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30 juin 2005

Un départ au matin

DepartKungsholmen.jpg

Nous avons quitté la forteresse de Kungsholmen en début de matinée, et donc entamé notre assez long retour vers la Suisse (9 heures, en tenant de l'heure de retard prise par le Jumbolino de Swiss). C'était une vue saisissante que celle offerte par le navire de transport militaire qui nous a ramenés à la base de Karlskrona, comme le montre l'image ci-dessus. Et c'était également un instant chargé - déjà - de nostalgie, à force de faire ses adieux à ce lieu majestueux après avoir quitté nos camarades suédois. C'est une chose que l'on sous-estime de façon systématique : les coopérations militaires internationales sont toujours l'occasion de tisser des liens et des amitiés qui sont aussi enrichissants qu'appréciables. Surtout avec les partenaires chaleureux, ouverts et modestes que l'on trouve souvent dans les pays scandinaves.

Ce voyage ne m'a toutefois pas ramené à mon Jura natal, puisque je donne demain matin un exposé à l'école d'état-major général à Lucerne. De quoi éprouver dans une chambre chauffée toute la journée par le soleil quelque relief des températures de la semaine...

Posted by Ludovic Monnerat at 20h13 | Comments (1) | TrackBack

29 juin 2005

Le silence des canons

CanonKungsholmen.jpg

La forteresse où je réside était durant la guerre froide un élément défensif important de la Suède, notamment en protégeant la base navale principale de Karlskrona. Les canons qui y étaient disposés, comme celui sur la photo ci-dessus, dataient cependant de la Première guerre mondiale ; les pièces les plus modernes, sous tourelle autour de casemates bétonnées, aux calibres 15,2 et 7,5 cm, ont été placées plus tard sur les îles voisines. L'importance du lieu a d'ailleurs été soulignée par un incident grave survenu en 1981, lorsqu'un sous-marin russe de la classe Whisky s'est échoué non loin de là , à l'intérieur des eaux suédoises, et a failli précipiter une escalade militaire avec l'Union soviétique. L'un des officiers suédois avec lequel nous travaillons était d'ailleurs aspirant dans un bataillon amphibie à l'époque, et a lui-même pris part au face-à -face tendu que l'événement a déclenché.

De nos jours, cependant, les canons sont largement réduits au silence. Les formations d'artillerie côtière ont été dissoutes, et la base de Kungsholmen ne joue plus qu'un rôle dans la formation. La drastique réduction de volume des forces armées suédoises, poursuivie pour des raisons financières et non stratégiques, génère d'ailleurs un climat morose dans les rangs, au fil de la disparition des régiments, du licenciement des officiers et de la réduction des capacités opérationnelles. Cette forteresse majestueuse et élégante, qui conserve des traditions séculaires, symbolise malgré elle le déclin des armées conventionnelles, des gros bataillons et des gros canons, du combat symétrique et de la guerre classique. Une tristesse indéniable entoure ces lieux, tout comme elle entoure les officiers qui y ont servi en des temps perçus comme meilleurs.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h14 | Comments (2) | TrackBack

28 juin 2005

Vers les ressuscités

A quand une médecine militaire capable de ressusciter des soldats cliniquement morts sur le champ de bataille? Peut-être dans une dizaine d'années, si l'on en croit cet article qui décrit des expériences faites avec des chiens :

Pittsburgh's Safar Centre for Resuscitation Research has developed a technique in which subject's veins are drained of blood and filled with an ice-cold salt solution.
The animals are considered scientifically dead, as they stop breathing and have no heartbeat or brain activity.
But three hours later, their blood is replaced and the zombie dogs are brought back to life with an electric shock.
Plans to test the technique on humans should be realised within a year, according to the Safar Centre.
[...]
"The results are stunning. I think in 10 years we will be able to prevent death in a certain segment of those using this technology," said one US battlefield doctor.

Bien entendu, l'application d'une telle technique pourrait s'avérer trop complexe pour la médecine de guerre et les traumatismes auxquels elle est confrontée. En même temps, les progrès réalisés en quelques années seulement dans la préservation de la vie laissent espérer des solutions encore plus radicales pour sauver des soldats sans cesse plus coûteux à instruire, à éduquer, à entraîner et à équiper. Aujourd'hui déjà , on assiste dans plusieurs conflits à l'affrontement entre l'homme-machine et la bombe humaine, entre le soldat professionnel high tech et la chair à canon fanatisée. Il est probable que ce type de fossé, et le potentiel d'asymétrie qu'il recèle, continue à s'élargir.

Posted by Ludovic Monnerat at 23h16 | Comments (11) | TrackBack

Un port en eaux calmes

PortKungsholmen.jpg

L'image ci-dessus montre l'entrée du petit port circulaire utilisé par la forteresse de Kungsholmen jusqu'à la moitié du XIXe siècle. C'est un lieu absolument magnifique, dans lequel les sons vont et viennent doucement, mais qui était à l'époque un piège mortel pour tout agresseur potentiel : deux canons et les embrasures permettant de braquer une vingtaine de fusils étaient à même d'ouvrir le feu à bref délai. La porte en bois du port, qui a disparu, était levée uniquement lorsque les arrivants chantaient en suédois les mots demandant l'ouverture. Non loin de là , un chemin de ronde magnifique, sur une muraille épaisse de près de 3 mètres, fournit une vue splendide sur la mer, les îles environnantes et les quelques bateaux qui se rendent à Karlskrona ou en reviennent. Un lieu idéal pour méditer quelques instants, s'abandonner à des évocations agréables et apprécier le soleil, qui permet de maintenir une température agréable, en rien caniculaire! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 22h34 | TrackBack

Au coeur du donjon

Nos partenaires suédois ont le chic de trouver des installations pittoresques pour les travaux d'état-major en commun. Comme au mois d'août dernier, nous sommes sur une île qui fait également office de base militaire, mais il s'agit cette fois d'une forteresse en service, en l'occurrence Kungsholmen, au large de la grande base navale de Karlskrona. Malheureusement, la sensibilité des installations en question réduit notre liberté de mouvement, ainsi que notre aptitude à prendre des photos. Lundi matin, après un trajet en train de Copenhague à Kristianstad puis en bus jusqu'à Karlskrona, nous avons ainsi eu la chance d'apercevoir au moins un exemplaire de la plupart des navires de guerre modernes de la marine suédoise, à commencer par leurs sous-marins à propulsion anaérobie. Tout appareil photo étant interdit dans le périmètre de la base, je ne peux en fournir aucun relief, mais découvrir ce type d'installation reste particulièrement intéressant. Même si l'accès aux frégates furtives de la classe Visby est vraiment restreint !

La forteresse de Kungsholmen est en soi une chose unique. Construite à partir de 1680 et constamment modifiée par la suite, elle mesure 450 m du nord au sud et 226 m d'est en ouest ; plusieurs de ses éléments portent des noms en français (la redoute, le fort demi-lune, le donjon, le corps de garde), puisque le roi de Suède a ordonné sa construction et son développement à une époque où le français était la langue de référence. En plus de 3 siècles d'existence, cette bâtisse défensive n'a jamais été attaquée une seule fois. Son surarmement l'explique très largement : nous logeons par exemple au donjon, qui était un bâtiment en forme de promontoire initialement garni de 42 canons. D'autres emplacements étaient littéralement truffés de pièces, et plus de 1000 hommes au fil du temps défendaient l'ensemble des ouvrages. Aujourd'hui, la base continue d'être exploitée pour l'instruction des éléments de sécurité navale, et pour d'autres activités sur lesquelles un voile pudique demeure.

J'aurai tout de même quelques photos saisissantes à mettre en ligne, grâce à la visite guidée faite lundi soir ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 6h44 | Comments (6) | TrackBack

27 juin 2005

Au-dessus de l'Europe

AileBoeing.jpg

Les vols en avion peuvent parfois dévoiler une beauté irréelle. Blotti près de l'aile du Boeing 737-700 qui m'a emmené de Kloten à Copenhague (on ira demain en Suède), j'ai eu le privilège de pouvoir alterner la lecture d'un ouvrage de stratégie stimulant et l'observation d'une Europe sans cesse plus nordique, entre les couches vagabondes des nuages. A 12'000 mètres d'altitude, les villages deviennent de petits éclats de vie humaine entre les taches sombres que forment les forêts et les damiers des champs cultivés ; le soleil s'inclinant fait parfois briller comme autant de bâtonnets dorés des essaims d'éoliennes, dont on devine les lentes rotations. Tout un spectacle lointain et émouvant, propice à la réflexion et à l'inspiration, sur lequel se superpose l'image des êtres chers, le plaisir du voyage et les promesses du lendemain!

Posted by Ludovic Monnerat at 0h45 | Comments (1) | TrackBack

26 juin 2005

A nouveau en voyage

Mes activités professionnelles comprennent des travaux à l'étranger, et c'est la raison pour laquelle je pars aujourd'hui à destination de la Suède. Quelques jours de travaux d'état-major en vue d'un exercice multinational qui aura lieu à la fin de l'année font partie des préparatifs à mener avec nos partenaires suédois, qui alternativement viennent en Suisse. Au-delà des missions spécifiques attribuées à chaque officier, ces voyages sont d'ailleurs l'occasion renouvelée de découvrir des régions inconnues, des cultures différentes, des paysages captivants ; j'espère d'ailleurs fournir sur ce carnet quelque relief de ces derniers. En plus, les officiers suédois avec lesquels nous travaillons sont chaleureux, sympathiques et pleins d'humour, ce qui rend la perspective encore plus agréable !

Mon absence scandinave va naturellement réduire un brin ma présence sur ce site. Elle me permettra aussi d'échapper à la canicule qui s'annonce ces prochains jours! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 16h50 | TrackBack

Les reporters en chambre (2)

Un autre cas comparable à celui d'Anne-Sophie Le Mauff, cette journaliste française qui avouait sans sourciller faire "son boulot" à Bagdad en restant dans son hôtel, a été soulevé par les lecteurs du quotidien canadien Globe and Mail. Une journaliste canadienne en Israël a en effet décrit des choses totalement imaginaires sur la rencontre entre Ariel Sharon et Mahmoud Abbas, allant jusqu'à décrire des aspects polémiques sur le lieu du sommet en se trompant d'emplacement. La cause de ces erreurs a été rapidement dévoilée par le journal :

After outraged readers pointed out the error, the Globe and Mail issued a correction.
"Obviously, it's a very embarrassing error," said Guy Nicholson, the newspaper's interim foreign editor. "We asked her for some background about where the story location was. Unfortunately, she was not actually at the scene of it. She wrote it off of television and wires."
Dov Smith, executive director of HonestReporting Canada, which tracks Canadian media for anti-Israel bias, questioned how the reporter was able to describe participants in the meeting as "grim-faced" - a phrase that appeared in the article - if she wasn't actually there.

Rien ne permet de conclure à autre chose qu'un cas isolé et non représentatif. Le fait que les éléments ajoutés par la journaliste aient un caractère pro-palestinien peut également être dû au hasard. Malgré cela, ce type d'incident et sa révélation uniquement suite à des erreurs grossières laissent planer une suspicion malencontreuse sur le travail des reporters. Quand les rédactions vont-elles donc adopter des règles élémentaires de transparence et indiquer à leurs lecteurs dans quelles conditions leurs produits médiatiques ont-ils été réalisés? Il est probable que la diminution des ventes et des audiences devienne la principale incitation pour cette amélioration à la fois qualitative et morale.

Posted by Ludovic Monnerat at 12h01 | Comments (19) | TrackBack

Une vue sur le Plateau

Hasenmatt.jpg

La pluie m'a momentanément dissuadué d'enfourcher mon vélo, hier après-midi, mais j'ai fini par profiter d'une accalmie d'ailleurs trompeuse pour repartir à l'assaut de paisibles sommets. Une jolie ballade de 42 km qui m'amené via Court et la Binzberg au pied du Hasenmatt (1317 m), d'où l'on aperçoit le plateau mais pas les Alpes en raison des nuages (voir photo ci-dessus, où le cours sinueux de l'Aar est bien visible, avec le village d'Arch au centre de l'image, derrière le pont de l'A5), puis au Weissenstein par le chemin solaire avant de rentrer chez moi par St-Joseph (enfin, Gänsbrunnen dans l'idiome alémanique), en un peu plus de 2 heures. La chaleur et la moiteur de l'air n'étaient pas des plus agréables, mais la pluie a eu le bon goût de ne tomber qu'à la montée, alors que la route était sèche pour la descente du Weissenstein.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h33 | TrackBack

25 juin 2005

La fabrique à monstres

Lundi dernier, les Forces de défense israéliennes ont intercepté au point de passage d'Erez, au nord de la bande de Gaza, une jeune femme palestinienne de 21 ans qui a tenté sans succès de mettre à feu une charge explosive de 10 kg cachée sous ses vêtements. Cette femme était au bénéfice d'une autorisation de passage d'origine médicale, et devait se rendre dans un hôpital de Beer'Sheva pour s'y faire exploser, selon les instructions du groupe terroriste palestinien qui la contrôlait. Les images de son échec ont assez rapidement circulé sur le réseau.

La réaction de la communauté internationale à cet événement choquant, à ce massacre évité grâce aux mesures de sécurité, a été d'appeler à la réduction de ces mesures pour faciliter le flux de personnes et de marchandises entre la bande de Gaza et la Cisjordanie. En d'autres termes, la mort abominable de quelques citoyens israéliens dans un hôpital ne saurait compter aux yeux du monde. De toute manière, l'Europe entretient discrètement des contacts avec les organisations terroristes palestiniennes, en vertu d'une stratégie d'apaisement qui consiste toujours à récompenser par une attention accrue les extrémistes et leurs violences.

Il est intéressant de considérer la motivation de la jeune palestinienne à se faire exploser au milieu des patients et des visiteurs d'un établissement médical dans lequel elle avait reçu un traitement : le rêve d'être une martyr, la volonté depuis l'enfance de commettre une attaque probablement suicidaire. Compte tenu de son âge, cette femme a donc été exposée à toute la propagande guerrière qui inonde la jeunesse palestinienne depuis l'époque de la première Intifada et des Accords d'Oslo, et qui continue sans répit. Les territoires palestiniens ont été transformés en une gigantesque fabrique à monstres, en une folle expérimentation sociale qui aboutit à nier la valeur même de la vie.

