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31 mai 2005

La planification opérative

Ce matin, mon groupe a eu le privilège de présenter un briefing de 45 minutes au général 4 étoiles qui accompagne le cours, consacré à l'analyse de la mission (ce que l'on appelle orientation dans le langage OTAN, et qui se rapproche de l'appréhension du problème dans la doctrine suisse tout en étant plus complète et plus complexe). L'un des points essentiels de la présentation, mis à part l'énoncé de la mission (dans l'Alliance, ce sont les formations qui énoncent leur mission en fonction des tâches reçues), était la conception opérative, ce dont je me suis largement chargé : l'articulation de toute l'action en phases, le long de lignes d'opération visant à atteindre successivement les points décisifs - c'est-à -dire des conditions précises qui nécessitent des efforts - en vue de préserver notre centre de gravité, de neutraliser celui des parties adverses, et donc d'obtenir l'état final attendu.

Concrètement, la composante terrestre de notre force de maintien de la paix avait 4 lignes d'opération différentes : consolidation (des mesures de sécurité établies), dissuasion (des parties adverses ou des adversaires potentiels), normalisation (des conditions d'existence) et information (des différentes audiences-cibles). Ce découpage permet d'articuler dans le temps des fonctions essentielles, et ainsi de distinguer plus facilement les tâches devant être accomplies dans chaque phase de l'opération. Lorsque l'on doit planifier l'emploi de plusieurs composantes, on utilise plus volontiers des lignes d'opérations liées aux effets de celles-ci (opérations terrestres, aériennes, maritimes, spéciales et psychologiques dans la terminologie OTAN). Enfin, lorsqu'une formation militaire doit assumer une fonction stratégique (c'est le cas de la coalition en Irak, par exemple), c'est le système DIME qui est retenu pour les lignes d'opérations : Diplomatie, Information, Militaire et Economie.

Après avoir reçu les directives du général - jouant le rôle du commandant de la ZFOR - pour la planification, nous avons passé l'après-midi à établir plusieurs déroulements différents pour l'action, qui consiste à déployer en 2 mois environ l'équivalent de 5 brigades de manÅ“uvre dans un secteur d'engagement mesurant à peu près 800 km sur 1000. Ces variantes, qui se distinguent notamment par l'articulation dans l'espace, la structure de commandement ainsi que par le mouvement des forces, seront ensuite affinées par différentes analyses et évaluées par le biais du jeu de guerre. Rien de bien nouveau à ce sujet par rapport à la doctrine de commandement suisse, si ce n'est bien entendu l'ampleur de l'opération et le nombre de tâches qu'elle implique, entre la sécurisation des points de débarquement aériens et maritimes, l'établissement d'une zone démilitarisée, la réouverture des lignes de communication, l'isolement des tribus fanatisées refusant de rendre les armes, l'appui dans le rapatriement des réfugiés, l'implémentation de l'accord de paix, la formation des troupes gouvernementales ou encore l'appui au TPI pour l'arrestation de criminels de guerre présumés!

L'une des grandes qualités de cette formation réside ainsi dans le réalisme des activités : les éléments intégrés dans la planification peuvent à tout instant être rapportés à ce qui s'est fait en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan, voire en Irak, et correspondent parfaitement à la fonction des armées modernes - restaurer ou préserver la normalité de zones déterminées. En même temps, appréhender toute la complexité de plusieurs collectivités plus ou moins antagonistes ne peut se faire en l'espace de 3 semaines, et le fait de passer rapidement sur certains facteurs humains génère une certaine frustration. Rien ne remplace la réalité.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h29 | Comments (2) | TrackBack

30 mai 2005

Les langues de l'OTAN

Au sein de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, de la Méditerranée, de la Mer Caspienne et de la Mer Noire (pour adapter l'intitulé à sa réalité future et largement présente), les langues officielles sont en principe l'anglais et le français. Dans les faits, la langue de Molière est réduite à la portion congrue, c'est-à -dire à certaines bases réglementaires et publications diverses, et n'est pas du tout employée sous sa forme orale. Il serait cependant malvenu de s'en plaindre au vu du sort peu enviable que subit la langue de Shakespeare, fréquemment massacrée dans son rôle de lingua franca. Ce ne sont pas seulement les connaissances limitées de certains stagiaires venus de pays non membres qui l'expliquent ; ce sont également les accents tranchés de plusieurs officiers intégrés depuis longtemps à l'Alliance, dont les exposés sont particulièrement pénibles à l'oreille, qui en sont la cause.

La semaine dernière, un lieutenant-colonel grec a ainsi présenté les structures de l'OTAN - qui ne sont déjà pas simples - dans un anglais tellement hellénisé qu'il en devenait difficile à comprendre. Rebelote avec un officier de marine espagnol, qui s'obstinait à prononcer de façon ibérique certaines syllabes pourtant communes, bien qu'il se soit contenté de lire un texte qui, en outre, n'avait qu'un rapport distant avec le thème du cours. Ce matin, en guise de reprise, nous avons également eu droit à un officier hongrois qui nous a bassiné avec un exposé sur la logistique dont le dernier quart, concret et illustré, était buvable ; la récente entrée de son pays dans l'Alliance justifiait toutefois en partie ses difficultés linguistiques. Bien entendu, des contre-exemples pourrait parfaitement être mentionnés, et le meilleur orateur jusqu'ici était par exemple un lieutenant-colonel lithuanien. Malgré cela, il ne faut pas se faire une montagne de l'interopérabilité au sein des EM de l'OTAN!

L'élargissement de celle-ci provoque d'ailleurs une évolution dans les langues pratiquées entre stagiaires. Un officier d'état-major général suisse standard, apte à s'exprimer aussi bien en anglais, en français qu'en allemand, est évidemment parfaitement à l'aise durant de tels cours, puisqu'il peut converser dans leur langue maternelle avec les germanophones et les francophones (et rien ne remplace celle-ci pour aller au fait plus sûrement et plus vite, ainsi que pour tisser des liens d'une qualité toute autre). Mais d'autres langues commencent à faire office de passerelle. C'est par exemple le cas du russe, qui rassemble fort logiquement les officiers de l'ancien bloc soviétique, et notamment des républiques du Caucase - ce qui reste assez cocasse si l'on se rappelle la mission principale de l'OTAN pendant plus de 40 ans. L'arabe tend également à jouer un rôle similaire, en rassemblant les officiers d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, même si son usage écrit reste strictement incompatible avec un environnement occidental.

La diversification en matière de lingua franca reste néanmoins d'une importance limitée. Ce sont en effet bien d'autres compétences linguistiques qui sont désormais nécessaires au sein de l'Alliance, compte tenu de ses missions de stabilisation loin au-delà du continent européen. Il n'existe pas de voie intermédiaire entre une puissance régionale et un acteur global, et l'OTAN semble condamnée à poursuivre son expansion ; de ce fait, la notion de pays partenaire - participant de façon volontaire aux opérations - permet d'élargir le réservoir des ressources potentielles, sur le plan de la quantité comme de la qualité. Tout en renforçant la fonction fédératrice et standardisatrice propre à l'Alliance.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h40 | Comments (2) | TrackBack

29 mai 2005

Le non à la Constitution

Sans grande surprise, le non l'a emporté dans le référendum en France sur la Constitution européenne. En tant que Suisse bon teint, je ne peux que me féliciter du fait que la population française a eu l'occasion de se prononcer sur un sujet aussi déterminant. Je ne crois pas que les textes de loi fondamentaux sont légitimes si les gens qui en subiront les effets ne sont pas consultés, et les ratifications par les Parlements, comme tout récemment en Allemagne, n'ont à mes yeux qu'une valeur limitée. La décision de Jacques Chirac de recourir au référendum, malgré l'échec qu'elle lui vaut aujourd'hui, me semble à terme bien meilleure.

Les conséquences en matière de politique française intérieure me paraissent assez anecdotiques, et je n'en parlerai donc pas. L'avenir de la construction européenne est bien en jeu, même si 9 autres pays que la France ont déjà accepté la Constitution (on peut s'attendre mercredi à un autre refus en Hollande). Il sera intéressant de connaître en détail les motivations qui ont amené une majorité de Français, fortement mobilisés, à refuser un texte renforçant clairement l'Europe en tant qu'entité politique et stratégique. Dans l'intervalle, c'est bien cette notion d'Europe unifiée qui me semble au coeur du sujet, d'Europe faite par et pour les Européens.

La suite logique de ce vote devrait être un arrêt du processus. Il n'est pas admissible qu'un Etat comme la France ne soit pas intégré à celui-ci. L'Europe sans la France - et la Grande-Bretagne - perd sa raison d'être à l'échelle du monde. Puisque cette Constitution ne rassemble pas la totalité des suffrages, surtout lorsque ceux-ci sont exprimés, il faut remettre l'ouvrage sur le métier et proposer un texte peut-être plus simple, plus clair, et moins néfaste à l'indépendance des nations - en tout cas différent. Loin de moi l'idée de jouer les donneurs de leçons, mais la Constitution suisse de 1874 découle du rejet qu'a subie celle de 1872, notamment par le refus des cantons romands. Un système politique pratiquant le consensus doit tenir compte des opinions.

Le pire serait donc que la construction européenne se poursuive comme si de rien n'était, comme si la France était comparable à l'Irlande et que l'on décide de revoter jusqu'à ce que l'électorat avale les arguments des élites. Je suis d'ailleurs loin d'être sûr que cela soit même faisable, vu le caractère frondeur des Français. Ce refus net doit être interprété par les tenants actuels du pouvoir comme un refus de l'orientation prise à Bruxelles. Une Europe faite sans les Européens pourrait bien provoquer l'inverse des effets recherchés, et je pense qu'une combinaison de démocratie directe et de fédéralisme équilibré permettrait de remettre le projet sur les rails. Mais ce n'est que l'avis d'un Helvète membre ni de l'UE, ni de l'OTAN !

Posted by Ludovic Monnerat at 22h11 | Comments (26) | TrackBack

Une virée dans le Tyrol

Plansee.jpg

J'étais parti aujourd'hui pour une journée passée à admirer les profondeurs insondables qui caractérisent l'écran 15,4" de mon portable, en raison de dossiers professionnels à faire avancer (partir 3 semaines ne se fait pas en 2 coups de cuiller à pot !), lorsque les événements en ont décidé autrement. Bénéfice inattendu de l'air pur des montagnes bavaroises ou non, j'ai fait des pas de géant dans l'univers conceptuel de mes travaux, si bien que j'avais atteint en milieu d'après-midi les objectifs ambitieux fixés la veille. Ni une, ni deux, oubliant mes jambes plutôt raidies par les pérégrinations du samedi, je suis allé louer un vélo auprès de l'officine afférente de la NATO School (cette organisation fournit des appuis nombreux dans le domaine des loisirs sportifs, une chose que l'on gagnerait à développer en Suisse). Bien entendu, le VTT en question n'est qu'une sombre plaisanterie à l'aune de la merveille qui m'attend patiemment dans mon garage. Mais une petite machine simple et solide suffit pour les routes un brin heurtées de la région.

J'ai donc décidé de suivre les suggestions du guide acheté vendredi après-midi, et je suis parti en direction du Tyrol autrichien afin de contempler le Plansee (voir ci-dessus). Le parcours, très facile avec seulement 700 m de dénivellation, m'a tout de même amené à accomplir près de 60 km en environ 2h20, en sillonnant des vallées bordées de montagnes majestueuses. Et l'arrivée près du lac, après une descente modérée mais tout de même assez grisante, valait vraiment le déplacement : cette surface aquatique verte et bleue, dans laquelle les sommets environnants hésitent à se refléter, était d'une beauté et d'un calme ineffables - comme dirait une amie très chère. Les photos que j'en ai prises ne rendent pas justice à la splendeur de l'endroit. Mon comportement sur place non plus, puisque je me suis empressé d'acheter à boire et à manger avant que le kiosque le plus proche du parking ne ferme. J'en avais rudement besoin, à vrai dire. Et le retour, effectué pour moitié avec un braquet maximal, m'a ponctuellement épuisé.

Il faut cependant souligner que ces dépenses énergétiques sont rendues nécessaires par la nourriture particulièrement copieuse que l'on vous sert dans ce coin de pays. Aujourd'hui, à midi, j'avais tenté de rester raisonnable en commandant dans un restaurant très rustique un bouillon tyrolien et un filet de saumon ; ce que je n'avais pas prévu, c'est que l'on m'a servi en plus l'entrée de l'entrée, bien davantage nourrissante que mon brave bouillon, puis l'entrée du plat principal - une salade mêlée qui en ferait aisément office - avant l'arrivée stupéfiante de celui-ci : un filet large comme une très grande assiette et épais de 2 centimètres, avec un grand bol plein d'épinards et un autre rempli de pommes de terre à la vapeur. Comme le tout était excellent, je me suis fait un plaisir de n'en laisser aucune miette, mais j'ai sagement choisi de renoncer au dessert - chose rarissime me concernant. Et c'est une fois de plus l'estomac bien lourd que j'ai regagné ma chambre studieuse.

Je ne suis pas persuadé que les 8000 calories dépensées dans mes excursions dominicales, selon les calculs savants de mon pulsomètre, suffisent à compenser ces abus manifestes!

Posted by Ludovic Monnerat at 22h03 | TrackBack

28 mai 2005

Une randonnée bavaroise

Sonnenspitze.jpg

Comme prévu, et grâce à la météo exceptionnelle de ce samedi magnifique, j'ai accompli aujourd'hui une marche délassante sur les montagnes situées au sud d'Oberammergau. Après être parti à 0600, j'ai commencé par gravir le sommet rocheux qui surplombe le village (le Kofel, qui culmine modestement à 1342 m) avant de longer le flanc du massif et d'aller prendre un petit-déjeuner bien mérité à la Pürschlingshütte (1566 m). Je suis ensuite revenu par les crêtes, passant notamment à la Sonnenspitze (voir l'image ci-dessus, 1622 m), et j'ai regagné la NATO School fourbu mais heureux, après 5 heures de marche pour un parcours d'environ 20 km et une dénivellation supérieure à 800 m. Certes, le rythme d'ensemble était moins élevé qu'autour de ma bonne ville, mais plusieurs passages étaient suffisamment raides pour exiger le recours à un câble métallique ou à des échelons - ceci expliquant cela !

Cette journée confirme à quel point la Bavière est une région magnifique, largement comparable à nos Préalpes suisses. A plusieurs reprises, j'ai d'ailleurs croisé des bancs de neige le long des sentiers, et le panorama rappelle que les Alpes sont toutes proches. De nombreux randonneurs, allemands dans leur presque totalité, arpentaient les chemins souvent remarquablement entretenus de la montagne. Malheureusement, au fur et à mesure que l'heure avançait et que le « ! Morgen ! » devenait moins adapté, une grande partie d'entre eux m'ont adressé des saluts - probablement en dialecte bavarois - que j'avais du mal à comprendre. Du coup, mes « Grüss Gott » sonores - puisque cela semble la règle par ici - me désignaient automatiquement comme un marcheur étranger. Je ferai davantage couleur locale cet été, durant mes vacances sportives au Val d'Anniviers !

Posted by Ludovic Monnerat at 19h06 | TrackBack

27 mai 2005

La chute d'Amnesty

Comme d'autres organisations non gouvernementales fondées dans un but éthique, dont le CICR reste la plus importante, Amnesty International subit depuis plusieurs années une dérive vers un militantisme exacerbé, sans cesse davantage marqué par l'idéologie. Avec la publication d'un rapport assimilant le camp de prisonniers de la base américaine de Guantanamo aux "goulags de notre époque", c'est véritablement à la chute d'une ONG marquante que nous assistons. Il faut avoir perdu tout sens moral pour comparer de façon vibrante un total de 476 camps ayant rassemblé 25 millions de prisonniers politiques avec une prison militaire réunissant 600 détenus, pour la plupart des combattants irréguliers. Les faits n'importent plus à ceux qui vivent dans un monde irréel.

