nation so far.
And the people of Iraq have the chance to reject it if they feel it doesn't reflect their wishes. That, too, is a chance that few Muslim nations have enjoyed.

Une vision qui permet de dépasser en grande partie les a priori occidentaux et mieux mesurer les innovations que véhicule ce texte.

COMPLEMENT I (26.8 2015) : J'avais subtilement oublié le lien vers l'analyse en question, parue dans le New York Post... merci à al pour me l'avoir signalé! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 13h10 | Comments (15) | TrackBack

25 août 2005

L'armée à la rescousse

Les inondations subies cette semaine en Suisse ont amené l'armée à être engagée en urgence, avec environ 1000 soldats et 11 hélicoptères, au profit des autorités civiles cantonales et municipales. Une soixantaine de demandes ont été émises par les cantons, et presque toutes ont pu être satisfaites. L'existence d'une compagnie de sauvetage composée de soldats en service long, issue de la réforme Armée XXI, a démontré son utilité puisque celle-ci a pu être mise en oeuvre en quelques heures et fournir des contributions de première qualité. De quoi donner aux militaires la satisfaction de constamment répondre aux crises que traverse le pays...

Il faut cependant souligner que cela ne dépend pas du hasard, et suppose notamment une formation adaptée. A titre d'exemple, je peux citer un exercice d'une journée que j'ai fait l'an dernier durant mon stage de formation d'état-major général III, en partenariat avec les différents services d'urgence (on parle de "blaulicht Organisationen" en allemand) du canton de Lucerne. Il s'agissait de simuler une situation d'inondations graves dans cette région, d'une ampleur encore supérieure à celle vécue aujourd'hui, et d'apprendre puis d'appliquer les principes de la collaboration entre forces civiles et militaires. Durant cet exercice, nous avons ainsi été amenés à planifier le déploiement de plusieurs milliers de soldats, stationnés dans toute la Suisse, pour contribuer à la sauvegarde des conditions d'existence autour de Lucerne.

Cette journée, qui comprenait également une présentation - matériel compris - de tous les services impliqués (y compris la compagnie de sauvetage susmentionnée), a montré que la structure de commandement lucernoise était particulièrement efficace : lorsqu'une situation grave se présente, un officier spécialement formé (issu généralement des pompiers) est nommé responsable de l'engagement ("Katastropheneinsatzleiter", KEL) et commande tous les moyens déployés - police, pompiers, sanitaires, militaires, etc. Un état-major ad hoc est constitué autour de lui, avec des représentants de ces éléments, jusqu'à ce que la situation redevienne normale. Une flexibilité qui s'accorde parfaitement avec les principes de fonctionnement de l'armée, et qui autorise une collaboration sans faille.

L'engagement de l'armée à l'intérieur du pays est vraiment une chose maîtrisée en Suisse. Dommage qu'il faille des intempéries quasi diluviennes pour le rappeler.

PS : Comment dit-on "cocorico" en schwytzerdütsch ? :)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h16 | Comments (6) | TrackBack

La polémique des M-113

Le Conseil fédéral a décidé hier de suspendre la vente de 180 chars M-113 à destination de l'Irak via les Emirats Arabes Unis ; cette annonce fait suite à de très fortes pressions exercées depuis les deux extrémités du spectre politique contre cette transaction. On notera au passage que la vente de 736 M-113 au Pakistan est maintenue, ce qui reste l'essentiel pour l'armée et ses liquidations en cours. Mais les arguments avancés hier, cette absence de garantie que le Gouvernement irakien aurait dû fournir, montre que la situation sur place n'a pas été prise en compte : que ces chars sont employés par l'armée, par la police ou par les garde-frontières irakiens, ils auraient de toute manière servi à combattre la guérilla. Et c'est bien dans ce sens, dans ce soutien à un Etat nouveau et fragile, que l'ONU avait lancé un appel à fournir des aides analogues.

La principale raison helvétique, et apparemment celle qui motive le DFAE, semble donc être le fait que soutenir le Gouvernement irakien mis en place grâce une opération militaire conduite par les Etats-Unis revient quelque part à avaliser celle-ci, ou du moins à lui reconnaître des aspects positifs. L'invocation de la neutralité pour un conflit qui n'oppose pas plusieurs Etats, en tout cas ouvertement, n'est pas un argument valable et ne reflète que l'isolationnisme propagé par la droite nationaliste. Je pense donc, mais je peux bien entendu me tromper, qu'un blocage idéologique est à la base de la décision annoncée hier, que les esprits restent polarisés presque 2 ans et demi après l'invasion de l'Irak. Ces 180 chars auraient certainement fourni un appui bienvenu aux forces de sécurité irakiennes, mais la légitimité qu'aurait impliqué leur vente aurait pris la forme d'un reniement inacceptable.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h46 | Comments (10) | TrackBack

24 août 2005

Une lutte d'espèces

Cette colonne d'Austin Bay sur les activités de la Combined Joint Task Force (en langage militaire suisse romand : force de circonstance interforces et multinationale) sous commandement américain déployée dans la Corne de l'Afrique est intéressante à bien des égards. Elle montre la préoccupation du Pentagone de ne pas laisser de vide stratégique à la mouvance islamiste, de produire un effet d'interdiction par la présence d'un contingent réduit mais polyvalent, d'exercer également une certaine dissuasion par le doute entretenu sur les activités et les capacités de ce contingent. Cependant, le point le plus important me semble le fait que la plupart des efforts déployés par les Etats-Unis avec ces activités militaires, dans cette région comme dans plusieurs autres, consiste à préserver et renforcer les nations qui y existent.

Il faut se rendre à l'évidence : nous sommes entrés de plain pied dans une époque où les Etats, menacés dans leur intégrité notamment par la fragmentation identitaire, par l'essor des espaces virtuels et par le naufrage budgétaire, sont obligés de venir au secours les uns des autres. A commencer par le plus puissant d'entre eux. En prenant du recul, on peut ainsi voir une gigantesque lutte se dérouler sur tous les continents entre les Etats-nations et d'autres espèces sociétales, qui d'ailleurs prend souvent l'apparence d'une lutte entre l'ordre et le chaos. Et les organisations nationales comme internationales ont naturellement tendance à défendre leurs pairs, à garantir leur existence par des mesures sécuritaires ou financières, voire même à créer de nouveaux Etats-nations là où leurs prédécesseurs se sont effondrés. La multiplication des missions onusiennes symbolise ce phénomène.

En soi, pour le citoyen que je suis, faire des efforts pour la survie des Etats sous leur forme actuelle relève de l'évidence ; une armée n'aurait d'ailleurs guère de sens ou de légitimité sans un territoire à protéger, sans une population à défendre. Il ne faut pas toutefois une créativité débridée pour imaginer d'autres identités (encartées ou non), d'autres appartenances, d'autres loyautés. Aujourd'hui déjà , une entreprise privée, un réseau criminel ou une mouvance idéologique qui offrent des services quasi étatiques, dans des domaines tels que la santé, l'éducation, le logement, le sport ou l'emploi, ont certainement bien plus de légitimité et d'influence que des Etats instables et corrompus. L'essor du Hezbollah au Liban ou du Hamas dans les territoires palestiniens sont à cet égard des exemples aussi intéressants qu'inquiétants. Est-ce là une perspective d'avenir, un augure des structures sociétales de demain ?

Vaste question, à laquelle je ne tenterai pas ici de répondre. Ce qui me paraît en revanche certain, c'est que la construction ou la préservation des nations n'est pas obligatoirement l'unique voie vers la paix, la prospérité et la stabilité - même si nous avons tendance à le croire instinctivement.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h06 | Comments (5) | TrackBack

De l'amputation stratégique

Les médecins des armées pratiquent depuis des siècles les amputations du champ de bataille, afin de prévenir une généralisation des infections contractées par les membres blessés. Cette pratique connaît quelque part son pendant stratégique lorsqu'une nation décide d'abandonner des territoires - voire des populations - qui mettent en danger la cohésion ou la survie de l'ensemble, ou qui plus simplement créent plus de problèmes que d'avantages. Je pense ici naturellement à l'évacuation des colonies qui se produit en Israël, et qui n'a pas mené à la guerre civile parfois brandie comme un épouvantail, et plus généralement au processus de décolonisation qui a amené les Etats occidentaux à abandonner même des territoires qu'elles considéraient comme faisant partie intégrante d'eux-mêmes, à l'exemple de l'Algérie pour la France.

Le processus décisionnel qui aboutit à de telles amputations territoriales est ainsi douloureux, sujet à maints tiraillements et déchirements au sein des dirigeants comme de la population. Les arguments qui l'emportent sont généralement de nature économique et politique, face à des résistances identitaires ou affectives, et font en quelque sorte le bilan de la situation. L'évacuation de la bande de Gaza est un exemple typique de décision difficile dont les effets à terme peuvent largement compenser ceux à court terme, en fonction de l'évaluation d'une situation donnée. En même temps, ce raisonnement de préservation - tellement fréquent dans le monde économique - est aussi une manière de minimiser les risques, de renoncer à un pari sur l'avenir, de se replier sur des acquis. De mettre un terme au mouvement et aux fluctuations.

Renoncer à une portion de territoire ou à une part de marché ne sont toutefois pas deux choses équivalentes, car la première abrite généralement des populations. Et c'est dans ce sens que l'amputation stratégique est un phénomène en mutation : dans la mesure où les identités sont de moins en moins définies par l'emplacement géographique, et de plus en plus par les idées ou les valeurs (le cas israélo-palestinien restant un contre-exemple extrême), ces renonciations à des territoires entiers perdent progressivement leur sens. A l'exception des ressources naturelles - ou des symboles spirituels - qu'il abrite, le sol n'est plus le point focal des intérêts. Puisque la colonisation des esprits a progressivement supplanté celle des terres, c'est bien dans cet espace-là que la renonciation ou l'expansion deviennent décisives.