Essayer de transformer une société entière en arme de guerre, et faire de la lutte armée l'essence même de son existence, a été la contribution révolutionnaire de Yasser Arafat à l'histoire des conflits. C'est aussi une recette pour un désastre garanti. Perdre de vue le caractère instrumental du combat pour en faire un idéal permanent et universel revient à écarter toute limite dans l'application de la violence. De nos jours, le terrorisme palestinien est ainsi devenu un culte mortifère, une adoration dévorante qui s'incruste dans les esprits et pervertit toute une société. Lorsque l'enfantement vient à être considéré avant tout comme une source de futurs combattants, le lavage des cerveaux palestinien se hisse au rang de crime contre l'humanité.

Condamnée à affronter les produits de ce crime, la population israélienne n'aura d'autre choix que de maintenir ses défenses, sous peine de disparaître ou de ressembler à ses ennemis. Mais la population palestinienne reste la plus à plaindre, car c'est bien la principale victime de ces idées monstrueuses qui détruisent peu à peu son identité et son avenir.

Posted by Ludovic Monnerat at 14h39 | Comments (49) | TrackBack

24 juin 2005

Un mois sans télévision

C'est le week-end dernier que je m'en suis rendu compte, en tombant nez-à -nez avec l'écran poussiéreux de mon poste : j'ai passé 4 semaines sans regarder la télévision. Ma chambre à l'école de l'OTAN était pourtant équipée d'un appareil apparemment confortable, mais le temps libre que j'y ai passé était largement consacré à la lecture et à mes activités en ligne - dont la rédaction de billets sur ce site ; pendant les jours qui ont suivi mon retour en Suisse, mes fonctions militaires m'ont plus directement détourné du petit écran, même si la chambre mise à ma disposition à Lucerne jeudi passé était également équipée (le logement dans les casernes commence vraiment à suivre des standards hôteliers !). Et pour être franc, l'effet de cette privation est très largement anecdotique, voire marginalement positif sur le plan de l'information. Ne pas se forcer à subir le journal télévisé pour simplement en appréhender la perspective, et souvent vérifier à quel point la réalité y est simplifiée, rognée ou biaisée, est en soi très appréciable.

La manière de consommer l'information est ainsi en évolution rapide. Si l'on considère les débuts de la télévision, on se rappelle que les Etats ont longtemps gardé le contrôle de ce véritable entonnoir à messages et à divertissements ; en France, l'ORTF était essentiellement la voix de son maître, et la diversification des chaînes n'a pas totalement supprimé leur dépendance vis-à -vis du pouvoir politique. Dans un petit coin de pays comme la Suisse romande, le monopole de la TSR s'est maintenu au-delà de la privatisation, largement pour des questions de masse critique au niveau du marché, mais le contrôle de son contenu informatif est entre les mains de ses journalistes. Le pouvoir de l'information, qui s'exprime surtout par le choix et le traitement des sujets, est donc détenu par une corporation s'adressant à un public captif. L'absence d'interactivité et l'arbitraire des décisions éditoriales restent inchangées. D'autres médias sont nécessaires.

La numérisation de l'information et l'interconnexion des ordinateurs change la donne. Une information digitalisée peut être facilement téléchargée, stockée, dupliquée, modifiée et redistribuée ; elle autorise une rupture dans la linéarité de la diffusion, facilite l'analyse détaillée et décentralisée des contenus, dévalue les données sans valeur ajoutée, favorise la recherche sur la base de critères libres, et permet au récepteur de rapidement se transformer en émetteur. En d'autres termes, plusieurs fonctions qui jusqu'ici restaient l'apanage des rédactions - chef d'édition, éditorialiste, reporter, archiviste, infographiste, etc. - ont été rendues accessibles, voire déléguées, au plus grand nombre. C'est pourquoi nous assistons depuis plusieurs années déjà à un transfert de pouvoir, illustré ponctuellement par certaines affaires célèbres (comme celle des mémos truqués de CBS), mais dont l'ampleur à terme reste certainement insoupçonnée.

Bien entendu, tout ceci prend du temps : ce n'est pas du jour au lendemain que les habitudes du public vont changer. Pourtant, je pense qu'en l'espace d'une génération la manière de consommer l'information aura radicalement évolué. Les individus qui aujourd'hui déjà constituent leur propre revue de presse sur Internet ne vont certainement pas revenir en arrière ; au contraire, les possibilités offertes par la technologie seront exploitées par les entreprises surfant sur la déferlante de l'innovation, et un effet d'entraînement va peu à peu généraliser les pratiques qui aujourd'hui sont l'apanage d'un petit nombre. La semaine dernière à Lucerne, l'un de mes camarades m'a par exemple affirmé qu'il s'informait de plus en plus par l'entremise des blogs, et non des médias traditionnels en ligne. Je pense que de tels comportements se multiplient inexorablement.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h32 | Comments (17) | TrackBack

23 juin 2005

Les reporters en chambre

Le mythe du grand reporter est bien ancré dans les rédactions : celui d'un homme ou d'une femme courageux, qui prend des risques pour révéler la vérité, et dont l'expérience individuelle ainsi que le statut professionnel garantissent la qualité des productions. Il n'est ainsi pas rare que le reportage "du terrain" soit placé sur un piédestal, tout spécialement lorsque le sujet est un conflit armé, et que la moindre contribution d'un journaliste sur place ait plus de valeur que tout le reste. Il est allé là -bas, il a vu, il a entendu ; il doit forcément dire la vérité, toute la vérité, il doit forcément tout comprendre ce dont il a été témoin. Je schématise un brin, mais pas davantage.

Evidemment, la réalité prend parfois des airs moins héroïques, voire franchement sordides, comme l'a rappelé hier presque incidemment Libération, dans un article consacré à l'expulsion d'Irak de la journaliste française Anne-Sophie Le Mauff :

La jeune femme, qui travaille comme pigiste pour plusieurs médias (l'Humanité, Sud-Ouest, Radio Monte-Carlo, Radio Vatican, Radio Canada, etc.), et qui est installée à Bagdad depuis quinze mois, était en larmes. «Je ne comprends pas cette décision, dit-elle. Je fais mon boulot, je suis prudente, je ne quitte pas mon hôtel.» Les agents du ministère de l'Intérieur irakien lui ont indiqué qu'elle recevrait aujourd'hui la notification officielle de son expulsion.

Lire ceci m'a littéralement estomaqué : on a beau avoir peu d'illusions sur les médias contemporains, la spontanéité ingénue d'un tel aveu a de quoi surprendre. Comment madame Le Mauff peut-elle bien faire son boulot en ne quittant pas son hôtel? Comment peut-elle garantir l'exactitude de ses sources si elle s'appuie sur des pigistes locaux? Comment ses employeurs peuvent-ils vérifier ses articles s'ils n'ont pas la moindre information sur leur origine? Et comment les lecteurs peuvent-ils se fier à des "reportages" dont la transparence n'est pas exactement la qualité principale? Même à l'ère de l'information spectacle, que de tels procédés soient avoués comme si de rien n'était demeure scandaleux.

Ce qui est piquant, c'est que les journalistes en tant que corporation semblent encore vivre et penser selon des schémas d'un autre temps :

Reporters sans frontières a aussitôt dénoncé cette expulsion qui constitue «une grave atteinte à la liberté de la presse».

Apparemment, la liberté de fabriquer des reportages depuis un hôtel et de dissimuler cette particularité toute anecdotique mérite donc d'être protégée avec ferveur. Un peu comme si le fait d'être journaliste suffisait à incarner la liberté de la presse, et pas le travail de fond qui l'accompagne...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h46 | Comments (7) | TrackBack

Irak : optimisme exagéré

Plusieurs informations parvenues ces jours mettent en évidence le succès stratégique obtenu par la coalition sous commandement américain en Irak : des affrontements éclatent au sein même de la guérilla, confirmant la scission survenue au fil des mois entre les djihadistes pratiquant le terrorisme et les combattants sunnites irakiens, que les combats de Falloujah en novembre dernier avaient d'ailleurs révélée ; les forces armées irakiennes continuent leur montée en puissance et l'augmentation de leurs actions, permettant aux formations américaines de libérer des ressources croissantes pour des opérations offensives ; le processus politique se poursuit avec la participation de toutes les composantes du pays, y compris la minorité sunnite, dont les dirigeants sont bien davantage enclins à la négociation ; le développement de la société irakienne continue à un rythme rapide, et la croissance économique pour 2005 devrait par exemple atteindre 35% du PIB, malgré les sabotages qui continuent d'entraver l'approvisionnement énergétique. Toutes ces tendances sont apparues depuis des mois.

Cette évolution n'empêche pas le niveau de violence de rester important au cours du dernier trimestre (environ 60 attaques par jour actuellement), après une accalmie due au choc qu'ont représenté les élections, et toujours aussi localisé. Les liens très lâches qui existent au sein de ce qu'il faut nommer la guérilla sunnite expliquent à la fois son incapacité à déployer une influence nationale et son endurance face aux offensives mixtes, coalisées et irakiennes. L'attention médiatique obtenue par les attentats à la voiture piégée, qui frappent durement la population irakienne, cache en effet une escalade dans l'usage de cette arme indiscriminante et dans l'absence de message politique émis par ses auteurs. Le chaos punitif infligé par les frustrés du nouvel Irak et par les ennemis de la démocratie se nourrit ainsi d'une escalade nihiliste qui ne peut que rebuter les cÅ“urs et les esprits. Comme je l'ai déjà affirmé à plusieurs reprises sur ce site, la guérilla sunnite se bat actuellement pour sa survie, pour son existence en tant que belligérant. La construction politique qu'elle ne peut empêcher constitue ainsi une menace mortelle.

Le succès militaire, politique, économique et sociétal de la coalition en Irak me semble clair. Mais il ne faut pas confondre cela avec le succès dans le conflit, puisque la société irakienne n'est que l'un de ses deux champs de bataille principaux. Les jugements très optimistes émis ces jours par le vice-président américain Dick Cheney, jugeant la guérilla au bord du gouffre, ou par le journaliste Karl Zinsmeister, criant à la victoire tant espérée par les partisans de cette opération, sont ainsi nettement exagérés. Au-delà de la perspective temporelle différente des conflits de basse intensité, qui rendent difficiles les jugements ponctuels, il faut rappeler que les situations d'asymétrie du fort au faible donnent un caractère décisif aux faiblesses du fort. L'opinion publique américaine et son influence sur les décisions prises par les dirigeants politiques américains forment toujours un centre de gravité vulnérable, et son importance relative évolue en fonction des élections. Or les derniers sondages montrent clairement que la perception véhiculée majoritairement par les médias et axée sur la violence en Irak a un impact croissant sur le public.

Ce ne serait bien entendu pas la première fois qu'une victoire militaire sur le théâtre d'opérations est annulée par une défaite politique à domicile : c'est régulièrement le sort qui attend les démocraties dans les petites guerres. Il existe pourtant une différence de taille : l'Irak ne constitue qu'un champ de bataille dans le conflit planétaire et générationnel que nous connaissons - et menons - aujourd'hui. La théorie du papier attrape-mouches, que pour ma part je préfère nommer l'abattoir à djihadistes, obtient ainsi régulièrement des confirmations frappantes. Il est aujourd'hui clair que la décision américaine de prendre l'offensive en Irak a généré un élan démocratique qui oblige les islamistes à combattre dans des conditions défavorables, et à investir des ressources qui restent limitées. Loin de susciter une vague de recrutement sous la bannière du califat rénové, la guerre en Irak constitue un exutoire pour toutes les têtes brûlées et conditionnées que produisent nombre de communautés musulmanes, y compris en Europe. En d'autres termes, comme le savent les forces de sécurité européennes, il vaut mieux que les djihadistes en herbe de notre époque se fassent massacrer par les forces armées américaines dans le désert irakien, au lieu de continuer à infiltrer les sociétés occidentales et de se tenir prêt à les frapper.

Là encore, il faut toutefois se garder de tout optimisme injustifié : le climat de défaitisme qui entoure les combattants islamistes en Irak depuis la perte de Falloujah et les élections de janvier a déjà provoqué nombre de désaffections, de retours prématurés qui font peser un danger considérable. L'échec prévisible de la guérilla antidémocratique en Irak devrait ainsi provoquer un reflux de djihadistes enclins aux pires vengeances, auquel cas les « Irakiens » remplaceraient les « Afghans » comme éléments déstabilisateurs des sociétés européennes ou maghrébines. Aussi longtemps qu'une victoire définitive ne sera pas obtenue sur le terrain des idées, le terrorisme continuera donc de menacer les existences quotidiennes.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h03 | Comments (22) | TrackBack

22 juin 2005

Souvenir de Sumatra

Meulaboh.jpg

Voici 4 mois que j'ai débarqué à Medan pour faire partie du contingent envoyé en Indonésie pour aider les victimes du tsunami. Le peu que j'ai vu de l'île de Sumatra, de sa population, de ses paysages, de ses dévastations aussi, reste toujours bien présent dans mon esprit. J'y repense tout naturellement lorsque je suis amené à parler de l'opération de l'armée suisse, ce que je fais régulièrement sous l'angle des leçons apprises, et plus ponctuellement pour la présenter lors d'un exposé spécifique. C'est exactement ce que je vais faire ce soir à Lausanne, auprès de la Société vaudoise des officiers, au nom du commandant de la task force suisse à Sumatra (qui est submergé de demandes analogues!).

La photo ci-dessus a été prise par mes soins le 25 février à Meulaboh, en début d'après-midi. Je me tenais à bord du Super Puma T-314, et l'instant avait ceci d'étonnant que les deux hélicoptères suisses engagés ce jour étaient simultanément en train de charger du personnel et du matériel, rotors en marche pour gagner du temps, dans cette place d'atterrissage. Le mécanicien que l'on voit sur l'image veille à ce que personne ne s'approche dans la zone dangereuse autour de l'appareil. Avec le nombre d'enfants qu'attirait le ballet aérien, c'était une nécessité permanente.