Amnesty International s'était déjà signalée par un traitement fréquemment partial du conflit israélo-palestinien, ce qui a largement nui à sa légitimité et donc à son influence comme ONG censée être indépendante et neutre. Avec sa dernière envolée sur les Etats-Unis, cette légitimité tombe en lambeaux et nécessitera de longues années - et un inévitable acte de contrition - pour être restaurée. Lorsque les ONG éthiques se transforment en belligérants de l'infosphère, elles ne méritent aucun respect spécifique, aucune attention particulière. Et les médias qui reproduisent sans aucun sens critique leur communication en deviennent automatiquement les complices.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h40 | Comments (28) | TrackBack

L'ironie de l'Histoire

Le vaste éventail de nationalités différentes que connaissent les cours de l'OTAN, avec l'élargissement majeur de l'Alliance, produisent parfois des situations ironiques. Les oppositions entre ressortissants de pays membres mais mutuellement antagonistes, comme la Grèce et la Turquie, existent depuis un demi-siècle ; elles sont aujourd'hui renouvelées par le biais du Partenariat pour la Paix (comme entre Arméniens et Azéris) ou du Dialogue méditerranéen (aucun officier israélien ne participe au cours, mais cela se produit parfois, auquel cas les contacts avec les officiers arabes reste un brin tendu). Pourtant, le plus frappant reste des situations dans lesquelles d'anciens ennemis effectifs - j'entends par là qui se sont combattus récemment - se trouvent rassemblés. Comme lorsqu'un pilote américain d'A-10 explique à une assemblée comptant 2 officiers irakiens et 2 officiers serbes différentes procédures de frappe aérienne utilisées lors de la guerre du Kosovo ou durant la guerre du Golfe!

Cette confrontation du bombardant et du bombardé est surtout la preuve de la vitesse à laquelle change notre monde. L'opération Allied Force contre la Serbie date du printemps 1999, mais les très vives controverses qu'elle a suscitées appartiennent déjà à un passé lointain ; les refrains sempiternels sur la spirale de la violence, prononcés lors de chaque emploi de la force, ont été totalement ridiculisés par la stabilité que les actions de l'OTAN puis de l'UE ont apportée aux Balkans. Et les fruits de cette stabilité sont aujourd'hui perceptibles dans l'intégration rapide que recherchent l'ensemble des Etats balkaniques à ces deux organisations, l'une pour sa valeur militaire et stratégique, l'autre pour sa valeur économique et politique. Outre les 2 Serbes, le cours que je suis compte également un officier croate et un officier macédonien. En tenant compte du nombre de cours donnés ici, on mesure mieux l'attrait que l'OTAN exerce sur les Forces armées en général.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h09 | Comments (6) | TrackBack

26 mai 2005

Une soirée bavaroise

Or donc, j'ai sacrifié à la tradition du lieu. Tous les jeudis, la NATO School organise en son sein une soirée bavaroise à laquelle il serait particulièrement discourtois de se soustraire. J'ai naturellement réussi à réduire celle-ci à son strict minimum, ce qui ne surprendra guère ceux qui connaissent mon penchant limité pour les distractions rustiques, en prétextant un travail urgent auquel je me suis d'ailleurs bel et bien attelé. Non sans encore subir les effets lénifiants de ma courte exposition aux turpitudes locales.

D'abord, j'avais pensé pouvoir m'en tirer à bon compte en me calfeutrant dans ma chambre sitôt la fin des cours, pour ensuite subrepticement m'esquiver en direction du village ; mais un SMS de l'un des 2 autres Helvètes présents ici a souligné la futilité de cette tentative. Je me suis donc résigné, et j'ai reçu de plein fouet les effets de la soirée en question. Une bière lourde et amère qui râpe les gorges sensibles. Une soupe aux knödel et aux raviolis qui donnerait des haut-le-corps à une méduse. Un plat principal constitué de choucroute, de chou rouge sucré, de spätzlis, de knödel, de tranches d'un cochon de lait ou de jambon fumé, et dont il est clairement malvenu de ne pas se gaver. Un dessert fait d'apfelstrudel à la crème fouettée. Le tout sous les rengaines d'un accordéoniste volubile, dont les airs pittoresques amènent une partie de l'assemblée - indubitablement germanique - à balancer en chÅ“ur leurs chopes dorées. Quel grand spectacle !

Mine de rien, je suis tout de même parvenu à m'extraire de cette soirée bavaroise en à peine plus d'une heure. Mes camarades suisses-allemands étant d'ailleurs bien plus réceptifs que moi à ces tentations teutonnes. Malgré cela, avec un estomac aussi léger qu'une ancre de pétrolier, ce sera un miracle si je parviens à m'assoupir avant le petit matin. Au moins, j'ai déjà donné pour la semaine prochaine et la suivante!

Posted by Ludovic Monnerat at 22h21 | Comments (4) | TrackBack

Un blog à suivre

Faites-moi confiance : ce blog mérite d'être lu et d'être suivi. Il illustre parfaitement la richesse sémantique, la diversité littéraire et la profondeur émotionnelle que le réseau met à la disposition de tous. Il s'agit bien entendu de savoir où celles-ci se trouvent... et donc de mémoriser l'adresse ci-dessus.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h41 | Comments (4) | TrackBack

Les stratégies de sortie

La partie pratique de mon cours a commencé aujourd'hui, et elle durera jusqu'à la fin de la troisième semaine. Sans entrer dans les détails, les étudiants - pour reprendre le terme ici usité - sont chargés de planifier une opération de maintien de la paix d'une durée minimale de 12 mois, au cÅ“ur d'un continent africain totalement fictif ; les pays et les factions belligérantes sont imaginaires, tout comme la géographie - puisqu'une mer immense occupe le centre du continent, avec un passage direct jusqu'à la Méditerranée. Le scénario est celui d'un conflit entre plusieurs Etats et des groupes non étatiques qui a été stoppé par l'intervention d'une force multinationale de l'OTAN, laquelle a permis la rédaction d'un accord de paix dont il s'agit de garantir l'application par une autre force, alimentée par les pays membres de l'Alliance ainsi que par des pays non membres.

La force multinationale en question, dont il est bon et charitable de taire l'acronyme totalement abscons, est largement articulée selon la structure CJTF standard (Combined Joint Task Force, ou force de circonstance interforces multinationale en langage militaire suisse) : une composante terrestre, une composante aérienne, une composante maritime, une composante d'opérations spéciales, une composante d'opérations psychologiques, ainsi qu'une composante de secteur arrière (essentiellement logistique). Son volume est important : l'équivalent de 2 divisions, plusieurs escadrilles d'attaque et d'appui, ou encore un groupe aéronaval complet. Cependant, les étudiants sont appelés à se concentrer sur la composante terrestre, qui porte le nom de ZFOR (ce n'est pas entièrement logique, mais cela facilite les choses pour la simulation qui aura lieu pendant la dernière semaine).

Fondamentalement, les tâches de cette force sont herculéennes : il s'agit non seulement de s'interposer entre deux Etats belligérants, mais également de neutraliser des tribus fanatisées pratiquant la guérilla et le terrorisme à partir de montagnes peu accessibles, tout en reconstituant les Forces armées du pays A, en dissuadant celles du pays V, en imposant les dispositions de l'accord de paix, en favorisant le retour des réfugiés et le redémarrage des activités économiques dans le pays A (avant tout par la réparation et la protection d'infrastructures pétrolières) et en y créant des conditions favorables à la tenue d'élections démocratiques, notamment par l'intégration d'ethnies régionales minoritaires précédemment défavorisées. Toute ressemblance avec des situations existant ou ayant existé est bien entendu un hasard absolu !

Il ne faut pas réfléchir bien longtemps avant d'admettre que toutes ces tâches ne peuvent en aucun cas être accomplies dans les 12 mois accordés par la résolution X du Conseil de sécurité de l'ONU, et que le mandat de la ZFOR sera, lui aussi, prolongé à réitérées reprises. Ce qui pose la question de la stratégie de la sortie lors de missions de maintien de la paix. Est-il possible de régler des situations de conflit ayant des causes identitaires ou économiques aussi aiguës en l'espace de quelques années ? Les exemples actuels indiquent le contraire. Quelle stratégie de sortie existe-t-il aujourd'hui en Bosnie, 10 ans après les Accords de Dayton ? Et au Kosovo, où nul n'ignore que le départ de la KFOR provoquerait une nouvelle guerre civile, sans que l'on sache quelle voie permet de l'éviter à long terme ? Certes, les troupes déployées en Bosnie sont passées de 60'000 (IFOR) à 7000 (EUFOR), et de 50'000 à 19'000 au Kosovo. Mais le bout du tunnel est loin d'être visible.

Pour l'OTAN, les missions de soutien à la paix consistent à garantir un environnement sécuritaire permettant un retour à la normalité ; leurs troupes mettent donc un terme à la guerre et l'empêchent de reprendre, sans que cela ne constitue autre chose qu'une condition initiale pour un règlement du conflit. Or non seulement cette suppression des symptômes du conflit est au moins autant propice au marasme qu'à la paix, mais elle aboutit à cacher des problèmes au lieu de les résoudre en les faisant simplement disparaître des médias, et donc des priorités des Gouvernements. Du coup, les missions se multiplient à la surface du globe et préservent tant bien que mal des statu quo néfastes, alors que faire la paix est bien autre chose qu'empêcher la guerre! Comme toujours, c'est la stratégie - ou plutôt son absence - qui pose problème. Et le terme « stratégie de sortie » ne désigne rien d'autre qu'un état final stratégique permettant le retrait de la force internationale après l'achèvement de sa mission. Si celle-ci n'est pas réaliste, aucune sortie n'est à espérer avant longtemps - sinon sous forme de capitulation.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h32 | Comments (5) | TrackBack

25 mai 2005

Les forteresses du futur

Le premier livre que j'ai dévoré durant mon séjour bavarois est un thriller de science-fiction que m'a recommandé Philippe Barraud alors que j'étais au coeur d'une montagne, le dernier livre du romancier suisse Georges Panchard : Forteresse. L'ouvrage est en soi palpitant, avec un intrigue complexe qui ne se démêle pas avant les dernières pages ; il se déroule entre 2028 et 2040, avec une alternance des époques et des personnages qui fait beaucoup pour captiver le lecteur, en superposant des tranches d'existence et des bribes de logique qui finissent par prendre tout leur sens. Pourtant, ce qui mérite également d'être relevé, c'est le monde dans lequel s'inscrivent ces récits faussement fragmentaires. Une extrapolation des tendances actuelles, avec quelques événements marquants et des conflits majeurs, qui stimulera l'imagination de quiconque s'intéresse à la prospective.

La forteresse de Georges Panchard est celle, gigantesque et ultraperfectionnée, qui protège l'un des hommes les plus puissants : le président de l'une de ces multinationales qui, par ses moyens financiers, industriels, médiatique et militaires, dicte sa loi aux Etats affaiblis qui subsistent encore. De manière assez similaire à l'Å“uvre de William Gibson, ce livre prévoit une redistribution du pouvoir axée sur les capacités des individus, et donc au profit des structures à même de les exploiter au mieux. C'est un monde où les assassinats politico-économiques sont la règle, où les personnes se font « dissiper » et adoptent une autre identité biométrique et logicielle, où la violence armée est devenue une métastase planétaire autour de laquelle se sont recomposées les collectivités. Après une guerre civile qui a ravagé l'Europe par la faute du politiquement correct poussé jusqu'à l'absurde!

L'avenir imaginé par l'auteur est en effet celui d'un affrontement entre islamistes et citoyens occidentaux, provoqué par la réaction à une lente dégringolade dont nous voyons aujourd'hui les indices (« Cela avait duré bien des années : les uns beuglant qu'Allah était grand, les autres chevrotant que les droits de l'homme étaient jolis. Jusqu'à la révolte des peuples autochtones »), et qui a eu pour conséquence une épuration anti-musulmane et une disqualification des Etats. Mais la situation n'est guère meilleure outre-Atlantique, puisque les Etats-Unis - sauf la Californie et New York - se sont transformés en une Union d'Etats Bibliques peuplée d'intégristes obèses et dirigée par un Cénacle paranoïaque et autocratique. Un scénario certes radical et propice à la controverse, mais qui est suffisamment détaillé et fondé pour retenir l'attention. Surtout lorsqu'il s'accompagne de projections technologiques cohérentes.

Ce livre mérite à mon sens d'être lu.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h12 | Comments (10) | TrackBack

24 mai 2005

Les précautions allemandes

PanneauOberammergau.jpg

Séjourner dans un petit village bavarois ne produit pas vraiment de dépaysement : l'ordre, le calme, la propreté et l'élégance coquette d'Oberammergau sont largement équivalents à ce que l'on trouverait en Suisse. Le coût de la vie aussi, hélas ! En revanche, une différence frappante réside dans cette sorte de paternalisme infantilisant qui apparaît ça et là . On sent que l'on vit dans un environnement voué à minimiser les risques, à chaperonner l'individu. Je ne connais pas assez l'Allemagne pour savoir si cela est exclusivement imputable à la société germanique, ou si une influence américaine - l'OTAN reste encore largement, au fond, une affaire germano-américaine - s'est faite sentir à certains égards.

Je m'explique. Devant les maisons qui abritent les familles des militaires stationnés ici, on trouve un panneau avertissant des chutes de neige provenant du toit et des possibles stalactites de glace. La vie est vraiment pleine de dangers. Au restaurant, j'ai constaté que la carte des boissons mentionnait quel breuvage comptait de la caféine ou des colorants artificiels. Essentiel pour tout consommateur. L'interdiction de fumer est considérée comme prioritaire dans tous les locaux du complexe, et ne pas la respecter provoque une amende de 60 € censée couvrir les frais de désodorisation. Une dissuasion caractérisée. Enfin, un petit parc de jeux pour enfants arbore un panneau assez surprenant (voir ci-dessus), par lequel les autorités ont jugé bon de rappeler aux parents leurs responsabilités. Parce qu'ils risqueraient sinon de les oublier ?

Je suis ici depuis 2 jours seulement ; c'est un peu trop tôt pour en tirer des conclusions qui risqueraient d'être hâtives. Peut-être que l'Etat-providence provoque une déresponsabilisation rendant ensuite nécessaires de telles directives! Mais je préfère laisser cela à la sagacité des commentateurs ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 21h34 | Comments (7) | TrackBack

La paix ou le marasme ?

Les opérations de soutien à la paix - traduction littérale du terme Peace Support Operation (PSO), désormais synonyme de crisis management operations - sont la priorité et l'avenir de l'OTAN. C'est l'un des points importants que j'ai vus et entendus ce matin, durant un exposé consacré à la doctrine et aux lignes directrices de l'Alliance en la matière. Il faut cependant relever que les PSO recouvrent un spectre d'engagement dépassant de loin les seules missions de stabilisation menées sur mandat de l'ONU ou de l'OSCE, puisqu'elles intègrent également l'aide humanitaire d'urgence, l'application de sanctions et d'embargos, la recherche et sauvetage, l'évacuation de non combattants et l'imposition de la paix. Malgré cela, ce sont bien les grandes missions classiques de maintien de la paix qui représentent les efforts les plus importants par le volume des troupes ou la durée de leur engagement. La Bosnie jusqu'à la transmission de responsabilité à l'UE, le Kosovo depuis 1999 avec la KFOR et l'Afghanistan depuis 2002 avec l'ISAF ont montré le rôle changeant d'une Alliance originellement défensive.

Cela ne signifie pas pour autant que ces missions soient un succès, bien que les conflits n'aient pas redémarré dans les secteurs où elles se déroulent. L'ancien commandant de la KFOR, le général allemand Klaus Reinhardt, nous a ainsi expliqué en milieu de matinée les situations respectives des territoires concernés. En presque 10 ans de présence militaire internationale visant à imposer l'application des Accords de Dayton, la population bosniaque s'est notablement appauvrie et la contribution de la communauté internationale ne se distingue pas par son efficacité. L'état économique du Kosovo s'est considérablement dégradé, avec un taux de chômage passant de 40% en 2001 à 73% actuellement, et atteignant même 90% dans la ville de Mitrovica. Quant à l'Afghanistan, la volonté des forces internationales de combattre la production de drogue a augmenté les violences armées dans le pays. On peut légitimer se demander si ces missions, qui impliquent des effectifs importants, ne contribuent pas au marasme autant qu'à la paix.

Il est vrai que les militaires ne sauraient assumer la responsabilité de cet état de fait. La mission d'un contingent engagé dans une PSO consiste en effet à garantir un environnement sécuritaire sans lequel aucune reconstruction, aucun redémarrage, aucune activité durable ne seraient possibles. Dans la conception de l'OTAN, la force multinationale crée les conditions nécessaires à la normalisation ; elle ne peut faire en sorte que celle-ci ait lieu. Les outils politiques et les opportunités économiques relèvent avant tout d'efforts civils, entrepris notamment par les agences de l'ONU, les programmes d'aide au développement et les actions de diverses ONG. Et c'est là que le bât blesse. Au Kosovo, l'ONU avait par exemple l'idée de diriger toute la province par l'intermédiaire de ses représentants pendant 2 à 3 ans, avant de transmettre le pouvoir aux autorités locales, au lieu d'intégrer d'emblée et progressivement celles-ci à la direction des affaires. Une forme d'occupation administrative qui a fait la preuve de son inefficacité.