Un exemple frappant de cette mutation est la volonté de créer des chaînes de télévisions susceptibles de contrebalancer la domination anglophone sur les médias audiovisuels planétaires, avec les cas Al-Jazeera ou plus récemment Telesur. A contrario, la décision de renoncer à swissinfo - héritage de l'information vers les Suisses de l'extérieur - est une véritable amputation stratégique pour un petit Etat comme la Suisse, à ceci près que les arguments économiques invoqués ont certainement été surévalués par rapport à d'autres facteurs. Il manque bien entendu une carte de l'espace sémantique pour tracer les contours des territoires fluctuants et incertains que tracent les médias, mais l'importance de cet espace ne saurait être mise en doute.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h32 | Comments (4) | TrackBack

23 août 2005

Irak : la résilience US

Un texte de l'analyste américain Ralph Peters, paru dans le New York Post d'aujourd'hui, se penche sur un phénomène intéressant : les taux parfois records de rétention au sein des grandes unités de l'US Army déployées en Irak ainsi que dans le reste de ce service. Alors que le recrutement dans l'US Army reste difficile, ces pourcentages de réengagements sont un indice probant de la cohésion et de la motivation des troupes. Et selon Peters, le patriotisme en est une cause majeure :

Guess we have to face it: Patriotism is alive and well. Soldiers believe in the Army, and they believe in their missions in Iraq and Afghanistan. They love their comrades, too. And yes, the word is "love." They would die for the man or woman serving beside them. They're risking their lives to save a broken state, to give tens of millions of human beings a chance at decent lives, to do the grim work that no one else in the world is willing to do.

Au-delà du plaidoyer auquel se livre cet ancien officier du renseignement, cet extrait rappelle que les valeurs forment la base des armées et de la vie militaire, et que les pires épreuves peuvent être surmontées si ces valeurs demeurent intactes. En Irak, les unités US sont confrontées à un conflit de basse intensité dans lequel la confusion, l'incertitude et l'instabilité atteignent un très haut degré. Le fait que les femmes et les hommes qui y servent acceptent nettement de poursuivre leur carrière, et donc de retourner à brève échéance dans le même pays, est la marque d'une institution portée par des valeurs solides.

Si l'on se rappelle les difficultés de l'US Army dans les années 90 à conserver la notion-même de valeur, cela en dit long sur l'importance respective des préparatifs matériels et spirituels au sein des armées.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h41 | Comments (9) | TrackBack

22 août 2005

Une carte plutôt désirée

Le mardi 9 août dernier, j'ai acheté au Swisscom Shop de Lausanne une carte Mobile Unlimited en version EDGE. Il s'agit a priori de la meilleure solution pour avoir une connexion utilisable dans la plupart des endroits habités du pays (et même inhabités : je me suis rendu compte durant mes vacances que le col de Torrent bénéficiait d'une couverture réseau parfaite! J'en ai d'ailleurs profité pour narguer un personnage fort travailleur de mes amis et resté à Berne...). Après quelques essais pratiques, montrant un débit oscillant entre 8 et 20 Ko/secondes avec la norme EDGE, cela semble se confirmer. L'abonnement de 1 giga-octet par mois à 79 francs est un brin coûteux, mais cela dépend des besoins.

En revanche, les services de Swisscom semblent nettement moins bons que leurs équipements. Normalement, l'enregistrement de la carte aurait dû se faire en l'espace de 24 heures. Après quelques jours, comme rien ne fonctionnait, j'ai appelé la hotline pour savoir ce qu'il en était ; et apparemment, le contrat que j'avais signé au magasin n'avait jamais été répertorié. J'ai donc dû faxer une copie du contrat et patienter quelques jours de plus ; après 10 jours, ne voyant toujours rien venir, j'ai une 2e fois faxé ce satané contrat, à une personne différente cette fois. Et ce matin, j'ai appris que le fax n'était jamais parvenu à son destinaire - alors que j'avais la quittance de l'envoi - si bien que j'ai dû m'y reprendre une 3e fois pour faire enregistrer la carte SIM et accéder au réseau.

Franchement, peut mieux faire serait un jugement exagérément tolérant...

Posted by Ludovic Monnerat at 21h44 | Comments (4) | TrackBack

Vers un axe anti-américain

La Chine, l'Iran, la Russie et le Vénézuela sont-ils en train de former un axe stratégique anti-américain? C'est ce qu'avance Emmanuel sur son blog La politique arabe de la France, avec à l'appui plusieurs arguments : le rapprochement militaire sino-russe, la coopération nucléaire russo-iranienne ou encore les avantages pétroliers accordés par le Vénézuela aux trois autres pays montrent très clairement une évolution dont Washington fait au moins partiellement les frais, sur un mode conflictuel ou concurrentiel. Et les ambitions de lutte anti-américaine ouvertement affichées par Téhéran et Caracas ne font que renforcer cette analyse.

On peut cependant aussi voir dans cet alignement une conjonction ponctuelle d'intérêts à court terme et l'action opportuniste de puissances régionales désireuses de promouvoir leurs intérêts avant tout, quitte à s'appuyer sur des régimes autocratiques fragiles qui sont en lutte directe avec les Etats-Unis. L'expansion économique de la Chine et le redressement de la Russie ne sont en effet pas dirigés contre ceux-ci, mais visent bel et bien à perpétuer des Etats dont la cohésion et l'équilibre internes sont menacés par une transformation rapide. En d'autres termes, Pékin et Moscou ne voient certainement pas d'un mauvais oeil le fait de bénéficier des oppositions suscitées ou expliquées par la politique étrangère américaine, mais cela n'ira pas jusqu'à s'y opposer de front.

L'hyperactivité de Washington depuis le 11 septembre et son engagement toujours plus marqué dans les points chauds du globe devaient fort logiquement susciter des résistances, tout comme la force de l'idéal démocratique propagé sous l'égide de la bannière étoilée. L'axe anti-américain qui se dessine depuis quelques temps n'a cependant pas la force d'un bloc capable de s'opposer efficacement et durablement, ne serait-ce que parce que les Etats-Unis ont renforcé plusieurs alliances stratégiques ces dernières années, notamment en Asie. Du moins à mon avis...

Posted by Ludovic Monnerat at 12h58 | Comments (50) | TrackBack

21 août 2005

La flotte de haute mer

Le Matin a consacré aujourd'hui un article à la flotte suisse de haute mer, un domaine assez peu connu de l'activité économique du pays - ce qui est plutôt logique compte tenu de la situation maritime un brin particulière du pays. En fait, 25 navires battant pavillon suisse sillonnent les mers en permanence, et la moitié d'entre eux sont de grands bâtiments, porte-containers notamment, qui dépassent les 200 mètres de longueur. Ils sont la propriété d'armateurs privés, mais leur financement dépend également de la Confédération, car ils jouent un rôle dans l'approvisionnement économique du pays. C'est pourtant le Département fédéral des affaires étrangères qui en assure la responsabilité au niveau étatique.

L'initiative consistant à créer une flotte de navires helvétiques est une conséquence de la Seconde guerre mondiale, et de la difficulté pour un pays largement privé de ressources naturelles d'assurer la livraison des matières nécessaires au fonctionnement de son économie. Ainsi, si les navires suisses sont armés et déployés par des compagnies privées suisses, celles-ci ont l'obligation en cas de crise grave ou de guerre de suivre les directives données par l'administration fédérale afin de servir les intérêts du pays. Une dimension assez intéressante, si l'on rappelle que la Suisse importe chaque année 40% des denrées alimentaires consommées au pays et 100% des carburants d'origine fossile!

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20 août 2005

Armée et extrême-droite

Un événement rare est survenu cette semaine : le licenciement administratif de 4 militaires, 2 sous-officiers et 2 recrues de l'école de grenadiers 4, pour un délit d'opinion, en l'occurrence une suspicion d'extrémisme de droite. Etant au Tessin cette semaine, j'en ai entendu parler à plusieurs reprises, et ce cas mérite un brin de réflexion. Même si le licenciement administratif est une méthode parfaitement légale pour régler promptement des problèmes qui ne peuvent immédiatement être traités par une enquête disciplinaire, le fait de punir des jeunes hommes pour ce qu'ils pensent est assez discutable. Surtout lorsque des opposants à l'armée ayant des idées d'extrême-gauche ne sont pas inquiétés dans les rangs.

Il va de soi que tout extrémisme politique n'a aucune place dans une armée nationale, qui plus est une armée citoyenne. L'institution militaire est un outil au service du pouvoir politique et de la population, et non un espace autorisant la diffusion d'idées contraires aux valeurs prônées par les règlements de l'armée. Ceci étant, il existe tout de même un malaise à se dire que des soldats puissent être sanctionnés pour leurs idées, pour autant naturellement que leurs actes n'aient jamais visé à appliquer ou à diffuser celles-ci. Ainsi, la lutte contre l'extrême-droite menée depuis des années au sein de l'armée ne fait pas partie d'une démarche d'ensemble visant à éduquer les jeunes gens et à combattre les idées inacceptables. Voilà qui me laisse un brin songeur...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h41 | Comments (18) | TrackBack

19 août 2005

L'art de la planification

La planification des opérations est l'essence même de la démarche réunissant tous les éléments nécessaires à l'action armée. Elle peut être menée de deux manières : en réaction face à un événement donné, et donc sous pression de temps avec des servitudes majeures, ou de manière préventive, en imaginant un contexte dans lequel des effets sécuritaires sont nécessaires. La plupart des armées du monde établissent ainsi des scénarios détaillés et réalistes sur la base desquels des planifications d'emploi sont élaborées, adaptées régulièrement, voire entraînées sous la forme d'exercices d'état-major. Un exemple fameux reste la planification de défense de l'Arabie Saoudite effectuée par le Central Command en 1990, et jouée par un wargame alors même que des événements similaires se déroulaient dans le monde réel.