Lorsqu'un Super Puma passe au-dessus de moi, c'est invariablement des images telles que celles-ci qui me reviennent à l'esprit. Le professionnalisme et la générosité des militaires suisses dans des lieux désolés, face à une population démunie, mais souriante et optimiste. Défendre, protéger et aider : les missions de l'armée ne changent pas au fil des réformes structurelles, des pressions budgétaires et des caprices politiques, parce qu'elles sont au coeur de l'existence des sociétés. L'ultima ratio, le dernier rempart, le seul garant, en définitive, de la normalité - qu'il s'agisse de la préserver ou de la restaurer.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h19 | TrackBack

21 juin 2005

Le vaccin de l'US Navy

L'une des innovations majeures de ces dernières années, dans la stratégie navale, est l'introduction de systèmes de propulsion anaérobies pour des sous-marins de petite taille. Cette technologie, qui connaît plusieurs déclinaisons entre les nations qui la maîtrisent (Allemagne, France, Suède, Russie avant tout), permet en effet à des submersibles diesel de rester plusieurs semaines en plongée, au lieu de devoir remonter près de la surface pour recharger leurs batteries électriques en actionnant le moteur principal. En d'autres termes, les appareils de ce type se rapprochent des sous-marins nucléaires sur le plan de l'endurance, sans pour autant rivaliser avec eux en matière de vitesse ; mais ils promettent surtout une propulsion très silencieuse, et donc la possibilité de défier les grandes flottes marines et sous-marines à moindres frais, du moins à proximité des côtes. Un sous-marin anaérobie équipé de torpilles modernes (jusqu'à 40 km de portée) et de missiles antinavires volant à la surface de l'eau (jusqu'à 220 km) forme ainsi une menace nouvelle.

La première marine du monde ne pouvait se permettre d'ignorer cette évolution, même si la plupart des marines s'équipant de sous-marins AIP (Air Independant Propulsion) sont alliées, à l'exception notable de la Chine et des modèles russes qu'elle est en train de mettre en service. L'US Navy a donc conclu avec la marine suédoise un accord qui entre ces jours dans le vif du sujet : le prêt pendant une année d'un sous-marin à propulsion anaérobie avec son équipage, afin de lui faire jouer le force d'adversaire dans des exercices de lutte anti-sous-marine. J'ignore quelle contrepartie les forces armées suédoises ont obtenue avec le prêt du HMS Gotland, mais elle doit être à la mesure du service qu'elles rendent à la flotte américaine : la possibilité de s'entraîner de façon intensive avec l'un des meilleurs sous-marins d'attaque non nucléaire du moment, et donc de mesurer aussi bien ses capacités que sa signature. Pour prendre une analogie avec le monde médical, on pourrait dire que l'US Navy commence ces jours à s'administrer un vaccin anti-AIP. Le premier contact au combat avec l'un de ces engins ne sera pas une surprise complète.

Avoir un temps d'avance et prévenir l'effet d'une innovation avant même qu'elle soit entièrement introduite est bien entendu hautement désirable pour une nation dominante. En même temps, il ne faut pas surestimer l'importance des sous-marins AIP : le nombre total de modèles en service ou en production s'élève à moins de 30, souvent en quantités réduites (4 en Allemagne, 3 en Suède, 4 en Grèce, etc.), alors que les grandes marines occidentales alignent 69 sous-marins d'attaque nucléaire (Etats-Unis 52, Grande-Bretagne 11 et France 6), dont les remplaçants sont déjà en cours de production (respectivement classe Virginia, Astute et Barracuda). En même temps, les clients des sous-marins anaérobies se trouvent également dans la région asiatique (2 en Malaisie, 3 au Pakistan, 3 en Corée du Sud, peut-être 6 en Inde, sans parler de la Chine). L'emploi de ce type de submersible en conflit relève donc d'une probabilité assez élevée, notamment face à leurs concurrents nucléaires - ces derniers étant les seuls à même de les chasser et de les empêcher de s'en prendre aux flottes combattantes de surface.

Sur un autre plan, on peut relever que la coopération militaire est très étroite entre la Suède et les Etats-Unis dans le domaine des réseaux de commandement, au point que l'on considère parfois les Suédois comme susceptibles d'être infiltrés par des intérêts américains. Ceci explique peut-être cela.

Posted by Ludovic Monnerat at 13h58 | Comments (3) | TrackBack

20 juin 2005

Mise à jour de CheckPoint

Plusieurs articles ont été mis à jour sur mon site d'information militaire et stratégique CheckPoint :

La nécessité de l'unification stratégique face au chaos

La transformation de la guerre et la dimension sociétale des conflits imposent la création d'outils transversaux capables d'en traiter toutes les facettes, et donc de faire face au chaos dévorant de notre époque. Réflexions.


L'Iran et la bombe : un défi pour la communauté internationale

La question du programme nucléaire iranien agite les chancelleries. Mais la diplomatie européenne est pénalisée par l'absence de véritable moyen de pression, alors que la diplomatie américaine privilégie la voie onusienne. Une issue militaire est-elle évitable ?


Le rôle des forces spéciales US : entretien avec Richard Marcinko

Les forces spéciales occupent une place toujours plus grande dans les opérations militaires contemporaines, et notamment depuis le 11 septembre 2001. La guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis repose ainsi largement sur leur spectre d'actions préventives et décisives.

Srebrenica et l'Europe, entre l'espoir et l'oubli

Dix ans après les massacres de Srebrenica en Yougoslavie, l'histoire semble rattraper les responsables de ce qui fut le plus grave massacre de toute la guerre en Bosnie.

Posted by Ludovic Monnerat at 23h54 | Comments (2) | TrackBack

Les folies de Guantanamo

Mark Steyn est à mon sens le meilleur éditorialiste de notre époque. Il le prouve aujourd'hui encore avec une colonne décapante et percutante sur les dernières folies entourant le camp de Guantanamo, en l'occurrence l'analogie faite par un sénateur démocrate entre les soldats du camp et les SS des camps de concentration nazis, les gardes des goulags soviétiques ou les exécutants génocidaires de Pol Pot. Puisque faire écouter de la musique pop à des hommes combattant hors des lois de la guerre est assimilé par l'un des principaux législateurs américains au massacre par millions de prisonniers politiques, voilà qui augure des conséquences électorales plutôt funestes pour son parti :

Judging from the way he's dug himself in, Dick Durbin, the Number Two Democrat in the US Senate, genuinely believes Gitmo is analogous to Belsen, the gulags and the killing fields. But he crossed a line, from anti-Bush to anti-American, and most Americans have no interest in following him down that path.You can't claim (as Democrats do, incessantly) to "support our troops" and then dump them in the same category as the Nazis and the Khmer Rouge. In the hermetically sealed echo chamber between the Dem leadership, the mainstream US media, Hollywood, Ivy League "intellectuals" and European sophisticates, the gulag cracks are utterly unexceptional. But, for a political party that keeps losing elections because it has less and less appeal outside a few coastal enclaves, Durbin's remarks are devastating. The Democrats flopped in 2002 and 2004 because they were seen as incoherent on national security issues. Explicitly branding themselves as the "terrorists' rights" party is unlikely to improve their chances for 2006.

Lisez le tout. Vous ne le regretterez pas !

COMPLEMENT I (22.6 0930) : Six jours après ses déclarations initiales, le sénateur Durbin a finalement prononcé ses excuses et rétracté ses propos scandaleux. Voilà qui devrait contribuer à éclairer le débat, notamment du point de vue électoral...

Posted by Ludovic Monnerat at 18h33 | Comments (24) | TrackBack

Par monts et par vaux

Binzberg.jpg

Comme la météo s'est montrée exceptionnellement clémente ce week-end, et que j'avais tout naturellement des fourmis dans les jambes, je me suis offert deux tours en vélo, courts mais délassants, hier et avant-hier. A chaque fois, j'ai grimpé au-delà de 1000 mètres et obtenu quelques aperçus prenants (ci-dessus la vue depuis la Binzberg sur Welschenrohr et la vallée qui mène à Balsthal), avant d'effectuer une descente vivifiante, la gifle de l'air superposée au bruissement métallique de mes freins à disque. Des sensations pures... :)

Posted by Ludovic Monnerat at 9h09 | Comments (1) | TrackBack

19 juin 2005

Irak : stratégie gagnante

S'il est encore besoin de souligner à quel point le talent individuel est mis en valeur par l'intermédiaire des blogs, un billet mis en ligne hier sur celui de Bill Roggio en est une illustration magistrale. L'auteur, dénommé Grim, se livre en effet à une analyse détaillée de la situation en Irak entre la guérilla sunnite, la coalition et les forces irakiennes, et le fait dans le cadre d'une réflexion stratégique qui est exactement celle qui manque dans les médias traditionnels :

It does appear that, in certain ways, enemy capability to cause mayhem is improving.
This is, however, normal in any sort of warfare, insurgency or otherwise. It is to be expected that enemies will become more deadly as time passes. This is so much a baseline feature of warfighting that Carl von Clausewitz, perhaps the greatest military scientist of them all, stated that escalation was one of the two universal features of war.
[...] Time permits the enemy to develop specialized techniques for fighting your particular kind of training; and that, as the enemy loses more men and material, he becomes more committed to winning rather than wasting what he has lost. Also, as you and he become more committed to winning, the stakes rise such that committing more, or even all, becomes a rational proposition. At the start, a battle may be something you can win or lose at little cost; but if you fight it long enough, it becomes a battle you must win in order to remain in the war. The battle becomes a decisive one.

Ce mécanisme de montée aux extrêmes s'applique exactement à l'Irak : la mouvance islamiste a engagé des ressources sans cesse plus grandes dans ce pays pour tenter d'enrayer la contamination démocratique. Les dernières offensives coalisées à l'ouest du pays, d'après cette source (que je juge fiable sur la base des 4 années depuis lesquelles je la suis), ont montré que la moitié des terroristes combattus dans ce secteur sont étrangers. L'Irak est devenu un véritable abattoir à djihadistes, un point focal où les combattants islamistes se font massacrer par la puissance de feu américaine sans parvenir à influencer de façon positive la population irakienne.

Le point culminant de l'affrontement ne sera probablement pas atteint ces prochains mois, compte tenu de la durée propre aux conflits de basse intensité. Mais le choix de combattre en Irak, au coeur du monde arabo-musulman, apparaît toujours plus sensé :

We are not fighting in a battlespace that includes our own society. The enemy has failed to engage us there effectively, since 9/11. The political sniping between Blue and Red, left and right, is not warfare. It is politics; and I think it is no nastier now than it was in the 1990s. As far as the GWOT goes, then, here is the important fact: we are fighting it entirely in the enemy's society. Our own society is not changed by the war; if anything, society is reverting to pre-9/11 mores. In the global war, then, I think we are winning -- and winning big.
Because we are fighting in the enemy's society, there are two possible outcomes: we lose the battle for that society, in which case we must try again at some other opportunity; or he loses, in which case he is destroyed. If we were fighting in our own society, the choices would be reversed. The campaign in Iraq must be seen as a battle in this wider war, and one that we have to fight and win for this reason: it keeps us fighting on the enemy's ground. The war can only be won when it is won at the level of a whole society. That means that, if we are to win, we must fight it in his society.

Les principes de la stratégie ne changent pas malgré l'évolution des technologies, et porter le combat contre le centre de gravité ennemi (encore une notion due à Clausewitz) est toujours la meilleure manière de prévenir les attaques contre son propre centre de gravité. Les affrontements et la reconstruction en Irak forment l'une des campagnes de la grande guerre des idées qui secoue la planète, alimentée par l'extinction inévitable qui attend les ensemble de valeurs et les modes de vie archaïques. Ce sont des sociétés entières, comme l'affirme Grim, qui sont en train d'être transformées sous l'action du Gouvernement américain, avec pour arme principale l'idéal démocratique. La mission de la coalition en Irak consiste donc à protéger ce processus et à détruire ceux qui s'y opposent.

La stratégie US semble donc gagnante, pour autant que la société américaine - le propre centre de gravité - accepte les sacrifices pour la mettre en oeuvre jusqu'à son terme. Ce n'est pas en Irak que les Etats-Unis peuvent perdre, mais comme toujours sur leur propre sol :

Ordinary people do not like chaos. An insurgency that can offer nothing else will not win against any alternative -- even a nation dominated by the hated Shi'ites, even an outright American occupation.
[...] We are winning, because on these terms, we cannot lose. The battlespace is Iraqi society, and Iraqi society cannot be won by what our enemy can offer. We win faster if we can make our alternative better, and we win faster if we can prove the enemy's inability to hold and govern territory -- the necessary condition for any sort of stability, without the hope of which the people of the Triangle will not support them.
The only remaining question is this: are we willing, as a society, to pay the price necessary to bring the victory about?

En d'autres termes, la préoccupation de l'administration Bush à propos de l'Irak devrait être actuellement l'endurance, aussi bien physique que psychologique. La réduction du volume des troupes US, à leur plus bas niveau depuis 6 mois avec 135'000 militaires, est un premier pas dans cette direction. A terme, il faut ainsi prévoir un contingent essentiellement dévolu au conseil et à l'appui des forces locales, tout en constituant une base d'opérations dissuasive au coeur du Moyen-Orient. Mais le soutien chancelant du public américain nécessite aussi des succès concrets pour être restauré et préservé. La concentration sur l'offensive devrait donc logiquement s'accroître ces prochains mois.

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18 juin 2005

La chute d'Amnesty (2)

Les dérapages d'Amnesty International concernant le camp de prisonniers de Guantanamo continuent de poursuivre l'organisation. Le Washington Post a publié aujourd'hui une colonne de Pavel Litvinov, ancien prisonnier politique soviétique détenu au goulag, dans laquelle celui-ci révèle qu'Amnesty cherche désormais des rescapés des camps de travail communistes pour confirmer son analogie scandaleuse :

Several days ago I received a telephone call from an old friend who is a longtime Amnesty International staffer. He asked me whether I, as a former Soviet "prisoner of conscience" adopted by Amnesty, would support the statement by Amnesty's executive director, Irene Khan, that the Guantanamo Bay prison in Cuba is the "gulag of our time."
"Don't you think that there's an enormous difference?" I asked him.
"Sure," he said, "but after all, it attracts attention to the problem of Guantanamo detainees."