Dans ces conditions, on comprend d'autant mieux pourquoi les Etats-Unis n'ont confié aucune responsabilité à l'ONU en Irak : la venue de celle-ci, acclamée à grands cris dans certains cercles pour des raisons avant tout idéologiques, aurait probablement encore rajouté aux difficultés, à la confusion et au chaos. Les dérives et inconséquences politiques sont d'ailleurs librement abordées et fustigées par la plupart des officiers de l'OTAN qui ont donné des exposés durant la journée, que ce soit à propos du financement incertain des opérations ordonnées, de la transmission tardive des ordres de déploiement ou de la micro-conduite doublée d'un refus d'assumer toute responsabilité. Pour un officier venant d'un pays non membre, il apparaît clair que les militaires de l'Alliance ont accumulé depuis 10 ans un grand nombre de déceptions et de frustrations à l'endroit de leurs maîtres politiques. Ce qui ne les empêche pas de continuer à appliquer la stratégie devisée par ceux-ci ; un déploiement de l'OTAN au Darfour, pour mettre un terme au génocide qui s'y déroule, apparaît ici comme une possibilité! Comme l'a dit un conférencier, à partir de combien de morts, et de quelle couleur, doit-on commencer à défendre les droits de l'homme ?

Ce cours s'annonce passionnant.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h57 | TrackBack

Le cycle Athéna

Pour ceux qui s'intéressent à la stratégie et qui évoluent en Belgique, je conseille de s'intéresser au cycle Athéna d'éléments de stratégie théorique, une nouvelle activité mise sur pied par le RMES, que je salue au passage.

Et comme le café Internet de la NATO School ignore totalement les accents, je préfère en rester ici pour ne pas continuer à copier-coller avec les é, è et à ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 18h32 | TrackBack

23 mai 2005

L'OTAN, acteur global

La première journée de mon cours à la NATO School m'a permis de mieux mesurer à quel point l'Alliance poursuit son expansion entamée depuis la fin des années 90. Ce ne sont pas seulement les nouveaux membres, portant à 26 leur nombre depuis l'an passé, qui témoignent de cette expansion ; les programmes de coopération contribuent également à cette croissance dont on les effets sont sous-estimés. L'école le montre clairement : l'an dernier, les officiers de 60 pays différents sont venus y étudier, et 2005 devrait permettre de battre des records supplémentaires, avec pas loin de 10'000 étudiants prévus (le chiffre de 5000 mentionné ci-dessous date de 2000-2001). On se demande d'ailleurs quand la notion d'Atlantique Nord sera retirée d'une organisation qui est devenue un acteur global.

Sur une carte planétaire, l'influence de l'OTAN par l'entremise du Partenariat pour la Paix est en effet saisissante : c'est à peu près tout l'hémisphère nord, de Vancouver à Vladivostok, qui participe à ces programmes de formation. L'expansion de l'Alliance aux ex-républiques soviétiques d'Asie Centrale, depuis 2 ans, ne peut guère laisser indifférent. Mais cette expansion ne se limite pas seulement à l'Orient, elle concerne également le sud, puisque le Dialogue méditerranéen se transforme peu à peu en partenariat militaire comparable, et concerne pour sa part 7 pays dont l'importance stratégique globale relève de l'évidence (Egypte, Israël, Jordanie, Mauritanie, Maroc, Tunisie et Algérie). Enfin, il existe également des partenariats directs, comme celui permettant à 2 colonels irakiens de suivre le même cours que moi. L'un d'entre eux est dans mon groupe et parle un anglais tout à fait fluide et compréhensible ; voilà qui promet d'être intéressant!

On peut naturellement se demander en quoi une coopération militaire qui se limite à des instructions en commun pourrait avoir une importance décisive. Ce serait faire abstraction de plusieurs facteurs. En premier lieu, des cours d'état-major comme celui-ci permettent de créer des contacts internationaux et des connexions informelles qui peuvent revêtir une grande importance dans des situations de crise. La connaissance de l'autre reste un aspect essentiel de tout conflit, et l'avis d'un officier algérien sur le terrorisme islamiste, par exemple, vaut son pesant d'or. Par ailleurs, l'OTAN joue un rôle fédérateur et égalisateur par l'intermédiaire de sa doctrine : la manière de planifier, de conduire et d'évaluer une opération militaire que propage l'Alliance constitue un facteur de rapprochement majeur entre les armées, et jette les bases de l'interopérabilité.

A travers les officiers qui séjournent par ici, et dont les frais de formation laissent supposer qu'ils ont un avenir dans leurs armées respectives, ce sont donc des options stratégiques futures qui s'esquissent, qui se préparent. La globalisation de l'OTAN ne peut cependant bénéficier qu'à ceux qui eux-mêmes ont des ambitions et des actions globales ; j'entends par là que l'Alliance reste un outil politico-militaire dont les Etats-Unis continuent de bénéficier, ne serait-ce que pour faire avancer plus discrètement leurs intérêts. Ce n'est probablement pas un hasard si l'exercice d'état-major - assisté par ordinateur dans sa phase de conduite - qui constitue l'essentiel du cours est accompagné par des officiers américains de réserve, et si la NATO School dépend du commandement de la transformation de l'Alliance, basé à Norfolk, à des milliers de kilomètres d'ici!

Les planifications à long terme ne laissent rien au hasard.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h38 | Comments (3) | TrackBack

22 mai 2005

Lawrence d'Arabie en Irak

Le vif intérêt des militaires occidentaux pour les conflits de basse intensité, depuis que la fin de la guerre froide a rendu largement obsolètes les affrontements militaires classiques, ne cesse d'être illustré par un constant retour au passé. C'est notamment le cas des Etats-Unis, dont la redécouverte du Manuel des Petites Guerres a été décrite sur ce site, et qui commencent à mesurer la nature quelque part coloniale - ou plutôt civilisatrice, dans le langage des colonisateurs - de leur entreprise planétaire. Les récents propos de George W. Bush, mettant les difficultés en Irak sur le compte de la lenteur à déployer des effets interagences sur le terrain après la chute de Saddam Hussein, peuvent somme toute être assimilés aux regrets que susciterait l'absence d'une administration coloniale. Les réflexions stratégiques de Thomas Barnett vont à ce sujet dans le même sens.

Autre élément révélateur, le Times de Londres publie aujourd'hui un article qui montre que les militaires américains suivent de près les préceptes de Lawrence d'Arabie en matière d'insurrection en terre arabe :

In a recent survey of US officers' reading material in Iraq, Lawrence's Seven Pillars of Wisdom, published in 1926, emerged as the second-most recommended book.
"Most of the US advisers out there have a copy," said Duncan Anderson, head of war studies at Sandhurst who visited Iraq between January and March.
[!]
"Lawrence drew up a list of dos and don'ts for advisers to the Arabs," said Anderson. "The Americans are using Seven Pillars at virtually every meeting on a daily basis."

Cet aperçu de l'environnement cognitif dans lequel évoluent les officiers américains est des plus intéressants. Il montre une volonté de surmonter les principes sacro-saints du combat symétrique de haute intensité pour s'adapter aux missions actuelles, à leur milieu et à leurs acteurs. Il existe naturellement une différence de taille entre suivre un livre et appliquer efficacement le savoir qu'il renferme, mais le progrès par rapport à la culture militaire américaine traditionnelle est suffisamment important pour devoir être noté. Les leçons du Vietnam continuent de porter leurs fruits!

Posted by Ludovic Monnerat at 21h23 | Comments (4) | TrackBack

Une destination bavaroise

Après 8 heures de train qui sont passées à la vitesse de l'éclair (le temps n'est pas le même lorsque l'on est concentré sur quelque chose de passionnant), en passant par Bâle, Karlsruhe et Munich, je suis arrivé en fin d'après-midi dans la charmante petite bourgade d'Oberammergau, blottie non loin des Alpes bavaroises et possédant un sympathique air de villégiature. Les contrôles d'entrée à la NATO School sont certes un peu moins sympathiques, mais la procédure est remarquablement efficace : mon inscription et ma réservation ont été traitées promptement, et j'ai mis moins de 20 minutes pour toucher mon dossier de cours et la clef de ma chambre. On voit que cette organisation accueille plus de 5000 participants à ses différents cours durant toute l'année!

Le cours que je suis portera avant tout sur les opérations de maintien de la paix, ce qui est assez logique compte tenu de l'orientation et de la provenance des membres. Les horaires sont typiques de l'Alliance atlantique ; autrement dit, la plupart des journées commencent à 0815 et s'achèvent à 1700, avec 1 heure et demie pour le repas de midi et 1 heure de pause répartie durant le jour. En guise de comparaison, les stages de formation en Suisse comptent généralement 2 fois plus d'heures de travail par jour, voire encore davantage pour les officiers d'état-major général - de 0700 à 2300 est la moyenne... Il est vrai que le rythme d'une armée de milice obligée de mettre sur pied ses cadres durant des périodes aussi brèves que possible n'est pas à comparer avec celui d'une armée de métier, où il s'agit d'avoir un travail réparti sur toute l'année !

Nous verrons bien quelle sera l'intensité des leçons. Dans l'immédiat, je me réjouis déjà de mieux connaître cette splendide région du sud de la Bavière. J'ai bien fait de prendre mon équipement de marche et de course ! ;)

Posted by Ludovic Monnerat at 20h41 | Comments (3) | TrackBack

Bientôt en Germanie

Les voyages forment la jeunesse! C'est ce que je me dis à quelques minutes de mon départ pour l'Allemagne. Je dois en effet me rendre à la NATO School d'Oberammergau afin d'y suivre un cours de 3 semaines qui constitue un prérequis pour la plupart des activités au sein de l'Alliance. Les officiers suisses participent à ce type de formation par le biais du Partenariat pour la Paix, qui garantit en général une diversité déroutante d'origines, de fonctions et de niveaux... Nous verrons bien!

De ce fait, il est probable que ma présence sur ce carnet soit un brin réduite ces prochaines semaines. Ce ne sont pas les accès à Internet qui vont manquer, mais peut-être le temps à disposition - compte tenu des nombreuses lectures que je me suis promis de faire, et qui font que ma valise pèse une tonne! J'essaierai toutefois de prendre des photos de cette région bavaroise paraît-il charmante... Même si mon superbe vélo ne sera pas de la partie!

Posted by Ludovic Monnerat at 8h35 | TrackBack

Mise à jour de CheckPoint

Plusieurs articles ont été mis à jour sur mon site d'information militaire et stratégique CheckPoint :


Soldats-reporters et journalistes-combattants à la conquête de l'opinion

Les conflits contemporains nous confrontent à un rapprochement dangereux entre ces rôles distincts que sont la coercition armée et l'information du public. Avec le risque de subir des violences encore plus déstructurées.


La Suisse et Schengen : interview avec Jacques Pitteloud

Les citoyens suisses se prononceront le 5 juin prochain sur l'association du pays à l'Espace Schengen et à l'Espace Dublin. A la tête du bureau d'appréciation de la situation et de détection précoce, Jacques Pitteloud est l'un des mieux placés pour apprécier les avantages des accords bilatéraux en matière de sécurité.


Le blitzkrieg du XXIe siècle

Est-ce que la guerre éclair restera possible dans un monde où le pouvoir ne cesse de davantage de se diviser et se recomposer ? Au fur et à mesure que le duel des armes fait place à celui des idées, les armées prennent un rôle toujours plus protecteur.


Entraînés par Saddam pour défier la Dame de Fer

Voici 25 ans que la libération des otages de l'ambassade d'Iran par le SAS a placé les forces spéciales sous les feux de la rampe pour leurs capacités antiterroristes à domicile. Mais le terrorisme a bien changé dans l'intervalle.


NB : Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de me pencher sur les problèmes rencontrés avec le navigateur Firefox. J'essaierai de faire mieux la prochaine fois! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 0h23 | Comments (8) | TrackBack

21 mai 2005

Alerte à la folie furieuse (5)

Mes illusions sur le retour de la raison dans les médias se sont bien envolées ce matin à la lecture d'un éditorial délirant d'Alain Campiotti dans Le Temps. Ce dernier accuse en effet les Etats-Unis de torture systématique en raison d'une décision politique prise au sommet de l'Etat. Il se base pour ce faire sur la publication dans le New York Times d'un rapport d'enquête sur deux cas de meurtre par torture survenus en décembre 2002 à Bagram, en Afghanistan, et sur des déclarations du CICR selon lesquelles des témoignages d'irrespect du Coran auraient été signalés par des détenus de Guantanamo fin 2002 - début 2003 avant de cesser.

Toute nuance sur le nombre des cas (aucune preuve ne permet d'affirmer qu'il n'est pas très réduit) et sur les mesures correctrices prises (soulignées par le CICR) est promptement écartée par Campiotti, qui se lance avec une mauvaise foi stupéfiante dans une accusation dont le sens véritable apparaît au terme de son texte :

Des soldats ont été condamnés, avec beaucoup de publicité. C'était le dernier rempart: convaincre l'opinion que le mal se limitait à un petit nombre de pervers et de dévoyés. Mais cette digue tient mal. Les meurtres de Bagram, les délires sado-sexuels d'Abou Ghraib n'ont pas été organisés par Richard Myers, le patron de l'armée, ou par Alberto Gonzales, le nouvel Attorney General. La faute est plus haut. En décidant de ne pas appliquer les Conventions de Genève aux «ennemis combattants», tout en «en respectant l'esprit», George Bush et les siens n'avaient qu'un objectif. Permettre l'ouverture de centres d'interrogatoire. Ces camps-là ont une fonction précise: recueillir des informations que les détenus ne sont pas prêts à livrer. Pour cela, il y a des spécialistes. Toutes les guerres ont montré que rien n'est plus aisé que de les recruter. Il n'y a pas même besoin de leur dire ce qu'ils ont à faire. Ils le savent. C'est une question - horrible - de rendement.
L'Amérique ne retrouvera pas ses lambeaux d'âme perdue sans une investigation complète sur ce qui s'est passé - se sera passé - dans les angles morts de cette guerre. Les journalistes qui dévoilent les rapports secrets sauvent son honneur.

Le passage mis en gras est de mon fait. On ne peut que se demander : tout ça pour ça? Faut-il vraiment mettre en cause le Président des Etats-Unis et l'accuser de vouloir torturer ses ennemis pour sauver l'honneur perdu de la presse, dont la partialité et les errances ont encore été soulignées par l'affaire Newsweek? C'est bien entendu la ligne de défense corporatiste que d'autres organes de presse ont adoptée aux Etats-Unis sans pour autant en venir à des propos aussi délirants que ceux de Campiotti, dont l'anti-américanisme et la haine viscérale de Bush s'expriment ici dans toute son ampleur malencontreuse - et trompeuse.

Campiotti n'analyse pas des faits pour en tirer un jugement : il exprime son jugement personnel et tente de le justifier par des faits apparents. Son refrain sur les Conventions de Genève est ainsi totalement contraire à la réalité : ce sont bien les Conventions elles-mêmes (la 3e d'entre elles) qui définissent les conditions auxquelles doivent répondre des individus capturés pour recevoir le statut de prisonnier de guerre, et qui ne correspondent de toute évidence pas aux combattants d'Al-Qaïda. Comme d'autres commentateurs, Campiotti bafoue l'esprit et la lettre des Conventions de Genève, qui visent à faire respecter des règles limitant les horreurs de la guerre, et non à rendre impossible la conduite de celle-ci.

La remarque de Campiotti sur Abou Ghraib, selon laquelle "le Pentagone avait déployé de grands efforts pour limiter les dégâts, d'abord en révélant lui-même, aussi discrètement que possible, le scandale", est tout aussi mensongère. En fait, le Pentagone et la coalition en Irak ont annoncé de façon tout à fait régulière, par un communiqué et une conférence de presse le 20 mars 2004 à Baghdad, l'ouverture d'une enquête contre 6 soldats - notamment pour cruauté et maltraitement - à la prison d'Abou Ghraib. Mais les médias ne s'étaient pas intéressés à ce communiqué et à cette affaire, jusqu'à ce que la chaîne CBS rende publiques le 28 avril 2004 les images de ces abus. Et on voudrait aujourd'hui nous faire croire que les militaires américains ont tenté d'étouffer cela?