Le produit initial, et donc la base de toutes les réflexions, demeure la contribution des services de renseignements. Les analyses présentées doivent être suffisamment convergentes pour fonder des hypothèses de planification crédibles, et en même temps suffisamment divergentes pour laisser l'espace qui doit revenir à l'incertitude. C'est ensuite que commence le travail de construction, celui qui consiste à trouver une manière d'atteindre l'état final attendu à l'échelon stratégique avec les moyens disponibles et les méthodes autorisées. La conception opérative est un terme qui désigne ainsi la manière de générer une manÅ“uvre ayant un effet décisif sur un centre de gravité donné, en fonction d'actions articulées le long de lignes d'opérations différentes - typiquement, les opérations terrestres, aériennes, maritimes, spéciales et d'information. La créativité nécessaire est d'ailleurs telle que l'on parle volontiers d'art opératif pour désigner ce domaine d'activité.

Le travail ne peut cependant s'arrêter là . L'emploi des forces reste ainsi lié à la maîtrise des domaines dit transversaux, en particulier le renseignement (J2), car les besoins en la matière sont naturellement constants, la logistique (J4) et l'aide au commandement (J6) - ce dernier terme étant assez spécifique aux armées germanophones. Comme l'expliquait Eisenhower durant la Seconde guerre mondiale, un officier de renseignement dit à son commandant ce qu'il doit faire, un officier opérations ce qu'il veut faire et un officier de la logistique ce qu'il peut faire ; pour compléter le propos, un officier de l'aide au commandement dit aujourd'hui ce qu'il peut savoir, un officier conventions et droit - un legal adviser, quoi - ce qu'il n'a pas le droit de faire, un officier faisant office de conseiller politique ce qu'il vaudrait mieux ne pas faire, et un officier presse et médias ce qu'il faut dire et montrer. Sans parler des finances ou d'autres aspects tout aussi réjouissants.

L'art de la planification consiste donc à concevoir une manÅ“uvre développant les effets attendus en intégrant tous les domaines concernés au niveau stratégique et opératif. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les états-majors des formations militaires n'aient cessé de gonfler en taille depuis des décennies, et que leur vitesse de planification n'ait cessé de diminuer d'autant.

Posted by Ludovic Monnerat at 23h47 | Comments (11) | TrackBack

17 août 2005

Un mot du Tessin

Les journées de travail qui s'étendent de 0700 à 2230 ne laissent guère de temps pour aller en ligne et rédiger des billets. Je profite cependant d'un accès sans fil dans l'hôtel où je loge, au coeur de cette magnifique ville de Bellinzone, pour saluer chaleureusement les visiteurs de ce carnet et leur donner rendez-vous dès samedi pour une reprise des activités normales. A bientôt!

Posted by Ludovic Monnerat at 23h30 | Comments (3) | TrackBack

16 août 2005

Passage à Morgarten

Morgarten.jpg

Cet après-midi, j'ai donné un exposé sur un thème stratégique dans le cadre d'une instruction au renseignement sur la place d'armes d'Altmatt, dans le canton de Schwyz. Ce qui est assez piquant, c'est que l'introduction de ma présentation consistait en une brève étude de la bataille de Morgarten, qui s'est déroulée à moins de 10 km de là , le 15 novembre 1315. Avant de rentrer sur le Tessin, j'ai donc profité de faire un modeste crochet au-delà du Sattel afin de s'arrêter en ce lieu où les anciens Suisses ont massacré à 1 contre 2 la fine fleur de la noblesse de l'époque ; ce qui est fascinant, c'est que le paysage est suffisamment conservé pour imaginer sans difficulté l'embuscade parfaite que les Waldstaetten ont tendue ont duc Léopold de Habsbourg et à sa suite (la tour ci-dessus a été construite après). Un morceau d'histoire saisissant!

Posted by Ludovic Monnerat at 17h49 | Comments (3) | TrackBack

A nouveau en mouvement

Ce carnet connaîtra à nouveau un ralentissement cette semaine, puisque je suis en Suisse centrale et au Tessin pour différentes activités. Ainsi, je redescends à l'instant le Gotthard à l'arrière d'un véhicule militaire, après avoir franchi le col puisqu'un camion accidenté a entraîné la fermeture du tunnel... J'espère néanmoins prendre quelques belles photos de la magnifique région que je traverse! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 11h01 | Comments (1) | TrackBack

15 août 2005

La bombe israélo-britannique

Cet article du Jerusalem Post révèle une information particulièrement embarrassante pour la Grande-Bretagne dans le cadre de ses efforts pour empêcher l'Iran de développer l'arme nucléaire :

Revelations that the government of Prime Minister Harold Macmillan in 1958 covertly sold Israel 20 tons of heavy water - vital for producing weapons-grade plutonium - may prove awkward for Britain, which is an active participant in European efforts to pressure Iran over its nuclear ambitions.
News of the deal, kept secret from both British government ministers and the US administration until official documents were obtained by the BBC last week, has spurred campaigners to lobby for further information and action on Israeli arms.

La France et la Grande-Bretagne ont donc été les principaux appuis du programme nucléaire israélien. Dans ces conditions, et compte tenu des motifs invoqués à l'époque pour le développement de programmes analogues, l'argument moral n'a vraiment aucune portée face à l'Iran. Le fait que Gerhard Schröder se permette d'écarter toute option militaire souligne hélas combien l'Europe n'est pas un acteur stratégique pouvant être pris au sérieux, puisqu'elle refuse de reconnaître les rapports de force qui fondent les relations entre Etats et leurs capacités mutuelles de dissuasion.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h06 | Comments (32) | TrackBack

La puissance du Japon

A l'occasion des 60 ans des bombardements nucléaires et de la fin de la guerre dans le Pacifique, le monde a quelque peu redécouvert le Japon et constaté que ce pays subit une évolution marquée dans le domaine de la défense. La remise au goût du jour de la culture militaire japonaise, comme l'indique cet article paru dans Le Monde, illustre un mouvement qui a déjà été signalé voici plusieurs années : la normalisation du Japon en tant que puissance régionale et la montée en puissance de ses capacités militaires. Un mouvement qui a largement pris place dans les esprits des dirigeants et du public nippons, malgré la force du pacifisme local.

Plusieurs analyses assez récentes (comme ici et ici) montrent en effet une orientation toujours plus nette vers la projection de puissance. La menace représentée par la Corée du Nord et par la Chine, du point de vue japonais, justifie ainsi des investissements très importants dans des armements de haute technologie parfaitement équivalents aux standards américains - c'est-à -dire capables de défaire des adversaires en nombre nettement supérieur. De plus, la construction de petits porte-avions et l'augmentation du nombre de destroyers AEGIS indiquent une intention claire de maîtriser les voies de communication maritimes, et au besoin de contrôler les accès à l'Océan Pacifique aux côtés de l'US Navy.

Un point intéressant à soulever me paraît cependant celui-ci : le Japon et l'Inde, deux grands pays asiatiques ayant un accès au Pacifique, proches de l'Occident en général et des Etats-Unis en particulier, développant activement leurs capacités militaires pour devenir des puissances régionales reconnues, doivent une grande partie de leur modernité, de leur stabilité et de leur puissance actuelles à l'héritage occidental laissé respectivement par l'occupant américain et le colonisateur britannique. Sans pour autant renier leur culture ancestrale, ces nations ont intégré nombre de valeurs et d'usages propres à la culture occidentale, et en sont grandement bénéficiaires.

Il est certain que le Japon ne fait pas partie de l'anglosphère, à la différence de l'Inde, et que sa situation insulaire en fait toujours un pays très particulier. Malgré cela, sur le grand échiquier multidimensionnel de la planète, ces deux pays témoignent depuis plusieurs années d'un alignement très net sur l'Occident. Et si le développement des capacités militaires d'un pays occasionne toujours des risques impossibles à négliger, cette sorte de prise en tenaille stratégique de la Chine est probablement un gage de stabilité - et une manière d'alléger le fardeau militaire américain dans cette région du monde...

Posted by Ludovic Monnerat at 15h29 | Comments (19) | TrackBack

14 août 2005

Irak : ralenti contrasté

L'Irak traverse actuellement une période décisive, avec les difficiles négociations sur la constitution et la notion de fédéralisme comme solution à la cohabitation entre sunnites, chiites et kurdes irakiens. En parallèle, le conflit se poursuit dans une partie du pays, avec notamment une situation qui semble confuse et instable dans la capitale, mais aussi avec une scission de plus en plus marquée au sein de la guérilla. Cette évolution au ralenti, typique des conflits de basse intensité, exige ainsi de lever les écrans de fumée qui cachent au quotidien les tendances les plus marquantes.

Pourtant, l'un des espaces décisifs du conflit reste l'opinion publique américaine, et plusieurs événements récents - le décès d'un nombre inhabituel de Marines, les protestations de la mère d'un soldat tué en Irak - ont eu un impact sur les derniers sondages, qui montrent un doute croissant, ce qui suffit à faire dire à plusieurs éditorialistes que George W. Bush suit la même voie que Lyndon B. Johnson. Mais ces sondages ne montrent pas une majorité d'Américains exigeant le retrait immédiat des troupes, et ils semblent surtout n'avoir aucune influence sur la détermination affichée par le Président. Les difficultés rencontrées par les forces armées US en matière de recrutement sont assez comparables : réelles sans être décisives.