Il est donc désormais clair que la volonté de maximiser la couverture médiatique prime, aux yeux des dirigeants actuels d'Amnesty International, l'exactitude des faits et le respect des victimes. Litvinov appelle explicitement l'ONG à se séparer de leaders politiquement biaisés. Je pense pour ma part qu'une bonne partie de l'organisation souffre du même syndrome.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h34 | Comments (3) | TrackBack

De l'information spectacle

Le Figaro publie aujourd'hui un article fort intéressant sur la presse « people » française, et notamment sur la recherche des couvertures les plus susceptibles de favoriser les ventes. Les enjeux économiques, avec des tirages qui atteignent le million d'exemplaires pour Paris Match, sont bien entendu cruciaux. Mais c'est surtout l'influence de cette course à l'audience sur la fabrication de l'information, au-delà de la seule presse spécialisée, qui doit attirer notre attention :

Les vacances se rapprochant, les enchères auprès des agences photos pour les scoops de l'été ont commencé. Tom Cruise subitement amoureux de l'actrice américaine Kathie Holmes sera évidemment traqué. La photo qui prouvera que leur romance n'est qu'un coup marketing est déjà valorisée à 200 000 euros, ce qui correspond au montant versé pour le premier baiser de Dodi et de Diana. Chez Point de Vue, les téléobjectifs sont braqués sur Balmoral, le château écossais de la famille royale d'Angleterre. «Kate, l'amie du prince William va pour la première fois habiter sous le même toit que Charles et Camilla», explique la directrice de la rédaction, Colombe Pringle.
[!]
Les people étrangers sont aussi une valeur sûre. Pour Laurence Piau, rédactrice en chef de Closer, Brad Pitt et Angelina Jolie, «c'est du lourd». Il s'agit de deux stars internationales bien identifiées dont l'histoire épouse tous les cadres de la presse «people» : le rêve, le mystère, le scandale. «Britney Spears aussi assure de bonnes ventes autant sur les jeunes que sur les vieilles lectrices qui la considèrent comme leur fille», poursuit-elle.
[!]
Rares sont les éditeurs à dévoiler les arcanes de leurs cuisines. Chez Hachette Filipacchi Médias (Ici Paris, France Dimanche, Public, Choc), on ne partage pas ses secrets de fabrication. «C'est un sujet trop stratégique pour que nous puissions nous exprimer sur le sujet», explique son porte-parole.
La France ayant peu de grandes stars, les prix des photos flambent. Pire : la presse «people» n'a plus l'exclusivité des potins. Elle subit de plein fouet la concurrence des news comme Le Point et L'Express. «Nous assistons à une peoplisation de la société et des médias», analyse Jean-Paul Lubot, directeur délégué d'Emap France.

De ces quelques lignes, il est possible de tirer trois déductions à mon sens importantes. Premièrement, la presse « pipole » (zut, il faut bien essayer de franciser cela, non ?) sait exactement ce qui tente le plus ses lecteurs - « le rêve, le mystère, le scandale » - et elle s'efforce empiriquement de produire un contenu qui s'en approche au plus près. Deuxièmement, les histoires peuvent être construites à l'avance sur la base de ces attentes et les faits choisis pour venir les confirmer, avec une prime à la clef pour qui est en mesure de livrer ceux-ci. Troisièmement, la presse supposée sérieuse empiète de plus en plus sur ce terrain, et recourt de façon croissante aux mêmes techniques de l'information spectacle, notamment parce que la gratuité de l'information brute peut inciter à compenser les pertes par une focalisation sur les vedettes mystérieuses et scandaleuses (on se rappelle en Suisse de l'affaire Borer-Ringier).

La principale conséquence de tout cela (la méthode d'analyse énoncé-déduction-conséquence fait partie intégrante des méthodes militaires actuelles!) me semble claire : l'information devient un produit de consommation courante, conçu en fonction des attentes du public, et dont la fiabilité en chute libre est largement dissimulée par le renouvellement constant. A une époque où le service après-vente et la traçabilité des produits sont des gages de qualité jusque dans l'industrie agroalimentaire, l'information reste une denrée souvent fournie sans garantie et sans transparence. Le consommateur lésé n'a aucune possibilité d'obtenir réparation pour le paiement d'une information fausse. Dans ces conditions, il est logique - la technologie aidant - que nombreux soient ceux qui se lancent dans la production de contre-information, sans pour autant parvenir à créer un spectacle aussi attrayant.

A terme, la transformation des invididus en récepteurs et émetteurs de contenus médiatiques aura naturellement un impact profond. Dans l'immédiat, la circonspection et l'esprit critique sont de mise pour toute information dont la source n'est pas connue et reconnue...

Posted by Ludovic Monnerat at 11h46 | Comments (2) | TrackBack

Une escale à Lucerne

PontLucerne.jpg

J'ai pris en quatrième vitesse cette photo vendredi matin, sur le débarcadère de Lucerne, peu avant de prendre mon train pour Berne. Le soir précédent, j'avais donné de 1930 à 2240 une instruction sur le thème des opérations d'information aux participants du stage de formation d'état-major général III (que j'ai accompli voici une année). Un horaire d'ailleurs modeste pour les participants, puisque durant la semaine ils avaient déjà deux fois travaillé au-delà de minuit - un peu comme si l'école d'état-major général connaissait une autre dimension temporelle!

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17 juin 2005

Les brumes de l'avenir

L'orientation, la structure, la doctrine, le volume ou encore l'alimentation des forces sont des sujets âprement débattus. Ils impliquent des choix difficiles, dont les conséquences portent sur plusieurs décennies, et qui reposent sur des projections par définition contestables. Après la grande compression des années 90, justifiée par la disparition d'une menace présente et non par l'absence de menace future, les armées occidentales sont aujourd'hui toutes confrontées au dilemme consistant à choisir la meilleure combinaison entre ces différents paramètres. Et le désir de répondre aux défis de demain est toujours conjugué à celui de préserver les réponses qui ont fait leurs preuves. Transpercer les brumes de l'avenir sans tirer les fausses leçons du passé est à peu près impossible, surtout lorsque les débats sont marqués par l'émotion.

On trouve un bon exemple dans l'article virulent que l'historien Arthur Herman a publié aujourd'hui dans le New York Post. Les réductions de la flotte américaine, et notamment de ses sous-marins, sont pour lui la meilleure recette pour un désastre à venir :

After World War One, British bureaucrats decided the Royal Navy no longer needed to be biggest in the world, and to save money shrank away the fleet that defended the world's seaways. The result was the rise of totalitarian Japan in the Pacific, fascist Italy in the Mediterranean and Hitler's U-boat wolf-packs roaming the North Atlantic.
In 1922, the United States signed the Washington naval treaty, thereby limiting the growth of its fleet in order to promote world peace. The result was Pearl Harbor.
Now short-sighted Pentagon planners are determined to repeat history. The drastic cuts they are making in our navy's size, strength and support are unprecedented for a nation at war. And nowhere will the new Incredible Shrinking Navy be more apparent, and do more harm, than in our dwindling submarine fleet.

Les arguments tirés du passé sont toujours à double tranchant : ils peuvent effectivement illustrer une réalité historique et révéler des phénomènes toujours actuels, mais ils peuvent également ne représenter qu'une accumulation de faits tronqués, choisis pour mieux appuyer une réflexion contemporaine ou une opinion tranchée. Les propos d'Arthur Herman semblent recouvrir ces deux aspects, notamment le second lorsqu'il affirme que l'Amirauté britannique pensait compenser la réduction de sa flotte par la qualité de ses navires - alors que le croiseur de bataille Hood avait des faiblesses bien connues depuis les destructions subies par la Royal Navy au Jutland, avec des bâtiments de conception similaire. On peut mettre sur le compte de la longueur restreinte de son texte de telles approximations.

Il est tout aussi intéressant de considérer l'image de la menace qui justifie, aux yeux de l'auteur, le maintien d'une flotte sous-marine qui reste de loin la plus puissante du monde :

For the threats out there are real, and already at sea. North Korea has the fourth largest submarine fleet in the world. China's much publicized military expansion has concentrated on building up its submarines. The Chinese already have more conventional subs than we do, and will build 20 more advanced ones by the end of the decade.
China's naval-warfare gurus and high-ranking officers see their nation's underwater fleet as crucial to victory if war breaks out over Taiwan. With swarms of attack subs roaming at will in the Pacific, American aircraft carriers would have to think twice before entering the conflict. What the Pentagon planners would do then, without enough subs to fight back, is not clear.
Iraq and the War on Terror demand the headlines and our strategic attention right now, and rightly so. But just how vulnerable do we want to be in the face of long-term threats like China or a nuclear-armed North Korea?

Mentionner la Corée du Nord ne sert pas à grand-chose : une accumulation de vieux sous-marins de type soviétique ne peut strictement rien contre des modèles occidentaux récents, qui sont en mesure de rester indétectables bien plus longtemps et feraient des ravages dans la flotte sous-marine nord-coréenne en cas de confrontation. Le cas de la Chine n'est pas très différente : malgré tous ses efforts, la marine chinoise n'a pas encore réussi à maîtriser la propulsion nucléaire, condition sine qua pour produire des sous-marins capables de mouvements aussi rapides et prolongés que les navires combattant en surface, alors que les sous-marins russes à propulsion anaérobie dont elle fait l'acquisition restent plus bruyants que leurs possibles adversaires américains.

Pourtant, ces quelques lignes mettent le doigt sur un élément essentiel : est-ce que la Chine représente effectivement la menace majeure, à moyen terme, pour les Etats-Unis ? Est-ce qu'il s'agit là d'une projection basée sur des tendances avérées, ou au contraire un réflexe issu de la guerre froide et consistant à trouver un ennemi tangible ? Ou, pour aller plus au cÅ“ur du sujet : est-ce la plus grande menace future peut être incarnée par un Etat que l'ambition ou l'idéologie opposent, ou est-ce que les Etats dans leur totalité ne sont pas davantage menacés par des structures sociales différentes, reposant par exemple sur d'autres dénominateurs communs que l'identité nationale ? Si effectivement les Etats deviennent tellement affaiblis et interdépendants qu'ils doivent lutter pour préserver leur légitimité, et donc leur existence, une flotte sous-marine conçue pour affronter celle d'un autre nation ne saurait revêtir un aspect prioritaire.

Posted by Ludovic Monnerat at 16h56 | Comments (11) | TrackBack

16 juin 2005

D'une place à l'autre

PlaceFederale.jpg

La nouvelle place fédérale inaugurée l'an dernier est un paradis pour enfants, petits et grands, lors des journées ensoleillés : le ballet des jets d'eau forme un ravissement et un rafraîchissement permanents. J'y étais peu avant midi, et je ne peux résister au plaisir d'en partager quelque relief - tout en me déplaçant en train vers Lucerne, en vue d'une séquence d'instruction presque nocturne que je vais donner à l'école d'état-major général. A l'attention des non-helvètes qui fréquentent ce site, je tiens à préciser que le bâtiment figurant sur la photo est le Palais fédéral, qui est le siège à la fois du Gouvernement et des deux chambres du Parlement. On n'y entre plus vraiment comme dans un moulin, depuis le massacre de Zoug en 2001, mais les mesures de sécurité sont bien différentes de ce que l'on peut trouver ailleurs!

Posted by Ludovic Monnerat at 16h24 | TrackBack

15 juin 2005

Irak : écrans de fumée

Les conflits de basse intensité sont des affrontements au ralenti, des combats aux points, des luttes dans lesquelles la force ne peut à elle seule mener à la décision. Les pertes qu'ils peuvent infliger à une armée pendant 1 an sont le plus souvent inférieures à celles qu'un conflit de haute intensité engendreraient en 1 jour. C'est notamment le cas de l'Irak : en 25 mois, les Forces armées US ont perdu plus de 1700 hommes, mais c'est deux fois moins que le premier jour du débarquement de Normandie. La comparaison est triviale sur le plan militaire, mais pas sur le plan temporel : comprendre un conflit de basse intensité impose de cerner ces tendances qui, au fil des mois, indiquent l'évolution des rapports de forces.

A l'opposé des faits sélectionnés, segmentés et compilés qui forment l'actualité quotidienne, l'analyse des tendances est la seule manière d'émettre un jugement fondé sur un conflit. Ce sont de telles tendances qui m'ont amené, voici presque 2 ans, à annoncer le succès stratégique de la coalition en Irak. Les impressions véhiculées par les médias dès l'été 2003, axées sur le mythe de soldats américains démoralisés et impuissants au sein d'une population hostile, ont été totalement contredites par les faits. On voit ainsi aujourd'hui des unités américaines mener depuis 8 mois une offensive constante contre les lignes de communication de la guérilla sunnite, et les forces de sécurité irakiennes monter des opérations anti-terroristes d'une ampleur toujours plus grande.

Ces tendances qui se dessinaient dès les premiers mois de l'insurrection, toutefois, auraient pu être inversées si la guérilla désormais anti-démocratique avait réussi à se transformer en mouvement de résistance nationale. Mais les ennemis de la coalition n'ont jamais réussi à adopter une stratégie unifiée et cohérente, un objectif réaliste et fédérateur. Trop faibles pour contrer le géant militaire US, trop meurtriers pour séduire la population irakienne et trop aveugles pour la terroriser, ils sont condamnés à une fuite en avant pour simplement poursuivre la lutte. Cela ne signifie pas qu'ils aient perdu celle-ci, loin s'en faut ; cela signifie simplement qu'ils ne peuvent plus, pour l'heure, se concentrer sur l'essentiel : la politique.

On peut faire illusion en multipliant les bombes et en exploitant l'appétit insatiable des médias pour l'émotionnel, mais l'opinion des Irakiens produit aussitôt un retour à la réalité dès qu'elle peut s'exprimer - dans les urnes ou les sondages. Une stratégie gagnante, dans une perspective contre-insurrectionnelle, consiste donc à favoriser cette expression autant que possible. Et c'est exactement ce que la coalition fait, malgré des errements inévitables. Un segment économique comme celui des télécommunications est par exemple un indicateur important de la situation en Irak, même si le million d'Irakiens nouvellement abonnés et les conversations qu'ils entretiennent sont bien entendu invisibles.