Les libertés que prend Alain Campiotti avec la vérité pour mieux imposer son opinion ont déjà été documentées sur ce site (voir ici et ici). Essayer de défendre les médias en exploitant hors de toute proportion des actes scandaleux et criminels commis au sein des Forces armées américaines s'inscrit dans la même démarche. Mais il faut vraiment faire preuve de folie furieuse pour croire que l'Amérique "perd son âme" à une époque où une vague de démocratisation - à laquelle Washington est liée - est en train de traverser la planète. Dépeindre le monde en noir et blanc se produit autant dans les rédactions que dans les chancelleries, et le public ne devrait pas être pris en otage dans un conflit qui oppose les unes aux autres.

Posted by Ludovic Monnerat at 6h31 | Comments (60) | TrackBack

20 mai 2005

Les dilemmes du DFAE

La politique étrangère suisse fait l'actualité nationale depuis les discussions menées par le Conseil fédéral à ce sujet. L'orientation présentée hier par Micheline Calmy-Rey, cheffe du Département fédéral des affaires étrangères, a suscité pas mal de grincements de dents ; affirmer que l'une des priorités doit être le resserrement des liens avec les Etats-Unis s'inscrit en effet à contre-courant des pulsions antiaméricaines assez infantiles qui sont propagées spontanément depuis des années. Pourtant, il a toujours existé en Suisse une frange dirigeante qui considérait le pays en quelque sorte à équidistance entre l'Europe et les Etats-Unis, voire même comme un porte-avions américain libéral au cÅ“ur d'une Europe socialiste. L'évolution supranationale de l'Union européenne ne peut que renforcer ces opinions, et le besoin d'indépendance qui en résulte.

Les liens assez anciens avec les Etats-Unis - la constitution helvétique de 1874 doit beaucoup à la constitution américaine - mettent en évidence les profonds dilemmes que connaît aujourd'hui le pays en matière de politique étrangère. Quels que soient les ratés et les lenteurs de la construction européenne, force est d'admettre qu'un géant politique et économique s'est peu à peu constitué autour de nous ; je concède volontiers que ce géant est généralement débonnaire et amical à notre égard, parce qu'il compte voir la Suisse rejoindre prochainement ses rangs, mais aussi parce que ses dirigeants sont attachés à maintenir de bonnes relations sur le continent européen. La grande question est de savoir si cette disposition d'esprit va subsister, notamment si la Suisse obtient des relations privilégiées - comme un accord de libre-échange - avec les Etats-Unis!

Etre entouré de géants est le destin d'un petit pays privé d'accès à la mer. La création même de la Confédération helvétique était motivée par le besoin de résister à l'ambition dévorante des Habsbourg. A travers les siècles, les Helvètes ont su trouver des alliés et des accords qui ont largement contribué à préserver leur indépendance, et à renforcer l'unité des cantons qui se sont joints à eux ; l'alliance stratégique avec la France, en particulier, a eu une importance cruciale. Nombre de Suisses ont loyalement servi les Rois de France, mais ceux-ci ont également étendu leur aura protectrice sur nos terres. Cette faculté à bénéficier des oppositions entre grandes nations européennes, qui a parfois généré des tensions intérieures de grande ampleur (Première guerre mondiale), a soudain disparu par un funeste jour de juin 1940. Depuis lors, les blocs de la guerre froide n'ont offert aucune opportunité, et l'Union européenne en offre à peine davantage. Cela doit nous faire réfléchir.

Loin de moi, bien entendu, l'idée insultante de comparer l'Axe Rome-Berlin à l'Europe des 25. Malgré cela, la Suisse se retrouve à nouveau entourée par une entité supranationale dont les bons sentiments à son égard ne sont pas gravés dans l'airain. Les géants sont toujours tentés à faire usage de leur force. Nous en avons fait l'expérience à propos des droits de survol au sud de l'Allemagne, sous la forme d'un diktat teuton assez clair, ou au sujet des droits de douane sur les exportations suisses vers l'UE. Les intérêts prendront toujours le pas sur les sentiments ; c'est logiquement ce qu'une population est en droit d'attendre de ses dirigeants. Et la Suisse, qui importe par exemple le 100% de son énergie fossile ou le 40% de sa nourriture, dont la prospérité et la compétitivité restent remarquables (3,8% de chômage - trois fois moins que ses grands voisins !), reste très fragile sur le plan économique face aux pressions potentielles qu'elle peut subir.

Pour un militaire suisse, l'étude des plans d'attaque développés contre la Suisse par les puissances étrangères est toujours riche d'enseignements. Depuis l'expédition punitive menée par Léopold de Habsbourg en 1315, écrasée par les Waldstaetten à Morgarten, jusqu'aux offensives très élaborées que la Wehrmacht a mises au point dès août 1940, l'aspect économique - notamment par la coupure des voies de communication - n'a que rarement été négligé. Et si l'affaiblissement constant des capacités militaires aéroterrestres de l'Europe suffit ainsi à écarter pour longtemps le spectre d'une invasion, leur emploi au service d'une coercition économique prenant la forme de sanctions ou d'un embargo est bien davantage imaginable. L'impuissance, apparente ou réelle, est un facteur déclencheur de conflit. Et un rapprochement avec les Etats-Unis, en contribuant un tant soi peu au rééquilibrage des rapports de forces, pourrait être une manière clairvoyante de désamorcer de possibles clashes avec l'UE. A condition de ne pas aller trop loin sur cette voie...

Posted by Ludovic Monnerat at 13h07 | Comments (21) | TrackBack

19 mai 2005

Libération au Koweït

Le New York Post a publié ce matin une remarquable analyse d'Amir Taheri sur la décision du Parlement koweïtien d'accorder le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Cette ouverture pourrait sembler mineure, pour un pays aussi petit et une cause aussi évidente, mais Taheri montre au contraire qu'elle revêt une importance bien plus grande :

The Kuwaiti parliament's move should not be seen as a favor to women. In a sense, the reverse may well be true. By taking an active part in the political process, Kuwaiti women may well be doing the nation a favor.
One reason for this is that Kuwaiti women are far better educated than their menfolk. For the past 10 years, women have formed a majority of university graduates in almost all key subjects. And in almost every case, they have outshone men in terms of academic achievement. It was, therefore, bad politics to deny the best-educated half of the populace a role in decision-making.
Also, the granting of equal political rights to Kuwaiti women may well be a major defeat for Islamism, as a political ideology and a tool for seeking power, but not for Islam either as a religious faith or culture. There is at least as much in Islam as both faith and culture that favors such equal rights as there is that rejects it.

On peut regretter que ce type d'analyse soit tellement rare dans la presse francophone. Peut-être dans une décennie ou deux sera-t-il surprenant de constater à quel point une grande partie de nos contemporains n'ont finalement pas mesuré les changements extraordinairement amples et rapides qui secouent aujourd'hui la planète, et qui sont à la base de bien des conflits armés.

Posted by Ludovic Monnerat at 12h09 | Comments (3) | TrackBack

18 mai 2005

Vers l'énergie solaire

Un article publié avant-hier sur Technology Review décrit les recherches entreprises par les militaires américains sur la production d'énergie solaire pour subvenir aux besoins sans cesse croissants des troupes au sol en matière de batteries électriques. C'est une démarche que mènent également d'autres armées depuis que les équipements électroniques débarqués se multiplient : radios portables, jumelles de vision nocturne, positionneurs GPS, ordinateurs durcis, appareils photos, désignateurs lasers ou encore téléphones satellites. Comme le décrit l'article, la consommation énergétique des soldats modernes devient telle que les batteries forment un problème majeur :

In the future, soldiers may be getting a charge out of their uniforms, too. Konarka's McGahn says the solar material can be colored to match fatigues and woven into fabric. "The next generation of wearable computing will have power generation coming from the garment itself," he says.
In fact, modern warriors require approximately 240 watt-hours per day of power to charge all of their electronic devices -- too heavy a load for any batteries available today, says Rupert Pengelley, group technical editor at military analyst firm Jane's Information Group.

A travers les siècles, comme l'a remarquablement expliqué Martin van Creveld dans son livre Supplying War, l'approvisionnement de troupes largement obligées de vivre sur le pays a été un facteur déterminant concernant le rythme et l'orientation des opérations terrestres ; les chevaux étaient alors les consommateurs les plus voraces (50 tonnes d'approvisionnements par jour pour une division prussienne de 1870, à 90% de vivres). L'introduction des véhicules à moteur et des armes automatiques a modifié la répartition des fournitures en faveur du carburant et des munitions (150 tonnes par jour pour une division en 1916). A partir de la Seconde guerre mondiale, les Grandes unités mécanisées ont ainsi exigé un échelon logistique encore plus efficace pour assurer la livraison des obus et de l'essence nécessaires à leur emploi opérationnel (650 tonnes par jour pour une division US à l'offensive en 1944-45 ; pour mémoire, 1500 tonnes par jour pour une division blindée israélienne en combat intensif durant la guerre du Yom Kippour, et 800 tonnes par jour pour la division française Daguet en 1991).

L'introduction des technologies de l'information a permis de réduire les besoins en munitions, notamment avec l'avènement des obus d'artillerie intelligents, mais les commandants tactiques n'ont pas tardé à exploiter cet allégement pour augmenter le tempo opérationnel, aller plus vite et plus loin, et donc exiger un soutien toujours massif ; la cavalcade mécanisée de la 3e division d'infanterie US en 2003 l'illustre. En même temps, les colonnes logistiques ont toujours constitué le point faible des armées, et la fin des conflits linéaires a encore renforcé les dangers pesant sur les échelons de soutien, généralement non blindés, liés aux routes et protégés par des soldats guère portés sur les armes. L'indépendance logistique maximale des formations de combat reste le rêve de tout penseur tactique. La modularité jusqu'aux plus bas échelons constitue une solution structurelle. L'autonomie des systèmes constitue une solution technologique.

La forme des opérations a bien entendu une influence majeure sur la consommation des biens, qu'il s'agisse d'énergie, de munitions ou de carburant : le combat symétrique de haute intensité reste de toute évidence le plus exigeant, et j'imagine mal en quoi l'énergie solaire pourrait fournir une contribution décisive dans ce contexte. En revanche, pour les opérations de basse intensité impliquant une dispersion des formations et une exécution décentralisée des actions, et donc de longues périodes d'engagement, une augmentation de l'autonomie énergétique peut s'avérer fort intéressante. Ce sont en particulier les opérations spéciales d'une durée importante, comme la surveillance et la reconnaissance spéciales, ou encore la guerre non conventionnelle, qui pourraient le plus bénéficier d'une telle innovation. Avant de transmettre aux autres troupes les systèmes et le savoir-faire développés par leurs soins, comme c'est de plus en plus le cas.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h20 | Comments (4) | TrackBack

17 mai 2005

La défense européenne

Ce matin dans Le Figaro, on peut lire une colonne de l'amiral Lacoste consacrée à la défense européenne, et qui pour le bien de celle-ci appelle à voter oui au référendum sur la constitution. Un argument particulièrement clair utilisé par l'amiral est celui de l'indépendance stratégique de l'Europe et de ses nations, garantie par l'efficacité de l'outil militaire :

Mieux que la plupart des autres institutions de la République, les armées ont profondément transformé leurs structures et leurs doctrines, sachant exploiter sans tarder les enseignements des conflits de notre temps. «Sans jamais transiger sur les impératifs de la souveraineté nationale», elles ont pris une part active dans l'élaboration de la Pesd, notre seule chance d'échapper à la tutelle du complexe militaro-industriel américain.

Cette volonté d'une défense unifiée en Europe est affichée en parallèle à la prise de conscience de la dimension transfrontalière propre aux menaces modernes, et donc de l'importance que revêt la collaboration entre armées, polices et justices. D'où l'élaboration d'un concept élargi, substitué aux notions classiques de défense :

A la notion, spécifiquement française «d'esprit de défense», qui rappelle les temps où nous vivions encore sous la menace d'agressions militaires, l'association Civisme-Défense-Armée-Nation, préfère le concept plus large et plus novateur de «conscience européenne de défense et de sécurité». Elaboré depuis quatre ans dans des séminaires constructifs avec nos partenaires de l'Union, ce concept nous paraît être de nature à entraîner l'adhésion de nos opinions publiques, en dépit des grandes disparités entre nos histoires nationales et nos cultures spécifiques.

Ces réflexions semblent a priori louables et pertinentes. Toutefois, si un officier helvétique peut se permettre de poser un regard un brin critique à leur sujet, je peine à comprendre comment une notion aussi élevée que la "conscience" de la défense et de la sécurité en Europe pourrait précisément susciter l'adhésion des opinions publiques. Est-ce que l'on se rend pas compte combien une telle expression paraît intangible et floue? Est-ce que les perceptions des citoyens européens intégrent sans autre l'idée d'une Europe unifiée, qui sous-tend celle de sa défense? A force d'élargir un concept à l'échelle d'un continent composite, il me semble qu'on l'éloigne sérieusement de la réalité. Il faut bien autre chose qu'une constitution ou une monnaie uniques pour générer une perception commune.

Mais peut-être ne sont que les doutes d'un Suisse habitué à penser le long des 300 kilomètres de son pays... qui compte tout de même 26 cantons et demi-cantons accoutumés à penser fort différemment les uns des autres, qui plus est en 4 langues nationales ! :)

Posted by Ludovic Monnerat at 13h15 | Comments (7) | TrackBack

16 mai 2005

Le spam propagandiste

Après avoir été inondé de messages en allemand à caractère politique depuis 2 jours, j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'un nouveau virus profitant comme toujours de machines mal protégées pour accomplir les sinistres desseins de son créateur (ou de sa créatrice, naturellement). Le moins amusant était de recevoir des messages d'erreur en cascade lorsque le virus récupérait des adresses électroniques professionnelles périmées. Subir un blocage d'Outlook pendant 5 minutes arrive somme toute rarement. Sauf lorsque quelqu'un essaie mordicus et pour la 3e fois de vous envoyer 9 mégaoctets d'images en un bloc - la coupable se reconnaîtra... ;)

En jetant un coup d'oeil aux contenus de ces spams, je me suis cependant vite rendu compte qu'il s'agissait d'articles politiquement extrémistes, avant tout d'extrême-droite mais aussi d'extrême-gauche, et ciblés sur l'Allemagne. Je doute que cette méthode permette de gagner l'adhésion d'un large public, mais pour ce qui est de répandre ses idées, cela pourrait s'avérer à la longue assez efficace. Après tout, si le spam commercial centré sur des défectuosités sexuelles subsiste, c'est bien qu'il doit être un tant soit peu rentable...

Posted by Ludovic Monnerat at 22h39 | Comments (10) | TrackBack

Une rumeur mortelle

C'est un nouveau coup dur pour les médias traditionnels : l'histoire selon laquelle des interrogateurs américains à Guantanamo auraient glissé des pages du Coran dans des toilettes et tiré la chasse pour démoraliser les détenus, qui a généré des émeutes dans le monde musulman faisant au moins 15 morts, s'est finalement révélée tellement incertaine que Newsweek a dû admettre s'être trompé et présenter ses excuses (ou du moins ses regrets). Autrement dit, la source unique à la base de cette rumeur rapidement vouée à un impact planétaire n'a pas pu être confirmée, et sa fiabilité est désormais plus que douteuse. Est-ce qu'il n'aurait pas été plus simple de vérifier avant, se demandera-t-on spontanément ?

Les commentaires sur ce dérapage médiatique aux conséquences tragiques ne manquent pas sur les weblogs conservateurs ; on lira avec intérêt le résumé et les liens de Michelle Malkin, ainsi que l'analyse d'Austin Bay, qui voit dans cet événement un Abu Ghraib médiatique en raison des effets qu'il révèle :

[W]hy might this be the press' Abu Ghraib? Here's the connection: globe-girdling technology has once again amplified foolish behavior, lack of professionalism, and disregard for consequences into a tragedy. Consider Abu Ghraib, without the fevered hyperbole of The Nation or The Guardian. The behavior of US troops at the prison was inexcuseable -frat rat hazing, trailer trash porn, street punk threat taken up ten quanta to felony prisoner abuse. But dump the hyperbole and call Abu Ghraib what it was: rank felony abuse, not deadly torture. The global dissemination of Lynndie England's dog leash photos, etc., (and magnification of the abuse by anti-American critics) made Abu Ghraib the political and historical scar it is. The US soldiers committed a crime, but information technology made the crime an international fiasco.
[...]
To a degree Newsweek is operating on a "paper template" where the editors and reporters believe the story they "print" shows up in mailboxes or on a magazine rack. In this "template" a phony press allegation remains "local" or US-bound. But there is no "over there" in our world, not anymore. We live in a world where everyone is - in terms of information- next door. Technological compression is the term I coined to describe the situation. Some slip-ups merely damage reputations- Dan Rather and Eason Jordan come to mind. World War Two vets know "loose lips sink ships." Today, loose (computer) disks can sink ships, but loosey-goosey allegations can lead to riot and death.