J'ai lu à plusieurs reprises que l'évolution de la situation en Irak, cet été et cet automne, allait justement être décisive pour l'issue du conflit ; que le "tipping point" était à portée de main. Je partage un avis différent : un conflit affichant un tel contraste entre la réalité et sa perception repose sur la capacité à durer et à négocier favorablement les étapes importantes - la constitution et son référendum en Irak, ou les élections de 2006 aux Etats-Unis. En d'autres termes, les bilans exagérément optimistes ou pessimistes ne sont que des projections datées, et font abstraction de l'importance que revêt le temps. Ce qui devrait rendre modeste...

Posted by Ludovic Monnerat at 16h54 | Comments (12) | TrackBack

Armée : un blocage total

On peut lire aujourd'hui dans Le Matin une attaque en règle contre le programme d'armement 2005, avec un caractère systématique et méprisant que les investissements prévus l'an passé n'avaient même pas connus. A en croire l'auteur de ces textes, Michel Jeanneret, tout ce que l'armée prévoit d'acheter est inutile, luxueux, dépassé, trop cher, voire carrément scandaleux. Hélicoptères, simulateurs de combat, ambulances blindées, cuisines de troupe, radios : rien n'échappe au jeu de massacre. Les militaires sont des enfants trop gâtés et incompétents, point final.

Bien entendu, de telles considérations ne sont qu'une caricature des débats qui ont actuellement lieu au niveau politique sur la question du programme d'armement 2005. L'ironie et la férocité des mots ne cachent pas l'absence de vue d'ensemble, comme par exemple une comparaison avec l'emploi des acquisitions projetées dans d'autres armées européennes. Plus grave, l'auteur revient encore et toujours sur la nécessité d'un grand débat à effet suspensif, 2 ans après le vote populaire sur l'Armée XXI et quelques mois seulement après l'annonce par le Conseil fédéral de l'évolution de cette même armée jusqu'à la fin de la décennie. Faut-il vraiment bloquer toute la machine le temps de se mettre d'accord sur la menace à l'horizon 2020, si tant est que cela soit possible?

Le point vraiment dangereux, aujourd'hui, c'est que la contestation des investissements militaires prend un caractère obsessionnel et idéologique. Le pragmatisme consistant à prendre en compte l'incertitude de l'avenir et à lui opposer des réponses flexibles et graduées disparaît devant les convictions politiques des uns et des autres. L'arrogance stupéfiante d'un Jeanneret, qui se permet de juger des acquisitions malgré des connaissances superficielles et incertaines, montre aussi que l'armée est une institution contestée dans sa compétence et dans son indépendance, avec à sa tête comme dans ses rangs une bande de traîneurs de sabres incapables d'appréhender le monde de notre époque. Comme si des appels bien faciles au débat pouvaient être mis sur le même plan que des planifications à long terme.

Tout cela annonce un avenir difficile, et un blocage total au niveau politique sur les investissements militaires. La seule solution pour l'armée sera peut-être le maintien et le développement de compétences de niche, axée sur des éléments professionnels et/ou spécialisés, afin d'avoir des fers de lance qui, lorsque les militaires seront à nouveau reconnus, pourront être la base d'une refondation de l'outil stratégique qu'elle continue pourtant de constituer.

Posted by Ludovic Monnerat at 8h15 | Comments (52) | TrackBack

13 août 2005

Entre deux portables

Comme j'ai acheté aujourd'hui un nouvel ordinateur portable, afin de mieux répondre aux exigences de ma fonction professionnelle (un bon alibi pour justifier un coup de tête et un coup de coeur...), je serai ponctuellement indisponible sur ce carnet. Le temps de résoudre toutes les complications liées à l'installation de x nouveaux programmes, à la configuration de périphériques dont on égare les CD d'installation et aux transferts des données nécessaires pour utiliser confortablement la bécane! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h54 | Comments (10) | TrackBack

12 août 2005

Les espaces hypersécurisés

Le débat ci-dessous consacré au retrait israélien de la bande de Gaza a brièvement soulevé la problématique des espaces fermés et hypersécurisés qui sont de plus en plus la règle face aux menaces modernes. Le développement spectaculaire de la vidéosurveillance et des portails de détection illustre en effet l'application routinière des technologies modernes en vue de renforcer la sécurité de secteurs donnés, et donc d'y empêcher l'emploi de la violence à des fins criminelles ou guerrières. Cela n'empêche pas la fouille corporelle à l'entrée des stades et des aéroports, la recherche systématique d'explosifs au voisinage d'événements importants ou encore l'introduction des identifications biométriques de se généraliser sans soulever de résistance majeure, alors qu'elles correspondent à des mesures très avancées dans la détection et la prévention de menaces. Sans que le caractère subjectif et fluctuant de celles-ci ne soit vraiment pris en compte.

Comme je l'ai évoqué dans cet article publié l'an dernier, les espaces ainsi délimités peuvent être de deux natures : protecteurs, s'ils empêchent une menace d'y pénétrer, ou carcéraux, s'ils empêchent une menace d'en sortir. Cette distinction prête parfois matière à débat, comme c'est le cas aujourd'hui au sujet de la bande de Gaza, parce que la prison des uns peut être la protection des autres. Cependant, toutes les entraves sécuritaires à la circulation des personnes possèdent cette propriété duale consistant à simultanément rassurer et exaspérer, à renforcer la sécurité d'une zone et l'envie de s'en jouer. Les lignes de séparation, fixes ou mobiles, provisoires ou définitives, deviennent presque inévitablement des symboles puissants, ainsi que la reconnaissance d'une menace que l'on redoute. On peut les voir comme un bouclier tendu devant une société, une collectivité ou une personne données, et qui n'exprime que la faiblesse s'il n'est pas complété par un glaive dont il prépare l'action. Une tentative d'échapper aux effets d'un conflit plutôt qu'en appréhender les causes.

L'augmentation constante des mesures de sécurité prend ainsi un caractère inquiétant si elle n'est qu'une réponse mécanique à l'évolution des menaces, si elle entretient une escalade des mesures et contre-mesures ; une telle méthode promet une transformation de nos vies sans pour autant garantir notre protection autrement qu'à court terme. En fait, se protéger toujours plus et s'en tenir à cela exige moins de courage qu'admettre l'existence d'un ennemi et la nécessité de le neutraliser. De plus, des mesures systématiques et non ciblées possèdent souvent un caractère arbitraire qui peut dans bien des cas les rendre contre-productives, comme la segmentation de l'espace public en fonction des activités d'une petite minorité criminelle ou délinquante. Mettre tout le monde dans le même panier parce que l'on refuse de se salir les mains est une injustice qui échappe à nombre de consciences. Dans de telles conditions, les dispositifs sécuritaires concourent grandement au morcellement des sociétés, et favorisent le développement d'un ennemi intérieur.

C'est donc à mon sens le principal danger des espaces hypersécurisés : imposer une ségrégation qui peut devenir en soi une cause de conflit, et ainsi renforcer la tentation d'une hyperviolence. La recherche du risque zéro ne doit pas nous faire croire que le terrorisme ou la criminalité peuvent disparaître moyennant des mesures sécuritaires drastiques.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h26 | Comments (6) | TrackBack

Dans le lointain

ChampLumiere.jpg

Une image prise tout à l'heure, près de la piscine de Malleray-Bévilard, en descendant la route de Champoz aux commandes de mon fier destrier à roulettes. Un horizon tout simple, dans une humble vallée, qui tranche sur les temps intéressants que nous semblons condamnés à vivre... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h21 | Comments (4) | TrackBack

11 août 2005

La sélection du GIGN

Hier soir, j'ai regardé sur France 3 une édition de « Des racines et des ailes » consacrée à la sélection pour l'entrée du Groupement d'intervention de la gendarmerie nationale. Le reportage, long de 2 heures, a ainsi décrit les activités de plusieurs officiers et sous-officiers gendarmes, dont une partie n'a pas franchi les épreuves de la sélection d'une semaine, et dont le reste a durement subi le pré-stage de 8 semaines, qui est également une période probatoire. Les équipes de France 3 ont ainsi replacé 5 hommes dans leur contexte professionnel et familial avant de suivre leurs heurs et malheurs à Satory ou dans d'autres base utilisées par le GIGN. A part des séquences de tir au pistolet à une main assez curieuses, le reportage n'a pas montré d'épreuve fondamentalement inhabituelle lors d'une sélection en vue d'intégrer une unité spéciale.

Ce type de reportage s'est multiplié ces dernières années, et constitue bien évidemment une publicité de premier ordre pour les formations ainsi médiatisées. L'émission n'a ainsi manqué de commencer par des images de l'assaut effectué en 1994 sur l'aéroport de Marignane, lorsque le GIGN a libéré les passagers d'un Airbus détourné par des terroristes islamistes algériens, et de rappeler un bilan de 30 ans qui comprend plus de 1000 opérations, 600 otages libérés et 750 personnes arrêtées, mais aussi 8 gendarmes morts en action ou à l'exercice. L'image donnée par les instructeurs de la sélection, que ce soit des cadres ouvertement présentés ou des membres de l'unité dont l'identité est protégée, a également fourni assez d'exemples de professionnalisme humain et de pression didactique pour être un élément positif. Les officiers du GIGN ont d'ailleurs veillé à être présentés sous un jour particulièrement favorable, à commencer par le commandant de l'unité!

Pour ma part, j'ai été assez surpris de constater le nombre élevé de noms de famille prononcés durant le reportage, ne pouvant croire que tous appartiennent à des hommes finalement recalés. L'émission n'a pas suivi jusqu'au bout la sélection les candidats, de manière à laisser planer un doute profitable à la protection de la sphère privée des gendarmes, mais une telle quantité d'informations reste étonnante. En partant du principe que le GIGN a maîtrisé le suivi de la production, on peut en conclure que la volonté d'humaniser l'unité et ses futurs membres constituait l'une des priorités de leur démarche. Car les forces spéciales qui acceptent la présence d'une caméra lors de leurs activités, même de sélection, recherchent un objectif de publicité et d'image qui justifie la prise de certains risques ; on l'a encore vu en décembre dernier, en Suisse, lors de la diffusion d'un Temps présent sur l'armée qui intégrait une séquence sur le détachement de reconnaissance d'armée 10.