En définitive, voilà de nombreux mois que la force armée n'est plus décisive en Irak, pour la simple et bonne raison que l'on ne peut pas combattre une idée par la puissance du feu, pas plus avec des bombardiers lourds qu'avec des voitures piégées. Lever chaque jour les écrans de fumée issus d'une vaine violence est donc la seule manière de suivre un tel conflit.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h57 | Comments (6) | TrackBack

14 juin 2005

De nouveau dans le bain

Ce qui est bien, avec les retours de l'étranger, c'est qu'ils se ressemblent tous : la boîte aux lettres s'est remplie de courrier, le compte utilisateur a été bloqué, le code d'accès aux imprimantes m'est sorti de la tête, et lorsque j'ai enfin accès à mon ordinateur, le mail est complètement surchargé de messages le plus souvent inutiles. En d'autres termes, l'atterrissage a pris plusieurs heures. En même temps, j'ai directement alterné avec une semaine de service qui a commencé dimanche déjà - on n'est jamais plus tranquille que le week-end pour travailler! - et qui se poursuit ces jours à Berne. Raison pour laquelle ma présence sur ce site se réduit quelque peu actuellement. Les horaires de travail sont diamétralement opposés entre l'OTAN et l'état-major de conduite de l'armée suisse !

Posted by Ludovic Monnerat at 17h54 | Comments (1) | TrackBack

13 juin 2005

Sus au renseignement

L'attaque frontale et la critique acerbe des services de renseignements n'est pas spécialité suisse, mais mon pays semble les pratiquer avec entrain depuis de nombreuses années. On se rappelle qu'à l'été 1999, la présidente d'un parti gouvernemental - en l'occurrence le PS - avait tout bonnement demandé la suppression des services de renseignements, au motif sidérant que la Suisse n'avait pas "de grands secrets". De tels accents existent aujourd'hui encore, si l'on en croit cet article de Sylvain Besson publié ce lundi dans Le Temps :

A quoi servent les divers services de renseignement civils et militaires dont dispose la Suisse? A rien, ou bien peu de choses. C'est du moins ce qu'affirmait en janvier dernier une commission spécialisée du Conseil national.

Il est vrai que la communauté suisse du renseignement, balayée comme une malpropre au début des années 90 lors de l'affaire des fiches, et à nouveau clouée au pilori en 1999 lors de l'affaire Bellasi (un détournement de fonds sans rapport avec la qualité des produits du renseignement suisse), souffre de maux profonds, dont le manque de moyens et de directives politiques n'est pas le moins douloureux. Et les tensions marquées entre les différents services ne sont pas un secret, comme l'a révélé l'an passé la mise sur écoute par le SAP (renseignement intérieur) de membres du SRS (renseignement extérieur). Mais est-ce que cela justifie la poursuite des attaques insultantes contre ceux qui, dans l'ombre et sans aucune reconnaissance, continuent jour après jour d'essayer de détecter les menaces qui pèsent sur le pays?

La fin de l'article de Sylvain Besson, auquel l'usage de sources anonymes confère certes un grand potentiel de désinformation, est pour le moins difficile à avaler :

Une source proche du gouvernement raconte l'anecdote suivante: «Un examen a été fait pour voir combien de fois, ces dernières années, le Conseil fédéral a pris une décision sur la base d'informations fournies par les services de renseignement. Et la réponse, c'est zéro.»

Je ne suis pas membre de la communauté suisse du renseignement, mais laissez-moi vous dire que cette "source" omet un élément important : aucune décision opérationnelle sur le plan militaire, qui fait tôt ou tard l'objet d'une décision du Conseil fédéral, n'est prise sans utiliser les informations du renseignement militaire. Ce dernier est d'ailleurs curieusement oublié dans l'énumération faite par Sylvain Besson. Pour comprendre le texte de ce dernier, il s'agit donc d'appréhender les intérêts que défendent ses informateurs anonymes et les objectifs qu'ils visent à travers la diffusion de "faits" manifestement biaisés. Une démarche à laquelle cependant je ne suis pas en mesure de me livrer...

Posted by Ludovic Monnerat at 17h04 | Comments (5) | TrackBack

12 juin 2005

Des fantômes assassins

Voici un mois et demi, j'avais consacré un billet critique à un article du Temps qui reproduisait et prolongeait un rapport de l'International Crisis Group sur l'état de l'islamisme au Sahel. Cette ONG affirmait que le commandement américain en Europe (EUCOM) exagérait la menace dans cette région, voire se livrait même à une manipulation pour justifier l'extension de ses activités. J'avais tenté de montrer les erreurs factuelles de cet article et les fautes de raisonnement qui limitaient l'intérêt de ce rapport. Affirmer que les Etats-Unis pourchassent des fantômes au Sahel en déployant leurs forces spéciales si rares n'avait, il est vrai, pas beaucoup de sens.

Le week-end dernier, une attaque commise sur un cantonnement de l'armée mauritanienne, à la frontière avec l'Algérie, a fait 15 morts, 17 blessés et 2 disparus dans les rangs des quelque 60 soldats présents ; les agresseurs, au nombre de 150, auraient perdu 9 hommes. Cette attaque a été revendiquée par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui relève de la franchiste islamiste d'Al-Qaïda dans la région et continue de commettre des attentats en Algérie. Le motif de cette attaque serait ainsi des représailles contre les arrestations d'islamistes effectuées en Mauritanie depuis mars dernier. Et ceci quelques jours avant que des manoeuvres militaires ne débutent sous la conduite des Etats-Unis.

Ces fantômes assassins, naturellement, ne convainquent pas ceux qui persistent à prêter aux militaires américains des visées irrédentistes qui rendent nécessaire un mensonge permanent. Pour ma part, je suis enclin à croire effectivement que le Sahel constitue une région favorable aux réseaux terroristes, et que l'action d'interdiction menée par l'EUCOM avec les pays concernés possède une justification stratégique solide (sans parler de l'importance de l'Algérie en tant que foyer du terrorisme). Le fait qu'une armée nationale soit durement attaquée suffit à indiquer les risques de déstabilisation issus du désert, indépendamment de l'identité des auteurs de cette action. Et le rapport de l'ICG montre encore plus ses limites, de même que les biais idéologiques qui empêchent l'écrasante majorité des ONG de constituer des interlocuteurs sérieux en matière de sécurité.

COMPLEMENT I (13.6 0850) : On notera que la pratique consistant à reprendre les rapports d'une ONG et à interviewer l'un de ses responsables est aujourd'hui utilisée à nouveau par Le Temps, cette fois-ci au sujet du Zimbabwe. Il ne faut pas perdre de vue les économies que ce type de technique permet de réaliser par rapport au paiement d'un reporter sur place...

Posted by Ludovic Monnerat at 19h46 | Comments (8) | TrackBack

11 juin 2005

Du jeu vidéo au cinéma

Hollywood a annoncé hier entrer dans la phase finale des négociations pour porter sur grand écran le jeu vidéo Halo, développé par Microsoft et dont la 2e version a fait l'objet d'une publicité sans précédent. Avec 14 millions d'exemplaires vendus, Halo est d'ailleurs l'un des jeux vidéos les plus populaires de tous les temps, et son contexte de lutte contre des aliens voués à détruire la race humaine est suffisamment universel pour en faire un succès global. Un véritable univers a été créé avec ce jeu, dont les déclinaisons littéraires et musicales, conjuguées à sa pratique acharnée en multijoueurs, devaient tôt ou tard aboutir à une version cinématographique.

Bien entendu, ce n'est pas la première fois qu'un jeu vidéo d'action est transformé en film, comme Tomb Raider, Mortal Combat, Street Fighter ou encore Resident Evil l'ont montré. Le transfert reste de toute manière nettement plus fréquent dans l'autre sens, avec par exemple la multitude de jeux produits sous la franchise Star Wars. Cependant, ce portage de Halo confirme la montée en puissance du jeu vidéo comme pilier culturel de notre époque, au-delà de l'espace conflictuel qu'il constitue déjà - comme l'indique par exemple ce jeu anti-israélien développé en Syrie, ou de manière plus caractérisque encore ce jeu américain, qui reproduit directement des combats récents à l'instar de ceux de Falloujah.

Plus de 30 ans après leur création, les jeux vidéos sont en mesure de créer la substance des mythes qui nourrissent les sociétés. Nous sommes loin des quelques pixels animés qui pourtant faisaient tout le charme des vieilles bornes d'arcade. Et les jeunes générations entretiennent avec ces nouveaux contenus ludiques, parfois très conventionnels, des relations qu'il n'est pas aisé de prévoir. La valeur stratégique de l'industrie logicielle dépasse certainement les utilitaires que nous utilisons au quotidien ; à terme, les sociétés capables de produire de nouvelles légendes, c'est-à -dire de nouvelles représentations du monde, seront en mesure d'exercer par la séduction une influence majeure. Et comme la créativité individuelle reste une valeur-clef de l'industrie du jeu vidéo, les valeurs qui la favorisent sont les vecteurs d'une telle puissance.

Quand Super Mario partira-t-il à la conquête du monde ? :)

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Souvenir d'Oberammergau

NATOSchool.jpg

Cette image montre une partie du village d'Oberammergau, avec en arrière-plan les nombreux bâtiments de la NATO School - et de l'école d'administration de la Bundeswehr, qui en occupe d'ailleurs la plus grande partie. Elle montre assez bien, du moins je l'espère, le charme de cette région à l'approche de l'été. Un tel cadre est remarquablement adapté à des cours allant de 1 à 3 semaines et consacrés à des thèmes autrement plus alarmants. Il rappelle surtout que l'un des dangers menaçant les professionnels de la défense consiste à peindre en permanence le diable sur la muraille, à sentir constamment le ciel nous tomber sur la tête. Peut-être parfois à tort!

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10 juin 2005

Un retour en ICE

C'est une nouvelle transhumance ferroviaire dans laquelle je me suis lancé en début d'après-midi : plus de 8 heures de trajet, avec 6 trains différents, pour quitter la Haute-Bavière et regagner mon Jura. En fait, j'aurais dû rentrer en voiture avec l'un des officiers suisses ayant suivi ce cours, mais une urgence privée a contraint ce dernier à partir hier déjà d'Oberammergau. En même temps, il est plutôt agréable d'effectuer - comme maintenant - un trajet dans une rame ICE allemande, dont les sièges 1ère classe très spacieux sont judicieusement équipés d'une prise électrique. Rien de tel pour soulager un portable dont les batteries sont à l'agonie ! Evidemment, avec les tonnes de bagages que je trimballe, l'accès à ma place dûment réservée a été un brin compliqué, mais j'ai encore presque 2 heures jusqu'à Stuttgart pour profiter de cette situation bien commode. Et goûter ce retour bienvenu au pays.

La fin officielle du cours s'est faite sans grande pompe, ce matin, par une remise de diplômes promptement expédiée. Auparavant, nous avons eu droit à un exposé très intéressant sur la situation actuelle en Afghanistan et l'expansion des activités de l'OTAN dans ce pays (dont la distance avec l'Atlantique Nord ne laisse de surprendre!), puis une présentation du Joint Forces Training Center, un nouveau centre d'entraînement de l'Alliance destiné aux états-majors des composantes de forces, situé en Pologne, dans une ville à l'orthographe tellement absconse que j'ai renoncé à la mémoriser. Les participants ont ensuite pris congé les uns des autres, quelquefois avec une émotion non feinte, car les formations de ce type permettent de tisser des liens d'amitié et de camaraderie, entre professionnels de la défense, qui vont au-delà des différences de culture et de doctrine. Cette dimension humaine revêt d'ailleurs une importance au moins égale au contenu didactique de la formation.

Au final, ce cours s'est révélé tout à fait passionnant. Je n'ai pas pu confier à ce carnet toutes les réflexions qu'il m'a inspirées ni toutes les informations que j'en ai tirées, pour des raisons évidentes, mais j'ai exploité ces 3 semaines au maximum ou presque pour augmenter mes connaissances et élargir mes horizons. Le livret noir qui ne me quitte jamais, que je porte l'uniforme ou non, a vu ses pages être littéralement recouvertes de notes diverses, de faits marquants, de déductions à creuser ou d'idées à mémoriser. Je n'ai lu que 4 des 7 livres qui alourdissent notablement ma valise, préférant avec raison explorer le paysage et la culture de la région, mais l'essentiel n'était pas là . Et je me réjouis déjà de la prochaine formation que je suivrai à l'étranger, en septembre prochain si les planifications en cours sont respectées. Ce sera aussi l'occasion de publier d'autres images agréables sur ce site !

Posted by Ludovic Monnerat at 16h25 | Comments (1) | TrackBack

9 juin 2005

La fin de l'exercice

Ce cours au sein de l'OTAN touche à sa fin, et les deux dernières journées de l'exercice ont été consacrées avant tout à deux activités spécifiques : hier, parmi la gestion des différentes crises qui ont été simulées par le système (rien de bien grave : un attentat à la bombe dans la gare principale de la capitale du pays X, une épidémie de choléra dans un camp de réfugiés, des plans pour une attaque terroriste au gaz sarin découverts dans une redoute d'une tribu rebelle fanatisée - la routine, quoi !), les groupes ont en effet conduit un rapport de coopération civilo-militaire avec un représentant du gouvernement local, deux représentants d'agences onusiennes et deux représentants d'organisations non gouvernementales ; aujourd'hui, c'est une conférence de presse qui a été menée par les différents groupes, face à 4 « journalistes » venant d'origines variées et ayant des intérêts très divers. Et comme le directeur du JOC devait représenter le commandant de la ZFOR à chacune de ces activités, je me suis retrouvé à devoir les diriger. Une expérience fort intéressante !

Bien entendu, les conférences de presse sont très loin de m'être inconnues, et en donner une en anglais ne posait a priori pas de problème particulier. Cependant, l'un des journalistes - tous les rôles étaient joués par des officiers de réserve américains - se distinguait par une agressivité et une paranoïa extrêmes, de sorte qu'il fallait parvenir à contenir ses interruptions et à gérer ses questions accusatrices pour continuer à mener normalement l'événement. Quant au rapport CIMIC de la veille, il consistait avant tout à assurer la coordination des besoins et des ressources entre d'une part un gouvernement totalement démuni face à des crises majeures, et d'autres part des agences et des ONG ayant chacune des compétences et des intérêts différents. L'objectif principal restant de trouver une solution face aux risques de rupture d'un barrage, dont la zone d'inondation potentielle était habitée par 125'000 personnes. Au final, ces deux activités spécifiques de l'exercice se sont fort bien déroulées pour notre groupe, et auraient pu être pratiquées telles quelles dans une opération réelle - selon les critiques reçues, naturellement.