Un constat bien entendu valable pour n'importe quel thème sensible. On relèvera néanmoins que le rôle du fanatisme religieux et l'amplification des médias musulmans ne doivent pas être sous-estimés.

COMPLEMENT I (17.5 1010) : On ne pourra pas reprocher à la presse romande de ne pas essayer de sauver les apparences concernant ce nouveau dérapage médiatique ! Aussi bien Le Temps que 24 Heures soulignent par exemple ce matin que Newsweek ne s'est pas rétracté et tentent de minimiser l'affaire, alors même que le magazine annonce sa rétractation... Ne pas sentir de quel côté tourne le vent amène parfois à se brûler !

COMPLEMENT II (17.5 1030) : Il vaut la peine de lire l'analyse de John Podhoretz dans le New York Post sur cette affaire (on commence à l'appeler le "toiletgate", ce qui manque un brin d'élégance...). Sa conclusion est impitoyable :

No matter what degree of certainty the editors and reporters had about the item's veracity, moral responsibility for the fallout from it falls squarely on their shoulders.
The magazine has blood on its pages regardless. The magazine caused a geopolitical storm injurious to the countrymen of its own editors and reporters regardless.
They forgot there was a war on. Or they didn't forget, but just didn't care. Now they remember. Now they care.
Now it's too late.

COMPLEMENT III (17.5 1035) : Pour une analyse différente de cette affaire, qui annonce que Newsweek a lavé par ce biais l'affront du Rathergate et qui estime que le grand public n'est plus l'audience-cible de ces médias, on se reportera avec intérêt au billet mis en ligne sur Evoweb.

COMPLEMENT IV (17.5 2145) : Pamela Hess, la correspondante au Pentagone de l'agence UPI, a écrit une excellente analyse de l'affaire Newsweek. Elle montre notamment comment les relations à couteaux tirés entre le Pentagone et les médias américains favorisent ce type de dérapage, alors que les deux parties auraient un intérêt mutuel à collaborer honnêtement.

COMPLEMENT V (18.5 2130) : Quelques remarques assez fulgurantes de James Taranto sur le même sujet, dans son Best of the Web Today de mardi, fournissent une autre perspective intéressante. Extrait :

It's not just that the media are biased against conservatives and Republicans, though they certainly are. It is that they see every war as another Vietnam and every supposed scandal as another Watergate--at least when Republicans are in the White House, which they usually are.
The obsession with Vietnam and Watergate is central to the alienation between the press and the people. After all, these were triumphs for the crusading press but tragedies for America. And the press's quest for more such triumphs--futile, so far, after more than 30 years--is what is behind the scandals at both Newsweek and CBS.

Des médias victimes de leurs propres mythes? Voilà une réflexion intéressante...

COMPLEMENT VI (19.5 0715) : Pour rester dans la droite américaine, la colonne de l'impitoyable Ann Coulter offre aujourd'hui une autre perspective très intéressante, en détaillant les raisons qui ont poussé voici quelques années Newsweek à ne pas sortir l'affaire Lewinsky quand le même reporter avait des preuves solides pour ce faire, et la comparaison très défavorable avec la présente affaire.

COMPLEMENT VII (19.5 1310) : La couverture de cette affaire en Europe continue de laisser songeur. Le Nouvel Obs insinue ainsi que ce sont des pressions sur la source de Newsweek qui auraient contraint le magazine à retirer son article, et non le caractère inexact des assertions publiées. Il est vrai qu'en matière d'exactitude, le journal français - sous la plume de Sara Daniel - a de sérieuses difficultés :

Quoi qu'il en soit, l'affaire va porter un nouveau coup à la crédibilité de la presse américaine, déjà affaiblie ces derniers mois par la démission de plusieurs journalistes fautifs, et non des moindres: après avoir admis que plusieurs de ses articles avaient été inventés de toutes pièces, Jason Blair, le journaliste vedette du «New York Times», s'est aussi excusé d'avoir accrédité l'existence d'armes de destruction massive en Irak sur la base du témoignage de sources uniques et anonymes.

Pauvre Jason Blair : tout finit par lui retomber dessus! D'ailleurs, sur la même lancée, on pourrait dire que les mémos truqués de CBS, le faux vol de munitions à Al Qaqaa du New York Times ou la divulgation de l'identité faussement frauduleuse de Valérie Plame portent tous la marque de Jason Blair, promu au rang de symbole unique de tout ce qui va mal dans la presse US... Quelqu'un pourrait-il expliquer à Mme Daniel la différence entre Jason Blair et Judith Miller?

Posted by Ludovic Monnerat at 9h16 | Comments (49) | TrackBack

15 mai 2005

Les tourments de l'armée

L'optimisation de la réforme Armée XXI vient à peine d'être annoncée, en recueillant globalement un accueil positif si l'on excepte la coalition contre nature des antimilitaires et des isolationnistes, que de nouveaux obstacles se profilent à l'horizon. Comme l'explique aujourd'hui la Sonntagszeitung, le programme d'armement 2005 suscite déjà les mêmes réactions négatives que le programme de l'an passé : l'achat proposé de 20 hélicoptères de transport EC-635 en remplacement des Alouette III pour 310 millions et d'un système d'exploration électronique en partie israélien pour 395 millions suscite l'ire des parlementaires.

Pour l'hélicoptère, on retrouve une fois de plus une contestation technique émise par des gens qui n'en ont pas la compétence :

Dass es einen neuen Helikopter braucht, ist unbestritten. Sicherheitspolitiker ziehen indes die Tauglichkeit des Fluggerätes in Frage. SVP-Nationalrat und Parteikollege Roland Borer: «Die Evaluation war hektisch. Es stellt sich die Frage, ob Schmid hier das richtige Modell kaufen will.»

Pour le système d'exploration, c'est l'Etat d'Israël qui est directement visé, indépendamment des intérêts de l'armée :

Für die politische Linke «undenkbar». SP-Mann Paul Günther: «Rüstungskäufe in Israel kommen nicht in Frage. Wir unterstützen damit einen Staat im Krieg.» Auch hier muss Schmid mit einer breiten Opposition bis weit ins bürgerliche Lager hinein rechnen. Über 90 Nationalräte haben ein Postulat des Grünen-Politikers Lang unterschrieben, das die Sistierung von Waffengeschäften mit Staaten des Nahen Ostens verlangt.

Je ne suis pas en mesure de m'exprimer au sujet de l'EC-635, parce que je ne connais pas le dossier (ou pas encore!). En revanche, je connais raisonnablement bien les systèmes d'exploration électronique achetés par l'armée ces dernières années, et la technologie israélienne en ce domaine est tout simplement la meilleure au monde. Que les adversaires des programmes d'armement proposent donc des alternatives valables au lieu d'empêcher systématiquement l'armée d'acquérir les équipements nécessaires pour remplir les missions qu'elle reçoit !

Posted by Ludovic Monnerat at 8h51 | Comments (2) | TrackBack

14 mai 2005

Robots contre barbares

Les contrastes inhérents au principal conflit qui embrase la planète a encore été souligné aujourd'hui par l'annonce de deux événements diamétralement opposés.

D'une part, des terroristes - probablement islamistes - ont lancé une grenade devant une école chrétienne de Srinagar, à l'instant où les enfants en sortaient pour rejoindre leurs parents. L'explosion a tué deux femmes et blessé 50 personnes, dont 20 enfants, selon la police indienne. On imagine sans peine la scène chaotique décrite sommairement par l'auteur de la dépêche, les enfants ensanglantés et les parents affolés à la sortie des classes. Balancer une arme de guerre dans une foule composée majoritairement de femmes et d'enfants illustre tristement la forme que prend aujourd'hui la barbarie.

D'autre part, un drone Predator de la CIA aurait éliminé un important dirigeant yéménite d'Al-Qaïda, dans une région du Pakistan toute proche de l'Afghanistan, selon la presse américaine. Si cette annonce est exacte, c'est à nouveau un missile à guidage laser Hellfire qui aura été utilisé pour tuer un membre éminent du réseau islamiste après son identification par les caméras du drone. Une manière de neutraliser définitivement un combattant reconnu, sans dommage collatéral, qui illustre clairement la forme que prend aujourd'hui le combat.

A priori, ces deux événements antinomiques soulignent donc le fossé qui sépare les terroristes sanguinaires des opérateurs méticuleux, et le massacre idéologique de l'exécution méthodique. D'un point de vue militaire et juridique, l'opposition est effectivement totale, et je ne peux qu'approuver une manière précise et efficace d'éliminer ses ennemis lorsque ceux-ci sont identifiés. Engager une grenade coûtant quelques francs pour faire le plus de mal possible est à l'opposé d'un missile hautement perfectionné, coûtant plus de 100'000 francs et doté d'une précision que l'on pourrait dire diabolique.

L'usage d'un robot pour tuer délibérément un homme doit cependant faire réfléchir. Combattre un fanatisme inhumain par un automatisme tout aussi inhumain risque de générer une barbarie plus sanglante encore, par laquelle les algorithmes informatiques en viendraient à s'arroger droit de vie et de mort sur un être humain. Nous n'en sommes certes pas encore là , mais le progrès technologique indique sans conteste les extrémités auxquelles son application irréfléchie aux conflits armés pourrait nous mener.

Posted by Ludovic Monnerat at 22h07 | Comments (13) | TrackBack

Un après-midi à la TSR

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Après la presse écrite et la radio hier, ce jour était - en toute logique - largement consacré à la télévision, puisque j'ai passé l'après-midi en compagnie de Phil Mundwiller et de son équipe de tournage, dirigée par le réalisateur Ventura Samarra (les deux sont de gauche à droite ci-dessus), en vue d'un reportage pour l'émission Territoires 21 de la TSR. Le thème du reportage, qui devrait être diffusé en octobre, est lié aux évolutions dans la technologie des sous-marins militaires, et notamment aux modèles à propulsion anaérobie. Sans trop entrer dans les détails, ma contribution avait pour objectif principal de fournir un éclairage militaire et stratégique sur le rôle des sous-marins actuels, sur la modification des équilibres navals due au progrès technologique, et sur les impacts possibles de la propulsion anaérobie. Un travail d'expertise dans un domaine qui n'appartient pas exactement à mon quotidien, mais qui me passionne depuis longtemps !

L'une des particularités du travail accompli en l'espace de 3 heures réside dans le fait que le réalisateur a créé pour l'ensemble du reportage, dans lequel figurent d'autres intervenants bien plus renommés que ma modeste personne, une atmosphère digne d'un roman d'espionnage. Il a donc fallu tourner plusieurs scènes un peu louches, dans lequel votre serviteur s'introduit de façon soupçonneuse au cÅ“ur d'un vaste bâtiment apparemment inusité, pour y rencontrer un personnage avide de renseignements - en l'occurrence Phil Mundwiller. Et comme ce dernier est au moins aussi sympa en vrai qu'à l'écran, il a fallu recommencer deux fois une scène précise pour cause de fous rires réciproques dont je porte, malheureusement, une responsabilité indéniable ! L'interview en soi s'est bien déroulé. Vulgariser la problématique de la propulsion et de l'emploi des sous-marins n'est pas chose aisée. Je suis très curieux de voir quel produit final sortira du montage!

En tout cas, il est très agréable de collaborer avec une équipe qui prend le temps de soigner le détail et qui le fait dans une ambiance détendue. L'information de qualité passe par un travail approfondi qui semble hélas de plus en plus rare.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h54 | Comments (1) | TrackBack

13 mai 2005

Iran : les options militaires

La chaîne Fox News a publié aujourd'hui un ensemble de 4 options militaires qui, d'après deux anciens généraux et un expert américains, seraient actuellement étudiées au Pentagone en vue de fournir une réponse adaptée à la menace iranienne. Ces options sont l'action clandestine, l'embargo maritime, les frappes chirurgicales ou l'assaut conventionnel. La meilleure de ces variantes, ou peut-être la moins pire, semble celle de la campagne aérienne menée contre des cibles précises avec des munitions de précision à forte pénétration. Et l'on retrouve la conviction habituelle des aviateurs, selon laquelle la puissance aérienne à elle seule est en mesure d'apporter la décision face à un adversaire tel que l'Iran :

Surgical strikes would also aim to hurt Iran's ability to counterattack while limiting civilian casualties, according to Vallely.
"We're not after the population," he said. "We're not after blowing down bridges anymore. We're trying to disrupt command and control, their ability to use their forces on the ground, their forces in the air, as well as their naval forces. ... Bring them to their knees early. That's the key."

L'option clandestine est certainement la plus intéressante sur le plan politique, mais elle me laisse plutôt sceptique. Mener simultanément plusieurs opérations spéciales sur des sites de production nucléaires dispersés et enterrés semble une excellente recette pour un désastre bien pire que celui de Desert One. Imaginez la chose : au moins 5 cibles majeures devraient être traitées de la sorte, en supposant que soient récoltés au préalable des renseignements suffisants pour connaître exactement leurs points faibles ; compte tenu des défenses présentes sur chaque site, j'imagine mal moins de 100 à 150 hommes pour chaque action directe, en comptant les moyens d'appui comme le transport aérien, ce qui amènerait l'opération d'ensemble à dépasser 1000 membres des forces spéciales. Une affaire d'autant plus gigantesque que la couverture aérienne nécessaire impliquerait probablement l'emploi de 2 porte-avions. Les frictions dus à la complexité garantissent à tout coup l'échec.

En revanche, une action subversive recherchant avec discrétion et opiniâtreté la déstabilisation du régime des mollahs semble bien plus intéressante. Et resterait certainement la seule possible si Téhéran venait à acquérir l'arme nucléaire et les vecteurs qui l'accompagnent.

COMPLEMENT I (16.5 1000) : Cette colonne de Jim Hoagland dans le Washington Post fournit un bon aperçu des options politiques et diplomatiques pour les Etats-Unis face à l'Iran, et des dilemmes qu'elles posent.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h09 | Comments (23) | TrackBack

12 mai 2005

Alerte média : Le Temps et RSR

Journée faste demain pour votre serviteur sur le plan médiatique : Le Temps va publier un article que j'ai consacré à la problématique des soldats-reporters et des journalistes-combattants, alors que RSR La Première m'a invité à m'exprimer dans le journal de 7h00 sur l'optimisation de la réforme de l'armée annoncée aujourd'hui. Deux activités d'expertise militaire et stratégique qui me donneront l'occasion de sensibiliser lecteurs et auditeurs aux questions de sécurité qui se posent aujourd'hui. Il faudra juste se lever un peu tôt pour prendre le premier train à destination de la capitale... :)

COMPLEMENT I (13.5 0515) : L'article en question dans Le Temps est disponible ici (accès payant).

COMPLEMENT II (13.5 1955) : L'interview en question sur la RSR peut être écouté ici, sous Audio. Dans l'ensemble, je ne m'en suis pas trop mal tiré ; le direct reste un exercice délicat, surtout lorsque le fil de la conversation ne suit pas exactement ce qui était prévu !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h12 | Comments (6) | TrackBack

Une adaptation de l'armée

Le Conseil fédéral a présenté aujourd'hui son optimisation de la réforme de l'armée, basée sur une spécialisation des troupes entre des forces de défense, chargées de maintenir le savoir-faire du combat de haute intensité, et des forces de sécurité, axées sur les engagements en-dessous du seuil traditionnel de la guerre. Cette optimisation ne produira que des économies marginales en soi (39 millions par an), même si la concentration de plusieurs infrastructures logistique permettra d'économiser 130 millions supplémentaires chaque année. En d'autres termes, la pression financière constante imposée à l'armée et les obstacles placés sur ses programmes d'armements continueront d'entraver son adaptation.

Cette spécialisation de l'armée n'en constitue pas moins une décision stratégique importante, et parfaitement en accord avec l'évolution de notre environnement. Le rôle concret de la plupart des contingents militaires déployés aujourd'hui de par le monde consiste non pas à détruire un adversaire clairement identifié, mais bien à interdire ou à garantir la normalité d'un espace défini. La notion classique de défense territoriale perd en importance au fur et à mesure que les capacités de conquête territoriale s'amenuisent au sein des armées. En revanche, la préservation et le rétablissement des conditions d'existence face au chaos et à la violence politique extrême prennent une importance croissante, indépendamment des frontières nationales.