Ce type d'émission permet aussi d'ébrécher les mythes qui entourent les forces non conventionnelles, et qui souvent brouillent leur vocation d'outil stratégique au service du gouvernement ou du commandement de l'armée. La faculté d'exécuter avec une préparation minimale des opérations complexes et risquées, de façon rapide et précise, repose en effet sur un ensemble de facteurs humains, organisationnels, matériels et doctrinaux qui n'ont rien d'exceptionnel, mais qui sont soigneusement étudiés et développés. Un travail de fond incessant qui explique ensuite le niveau de performance atteint.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h12 | Comments (9) | TrackBack

10 août 2005

Le long de la Foule

Foule.jpg

Non loin de mon modeste logis coule un ruisseau nommé la Foule, qui avant de se jeter dans la Birse longe au cÅ“ur des bois un petit chemin bordé de quelques bancs. C'est un lieu calme, modérément fréquenté, presque intime, que j'aime sillonner en écoutant le chant discret de l'eau et le bruissement des feuilles. Une oasis où parfois je me repose, en méditant plus ou moins profondément sur le sens de l'existence au regard des mille détails élémentaires de la nature. Une parenthèse de distance, de silence et de solitude qui permet de se recueillir, de se retrouver, de clarifier les situations et les relations. Une absence quelquefois nécessaire, difficile à comprendre ou à accepter pour les êtres chers, mais qui est aussi la promesse d'un lien retrouvé, d'une affection renouvelée!

Posted by Ludovic Monnerat at 20h41 | Comments (2) | TrackBack

Les raisons du retrait

La Figaro a publié voici deux jours une analyse de Frédéric Encel qui décrit à mon sens de façon très juste les raisons qui ont poussé Ariel Sharon à choisir et à imposer le retrait israélien de la bande de Gaza. Extrait:

A cet égard, la vision géopolitique de Sharon se distingue tout à fait de celle de son ami et rival politique Shimon Pérès. Il pense que chaque kilomètre carré de terre doit se négocier âprement, moins pour sa valeur biblique que par la nécessité d'accueillir encore au moins un million de juifs (d'où les zones des blocs d'implantations à conserver), que mieux vaut camper dans la posture du bastion que de rêver à un Eden utopique, qu'il faut tisser des partenariats de revers avec de lointains géants anciennement hostiles (Russie, Chine, Inde) plutôt que de chercher à s'intégrer dans un hostile et improductif environnement arabe. Or la vision contraire de Pérès a échoué. A part en rotation ou par intérim, l'actuel n° 2 du gouvernement d'unité nationale ne fut jamais premier ministre. Les discours lénifiants sur le sens de l'Histoire, le grand marché commun proche-oriental ou la paix abrahamique ne font plus recette en Israël, et ne l'ont jamais fait chez ses voisins arabes.

Une saine lecture matinale...

COMPLEMENT I (11.8 1600) : Un éditorial publié aujourd'hui dans le Jerusalem Post (quotidien considéré comme proche du Likoud) affirme que le désengagement de Gaza alimente le terrorisme palestinien.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h36 | Comments (101) | TrackBack

9 août 2005

Face à l'ennemi intérieur

Les services de renseignement britanniques se demandent s'ils sont confrontés à une insurrection ou à du terrorisme, et ils penchent plutôt pour la première hypothèse, d'après cet article paru avant-hier dans l'Independent. Le MI5 affirme également que 10'000 jeunes hommes de confession musulmane venus de régions en guerre, comme la Corne de l'Afrique et l'Asie centrale, possèdent une instruction de base aux armes légères et aux explosifs militaires, sur un total estimé à 100'000 hommes capables d'employer ces armes. De l'autre côté de la Manche, un rapport des Renseignements généraux estime que plusieurs centaines d'islamistes radicaux se dissimulent dans la communauté pakistanaise en France, forte de 35'000 à 40'000 personnes. Un véritable basculement des perceptions est intervenu avec les différents attentats de Londres, et les médias abordent aujourd'hui ouvertement ce qu'il convient d'appeler l'ennemi intérieur.

L'avènement ou non d'une intifada européenne dépend bien entendu de conditions matérielles à réunir en termes d'effectifs et d'équipements, et de tels rapports contribuent à rendre plus crédible l'idée d'une insurrection. Les mesures prises pour faire face à la menace du terrorisme islamiste peuvent d'ailleurs aussi rendre plus probable le déclenchement un tel mouvement de violence armée. Le plus intéressant reste cependant cette perspective d'une sorte de cinquième colonne islamiste en Europe, de nombreux ennemis déjà en place et n'attendant que le signal convenu pour entrer en action, sous forme de cellules dormantes et dans le cadre de réseaux qui séparent clairement les fonctions (opérations, recrutement / endoctrinement, finances, etc.). Interpréter les dires du MI5 en affirmant que l'équivalent d'une division de terroristes islamistes potentiels se trouve déjà en Grande-Bretagne serait une manière percutante de souligner l'ampleur de la menace.

Mais une telle perspective est à mon sens aussi fausse que dangereuse : évaluer une menace sur la base de la religion, de l'origine ou de la formation aux armes ne peut mener qu'à des généralisations qui renforcent la fragmentation des sociétés et la montée aux extrêmes. Les véritables ennemis des démocraties libérales sont les tenants d'idées absolues et non leurs suivants incertains, les leaders de mouvances sectaires et non ceux qu'elles attirent, les intégristes de tous bords et non ceux que leur discours séduit. Les expulsions récentes de prêcheurs islamistes en France montrent que les nations européennes commencent à prendre au sérieux l'effet de cet endoctrinement, même si leurs mesures sont sans doute trop limitées et trop tardives. Malgré cela, la source de l'ennemi intérieur contemporain demeure cet irrédentisme idéologique qui amène des hommes à croire que la Vérité existe, et que ceux qui en doutent ou qui la refusent sont leurs ennemis.

Si ce diagnostic - fruit de plusieurs discussions avec un partenaire intellectuel qui se reconnaîtra! - est exact, comment mener le combat ? L'antidote au fanatisme reste le doute, l'esprit critique, l'indépendance individuelle, la maturité citoyenne. Puisque l'esprit est une arme, alors l'éducation doit jouer le rôle d'arsenal et préparer les êtres à remettre en question les absolus exclusifs, les axiomes intouchables, les icônes sanctifiées (en plus, les vaches sacrées font les meilleurs hamburgers, c'est bien connu !). Un modèle, un concept ou un sens ne doivent être considérés comme justes et valables que jusqu'à preuve du contraire, dans la droite ligne du rationalisme scientifique et empirique. Je ne doute pas qu'il s'agisse d'une vaste entreprise, puisqu'il est plus facile de croire que de douter, de révérer l'inchangé que d'accepter le changement, de sanctifier le passé que d'appréhender l'avenir. La radicalisation à peine dissimulée des esprits est cependant une menace trop grave pour être jugée impossible à contrer.

Et c'est en essayant de le faire que l'on mesurera combien l'ennemi intérieur n'est pas seulement issu d'une religion donnée, mais bien de la fracture entre croyants et mécréants que suppose tout sectarisme. Dans ces conditions, les estimations sur le nombre d'islamistes dits radicaux sur le sol de chaque pays sont bien moins importantes que les actions menées pour combattre le chancre idéologique responsable de leur multiplication.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h42 | Comments (16) | TrackBack

8 août 2005

Des conscrits fragiles

La santé mentale des conscrits suisses est examinée aujourd'hui dans Le Temps d'une façon fort intéressante (accès libre), sous la plume de Thierry Meyer. Il apparaît en effet que 38% des appelés, en 2005, sont dirigés vers un psychologue lors de leur recrutement, contre 28% en 2003 et 2004. Cette augmentation n'est peut-être pas aussi significative qu'au premier abord, vu que la connaissance accrue des questionnaires introduits en 2003 autorise probablement un volume croissant de simulateurs. Malgré cela, constater que plus d'un quart des jeunes hommes de ce pays éprouvent des difficultés majeures à leur socialisation reste alarmant. Plus d'ailleurs pour la société suisse que pour son armée.

Face à cette réalité, il est tentant d'incriminer la légèreté de l'éducation, les parents absents, les écoles en panne d'autorité, pour expliquer cette proportion importante de "cas psychologiques" au recrutement. Dans l'institution militaire, on reste ainsi attaché à l'idée ancienne selon laquelle l'école de recrues vous transforme en homme, parce qu'elle vous confronte à des difficultés et à des pressions de moins en moins perceptibles dans la vie civile. Il y a beaucoup de vrai dans cette conviction, car l'expérience militaire contribue souvent à affermir les caractères et à renforcer la sociabilité des individus. Mais d'autres causes doivent être envisagées pour expliquer cette inaptitude frappante chez nombre de jeunes suisses.

La question est de savoir lesquelles. Une question que je laisse ouverte, parce qu'elle dépasse assez nettement le seuil de mes compétences...