L'exercice qui nous occupait depuis 2 semaines s'est ainsi achevé en fin de matinée, et le cours continue depuis sur son erre avec un ralentissement notable : cet après-midi, nous avons ainsi eu droit à 10 présentations de pays - chaque nation représentée dispose de 5 minutes pour décrire sa géographie, sa population, son système politique, ses forces armées et ses missions de maintien de la paix - avant de mettre un terme à la journée de formation. Ce soir, un dîner officiel en tenue d'apparat - c'est-à -dire en tenue de sortie 95 pour les officiers suisses - permettra de prendre congé des uns et des autres, alors que le cours sera formellement terminé demain, en fin de matinée, après deux exposés et une brève remise de diplômes. Il sera alors temps pour moi de reprendre mes bagages, de mettre le cap sur la Suisse et de retrouver mon environnement originel. Je dois reconnaître m'en réjouir, malgré tous les charmes que peut receler la Haute Bavière !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h03 | TrackBack

8 juin 2005

Le choc des cultures

Travailler dans un état-major multinational confronte chacun aux différences qui existent entre ressortissants de divers pays, ou plutôt de divers ensembles de pays. Pendant les 2 premières semaines du cours, les travaux de planification s'effectuaient sur un rythme très modéré, du moins en regard de ce qui est pratiqué en Suisse, de sorte que les interactions entre participants se faisaient sans grande pression à ce niveau. On avait le temps de laisser à chacun ses habitudes, et le travail par petits groupes permettait quelque part de noyer les différences. En phase de conduite, cependant, l'urgence des situations change tout : l'état-major est constitué d'individus qui remplissent des fonctions distinctes et doivent tous être en mesure de comprendre les actions en cours ainsi que les implications et besoins dans leur domaine de compétence. Et lorsqu'un JOC est artificiellement réduit à 8 officiers en raison de la configuration propre au cours, les différences sont soulignées lors de chaque crise.

Par rapport à des officiers occidentaux, il est ainsi frappant de constater à quel point les officiers issus des anciennes républiques soviétiques font généralement preuve de passivité. Les uns pratiquent spontanément l'Auftragstaktik, qui consiste à fixer des objectifs à un subordonné en lui laissant la plus grande liberté de manÅ“uvre possible pour les atteindre, alors que les autres pratiquent la Befehlstaktik, qui bannit l'initiative individuelle et assujettit chaque acte à un ordre explicite. Bien entendu, cette différence est assez schématique et ces deux principes peuvent être nécessaires en fonction de la situation, mais l'orientation des uns et des autres est très claire. J'ai ainsi été sidéré de voir un officier supérieur d'une république anciennement soviétique être capable de passer un quart d'heure à ne rien faire, planté devant son écran, sans prendre aucune initiative alors que des informations circulent et que l'état-major travaille d'arrache-pied sur un ordre partiel, simplement parce qu'aucun ordre ne lui a été donné. Les différences culturelles ont fait l'objet d'une explication au début du cours, mais y être confronté dans une telle situation reste un choc.

Assez rapidement, de tels officiers sont donc simplement mis de côté et leurs fonctions sont officieusement reprises par d'autres membres de l'état-major, en plus de leurs tâches nominales. Un exemple : cet après-midi, pendant l'exercice, une inondation d'ampleur imprévue dans un secteur où se rejoignent deux voies de chemin de fer utilisées pour l'approvisionnement de nos unités nous a ainsi contraints à rapidement modifier nos principaux itinéraires de ravitaillement ; une fraction de l'état-major s'est donc penchée pendant une demi-heure sur le cas avant d'émettre un ordre partiel à destination de nos subordonnés, mais l'officier responsable de la logistique n'en faisait pas partie - pour la simple et bonne raison qu'il était incapable de fournir la moindre contribution utile à temps dans ce processus. Le grade et l'âge ne jouent aucun rôle dans de tels travaux ; ce sont la compétence et l'aptitude à fonctionner en groupe qui déterminent les responsabilités qu'un officier peut être ou non amené à endosser. Et les fractures dues à des systèmes de valeurs ou à des éducations autres jouent un rôle important dans ce processus : un état-major OTAN exige un état d'esprit occidental, où l'indépendance, l'initiative et le sens critique sont de première importance.

En même temps, cela n'est pas très nouveau. Durant les stages de formation d'état-major général, en Suisse, on distingue assez rapidement les officiers qui se concentrent sur l'assemblage des cartes et le collage des plastiques, et ceux qui préparent concrètement les décisions du commandant par l'analyse des facteurs opératifs - forces, espace, temps et information. Ces différences entre individus sont simplement multipliées par les différences culturelles, au point d'atteindre parfois une incompatibilité complète.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h41 | Comments (8) | TrackBack

7 juin 2005

Au fil des dents de scie

La deuxième journée d'exercice de conduite du cours s'est achevée au terme de 8 heures de simulation, pendant lesquelles nous avons exploité notre CJOC en permanence - à l'exception d'une pause de 45 minutes environ à midi (ce qui est bien commode par rapport à la réalité). Une journée de ce type se déroule en dents de scie, avec des périodes d'activité frénétique, durant lesquelles des situations de crise appellent des réactions urgentes, et des périodes d'attente qu'il s'agit de mettre à profit pour accomplir des tâches de fond - comme préparer les rapports ou les conférences de presse. L'évolution des moyens de conduite impose cependant des modifications dans la manière d'obtenir l'information ; alors que par le passé un centre d'opérations interforces de ce type aurait été bardé de téléphones et de radios résonnant sans cesse, la plupart des informations parviennent aujourd'hui via le courrier électronique, sous forme de message comprenant texte et images, ainsi que par l'image opérationnelle commune. Celle-ci consiste en une image digitale représentant la carte de la région et l'emplacement des différentes unités identifiées ou connues, les nôtres ou celles de n'importe quel acteur - de manière tout à fait analogue aux systèmes de commandement digitaux qui deviennent peu à peu la règle au sein des forces armées.

Le système utilisé par le simulateur JTLS permet d'obtenir rapidement des informations précises sur n'importe quel élément de notre composante terrestre, jusqu'à l'échelon des sections et des détachements, mais également sur des éléments appartenant à un acteur intégré dans le scénario en cours. En plus du bleu et du rouge traditionnels, la carte se couvre ainsi d'autres couleurs permettant de distinguer les forces civiles, les groupes terroristes, les guérillas tribales ou encore les réfugiés et personnes déplacées. Une simple icône peut de ce fait en venir à désigner une situation des plus urgentes ; cet après-midi, nous avons par exemple appris soudainement que 5000 réfugiés avaient été repérés dans une vaste forêt, manquant cruellement d'eau, de nourriture, de soins médicaux et d'abris de fortune. En l'espace de 20 minutes, notre état-major a élaboré et émis un ordre réglant l'envoi des biens nécessaires par hélicoptère, le transport subséquent des personnes dans un camp situé à 45 km de là , ainsi que la coordination avec les agences de l'ONU présentes dans les environs.

D'autres événements peuvent nécessiter des actions d'une ampleur différente. En fin de matinée, des éléments de reconnaissance de notre ZFOR patrouillant dans la capitale du pays Y ont ainsi repéré et arrêté un homme qui s'est avéré porter sur lui une ceinture d'explosifs prête à être mise à feu. Ce candidat à l'attentat suicide appartenant de toute évidence à l'une des tribus fanatisées refusant l'accord de paix, nous avons décidé de déployer plusieurs détachements de forces spéciales - attribuées à la composante terrestre pour un emploi de ce type - et de les insérer par hélicoptère dans une région où le responsable présumé de la tentative d'attentat est connu pour se trouver, afin de le traquer et de l'arrêter ; nous avons également fait une demande pour exploiter cette arrestation par le biais d'opérations psychologiques dirigées contre les populations entourant ces tribus, afin d'isoler celles-ci toujours davantage. Il va de soi que la division multinationale responsable de la sécurité de la capitale a renforcé ses patrouilles sans même qu'il lui en soit donné l'ordre. Un exemple parmi d'autres.

Au final, et d'après les critiques intermédiaires reçues de la direction d'exercice, on s'en tire plutôt bien. C'est également l'avis du général Reinhardt, que j'ai eu le privilège de briefer cet après-midi pendant 5 minutes sur la situation - un exercice intellectuel toujours intense. Touchons du bois !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h22 | Comments (4) | TrackBack

Une guerre en Europe?

Lorsque des journalistes se mettent eux-mêmes à envisager un conflit armé en Europe - y compris occidentale - comme seule possibilité de déblocage, c'est que la situation est grave. On peut lire aujourd'hui les réflexions et intuitions de Laurent Wolf, correspondant en France pour Le Temps, qui dévoile un ensemble de sources dont la convergence peut effectivement mener à une situation explosive :

Les peuples sont vexés dans leur amour-propre. Passé le choc d'un désaveu électoral, les dirigeants se recomposent un quant-à -soi qui leur permet d'exercer leur ministère et de promettre pour l'avenir ce qu'ils n'ont su faire jusqu'ici. Un énorme espace se creuse entre les dirigeants et les citoyens, que chacun contemple sans aucun moyen de le combler.
Ce ne sont que des motifs de perplexité et d'irritation qui ne mènent pas directement à la guerre. Pas plus que la crise sociale endémique dans des contrées calmes et rassasiées. Ni la crise politique sous des régimes organisés pour la surmonter. Ni les certitudes des experts, qui savent ce qu'il faudrait faire et qui sont prêts à y sacrifier le bonheur immédiat pour quiconque, sauf le leur. Ni le blocage généralisé des institutions, ni l'absence de projet commun, ni d'autre issue que la répétition des solutions qui ont déjà échoué et des espoirs déçus. Ni l'idéal de santé, de longue vie, de vieillesse active, de jeunesse heureuse qui entretient l'inquiétude, provoque la peur, désigne les comportements à risque pour soi, pour les autres, pour tous et finit par associer nos existences à une nouvelle liste d'interdits destinés à les préserver.

Une guerre n'est jamais impensable, et ceux qui promettent 40 à 50 ans de paix au moins sur le continent ne font que reproduire un charlatanisme démagogique qui a coûté durement à nos aînés. Cela dit, il ne suffit pas d'énumérer un assemblage de frustrations pour prévoir un conflit ; il s'agit d'identifier des causes et des effets, des intentions et des capacités, des légitimités et des opportunités, bref s'intéresser aux belligérants de demain. Entre les Etats affaiblis, les individus conquérants, les gangs transnationaux, les entreprises irrédentistes, les communautés fanatisées, les mouvances religieuses, les organisations idéologiques ou encore les entités supranationales, les acteurs potentiellement tentés par l'action armée ne manquent pas. Même si en rester là n'aboutit qu'à se faire peur inutilement.

Posted by Ludovic Monnerat at 6h39 | Comments (25) | TrackBack

6 juin 2005

Vers l'âge conceptuel

Cet article passionnant de Daniel H. Pink dans Wired m'avait échappé, mais grâce à Instapundit je l'ai lu à l'instant (ce qui en dit long sur la capacité de mémoire collective d'Internet). Il s'agit d'une réflexion à mon sens très pertinente sur l'évolution des capacités mentales nécessaires à l'âge de l'information, alors que les machines - et la main d'oeuvre asiatique - sont en mesure d'exécuter à moindre coût des tâches linéaires et répétitives. Des capacités davantage axées sur l'intuition, la vue d'ensemble, la créativité et l'empathie :

To flourish in this age, we'll need to supplement our well-developed high tech abilities with aptitudes that are "high concept" and "high touch." High concept involves the ability to create artistic and emotional beauty, to detect patterns and opportunities, to craft a satisfying narrative, and to come up with inventions the world didn't know it was missing. High touch involves the capacity to empathize, to understand the subtleties of human interaction, to find joy in one's self and to elicit it in others, and to stretch beyond the quotidian in pursuit of purpose and meaning.
Developing these high concept, high touch abilities won't be easy for everyone. For some, the prospect seems unattainable. Fear not (or at least fear less). The sorts of abilities that now matter most are fundamentally human attributes. After all, back on the savannah, our caveperson ancestors weren't plugging numbers into spreadsheets or debugging code. But they were telling stories, demonstrating empathy, and designing innovations. These abilities have always been part of what it means to be human. It's just that after a few generations in the Information Age, many of our high concept, high touch muscles have atrophied. The challenge is to work them back into shape.
Want to get ahead today? Forget what your parents told you. Instead, do something foreigners can't do cheaper. Something computers can't do faster. And something that fills one of the nonmaterial, transcendent desires of an abundant age.
Le livre de ce brave homme est déjà sur ma liste d'attente ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h54 | Comments (1) | TrackBack

Dans l'Å“il du cyclone

Nous avons commencé ce matin à travailler sur notre simulateur, le Joint Theater Level Simulation (JTLS). Il s'agit d'un outil développé aux Etats-Unis par le Joint Forces Command et utilisé de façon croissante au sein de l'OTAN (le Collège Interarmées de Défense à Paris notamment l'emploie). Ce système de niveau opératif est conçu pour entraîner les états-majors interforces et les composantes de forces dans tout le spectre des opérations contemporaines ; pour ce faire, il intègre 10 acteurs différents avec un degré d'hostilité totalement variable et permet de simuler en temps réel toutes leurs interactions possibles sur une surface de 3400 km sur 3400. Bien entendu, le JTLS exige une infrastructure non négligeable : 6 employés civils d'une société privée et 6 contrôleurs militaires (des colonels de réserve américains), en plus des 3 chefs de groupe et de 2 directeurs d'exercice fournis par l'école, sont nécessaires pour faire tourner l'ensemble. De quoi faire travailler les étudiants de façon intensive !

Comme prévu, notre force multinationale s'est en effet trouvée confrontée à une situation plutôt délicate, et le rôle du centre d'opérations interforces multinational (CJOC) consiste à évaluer en permanence cette situation pour prendre à temps les mesures nécessaires, qu'il s'agisse de demandes de renseignements, d'échanges d'informations ou d'ordres partiels. Durant les quelques 6 heures d'opérations qui ont été simulées aujourd'hui, les événements qui se sont produits étaient assez peu nombreux - environ une trentaine - mais plusieurs d'entre eux nécessitaient des actions majeures. Un massacre commis dans deux localités différentes par des rebelles fanatiques a ainsi jeté sur les routes plusieurs dizaines de milliers de personnes, la poursuite d'intempéries massives menace de faire déborder un barrage dont la zone d'inondation est habitée par une vaste population (et l'équivalent de 2 bataillons de notre force), alors que les réticences et difficultés de l'une des parties signataires de l'accord de paix à retirer ses troupes nécessitent une action ferme et mesurée.