L'une des grandes innovations de l'Armée XXI, que les commentateurs hélas ont tendance à largement sous-estimer, est le concept d'opération préventive de sûreté sectorielle. Il est défini (pratique d'avoir le règlement à portée de main...) comme un "type d'opération visant à garantir la capacité de conduite et de fonctionnement civile et militaire ainsi que le contrôle du territoire en cas de menace asymétrique. L'armée répond de la conduite et de l'engagement." En d'autres termes, il s'agit d'une mise en service actif d'une partie de l'armée afin de protéger durablement des personnes, des troupes, des installations ou des secteurs face à des actes terroristes, criminels ou extrémistes. C'est-à -dire face aux menaces principales d'aujourd'hui et de demain.

Cette aptitude à prendre la responsabilité de pans entiers du pays (on pourrait parler de militarisation) est largement unique à la Suisse. Les autres pays européens n'ont que rarement les bases légales et la culture politique pour envisager des mesures de ce type ; certaines armées sont même interdites de mission indépendante sur leur propre sol. De même, la flexibilité du système suisse permet de concevoir des engagements subsidiaires (sous la conduite des autorités civiles, comme le World Economic Forum) en parallèle d'engagements de sûreté sectorielle, c'est-à -dire d'adopter des réponses différenciées et adaptées à la menace. L'optimisation de l'armée annoncée aujourd'hui renforce cette perspective.

Posted by Ludovic Monnerat at 15h14 | Comments (6) | TrackBack

11 mai 2005

Médias et terrorisme

Le New York Times a publié hier une colonne de John Tierney qui aborde la question du rôle des médias face au terrorisme, à propos de l'Irak, et de la couverture très importante qu'ils accordent aux attentats suicides. Ses réflexions sont succinctes, mais vont au coeur des questions que devraient se poser les journalistes en couvrant ce type d'événement, aussi dramatique que ponctuel :

When the other reporters and I finished filling our notebooks, we wondered morosely if we could have done a service to everyone - victims, mourners, readers - by reducing the story to a box score. We all knew the template: number of victims, size of the crater, distance debris had been hurled, height of smoke plume, range at which explosion was heard.
There was no larger lesson except that some insurgents were willing and able to kill civilians, which was not news. We were dutifully presenting as accurate an image as we could of one atrocity, but we knew we were contributing to a distorted picture of life for Iraqis.

Compte tenu des intérêts propres aux médias, comment remédier à cette distorsion potentielle qui découle de la publicité accordée aux attentats terroristes? John Tierney y répond par une analogie à la lutte contre la criminalité, et affirme que le fait de moins en parler finit par permettre de moins se focaliser sur les détails, et d'acquérir une vue d'ensemble garante d'un réalisme accru :

I'm not advocating official censorship, but there's no reason the news media can't reconsider their own fondness for covering suicide bombings. A little restraint would give the public a more realistic view of the world's dangers.
Just as New Yorkers came to be guided by crime statistics instead of the mayhem on the evening news, people might begin to believe the statistics showing that their odds of being killed by a terrorist are minuscule in Iraq or anywhere else.

Ce conseil me semble relever d'un optimisme un peu trop exacerbé pour être applicable. D'une part, la concurrence entre médias - que le progrès technologique ne fait qu'aviver - provoque automatiquement une spirale sensationnaliste. D'autre part, les journalistes ont parfois des inclinations politiques, voire des partis pris idéologiques, qui les amènent à favoriser la couverture des attentats terroristes pour démontrer la justesse de leurs opinions - le cas de l'Irak étant à cet égard exemplaire.

Mais je crois avant tout que John Tierney se trompe d'époque : les médias ont perdu le monopole de l'information, et les groupes terroristes eux-mêmes ont désormais la capacité de produire et diffuser leurs propres contenus médiatiques pour multiplier l'effet de leurs actions. A quoi bon inciter les médias d'un pays donné à l'autocensure si n'importe quel internaute peut avoir accès aux images et aux vidéos spectaculaires mises en lignes par les terroristes? Un média qui s'escrime à ignorer ce que sait son public n'a que peu d'espoir de survie économique.

Par définition, les médias sont otages des méthodes terroristes. Tout ce que l'on peut exiger d'eux, c'est d'éviter de se transformer en acteur d'un conflit, et de replacer les événements isolés dans le contexte dudit conflit.

COMPLEMENT I (12.5 1000) : Bien entendu, lorsque l'otage y met du sien, terroristes et médias forment un duo bien rôdé. C'est ce que l'on peut remarquer ces jours : une augmentation des attentats qui frappent avant tout les Irakiens, et dont on se demande bien quelle utilité ils peuvent avoir, est aussitôt interprétée par la presse comme le signe d'un échec - en fermant les yeux sur tous les autres facteurs du conflit. Et on entend à nouveau parler du "bourbier irakien", à la faveur d'un pic de violences qui, selon toute probabilité, ne devrait pas durer. Visiblement, John Tierney et ses interrogations appartiennent à une ultra-minorité...

Posted by Ludovic Monnerat at 13h50 | Comments (5) | TrackBack

10 mai 2005

L'ONU enfin efficace ?

La mission des Nations Unies au Congo suscitait voici quelques semaines de grands espoirs : pour la première fois depuis longtemps, une force militaire solide et bien équipée avait été mise sur pied, avec la liberté d'action nécessaire pour imposer et maintenir la paix face aux milices qui infestent l'est congolais. Si l'on en croit cet article publié aujourd'hui dans le Christian Science Monitor, ces espoirs sont justifiés, et l'usage résolu de la force que pratiquent les Casques Bleus a réduit les attaques visant les populations civiles tout en accélérant le désarmement des combattants irréguliers. On trouve même des fonctionnaires onusiens, chose rare s'il en est, qui louent l'emploi implacable de la violence armée dont fait apparemment preuve le contingent pakistanais :

And the United Nations itself - with a highly effective Pakistani contingent at the forefront - has been scoring major military successes against renegade militias. As weapons begin to flow into disarmament camps, locals and officials alike are cautiously optimistic that the country could be on the brink of a historic opportunity for peace in Central Africa.
The Pakistani peacekeepers are an uncompromising bunch. "They don't ask questions - they just shoot," quips one UN staffer, who asked not to be named. That may sound alarming, but in a country where militias have for years raped, looted, and killed with impunity, the approach is welcomed by many.

Cet aperçu est bien entendu trop restreint pour jauger l'efficacité de l'ensemble d'un contingent malgré tout composite, et l'arrêt des combats ne représente de toute manière que la première étape de toute mission de stabilisation. Les terribles fractures du génocide rwandais vont encore longtemps faire sentir leurs effets. Cela dit, il vaut la peine de souligner que l'ONU semble déterminée à faire la preuve de son efficacité dans le conflit le plus meurtrier de notre ère, et donc à reconnaître qu'il n'y a pas d'issue au Congo sans solution militaire. Une réalité que les beaux esprits dont regorge l'organisation passent naturellement leurs journées à nier. A commencer par son secrétaire général (ce qui prouve à quel point la mémoire de l'Internet est utile pour démasquer la rhétorique à courte vue).

Posted by Ludovic Monnerat at 19h26 | TrackBack

Médias : la masse critique

On trouve aujourd'hui dans le New York Post un éditorial de John Podhoretz consacré à la crise que traversent les piliers des médias traditionnels américains : le cinéma, la télévision, la radio, la musique et les journaux. Il fournit des faits convaincants sur la chute des audiences, rappelle que ces médias restent des acteurs majeurs même si leur toute-puissance disparaît, et surtout identifie la raison de leur déclin - le fait que les nouveaux médias ont atteint aux Etats-Unis une masse critique :

Something major has changed over the past year, as the availability of alternative sources of information and entertainment has finally reached critical mass.
Newly empowered consumers are letting the producers, creators and managers of the nation's creative and news content know that they are dissatisfied with the product they're being peddled.

Il paraît réaliste d'imaginer que cette masse critique sera également atteinte en Europe ces prochaines années.

Posted by Ludovic Monnerat at 12h40 | Comments (26) | TrackBack

9 mai 2005

Le blitzkrieg du XXIe siècle

Dans la pensée militaire contemporaine, la notion de guerre éclair reste largement un mythe : les campagnes foudroyantes effectuées par la Wehrmacht en Pologne, en Belgique, en France, dans les Balkans et en Russie occidentale sont devenues synonymes de victoires écrasantes aux pertes totalement disproportionnées, accomplies par des forces en tous points supérieures et parvenues intactes ou presque au terme de l'attaque. Bien entendu, il n'en est rien : selon cette source, la campagne de Pologne a par exemple entraîné pour l'Allemagne la perte de 13'100 hommes (tués et disparus), 217 chars et 564 avions (25% des appareils engagés), alors que la campagne de France a coûté à la Wehrmacht environ 45'000 hommes et 683 chars. Le choc de la défaite et de la surprise expliquent largement cette image persistante d'un succès facile, qui reste parfois colportée (affirmer que l'armée française n'avait pas la volonté de se battre en mai et juin 1940 est une contre-vérité historique).

Pourtant, la perspective d'une offensive rapide et décisive reste au cÅ“ur des doctrines d'emploi, et pas seulement en Occident. La faculté d'exploiter à fond les faiblesses de l'adversaire tout en protégeant entièrement les siennes, afin d'atteindre au plus vite la décision, représente toujours un idéal opérationnel presque impossible à atteindre. La dissymétrie tragique que les Panzerdivisionen ont occasionnée entre 1939 et 1942 continue de frapper les imaginations, même si les masses blindées et l'appui aérien rapproché disparaissent chaque année un peu plus des arsenaux européens depuis la fin de la guerre froide. Ne serait-ce que pour trouver le moyen de s'en prémunir, il est toujours nécessaire de se demander de quoi le prochain blitzkrieg sera fait.

Ce qui est certain, c'est que les formes classiques de la guerre asymétrique, comme le terrorisme, la guérilla et la non-violence, n'en constituent pas les bases. Ces méthodes de combat nécessitent au contraire une grande amplitude temporelle, et permettent avant tout d'éviter la défaite en provoquant un épuisement de l'adversaire susceptible d'autoriser, le moment venu, une offensive amenant la victoire. Les insurrections modernes répondent ainsi à une manÅ“uvre, mise à jour et codifiée par Mao, qui transforme la force en faiblesse, construit patiemment un soutien populaire et parvient progressivement au but. Il a fallu près de 30 ans au Nord-Vietnam pour expulser les Français et les Américains, puis s'emparer de Saigon et parachever ses conquêtes - en laissant un pays détruit et appauvri qui aujourd'hui aspire à se rapprocher des Etats-Unis.

Des formes de guerre nouvelles sont nécessaires pour provoquer l'effondrement rapide d'un pays, d'une armée ou d'une société, et ainsi répéter les grandes conquêtes que l'Histoire a connues - d'Alexandre le Grand à Hitler, en passant par César, Gengis Khan, Cortez ou encore Napoléon. A l'heure de la montée en puissance de l'individu, il est probable que la conquête militaire traditionnelle, passant par l'élimination des forces adverses ou des hommes capables de combattre, nécessite des armées impossibles à constituer, à déployer et à soutenir, ou des pratiques génocidaires suscitant aussitôt l'opposition de la planète entière. De plus, la division toujours plus affirmée du pouvoir fragilise les Gouvernements, mais renforce les sociétés et rend inutiles les actions de décapitation. Prendre Bagdad et capturer Saddam Hussein n'a pas suffi aux Etats-Unis pour l'emporter en Irak.

L'espace cybernétique semble fournir un terrain favorable à une guerre-éclair renouvelée. Pourtant, le mythe du « Pearl Harbour numérique » a bien perdu de sa superbe depuis le 11 septembre, et le développement exponentiel des réseaux informatiques réduit d'autant le nombre des individus et des organisations prêts à s'en priver. Les vulnérabilités dues à la technologie produisent une symétrie bien trop dissuasive. Par ailleurs, l'espace médiatique connaît actuellement un morcellement trop avancé, sous la forme des nouveaux médias, pour offrir la possibilité d'un succès rapide et décisif ; le domaine des perceptions et des représentations est en évolution constante, et rien n'y est jamais acquis. La réécriture de l'histoire à des fins politiques, très en vogue de nos jours, n'est que l'expression outrancière d'un phénomène d'interprétation trouvant son origine au plus profond de l'esprit humain. Impossible d'espérer un knock-out par ces seuls biais.

Les conflits de notre siècle sont avant tout caractérisés par leur dimension sociétale : ce sont toutes les ressources d'une société donnée, mobilisée à la mesure des enjeux perçus en vue d'un emploi offensif ou défensif, qui entrent en ligne de compte. Mener une guerre éclair suppose donc l'obtention d'une supériorité décisive dans un ou plusieurs des 4 domaines dont découlent la force d'une collectivité donnée : la matière (facteurs physiques), la psyché (facteurs psychologiques), la morale (facteurs éthiques) et le savoir (facteurs cognitifs). Et si les armées ne sont plus les outils décisifs par excellence, d'autres armes doivent être trouvées. Lesquelles ? Dans notre monde interconnecté, l'information sous sa forme la plus aboutie promet certainement d'être le vecteur décisif, et la conquête des esprits remplacer celle du territoire. Mais quelle information, ou plutôt quelle somme d'informations ? Probablement celle qui touche le spectre le plus large, qui forme à la fois une idée, une valeur et un sentiment. Une fin en soi. Un aboutissement universel. Un idéal, pour tout dire.

Ce n'est pas la première fois que j'avance cette notion. Peut-être même assistons-nous aujourd'hui à une guerre éclair inspirée par l'idéal démocratique, dont l'action de l'administration américaine n'est qu'un facteur déclencheur parmi d'autres, et dont les espaces conflictuels se confondent à la planète entière. Cependant, l'évolution et l'élargissement des armes est un processus constant, largement imprévisible, et il ne faut pas exclure le retour d'une ère où la suprématie militaire puisse revenir au cÅ“ur des rapports de force. Peut-être l'intelligence artificielle sera-t-elle le pivot de la puissance future!


NB : L'articulation quaternaire esquissée ci-dessus est décrite dans un article stratégique de fond qui sera bientôt publié dans la Revue Militaire Suisse.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h34 | Comments (10) | TrackBack

8 mai 2005

Sur les routes du Jura

AbbatialeBellelay.jpg

J'ai passé plusieurs heures cette semaine à apprivoiser mon deux-roues flambant neuf, le plus souvent sous une pluie glaciale qui n'a pas réussi à doucher mon enthousiasme. Comme aujourd'hui la météo a daigné être plus clémente, j'en ai profité pour faire un tour sympathique : départ en direction des Ecorcheresses, halte à Bellelay (la splendide abbatiale ci-dessus en témoigne), puis retour par la vallée de Tavannes après s'être rabattu par Le Fuet et Saicourt. Beaucoup de route, et parfois quelques chemins arpentés de façon improvisée, pour une boucle fort agréable de 44 km, accomplie sous un soleil jouant à cache-cache dans les nuages. De quoi prendre une ample respiration, en cette fin de ce week-end prolongé, pour une semaine qui s'annonce plus que remplie!

Posted by Ludovic Monnerat at 18h15 | TrackBack

Une déception frénétique

Le blogger australien Chrenkoff revient sur la déception des médias suite à la réélection historique de Tony Blair, et sur leur interprétation majoritaire selon laquelle cette victoire est en réalité une défaite, une sanction populaire due à l'opération Iraqi Freedom. Il montre que les faits - les partis ayant soutenu l'opération obtiennent 67,5% des votes - ne corroborent pas ce jugement. Et il met ce dernier en rapport avec une couverture de The Economist du 20 mars 2004, qui voyait dans l'alternance politique en Espagne la préfiguration d'un sort identique aux Etats-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne. L'incapacité des médias à influencer de manière décisive l'électorat n'en est que plus évidente.

Histoire de mieux mesurer la frustration qui doit étreindre certaines rédactions au vu de l'expression populaire et démocratique, j'ai fait une rapide recherche dans mes archives et je suis tombé sur un éditorial édifiant publié le 15 mars 2004 dans 24 Heures, le quotidien vaudois, sous la plume de Caroline Stevan. Il vaut la peine d'en citer un extrait :

L'horreur de ce qu'il est déjà convenu d'appeler le «11 septembre espagnol» a en effet rappelé aux citoyens qu'une guerre se déroule là -bas, à l'autre bout de la planète. Qu'il ne s'agit pas seulement d'une production américaine à gros budget que l'on peut suivre en direct sur le petit écran. Et que les milliers de civils tués par les bombes de la coalition ne pouvaient l'être impunément. Il ne suffit pas d'exporter les combats pour prétendre y échapper sur son sol.
[...]
Chacun des gouvernements membres de la coalition a été, à un moment ou à un autre, accusé d'avoir menti sur le dossier irakien - hier encore, Colin Powell, Condoleeza Rice et Donald Rumsfeld ont déclaré à l'unisson que la guerre avait permis d'augmenter la sécurité de la planète. Tous, à commencer par les Etats-Unis, finiront par se retrouver devant une échéance électorale. Espérons que le cas espagnol fera alors jurisprudence.

