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25 mai 2005

Les forteresses du futur

Le premier livre que j'ai dévoré durant mon séjour bavarois est un thriller de science-fiction que m'a recommandé Philippe Barraud alors que j'étais au coeur d'une montagne, le dernier livre du romancier suisse Georges Panchard : Forteresse. L'ouvrage est en soi palpitant, avec un intrigue complexe qui ne se démêle pas avant les dernières pages ; il se déroule entre 2028 et 2040, avec une alternance des époques et des personnages qui fait beaucoup pour captiver le lecteur, en superposant des tranches d'existence et des bribes de logique qui finissent par prendre tout leur sens. Pourtant, ce qui mérite également d'être relevé, c'est le monde dans lequel s'inscrivent ces récits faussement fragmentaires. Une extrapolation des tendances actuelles, avec quelques événements marquants et des conflits majeurs, qui stimulera l'imagination de quiconque s'intéresse à la prospective.

La forteresse de Georges Panchard est celle, gigantesque et ultraperfectionnée, qui protège l'un des hommes les plus puissants : le président de l'une de ces multinationales qui, par ses moyens financiers, industriels, médiatique et militaires, dicte sa loi aux Etats affaiblis qui subsistent encore. De manière assez similaire à l'Å“uvre de William Gibson, ce livre prévoit une redistribution du pouvoir axée sur les capacités des individus, et donc au profit des structures à même de les exploiter au mieux. C'est un monde où les assassinats politico-économiques sont la règle, où les personnes se font « dissiper » et adoptent une autre identité biométrique et logicielle, où la violence armée est devenue une métastase planétaire autour de laquelle se sont recomposées les collectivités. Après une guerre civile qui a ravagé l'Europe par la faute du politiquement correct poussé jusqu'à l'absurde!

L'avenir imaginé par l'auteur est en effet celui d'un affrontement entre islamistes et citoyens occidentaux, provoqué par la réaction à une lente dégringolade dont nous voyons aujourd'hui les indices (« Cela avait duré bien des années : les uns beuglant qu'Allah était grand, les autres chevrotant que les droits de l'homme étaient jolis. Jusqu'à la révolte des peuples autochtones »), et qui a eu pour conséquence une épuration anti-musulmane et une disqualification des Etats. Mais la situation n'est guère meilleure outre-Atlantique, puisque les Etats-Unis - sauf la Californie et New York - se sont transformés en une Union d'Etats Bibliques peuplée d'intégristes obèses et dirigée par un Cénacle paranoïaque et autocratique. Un scénario certes radical et propice à la controverse, mais qui est suffisamment détaillé et fondé pour retenir l'attention. Surtout lorsqu'il s'accompagne de projections technologiques cohérentes.

Ce livre mérite à mon sens d'être lu.

Publié par Ludovic Monnerat le 25 mai 2005 à 19:12

Commentaires

...commande ce bouquin sur-le-champ.

Publié par fingers le 25 mai 2005 à 19:39

La durée de vie d'un CEO en poste dans une multinationale a tendance à ne pas dépasser les trois ans...

La Forteresse doit souvent changer de locataire.

Publié par Stéphane le 26 mai 2005 à 13:34

:) En effet, on oublie aussi souvent le faitque les fameuses "World Compagnie" on parfoit une durée de vie réduite ou perde leur monopole rapidemant. Enron pour le 1er cas, IBM dans le second ;)

Qui se que deviendra Windows dans 10 ans ?

Les états peuvent se permettre de faire faillite plus fois dans leur histoire, les sociétés non.

Publié par Frédéric le 26 mai 2005 à 18:37

L'avenir imaginé par l'auteur est en effet celui d'un affrontement entre islamistes et citoyens occidentaux, provoqué par la réaction à une lente dégringolade dont nous voyons aujourd'hui les indices (« Cela avait duré bien des années : les uns beuglant qu'Allah était grand, les autres chevrotant que les droits de l'homme étaient jolis. Jusqu'à la révolte des peuples autochtones »), et qui a eu pour conséquence une épuration anti-musulmane et une disqualification des Etats. Mais la situation n'est guère meilleure outre-Atlantique, puisque les Etats-Unis - sauf la Californie et New York - se sont transformés en une Union d'Etats Bibliques peuplée d'intégristes obèses et dirigée par un Cénacle paranoïaque et autocratique.

`...la première hypothèse risque bien de se concrétiser. La seconde, impossible, en raison de la tradition démocratique et laique des États-Unis.
"Fascism is always descending on the United States, but somehow it always seems to land on Europe"

Publié par al le 26 mai 2005 à 18:38

Rien n'est impossible méme si 99 % d'obéses, c'est vraiment exageré ;)

Plus sérieusement, un de vos compatriotes à sorti un livre ou il acuse le "Grand Capital" de tous les maux :

Jean Ziegler et "L'empire de la honte", vers une réféodalisation du monde.

http://www.armees.com/article366.html

Publié par Frédéric le 26 mai 2005 à 21:31

Franchement, je n'y suis pour rien si Jean Ziegler est mon compatriote! ;)

Sa non-réélection au Parlement suisse (le Conseil national, pour être précis), voici quelques années, montre bien la crédibilité du personnage dans mon pays...

Publié par Ludovic Monnerat le 26 mai 2005 à 22:18

Il faut de tout pour faire un monde ;)

Entre la Ligue Communiste Révolutionnaire d'un coté et le FN et les Ultras de l'autre, la France en à pour tout les gouts.

Simplement, dans le bouquin de Ziegler les états sont déja des points et ce sont les société privé qui méne la danse.

Cela fait au moins 40 ans que l'on entend cette théorie et 25 ans que tout les livres de S-F, prospective fiction utilise ce scénario, avec un majorité de pessimistes mais certains comme Serge Lehman dans le cycle F.A.U.S.T (que je recommande méme si l'auteur s'est arrété au bout de 3 romans) envisage des solutions de rattrapage pour redonner de l'espoir à une monde ou l'humain est écrasé par des sociétés aveugles.

Publié par Frédéric le 27 mai 2005 à 10:58

Je rectifie ma phrases : les états seraient des pions,

Publié par Frédéric le 27 mai 2005 à 14:35

Et si c'était en définitif le peuple qui décide de tout depuis le début...qui décide même de son exploitation pour satisfaire ses croyances, ses instincts claniques ou mercantiles. ce peuple grégaire qui ne peut vivre que dans un système de dominance et de compétition, héritage génétique auquel on ne peut échapper facilement comme tout les autres animaux fonctionnant de la même manière. Et si la démocratie n'était qu'une farce, car rien ne peux exister sans le peuple et tout émane de lui. Cette nouvelle dérive fascisante " douce " qui reçoit l'approbation du plus grand nombre pour s'interdire d'être différent ne démontre-t-il pas que le peuple est souverain depuis la nuit des temps et que c'est peut-être lui le tyran ?

Publié par Yves-Marie SENAMAUD le 28 mai 2005 à 3:19

bonjour,
je découvre ce site essentiel
une remarque : l'idéal chrétien contre la violence ? Le combat a fait des milliards de victimes.
Les guerres "modernes " ont toujours été remportées grâce à des avancées techniques majeures, depuis l'épée en fer des Romains jusqu'à la bombe atomique, pas grâce à la philosophie.
Les grands leaders d'aujourd'hui semblent avoir retenu les leçons du passé.
Voyez "http://www.jp-petit.com/nouv_f/Crop%20Circles/Haarp.htm"

Publié par LCL Michel Hasbrouck, gendarmerie nationale, (C.R.) le 8 juillet 2005 à 0:17