Gérer de tels événements et préparer les décisions du commandant impliquent une circulation optimale de l'information au sein d'un petit état-major tel que le jouent les 3 groupes de participants. Dans chacun de ceux-ci, un personnage joue un rôle-clef en assurant la distribution des tâches, la synchronisation des connaissances et le suivi des crises : le chef d'état-major, ou le directeur du JOC comme il est appelé ici. Ayant l'honneur redoutable d'occuper cette fonction (ce n'est pas la première fois qu'un Suisse le fait, m'a soufflé le chef de groupe en fin d'après-midi!), je me suis trouvé dans l'Å“il du cyclone pendant toute la journée, à force de lire, d'analyser, de prioriser et d'exploiter la masse d'informations très diverses, souvent lacunaires et incertaines (et donc réalistes), que comporte le scénario de l'exercice. On ne sort pas de telles séquences sans être un brin lessivé, mais la journée s'est bien passée, et notre groupe a réussi à traiter de façon adéquate - quoique souvent sans respecter le formel un brin étrange des documents OTAN - la totalité des événements, parvenant même à émettre en 2 heures un ordre partiel de 3 pages pour l'emploi de 2 brigades.

Mais demain est un autre jour!

Posted by Ludovic Monnerat at 20h17 | Comments (1) | TrackBack

5 juin 2005

La Suisse dans Schengen

L'info vient de me parvenir sur mon portable par SMS, grâce au service de l'ats auquel je suis abonné depuis plusieurs mois : les Suisses ont accepté les accords Schengen/Dublin avec 54,6% des voix. Je sais que tous les visiteurs helvétiques de ce site ne seront pas satisfaits ; pour ma part, ayant voté exactement comme la majorité de mes concitoyens, et considérant que ces accords contribuent à renforcer la sécurité de mon pays et de sa population, je ne peux qu'être content. Nous verrons ces prochaines années comment les avertissements des deux camps résisteront à la réalité, avec cette campagne comme souvent trop émotionnelle...

COMPLEMENT I (5.6 1650): Les résultats finaux officiels provisoires sont disponibles sur le site de la Chancellerie fédérale. On notera la participation, relativement élevée en Suisse, de 56%, mais aussi le fait que si la majorité des cantons avait été nécessaire, l'objet aurait été refusé (12 contre sur 23). Mais il s'agissait d'un arrêté fédéral, pas d'une révision de la Constitution...

COMPLEMENT II (6.6 2035) : Les bruits venant de l'Union Européenne, selon lesquels cette votation serait sans objet si la libre circulation des personnes n'est pas acceptée en septembre prochain, sont pour le moins inquiétants. Ils ont provoqué des réactions contrastées en Suisse, et j'attends d'en savoir plus avant de me prononcer à leur sujet...

Posted by Ludovic Monnerat at 16h14 | Comments (14) | TrackBack

La dernière randonnée

Laberjoch.jpg

C'est par un temps couvert et assez froid que j'ai accompli tout à l'heure la dernière randonnée de mon séjour bavarois ; la semaine prochaine, l'horaire des cours ne me permettra pas de repartir à l'assaut d'une nouvelle montagne, et le retour pour la Suisse aura lieu vendredi après-midi. Le Laberberg est un petit massif à l'est d'Oberammergau dont le sommet, le Laberjoch (1685 m), est le point d'arrivée d'un télécabine dont la station est située tout près de l'école. La vue offerte est absolument magnifique, et l'on aperçoit très bien les Alpes bavaroises au pied desquelles apparaît Garmisch-Partenkirchen (voir ci-dessus ; mes chers tremplins sont tout à fait visibles sur l'image haute résolution, juste pour préciser). L'enthousiasme suscité par ce panorama grandiose m'a d'ailleurs amené à finir l'escalade en courant et à redescendre de même par un autre itinéraire, si bien que les 12 km de cette randonnée serpentant parfois les cimes - avec 800 m de dénivellation - ont été avalés en 2h30. Cette fois-ci, mon appareil photo m'accompagnait ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 15h58 | TrackBack

La vérité sur Gitmo

Les résultats de l'enquête menée par la justice militaire américaine sur les abus supposés concernant des exemplaires du Coran, dans la base de Guantanamo Bay, ont été rendus publics. Ils soulignent clairement le monde de différence qui sépare les accusations délirantes d'Amnesty International et de certains commentateurs, de même que le fameux article mensonger de Newsweek, avec la réalité telle que des milliers de pages de rapports la décrivent. Cinq abus confirmés, quatre possibles, contre quinze abus commis par les prisonniers eux-mêmes - dont l'un d'entre eux, et non un garde, a tenté de faire passer le livre par les toilettes. Si Guantanamo est le goulag de notre époque, nous vivons vraiment des temps heureux!

Avec le recul, l'absence de perspective et la focalisation sur des détails insignifiants dont témoignent nombre de critiques sont encore plus frappantes que prévu. Ce camp abritant quelque 540 combattants irréguliers, loin d'être un haut lieu de la torture systématique, se distingue au contraire par le nombre réduit d'abus qu'il occasionnne, comme le souligne Charles Krauthammer :

In March the Navy inspector general reported that, out of about 24,000 interrogations at Guantanamo, there were seven confirmed cases of abuse, "all of which were relatively minor." In the eyes of history, compared to any other camp in any other war, this is an astonishingly small number. Two of the documented offenses involved "female interrogators who, on their own initiative, touched and spoke to detainees in a sexually suggestive manner." Not exactly the gulag.
The most inflammatory allegations have been not about people but about mishandling the Koran. What do we know here? The Pentagon reports (Brig. Gen. Jay Hood, May 26) -- all these breathless "scoops" come from the U.S. government's own investigations of itself -- that of 13 allegations of Koran abuse, five were substantiated, of which two were most likely accidental.
Let's understand what mishandling means. Under the rules the Pentagon later instituted at Guantanamo, proper handling of the Koran means using two hands and wearing gloves when touching it. Which means that if any guard held the Koran with one hand or had neglected to put on gloves, this would be considered mishandling.

Concernant le traitement des prisonniers, je me demande d'ailleurs si les prisons civiles de mon pays offrent des conditions aussi respectueuses de la religion musulmane. Comme l'écrit Michelle Malkin, le camp de Guantanamo va même probablement trop loin dans ce domaine, au point de conforter certains détenus dans leur fanatisme :

Erik Saar, an army sergeant at Gitmo for six months and co- author of a negative, tell-all book titled "Inside the Wire," inadvertently provides us more firsthand details showing just how restrained, and sensitive to Islam -- to a fault, I believe -- detention facility officials have been.
Each detainee's cell has a sink installed low to the ground, "to make it easier for the detainees to wash their feet" before Muslim prayer, Mr. Saar reports. Detainees get "two hot halal, or religiously correct, meals" a day in addition to an MRE (meal ready to eat). Loudspeakers broadcast the Muslims' call to prayer five times daily.
Every detainee gets a prayer mat, cap and Koran. Every cell has a stenciled arrow pointing toward Mecca. Moreover, Gitmo's library -- yes, library -- is stocked with Jihadi books. "I was surprised that we'd be making that concession to the religious zealotry of the terrorists," Mr. Saar admits. "It seemed to me that the camp command was helping to facilitate the terrorists' religious devotion." Mr. Saar notes one FBI special agent involved in interrogations even grew a beard like the detainees "as a sort of show of respect for their faith."

Toutes ces informations sont rarement diffusées par la presse européenne, voire même complètement ignorées. En Suisse romande, même les éditorialistes les plus intelligents sont atteints de cette maladie endémique des rédactions, consistant à déformer la réalité en fonction de ses convictions et de ses aspirations. Faire de ce camp le symbole du Mal absolu en l'absence de toute preuve montre à quel point les médias se situent de plus en plus en-dehors de la raison. Peut-on parler d'hystérie anti-américaine? C'est possible, mais il faudra attendre le prochain Président pour le savoir. Est-ce que cette hystérie peut à terme favoriser un conflit armé avec les Etats-Unis? Voilà une question qu'il serait intéressant de creuser...

Pour conclure sur Guantanamo, je ne prends pas de grand risque en affirmant que rares sont les camps de prisonniers de guerre à offrir des conditions de vie aussi humaines. Et si l'on croit que ces camps ne doivent pratiquer aucun interrogatoire, c'est que l'on connait mal la doctrine des armées - le règlement "Interrogatoire des prisonniers de guerre", à destination des officiers de renseignement suisses, fait toujours partie de ma bibliothèque. Je doute qu'il ait été abrogé. Et sans favoriser de méthode apparentée à la torture, il va tout de même au-delà des seules informations qu'un prisonnier de guerre est censée livrer (nom, grade, matricule) - et qu'un combattant irrégulier est bien incapable de connaître.

COMPLEMENT I (6.6 2050) : Cet article de John Hinderaker dans le Weekly Standard fournit un bon résumé du rapport d'enquête rendu public et de la réalité des abus commis.

Posted by Ludovic Monnerat at 6h55 | Comments (5) | TrackBack

4 juin 2005

Un rêve en panne

Cette analyse de l'agence UPI (trouvée via InstaPundit) se livre à une chose devenue très rare : le retour sur les dires récents d'un intellectuel en vue, en l'occurrence Jeremy Rifkin et son rêve européen. Le texte ne manque pas d'opposer les théories de l'auteur américain avec la réalité illustrée par les référendums en France et aux Pays-Bas :

"The European dream is a beacon of light in a troubled world," writes Rifkin, somewhat rhapsodically. "It beckons us to a new age of inclusivity, diversity, quality of life, deep play, sustainability, universal human rights, the rights of nature and peace on Earth."
Although many of these values are clearly written into the constitution Dutch and French voters so comprehensively rejected, they were almost invisible in the two referendum campaigns.
[...]
[T]he abiding image of the campaign will remain French leftists stoking up fears about Polish plumbers taking French jobs -- hardly an advertisement for liberty, equality or fraternity.

Ce retour à la réalité est certainement l'une des grandes qualités d'une expression vraiment démocratique. Mais il souligne aussi la fragilité d'un processus qui, pour être encensé par des intellectuels tels que Jeremy Rifkin, manque cruellement de légitimité populaire et reste abstrait - et donc propice aux manipulations - pour la majorité des citoyens européens. Et si l'Union Européenne était une fausse bonne idée, un concept viable s'il s'arrêtait au seul domaine économique (et sécuritaire, eu égard à l'évolution des menaces), un rêve opposé à l'identité des peuples et des personnes ? Cette question rejoint la conclusion de l'analyse précitée :

Supporters of the EU have often compared the club to a shark -- if it stops moving forward it will sink. The goal of an "ever closer union" among peoples and states is even written into the union's founding treaty, as if it were an historical inevitability. For almost 50 years, European states have voluntarily handed more powers to Brussels and the bloc has never stopped moving forward, despite numerous crises. If EU leaders decide to scrap the constitution at a mid-June summit, it will mark the first significant step backward for the union in its history. The EU will be in uncharted waters. The question is: will it sink or swim?

Et si l'Union continuait à avancer, mais dans une autre direction ?

Posted by Ludovic Monnerat at 23h27 | Comments (7) | TrackBack

Un hymne à la démesure

Neuschwanstein.jpg

La pluie qui s'est abattue sur la Bavière la nuit passée et une bonne partie de la journée m'a empêché d'accomplir la première partie de mes plans personnels : une marche matinale en vue de fouler les sommets de l'une des montagnes environnantes. Ce n'est que partie remise, puisque le ciel semble à présent se dégager. Cela dit, la deuxième partie de ces plans - frappés du sceau du bon sens, vous en conviendrez - a pu être accomplie sans aucune friction : la visite du château de Neuschwanstein. Ne pas avoir pris part à la visite organisée par l'école m'avait donné des regrets, surtout en entendant les descriptions prenantes qu'une amie m'en a faites, et j'ai pris en milieu de matinée un bus pour débarquer à Hohenschwangau. Et ainsi découvrir l'un des châteaux les plus impressionnants qui soit, non par sa beauté architecturale ou sa valeur militaire, mais parce que cette demeure de contes de fées incarne à merveille le romantisme allemand.

Ordonnée par Louis II de Bavière en 1868, la construction du château a pris 16 ans pour être achevée, et l'a été peu après la mort mystérieuse du souverain. Aujourd'hui fréquenté par plus de 1,3 millions de touristes chaque année, cet édifice transporte ainsi le visiteur dans les rêves d'un homme dont les aspirations à l'absolu ont précipité le destin tragique, et qui avait conçu une demeure dans laquelle une royauté toute religieuse et mythique pourrait être concrétisée. L'ombre de Wagner, dont Louis II était le mécène, plane naturellement sur tout le bâtiment, notamment sous la forme des héros de légende dont il a tiré des opéras célèbres. D'autres illustrations sont tout aussi saisissantes ; la salle du trône - dont l'architecture évoque une église - arbore ainsi une fresque représentant le roi Ferdinand lors de la Reconquista qui illustre la filiation désirée par ce château, et son anachronisme à la fin du XIXe siècle.