La mise en évidence de cette conclusion est de mon fait. Elle montre bien que le militantisme politique à travers les médias, conjugué au manque de connaissance, verse assez rapidement dans le ridicule. Je ne me rappelle pas avoir vu un correctif de Mme Stevan lorsqu'il est apparu que les attentats de Madrid ont commencé à être préparés en octobre 2000, et que le lien qu'elle y voit avec les pertes civiles en Irak - dès cette époque avant tout causées par d'autres attentats - n'existait que dans son imagination. Parler de jurisprudence à propos d'élections, et mélanger les processus judiciaire et politique, n'indique certes pas une grande clarté d'esprit.

J'espère simplement que les passionarias et guérilleros de l'infosphère sauront surmonter leurs déceptions et cesser de frénétiquement imposer leur point de vue déformant au détriment de la réalité.

Posted by Ludovic Monnerat at 10h41 | Comments (3) | TrackBack

7 mai 2005

La barbarie moderne

La barbarie de notre époque se manifeste lorsque la violence armée cesse d'être un moyen de coercition pour devenir un but en soi, l'expression d'une haine sanguinaire due au fanatisme idéologique et religieux. Ce péril planétaire, qui prend partout la forme d'un ennemi intérieur et dispersé, est avant tout mu par des idées et des préceptes qui aboutissent à nier la valeur de la vie, à rationaliser le meurtre de masse, à justifier les pires crimes. Et si le fascisme islamique n'est qu'une incarnation parmi d'autres de cette déshumanisation, il n'en représente pas moins aujourd'hui une menace majeure pour la vie civilisée.

Les faits épars que livre l'actualité le rappellent chaque jour ou presque. Hier matin, un bus scolaire transportant des enfants israéliens a été pris pour cible par des terroristes palestiniens, qui ont tenté de commettre un carnage avec un lance-roquettes antichar - et heureusement manqué leur tir. En Afghanistan, trois femmes ont été retrouvées mortes mercredi, sauvagement assassinées et violées, avec un écriteau sur la poitrine de l'une d'entre elles avertissant contre toute collaboration avec des organisations humanitaires. Quelques jours plus tôt, à Mossoul en Irak, un terroriste suicidaire s'est fait exploser avec sa voiture piégée sur un véhicule blindé américain à l'instant même où celui-ci était entouré d'une vingtaine d'enfants faisant signe aux soldats. Bien d'autres atrocités analogues pourraient être citées.

Sur le plan stratégique, ces actes monstrueux sont bien trop contre-productifs pour avoir un impact dont leurs auteurs et leurs commanditaires pourraient bénéficier. Ce n'est pas en tuant des femmes et des enfants que l'on conquiert les coeurs et les esprits, et le niveau de terreur engendré est bien trop bas pour affecter durablement l'évolution des sociétés concernées. Il n'en demeure pas moins que cette accumulation d'horreurs est utilisée comme arme cognitive par tous les esprits faibles opposés à l'extermination des barbares. L'apparence d'un chaos généralisé suffit aux opinions superficielles, qui oublient que la barbarie n'a plus de localisation géographique.

COMPLEMENT I (8.5 1110) : Suite à un courrier de Roland, que je remercie, je me permets de citer un passage d'un livre écrit par Jean Brune, "Interdit aux chiens et aux francais - Le drame de l'Algérie francaise", qui parle d'un conflit dont les parallèles avec ceux de notre époque restent terriblement étroits. Extrait long, mais essentiel :

Partout j'avais perçu la même angoisse, invisible dans les paysages inchangés, mais partout présente comme une mystérieuse maladie de la vie. Tenter de la définir, c'est définir du même coup cette technique des guerres politiques qui a plongé le siècle finissant dans des horreurs que les âges de carnages n'avaient pas connues. C'était la mort installée au cÅ“ur même de la vie ; non pas la mort-accomplissement dans laquelle s'achèvent tous les êtres vivants, ni la mort affrontèe sur les champs de bataille qui est sacrifice consenti á une idée, c'est-à -dire à une conception de la vie offerte aux survivants par les condamnés comme un héritage. C'était la mort dont le cortège d'effroi était multiplié par un sentiment d'injustice. Chaque victime était un otage innocent versé dans les charniers pour satisfaire aux exigences glacées d'une arithmétique de la terreur. Peu importaient les qualités ou les défauts des victimes, leur nom, leur poids d'entrailles humaines et les symboles inclus dans leur métier. Ce qui comptait, c'était le nombre des morts à partir desquels la peur s'installait dans la vie et commençait de la corrompre comme un poison. On ne tuait pas comme on tue à la guerre pour ouvrir dans les rangs de l'ennemi des brèches dans lesquelles s'engouffraient les soldats. On tuait pour créer un scandale et par ce scandale attirer l'attention du monde non pas sur les victimes, mais sur les bourreaux. L'entreprise supposait une organisation méticuleuse des complicités ; chaque nouveau mort étant l'occasion d'exprimer les solidarités qui liaient le meurtrier à un immense camp d'intérêts et d'idées. Chaque nouveau massacre collectif servant de prétexte à une explosion d'indignation en faveur des écorcheurs. Ainsi les hommes étaient-ils immolés sur l'autel d'un calcul et les morts versés comme un carburant nécessaire au fonctionnement d'une machine. Pour que s'ouvrît et fût alimentée une controverse, il fallait que mourussent des innocents. On brûlait la vie dans les hauts fourneaux des fonderies d'idées.

COMPLEMENT II (8.5 2250) : L'attentat suicide commis aujourd'hui dans un café Internet de Kaboul, qui a fait 2 morts en plus de l'auteur, est à mon sens largement symbolique du conflit en cours. Les islamistes luttent tout simplement pour leur survie dans un monde qui se modernise et s'occidentalise à vive allure ; leurs idées moyen-âgeuses n'ont tout bonnement aucune place à notre époque, et la révolution de l'information - par les principes mêmes qui la fondent - réduit ses sanctuaires comme peau de chagrin. C'est en partie ce qui explique la violence démesurée du terrorisme islamiste. Et c'est pourquoi l'euthanasie stratégique devrait être la stratégie globale de l'Occident.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h25 | Comments (35) | TrackBack

Un blog exceptionnel

C'est en effectuant plusieurs lectures sur le journalisme de guerre, et les critères de qualité qui permettent de le juger, que j'en suis venu à découvrir le blog de Michael Yon, un écrivain, journaliste et vétéran US qui est actuellement en Irak. Entièrement intégré aux formations de l'US Army au point d'en fournir la perspective, il met néanmoins ses qualités littéraires et photographiques au service du public en fournissant des descriptions extraordinaires de la situation en Irak. Son récit d'une attaque à la voiture piégée à Mossoul est particulièrement saisissant, tout comme sa position concernant l'emploi des images comme arme :

Once the recovery vehicle arrived and dragged the smoldering Stryker away, we needed to roll. But the Deuce-Four all know what comes next. The gloating posse descends, camera crews at the ready, to shoot video that gets posted to the web and beamed around the world, of them in full celebratory dance, as if they had scored a major victory against "infidels."
Just a few weeks earlier, when another of Kurilla's Strykers was hit by an SVBIED, a camera crew arrived on scene. As a man pumped an AK, an American sniper killed him, wounding the cameraman in the process. When it was later learned that the cameraman was a stringer for CBS who had close ties with the enemy, CBS apologized on the air.
Just as we pulled out, people arrived with cameras and began shooting footage of the scene. One of the men, whom we later learned was an Associated Press correspondent with known ties to the enemy, is dead now. The associate scavenging with him was seriously wounded.

Lisez le tout.

COMPLEMENT I (7.5 1515) : Je viens de voir à l'instant que Wretchard sur son Belmont Club a consacré plusieurs réflexions à ce reporter de CBS capturé avec les insurgents. En particulier pour montrer que la couverture médiatique de cette attaque s'est focalisée sur cet aspect et a négligé tous les autres :

Of all the incidents described in Yon's Battle for Mosul, the only incident which made the headline news for an extended period was the wounding and detention of the Associated Press photographer. The dramatic events related by Yon: the fights with the insurgents, the desperate rescues -- recede completely into the background in mainstream media stories. By a strange process of substitution what is merely a footnote in Yon's story, the account of the cameraman, becomes the staple of the wire news while the main events of Yon's story shrink to become footnotes in the newspaper coverage of the photographer's saga.
Every information consumer picks up a newspaper to learn the truth. But what is the truth in a situation where a story's message can so radically alter with the point of view? The existence of political 'bias' alone is an insufficient explanation because the conservative press just as gleefully dwelt on the CBS cameraman's dubious affiliations. I can only think that objects and events viewed through the prism of the media are distorted in some fundamental way, so that the death of millions in Darfur can dwindle to insignificance while the "wardrobe malfunction" of a singer at a sporting event assumes the proportions of an international event.

Posted by Ludovic Monnerat at 9h10 | Comments (1) | TrackBack

6 mai 2005

Une autre élection forte

Le succès historique de Tony Blair, réélu hier par le souverain britannique, est naturellement une victoire pour le Labour et sa politique économique. Mais alors que les anti-atlantiques affirment que le Premier ministre travailliste vient de vivre une victoire au goût de défaite, puisque sa majorité absolue est nettement réduite, force est de constater que cette élection est un nouvel échec pour les ennemis des élections démocratiques, pour les barbares qui combattent la liberté des individus à choisir leurs dirigeants et exprimer leur opinion.

Après l'Australie et les Etats-Unis, un troisième pays anglo-saxon réaffirme donc sa confiance en son Gouvernement, et en lui permettant de poursuivre son entreprise stratégique au niveau mondial. Les étranges explosions survenues au consulat britannique de New York forment un contraste saisissant avec les séries de bombes qui ont frappé Madrid. Les mouvances islamistes n'ont pas davantage ébranlé Tony Blair que George Bush ou John Howard. Encore un échec pour le terrorisme fondamentaliste face à la démocratie libérale.

COMPLEMENT I (6.5 1815) : On lira avec intérêt l'analyse de François Brutsch au sujet de ces élections. Il conclut notamment en soulignant le rôle crucial que joue la personnalité du Premier ministre.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h07 | Comments (6) | TrackBack

5 mai 2005

Les femmes au combat

Ce reportage de Stars & Stripes s'intéresse aux activités de plusieurs militaires féminins engagés dans les rangs des Marines en Irak. Il confirme si besoin était que les dispositions empêchant les femmes en uniforme de prendre part aux combats, dans les Forces armées US, n'avaient pas cours dans les conflits dispersés de notre époque. Et il montre que les femmes jouent un rôle indispensable dès lors face à des menaces de basse intensité, lorsque les interactions avec la population civile font partie du quotidien :

The battalion's Lima and India companies absorbed the women into their ranks, giving them the primary mission to search women and children suspected of hiding anything. But the female Marines' presence was not intended to show a softer side of the Marine Corps, said Capt. Mark Liston, commander of India Company.
"They're still a fighting force for us," he said. "With them, we can grab a wife [of a suspected insurgent], for example, put the screws to her, and find out where the husband might be hiding. And while it hasn't been used here, [the insurgency has] been known to use female suicide bombers," Liston said.

A une époque où les conflits se sont élargis aux sociétés toutes entières, la présence de soldats féminins dans les formations militaires va de soi. Même si la féminisation des armées professionnelles s'explique largement par les problèmes d'effectifs subies par celles-ci, il paraît aujourd'hui impossible de remplir les tâches toujours plus diversifiées que les situations imposent aux armées sans des femmes en uniforme. Et les craintes et polémiques suscitées par cette présence féminine, durant les années 90, se sont largement avérées sans fondement au vu des expériences faites en Irak et en Afghanistan.

A mon sens, ce phénomène doit toutefois être considéré au-delà de l'efficacité militaire. La normalité des militaires féminins s'exprime sans ambages, même dans les circonstances les plus difficiles. Pourtant, cette normalité est une expression culturelle et sociétale, une arme dans la conquête des esprits : il faut s'imaginer l'effet que produisent sur les sociétés islamiques des femmes portant armes et uniformes, engagées de pair avec leurs camarades masculins, pour mieux comprendre l'importance du phénomène. L'égalité entre hommes et femmes, tellement difficile à faire accepter en Occident, est devenu un facteur de transformation au niveau planétaire. Et comme souvent les guerres auront grandement contribué à faire évoluer le rôle des femmes.

Posted by Ludovic Monnerat at 11h42 | Comments (2) | TrackBack

4 mai 2005

Un réveil douloureux

Sir Max Hastings, l'un des représentants les plus flamboyants de la classe médiatique britannique, farouche opposant aux entreprises de l'administration Bush au Moyen-Orient et accessoirement co-auteur d'un remarquable récit de la Guerre des Malouines, illustre ce lent retour de la raison que vivent péniblement nombre d'intellectuels européens. Les catastrophes annoncées au déclenchement des offensives US en Afghanistan et en Irak ne se sont pas produites. Les hordes de terroristes islamistes ne se sont pas levées, au contraire de démocrates modérés se comptant par millions. Peut-être les néo-conservateurs avaient-ils raison, écrit aujourd'hui Max Hastings dans le Guardian :

The greatest danger for those of us who dislike George Bush is that our instincts may tip over into a desire to see his foreign policy objectives fail. No reasonable person can oppose the president's commitment to Islamic democracy. Most western Bushophobes are motivated not by dissent about objectives, but by a belief that the Washington neocons' methods are crass, and more likely to escalate a confrontation between the west and Islam than to defuse it.
Such scepticism, however, should not prevent us from stepping back to reassess the progress of the Bush project, and satisfy ourselves that mere prejudice is not blinding us to the possibility that western liberals are wrong; that the Republicans' grand strategy is getting somewhere.

Les affirmations catégoriques, les visions apocalyptiques et l'overdose de "schadenfreude" appartiennent peu à peu au passé ; l'accoutumance émulatrice aux métaphores vengeresses délaisse ses tenants au fur à mesure qu'une réalité plus nuancée s'impose dans les esprits. Le délire anti-américain n'a plus la cote. C'est presque une gueule de bois monumentale qui étreint les esprits, après 3 ans et demi d'auto-intoxication. Les 8 millions de gifles irakiennes ont fini par tirer les rédactions de leur univers artificiel. Et le réveil est rude :

We must respect American power, and also acknowledge that the world sometimes has much need of it. As Sir Michael Howard, wisest of British strategic thinkers, often remarks: "If America does not do things, nobody else will." We should acknowledge the limitations of the UN. The pitiful performance of many international peacekeeping contingents, not least in Afghanistan, highlights the feebleness of what passes for European security policy.

L'absence d'alternative est un argument imparable. Mais cela ne suffit pas à définir une stratégie pour l'Europe face aux défis qui la concernent aussi : démographie, économie et technologie.

COMPLEMENT I (4.5 2230) : Cet éditorial paru dans The Australian se penche sur la même question, et souligne le parti pris de nombreux médias par rapport à l'Irak. Leur statut d'acteur dans les conflits modernes, notamment par rapport à l'otage australien Douglas Wood, s'oppose ainsi au recul nécessaire à la compréhension :

The media is a player in modern warfare. The more they inform us about hostages, the more hostages are taken. This is the deadly, inevitable, side to the information age. But if the media would more often lift their head above the ruck and look to the longer view as well as today's disaster, the distinction between journalism and history may not be quite so stark as it is now.

Posted by Ludovic Monnerat at 17h31 | Comments (2) | TrackBack

La vérité sur Abu Ghraib

C'est hier qu'a eu lieu l'audience en cour martiale de la soldate de première classe Lynndie England, dont les portraits souriants en compagnie de prisonniers dévêtus restent l'un des symboles du scandale d'Abu Ghraib. Sous serment, la jeune femme a confirmé ce que l'on savait depuis le début de cette affaire, à savoir que les maltraitements infligés ne découlaient pas d'ordres reçus, mais bien de la bêtise crasse de leurs auteurs et de l'indiscipline régnant dans l'établissement :

A clique of U.S. soldiers tormented Iraqi detainees at Abu Ghraib prison for "amusement," not for any authorized military mission, Pfc. Lynndie England testified Monday as she pleaded guilty to seven abuse-related charges. "I had a choice, but I chose to do what my friends wanted me to," the 22-year-old reservist said at her court-martial. "I was just yielding to peer pressure."
[!]
England also backed off from earlier assertions that the tormenting of detainees was part of an effort to soften them up for intelligence agents. Although guards were told to deprive detainees of sleep, manipulate their meal schedules and force them to maintain awkward positions to cause stress, England said, "no, sir," when asked if any of her crimes were done to help interrogators.