Posted by Ludovic Monnerat at 13h08 | Comments (16) | TrackBack

7 août 2005

La chasse à l'homme

L'un des aspects frappants des semaines qui ont suivi les attentats de Londres reste la célérité et l'efficacité des forces de sécurité à traquer les responsables encore vivants des attaques, aussi bien en Grande-Bretagne que dans le reste de l'Europe. Les bandes vidéos des caméras de surveillance ont ainsi permis une identification rapide des auteurs des attentats manqués du 21 juillet, de sorte que leur arrestation n'a été qu'une question de jours. Et chaque découverte a abouti à l'obtention de nouvelles pistes, qui ont élargi le champ d'investigation jusqu'à remonter somme toute rapidement à la source. Le compartimentage très strict qui est la règle des réseaux d'espionnage, et qui rendait si difficile leur démantèlement complet durant la guerre froide, semble apparemment être appliqué de façon inégale au sein des réseaux islamistes. Il est vrai que leur survie post-attentat n'est pas nécessairement une priorité!

Cette efficacité dans la chasse à l'homme peut être ainsi considérée comme une incitation à une radicalisation encore accrue des terroristes islamistes, dans la mesure où les chances d'échapper à la capture apparaissent aujourd'hui très faibles (à la différence de celles d'échapper à la condamnation, mais il s'agit là d'un autre débat!). Les périmètres les mieux protégés, ceux dans lesquels la politique du « shoot to kill » sera probablement appliquée, ceux qui sont entièrement couverts par des systèmes de surveillance semi-automatiques, voient de ce fait leurs points d'entrée devenir autant de points de non retour, des caps à partir desquels les terroristes savent que la différence entre le succès et l'échec de leur action est la plus ténue. Dans la logique de ce raisonnement, l'extension de ces périmètres - et la popularité de la vidéosurveillance nous y amène - pourrait donc provoquer une escalade dans l'action terroriste, et notamment dans son caractère aveugle. Un peu comme si trop de sécurité nuisait à la sécurité!

Une logique pareillement paradoxale, qui est la règle en matière de stratégie, souligne avant tout les limites des mesures défensives dans la lutte contre le terrorisme. Poursuivre à outrance le jeu des mesures et contre-mesures aboutit également, par une sorte de processus génétique, à éliminer les cellules et les réseaux les moins performants, et donc à laisser intacts les individus les mieux à même de s'adapter, de survivre et de frapper toujours plus fort. Une forme d'escalade qui peut hélas mener au désastre, c'est-à -dire à l'emploi d'armes de destruction massive au cÅ“ur des villes européennes. Et qui rappelle à quel point les mesures offensives, dans le domaine des transferts de fonds, de la circulation des personnes et bien entendu de la diffusion des idées, sont les seules à même d'autoriser un succès durable.

COMPLEMENT I (8.8 1040) : Cet article du Times de Londres rapporte une réunion durant laquelle l'un des leaders islamistes de la capitale britannique exprime sa véritable position par rapport aux attentats. On notera que la question des caméras de surveillance le préoccupe :

Referring to the speed with which police issued closed-circuit television pictures of the suspects in the London attacks, Bakri suggested that they should have covered their faces to conceal their identity from prying CCTV cameras.

Une lecture instructive...

Posted by Ludovic Monnerat at 17h36 | Comments (14) | TrackBack

6 août 2005

Hiroshima, 60 ans après

Au sujet de la commémoration du 60e anniversaire du bombardement atomique d'Hiroshima, je conseille la lecture de l'article publié dans le Spiegel et traduit en anglais (première, deuxième et troisième partie). Une description honnête et factuelle des événements qui ont mené à l'emploi de l'arme nucléaire, sans ces tentatives de récupération qui de nos jours passent souvent par la réécriture de l'histoire.

COMPLEMENT I (7.8 2230) : Ce texte d'un entrepreneur japonais, qui offre une perspective possible de la manière avec laquelle les nouvelles générations nippones considèrent l'événement, mérite d'être lu (trouvé via Instapundit).

Posted by Ludovic Monnerat at 16h11 | Comments (12) | TrackBack

Les guerres sociétales

GuerreSocietale2.jpg

Une objection est apparue ci-dessous à la notion de sociétés transformées en champs de bataille. C'est une notion trop importante pour être laissée de côté.

A mon sens, l'élargissement des champs de bataille aux sociétés toutes entières est en effet l'une des caractéristiques essentielles des guerres modernes. Dans la conception traditionnelle de la guerre, qui prévalait en Occident comme en Orient depuis l'Antiquité, le champ de bataille constituait en effet la portion de terrain sur laquelle était décidé le sort des royaumes, des nations et des peuples. Les populations civiles étaient directement ou indirectement touchées par les combats, mais leur habitat n'en constituait que très rarement le cÅ“ur. Il faudra attendre la révolution industrielle pour voir l'économie et la politique être détachées de la conduite des combats, et donc assister à une séparation des fonctions stratégiques aboutissant à fortement influencer le déroulement des combats des années avant qu'ils ne se déclenchent, en raison de l'importance de l'industrie de l'armement et de l'entraînement des armées. Mais la révolution de l'information a transfiguré cet environnement en ajoutant au contact concurrentiel et conflictuel des armées, des politiques et des économies celui des cultures, et en interconnectant le tout à la vitesse de la lumière.

De ce fait, la guerre est devenue plus que totale : elle est désormais sociétale. Ce sont toutes les ressources non plus des seules nations, mais bien celles des sociétés, des collectivités organisées autour d'une identité commune, qui sont engagées ou visées. La guerre classique entre formations militaires est devenue une exception, une entreprise bien trop risquée pour être acceptée autrement qu'en dernier ressort, et dont le plus souvent aucun vainqueur n'émerge. La conquête du territoire, mode opératoire classique des guerres, est presque entièrement supplantée par celle des marchés et des esprits. La coercition n'a plus besoin d'être militaire pour être efficace ; la globalisation des économies et des médias fait que des méthodes a priori douces, comme la modification des taxes douanières, la campagne de presse calomnieuse, l'offensive cybernétique sous-traitée ou encore les poursuites judiciaires internationales, peuvent obtenir des résultats analogues au blocus militaire ou aux bombardements de précision. A une époque où un super pétrolier, une salle de théâtre, des mémos truqués, une chaîne TV satellitaire ou des sites Internet constituent des armes au même titre qu'un bataillon de chars ou une frégate antiaérienne, seule une vision globale permet de cerner la dimension des conflits.

Les frontières traditionnelles, qu'elles soient géographiques ou administratives, ont ainsi largement perdu leur sens. Les différences entre civil et militaire, entre crime et combat, entre sécurité intérieure et extérieure, appartiennent à un passé toujours plus révolu. Le problème concomitant du « shoot to kill » et des missions de stabilisation en est une illustration : le fait que les policiers appliquent des méthodes militaires à domicile quand les militaires appliquent des méthodes policières à l'étranger traduit parfaitement l'incertitude et la complexité de notre temps. Et ces notions de domicile et d'étranger n'ont d'ailleurs plus qu'une valeur relative, malgré leur fondement juridique et politique ; il existe dans les villes occidentales des zones de non-droit qui sont bien moins permissives que de nombreux secteurs d'engagement hors des frontières nationales. En d'autres termes, l'emploi des forces et le choix des méthodes dépend moins de facteurs géographiques que de la menace existante. C'est pourquoi les armées doivent de plus en plus souvent être engagées à l'intérieur du pays, et c'est pourquoi les missions en-dehors des frontières ont de plus en plus besoin de policiers civils.

L'un des vecteurs principaux de cette évolution dramatique n'est autre que la montée en puissance de l'individu. Ce n'est pas en soi l'élargissement des armes et des cibles qui de nos jours est alarmant, malgré l'élaboration de théories contemporaines sur la guerre étatique totale ; c'est le fait que ces armes et ces cibles soient à la portée du plus grand nombre, de groupes et de réseaux rassemblant ponctuellement ou non des personnes en fonction d'un enjeu commun. Si le terrorisme est aujourd'hui tellement pratiqué, c'est parce qu'il constitue un moyen d'action a priori rentable, une méthode qui obtient des effets impressionnants à bas prix. Mais il s'agit bel et bien d'un acte de guerre, et non d'un crime : le terrorisme est une action visant à l'obédience, à l'emprise des personnes, à l'influence des perceptions publiques par l'usage et le spectacle de la violence, c'est-à -dire à la modification des décisions et des comportements par l'effet psychologique qu'il déploie. Le terroriste ne vise pas à tirer parti de la société qu'il vise, à la différence du criminel ; il cherche tout simplement à la transformer de force.

De ce fait, les guerres de notre époque se déroulent simultanément dans tous les domaines de l'existence humaine : les chairs, les cÅ“urs, les âmes et les esprits. De façon moins imagée, on peut ainsi dire que la matière, la psyché, la morale et le savoir délimitent les enjeux, les ressources et les méthodes qui sont aujourd'hui impliqués dans un conflit opposant des collectivités organisées. Et c'est pourquoi les champs de bataille se sont élargis aux sociétés toutes entières : nous sommes tous devenus à la fois des cibles et des armes. Prendre conscience de cette dualité est d'ailleurs la seule manière de ne pas subir perpétuellement.

NOTE : Les paragraphes ci-dessus sont le produit d'années de réflexion sur les conflits armés et sur les questions stratégiques. Le schéma qui chapeaute ce billet est ainsi extrait de l'une de mes 4 conférences : La guerre moderne, La menace future, L'armée nouvelle et La vraie puissance - celle-ci, toute récente, n'ayant pour l'heure été présentée que 2 fois dans des cercles militaires suisses. Toute personne intéressée peut naturellement prendre contact avec moi pour davantage d'informations à leur sujet.