La photo ci-dessus n'a pas été prise par mes soins ; elle provient d'un CD-ROM acheté dans une échoppe près du château, et je n'ai aucun scrupule à la mettre en ligne puisque j'ai payé 14 euros ce qui finalement s'est révélé être un conglomérat de pages HTML entourant 8 malheureuses images haute résolution. Une jolie arnaque pour touriste naïf. Cela dit, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, puisque j'ai oublié stupidement mon appareil photo ; mais le temps pluvieux n'aurait de toute manière pas permis de belles images, et celles faites avec mon smartphone me l'ont montré avec éloquence. Ce qui somme toute n'est pas très grave : c'est bien l'atmosphère de ce château, cet hymne à la démesure et ce rappel mélancolique de la finitude humaine qui forment à mon sens l'essentiel de Neuschwanstein.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h04 | Comments (3) | TrackBack

3 juin 2005

Fin de la planification

Contrairement à ce que je redoutais hier, notre général n'a pas mis en pièces la variante proposée par mon groupe, et que j'ai largement contribué à développer. En fait, le rapport de décision - pour prendre un terme militaire suisse - s'est très bien déroulé, dans les 45 minutes imparties, et le commandant de la force terrestre multinationale ZFOR a accepté, à une réserve près mais avec ses félicitations sincères, les recommandations de notre groupe de planification. C'est donc un déroulement complet, articulé par tâches en 4 phases distinctes, et couronné par une demande de moyens précise, qui aurait été prêt ce matin pour la transformation en un concept d'opérations, dernière étape avant la rédaction d'un ordre d'opérations. Ce plan aurait également été transmis à l'échelon stratégique de l'OTAN afin que les nations participantes fournissent les 42'000 militaires demandés, entre 1 brigade aéromobile, 1 brigade blindée légère, 1 brigade mécanisée, 2 brigades d'infanterie de montagne, 1 brigade d'aviation, 2 brigades du génie et différents appuis spécialisés. Rien que cela !

Cependant, comme le cours est parvenu au terme de sa deuxième et avant-dernière semaine, les activités changent, et nous sommes passés cet après-midi de la planification à la conduite de l'opération, en effectuant un saut dans le temps de 150 jours. Notre force est désormais déployée, en fonction d'une solution d'école qui ressemble à s'y méprendre à la nôtre (l'articulation des deux divisions avec leurs différentes brigades ainsi que leurs fonctions sont identiques), et approche de la date à partir de laquelle une disposition essentielle de l'accord de paix doit être appliquée, en l'occurrence le retrait de 2 divisions du pays X au-delà d'une zone démilitarisée. De ce fait, les groupes ont été réorganisés pour former le noyau d'un centre d'opérations interforces multinational (Combined Joint Operations Center, CJOC) et nous avons commencé à prendre nos marques avec le système informatique utilisé pour la simulation de cette situation, qui commencera lundi prochain. Evidemment, le soussigné a hérité de la fonction la plus lourde et devra diriger le CJOC pendant toute la semaine, notamment pour distribuer les tâches entre les autres fonctions représentées - J2, J3, J4, CIMIC, triage, rapports et médias.

Pour des raisons probablement techniques, liées au logiciel de simulation utilisé, nous continuerons à engager la composante terrestre uniquement, et non les autres lignes d'opérations - aériennes, maritimes, spéciales et d'information. En même temps, le commandement d'une force multinationale chargée de traiter avec 4 Etats différents, sous l'autorité politique d'une Alliance de 26 nations, confère automatiquement à la composante terrestre une dimension aussi bien stratégique qu'opérative. Lors du jeu de guerre pratiqué mercredi, quelques actions très simples de la partie adverse - comme le refus d'une brigade du pays X de se retirer sans avoir eu le temps de ramener les corps hâtivement enterrés de ses soldats, durant le conflit que l'OTAN a stoppé - ont illustré des possibilités d'escalade assez vertigineuses. La maîtrise de la violence, un principe stratégique au cÅ“ur des missions de stabilisation, exige ainsi une précision inouïe dans les effets déployés et dans le degré de coercition recherché ; en faire trop peut déclencher les hostilités, et en faire pas assez peut ruiner toute crédibilité. Du coup, ce sont souvent des moyens gradués et indirects qui doivent être employés. Comme fournir un appui à une force adverse pour lui ôter des raisons de ne pas se conformer à l'accord de paix!

Les derniers jours de ce cours s'annoncent prometteur. Après un week-end consacré à de nouvelles pérégrinations, naturellement !

Posted by Ludovic Monnerat at 19h36 | Comments (2) | TrackBack

2 juin 2005

Le bilan de mai

Comme à l'accoutumée, je profite de ce début de mois pour remercier cordialement celles et ceux qui consultent régulièrement ce carnet et qui participent à ses débats. Même si les statistiques disponibles n'ont qu'une valeur relative aux chiffres précédents, la fréquentation de ce site poursuit sa progression, avec en moyenne quotidienne 613 visites et 1601 pages vues. Au-delà de ces chiffres bruts, cet intérêt croissant et les échanges qui en découlent sont pour moi une réelle satisfaction.

Voilà qui mérite un brin d'humour, avec encore une fois mes commentaires à quelques unes des entrées grâce auxquelles les moteurs de recherche ont envoyé des internautes par ici:

Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h14 | Comments (2) | TrackBack

Le rôle des politiciens

Ce matin, nous avons eu droit à un exposé d'un lieutenant-colonel britannique sur le rôle de la classe politique dans le cadre des opérations de stabilisation. Après une description des différences principales entre les processus militaires et politiques (les premiers privilégient les objectifs clairement fixés à long terme, les seconds la faculté de manÅ“uvrer en tout temps à court terme), cet officier des Royal Marines a expliqué pourquoi les dirigeants politiques sont intéressés à des résultats immédiats et localement visibles, ne décident que lorsqu'ils sont obligés de le faire et généralement au dernier moment. Il faut dire que l'homme a passé 10 semaines à attendre l'ordre de déploiement de son bataillon prêt à embarquer, voici 11 ans, lors du génocide au Rwanda, et comme on le sait cet ordre n'est finalement jamais venu. Dans d'autres situations, les responsables politiques interdisent aux militaires de planifier une opération, puis soudain leur ordonnent de la déclencher et s'étonnent du temps nécessaire pour ce faire. D'où la conclusion que la planification, à la différence de l'exécution, doit relever d'une responsabilité militaire.

Ce sont des aspects que l'on conserve en tête lorsque l'on planifie une opération terrestre de grande ampleur. Aujourd'hui, nous avons ainsi terminé de développer nos variantes et nous allons demain les présenter au général jouant le rôle du commandant de la ZFOR. Celle à laquelle je me suis consacré - et qui sera proposée demain - vise du coup à déployer deux divisions ayant des tâches bien différentes, l'une concentrée sur la sécurité du secteur arrière et des infrastructures, et l'autre sur la sécurité des personnes et la dissuasion des menaces. En d'autres termes, les unités de la première - appelée Multinational Division West, comme c'est l'usage - se limiteront à maintenir la paix, alors que celles de la seconde seront appelées si nécessaire à l'imposer. Ce qui a des implications politiques évidentes, notamment dans le processus de génération des forces. Si une telle opération venait à être déclenchée, l'état-major chargé de la planifier établirait en effet une liste des besoins qui serait soumise à l'ensemble des nations lors d'une conférence visant à coordonner les engagements mutuels. Ce système basé sur le volontariat a bien entendu ses limites : voilà plus de 2 ans que l'ISAF quémande sans succès 8 hélicoptères de transport!

Cette particularité de l'OTAN complique également la planification opérative. Dans le cas présent, nous avons choisi de déployer une brigade aéromobile comme premier élément de manÅ“uvre, en même temps que les éléments de commandement ; mais comment savoir si cette brigade sera américaine, hollandaise, britannique, allemande ou même multinationale, et comment évaluer ses capacités ? Cette provenance incertaine a également un impact déterminant sur le plan horaire des déploiements : si un bataillon mécanisé doit être envoyé au cÅ“ur de l'Afrique à partir de l'Italie ou du Canada, cela peut produire une différence de 10 jours dans sa disponibilité à l'engagement ; le matériel, en effet, est avant tout transporté par bateau et les soldats par avion, alors que la réception, l'articulation, l'intégration et le mouvement doivent se faire dans des zones spéciales adaptées aux derniers réglages (le tir à munitions réelles étant l'un des plus importants). Une tabelle des déploiements aussi complexe que flexible est un outil essentiel pour gérer un tel défi.

Bien entendu, tout ce que la NATO School peut offrir, c'est un exercice sur papier - ou plutôt sur PowerPoint. Mais la présence d'officiers très expérimentés pour encadrer l'exercice assure une proximité avec la réalité. Je ne serais ainsi pas surpris, demain, que le plan soigneusement confectionné par mon groupe soit mis en pièces par le général. Nous n'aurons cependant pas à imaginer les réticences des différents gouvernements, leurs conditions à l'emploi de leurs forces et leurs règles d'engagement systématiquement nationales !

Posted by Ludovic Monnerat at 20h21 | TrackBack

1 juin 2005

Irak : l'échec du terrorisme

La couverture médiatique du conflit en Irak ne change pas fondamentalement : ce sont toujours les attentats et la violence qui occupent le devant de la scène, même si les développements politiques sont trop importants pour être passés sous silence. Les dépêches comme celle-ci illustrent parfaitement la perception donnée du pays, bien que son titre ("Iraqi attack kills three children as deadly violence rages on") soit totalement marginal et trompeur. La vue d'ensemble, l'analyse des facteurs stratégiques (politique, économie, sécurité, société, etc.) restent toujours les parents pauvres de compte-rendus souvent émotionnels et peu représentatifs.

Dans ces conditions, il est toujours intéressant de lire les conclusions d'un analyste aussi fin qu'Amir Taheri dans le New York Post (l'accès nécessite une inscription gratuite), selon lequel les assassins continuent de perdre. Son résumé de la stratégie adoptée par la guérilla fournit exactement le type de fil rouge, de raisonnement argumenté - et permettant la discussion - que les médias ne livrent que très rarement :

When the insurgency appeared in the summer of 2003, it based its strategy on a number of illusions. First, it thought that by killing as many Americans as possible it would undermine public opinion support for the war inside the United States. When that did not happen, the insurgency tried to terrorize as many of the allies as possible into withdrawing from Iraq. But that, too, didn't produce the desired results.
Next, the insurgency decided that killing members of Iraq's nascent army and police force could do the trick. But two years of brutal killings have failed to reduce the number of new recruits or slow the training and deployment of new units.
Next the insurgency switched to the tactic of killing Iraqi Shi'ites at random. And once that had failed, random killing was extended to Sunni Kurds and Turcomen. With the insurgency's hope of provoking sectarian wars dashed, we are now witnessing a new phase, in which even Sunni Arabs are being killed indiscriminately.
The insurgents know how to kill, but no longer know who to kill. Nor do they seem to know why they are killing.

Cette perspective place au centre une réalité que la plupart des commentateurs peinent à voir : c'est la politique qui décide de l'issue d'un conflit de basse intensité. La lutte pour les coeurs et les esprits est un combat pour l'adhésion à des valeurs, à un projet, à des convictions ; la violence aveugle et nihiliste devient très rapidement contre-productive, là où des attaques précises et ciblées - par exemple sur les forces armées américaines - permettent à terme d'envisager le succès. L'échec final apparaît donc inévitable :

The insurgency may continue for many more months, if not years, in the area known as Jazirah (island), which accounts for about 10 per cent of the Iraqi territory, plus parts of Baghdad. It may continue killing large numbers of people but will not be able to stop the political process. Its history is one of a string of political failures.
Over the past two years it has failed to prevent the formation of a Governing Council, the writing of an interim constitution, the transfer of sovereignty, the holding of local and general elections and the creation of a new government. This year it will fail to prevent the writing of a new constitution, already being drafted, the referendum to get it approved, the holding of fresh parliamentary elections and the formation of a new elected government in Baghdad.

Lorsqu'il s'agira d'écrire l'histoire du conflit en Irak, il est probable que les 21 mois ayant séparé la chute de Saddam Hussein et les premières élections nationales soient considérés comme la période cruciale, celle durant laquelle la coalition conduite par les Etats-Unis a créé les bases nécessaires à un vrai succès stratégique (répandre l'idéal démocratique au Moyen-Orient). Les commentaires apocalyptiques des médias fourniront alors des exemples révélateurs de l'aveuglement que produit le suivi avide et biaisé de l'actualité.

Posted by Ludovic Monnerat at 21h49 | Comments (9) | TrackBack

Au pied du tremplin

Garmisch.jpg

La NATO School nous a accordé aujourd'hui un après-midi de congé, après une matinée consacrée au jeu de guerre ; l'idée était de permettre aux étudiants de prendre part à une visite organisée d'un magnifique château des environs, dont le nom hélas m'échappe, avant de partager un repas traditionnel au sein dudit château. Un programme facultatif qui bien entendu n'a guère trouvé grâce à mes yeux, puisque j'ai préféré me consacrer à des problèmes d'ampleur stratégique (dénicher un commerce susceptible de laver ma garde-robe militaire, afin d'avoir du linge propre la semaine prochaine) et à une nouvelle randonnée à vélo. Cette fois-ci, j'ai choisi d'aller à Garmisch-Partenkirchen, une petite ville distante d'environ 20 km. Profitant d'un temps maussade tout à fait propice aux efforts, je m'y suis rendu ventre à terre pour effectuer un tour de la localité, avant de faire près de ce qui m'intéressait le plus : les tremplins de saut à ski (voir ci-dessus). A force d'observer pendant des années et depuis tout jeune les concours de la tournée des quatre tremplins, cette destination était incontournable. Et franchement impressionnante !

Il est vrai que brûler quelques calories n'était pas un luxe. Hier soir, le cours a en effet eu droit à sa « soirée culturelle », un repas en commun durant lequel les différentes nations participantes présentent sur un stand des denrées typiques. Sans surprise, la délégation suisse a monté l'étal le plus réussi de tous, grâce aux efforts du colonel EMG Melchior Stoller et du major EMG Christoph Fehr (votre serviteur s'étant pour sa part chargé de préparer et de présenter le jour précédent un bref exposé sur la Suisse, autre tradition du cours) : avec des plats contenant 4 fromages différents (Emmental, Gruyère, San Gottardo et Sbrinz), de la viande séchée et des rondelles de saucisse, arrosés de Chasselas vaudois et d'un remarquable Pinot gris du Vully, sans oublier bien sûr nombre de petits chocolats, nous avons remporté un succès retentissant. D'autres spécialités méritaient cependant le détour, et j'ai testé avec un plaisir non dissimulé du saumon et du renne finlandais, des brochettes macédoniennes, une part de quiche lorraine, une tranche de gouglopf autrichien, un morceau d'apple pie américain, des friandises et une grappa croates, pour ne citer que l'essentiel.

Du coup, le démarrage de la matinée a été un brin poussif pour certains!

Posted by Ludovic Monnerat at 19h49 | Comments (1) | TrackBack