Ce témoignage ruine les théories élaborées depuis une année sur le prétendu usage systématique de la torture dans la prison d'Abu Ghraib, et sur des responsabilités montant jusqu'au plus haut niveau de la hiérarchie militaire. L'enquête commencée par l'US Army 4 mois avant la publication des images qui ont provoqué le scandale a donc fini par démentir les nombreuses assertions publiées dans les médias, en particulier ceux qui s'étaient passionément opposés à l'opération Iraqi Freedom. C'est sans doute ce qui explique la discrétion de la presse française ce matin, puisque Le Figaro et Le Monde se contentent de décrire les propos de Lynndie England sans en souligner les conséquences, et surtout le silence assourdissant de la presse romande. Le lecteur de ce coin de pays n'apprendra pas dans son journal que ces histoires de torture à Abu Ghraib, dans le but d'extorquer des renseignements, ne sont finalement que du vent. Sans commentaire.

Pour ma part, je constate que mon analyse des faits mise en ligne voici presque une année, et largement basée sur le rapport d'enquête de l'US Army, était conforme à la réalité que les procès ont révélée. Dans le cadre contraire, je l'aurais signalé. L'honnêteté intellectuelle reste une valeur sûre.

COMPLEMENT I (6.5 0820) : Le procès de Lynndie England a été stoppé et l'accord annulé lorsque son ex-amant, Charles Graner, a présenté un témoignage contradictoire. Il n'en faut pas plus à Alain Campiotti, le très militant correspondant du Temps aux Etats-Unis, pour retomber dans ses travers habituels et interpréter cette décision d'un juge militaire comme l'échec d'un Pentagone désireux de dissimuler l'implication de la hiérarchie (accès payant) :

C'est un coup dur pour le Pentagone. Le procès de Lynndie England, à peine ouvert, a explosé en plein vol. La soldate au visage buté, rendue célèbre par la photo du prisonnier irakien nu qu'elle tenait en laisse à Abou Ghraib, est libre dans sa caserne texane. Le juge de la Cour martiale devant laquelle la jeune femme de 22 ans plaidait coupable a vite compris que sa méthode de défense était incohérente, et il a annulé mercredi toute la procédure. Mais si Lynndie England n'est pas coupable (pour le moment), qui l'est? Ceux qui donnaient des ordres? C'est la réponse que la hiérarchie veut écarter à tout prix.

C'est donc sur la base d'un seul témoignage, celui de Charles Graner, contre de nombreux autres et plusieurs enquêtes détaillées, que Campiotti s'accroche envers et contre tout à sa théorie de la conspiration. Sans d'ailleurs accorder la moindre attention à la présomption d'innocence, qui s'applique aux militaires comme aux civils (mais un militaire n'est-il pas déjà coupable dans l'esprit de ceux qui parlent de "civils innocents" ?). Et la conclusion de son médiocre papier montre bien la perte de réalisme que produit son obsession anti-américaine :

"[T]outes ces subtilités judiciaires ne peuvent pas cacher cette dure vérité: à Abou Ghraib, les Conventions de Genève, que l'armée américaine prétendait respecter, ont été violées par tous les Américains, quel que soit leur grade."

Tous, et quel que soit leur grade? On n'attendra jamais de Campiotti qu'il justifie ses hyperboles pathologiques...

Posted by Ludovic Monnerat at 10h53 | Comments (14) | TrackBack

3 mai 2005

Une merveille sur roues

VTT.jpg

Après des semaines d'attente parfois fébrile, heureusement traversées par un temps maussade ou passées au tréfonds de la terre, j'ai fini par obtenir mon nouveau VTT. Une petite merveille d'aluminium et de carbone, qui pèse à peine 11,1 kg et arbore de superbes freins à disque. Bravant avec autant d'enthousiasme que de stupidité la pluie printanière, je n'ai pas pu résister à l'envie de l'essayer illico, sur la route et en forêt, amortisseurs bloqués ou actifs, et éprouver le plaisir à chevaucher une machine légère, pointue, sensible et souple. Le tout pour rentrer une lumineuse demi-heure plus tard, aussi mouillé que comblé.

Ne soyez pas surpris ces prochaines semaines de voir les analyses être entrecoupées de textes contant mes pérégrinations sur deux roues, comme le fait Charles Johnson. Il est certainement aussi passionnant de sillonner le Jura que la Californie!

Posted by Ludovic Monnerat at 20h17 | Comments (6) | TrackBack

Un conflit programmé

Un article du Jerusalem Post fournit aujourd'hui un bref aperçu des techniques d'endoctrinement pratiquées ouvertement par les Palestiniens, et montre que le silence des médias à ce sujet est largement mu par l'inclination aux solutions pacifiques dont témoignent la majorité des journalistes. Un aveuglement qui contribue à générer de faux espoirs, et qui reste aujourd'hui à l'oeuvre :

The information about inculcating hatred is readily available to journalists. They could, for instance, explore the impact of textbooks on children by simply asking some of Palestinian students what they've learned with regard to Judaism and Israel's right to exist.
The media's record of covering Oslo was deplorable, and there is as yet little sign of lessons learned.

Les prochaines phases du conflit israélo-palestinien sont déjà programmées. Elles ne surprendront que les esprits égarés par leurs propres aspirations. Et le Gouvernement Sharon semble mener une course contre la montre éperdue pour réduire tant bien que mal les causes objectives de la prochaine Intifada.

Posted by Ludovic Monnerat at 20h07 | Comments (2) | TrackBack

Identités nationales menacées

Le coup de gueule dimanche dernier du conseiller fédéral Pascal Couchepin, consécutif à la nomination de l'alémanique Oswald Sigg pour succéder à l'italophone Achille Casanova au poste de vice-chancelier de la Confédération, a rappelé une tendance indéniablement à l'oeuvre dans le pays : la domination exclusive de la majorité alémanique et la mise à l'écart croissante des minorités latines. De plusieurs cercles, à la fois politiques, économiques ou associatifs, proviennent les mêmes témoignages de décisions prises sans consulter les Romands et les Tessinois, de discussions menées tambour battant en dialecte suisse-allemand, de condescendance à peine voilée à l'endroit des minorités. N'est-il pas temps de prendre conscience de la menace que cela fait peser sur l'unité nationale, sur l'identité suisse, sur les raisons qui poussent des êtres différant par la langue, la religion et la culture à se sentir uns et indivisibles ?

Les identités nationales ne tombent pas du ciel. En Europe, la plupart d'entre elles ont été construites au XIXe et au XXe siècles par des actions volontaristes, avant tout mues par des intérêts stratégiques soigneusement dissimulés. Et ce que l'homme a patiemment créé au fil des décennies par les légendes revisitées, par les héros mythiques, par les origines arrangées ou par les symboles retrouvés, il peut impatiemment le détruire à force de régionalisme, de communautarisme ou d'autisme culturel. La Suisse a tiré de son histoire une identité nationale relativement forte, parce que sa position géographique l'a condamnée pendant des siècles à devoir lutter pour préserver son indépendance contre les Puissances qui se sont succédées à ses frontières. Mais sa composition ethnique diverse, à peu près identique depuis l'Antiquité, reste un facteur important de désunion. L'avenir du pays en tant que tel, comme celui de ses voisins, n'est pas garanti.

A mon sens, l'un des défis stratégiques qui attend les Etats-nations européens pour le prochain demi-siècle n'est autre que le maintien du statu quo, c'est-à -dire de leur existence. Un nombre ébouriffant de facteurs sont bien sûr en jeu dans ce processus, notamment sur le plan économique, démographique et sécuritaire. Mais cette notion d'identité me semble centrale : la perception d'une communauté de destin et d'intérêts, d'enjeux propres à une société plutôt qu'à un groupe social donné, est à la base de ce qui rapproche et unit. Et ces comportements brusques et arrogants que les majorités adoptent parfois, comme c'est le cas en Suisse, ont à terme un effet terriblement corrosif - surtout à une époque où les menaces ne sont plus extérieures et monolithiques, mais immanentes et polymorphiques. La disparition progressive de l'Autre favorise les tensions et les dissensions internes. A quand des communautés consensuelles d'individus apatrides à la place des sociétés actuelles ?

Si le progrès technologique a libéré l'individu - notamment féminin - de bien des contraintes sociales, cette liberté a en effet provoqué une recomposition de l'environnement affectif et familial. Le peuple suisse va probablement approuver le 5 juin prochain la loi sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe, alors que voici 35 ans les femmes n'avaient pas encore le droit de vote : l'évolution des mÅ“urs et des valeurs est exceptionnellement rapide. Il est fort possible que la plupart des choses qui aujourd'hui nous semblent aller de soi, comme la notion de citoyen ou la solidarité entre générations, soient rapidement balayés par l'avènement de générations ayant grandi dans un contexte totalement différent, et dont la perspective dépasse totalement celle d'un Etat niché au cÅ“ur de l'Europe. La multiplication des doubles nationalités pour des raisons de commodité indique par exemple une tendance significative, et laisse imaginer un jour des passeports de complaisance à l'instar des pavillons actuels.

La vraie question est de savoir si l'on peut empêcher ce phénomène de dissolution sociétale, avec des coups de gueule et des systèmes de quotas, ou au contraire essayer d'inventer les rapports sociaux de demain pour préserver le meilleur des identités nationales. Je penche spontanément pour cette dernière voie, tout en sachant qu'il est bien difficile de faire abstraction des acquis et préjugés propres à une époque pour imaginer la suivante.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h26 | Comments (12) | TrackBack

2 mai 2005

La propagation des idées

En début d'après-midi, j'ai donné une nouvelle fois ma conférence sur la guerre moderne au Centre d'instruction de l'armée à Lucerne, devant les quelque 74 participants du stage de formation d'état-major II. Je ne compte plus le nombre de fois que j'ai présenté cet exposé, créé dans sa version initiale en février 2002, en prolongement d'une étude prospective sur les engagements à l'horizon 2020 que j'ai eu la chance de pouvoir écrire pour l'armée (ce document est classifié). Il vise à cerner 12 caractéristiques des conflits contemporains dans leur dimension humaine, juridique et médiatique, afin d'en tirer des enseignements quant à la préparation des forces. Le CIAL l'utilise comme introduction ou conclusion à plusieurs de ses stages, afin d'offrir aux cadres en formation une perspective élargie et une vision contemporaine. En général, le public est conquis. Même si je parle en français avec des folios en allemand !

Il va de soi qu'être l'un des conférenciers réguliers de la formation supérieure des cadres de l'armée est un honneur considérable. En même temps, c'est également pour moi l'occasion de diffuser une grande quantité d'idées nouvelles, de conseiller certaines lectures, de présenter certaines innovations de l'armée (dans le domaine des opérations d'informations et des forces non conventionnelles) et de renvoyer au final à CheckPoint et à ce site. A force de propager les mêmes concepts aux différentes volées d'officiers d'état-major et d'état-major général se développe incontestablement une influence sur les esprits, quand bien même les stagiaires sont littéralement bombardés d'informations. Et je vois bien à certaines phrases ou à certains slides PowerPoint ces indices de compréhension et d'intégration - yeux écarquillés, têtes hochées, griffonnements frénétiques - qui récompensent l'orateur. Les quatre ou cinq sbires qui somnolent ne font qu'illustrer cette bonne vieille courbe de Gauss!

Au-delà de la satisfaction légitime pour le travail accompli, le point le plus intéressant de cette expérience reste la possibilité offerte aujourd'hui à l'individu de prendre une dimension inimaginable par le passé. Voici 30 ans, l'informatique individuelle - une appellation révélatrice - a permis à une génération de jeunes gens inventifs et non conventionnels de créer les bases de l'industrie logicielle actuelle, grâce à un savoir rare et naissant (Bill Gates est sans doute l'exemple le plus connu). Voici 10 ans, c'est la démocratisation de l'Internet qui a permis à une nouvelle génération d'inventer de nouveaux moyens de communiquer (les blogs, ICQ), de rechercher et trier l'information (Google) ou encore de partager les données (Napster). L'évolution technologique est suffisamment rapide pour créer constamment de nouvelles opportunités, bien entendu en périmant les organisations et les solutions figées. Et le savoir en est la clef.

L'une des phrases centrales que j'ai prononcées tout à l'heure consistait à dire que la puissance cognitive avait dépassé la puissance mécanique, tout comme celle-ci l'avait fait de la puissance musculaire. Tout détenteur de connaissances approfondies dispose aujourd'hui d'outils facilitant outrageusement la création, la diffusion et l'archivage de contenus à haute valeur ajoutée. Je suis même porté à croire que les grandes organisations spécialisées dans la gestion de l'information, tels que les médias de masse ou les services de renseignement, gagneraient prodigieusement en efficacité par la focalisation sur la qualité et non la quantité, en troquant une partie des petites mains industrieuses contre des quelques analystes multidisciplinaires dotés d'outils informatiques puissants (les avis sont bienvenus à ce sujet en particulier). Ou comment favoriser les honnêtes hommes de notre siècle!

Si un agrégateur de news fait un travail équivalent au desk d'une rédaction, comment ne pas voir que les algorithmes informatiques vont remplacer les travailleurs médiatiques, tout comme les systèmes robotiques ont remplacé bien des ouvriers dans l'industrie automobile ? Le désarroi des médias traditionnels face à la concurrence des blogs rappelle, précisément, certains naufrages industriels. A partir de l'instant où l'information brute est devenue un matériau gratuit, disponible sous un format facilitant le stockage et l'analyse, les cerveaux capables de donner un sens aux données fragmentaires et périssables, de confirmer ou d'infirmer des hypothèses, et corréler les faits avérés avec une intuition personnelle, sont certainement la réponse la plus efficiente. Les organisations recourant de plus en plus aux experts extérieurs - dont je fais modestement partie - ne font que repousser le jour où ces mêmes experts les remplaceront.

L'expression anglaise « marketplace of ideas » est bien difficile à traduire en français. Mais elle désigne parfaitement cet espace immatériel - l'infosphère - dans lequel la faculté d'analyse, de synthèse et d'expression devient la base de la puissance. Et où les réseaux informels d'individus produisent les échanges et contrepoints les plus productifs.

Posted by Ludovic Monnerat at 19h18 | Comments (9) | TrackBack

1 mai 2005

Le bilan d'avril

Je profite du mois nouveau pour remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui consultent régulièrement ce carnet et qui m'envoient des messages ou écrivent des commentaires. La fréquentation en avril a poursuivi sa progression constante, avec en moyenne quotidienne 501 visites et 1414 pages vues. Environ 375 personnes ont ajouté l'adresse de ce site à leurs favoris, et 92,3% des visiteurs sont venus directement ici - contre 3% par des liens et 4,5% par un moteur de recherche.

Pour conclure une nouvelle fois sur une note d'humour, voici d'ailleurs quelques unes des entrées dans ces moteurs qui ont abouti ici :


Bref, merci à tout le monde !

Posted by Ludovic Monnerat at 18h12 | Comments (9) | TrackBack

Le terrorisme maritime

Bill Roggio a récemment mis en ligne une analyse concise et pleine de liens sur la menace que représente le terrorisme maritime. Ce n'est pas un hasard si les primes d'assurance ont pris l'ascenseur depuis 5 ans. Mais sa conclusion sur la sécurisation des voies maritimes est particulièrement révélatrice des contradictions stratégiques actuelles :

Domestic and foreign leftist groups and governments have portrayed American security interests as 21st Century Colonialism, and world governments do little to dispel this notion. This is ironic; particularly in the case of maintaining safe passage in the world's oceans, as American's attempts to keep the sea lanes open also happen to coincide with the security interests of the major world economies. France, Germany, China, and a host of nations, including those of the Middle East who depend on oil exports to bolster their regimes, are dependent on the US Navy to maintain order on the open seas. Yet they promote the notion of American imperialism, which hinders the much needed cooperation between the United States and various world governments.

La maîtrise des mers n'a pas perdu en importance depuis l'époque où la Royal Navy la possédait, bien au contraire. Il est probable qu'une conflagration en Asie sera durablement retardée ou même évitée par la dépendance de toutes les nations du Pacifique envers l'US Navy.

Posted by Ludovic Monnerat at 18h02 | Comments (5) | TrackBack