Posted by Ludovic Monnerat at 13h07 | Comments (5) | TrackBack

5 août 2005

Le permis de tuer (2)

Un article du Washington Post paru hier a révélé que l'International Association of Chiefs of Police a édicté au lendemain des attentats du 7 juillet dernier à Londres de nouvelles directives - appuyées par un règlement pour l'instruction - qui incitent les forces de l'ordre à abattre par des coups de feu en pleine tête tout individu suspecté de préparer un attentat suicide. Il s'agit donc bel et bien d'une révision majeure des règles d'engagement, comme l'indique l'extrait suivant :

After the July 7 attacks on the London transit system by suicide bombers, the international police chiefs organization produced a detailed training guide for dealing with suicide bombers for its 20,000 law enforcement members. It recommends that if an officer needs to use lethal force to stop someone who fits a certain behavioral profile, the officer should "aim for the head" to kill the person instantly and prevent the setting off of a bomb if one is strapped to the person's chest.
The police organization's behavioral profile says such a person might exhibit "multiple anomalies," including wearing a heavy coat or jacket in warm weather or carrying a briefcase, duffle bag or backpack with protrusions or visible wires. The person might display nervousness, an unwillingness to make eye contact or excessive sweating. There might be chemical burns on the clothing or stains on the hands. The person might mumble prayers or be "pacing back and forth in front of a venue."
The police group's guidelines also say the threat to officers does not have to be "imminent," as police training traditionally teaches. Officers do not have to wait until a suspected bomber makes a move, another traditional requirement for police to use deadly force. An officer just needs to have a "reasonable basis" to believe that the suspect can detonate a bomb, the guidelines say.

Cet article confirme l'importance du débat mené récemment sur ce site concernant la politique du "shoot to kill". A partir de l'instant où des forces de sécurité civiles adoptent des méthodes et des raisonnements de type militaire, pour la simple et bonne raison que nos sociétés sont devenues des champs de bataille, c'est bien le signe que le conflit central de notre époque et le terrorisme qu'il provoque risquent de profondément transformer nos vies. En soi, l'abandon de l'imminence comme justification pour l'ouverture du feu - et donc le recours à l'attaque préventive - est une modification majeure qui peut rapidement dégénérer. Ou quand une mesure antiterroriste peut se révéler pire que le terrorisme lui-même...

Posted by Ludovic Monnerat at 10h16 | Comments (8) | TrackBack

4 août 2005

Incompétence à Guantanamo

Sur le site Terrorisme.net a été mis en ligne hier un texte qui résume un article fort critique sur le camp de prisonniers de Guantanamo. Paru dans l'International Journal of Intelligence and CounterIntelligence, cet article écrit par un professionnel du renseignement souligne en effet l'incompétence qui règne dans le camp et qui empêche une récolte efficace des renseignements. Une affirmation qui a de quoi surprendre, vu de l'extérieur, mais qui s'explique par des facteurs assez simples sur le plan du personnel. Extraits :

Mener un interrogatoire ne s'improvise pas: il y faut des années d'expérience. La plupart de ceux qui se trouvent envoyés à Cuba n'ont pas ces compétences. En outre, actuellement, des personnes plus jeunes et avec encore moins d'expérience seraient envoyées à Guantanamo. Ils ne connaissent rien au monde complexe d'Al Qaïda: on leur donne un ou deux livres à lire sur le sujet, ils reçoivent une formation de quatre semaines pour mener desd interrogatoires, puis débarquent à Camp Delta munis de ce seul bagage. Face à de tels interlocuteurs, qui se montrent confus et imprécis, des prisonniers (notamment saoudiens) qui méprisent déjà les Américains se sentent en position de force.
Beaucoup d'interrogateurs partent du principe que les prisonniers ne coopéreront jamais et sont ainsi, psychologiquement, battus d'avance. Il vaudrait mieux, suggère Van de Velde, mettre l'accent sur les moyens de pousser des prisonniers refusant de coopérer à livrer des informations.
Ceux qui se révèlent les plus aptes à mener des interrogatoires avec succès, à Guatanamo, sont des policiers de carrière, mobilisés pour trois à six mois dans le cadre de leur engagement au sein des forces de réserve. Non seulement ils ont une expérience concrète, mais ils savent comment serrer de près des suspects. Les autres interrogateurs, malgré leur formation, ont une expérience trop théorique.

Dans ces conditions, il faut vraiment que les renseignements obtenus valent tout de même quelque chose pour justifier aux yeux des responsables politiques et militaires américains le maintien d'un camp qui reste un boulet médiatique.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h52 | Comments (4) | TrackBack

Irak : une saignée ponctuelle

En l'espace d'une semaine, les Marines américains ont perdu 24 hommes au combat dans la partie occidentale de l'Irak, une augmentation brutale qui montre l'importance de cette région dans le cadre du conflit. Le fait que la plupart des soldats tués proviennent d'une unité de réserve et qu'une bombe ait fait 14 morts d'un seul coup donne à ces pertes un impact médiatique considérable sur le plan domestique, à même de trancher avec la litanie des attentats et des accrochages résumés chaque jour par les médias, au point qu'un analyste comme Ralph Peters voit dans ces attaques la preuve d'une offensive soutenue contre la volonté américaine de poursuivre toute l'opération.

Je ne suis pas persuadé que des événements tactiques somme toute ponctuels puissent ainsi être inscrits dans une telle visée stratégique : la perspective d'un retrait définitif de la coalition en Irak est un objectif trop éloigné dans le temps pour que l'insurrection n'aie pas des buts davantage rapprochés. Si l'on considère les pertes subies par les forces armées américaines en Irak, on constate que les chiffres de juillet 2005 et juillet 2004 sont identiques (54 morts, sans entrer dans le détail des causes), et eux-mêmes très proches de ceux de juillet 2003. Il n'y a pas d'escalade des pertes américaines, et celles-ci sont insuffisantes pour avoir un effet décisif à court ou même moyen terme. Le fait qu'elles aient lieu davantage dans l'ouest du pays qu'au centre montre en revanche l'évolution des conflits, et l'importance pour l'insurrection de défendre ses lignes de communications et ses bases arrières.

Un autre élément doit être pris en considération : les pertes subies par les Marines sont disproportionnées, avec 29% de soldats tués contre 17% des effectifs. Pour quelles raisons? Premièrement, les Marines emploient des tactiques davantage offensives et moins conventionnelles que l'US Army, car leur compréhension des conflits de basse intensité est à la fois plus profonde et plus ancienne, et ils sont plus souvent en contact avec l'ennemi. Deuxièmement, leur équipement reste mal adapté aux opérations en milieu urbain et désertique, ce qui finalement n'est pas très étonnant de la part d'une force amphibie. Les 14 Marines tués dans un seul char amphibie, hier, auraient probablement été moins nombreux à périr s'ils avaient été à bord de 2 véhicules blindés de type Bradley.

Ce qui rappelle à quel point des formations militaires structurées et articulées autour d'un équipement organique, et non reconfigurées et rééquipées en fonction de la mission, offrent des vulnérabilités aux adversaires asymétriques.

COMPLEMENT I (5.8 1115) : Pour mieux appréhender la situation et les opérations dans l'ouest irakien, cette remarquable analyse d'une conférence de presse du Pentagone sur le site de Wretchard est hautement recommandée.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h42 | Comments (8) | TrackBack

3 août 2005

Le long des ouvrages

BarrageAch.jpg

Mes différents tours à vélo, pour sportifs qu'ils soient, ne sont jamais entièrement dénués d'un intérêt historique, voire tactique, sur le plan militaire. Lorsque la vitesse et mon souffle m'en donnent l'occasion, j'essaie ainsi de chercher certaines fortifications anciennes, embusquées le long des routes même les plus insignifiantes (et néanmoins suffisantes pour servir de rocades à des formations mécanisées), et j'apprécie le renforcement des passages obligés à l'aide d'ouvrages minés, de positions d'armes antichars ou d'autres aménagements. La plupart de ces ouvrages datent de la Seconde guerre mondiale et ont été neutralisés, mais restent bien visibles pour qui sait les reconnaître.

Ce qui est impressionnant, en sillonnant le Jura, c'est ainsi de se rendre compte à quel point chaque itinéraire menant d'une vallée à l'autre a été ou est encore prêt à être rendu impraticable. La photo ci-dessus montre un barrage antichar entre Envelier et Seehof, sur une toute petite route en asphalte que j'ai parcourue tout à l'heure (l'image est un peu de travers parce que je l'ai prise en roulant!) ; les trous dans le sol peuvent accueillir des poutres d'acier, qui étaient généralement entreposées à proximité, et sont capables d'empêcher le passage des véhicules les plus lourds. La même route compte au moins un ouvrage miné encore existant. Et il faut s'imaginer que les secteurs de retenue - les bouchons, quoi... - de tels obstacles étaient systématiquement battus par du feu au moins indirect, parfois direct...

Cette fortification faisait naturellement partie d'un plan d'ensemble. Cela n'a pas changé, et les différents ouvrages sont catalogués en fonction de leur valeur de retenue : un ouvrage valant 0,5 jour doit ainsi être capable de retarder pendant au moins 12 heures un adversaire militaire moderne, équipé de moyens du génie performants et nombreux. Et la succession de telles destructions, en plus de celles effectuées par la troupe (la charge cratère 88 s'y prête à merveille), voit son effet encore renforcé par les feux indirects, dont ceux des lance-mines 12 cm de forteresse, capables de tirer la munition intelligente Strix. Franchement, aujourd'hui encore, malgré toutes les réductions en effectifs, en armes et en ouvrages, attaquer militairement la Suisse par une offensive terrestre équivaut à un aller simple pour l'enfer!

Ceci dit en toute modestie, naturellement... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h09 | Comments (13) | TrackBack

L'aveuglement du risque zéro

L'aversion des sociétés européennes pour le risque est désormais un fait bien connu. On en trouve chaque jour une illustration supplémentaire, et celle qui m'a frappé aujourd'hui est la mini-polémique lancée en Ajoie, autour de la place d'armes de Bure, au sujet de l'installation d'antennes nécessaires à un système de commandement. Décrite par un article du Matin, cette affaire locale rappelle à quel point le principe de précaution peut être négatif : une crainte sans fondement scientifique sur le rayonnement électromagnétique de 153 antennes de 9 mètres, dont les effets supposés néfastes n'ont jamais pu être démontrés, peut ainsi remettre en cause la construction d'un centre d'instruction digital permettant d'entraîner les formations de combat mécanisées aux engagements en milieu urbain et ouvert. De quoi s'interroger sur la pondération des risques!

A mon sens, le risque zéro est en effet une illusion propagée par le haut niveau de technicité, de santé, mais aussi de publicité, qui caractérise les sociétés modernes. A force d'être érigés en arguments commerciaux, la technologie miracle et la santé parfaite ont généré des attentes impossibles à satisfaire et banni l'incertitude de nos vies. Du coup, on tend à préférer l'innocence apparente de l'inaction à la culpabilité potentielle de l'action, on songe à renoncer définitivement plutôt qu'à s'adapter continuellement - comme une envie à peine dissimulée de figer le temps, de prendre congé du destin, de stopper une évolution vers l'inconnu! en commettant ainsi une double erreur : croire que le statu quo n'est pas risqué (illusion de la connaissance parfaite) et confondre risques et menaces (illusion du contrôle de notre existence).

Prenons le cas de ce projet à Bure : les quelques centaines d'habitants des communes de Bure et Fahy peuvent redouter des effets sur leur santé en raison du réseau de commandement projeté par l'armée, même si rien n'est moins sûr. En même temps, renoncer à instruire les unités de combat de l'armée aux opérations de stabilisation et de coercition en milieu urbain - puisque seule la place d'armes de Bure permet une telle instruction en Suisse - engendre d'autres risques, même si là aussi rien n'est moins sûr. Ce qui est en revanche certain, c'est que prendre uniquement en compte les risques liés à ses propres actions, et non ceux liés aux actions d'autrui, est un raisonnement insoutenable. Agir sur la base de prévisions potentiellement inexactes reste moins dangereux que renoncer à toute action, dès lors que l'on accepte l'incertitude.

Les armées occidentales sont confrontées à des difficultés de ce type depuis des années. Aux Etats-Unis, le centre d'entraînement national de Fort Irwin avait par exemple restreint les manÅ“uvres et les comportements des troupes à des fins de protection d'environnement, et notamment pour préserver les conditions de vie de tortues des sables. Comme s'il n'était pas acceptable que certaines portions de terrain, négligeables à l'aune d'un pays, soient déclarées à usage militaire! Se focaliser sur un risque endogène mineur et oubliant une menace exogène majeure est un aveuglement qui me paraît bien difficile à soigner. Du moins avant que l'urgence de la situation n'ouvre enfin les yeux.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h48 | Comments (8) | TrackBack

2 août 2005

Iran : impasse annoncée

Voici plus de deux ans qu'une grande partie de cache-cache se joue entre le Gouvernement iranien et la communauté internationale sur le thème du nucléaire. De longs mois de négociations, de proclamations, d'incitations et de pressions durant lesquels l'Union européenne et l'ONU ont constamment affirmé le bien-fondé de leur approche douce et consensuelle, et que le régime de Téhéran a mis à profit pour constamment s'approcher de son objectif déclaré : l'acquisition de l'arme atomique. Le jeu semble aujourd'hui largement caduc, puisque l'Iran a annoncé à l'IAEA la relance immédiate de son programme nucléaire et le démontage des scellés sur l'installation de conversion d'uranium d'Ispahan, en violation de l'accord de Paris signé en novembre 2004. De leur côté, les Européens - d'après l'article du Figaro mis en lien - ne voient dans cette décision qu'une manÅ“uvre pour augmenter la pression en vue des prochaines négociations. Un peu comme si la diplomatie était un but en soi, et non un moyen comme un autre!

Il est ainsi probable que d'autres moyens soient désormais nécessaires, au vu de l'échec sans cesse plus patent de l'approche européenne. L'islamiste pur et dur que les « élections » iraniennes portent au pouvoir ces jours ne cache d'ailleurs pas son ambition de faire du martyre le principe-clef de la stratégie iranienne, notamment pour que l'islam conquière la planète entière. Même si les propos de Mahmoud Ahmadi-Nejad ne s'écartent guère de la ligne fanatique que connaît l'Iran depuis la chute du Shah, la perspective de le voir contrôler des armes nucléaires ne permet plus de prendre ses menaces à la légère, ou de se dire qu'elles ne s'exprimeront que par des attentats terroristes sous-traités ou des assassinats politiques. Les mollahs se sentent aujourd'hui cernés de toutes parts, avec notamment une présence américaine toujours plus menaçante, non pas dans les dispositifs militaires, mais bien sur les ondes télévisées ou radiophoniques. L'impasse est inévitable.

Voilà qui nous ramène au débat déjà ancien sur les options militaires face à l'Iran, puisque les options diplomatiques apparaissent bel et bien épuisées. J'imagine bien que les Etats-Unis ont largement eu le temps de développer et de simuler quelques plans d'opérations très détaillés pour faire face au spectre d'un Iran atomique, probablement dans le but de retarder leur accession à la bombe. Mais ils n'ont pas l'initiative ; ils devront réagir à une situation ou à une provocation, tout en sachant que la programme nucléaire est populaire en Iran. Cela signifie aussi que le régime de Téhéran doit aller ni trop vite, ni trop lentement pour réussir son contre-la-montre, et donc acquérir cette assurance-vie stratégique qu'est l'atome avant que sa propre population ne parvienne à imposer ses vues. Le temps joue en faveur de la communauté internationale uniquement si elle parvient à restreindre la liberté d'action de l'Iran.

Ceci étant, il faut se rappeler que l'arme nucléaire exerce son effet principal par la dissuasion, et que celle-ci repose sur la crébilité aussi bien des ogives, des vecteurs que des volontés pour les engager. Autrement dit, c'est dans le domaine des perceptions que la bombe agit prioritairement, et celles-ci peuvent naturellement être altérées, contrées et manipulées à foison. Je ne serais pas surpris de voir les premières annonces de Téhéran concernant la mise au point de l'arme nucléaire être vigoureusement contestées par les Etats-Unis et Israël [non, justement pas par Israël, m'a fait remarquer avec raison un commentateur ci-dessous], afin de nier son caractère opérationnel, son efficacité ou même son existence. Une autre manière de gagner du temps et de renforcer l'étranglement progressif du régime des mollahs, dans cette mise-à -mort au ralenti qui semble la seule option stratégique valable...

COMPLEMENT I (2.8 1245) : ce nouveau rapport des services de renseignement américains, qui estime l'Iran à 10 ans de la bombe, relève-t-il ainsi d'une démarche de désinformation, ou reflète-t-il une réévaluation prudente des données disponibles? La question mérite d'être posée.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h34 | Comments (30) | TrackBack

1 août 2005

Le bilan de juillet

Comme c'est l'usage, je profite de ce début de mois estival pour remercier chaleureusement celles et ceux qui lisent régulièrement ce carnet et qui prennent part à ses débats. La fréquentation au mois de juillet a connu une nette augmentation du nombre quotidien de visites (911 contre 655), de pages vues chaque jour (2499 contre 1454) et de hits (4670 contre 3095). Cette affluence est très clairement liée aux attentats de Londres, qui ont augmenté la participation aux débats et amené de nouveaux lecteurs sur ce carnet.

Une note humoristique reste néanmoins de bon aloi, avec quelques commentaires à certaines entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé des internautes par ici :

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 23h39 | Comments (5) | TrackBack

Mise à jour de CheckPoint

Plusieurs articles ont été mis à jour sur mon site d'information militaire et stratégique CheckPoint :

T. E. Lawrence et les principes de l'insurrection

Au-delà du mythe, Lawrence d'Arabie reste l'un des officiers les plus influents dans le développement d'une doctrine insurrectionnelle au siècle dernier. Et ses réflexions restent pertinentes.


Attentats à Londres : la guerre ne fait que continuer

Les attaques sur la capitale britannique ont replacé la menace terroriste sur le devant de la scène politique et médiatique européenne. Mais cet intérêt ponctuel ne suffit pas à provoquer une prise de conscience du conflit dans lequel elles s'inscrivent.


Après les attentats de Londres, le refus de la terreur

La Belgique n'est pas à l'abri d'une attaque identique à celle de Londres. Il est donc temps qu'une défense antiterroriste soit mise en place. Sans sombrer dans la paranoïa.


Des serrures et des héros

Le directeur de l'Institut Hayek, Drieu Godefridi, appelle à l'héroïsme des entrepreneurs pour sauver une Europe épuisée, vieillissante et prisonnière de ses réglementations.


L'échec des saboteurs nazis aux Etats-Unis

Les tentatives de l'Allemagne nazie visant à déployer par sous-marin des équipes de saboteurs aux Etats-Unis, durant la Seconde guerre mondiale, se sont révélées des échecs cuisants. En voici un bref récit.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h40 | Comments (2) | TrackBack

Un drapeau en gros plan

DrapeauCouteau.jpg

Avec cette image de mon couteau suisse, modèle militaire réglementaire, je souhaite une bonne fête nationale à tous mes concitoyens et à tous ceux qui aiment mon pays. Les symboles sont là pour être utilisés à de bonnes occasions, non? :)

Et pour une réflexion sur l'avenir de la Suisse, et notamment sur sa dégradation progressive, je conseille le billet mis en ligne aujourd'hui par Stéphane sur le Meilleur des Mondes. "Y en a point comme nous", certes, mais à force de ressembler aux autres, cela finira par ne plus être le cas... Une pensée à conserver et à mijoter entre lampions, pains de sucre, fusées et discours. On n'est pas encore sorti du tunnel, même s'il y a un sapin devant! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 14h37 | Comments (8) | TrackBack